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26/04/2014

« Parcours Commando », Alain A. dit Marius, Commando de Montfort, éd. Nimrod

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditions Nimrod. Droits réservés.

 

 

J’espère que tu vis une vie dont tu es fier. 

Si tu ne l’es pas, j’espère que tu auras la force de tout recommencer.

Francis Scott Fitzgerald

 

 

« Oui votre Honneur, mon client a mal agi, mon client est un voyou, mais il a des excuses : il a été élevé dans une famille déstructurée, sa mère est dépressive, il habite un HLM dans une banlieue défavorisée, il a de "mauvaises fréquentations". C’est une victime de la société… »

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Alain A., dit Marius, aurait pu entendre cette phrase d’avocat, habituelle victimisation du coupable. Et s’il se l’était appropriée, s’il s’était auto-excusé de la vie qu’il menait, se trouvant des "circonstances atténuantes", sans doute sa destinée aurait-elle été toute autre. Mais ce n’est pas cette phrase que Marius a retenue, au moment où il basculait dans une plus grande violence ; c’est celle-ci : « Vous allez droit dans le mur. Je vous donne une chance, saisissez-là ».

« Parcours Commando », c’est cette histoire : celle d’un voyou marseillais qui saisit sa chance, change de vie, rejoint les Commandos Marine dont il devient une figure.

Et grâce aux éditions Nimrod qui, une fois de plus, ont frappé un grand coup [non, nous ne sommes pas actionnaires J], le désormais célèbre béret vert se livre au travers d’un récit très intime, essentiellement tourné vers son enfance, son adolescence errante, puis son adhésion corps et âme à la grande famille des Commandos. On peut imaginer qu’il lui a fallu du courage pour « vider son sac ». Nous savons qu’il a hésité, jusqu’à la dernière minute, avant la publication. Mais finalement, il s’est lancé. Et c’est tant mieux, car l’histoire est belle.

Je pense, je ressasse, je réfléchis et j’imagine. Je m’amuse à faire défiler ma vie comme si je tournais les pages d’un livre. Mes souvenirs, mes actions passées et mes désirs s’entremêlent pour évoquer une histoire qui me fait tantôt sourire, tantôt frémir, tantôt souffrir.

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Ces coups que je distribue sont l’expression brutale et sincère de ce que je ressens au fond de moi, comme un ressort tendu à l’extrême qui me brûlerait les entrailles et se détendrait d’un coup sec pour mettre mes poings en branle à la moindre contrariété, au moindre danger. Je sens cette brulure qui me tenaille depuis mon enfance, cette violence qui occupe un espace laissé vacant par le manque d’amour et qui transforme mon visage, m’avertit que je vais frapper sans que je puisse retenir mes coups, sans que je puisse trouver d’autre issue pour résoudre les problèmes. Des millions d’images se bousculent alors dans ma tête et m’aveuglent au point que j’en arrive toujours à cette même extrémité : frapper, frapper et frapper encore avant de me faire frapper. Quand vous n’avez pas d’amour à donner, vous prenez l’habitude de purger votre corps de la rage qui l’habite en frappant.

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Le jeune enquêteur me fixe à nouveau, hésitant quelque temps avant de se décider à parler : « Je ne cautionne pas ce qui vient de se passer, mais vous savez à quelle impasse mène la direction que vous êtes en train d’emprunter (…) Je ne suis ni votre père, ni votre avocat et je dis cela sans jugement aucun, mais chacun doit avoir une chance de changer sa vie. Vous avez fait votre service militaire ? Non ? »

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Ecole des Fusiliers Marins

Les instructeurs terminent leurs monologues respectifs par une déclaration laconique dont nous ne saisissons pas encore toute la portée : « L’entraînement ne s’arrête jamais ». Je bois ces paroles et je me sens bien. Je vais pouvoir me prouver à moi-même que je suis capable de faire quelque-chose de ma vie, je vais pouvoir m’engouffrer dans cette porte qui s’ouvre devant moi pour saisir ma chance sans tergiverser, ni négocier, ni magouiller.

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Photo Emmanuel Donfut / Balao 

J’achève mes 50 mètres puis j’effectue un joli plongeon en canard pour aller arracher une poignée de vase au fond de l’océan. Cette vase, que je sens glisser entre mes doigts, m’apparaît à cet instant plus précieuse que tout l’or du monde, plus précieuse que n’importe quel sac de pièces que j’aurais extrait de l’épave d’une frégate corsaire. Je remonte rapidement à la surface en prenant garde qu’elle ne m’échappe pas des mains, puis je nage vers le ponton afin de révéler à l’instructeur mon trésor de boue et de sable à l’odeur d’algues. Je brandis alors mon poing enserrant la vase comme si j’avais décroché la plus belle des victoires. 

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Stage Commando

Les murs de tôle glacée semblent transpirer la peur de tous les stagiaires qui sont passés par là, en y laissant un peu d’eux-mêmes. La douleur et la peine de ceux qui ont échoué sont presque palpables, mais je devine aussi l’esprit de ceux qui sont allés jusqu’au bout de leur souffrance dans l’humilité, qui ont remporté une victoire sur eux-mêmes dans la tourmente, de ceux dont la joie intérieur qui subsiste en ces lieux agit comme un aimant pour les plus motivés d’entre nous. Mes sens sont d’ailleurs aiguisés comme ceux d’un animal prêt à se lancer dans l’arène.

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Nos gestes sont secs, économes, précis et efficaces. La plupart des stagiaires ont développé un instinct animal qui leur permet de faire preuve d’une extrême vigilance, le regard aux aguets, l’ouïe sensible au moindre bruit. Telle une meute de loup en situation d’insécurité permanente, nous avons pris l’habitude de cohabiter et nous avons développé les réflexes nécessaires à notre survie collective. Notre corps s’est transformé en machine prête à réagir au moindre signe d’alerte. Nous avons adopté de nouvelles attitudes et nous analysons tout ce qui nous entoure, sur le qui-vive en permanence.

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A peine ai-je le temps de jeter un coup d’œil à mes camarades dont je suis aujourd’hui le chef d’équipe, que nous commençons à nous mettre à l’eau. Encore une fois, nous procédons de la manière la plus discrète possible. Pas de plouf comme à la piscine, mais une lente immersion qui provoque comme une interminable décharge électrique dans tous le corps. L’eau glaciale paralyse rapidement tous mes membres et raidit ma nuque jusqu’à la transformer en barre de fer. Pour lutter contre ce phénomène, j’immerge deux fois ma tête sous l’eau les yeux ouverts, distinguant les jambes de mes compagnons qui battent dans l’eau comme si je regardais un film flou aux teintes verdâtres.

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Les stagiaires que nous sommes se sont métamorphosés. Nos visages, plus marqués qu’avant, ne sont plus les mêmes. Un regard ou un geste suffit pour communiquer entre nous. Nous ne nous parlons pas beaucoup, mais nous nous comprenons très vite. Nous partageons les mêmes objectifs et avançons dans la même direction. Efforts et réflexions individuelles sont mis au service de la collectivité.

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Le discours du commandant terminé, le maître de cours s’avance pour saisir la dague gravée dont la lame, bien protégée dans son fourreau, attend son récipiendaire. Il est accompagné de Léon Gautier, vétéran du débarquement du 6 juin 1944 et président de l’Amicale des Commandos français, qui tient dans ses mains le brevet portant le badge 6490. Les deux hommes se tiennent devant nous, immobiles et impassibles, dans l’attente que le commandant de l’école, droit et solennel derrière son pupitre, annonce l’identité du major de stage. « Major de stage commando 59, matelot Alain A. sortez des rangs ! ».

Cette annonce résonne en moi comme un coup de tonnerre (…) Je pense à mon père qui n’est plus de ce monde. Je pense à tous ces gens qui m’ont toujours considéré comme un cancre et un bon à rien. Je pense à mes anciens camarades, à mon ancienne vie, à ce qui m’attend. Je pense à mille choses toutes différentes les unes des autres sans véritablement réaliser ce qui m’arrive. Mon corps est parcouru de frissons, des larmes qu’il me faut absolument contenir me montent aux yeux et je déborde de fierté tout en essayant de n’en rien montrer. Enfin, je sors des rangs comme un automate afin que Léon Gautier [Commando Kieffer, vétéran du Débarquement] puisse me coiffer du green beret.

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Marius poursuit son autobiographie au-delà de ce moment si symbolique qu’a été la remise de son brevet et de son béret vert, mais il reste discret sur ses missions au sein du commando de Montfort qu’il a rejoint. Ceci nous vaut cependant des anecdotes savoureuses : bas-fonds de Djibouti, bataille rangée dans un restaurant de Venise, rôle d’instructeur Commando (la boucle est bouclée), genèse du film « Forces Spéciales »… 

Mais l’essentiel de son récit est bien dans sa rédemption et sa découverte de lui-même au sein de la Marine. 

Est-ce que tout était écrit pour que le voyou marseillais soit trouvé un matin sur un parking, le corps criblé de balles, comme ce fût le cas pour un de ses camarades de perdition ? Est-ce que la chance a « contrarié » un destin écrit d’avance ? Si c’est le cas, cette chance s’est manifestée souvent : rencontre avec un policier bienveillant, rencontre avec une femme, rencontre avec les Commandos Marine... 

La chance a bon dos. Aide-toi, le Ciel t’aidera. 

Il n’y a pas de destin.

 

***

 

1334822.jpegAlain A. dit Marius est né dans un milieu modeste de la région marseillaise, élevé dans un contexte familial « compliqué ». Après une adolescence faite d’errance et de larcins, doublé d’un caractère violent, tous les éléments sont réunis pour que Marius s’enfonce dans la grande délinquance. En 1984, à l’issue d’un énième forfait, une rencontre salutaire avec un inspecteur de Police éclairé change la donne : Marius rejoint l’école des Fusiliers Marins de Lorient, puis le stage Commando dont il sort major. Affecté au Commando de Montfort, il est déployé notamment au Liban, à Djibouti, en Côte d’Ivoire. Il termine sa carrière comme instructeur à l’école des Bérets Verts. Il quitte la Marine en 2006 pour poursuivre une carrière dans la sécurité. En 2011, il est repéré par le réalisateur Stéphane Rybojad qui lui confie un rôle dans son film « Forces Spéciales », aux côtés notamment de Diane Kruger, Benoît Magimel, Tchéky Karyo… 

Marius est marié à Nolwenn à laquelle il rend un vibrant hommage dans le livre et fier papa de Yoann, Maxime et Lukas.

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Marius et Nolwenn au Cercle National des Armées - Photo © Natachenka

Je dois tout à ma femme, qui m’accompagne aujourd’hui encore et qui n’a jamais cessé de m’aimer, qui a su garder toute son énergie pour vivre auprès d’un forban capable d’inventer mille raisons pour camoufler son hyperactivité qui le brûlait de l’intérieur comme un feu dévorant.

 

Page FaceBook officielle de Marius ici.

 

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Rencontres avec Marius – Cercle National des Armées, Soirée des Editions Nimrod, Salon du Livre 2014

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Prix : 21 € - ISBN 978-2915243550 - format 22,8x15 – 384 pages - Cahier photo couleur

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Aux éditions Nimrod

Livre disponible ici.

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 DVD Forces Spéciales 

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Forces Spéciales, notes de production et sources d'inspiration : Le livre du film de Stéphane Rybojad

Prix 34,90€ - ISBN 978-2915243420 – Format 30,2x24,4 – 144 pages

Aux éditions Nimrod – Disponible ici.

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Portez l’esprit Marius !

Motivex & Moraline est une nouvelle marque de vêtements inspirée par le parcours et les valeurs de Marius. En collaboration avec Nimrod. Site de vente ici

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Bibliothèque « Commandos Marine et Fusiliers Marins »

(non exhaustif)

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A paraître en mai : "Le commando Kieffer - Les 177 Français du D-Day" par Jean-Marc Tanguy. Editions Albin Michel en collaboration avec le Ministère de la Défense. Disponible ici.

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Hommage

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© Chemin de Mémoire Parachutiste 

 

Aux Commandos Marine morts pour la France en Afghanistan :

Maître-Principal Loïc Le Page, Commando Trepel,

Maître-Principal Frédéric Paré, Infirmier Fusilier-Commando,

Second-Maître Jonathan Lefort, Commando Trepel,

Second-Maître Benjamin Bourdet, Commando Jaubert,

Aux Commandos Marine et Fusiliers Marins morts pour la France, morts en service commandé,

Aux blessés. 

"A lui l'immortalité, à nous le souvenir, car tant que nous honorerons sa mémoire, son sacrifice aura un sens et il continuera à vivre intensément en nous"

Général de corps d’armée Maurice Le Page, aux obsèques de son fils le MP Loïc Le Page.

 

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Marius remet le béret vert à l’occasion du stage Commando 123. Partant du principe que réussir le stage est un honneur, quel que soit le rang de sortie, il a choisi de remettre en personne, en tant que maître de stage, le béret vert au stagiaire classé dernier. 

 

Je reste persuadé que l’homme, quelles que soient son éducation, son origine ou ses racines, garde toujours en lui une étincelle qui peut lui permettre de changer et d’évoluer dans le droit chemin. Pour y parvenir, pour transformer cette étincelle en flamme, il lui faut cependant l’entretenir et la stimuler, avoir le désir, l’envie et la volonté de changer, mais aussi le courage d’affronter le regard des autres et d’écouter les conseils qu’ils peuvent vous donner. Bien des hommes se murent dans leurs certitudes privant cette étincelle de la moindre molécule d’oxygène et l’amenant ainsi à s’éteindre définitivement.

Marius

 

 

 

 



10/04/2014

« Blessé de guerre », SCH Jocelyn Truchet, 13e BCA. Autoédité.

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

 

Apprends à écrire tes blessures dans le sable et à graver tes joies dans la pierre.

Lao Tseu

 

« Ce garçon a la pêche et donne la pêche ». Voici exactement ce que nous avons pensé, après avoir écouté le SCH Jocelyn Truchet lors de ses interventions dans deux cafés littéraires mili. Rien d’étonnant à ce qu’un jeune-homme de 25 ans, Chasseur alpin, sportif, ait et donne la pêche, nous direz-vous. Rien, si ce n’est que Jocelyn est un grand blessé de guerre, amputé de la jambe gauche...

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Jocelyn Truchet est bien connu dans la fraternité mili. Nous avons tous entendu parler de lui, nous connaissons tous les photos émotionnellement très fortes de Philippe de Poulpiquet le concernant, mais rappelons les faits : en 2009, le SGT Truchet est déployé en Afghanistan avec le 13e BCA qui forme l’ossature du GTIA « Black Rock ». Après 6 mois de combats intenses, à quelques semaines de la fin de la mission, un IED est déclenché au passage de sa patrouille. Très grièvement blessé, le corps criblé d’éclats, il devra être amputé de la jambe gauche, perdant aussi l’usage de plusieurs doigts d'une main. 

Sans présager, évidemment, de l’issue tragique de sa mission, Jocelyn a pris soin de noter chaque jour ses actions et celles de ses camarades en Kapisa, poursuivant ses écrits à l’hôpital et lors de sa rééducation. Et c’est ce journal de marche, revu avec la collaboration de Bruno Pasdeloup, qu’il a eu la bonne idée d’éditer.

Morceaux choisis :

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Le 13e BCA avant son départ et en vol pour l’Afghanistan © C. Batardin 

2.12.2009. Les moteurs rugissent et les roues quittent le sol : nous quittons notre terre, notre France. Je regarde par le hublot les dernières lumières de la côte qui s’éloigne. Direction Abu Dhabi, notre seule et unique escale avant Bagram ; avant la guerre.

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Jocelyn - Séance de tir au HK416

31.12.2009. Dans une heure, nous aurons les ordres pour partir à la recherche des journalistes [Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier] kidnappés. D’habitude, il est naturel pour nous de nous exposer sous le feu de l’ennemi pour un de nos camarades, mais ici, c’est pour des inconnus que nous allons mettre notre vie en jeu. Nous n’avons pourtant aucune hésitation : ils sont Français et si notre modeste action peut nous permettre de les sortir de là, nous le ferons sans hésiter. En espérant qu’ils sauront se souvenir des efforts et des risques entrepris par chacun d’entre nous pour les libérer…

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Math, blessé lors du combat du 11.5.2010 - L’auxsan (auxiliaire sanitaire) délivre les premiers soins © D.Geffroy@Armée de Terre

8.1.2010. Math repère un mec armé d’un RPG [roquette] qui se lève et fait feu sur lui. Il tire sa FLG [grenade à fusil] dans sa direction, mais la roquette explose à trois mètres de lui contre le mur. Math et mon tireur minimi [mitrailleuse] sont plaqués au sol par le souffle de l’explosion. Ils se relèvent et basculent dans la ruelle, avant que Math ne s’écroule au sol. Nous le faisons évacuer rapidement par l’arrière, craignant que l’adrénaline ne l’ait empêché dans un premier temps de sentir une blessure. Il est sonné et il n’entend plus rien. Après quelques minutes, il se relève mais est toujours sourd. Nous tirons quatre grenades à fusil en direction du tireur RPG. Derrière le muret où nous sommes, des tirs claquent. Est-ce les C20 ? Nouvelle rafale : finalement, ce sont des tirs d’insurgés. Deux de mes gars passent leurs flingues par-dessus le muret et lâchent des rafales à la libanaise. Ils essaient visiblement de nous contourner, il faut accélérer…

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Opération Minautore 2 - 5.3.2010 – l’un des nombreux plans du livre

10.1.2010. Les deux missiles font mouche sur le compound [maison afghane] en même temps et une seule explosion parvient à nos oreilles. Les insurgés se calment et nous décrochons en tirant une roquette de 89 mm pour couvrir notre rupture de contact. Nous courons vers le wadi [canal d’irrigation] situé à 400 m derrière nous. Les 35 kg d’équipements que nous portons sur le dos commencent à se faire sérieusement sentir et il faut motiver les gars pour qu’ils ne s’arrêtent pas. J’ai l’impression que certains vont tomber en syncope, les visages sont blancs.

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19.1.2010. Même après 12h de sommeil, je suis complètement naze. Les organismes des gars sont mis à rude épreuve par la difficulté des opérations. Le rythme des opérations est particulièrement éprouvant lors de ce mandat mais le moral des gars est au beau fixe. C’est l’essentiel.

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Enguerrand Libaert lors d’une mission de sécurisation de convoi © C. Perruchot@Armée de Terre

9.2.2010. « - Ca veut dire quoi Delta Charlie Delta ? – Décédé » Moment d’hésitation chez nous… « - Il y a un mort chez 20 alors… - Tu es sûr d’avoir bien entendu ? »

Finalement la nouvelle tombe : Il s’appelle Enguerrand Libaert. Les plus jeunes de la troupe sont anéantis. C’était leur pote et il avait fait ses classes avec pas mal de mes gars.  Nous nous occupons d’eux autant qu’on le peut, mais que dire pour réconforter devant une cette tragédie ? Il faut qu’ils restent concentrés, la mission continue.

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Une rare pause : Barbecue Chasseur à Tagab. Jocelyn au centre.© N. Deshayres 

25.2.2010. Nous sommes réveillés par un tir de Chicom [roquette] qui explose en plein cœur de la base. C’est reparti pour une demi-heure d’attente dans les bunkers (…) Ces alertes, le plus souvent nocturnes, offrent parfois des visions assez cocasses. Soldats en tongs, caleçon et gilet pare-balle, l’arme à la main et le cheveu hirsute.

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Repas chez le vendeur de foulards du camp Warehouse – Jocelyn 2nd à partir de la gauche

11.3.2010. « Vacances » au camp Warehouse de Kaboul. Nous sommes invités à manger chez le marchand de foulards. Grand moment, nous mangeons en tailleur assis par terre et goûtons tous les plats (…) Nous sommes vites calés par ce repas gargantuesque ! (…) Lorsque nous quittons le camp, l’Américain en faction à la porte lève son poing au son de « Kill ! Kill ! Kill ! »

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Jocelyn et ses hommes en patrouille 

8.4.2010. Début des fouilles dans le village (…) J’arrive à communiquer avec les habitants grâce à l’interprète. Ils me disent qu’il n’y a aucun de Talibans ici (…) Soudain, un RPG [roquette] explose 50m à notre gauche, suivi de rafales de PKM [Kalachnikov]. Nous courons jusqu’au compound situé à une trentaine de mètres. La moitié de mon groupe est parvenu à passer le découvert et l’autre se retrouve bloqué par les tirs. Deux missiles Milan sont tirés et l’artillerie envoie du lourd (…) Un gars de la section 12, complètement assourdi par l’explosion, détale à toute allure en voyant ses camarades courir, dépassant même ses collègues qui doivent le rattraper pour l’arrêter. Nous continuons notre progression vers le col en traversant quelques compounds. Quelques balles sifflent encore au-dessus de nos têtes tandis que nous bondissons derrière les seules protections du coin, des cailloux gros comme des ballons de foot (et encore, pas bien gonflés…) (…) En descendant du col, notre interprète est à côté de moi et je lui dis « Il n’y a pas d’insurgés ici ! » avant de partir dans un fou rire tous les deux.

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Reconnaissance d’une route par le Génie © N. Deshaires

20.4.2010. Pot d’anniversaire du Première Classe Ludwig, le gars qui a découvert l’IED [engin explosif improvisé] aujourd’hui. Un beau cadeau pour lui : 20 ans, 20kg d’explosif.

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Jocelyn lors de son évacuation après l’explosion de l’IED © D. Geffroy@Armée de Terre

16.5.2010. Je me sens projeté. Dans les airs, mon esprit travaille très vite et je me demande ce qu’il m’arrive. Ai-je marché sur une mine ? Peu probable car le chemin est très emprunté par les paysans du coin et une section est déjà passée devant moi. Un tir de RPG ? Difficile à croire car je n’ai pas vu le départ du coup. La dernière solution : un IED, sûrement déclenché à distance par téléphone. Quelques secondes plus tard, qui me paraissent une éternité je me retrouve au sol sans air dans les poumons pour reprendre mon souffle (…)

« Putain tu vas quand même pas crever comme ça juste parce que tu n’arrives pas à reprendre ton souffle ! » Puis je me rends compte que j’ai de la terre plein la bouche.

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Jocelyn à Percy

30.5.2010. Autour de moi, une chambre d’hôpital tandis qu’au dehors résonne le bruit des klaxons de la vie parisienne. On m’apprend la nouvelle : je suis à l’hôpital Percy, à Clamart. Mon opération à Bagram a duré dix heures et s’est soldée par l’amputation de ma jambe gauche à mi-cuisse. J’ai du mal à y croire. Je regarde pendant de longues minutes l’emplacement où devrait se trouver ma jambe.

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Photo © Philippe de Poulpiquet

Juillet 2010. Jour après jour, la routine de l’hôpital s’installe. Réveil à la même heure, petit-déjeuner, séance de kiné, de sport et d’ergothérapie le matin. Encore une séance de kiné l’après-midi puis de balnéothérapie et enfin les visites de fin de journée. Tous les jeudis, deux hommes de mon bataillon viennent prendre de mes nouvelles. Ça  fait plaisir de voir la tête de mes compagnons d’armes. Par ailleurs, ils me permettent de remplir mon tiroir de friandises, sur lequel je veille jalousement depuis mon lit.

Peu à peu, j’apprends à apprivoiser mon nouveau corps, à accomplir les gestes simples du quotidien avec mon handicap ; j’apprends à revivre, tout simplement.

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Jocelyn décoré aux Invalides

12.10.2010. A l’hôpital, je m’étais lancé un défi : si tu reçois une médaille, tu le feras debout ! Lorsque j’ai appris la nouvelle de ma décoration, il me restait trente jours avant le Grand jour. Trente jours pour me tenir droit sur les pavés des Invalides. Trente jours avant aujourd’hui.

 

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(Re)conquête de l’Arête des Cosmiques © 27e BIM

27.6 .2012. Nous arrivons enfin au dernier gros obstacle de l’ascension : une falaise granitique de 20 m de haut, verticale, qu’il nous reste à escalader avant de basculer sur la face nord pour la dernière partie de notre périple. Un épisode rendu délicat par l’impossibilité de plier ma jambe gauche mais que je parviens malgré tout à surmonter avec l’aide de mes compagnons de cordée. Après six heures de travail en équipe, j’atteins enfin la terrasse sud et ses 3842 m sous les applaudissements des gens présents. Pour la quatrième fois de ma vie, mais pour la première fois sur une seule jambe.

 

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***

Si nous gardons une place toute particulière dans nos cœurs aux morts pour la France, n’oublions pas les blessés. Plus de 700 en Afghanistan. N’oublions pas non plus les victimes du stress post-traumatique, estimées à 1000.

Le courage, le soutien de ses proches, de ses frères d’armes, d’organismes tels que la CABAT, Solidarité Défense ou Terre Fraternité, ont permis à Jocelyn de parcourir le long chemin vers la guérison et l’acceptation son handicap.

Selon la formule consacrée, « il mérite d’être cité en exemple » pour les blessés qui sont encore sur ce chemin et auxquels nous pensons avec affection.

« Perdu, déstabilisé, isolé dans sa souffrance, il est ainsi depuis son retour d’Afghanistan, voici plus de deux ans… Seul le désespoir empêche de croire à des jours meilleurs. Or toute la richesse du cœur de l’homme se résume à l’espérance que nous ne devons jamais perdre. Il nous faut espérer pour lui et avec lui, car l’espérance est souvent ce qui reste quand tout est parti à vau-l’eau. Le travail d’accompagnement sera long, mais il  n’est pas permis de croire à son échec. »

Padre Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, « L’autre combat ». Ed. EdB.

 

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10014574_706562136033139_2006481245_n.jpgNé dans la vallée de la Maurienne, c’est naturellement vers les troupes de Montagne que le cœur de Jocelyn Truchet penche lorsqu’il s’engage : il rejoint le 13e BCA de Chambéry. En 2009, alors Sergent, il est déployé en Afghanistan avec le GTIA « Black Rock » commandé par le COL Vincent Pons, chef de corps du 13. En fin de mandat, il est très grièvement blessé par l’explosion d’un IED, qui impose l’amputation de la jambe gauche. Soutenu par sa famille et ses frères Chasseurs alpins, Jocelyn prend sa rééducation comme un nouveau combat, se fixe des objectifs ambitieux. Grand sportif, il retrouve les murs d’escalade, les pistes de ski et de multiples handisports. Il participe notamment au « Wounded Warrior Trial 2013 » [Challenge des blessés de guerre] à San Diego aux Etats-Unis dans les épreuves de tir et natation où il se distingue avec la médaille de bronze en 50m dos (l’équipe française terminant 2nde dans le classement des médailles derrière les USA). Retrouvant sa place parmi ses frères Diables bleus du 13, le désormais Sergent-Chef Truchet a intégré la cellule Communication du bataillon. Il vient de terminer une formation délivrée par l’ECPAD.

Le SCH Jocelyn Truchet est titulaire de la Médaille Militaire.

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Dans la reconstruction physique et psychologique de Jocelyn, il convient de saluer le soutien apporté par la CABAT, Solidarité Défense et Terre Fraternité, en premier lieu sur les aspects financiers liés à sa prothèse de jambe « high tech » (coût du genou articulé : 55 000 €…).

Saluons aussi Anne-Claire, sœur de Jocelyn, aussi sympathique qu’active dans la promotion du livre.

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Prix 22€ - ISBN : 978-2-7466-6634-4 – Format 25x21- 155 pages

Jocelyn a décidé d’autoéditer « Blessé de guerre ». Il mérite d’autant plus d’être soutenu, ayant engagé les fonds nécessaires à la publication. Le livre est très beau, format à l’italienne, papier de qualité, magnifiquement illustré de photos inédites et des plans des engagements (bonne idée). Il est disponible sur le site de Jocelyn ici. Dédicace possible.

Page FaceBook officielle ici.

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Jocelyn et le 2nd auteur Afghaner du 13e BCA : le LCL Bernard Gaillot, auteur de « De l’Algérie à l’Afghanistan ». Voir ici.

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Rencontres avec Jocelyn – Café littéraire de l’Alliance Géostratégique ; Café littéraire au Carré Parisien ; Salon du Livre 2014. Pour l’anecdote : nous avons joué les figurants avec notre complice de Mars Attaque, lors d’une interview par une équipe de France 3. Nous vous préviendrons de la diffusion du reportage (en mai, semble-t-il).

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Bibliothèque "Chasseurs en Afghanistan"

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Hommage 

Aux diables bleus morts pour la France en Afghanistan :

Adjudant-Chef Franck Bouzet, 13ème BCA,

Adjudant Laurent Pican, 13ème BCA,

Caporal Nicolas Belda, 27ème BCA,

1ère Classe Eguerrant Libaert, 13ème BCA,

1ère Classe Clément Chamarier, 7ème BCA.

A tous les morts pour la France en Afghanistan,

Aux Chasseurs morts pour la France.

Aux blessés. 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

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Diables bleus en Afgha – Jocelyn sur le VAB, 2nd à partir de la droite. © D.Geffroy@Armée de Terre

La guerre d’Afghanistan s’achève et ses protagonistes entrent peu à peu dans l’oubli. D’autres conflits font leur apparition, au Mali ou ailleurs. Mais les blessés de guerre porteront toute leur vie le vivant témoignage de leurs batailles. Quatre ans plus tard, ma blessure est toujours là et ma souffrance physique quotidienne. Je ne pense pas m’en débarrasser un jour. Lorsque mon nerf me lance, j’ai le sentiment que ma jambe coupée est toujours là et que c’est elle qui me fait souffrir. Les médecins appellent cela « le membre fantôme ». Je serre les dents, je me plie en deux sous la douleur et j’attends que la souffrance passe. Ce fantôme va et vient plusieurs fois par jour et apparaît sans prévenir. Avec le temps, j’apprends à vivre avec lui. Cela fait partie de mon sacrifice. Je ne m’en plains pas et je ne regrette rien.

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Photo © Bruno Pasdeloup

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19/03/2014

« Une vie dans l’ombre », COL Thierry Jouan, 1er RCP, DGSE. Ed. du Rocher

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

Ceux qui me lisent savent ma conviction que le monde temporel repose sur quelques idées très simples, si simples qu'elles doivent être aussi vieilles que lui : la croyance que le bien vaut mieux que le mal, que la loyauté l'emporte sur le mensonge et le courage sur la lâcheté. Enfin, que la fidélité incarne la suprême vertu ici-bas. Pour le reste, la joie et la douleur en ce monde se pénètrent mutuellement, mêlant leurs formes et leurs murmures dans le crépuscule de la vie aussi mystérieuse qu'un océan assombri.

Joseph Conrad

 

 

Vous connaissez tous le mythe d’Icare. Lire  « Une vie dans l’ombre » du Colonel (er) Thierry Jouan, Saint-Cyrien, 1er RCP, agent de la DGSE, aide de camp du prince Albert de Monaco vous en proposera la version moderne, d’un militaire qui s’est trop approché du soleil…

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Certes,  « Une vie dans l’ombre » est un récit autobiographique d’espion comme son titre l’indique, mais pour d’évidentes raisons de secret défense, le Colonel Jouan reste discret sur son action, tant comme agent de la DGSE qu’aide de camp du prince Albert. On le comprend. Ne vous attendez donc pas à des crimes d’état ou des scoops sur les « people » de la Riviera. C’est dans un tout autre registre que l’auteur se place, celui de l’intime, de son rapport à la vie, de ses excès, de ses désillusions, de sa reconstruction.

Ambitieux (au bon sens du terme), un rien idéaliste, Thierry Jouan mène sa vie comme un combat et tout lui sourit : beau gosse, petit banlieusard portant fièrement sabre et casoar à Saint-Cyr, officier béret rouge au 1er RCP, repéré par la DGSE pour intégrer le 11e Choc… Icare prend son envol. Mais vous connaissez l’histoire. Confronté à plusieurs expériences traumatisantes lors de missions pour le compte du Service Action (kidnapping en Extrême-Orient, Rwanda…), un avancement chaotique dans la hiérarchie de la DGSE, de probables maladresses… le doute s’installe et avec lui son cortège de « petits travers » : le whisky est consommé avec moins de modération, l’épouse et les enfants sont négligés…

Reste que le soleil est toujours aussi attractif pour Icare, sous la forme d’un poste prestigieux à Monaco…

Morceaux choisis :  

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Thierry Jouan à l’ESM

Pas d’officier ni de chef d’entreprise, encore moins de prêtre dans notre famille. Je n’étais pas prédisposé à une carrière dans les hautes sphères mais je voulais réussir à « être » quelqu’un dans ma vie, réussir une carrière en partant de zéro.

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Au 1er RCP

Fin 1983, je suis lieutenant de l’armée française, chef de section à la compagnie d’instruction du 1er Régiment de Chasseurs-Parachutistes, ce magnifique régiment d’appelés du contingent (…) Je profite enfin de ma vie, de ce que je suis devenu à la force du poignet. J’ai acquis une petite notoriété professionnelle, une petite autonomie financière, avec ma rage et ma volonté de réussir.

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CPES [Centre Parachutiste d'Entraînement Spécialisé] : premier saut dans le vide

Il me dit qu’il est l’officier en charge du recrutement des futurs agents du Service Action de la DGSE et que mon profil l’intéresse. Il me donne son nom mais je ne le retiens pas, préférant retenir les mots « 11e Choc », « Service Action », « DGSE », « Agent »…

« Alors, cela vous intéresse ? »

Et la réponse est oui. Thierry Jouan rejoint Cercottes où il restera 12 ans, entre un rôle d’instructeur au CPES et des missions extérieures pour le compte du Service Action, dont certaines tourneront au cauchemar.

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Thierry Jouan à gauche, en mission de formation d’un groupe dit « révolutionnaire » en Afrique de l’ouest

Méthodiquement, à la lueur de nos lampes frontales, nous nous déshabillons, nous nous lavons avec l’eau que nous avons stockée au camp de base, nous nous changeons et nous nous restaurons. Ce n’est qu’ensuite que nous décidons de parler et d’aborder les sujets marquants de ces dernières heures. Que s’est-il passé ? Avons-nous commis une erreur d’instruction ou de commandement ? De quoi devons-nous rendre compte à nos supérieurs ? Il est deux heures du matin mais nous ne pouvons pas nous résigner à aller dormir, tant que nous ne trouvons pas de réponses à toutes nos questions. Et bien sûr Grégory, qui s’était bien gardé d’aborder la question de l’enfant, me regarde droit dans les yeux et me la pose. Après quelques secondes de réflexion je lui réponds avec franchise et honnêteté : « J’ai fait ce que tu ne pouvais pas faire. »

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Miliciens Interahamwe Hutu, à Kigali en avril 1994

En 1994, sous couverture d’un organisme humanitaire, Thierry Jouan est envoyé à Kigali, au Rwanda, en plein génocide. 

Je lui montre le chargement de mon camion, des médicaments et rien que des médicaments. Il a l’air rassuré mais en redescendant de la cabine arrière, je le vois se crisper sur sa machette. J’ai le réflexe de lui dire qu’il ne doit pas faire de bêtise car, peut-être, cette nuit il sera blessé et il sera bien content d’avoir des médicaments à ce moment-là pour le sauver. Il me regarde, me sourit bêtement, et me dit en caressant mon torse avec la lame de sa machette ensanglantée : « Moi blessé ? Jamais. Je mourrai au combat mais je ne serai pas blessé. De toute façon, dans moins d’une semaine, on est tous morts ».

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Photo © Abdelhak Senna/AFP

Une odeur pestilentielle flotte dans toute la ville. Elle vous suit où que vous alliez. Elle est plus ou moins forte en fonction des quartiers, en fonction des zones où les premiers massacres ont dû se perpétrer. En y regardant de plus prêt et en roulant doucement, on distingue nettement, dans pratiquement tous les jardins de toutes les maisons, des corps recouverts d’un nuage noir. (…) La particularité du nuage est qu’il est bruyant et surtout très mobile rendant complètement flou la vision de ce cadavre. Des mouches.

Je m’enivre copieusement avec des grandes rasades de whisky, puis je m’enfile dans les narines, non pas de la cocaïne, mais des cotons tiges que j’ai soigneusement imbibés d’after-shave pour que cette satanée odeur me laisse dormir.

Il faut que je me réveille, c’est un film d’horreur.

Quelque chose est brisé. Nous ne sommes plus les mêmes. Je suis ailleurs, dans un autre monde. Mon cerveau a été court-circuité par je ne sais quoi. Je suis sur une autre planète.

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L’épuisement se fait très rapidement sentir lorsque vous ne dormez que trois petites heures par nuit. Alors, je me shoote au café, à la vitamine C et au Guronsan pour tenir le coup (…)  [Mais] combien de fois me suis-je endormi dans le métro ou dans le bus ? Combien de fois me suis-je assoupi en mangeant mon steak tartare dans une brasserie parisienne, seul, en m’éloignant le plus possible du monde extérieur ?

Je bosse comme un fou ce concours [pour intégrer l’Ecole de Guerre]. Mais malheureusement, mes nuits commencent à être agitées par des cauchemars. J’ai du mal à dormir. J’ai du mal à me concentrer sur mes cours par correspondance avec un verre ou deux d’alcool, en même temps que j’essaie de résoudre un problème d’espace vectoriel ou de transport d’onde magnétique à l’intérieur d’une gaine métallisée. Les effets de l’alcool se font sentir. J’en ressens le besoin.

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[Mon ami X] est affecté en tant qu’aide de camp de SAS le prince héréditaire Albert et détaché de l’armée française. Détaché de l’armée française ? Je n’avais même pas connaissance qu’un tel poste puisse exister ! (…) Il me demande si je suis intéressé par cette fonction, à exercer avec lui, en binôme. Ma réponse est évidemment affirmative. Je suis en fin de potentiel avec le service Action, je suis épuisé de toutes ces missions, je ne suis absolument pas sûr de commander le CPES de Cercottes et encore moins de réussir l’Ecole de supérieure de guerre qui m’assurerait le grade de colonel et un commandement.

Persévérer à Cercottes dans l’ombre et le secret qui lui pèse de plus en plus ? Rejoindre le radieux soleil monégasque ? Ce sera la principauté, pour le meilleur… ou pas. En effet, après 6 ans au service de la famille princière, le grand plongeon :

« Ecoutez, je suis désolé, mais j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer (silence). Vous partez, vous quittez le palais princier. Je suis désolé ».

Tout faux. J’ai tout raté. Je suis tombé bas, très bas (…) Comme Icare, je suis monté haut, trop haut et je me suis brûlé les ailes. Je suis en train de tomber, je vacille, je me fracasse par terre.

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Thierry Jouan et le COL Sassi à Cercottes.

« Une vie dans l’ombre » pourrait se terminer sur cette note amère. Heureusement, il n’en est rien. Le Colonel Jouan ne se laisse pas couler, l’abandon n’est pas dans ses gènes : il s’envole pour l’Afrique où il va occuper pendant quelque temps un poste de logisticien. L’occasion de se « pauser », de commencer à écrire pour évacuer le « trop plein », de renoncer définitivement à l’alcool.

Expérience salvatrice. Comme une résurrection : il retrouve sa femme et ses enfants, dont on peut comprendre qu’ils ont enduré des moments très difficiles, tire un trait sur le passé sans le renier et trouve dans la foi un nouvel élan. Ainsi le phenix renaît des cendres d’Icare, éclairé par une étincelle de sagesse qui pourrait faire dire désormais à Thierry : mieux vaut réussir sa vie que réussir dans la vie.

 ***

Jouan 1.JPGNé dans un milieu modeste, fils de sous-officier, Thierry Jouan est élevé dans les HLM de la banlieue parisienne. Il est très tôt attiré par l’armée. Considérant sa carrière plus ou moins consciemment comme un ascenseur social, il sera officier ou rien. En 1977, il intègre le collège militaire d’Aix-en-Provence puis Saint-Cyr en 1979 (promotion Lieutenant-Général Marquis de Montcalm). Alors Lieutenant  au 1er RCP, il est repéré par la DGSE qu’il intègre en 1987. Il y passe 12 ans sous le pseudonyme de « Célestin », entre un rôle d’instructeur au CPES et des missions pour le compte du Service Action. Il est notamment présent à Kigali au Rwanda en 1994, sous couverture d’action humanitaire, lors des évènements dramatiques opposant Hutu et Tutsi. En 1999, il est détaché de l’armée comme aide de camps du prince Albert de Monaco. Après 6 ans dans la principauté, il est brutalement remercié. Suit une courte période d’errance psychologique et professionnelle, qui trouvera une issue heureuse. Il est désormais chargé de mission auprès de l’Association des Consuls Honoraires de Monaco.

Thierry Jouan est marié à Jacqueline et fier papa de Marie-Aude et Arnaud.

Il est chevalier de la Légion d’Honneur, décoré notamment de l’Ordre National du Mérite et de la Croix de la Valeur Militaire.

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Prix : 18,90€ - ISBN 978-2268074337 – Format 19,3x16,5 – 319 pages

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Aux Editions du Rocher

Livre disponible ici

 

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Rencontre avec le Colonel Jouan et sa femme Jacqueline au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan 2013. Photo © Natachenka

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J’ai vécu des choses plus ou moins plaisantes, plus ou moins horribles. J’ai certainement fait des erreurs. Un psychologue vous dira qu’il faut toujours prendre le temps de les analyser, afin de rebondir et d’aller plus en avant. Certes. Mais ce qu’oublient trop souvent nos amis psychologues c’est que, peut-être, nous n’avons plus réellement envie de rebondir et plus envie d’aller plus en avant. Ce n’est pas de la résignation mais plutôt de l’abnégation. J’ai désormais simplement envie de jouir du présent, de vivre avec mon temps, avec mes enfants. Essayer de rattraper psychologiquement le retard. C’est tout.

Colonel (er) Thierry Jouan

 

 

 

 

 

 

 

 

10/03/2014

« De l’Algérie à l’Afghanistan – Après Tazalt, avons-nous pacifié Tagab ? », LCL Bernard Gaillot, 13e BCA. Ed. Nuvis

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Illustrations : montage de photos d’Algérie (© leurs auteurs) et d’Afghanistan, ces dernières issues de la collection de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

« Pacifier et occuper fortement le territoire par la méthode de la tâche d’huile. Combiner l’action politique et militaire pour prendre possession du pays. Entrer sans délai en contact intime avec les populations. Connaître leur tendance, leur état d’esprit et satisfaire leur besoin pour les attacher, par la persuasion, aux institutions nouvelles »

Le Général Gallieni à ses troupes à Madagascar, 1896-1905

 

 

Le « Bledard » de 1959 et « l’Afghaner » de 2009 ont-ils eu le sentiment d’écrire l’histoire ? On peut en douter : bien « d’autres chats à fouetter » alors qu’ils étaient au contact sur le terrain. Ou alors, peut-être une impression fugace dans le bateau, en voyant s’éloigner Alger la blanche ? Dans l’hélicoptère en jetant un dernier regard vers Tagab ?

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Et pourtant, l’histoire sans guerriers gaulois, cavaliers francs, preux chevaliers, grognards, poilus, résistants,  est un non-sens, n’est-ce-pas ? 

Vous nous savez très attachés aux récits autobiographiques et autres journaux de marche. Mais en hommage à ces hommes qui ont fait, font et feront l’histoire, ouvrons aujourd’hui nos colonnes à un livre original mais particulièrement pertinent qui mêle histoire justement, stratégie et action : « De l’Algérie à l’Afghanistan – Après Tazalt, avons-nous pacifié Tagab ? », du LCL Bernard Gaillot. Un parallèle entre deux guerres qui a le mérite de nous faire « prendre de la hauteur » en abordant des thèmes dont nous avons beaucoup entendu parler : « pacification », « conquête des cœurs et des esprits »... Mais attention, si le LCL Gaillot est bel et bien un historien diplômé, c’est avant tout un soldat, homme de terrain, officier renseignement au sein du GTIA « Black Rock » de novembre 2009 à juin 2010, alors qu’il était Chef de Bataillon au 13e BCA. 

Résumer un tel livre est illusoire, puisqu’il aborde en profondeur de nombreux aspects des deux guerres. Nous nous contenterons donc de quelques extraits, pouvant s’apparenter à des conclusions thématiques.

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Les « Afghaners » sur les traces des « Bledards »

La population française n’a pas bien compris quels étaient les intérêts pour le pays de s’engager dans cette campagne afghane. Contrairement à l’Algérie, la France n’avait pas de lien historique fort avec l’Afghanistan (…) pays très éloigné de la France, avec lequel les échanges économiques demeuraient faibles, dont la population ne parlait pas français et demeurait fortement marquée religieusement et culturellement par l’Islam. De même il n’existait pas dans ce pays de diaspora française (un million d’Occidentaux vivaient en Algérie au début de la guerre) qui aurait eu intérêt à ce que le pays se stabilise. Enfin la menace représentée par les Talibans ne semblait pas aussi directe pour les Français que celle que représentait le FLN en Algérie.

 

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IED en Algérie et Afghanistan (photo de gauche R. Crespel © La Voix du Nord)

Tout un chacun en âge de servir sous les drapeaux peut être envoyé pacifier l’Algérie. La population française en sera d’autant plus touchée que le nombre des soldats projetés augmentera de manière exponentielle [atteignant] 450 000 fin 1957 alors que le service militaire passait à 27 mois […] Le 18 mai 1956 à Palestro, des combattants de l’ALN [Armée de Libération Nationale algérienne] ont massacré 19 appelés tombés dans une embuscade. Les images du massacre furent largement diffusées et provoquèrent un véritable choc parmi cette population métropolitaine qui prenait conscience de l’horreur de cette guerre, mais aussi du fait que leurs proches pouvaient mourir de la sorte. [En Afghanistan] le pourcentage de soldats projetés par rapport à la population française totale (4000 pour 65 millions) est resté assez faible. Qui plus est, l’armée est maintenant professionnalisée et beaucoup [trop, ndlr] de Français considèrent que « ça fait partie des risques du métier que d’être blessé ou tué à la guerre… ». Le 18 août 2008, dans la vallée d'Uzbeen, des Talibans ont massacré 10 engagés tombés dans une embuscade. Les Français prennent alors conscience que si leur pays ne fait pas la guerre contre les Afghans, leurs soldats sont amenés à remplir des missions de guerre complexes et dangereuses.

 

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A gauche photo © M. Flament - A droite : l’auteur avant un vol Nijrab-Tagab

En dehors de quelques manifestations de sympathie lors des événements tragiques qui ont contribué à faire prendre conscience à tous que les soldats français étaient particulièrement exposés en Afghanistan, l’armée française n’a pas senti d’engouement ou même de soutien particulier pendant cette campagne de pacification. Contrairement au « Bledard » soutenu par la majorité des Français parce qu’il œuvrait directement pour la sécurité et les intérêts du pays, « l'Afghaner » menait sa mission en Afghanistan dans la quasi indifférence que quelques manifestations ponctuelles de sympathie venaient rompre.

 

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Artillerie 1959 vs 2009

L’armée en Algérie avait des raisons toutes particulières de s’engager avec détermination dans le conflit. Venger l’affront des défaites récentes [Campagne de 40 et Indochine], retrouver son honneur après avoir le sentiment de l’avoir perdu en abandonnant les Indochinois, prouver à la population française qu’elle était capable de mener à bien les missions confiées par la nation. En Afghanistan l’armée n’était pas mue par de tels ressentiments, elle avait pour objectif beaucoup plus commun pour l'institution militaire de remplir avec professionnalisme et courage les missions complexes et dangereuses qui lui étaient confiées.

 

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En Algérie, la France combattait seule, avait déployé des moyens considérables pour parvenir à ses fins (…). En Afghanistan,  [elle agissait] au sein d’une coalition otanienne largement dominée par les Américains  qui imposaient outre leur effectif bien supérieur à celui  de la somme toutes les nations formant la coalition, leur commandement mais aussi leur langue et leurs choix stratégiques.  L’armée française n’a donc que rarement pu opter pour ses propres choix stratégiques alors qu’elle aurait pu s’appuyer sur sa grande expérience acquise lors des campagnes de pacification qui jalonnent son histoire. C'est après sept ans d'engagement en Afghanistan  que les Américains se sont reportés aux enseignements tirés de la guerre d'Algérie par des officiers français tels que Galula ou Trinquier  pour changer de stratégie et s'engager progressivement vers une approche plus centrée sur les populations.

 

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A droite : inspection du GTIA à Tagab par le CEMA de l’époque, le général Georgelin (préface du livre)

En octroyant les pleins pouvoirs politiques au Général Massu pendant la campagne d’Alger, le gouvernement donnait un signal fort de sa volonté de totalement impliquer l’armée dans l’œuvre de pacification algérienne (…). Il n’en a pas été de même en Afghanistan où l’armée avait un rôle politique plus  limité : soutenir les institutions politiques locales.

 

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A gauche : SAS en Algérie ; à droite : distribution de stylos par les SEO en Afghanistan

En Algérie, les soldats ne se sont pas limités à combattre les fellaghas (…) Le pouvoir politique leur a demandé de s’impliquer beaucoup plus humainement afin de parvenir à reconquérir les esprits et surtout les cœurs des Algériens en remplissant des tâches multiples qui étaient bien éloignées de leur mission première : combattre (…) En Afghanistan aussi, la mission du GTIA et donc par extension du soldat français comportait un volet humain important qui devait participer à convaincre la population locale de choisir la paix proposée par leur gouvernement  en menant principalement des opérations d'influence (contact avec la population, reconstruction du pays) (…) Ainsi, imitant  les « Bledards algériens », les soldats en Afghanistan se transformèrent à leur manière en bâtisseurs, agriculteurs, conseillers pour la reconstruction, réconciliateurs, médecins pour la population, instructeurs de l’armée ou des policiers afghans et diffuseur des messages de la coalition.

 

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A gauche : Bledards, photo Y-G Berges, © ECPAD. A droite : Chasseurs au contact 

En Afghanistan comme en Algérie, les soldats français ont mené des opérations militaires de petite, moyenne ou de grande envergure, visant à prendre l’initiative sur les insurgés dans des zones difficiles d’accès et à les faire renoncer de commettre leurs exactions contre la population ou contre les soldats français. Ces démonstrations de force étaient régulièrement couronnées de succès et outre la déstabilisation des insurgés, elles provoquaient aussi un changement d’attitude de la population, sensible à la victoire du plus fort.

 

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Contrôle des populations. Photo de gauche © IMA 

La population locale constitue le centre de gravité de toute campagne de pacification. Ainsi, que ce soit en Algérie ou en Afghanistan, la mission première des pacificateurs était de conquérir la confiance de la population autochtone pour la faire adhérer à l’Algérie française ou au gouvernement  légal de l'Afghanistan et à ses représentants dans les vallées. Si en Algérie, les soldats français, de par leur investissement et les liens historiques qui rapprochaient les Algériens à leur pays la France (l'Algérie représentait trois départements français), ont parfaitement réussi à isoler les fellaghas en ramenant une très grande majorité de la population dans le giron français, en Afghanistan, cette tâche était beaucoup moins aisée (…) La population de la Kapisa ou de la Surobi n’avait aucun a priori favorable pour les Français qui étaient présentés par les insurgés comme des infidèles puisque chrétiens et comme des occupants puisque, après les Perses, les Anglais ou les Russes, ils occupaient le pays et imposaient leur vision des choses.

 

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A gauche : Saïdaen 1959, © Claude Sabourin ; à droite : l’EM de Black Rock lors d’un rare moment de détente, après la passation des consignes au 21° RIMA  – 1er à partir de la gauche : l’auteur.

La guerre d’Algérie a profondément marqué dans la durée l’Armée française qui en est ressortie certes aguerrie et modernisée mais aussi profondément meurtrie et divisée. La campagne en Afghanistan a contribué à faire progresser une armée qui a pu expérimenter et faire progresser ses matériels les plus modernes, a pu redécouvrir les valeurs du combat interarmes voire interarmées ou interalliés, a pu prouver que ses chefs et ses soldats restaient réactifs et valeureux au combat, comme l’ont été leurs grands anciens.

 

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6e BCA en Kabylie © ECPAD. CNE Thomas et le SGTIA Raven à Tagab en Kapisa 

 

Algérie, épilogue complexe

Le 19 mars 1962, les accords d’Evian octroient l’indépendance à l’Algérie.

Il faut penser à l’amertume des soldats qui, obéissant à des gouvernements successifs, ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Cadres d’active et militaires du contingent se sont donnés entièrement dans ces missions de guerre et de pacification (…) Pour ma part, comme je l’avais dit en rentrant d’Extrême-Orient pour qualifier ce que je venais de vivre en Indochine, une fois de plus sur le bateau qui me ramenait vers la France avec le 15e BCA et voyant disparaître peu à peu la cité blanche d’Alger, à nos officiers aux yeux embués de larmes, j’ai dit : « Quel gâchis. ».

Le COL Desroche aux  membres de l’Association des Anciens Combattants d’AFN, Chambéry, 11.3.2009

 

Évoquer l’œuvre de pacification entreprise en Kabylie représente une tâche douloureuse (…) Mais tous ceux que je rencontre encore aujourd’hui ont gardé un sentiment d’enthousiasme et de fierté qui n’a pas été altéré par le cours de l’histoire (…) Nous nous rappelons en effet que cette œuvre de pacification réussie avait été rendue possible grâce à l’adhésion totale des cadres et des hommes, engagés et appelés, chacun ayant eu à cœur d’apporter sa pierre à l’édifice.

GAL Vouillemin, commandant d’unité de la 2e Cie du 7e BCA, 1958-1961

 

« Monsieur le président, j’ai choisi une direction tout à fait différente de celle du général Salan. J’ai choisi la discipline, j’ai également choisi de partager avec mes concitoyens et la nation française, la honte de l’abandon. Celui et ceux qui n’ont pu supporter cette honte se sont révoltés contre elle. L’Histoire dira peut-être que leur crime fut moins grand que le nôtre ».

Général de Pouilly déposant au procès du Général Salan.

 

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Chasseurs en Algérie et Afghanistan : contact établi avec la jeunesse

 

Afghanistan, épilogue ?

Les soldats en Afghanistan ont rempli la mission qui leur était confiée et ont grandement participé à ce que la France reparte la tête haute de cette campagne de pacification complexe et dangereuse. Ils ont été les acteurs de la mission réussie d’une armée française, qui est parvenue en Kapisa et en Surobi, non pas à neutraliser tous les insurgés, ce qui n’était pas leur mission, mais à les cloisonner, à redonner une part de liberté à la population et à permettre aux institutions locales, et en particulier à l’armée et à la police afghanes, de gagner en efficacité et en autonomie. Le dernier mot reviendra néanmoins à la population locale, qui choisira plus librement qu'elle pouvait le faire avant le début du conflit le parti du pacificateur ou celui de ceux qui s'y opposaient. A terme, la solution en Afghanistan demeurera afghane.

LCL Bernard Gaillot

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photo Bernard Gaillot.jpgIssu de l’EMIA (promotion Schaffar 95-97), le LCL Bernard Gaillot a passé l’essentiel de sa carrière dans les troupes alpines. En 2006-2009, il commande une Cie de l’ESM de Saint-Cyr (promotion Segrétain 2006-2009). Réintégrant le 13e BCA en 2009, il est déployé en Afghanistan, comme officier renseignement au sein du GTIA « Black Rock » de novembre 2009 à juin 2010. Parallèlement, le LCL Gaillot se passionne pour la guerre d’Algérie et en devient l’un des spécialistes, en faisant le sujet de son mémoire de DEA, qu’il soutient à la Sorbonne en 1997. 

Le LCL Gaillot est désormais rattaché à l’état-major de l’OTAN à Mons.  Il intervient ponctuellement dans le cadre de conférences sur son livre, en ouvrant sur les enseignements qu'il tire de cette comparaison originale entre les deux conflits, mais aussi sur les leçons apprises en Afghanistan sur le commandement des hommes en situation extrême, qu'il compare au management en situation de crise dans les entreprises.

Il s’appuie aussi sur son expérience de chef au combat et d'instructeur à Saint-Cyr pour prodiguer des formations au management à des équipes dirigeantes d'entreprise ou à des étudiants de grandes écoles, dans le cadre du nouveau partenariat entre le fond de dotation Saint-Cyr Formation Continue (SCYFCO) et le Ministère de la Défense. 

Bernard est marié et fier papa de 6 enfants.

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L’auteur (à droite) intervenant dans un stage SCYFCO : une armée qui s'ouvre  en partageant son expérience du management en situation de crise aux dirigeants d’entreprise.

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Le Groupement Tactique Interarmes « Black Rock », déployé en 2009-2010 en Kapisa, commandé par le Colonel  Vincent Pons, chef de corps du 13e BCA, était composé principalement de 550 Chasseurs alpins du 13, 60 artilleurs de montagne du 93e RAM, 70 cavaliers de cimes du 4e RCh, 70 sapeurs Légionnaires du 2e REG ainsi que 150 Gendarmes de Saint-Quentin. 

« Sans peur et sans reproche »

Devise du 13e BCA et du GTIA Black Rock

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Prix : 25,65 € (éditeur) - ISBN 978-2-36367-055 –Format 23,8 x 15,4 - 236 pages

 

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Aux éditions Nuvis - Livre disponible ici

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Hommage

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Monument aux morts du 13e BCA, inauguré en 2013

Au Major Franck Bouzet, 13e BCA, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant-Chef Laurent Pican, 13e BCA, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal Enguerrand Libaert, 13e BCA, GTIA Black Rock, mort pour la France en Afghanistan, 

Le MAJ Bouzet et l’ADC Pican étaient respectivement l’adjoint et le radio du LCL Gaillot à la section URH 13e BCA entre 1999 et 2002.

A tous les Bledards morts pour la France,

A tous les Afghaners morts pour la France,

Aux blessés.

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« Il offre sa poitrine à son destin glorieux,

Il présente au soleil son haut front lumineux,

Et le vent en rafale a balayé ses yeux,

Les tirs ont ricoché sur son cœur généreux.

Un soldat est tombé, illuminant les cieux,

Et offrant à l’air pur son sourire radieux,

Recouvrant son regard d’un voile ténébreux,

Il est mort au combat mais il était heureux. »

Poème de Mme Sylviane Pons, épouse du chef de corps du 13e BCA, en hommage à Enguerrand Libaert

 

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Le LCL Bernard Gaillot et le COL Vincent Pons arborant le drapeau savoyard au-dessus de Tagab

En 1959, les "Bledards" avaient vaincu militairement l’ALN et vaincu politiquement le FLN. On peut donc se poser légitimement les questions suivantes : comment cette double victoire tactique de l’armée n’a-t-elle pu être transformée en victoire stratégique et diplomatique ? Comment une armée victorieuse peut-elle réagir si elle est dépossédée de sa victoire par le pouvoir politique qui analyse différemment la situation ?

LCL Bernard Gaillot

 

Les insurgés arrivent à gagner des guerres en perdant des batailles. Dans ces conditions, la défaite du vainqueur est possible.

Sylvain Tesson, « Haute Tension  - Des Chasseurs Alpins en Afghanistan »

 

 

 

 

 

 

25/02/2014

« Les Larmes de l’honneur », COL Jacques Hogard, 4e RE, 2e REP, commandant le groupement Sierra de l’Opération Turquoise. Ed. Hugo Doc.

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos de l’association France Turquoise, sauf mention contraire. Tous droits réservés.

 

 

 

Le scorpion, désirant traverser le ruisseau, demande au crocodile de le porter sur son dos.

Le crocodile s’étonne de cette proposition, craignant le dard du scorpion.

« Rien à craindre, je ne sais pas nager. Ma piqûre serait donc mortelle pour nous deux »

Le crocodile se laisse convaincre et entame la traversée.

La rive en vue, le scorpion pique le crocodile qui, malgré la douleur et la mort qui l’entraîne au fond de l’eau, s’étonne de ce geste effectivement fatal pour tous les deux.

Le scorpion rétorque : « Je n’y peux rien. C’est cela l’Afrique ».

 

"Le crocodile et le scorpion", rapporté par Alain A. dit Marius in « Parcours Commando », Ed. Nimrod.

 

 

Appelez-le « Pays aux mille collines » ; vous viennent alors à l’esprit des images romantiques à la « Out of Africa ». Appelez-le Rwanda et c’est une vision apocalyptique qui s’impose, massacres à coups de machette, enfants errant hagards, vieillards se laissant mourir au bord des routes, montagnes de corps…  et des soldats français salis dans leur honneur, si ce n’est la France elle-même.

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Il n’est pas question de développer ici le drame effroyable que fût le génocide rwandais. Haine viscérale entre deux ethnies, lutte pour le pouvoir entre une « aristocratie » Tutsi et la « plèbe » Hutu, guerre d’influence entre grandes puissances (pourtant alliées), tergiversations de l’ONU…

Nous invitons nos lecteurs, en premier lieu les plus jeunes, à s’informer par eux-mêmes. D’autant plus que le Rwanda conjugue l’une des pires horreurs du XX° siècle et une désinformation orchestrée tant en Afrique que dans le monde anglo-saxon, visant à salir la France et son armée (disons-le tout net).

Alors, quelle meilleure manière pour bâtir sa propre opinion que de lire les récits de  « Ceux du Rwanda » ?  Nous reviendrons sur tous, celui du Général Lafourcade, celui du Général Tauzin, mais débutons avec « Les larmes de l’honneur », témoignage du Colonel Jacques Hogard, l’un des commandants « terrain » de l’opération Turquoise.

 

* Mise en garde : certaines photos peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes *

 

Djibouti, juin 1994

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Légionnaires à Djibouti, photo © Charles Fréger, "Outremer"

[Le Colonel Hogard, alors Lieutenant-Colonel à Djibouti, est choisi pour prendre la tête de l’un des trois groupements opérationnels de l’opération Turquoise]

Quel officier refuserait un commandement, des responsabilités, auxquels il se prépare et  aspire depuis toujours, sans être profondément heureux de l’aboutissement qu’ils représentent ? Mais cette joie s’accompagne de questions plus angoissantes : qu’allons-nous affronter comme situation dramatique ? Serai-je à la hauteur de la tâche ? Comment me comporterai-je face aux dangers, à la fatigue, au stress ? Serai-je le chef militaire que j’ai toujours rêvé d’être et à la hauteur de la confiance que placent en moi chefs et subordonnées ?

 

Rwanda, 30 juin 1994 : le choc.

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© Association France Turquoise

[Le groupement se déploie dans la région de Cyangugu au sud-ouest du Rwanda pour créer une ZHS (Zone Humanitaire Sûre)]

[Le capitaine de corvette Marin] Gillier décrit ce qu’il vient de voir. Sur plus de deux kilomètres, à la sortie du hameau, réduit en cendres par ses assaillants Hutu, le sol est jonché de cadavres décapités, mutilés, fauchés le long du sentier selon leur capacité à fuir, des vieillards et des femmes enceintes, puis des femmes et des enfants, des hommes, enfin.

 

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Le COL Hogard et le GAL (alors COL) Tauzin, 1er RPIma, et un soldat des Forces Armées Rwandaises. Photo magazine Raid n°101.

Sur le terrain, nous allons nous trouver dans l’inconfortable position de celui qui a le doigt entre le marteau et l’enclume. Nous sommes coincés entre un pouvoir déliquescent [Hutu], responsable de l’un des plus grands génocides du siècle, lâché par une armée défaite militairement et en grand état de délitement, et une rébellion [Tutsi] très active, soutenue indirectement, à travers l’Ouganda, mais activement depuis plusieurs années par les Américains et les Britanniques. Cette rébellion s’avance, bien armée, bien encadrée, bien organisés, bénéficiant d’une excellente logistique. Elle progresse méthodiquement sur le terrain, se livrant, elle aussi, à un certain nombre d’exactions de grande ampleur, en représailles des massacres antérieurs. Si nous n’enrayons pas la mécanique provocation-répression, l’incendie de la violence va repartir de plus belle.

 

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© Association France Turquoise

Tout est en perpétuel mouvement. La zone est un immense chaudron, sillonné par d’innombrables colonnes de centaines de milliers de réfugiés aux yeux fous, pitoyables cohortes faméliques et terrorisées. Pour rétablir un semblant d’ordre et un embryon d’humanité dans ce chaos de millions de personnes déplacées, les effectifs des forces de Turquoise sont dérisoires : environ 2 700 hommes au plus fort de l’action (…) Il n’est en effet pas possible de mettre un soldat français derrière chaque Rwandais !

 

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© Association France Turquoise

La centrale ne fonctionne plus. Il faut éviter à tout prix que la population ne boive de l’eau non traitée, des rivières ou du lac Kivu. (…) Au-delà de la simple remise en marche des machines, il faut également payer les salaires, remotiver les personnels, trouver des techniciens qualifiés comme les contrôleurs aériens sans lesquels l’aérodrome de Cyangugu ne peut fonctionner, reconstituer de toute urgence des antennes médicales avec des personnels évanouis dans la nature (…) Les médecins, les chirurgiens et les infirmières des docteurs Auclair et Martin, secondés par une équipe mauritanienne, accueillent jour et nuit des blessés rescapés des massacres et des tentatives de meurtre ainsi que des malades. J’ai le souvenir d’enfants en bas âge, mutilés à coup de machette. Notre personnel médical soigne leurs blessures innommables avec un savoir-faire qu’il leur faut réinventer chaque jour. Leur dévouement est tel qu’il fait forcément appel à des notions plus fortes : de foi et d’amour.

 

Rwanda, 30 juin – 18 juillet

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© Association France Turquoise

[Un semblant d’ordre est mis en place dans la ZHS sécurisée]

En quelques jours, la zone humanitaire est rendue étanche vis-à-vis de l’extérieur et nettement pacifiée à l’intérieur. En une quinzaine de jours, le climat s’est apaisé. Nos hommes sont omniprésents, calmes, rassurants. Les belligérants des deux camps, de même que les malheureuses populations, sentent d’instinct que bien des choses ont changé et que le temps des exactions est terminé et le restera… du moins tant que des hommes de cette trempe seront là ! Les barrages des miliciens disparaissent, les armes sont récupérées, les contrôles sont multipliés et souvent cela permet le sauvetage in extremis de vies humaines menacées.

 

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Désarmement des milices Hutu © Association France Turquoise

Nous clamons haut et fort que nous ne voulons rien savoir des velléités de représailles des uns et des autres et qu’il n’est pas question que quiconque transgresse cet impératif. Nous intervenons contre les miliciens interahamwe [Hutu] qui tentent de forcer la population à se lancer dans l’aventure, sans avenir, de l’exode ; Cela nous conduit plusieurs fois à affronter les milices Hutu à la mi-juillet. Mais nous intervenons aussi pour contrer les meurtrières actions de représailles de certains Tutsi rescapés qui, à partir du 18 juillet, à Nyarushishi, sentant la victoire du FPR [Front Patriotique Rwandais, Tutsi] acquise, se font agressifs vis-à-vis de malheureux déplacés Hutu, souvent des femmes, des enfants ou des vieillards à la traîne des longues colonnes de réfugiés .

 

Rwanda, 18 juillet – 1er août

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© Association France Turquoise

[Kigali, la capitale rwandaise, tombe aux mains du FPR Tutsi. L’armée rwandaise est en totale déroute. Le gouvernement incite les Hutu à la fuite vers les pays limitrophes, Zaïre, Burundi…]

Dans le sillage des Forces Armées Rwandaises se jettent alors sur les routes des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes. Si des colonnes de réfugiés sont en route vers la Zone Humanitaire Sûre et la région de Cyangugu, où nous allons nous efforcer de les fixer, certains vont passer au nord du lac Kivu en direction  du Zaïre, de Goma, notamment, qu’ils investissent pour y mourir par milliers du choléra mi-juillet.

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© Association France Turquoise

L’insécurité que l’on croyait relativement maîtrisée reprend une nouvelle vigueur (…) Il nous faut multiplier les actions musclées pour éviter le pire. C’est ainsi que deux sections du 2e REI renforcées au pied levé d’une section de la 13e DBLE interviennent en plein cœur de Cyangugu pour faire cesser les exactions, désarmer les pillards et les fauteurs de troubles, déserteurs des FAR, miliciens, petites frappes de tout acabit (…) On intervient d’autant plus que les milices interahamwes [extrémistes Hutu] (…) multiplient les actions d’intimidation et de harcèlement visant à terroriser les populations, enjeu majeur. Le but évident de leur action, c’est la terre brûlée : laisser aux vainqueurs un pays vidé au maximum de ses populations.

 

 

Rwanda, 1er août – 21 août

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© Association France Turquoise

[Le FPR Tutsi est définitivement vainqueur]

[Dans la ZHS], avec fermeté et humanité, nos troupes doivent faire face au désespoir qui suinte de toutes parts  et s’insinue dans le tréfonds des consciences. Ce sont les techniciens des usines de production électrique et d’épuration des eaux, que nous avions récupéré chez eux il y a six semaines, qu’il faut convaincre de ne pas repartir, ce sont les médecins et les infirmières du dispensaire, de l’hôpital Saint-François auxquels il nous faut expliquer que la communauté internationale est garante, cette fois, de l’avenir du pays et que le temps des massacres et sanglants règlements de compte est révolu.

 

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Le padre Kalka devant le centre médical Saint-François © R. Kalka

Le Comité préfectoral que nous mettons sur pied a pour mission de rétablir, en liaison avec nous, un embryon d’administration, de contrôle et de sécurisation des communes et bien sûr le rétablissement des structures sanitaires qui ont volé en éclats. En effet, il n’y a plus d’hôpitaux, plus d’infirmeries, les orphelinats sont désertés, les enfants laissés à l’abandon, des nouveau-nés aux adolescents ! Devant ce délitement, c’est notre aumônier  [le padre Richard Kalka] qui prend sur lui de reconstituer et de réactiver le centre médical.

 

Rwanda, 21 août

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© Association France Turquoise

[Le Colonel Hogard et ses hommes quittent le Rwanda. La Zone Humanitaire Sûre, passant sous protection de l’ONU via un contingent éthiopien, est investie par le FPR Tutsi. ]

Que vont devenir tous ces [Hutu] qui nous ont fait confiance dans l’adversité ? Quel va être leur sort, eux qui se retrouvent d’un coup livrés au bon vouloir d’une puissance dont ils se méfient viscéralement, malgré nos bonnes paroles ? Notre départ signifie l’ouverture des limites de la ZHS au nouveau gouvernement légal du Rwanda, le FPR. Tous ceux qui ont apporté leur pierre à la construction du comité préfectoral intérimaire espèrent secrètement – mais sans grande illusion – que la transition s’opère sans trop de casse, permettant de repartir sur des bases saines dans la construction d’un nouveau Rwanda (…) Ces Rwandais courageux acceptaient d’être nos relais auprès des populations. Ils étaient au premier rang pour appuyer nos efforts de stabilisation et de restructuration. Ils seront au premier rang lorsque nous nous retirerons. Je le savais, ils le savaient.

Alphonse-Marie Nkubito, Hutu, ministre de la Justice du gouvernement FPR dit d’union nationale, est mort dans des conditions étranges à Kigali en 1997.

Seth Sendashonga, Hutu, ministre du gouvernement FPR dit d’union nationale, est assassiné en 1998 à Nairobi.

Augustin Cyiza, officier et magistrat Hutu qui a aidé à la reconstruction d’une gendarmerie à Cyangugu, est enlevé à Kigali en 2003. Il n’est jamais réapparu.

Le sous-préfet Théodore Munyangabe, qui a coopéré activement avec Turquoise et a sauvé de nombreux Tutsis au péril de son existence, est toujours détenu en 2014, sans jugement et dans des conditions inhumaines, à la prison de Gikongoro.

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© Association France Turquoise

Nous sommes partis, tous profondément marqués par l’expérience que nous venions de vivre, et bien sûr avec un peu de vague à l’âme, provoqué par le soudain abandon de tout ce que nous avions entrepris de reconstruire, par le soudain abandon de populations, de toutes les populations, quelles qu’elles soient.

23 avril 1995. Au camp de Kibeho, plus de 8000 réfugiés Hutu sont froidement mitraillés par leurs gardiens de l’Armée Populaire Rwandaise.

Octobre-novembre 1996. Mise à mort de centaines de milliers de réfugiés Hutu, pourchassés par l’APR dans les forêts de l’est du Zaïre.

Avril-mai 1997. Mise à mort de plusieurs milliers de réfugiés Hutu par l’APR au Zaïre.

2000. Les derniers Hutu ayant quitté le gouvernement du FPR, Paul Kagamé devient officiellement président de la République rwandaise, à la tête d’un gouvernement 100% Tutsi.

 

***

 

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Né en 1955 dans une famille d’officiers, Jacques Hogard s’engage en 1974 au titre de la préparation à Saint-Cyr (2ème année de Corniche au Collège Militaire de Saint-Cyr). Nommé Aspirant puis SLT en 1976, il est affecté au 425e BPCS (Bataillon Parachutiste de Commandement et de Soutien) pour emploi au CEM (Centre d'Entrainement Montagne) de la 11ème DP à Barèges. Il intègre sur titres l'EMIA en 1978. Il fait dès lors l’essentiel de sa carrière dans la Légion Etrangère, 4e RE puis 2e REP. En 1994, il est affecté à Djibouti et est choisi pour prendre la tête de l’un des trois groupements opérationnels de l’opération Turquoise, sous les ordres du Général Jean-Claude Lafourcade, avec pour objectif de mettre en place une « Zone Humanitaire Sûre » (ZHS) autour de la préfecture Cyangugu. Il commande le groupement « Sierra » Sud,  composé de la 1e Cie du 2e REI, 3e Cie de la 13e DBLE, un détachement de l’armée tchadienne et une équipe de Commandos-Parachutistes du 2e REP. En 1998 et 1999, il est chef du Groupement des Forces Spéciales en Macédoine et au Kosovo. Revenu à la vie civile en 2000, il fonde la société d’intelligence stratégique EPEE (Experts Partenaires pour l’Entreprise à l’Etranger).

Le Colonel Hogard est officier de la Légion d’Honneur, père de 6 enfants dont un Saint-Cyrien, perpétuant la tradition familiale.

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Prix 10€ - ISBN 2-7556-0054-3, format 12,5x18,7 - 140 pages

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Aux éditions Hugo doc

Le livre est malheureusement épuisé. Il faut donc le chercher sur le marché de l’occasion, par exemple ici.

Une réédition est espérée.

 

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Nous sommes heureux d’annoncer en exclusivité la parution prochaine de « L’Europe est morte à Pristina », récit autobiographique du Colonel Hogard sur son action au Kosovo en 1999.

Aux éditions Hugo doc

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Bibliothèque « Ceux du Rwanda »

(non exhaustif)

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François Léotard, ministre de la Défense, Edouard Balladur, Premier Ministre, Général Lafourcade, Colonel Hogard. Rwanda juillet 1994.

Site des anciens du Rwanda, association France Turquoise, ici.

 

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Rencontre avec le Colonel Hogard en 2013.

Nous ne pouvons parler du Rwanda sans évoquer la manière dont la France et son armée ont été (et sont toujours) traitées dans les médias anglo-saxons, dans certaines salles de rédactions européennes, voire parisiennes. Des mots tels que « Complicité de génocide », des mises en examen, laissent des traces.

J’ai l’honneur de connaître le Colonel Hogard. Il sait que je porte une grande affection aux hommes de Turquoise. Aveuglement militariste du Chasseur ? Serais-je plus aveuglé que cet américain, homme honnête, qui m’a dit un jour :

« - La France et sa petite débâcle au Rwanda... 

- Pardon ? La France n’a connu aucune débâcle au Rwanda.

- Ce sont pourtant des Légionnaires qui ont entraînés les génocidaires Hutu. 

- Mon cher, ces malheureux se sont massacrés à coup de machette, ils n’avaient aucun besoin d’entraînement par les Légionnaires pour perpétrer cette tragédie ».

 J’ai raconté cette anecdote à Jacques et à sa question « Pourquoi pensait-il cela ? » ma réponse est allée dans le sens de son propre ressenti : désinformation. Et on sait la puissance médiatique de certains lobbies anti-français du côté de Washington et de Londres (ceci m’a toujours attristé).

La France n’a pas à avoir honte de ce qu’elle a tenté de faire au Rwanda. Elle, au moins, est intervenue. Aurait-il été plus glorieux de ne rien tenter ?

Quant aux  hommes de Turquoise, soldats, sous-officiers, officiers, c’est de la fierté qu’ils doivent éprouver, fierté d’avoir sauvé tout ce qu’il était encore possible de sauver, avec les faibles moyens qui leurs étaient accordés.

Laissons la honte à ceux qui, piétinant dans la montagne de cadavres, cherchent au loin des bouc-émissaires.  

 

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Je ne resterai jamais insensible aux grandes déclarations moralisatrices. Il me sera très difficile de cacher ma révolte devant l’hypocrisie qui consiste à verser des larmes sur l’authentique malheur des uns, et exploiter ces larmes pour s’aveugler de celui des autres. Surtout quand, en plus, l’objectif est d’entacher la réputation de notre pays et de son armée.

Colonel Jacques Hogard

 

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A la mémoire des Rwandais de toutes les ethnies.

« S’il faut tirer une leçon du Rwanda, c’est que les hommes sont tous coupables et qu’ils sont tous innocents. Il n’y a pas de bons et de mauvais. Il n’y a que l’engrenage de la haine et de la violence. »

Jean d’Ormesson, Le Figaro, 21 juillet 1994

 

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Hommage à « Ceux du Rwanda »

« J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.

Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »

Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc.

 

 

 

 

 

16/02/2014

"Task Force Tiger", COL Nicolas Le Nen, 27e BCA. Ed. Economica

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos de Thomas Goisque. Tous droits réservés.

 

 

+ A la mémoire du Caporal-Chef Nicolas Belda, 27e BCA, seigneur de la vallée d’Alasay +

 

 

L'esprit chasseur ?

Mais c'est justement ce qu'en d'autres termes j'ai toujours prôné.

C'est d'abord l'esprit d'équipe, de mon équipe.

C'est la rapidité dans l'exécution des gens qui « pigent » et qui « galopent ».

C'est l'allant, c'est l'allure, c'est le chic.

C'est pour les chefs le sens social dans le commandement, c'est l'accueil aimable.

C'est servir avec le sourire, la discipline qui vient du cœur.

C'est le dévouement absolu qui sait aller, lorsqu'il le faut, jusqu'au sacrifice total.

 

Maréchal Lyautey

 

 

 

Le peuple de France a-t-il un problème avec ses victoires militaires ? Voici un bon sujet pour le bac de philo. Nous ne nous lancerons pas dans une thèse/antithèse/synthèse, mais posons-nous une question  simple, ou plutôt, posons-la aux personnes qui nous entourent : « Pouvez-vous citer une bataille en Afghanistan ? ». Nous parions que la majorité répondra « Uzbin ». Et c’est bien normal. Le traumatisme a été grand, la médiatisation forcément importante. Mais combien répondront « Alasay » ? Peu d’échos dans les 20 heures, vous en conviendrez. Et pourquoi ? Parce que c’est une victoire ?

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Eh bien, grâce à « Task Force Tiger » du Colonel Nicolas Le Nen, parlons d’Alasay ! Parlons de cette brillante victoire, due à la valeur de tous les hommes et les femmes du GTIA Tiger, avec à leur tête le colonel, chef de corps du 27e BCA.

Avec cette lecture, suivons au pas Chasseur l’entrainement en France, la stratégie envisagée pour conquérir le sanctuaire taliban inviolé, la mise en place du dispositif opérationnel, l’assaut.

N’oublions pas les victoires de nos troupes. N’oublions pas Alasay. Un « Uzbin » pour les talibans. Un parmi tant d’autres…

 

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Défilé du 14 juillet 2009, le Colonel Le Nen à la tête du 27e BCA. Photo armyrecognition.com

Ils sont heureux, ils y croient, ils ont la pêche. Plus que jamais, je suis heureux d’être parmi eux, je mesure la chance d’être soldat et d’être leur chef. Ces soldats, ces sous-officiers et ces officiers sont des hommes et des femmes d’un dévouement sans bornes. Je sais qu’ils me font une confiance totale, qu’ils me suivront partout. Je n’aurai pas le droit de les décevoir ; ni de me tromper dans les opérations qui nous attendent en Afghanistan. C’est vraiment là qu’est ma responsabilité, mon devoir de chef : être à la hauteur de ce qu’attendent mes subordonnés et ne pas gaspiller la vie et le dévouement de ces hommes et de ces femmes d’exception qui m’ont été confiés.

Ensemble, nous surmonterons les épreuves qui nous attendent, ensemble nous vaincrons nos ennemis, ensemble nous serons au rendez-vous que l’histoire nous a fixé.

Avant le déploiement du GTIA

  

La conquête de la vallée d’Alasay

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Le COL Le Nen en Kapisa

Les vallées d’Alasay et de Bédraou, qui sont situées au centre de la zone d’opérations du bataillon, constituent le centre de gravité du dispositif de notre ennemi à parti duquel il rayonne vers les autres vallées. Si nous parvenons à contrôler ces deux vallées et notamment la première, alors nous aurons fait un pas significatif dans le contrôle de la province. La guerre que nous menons ici est avant tout une guerre d’influence. Pour supplanter l’influence des rebelles, il faut que nous réimplantions, dans les zones où ils font régner leurs propres lois, les premiers relais de l’influence du gouvernement afghan que sont ses forces de sécurité et notamment leur armée (…) La conquête du fond de cette vallée sera une entreprise difficile mais elle est nécessaire pour que l’insurrection recule en Kapisa.

 

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Débarquement d’une section du 27e BCA sur les hauts d’Alasay

A 3h00 du matin, l’opération Dinner out commence. Les quatre compagnies du 1er Kandak s’engagent dans la vallée d’Alasay par la piste sud Hurricane. Elles sont appuyées par la compagnie de Minguet qui a intercalé ses sections entre les trois compagnies de tête afghanes. Dans le même temps, les sections de Gruet embarquent dans les quatre Chinook qui vont les héliporter sur les crêtes sud et est de la vallée. Au total, ce sont huit cents soldats français et afghans qui partent à la conquête de la vallée dans laquelle nous savons maintenant que deux cents insurgés environ se sont retranchés.

 

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Chasseurs du 27e en Kapisa

L’ennemi tente de s’imbriquer entre les deux sections pour limiter l’emploi de nos appuis mais les Chasseurs résistent et font feu de tout bois. [Les sections] Vert 20 et Vert 30 n’ont jamais aussi bien porté le surnom de leur compagnie : Boule de feu. Les attaques ennemies sont repoussées grâce à un appui feu air-sol et sol-sol massif. J’ordonne à la patrouille de F 15-E qui nous appuie de tirer une bombe d’une tonne sur une grotte dans laquelle des insurgés sont retranchés. Je veux que l’ennemi sache que nous ne lâcherons pas le terrain. La guerre est avant tout un affrontement des volontés a écrit Clausewitz. La puissance des armes que nous employons est aussi une manifestation de notre détermination à aller au bout de notre mission.

 

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COL Nicolas Le Nen en Afghanistan

« On n’abandonne pas nos morts » j’annonce à la radio. Il est important que tous sachent qu’en dépit de la mort de l’un des nôtres, nous ne relâcherons pas nos efforts et nous irons au bout de ces combats. Renoncer maintenant n’aurait aucun sens. Ce serait faire de la mort de notre camarade un sacrifice inutile. Mon rôle n’est pas uniquement de concevoir et de conduire des opérations. Le chef au combat n’est pas qu’un simple tacticien, froid et sans âme. Je suis aussi le garant moral de mes soldats. Dans les moments difficiles que nous sommes en train de traverser, je veux qu’ils entendent le son de ma voix, je veux qu’ils soient sûrs que je garde la tête froide et que je contrôle la situation. Nous sommes solidement installés au fond de la vallée d’Alasay et sur les crêtes du Gala Kuhe, notre puissance de feu est supérieure à celle de l’ennemi. Je suis intimement persuadé que, pour lui, la partie est déjà perdue. Ses assauts successifs seront irrémédiablement repoussés par Jonquille et par Vert. Comme à Na San, il y a plus de soixante ans, les talibans se casseront les dents sur nos môles de résistance.

 

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Au contact dans la vallée d’Alasay

Les Chasseurs de [la section] Jonquille repartent au combat et déjà l’ennemi commence à décrocher vers l’est. Il est 19 h 00 et après douze heures de combats ininterrompus, nous sommes enfin maîtres de la vallée d’Alasay. Sur la crête du Karat Kuhe, les Chasseurs d’Allègre de la Soujeole et de Bouaouiche ont à nouveau repoussé les vagues d’assaut ennemies. Ils ont été fidèles à l’esprit combatif qui a forgé la légende des Diables bleus de la Première Guerre mondiale. Fidèle aussi à l’esprit chasseur, le lieutenant Allègre de la Soujeole, au plus fort des combats de l’après-midi, a fait hisser un drapeau français sur sa position, geste de défiance lancé à la face des insurgés.

 

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Chasseurs du 27e en Kapisa

La vallée est conquise. Immédiatement, deux bases avancées sont construites, devant accueillir l’armée afghane.

Je débarque de mon VAB devant la prison où la pelle mécanique de l’ANA [Armée Nationale Afghane] remplit inlassablement les bastion walls. Je retrouve le Colonel Hussein [commandant le 1er Kandak de l’ANA] et Lieutenant-Colonel Sean Wester [chef de l’équipe américaine encadrant le Kandak].

- "Abdul, tu es devenu le seigneur de la vallée d’Alasay", lui dis-je en lui tendant la main. Il la prend chaleureusement comme si nous allions faire un bras de fer, signe de notre fraternité d’armes.

- "Ce sont nos soldats qui sont les seigneurs d’Alasay", me répond-t-il.

- "Tu as raisons Abdul, ce sont eux les seigneurs de la vallée".

 

***

Le Nen 0.jpgNicolas Le Nen intègre Saint-Cyr en 1986. Après un cursus à l’Ecole d’Application de l’Infanterie de Montpellier, il opte pour les troupes de montagne et rejoint le 27e Bataillon de Chasseurs Alpins d’Annecy. Après un passage au CPIS (DGSE) comme commandant d’unité, il sert au sein de l’Etat-Major de l’Armée de Terre. En 2007 il revient au 27e BCA comme chef de corps. De décembre 2008 à juin 2009, il commande le GTIA « Tiger » en Kapisa, composé de Chasseurs alpins du 27e BCA, Cavaliers Chasseurs du 4e RC, Dragons Paras du 13e RDP, Sapeurs Légionnaires du 2e REG, Artilleurs de Montagne du 93e RAM, Traqueurs d’ondes du 54e RT et Transmetteurs du 28e RT. Son mandat en Afghanistan est marqué par la victoire d’Alasay [opération Dinner out]. Il dirige désormais le Service Action de la DGSE.

Le colonel Le Nen est officier de la Légion d'honneur, titulaires des Croix de la Valeur militaire, Croix du combattant, Médaille d'Outre-Mer, Médaille de la Défense nationale échelon or, Médaille commémorative française, médaille de la Force de protection des Nations Unies (ONU), médaille des opérations au Kosovo (OTAN), médaille de la SFOR (OTAN) ainsi que de la médaille de la Jeunesse et des Sports. Pour son action en Afghanistan, il a reçu la Bronze Star américaine.

 

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Prix : 15€ - ISBN 978-2-7178-5853-2 – Format 15,5x 24 – 128 pages

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Aux éditions Economica. 

Pour vous procurer le livre, voir ici.

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Le Colonel Le Nen est également l’auteur de plusieurs livres traitant de stratégie militaire, coécrits avec les Colonels Hervé de Courrèges, Pierre-Joseph Givre et Emmanuel Germain.

"Enjeux de guerre", coécrit avec le COL Givre, a reçu le prix "Edmond Fréville-Pierre Messmer" de l'Académie des Sciences Morales et Politiques. 

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Enfin, citons un roman : « Le vent d’Alasay » de Michel Sègre. Nous avons eu la chance de rencontrer cet auteur « masqué » et confirmons (avec son aval) qu’il est très au fait de la conquête de la vallée d’Alasay… (un dessin ?).

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Avec le COL Le Nen au Salon du Livre et au Salon des Écrivains Combattants 2013 - photos Natachenka

 

Le Colonel Le Nen et les hommes du GTIA Tiger en « live ». Reportage de Géraud Burin des Roziers pour Zone Interdite, M6.

 

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Hommage 

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Au Caporal-Chef Nicolas Belda, 27e BCA, mort pour la France pendant la bataille d’Alasay,

Aux Chasseurs morts pour la France en Afghanistan

ADC Franck Bouzet, 13e BCA

ADJ Laurent Pican, 13e BCA

1CL Enguerrand Libaert, 13e BCA

1CL Clément Chamarier, 27e BCA

A tous les Chasseurs morts pour la France,

Aux blessés.

 

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Une infirmière et des membres du Groupement de Commandos Montagne

Qui a dit que notre jeunesse était désabusée ? Il suffit de voir avec quelle volonté, avec quelle hargne, avec quelle envie de se dépasser tous ces soldats se donnent, pour comprendre que les jeunes de ce pays ont autant de foi dans l’avenir que leurs aînés. Il suffit simplement de leur fixer des objectifs, de leur proposer des entreprises ambitieuses, de leur lancer des défis à la mesure de leur amour de la vie et de l’idéalisme de leur âge.

 

Colonel Nicolas Le Nen

 

 

 

 

 

Récit autobiographique, journal de marche Afghanistan, 27e Bataillon de Chasseurs Alpins, GTIA Tiger 

04/02/2014

"15 ans au GIGN", Eric Delsaut & Eric Moingeon, Ed. L’àpart.

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

« Ceux qui jouent avec des chats doivent s’attendre à être griffés »

Cervantès

 

 

C’est en flânant dans les allées du Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan que nous avons rencontré Eric Delsaut. Arrêt net devant la pile de livres placée devant lui : « 15 ans au GIGN », cela interpelle. Et lors de la conversation, petit à petit, nous avons pris conscience de qui était cet homme sympathique et souriant : l’un des piliers du Groupement d’Intervention de la Gendarmerie Nationale… rien que cela.

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Comme souvent chez nos amis militaires, Eric a l’humilité et la gentillesse des grands. Grand par la taille, mais surtout par la carrière : Il porte le badge n°70 donc est pratiquement né avec le GIGN du fameux Christian Prouteau. Et si on ne peut rapporter toutes les missions d’Eric, il suffira d’en citer une : la prise d’otage lors du vol Air France Alger-Paris en 1994. N’avez-vous pas vibré devant votre télé en regardant les hommes en bleu partir à l’assaut de l’Airbus ? Eric était l'un d'eux…

C’est avec régal que nous nous sommes plongés dans son récit autobiographique, écrit en collaboration avec Eric Moingeon : engagement dans les Chasseurs Alpins, puis à la Gendarmerie Mobile, sélection puis entraînement au GIGN et enfin toutes ses missions, en France, Algérie, jusqu’à la fameuse intervention de Marignane. Morceaux choisis :

 

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1982, Eric Delsaut lors de la sélection initiale en vue d’intégrer le GIGN. Tenue et moustache fleurant bon les années quatre-vingt… J

 

Sélection & Entrainement

 

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Eric lors d’un exercice de descente en rappel à partir d’un hélicoptère, à 60m du sol

La corde de rappel mal positionnée sur l’épaule, un départ un peu trop précipité et hop ! M’échappant de la main avec la vitesse, la corde est brutalement remontée tel un fouet, frôlant mon visage. Réflexe efficace, instinct de survie… d’un ample mouvement, je l’ai happée sur la longueur de mon bras en l’enroulant de deux tours et ai terminé ainsi, freinant au mieux ma descente, sous les yeux médusés de l’assemblée. Je n’oublierai jamais le regard de Philippe Legorjus [commandant le GIGN] à l’arrivée.

 

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Burk au travail avec Fabrice Galli, adjudant instructeur au CNICG

Quand la tête d’un des maîtres-chiens apparaissait (…) chacun de nous comprenait instantanément qu’ils cherchaient un « os » pour enfiler la « toile » [vêtement de protection] et aussitôt, toutes les têtes se tournaient dans une autre direction, comme si de rien n’était (…) servir d’appât pour leurs bestioles, merci ! Mais ils savaient qu’ils pouvaient compter sur deux volontaires, Jean-Jacques R et moi. J’aime les chiens. Cela étant, ce n’était pas une partie de rigolade. Un de leurs molosses, Hutan, devenait vicieux et teigneux en vieillissant. Il valait mieux ne pas laisser une main sortir de la « toile », sinon il s’en serait délecté. Sur la « fuyante » [fuite], c’était la gamelle assurée ! J’en savais quelque chose, j’y avais goûté. Impossible de résister à la percussion du bolide de 40 kg vous arrivant sur le paletot tel un boulet de canon. On se retrouvait forcément allongé, le nez écrasé dans le gazon, à brouter le trèfle tout en se faisant secouer comme un paillasson.

 

Action

 

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Photo GIGN

On s’est positionné d’un côté de la porte et nous avons tous attendu le « top action » de l’officier. La négociation ayant échoué, il fallait neutraliser [le forcené], si possible sans le blesser gravement. Je tenais fermement mon [révolver] MR73. Quand  on attend comme ça, prêt à l’action devant une porte fermée masquant un possible danger, on se passe tout un film dans la tête. On se demande comment sera le gars, dans quelle position, dans quel état d’esprit. Et dans quel état d’esprit serai-je face à lui ? Allait-il ouvrir le feu en me voyant apparaître dans l’embrasure de la porte ? Devrai-je faire feu pour me défendre ? A moins d’être devin, mystère ! La réponse à toutes mes questions, j’allais la découvrir sans tarder, c’était une question de minutes, de secondes.

Melun,  14 juillet 1984

 

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En 1989, Eric devient maître-chien, et forme désormais une équipe avec Burk.

Le patron et un camarade ont commencé les négociations, à tour de rôle. Les gamins se faisaient un film : ils étaient importants, on déplaçait le GIGN pour eux ! Ils jouaient aux grands bandits et ont demandé une voiture pour quitter les lieux. Ils ne voulaient même pas d’argent. Une voiture a finalement été garée à 20 m du bar, pour les obliger à se déplacer à découvert sur cette distance. Notre équipe les a vus sortir, l’un après l’autre, juste sous notre nez, sans leur otage resté dans le bar, mais l’arme à la main. On les a laissés  s’avancer. Il fallait rester discret, au moindre bruit de notre part, ils auraient sûrement tiré. Burk avait les oreilles dressées, tous ses sens en éveil, n’attendant que mon ordre pour s’élancer vers l’objectif désigné. Le mot « attaque », il connaissait ! Il était calme, mais prêt.

Guipry, décembre 1989.

 

Vol AF 8969

La prise d'otages du vol Air France 8969 Alger-Paris, par quatre islamistes algériens membres du Groupe Islamique Armé (GIA), se déroule entre le 24 et le 26 décembre 1994 et se solde par la mort des quatre terroristes à Marseille lors de l'assaut du GIGN. Préalablement, trois passagers ont été exécutés pour faire pression lors des négociations avec les gouvernements algérien puis français. 

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Eric et Burk

La mission de chaque groupe était définie. Pour le mien, nous savions dès à présent que si nous devions intervenir, cela se passerait au niveau de la porte arrière de l’Airbus. Nous sommes tous rentrés chez nous, avec pour consigne de revenir dès le déclenchement du « bip » annonciateur d’un départ imminent. J’ai préparé mon sac avec tout l’indispensable. Il n’était pas moins de 19 heures quand le bip a sonné. J’ai juste pris le temps de dire au revoir à ma belle-famille, à mon épouse inquiète mais confiante et à mes deux petites filles, trop jeunes pour se rendre compte de ce qui se tramait. Elles attendaient le père Noël qui viendrait dans la nuit, pendant leur sommeil, déposer plein de jouets et c’est surtout cela qui retenait leur attention. C’est avec le cœur serré que j’ai filé vers la caserne. Le devoir nous appelait.

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Eric

Nous avons aperçu les feux de position de l’Airbus amorçant sa descente vers le sol français. Nous étions soulagés : maintenant, il se trouvait chez nous et nous allions pouvoir agir. Cela faisait maintenant trois jours que nous étions sur le pont, le groupe était en effervescence. L’appareil s’est posé avant de rejoindre l’emplacement qui lui était attribué. Denis Favier a profité de la nuit pour envoyer une équipe de tireurs se positionner à des endroits stratégiques. Nous étions prêts.

L’instant était solennel, grave. Nous nous sommes regardés, d’un regard qui en disait long sur la suite. Des frissons me parcouraient l’échine, non pas sous l’effet du froid, mais de l’émotion. Et puis les poignées de mains ont commencé à circuler dans les rangs, au fur et à mesure que nous rejoignions nos emplacements. Nous ne l’avions jamais fait, sur aucune intervention précédente.

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Photo GIGN

Nous nous sommes mis en colonne derrière nos chefs de groupe. Chacun savait ce qu’il devait faire. Nous nous sommes dirigés vers les passerelles qui nous attendaient, là, à quelques mètres, nous positionnant prestement sur les marches à nos emplacements respectifs. Le patron a lancé le « top action ». Les passerelles ont alors avancé lentement, au début, puis de plus en plus vite, en direction de l’avion. Sur la marche en contrebas, je voyais notre capitaine toubib Dominique D, avec son sac à dos rempli de matériels de soin et j’ai songé qu’il allait effectivement en avoir bien besoin. Et puis j’ai aperçu au loin les traînées lumineuses laissées par les balles traçantes tirées dans notre direction. Par la porte arrière droite de l’avion qui venait d’être ouverte, un des terroristes nous tirait dessus. C’est justement par cette porte que dans quelques minutes  nous allions entrer, nous le groupe 1.

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De vilaines pensées fugitives m’ont traversé l’esprit : et s’ils avaient réglé la minuterie des bombes de façon à ce que tout cela se termine en un grand feu d’artifice ? Et s’ils nous attendaient tranquillement derrière la porte, prêts à « rafaler » les premiers d’entre nous qui allaient pointer leurs nez ? Je songeais très fort à Annick, à mes filles…

Voilà, ça y était. Nous y allions.

 

A l’issue de l’assaut, le groupe d’intervention compte 10 blessés graves.

Parmi les membres d’équipages, seul le copilote se blesse en sautant par un hublot.

Les quatre terroristes sont abattus.

Aucun des 173 passagers n’est touché.

 

***

15ans-au-gign_eric-delsaut_guillaume-moingeon_2011_01.jpgLa Gendarmerie est une vocation pour Eric Delsaut, un « rêve de gamin », mais à 17 ans, trop jeune pour la rejoindre, il s’engage dans l’armée de terre. Formé au Centre d’Instruction Infanterie des Troupes de Marine de Fréjus, il opte pour les troupes de montagne et sera sergent au 27e BCA d’Annecy. Aux termes de son contrat de trois ans, il intègre l’Ecole d’Officier de la Gendarmerie Nationale [EOGN] de Melun. Affecté à l’Escadron 5/15 de la Gendarmerie Mobile de Chambéry, membre de l’Equipe Légère d’Intervention, puis à l’Escadron 3/2 de Maisons-Alfort, il postule pour le GIGN, créé en 1974 par le célèbre Christian Prouteau.  Eric atteint finalement son rêve terminant 8ème sur 120 postulants en 1983. Portant le brevet n°70, il mène toute sa carrière de gendarme d’élite à Versailles-Satory. Il quitte l’armée après 15 ans de bons et loyaux services.

Eric est marié à Annick et père de deux filles.

« 15 ans au GIGN » a été écrit en collaboration avec l’écrivain Eric Moingeon.

 

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Rencontre avec Eric au Festival International du Livre Militaire 2013, Saint-Cyr Coëtquidan. Photo Natachenka.

 

 

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Prix : ~16€ - ISBN-13 : 978-2360350599 - format 22,4x14,2 - 204 pages , cahier photo

 

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Aux éditions L’àpart

[Le livre est désormais épuisé (et les éditions L'àpart ont disparu). Il faut donc le chercher sur le marché de l'occasion ; par exemple sur Amazon]

 ***

Bibliothèque GIGN

(Non exhaustif) 

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Pour les cinéphiles : « L’Assaut », film de Julien Leclercq sorti en 2011, avec Vincent Elbaz, Grégori Dérangère, Mélanie Bernier, Philippe Bas...

 

 ***

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Hommage

Aux Gendarmes du GIGN morts pour la France, morts en service commandé.

Une pensée particulière pour Cédric Zewe, mort accidentellement le 7 novembre 2013 lors d’un entraînement.

A tous les Gendarmes morts dans l’exercice de leurs fonctions.

Aux blessés.

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Juin 1983, Eric Delsaut reçoit le brevet n°70 des mains de Christian Prouteau

Toutes les personnes qui ont été sauvées par les Gendarmes leur gardent, c’est évident, une reconnaissance éternelle. Mais combien sommes-nous  à profiter aujourd’hui de la vie car un forcené, un terroriste, a été éliminé « préventivement » par le GIGN ? Nul de le sait. Alors, remercions nos anges gardiens.

 

Mon épouse a dû s’habituer à ce rythme de vie effréné et à cette petite sonnerie striduleuse venant interrompre un repas un repas familial prévu de longue date ou écourter toute autre activité. Mais c’était notre drogue, nous n’attendions que cela, le bipper, l’intervention. Nous avions tous besoins d’y aller, de foncer.

 

Eric Delsaut

 

 

 

 

 

 

21/01/2014

« Mon Afghanistan », LCL Steve Jourdain, R22eR, Québec, Armée Canadienne. Athena Editions

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et d'Athéna Editions. Tous droits réservés.

 

 

 

Ils ne vieilliront pas comme nous qui leur avons survécu,

Ils ne connaîtront jamais l’outrage ni le poids des années,

Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore,

Nous nous souviendrons d’eux.

 

Laurence Binyon , poète britannique

« Pour ceux morts au champ d’honneur »

 

 

 

Lorsque nous avons débuté ce blog, nous n’avions aucune autre ambition que d’apporter notre soutien aux soldats-auteurs et, à travers eux, à l’ensemble de nos troupes. Peu importait le taux d’audience que nous aurions. Nous considérions comme un devoir de lutter avec les seules armes en notre possession, des mots,  contre une certaine indifférence de nos compatriotes envers les militaires et leurs sacrifices. Nous voulions par-dessus tout lutter contre l’oubli. L’oubli de ces hommes et femmes qui donnent tant pour nous tous, voire qui donnent tout. Nous voulions dire haut et fort : « Nous, nous n’oublions pas ! Nous, nous nous souvenons ! »

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A cette époque, nous ne connaissions pas - ou alors était-ce inconscient - cette belle devise du Québec : « Je me souviens ». Nous ne savions pas qu’elle avait été reprise par le Royal 22e Régiment, seul régiment francophone d’active de l’Armée canadienne. Nous n’avions jamais entendu parler du Lieutenant-Colonel Steve Jourdain, pourtant frère d’armes, vétéran d’Afghanistan. Nous ne pouvions imaginer qu’un jour, il entrerait dans nos vies par la grande porte de la communion d’esprit et validerait notre démarche en nous disant : « Quelle belle façon d’aider à pouvoir dire « Je me souviens » »

Mais pour se souvenir, encore faut-il savoir et comprendre. Les Français ont eu cette chance grâce aux Barthe, Douady, Erbland, Redin, Le Nen, Scheffler, Kalka et tous les autres « Afghaners ». Voici venu le tour des Québécois.  Et ils ne pouvaient espérer meilleur porte-parole que Steve  et son récit, « Mon Afghanistan ».

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« Lorsque je repense à mon monde resté à l’arrière, c’est un peu irréel. J’ai l’impression que nous sommes à des années lumières. Je me demande si je serai capable d’expliquer comment ça se passe ici. Je me demande si je pourrai vraiment expliquer ce qu’est Mon Afghanistan. »

Steve,  tu as fait mieux que d’expliquer « Mon Afghanistan ». Tu nous l’as fait vivre.

 

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Steve et ses hommes, entraînement pré-déploiement au Texas.

Je pense aux opérations de combat qui nous attendent. Comment cela va-t-il se passer ? Comment les boys vont-ils se comporter, lors du premier contact, lors du premier coup dur, lorsque nous perdrons un frère d’armes ? Comment est-ce que je vais réagir ? Vais-je trouver les mots ? Vais-je trouver la force nécessaire pour les motiver à continuer ?

 

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Policiers afghans collaborant avec le R22eR

J’apprends que l’équipe de policiers afghans avec qui nous avons fait notre première opération, il y a quelques jours seulement, a heurté un IED. L’explosion a été dévastatrice. Le Ford Ranger dans lequel prenaient place les policiers a été complètement pulvérisé. Deux policiers sont morts instantanément. Un officier canadien, le Capitaine Dave Lacombe, se trouvait à proximité de l’incident, à peine à 20 mètres de l’explosion. Il a été chanceux. Très chanceux. La jambe pulvérisée d’une des victimes est venue le frapper en pleine poitrine.

 

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Le soir venu, je reste de longues minutes à regarder la voie lactée, claire comme je ne l’ai jamais vue nulle part ailleurs. Je prends quelques moments de réflexion dans l’obscurité de la base de patrouille et j’en appelle à la bonne étoile de Sperwan. A partir de demain, elle sera grandement mise à contribution.

  

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Explosion d’un IED lors d’un convoi du R22eR

« 9 ici 2-9, IED strike. Attendez. Terminé ». Le même sentiment de colère m’envahit chaque fois que j’entends ce message, plein de conséquence. Cela ne fait même pas une heure que nous sommes partis. C’est encore une remorque de l’équipe d’ingénieurs [sapeurs] responsable de nettoyer la route qui a explosé.

[quelques minutes plus tard]

On venait à peine de repartir lorsqu’un autre appel « IED strike ! » retentit. C’est un « Câlisse de tabarnak ! » qui sort de ma bouche. Un VBL est touché, heureusement sans conséquence.

[quelques minutes plus tard]

J’espérais bien que l’IED que nous avons frappé soit le dernier. Je suis ramené à la réalité par une forte explosion complètement à l’avant du convoi, à près de 5km de ma position. C’est le tout premier véhicule, un char d’assaut équipé de rouleau de déminage qui vient d’être frappé.

 

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Steve en patrouille

Les insurgés continuent d’engager furieusement le peloton de Vincent, déterminés à atteindre un soldat.   Ils réussissent… en partie. Alors qu’il changeait de position, le Caporal Boisvert est frappé au dos, directement sur sa plaque de protection de sa veste balistique. Projeté au sol, il se relève sans trop savoir ce qui vient de se passer.

 

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+ Major [CDT] Yannick Pépin 5e RGC, 6.9.2009. Steve, premier porteur droit.

Ils sont tous présents, assis dans le salon commun à discuter, à tenter de trouver un sens à ce qui vient de se passer, au cours de cette journée qui marquera ceux qui étaient là, qui ont tout vu. On se serre les uns les autres ; on se réconforte entre frères d’armes. C’est tout ce que l’on peut faire.

 

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Soldat Jonathan Couturier, R22eR, + 17.9.2009

J’avais appris à connaître Jonathan autour de la table de poker et un peu plus au cours de la dernière semaine. Nous avions parlé de probabilités. Je lui expliquais qu’avec une paire d’as, la meilleure  main au poker, un joueur à 83% de chances de gagner. Mais parfois, un joueur peut perdre avec cette meilleure main.

Même si l’opération avait été bien planifiée, même si nous avons pris toutes les précautions, le résultat final restait. Nous avons perdu l’un des nôtres.

Nous avons trop souvent perdu avec la meilleure main.

 

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Soleil couchant sur la base de Sperwan Ghar. Une page se tourne

Le peloton d’Alex monte dans l’hélicoptère, suivi des membres du PC. Je ferme la marche avec Hugo et l’Adjudant-Maître, une dernière fois. Le gros chinook s’élève dans un nuage de poussière et coupe abruptement vers le sud, puis vers l’est en direction de KAF. Par la rampe arrière de l’appareil, je vois le soleil qui descend à l’horizon. La fin du jour ajoute à la symbolique du moment. La base de patrouille de Sperwan Ghar, la citadelle des Cobra au cours des sept derniers mois, disparaît au loin et s’efface elle aussi. C’est bien fini. Une page de « Mon Afghanistan » se tourne.

***

Une page se tourne et une seulement. Mon Afghanistan : des pages et des pages à tourner, pour l’éternité.

Vous l’avez compris, Steve et ses hommes ont vécu des moments très durs. Bien sûr, les blessures de nos valeureux soldats québécois, des familles de la Belle-Province qui ont perdu un proche, vont se refermer, petit à petit. Nous l’espérons pour chacun d’entre eux. Resteront  les cicatrices, qu’ils devront désormais contempler avec la fierté du devoir accompli. Mais pour cela, ils ont besoin de notre aide, la même que celle que apportons déjà à nos propres soldats. C’est un devoir qui nous incombe ; pas seulement un devoir de Canadien. Ce sont nos cousins, nos frères d’armes, nos frères tout court. Et cette aide, elle n’est pas bien difficile à apporter : il vous suffit de leur dire « merci » et « je me souviens ».

Nous savons que nous pouvons compter sur vous.

 

***

1186736_10151647039976634_985190839_n.jpgSteve Jourdain est né à Shawinigan en Mauricie. Il est diplômé du Collège Militaire Royal du Canada. En 1996, il rejoint le Royal 22e Regiment de Valcartier, seul régiment d’active francophone de l’armée de terre canadienne. En 2009, alors Major [CDT], il est déployé en Afghanistan dans la région de Kandahar. Il commande la compagnie C « Cobra » du Groupement Tactique (GT) R22 eR,  basée à Sperwan Ghar, camp bâti par les Soviétiques autour d’une impressionnante « bute » de terre artificielle. Pendant cette campagne de 7 mois, menée avec bravoure, 12 des frères d’armes de Steve mourront au combat.

 

Steve est désormais Lieutenant-Colonel, commandant le 3e Bataillon Royal 22e Regiment. Grand sportif, il s'est bien remis d'un grave accident de parachutisme survenu 6 semaines avant sa prise de commandement. Il est marié à Claudine, à laquelle nous pensons avec affection - elle aussi est partie prenante de « Mon Afghanistan » - et fier papa de Karyanne et Jacob.

 

 

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 « Je me souviens »

 

Devise du Québec

Devise du Royal 22e Régiment

 

Je me souviens être tombé par hasard sur « Mon Afghanistan », une bonne bouille souriante sur la couverture, un treillis… canadien.

 

Je me souviens de ma recherche sur le Net : livre épuisé… livre épuisé… livre épuisé…

Je me souviens d’un appel de l’étranger, d’avoir décroché mon téléphone pour entendre la voix au joli accent d’une libraire québécoise : « J’ai le livre entre les mains. Je vous l’envoie et tiens à vous remercier de votre intérêt pour nos soldats »,

Je me souviens d’avoir cherché les coordonnées de Steve, et bingo, FaceBook, même bonne bouille sous un béret.

Je me souviens de l’envoi d’un message, sans grand espoir de réponse d’un Lieutenant-Colonel de l’armée canadienne.

Je me souviens d’un message sur FaceBook… de Steve Jourdain.

Je me souviens de la lecture du livre, comme toujours dans le train Versailles-Paris et me dire toutes les 10 pages : mais qu’est-ce que c’est bien !

Je me souviens aussi de m’être dit souvent, bien trop souvent : « Oh non ! » Et d’interrompre la lecture, sous le coup de l’émotion.

Je me souviens de tous nos échanges, de sa rencontre avec Yves Debay en Afgha, du bonheur de recevoir ses photos inédites, avec ses « chums » aux beaux sourires.

Je me souviens du sentiment qu’il a, que les sacrifices des soldats ne sont pas reconnus à leur juste valeur par ses compatriotes, qu’il n’attend rien d’autre de leur part qu’un peu plus de reconnaissance, qu’un simple merci.

Je me souviens lui avoir dit que c’était la même chose, ici.

 

Je me souviens de Chuck,

Je me souviens de Yannick,

Je me souviens de Jonathan,

Je me souviens de tous les autres.

 

Je me souviens.

 

 

***

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Prix : $24,95 Canada / 28€ France – ISBN : 978-2-924142-05-9 – Format 14x20, 287 pages – Cahier-photo couleur.

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Chez Athéna Editions

Page FaceBook ici

Le livre est désormais disponible en France !

Pour vous le procurer, nous vous invitons à contacter la « Librairie du Québec » à Paris ici. Ils font du "bon boulot" pour la diffusion de la littérature québécoise en France.

Vous trouverez également "Mon Afghanistan" sur Amazon.fr, Amazon.ca, FNAC.com, etc. Vous pouvez aussi le commander par l'intermédiaire de votre libraire préféré. 

 

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Drapeau du R22eR en Afghanistan

Le Royal 22e Regiment fête son centenaire. Page FaceBook ici.

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Hommage

Aux soldats du GT R22eR, morts en Afghanistan pendant la campagne de Steve,  avril-septembre 2009 

Caporal-Chef Charles-Philippe « Chuck » Michaud, 2eB R22 eR,

Soldat Jonathan Couturier, 2eB R22 eR,

Soldat Sébastien Courcy, 2eB R22 eR,

Soldat Patrick Lormand, 2eB R22 eR,

Caporal Martin Joanette, 3eB R22 eR,

Soldat Alexandre Péloquin, 3eB R22 eR,

Major [CDT] Yannick Pépin, 5e RGC,

Caporal Martin Dubé, 5e RGC,

Caporal Jean-François Drouin, 5e RGC,

Caporal Christian Bobitt, 5e RGC,

Ingénieur [Sapeur] Matthieu Allard, 5e RGC,

Cavalière Karine Blais, 12e RBC,

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Aux autres soldats canadiens morts pendant cette période 

Caporal-Chef Patrice Audet, 430e ETH,

Corporal [CAL] Nicholas Bulger, 3BPPCLI,

Major [CDT] Michelle Mendes, D.I.

 

A tous les soldats du Royal 22e Regiment morts en Afghanistan,

A tous les soldats canadiens, québécois et anglophones, morts en Afghanistan,

Aux blessés.

 

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C’est avec respect et affection que le Chasseur et la Russe-blanc vous saluent, vous tous, cousins-soldats québécois. Soyez remerciés pour votre action en Afghanistan.

Nous reprenons à notre compte les paroles du Major-Général Alain Forand, en septembre 2009, à Sperwan Ghar :

 

Vous êtes ce que le pays a de meilleur à offrir. Vous êtes les meilleurs ambassadeurs du Canada.

Soyez fiers de ce que vous êtes. 

 

 

 

 

 

Récit autobiographique de soldat, journal de marche, Afghanistan, Royal 22e Regiment, Québec, Canada

14/01/2014

« Ils font souffler le Mistral ! », Carl Spriet et l’équipage du Mistral. Marines Editions

Extraits publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

 

On peut compter sur cette force toujours prête au service, la vieille dame toujours jeune, acceptant les pires routines et impatiente des plus belles inventions, férue de traditions et passionnée de découvertes, noble et rustre, discrète et orgueilleuse, désinvolte et guindée, paillarde et vertueuse, diverse et unie, contestataire et disciplinée, jalousée autant qu'aimée, méconnue et admirée, menacée mais éternelle : La Royale.

Jean-Louis Thuille, EN 41.

 

 

 

Vous ne parlez jamais de la Marine, tonnerre de Brest !

Rassurez-vous, fans d’ancres et de pompons rouges, voici venu le temps de prendre la mer. Mais pas sur une coquille de noix ! Sur le Mistral, l’un des fleurons de la Royale.

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Nous aurions eu entre les mains un joli livre-photo sur le premier bâtiment de projection et de commandement (BPC) français, nous aurions déjà été ravis. Mais le commandant du Mistral, le Capitaine de vaisseau François-Xavier Polderman, a souhaité marquer les esprits en faisant preuve d’originalité. Et c’est au dessinateur Carl Spriet, reporter graphique, qu’il a confié la partie « visuelle ». Point de photos donc, mais d'authentiques croquis pris sur le vif, abordant tous les personnels, quelles que soient leurs spécialités, et tous les aspects de la vie de bord, au port comme au large.

Rencontre d’un artiste et d’un univers, œuvre collective puisque tout l’équipage s’est impliqué dans le choix des dessins, et l’élaboration des légendes, très belle introduction du commandant (que nous allons utiliser pour légender quelques pages du livres)… « Il font souffler le Mistral » est un beau témoignage doublé d’une réelle balade artistique.

Prêts à embarquer ?

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Les bâtiments de projection et de commandement (BPC), dont le Mistral fut le premier mis en service en 2006, prennent rang immédiatement après le porte-avions Charles de Gaulle parmi les grandes unités de la Marine Nationale.

 

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Leurs capacités concentrent la plus large part de ce que la liberté des mers permet comme action vers la terre, depuis l’assistance à des populations sinistrées jusqu’au combat de haute intensité, terrestre ou héliporté.

 

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Le Mistral c’est avant tout un monstre d’acier, dans les immensités duquel, un équipage réduit se croise fugacement, chacun à son poste et dans sa zone de travail, éloignée parfois de dix étages  de celles de ses camarades.

  

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Cette ruche peut vibrer d’une activité intense à une extrémité, à l’autre elle semblera plongée dans la placide léthargie d’un Léviathan assoupi.

  

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Les poumons de chair d’où surgit le Mistral. S’il « souffle où il veut » comme l’entend sa devise ubi vult spira, c’est avant tout parce qu’un navire, singulièrement un navire de guerre aussi puissant et polyvalent que l’est le Mistral, n’est pas seulement un amas vaguement organisé de tôle, de câbles et de tuyaux, mais un organisme qui n’attend qu’une âme pour se mettre à son service, avec une personnalité propre. Et qu’un équipage au contraire d’une foule, est un formidable pourvoyeur d’âme, un catalyseur d’intelligence et de volonté voué à cette seule fin.

 

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Au-delà de la technique, au-delà du professionnalisme de chaque individu, ce qui anime le Mistral, c’est la fierté, le bonheur que chacun trouve à y servir, la qualité des liens qui unissent son équipage.

Capitaine de vaisseau François-Xavier Polderman, commandant le Mistral

 

*** 

20100704162436_dsc_6705.jpgDiplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Lille, reporter graphique, Carl Spriet s’inscrit dans la lignée des peintres qui ont toujours travaillé sur le vif. Après avoir mené de front sa carrière artistique et son métier de cadre dans la grande distribution pendant vingt ans (il est également diplômé d'école de commerce), ce nordiste venu de la terre choisit les pinceaux et met le cap sur la mer.

En embarquant à bord du BPC Mistral en décembre 2012, il a pu laisser libre cours à son inspiration pour « le rapport homme/machine et l’humain appliqué à sa tâche ». Il a ce regard humaniste qui fera dire à tous les marins : « Il est des nôtres. »

"Comme les virtuoses, les équilibristes ou les athlètes de haut niveau, Carl Spriet à l’élégance de nous faire oublier les années de travail qui précèdent toujours le talent. Qu’il tienne un pinceau, une plume ou un crayon, il parvient à saisir la vie au vol avec un brio impressionnant (…) Carl Spriet nous prouve, s’il en était besoin, qu’un homme de l’art peut aussi être un homme de terrain."

Hervé  Verspieren

Carl est marié et père de quatre enfants.

 

Son site WEB ici.

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Prix 35€ - EAN 978-2357431232 - Format  21,2x28,5 - 96 pages 

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Chez Marines Editions

Pour vous procurer le livre, voir ici.

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Hommage

A tous les marins morts pour la France,

Aux morts en service commandé, aux disparus en mer,

Aux blessés.

 

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Ces combattants des mers m'ont impressionné par leur abnégation, leur capacité d'endurance et leur professionnalisme : manœuvriers, cuisiniers, pilotes d'hélicoptères, mécaniciens, électriciens, navigateurs, fusiliers, détecteurs, infirmiers, informaticiens, comptables,  logisticiens, gestionnaires des ressources humaines, ils forcent tous le respect. Ambassadeurs de notre pays, ils l'honorent par leurs aptitudes, en tout lieu et tout le temps, à accomplir la mission, Ubi Vult Spirat.

Carl Spriet

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06/01/2014

« DGSE Service Action : Un agent sort de l’ombre », Pierre Martinet, 3e RPIMa, DGSE, Ed. Privé & J’ai Lu.

 

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

Il faut faire des choses audacieuses, même téméraires, quand on y espère un profit matériel ou moral. Mais, ces choses audacieuses une fois décidées, il faut les faire avec le maximum de prudence.

Henry de Montherlant

 

 

En 2005, la parution d’un livre déchaîne les passions. Pensez ! L’autobiographie d’un ancien agent de la DGSE, mêlé qui plus est à une sombre affaire de déstabilisation d’une star du PAF ! « Un agent sort de l’ombre » de Pierre Martinet : une bombe médiatique…  

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Il est vrai que le récit de Pierre avait de quoi faire frémir sous les lambris de la République : Para-Colo présent notamment à Beyrouth lors de l’attentat du Drakkar, il a rejoint le *très secret* Service Action de la DGSE. Au fil des pages, il en révèle la sélection et l’entraînement, pour le moins « virils », puis les missions des « espions » français.

Oh, ne vous attendez pas à du 007 ! Sourire émail diamant, smoking, Martini dry et Aston Martin… « Ayez une tête de slip et personne ne vous remarquera.  Passer pour un abruti, c’était le début de la clandestinité ».  L’un des grands intérêts de ce récit, outre le sujet évidemment, réside dans l’humilité de l’auteur. Pierre ne cache rien de ses doutes ni de la fatigue psychologique après tant d’années de vie à la limite de la schizophrénie, qui lui feront finalement quitter le service pour la vie civile… et les ennuis, hélas.

Une autobiographie qui respire l’honnêteté, y compris lorsqu’elle nous emmène dans le marais putride que s’avère être le service Sécurité de Canal+, luttant certes contre le piratage des décodeurs, mais pas que... (et loin s’en faut).

Depuis sa parution, le livre est un succès. Pour preuve sa récente reprise en édition de poche  « J’ai Lu ». Et c’est mérité ! Bien sûr le sujet est porteur, mais « Un agent sort de l’ombre » est aussi un récit clair et bien écrit, forcément autocensuré, mais dans lequel on trouve l’essentiel : « l’essence de la vie d’espion ».

Morceaux choisis :

3e RPIMa, Beyrouth, attentat du Drakkar

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Photo AFP/Jamal Farhat

 « Qui a fait ça, qui a fait ça ? ». La phrase bourdonnait autour de moi comme un insecte. Lancinante, cette question était en train de nous vriller la cervelle. Mais personne ne savait comment y répondre. Y avait-il des survivants ? La structure n’allait-elle pas nous tomber sur la gueule quand on l’escaladerait ? Tout tournait très vite dans ma tête, et pas seulement dans la mienne. Autour de moi, la rage circulait dans les rangs, très vite remplacée par l’accablement devant le tas de béton fumant qui s’étalait sous nos yeux pleins de poussière.

 

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Il fallait se déshabiller au plus vite pour éviter les infections. A cause des risques, les médecins avaient donné l’ordre à tous ceux qui avaient travaillé sur la zone de brûler leur treillis. A la queue leu leu, on a porté nos fringues imprégnées de la mort de nos copains (…) Nous regardions ce feu de camp improvisé tout en nous observant. On n’était pas beaux à voir, mais on se sentait profondément vivants. J’ai eu un petit frisson. Je voyais que quelque chose était en train de s’envoler dans les volutes noires. Sans doute un morceau de notre naïveté sur le monde. Notre innocence s’était barrée, écrasée à quelques kilomètres de là sous des tonnes de béton.

 

N’Djamedna, Tchad, opération Epervier

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Forces Spéciales, Tchad. Photo José Nicolas

Je les ai vus arriver. Deux commandos d’une trentaine d’hommes avec les cheveux mi- longs, aucune trace de la tenue réglementaire ni d’arme apparente. Juste leurs gueules ridées qui indiquaient qu’ils étaient restés longtemps sous le soleil. Je savais qu’ils rentraient de là-haut et je les enviais. Eux, au moins, allaient au combat. C’était la deuxième fois que je croisais les hommes du Service Action, et je pensais que, décidément, si je voulais de l’action, c’était avec eux qu’il fallait être.

 

Service Action de la DGSE, Camp de Cercottes, sélection et entraînement

Nous vivions les uns sur les autres, sans lumière du jour, comme des souris de laboratoire. La distribution des corvées donnait lieu à des engueulades et c’était voulu par les instructeurs. Principe du rat en cage, il fallait tester la résistance psychologique des candidats. Ça marchait (…) Certains se renfermaient sur eux-mêmes, d’autres se plaignaient, d’autres encore se révélaient être des leaders.  En fait il y avait ceux qui subissaient la situation et ceux qui l’affrontaient (…) L’isolement était en train de nous façonner en profondeur, de nous sculpter la cervelle définitivement.

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« D’abord la glotte. Vous lui écrasez d’un coup sec, soit avec le tranchant de la main, soit avec un coup de poing. Si vous tapez très fort, ça broie les cartilages et il ne peut plus respirer. Ensuite, le nez. Un coup sec avec la paume de la main de bas en haut. Tout le corps doit appuyer votre coup comme si vous vouliez lui rentrer le cartilage du nez dans le cerveau. Pour le plexus, c’est aussi simple ! Vous tapez très fort comme un piston. L’onde de choc lui coupera net la respiration. Ca fait très mal et ça vous casse en deux votre adversaire. Ensuite, pour les filles, il y a le traditionnel coup de pied dans les couilles. ».

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Léon [notre instructeur] était un musicien du calibre et il avait sa propre partition. Elle s’appelait « ploum-ploum… ploum ! » « Quand vous tirez, n’oubliez jamais : deux balles dans le buffet… ploum-ploum et on finit par un balle dans la tête… ploum ! ».

 

En mission avec le service Action de la DGSE

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Avoir une nouvelle identité était une chose. Se créer la légende qui allait avec était indispensable. Un agent doit connaître par cœur les adresses des cafés du coin, savoir si le patron est moustachu, chauve, ou hirsute et mal rasé. Le médecin généraliste que l’on va voir et nous prescrit des antibiotiques au moindre rhume, les stations de métro les plus proches… tous ces détails qui font que votre légende est blindée et que l’on vous croit lorsque vous en parlez. Votre légende, c’est votre gilet pare-balles. Plus elle est épaisse plus on mettra de temps à vous percer à jour. J’étais entré dans la phase schizophrène de l’agent.

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Photo P.A.

Je pensais en regardant le visage barbu qu’il valait mieux qu’il change de vie s’il voulait voir grandir ses enfants, parce que pour lui le sablier venait de se retourner. Adrien dit : « Les préops ont déjà équipé la ville dans laquelle vous allez opérer. - C’est où ? - Londres. Abou Walid s’y est installé depuis peu. En fait, l’Etat-Major le soupçonne fortement de préparer, avec son groupe de joyeux comploteurs, des attentats pendant la coupe du monde de football. La première rencontre aura lieu dans quelques mois au stade de France, à Saint-Denis. Inutile de vous dire que c’est même pas la peine d’y penser. On ne revivra pas les attentats du RER. ».

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Après avoir effectué notre itinéraire de sécurité, on est revenus tous les deux au point de départ. Il n’y avait plus personne. Je me suis dit que Caroline commençais à voir des « rats bleus » partout. Dans le jargon de la maison, cela voulait dire que l’agent rentrait dans une crise paranoïa aiguë, un peu comme les alcooliques. A la différence qu’il mettait en danger toute la mission et son équipe. Deux minutes plus tard, Caroline a recommencé. Qu’elle ne sentait pas le truc, qu’elle était sûre qu’on était suivi et que, de toute façon, on s’était fait repérer par les services suisses et qu’on allait finir comme les agents du Mossad, quelques mois auparavant. Je lui ai demandé de fermer sa gueule, puis on a traversé la rue pour se diriger vers cette putain de boîte aux lettres. On était en retard sur l’horaire de livraison et je voyais déjà ceux d’en face se demander pourquoi e la panique monter. Puis j’ai regardé Caroline. C’était la première fois que je lui parlais comme cela. Trop de pression, trop de missions en préparation, trop de fatigue accumulée. Beaucoup d’agents traversaient ce genre de crise après un certain temps sur le terrain, n’arrivant plus à gérer les trop grandes quantités de stress occasionnées.

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« Personnellement, j’en ai un peu marre de tourner autour d’Abou Walid. Je pisse dans ses chiottes, je bouffe dans son assiette, je dors presque dans son lit. J’ai quasiment remplacé son ombre. Il ne fait pas un mètre dans la rie sans que je sois dans ses babouches ou sur ses talons. Si ce mec  est un ennemi de la République ; d’un coup de cutter, je luis ouvre la carotide et on n’en parle plus. Ça fera faire des économies aux contribuables. Il passe certains soirs par la même petite rue… »

Adrien et les autres ont sursauté et j’ai bien compris, au regard qu’Adrien m’a lancé, qu’il n’aurait jamais dû me donner la parole.

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Quelque chose s’était cassée sans que je m’en rende compte. Dix-sept ans à servir les intérêts du pays. De Beyrouth au Tchad, de Centrafrique à la Nouvelle-Calédonie, les souvenirs remontaient comme des bulles. Surtout, je sentais mon corps me dire que c’était bon, qu’on pouvait s’arrêter. Après trois mille sauts, mes deux genoux étaient fracassés et l’arthrose lombaire qui se pointait les jours de pluie, je commençais à ressentir l’usure de ne pas m’être ménagé une seule seconde. Trop d’adrénaline tue l’adrénaline (…) On ne vivait pas indéfiniment loin de la lumière dans une ambiance poisseuse, de méfiance, de suspicion et de parano sans avoir le métabolisme modifié en profondeur.

Je me suis dit qu’il était temps d’apprendre à écrire des CV. Sauf que je me demandais bien ce qu’on pouvait faire en sortant du Service.

Cher Monsieur,

Je sais espionner, tuer à mains nues, sauter en parachute et faire péter des chars à distance. Engagez-moi, je serai un plus pour votre société.

 

Canal+

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[en 2001, usé tant physiquement que psychologiquement, Pierre quitte la DGSE pour intégrer le service Sécurité de Canal+ où il espère vivre une fin de carrière dans la sérénité. Hélas la chaîne est en pleine tourmente, luttes d’influence entre businessmen et stars du PAF, magouilles et tutti quanti]

Je suis rentré à Orléans [où est basé le Service Action de la DGSE]. J’avais respiré en m’éloignant de cette ville et du Service. J’y avais passé dix ans. Maintenant, j’y retournais pour fuir le piège dans lequel je m’enfonçais tous les jours un peu plus. Je me rappelais de ma vie parallèle d’avant. Ce que l’on faisait avait un sens, les enjeux nous dépassaient tous, nous étions des soldats. J’avais été fier des missions. J’avais même trouvé que l’on n’en faisait pas assez. J’avais cru que dans le civil ce serait différent. Cela n’avait pas été le cas. C’était bien pire. Des histoires crapoteuses de télé et de gros sous, des histoires de flics véreux, il y avait mieux en guise de vraie vie.

 

L’adieu aux armes

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Je me suis assis, j’ai commandé un café et j’ai compté les espions de bureau, une bonne poignée à vue d’œil. Je me suis dit que ma carrière s’arrêtait là, sous leurs yeux, que je pouvais tourner la page, que j’assumais ma vie, que j’en étais fier mais qu’elle n’était pas finie.

***

Pierre est allé au-devant des ennuis, en se livrant ainsi. Mais il est évident que l’écriture de ce récit a été un exutoire l’aidant à se reconstruire psychologiquement. Et c’est très bien ainsi.

Remercions le aussi, non pas pour avoir sorti de l’ombre, mais pour avoir mis un rai de lumière sur ces hommes et ces femmes des services secrets, qui prennent au nom de la France des risques énormes, parfois jusqu’à la mort, sans que cette France ne soit en mesure de reconnaître officiellement leurs sacrifices. Pas de cérémonie aux Invalides pour eux. « Un agent sort de l’ombre » leur rend un hommage mérité.

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Nous avons rencontré Pierre à Saint-Cyr en 2013, et avons échangé régulièrement avec lui depuis.

Il va très bien…

***

1304739-1715504.jpgNé en 1964, fils et petit-fils de militaire, Pierre Martinet s’engage en 1983 au 3e Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine. Il est déployé notamment  au Liban et au Tchad. Alors Sergent-Chef, il postule au Service Action de la DGSE. Il y « officie » sous le pseudonyme de Florent. En 2001 il intègre le Service Sécurité de Canal+, entre lutte contre les réseaux de piratage et sombre histoire d’espionnage interne.

Pierre mène désormais une carrière de consultant dans le domaine de la sécurité et d’auteur. Outre « Un agent sort de l’ombre », on lui doit « De l'ombre à la lumière » (Ed. Privé), « Cellule Delta » (Flammarion) et « Opération Sabre d'Allah » (Ed. du Rocher),  récits romancés plus que des romans. Il dirige également la collection « Service Action » des Editions du Rocher dans laquelle figure « L’espion aux pieds palmés » de Bob Maloubier.

« Un agent sort de l’ombre » a été écrit en collaboration avec Philippe Lobjois, journaliste, auteur de plusieurs livres et documentaires sur l'Afghanistan, l'ex-Yougoslavie et l'affaire Ingrid Betancourt. 

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Prix (J’ai Lu) 7,70€ - ISBN 978-2290028698 - Format 17,8 x 11 - 381 pages

Aux éditions Privé & J’ai Lu

« Un agent sort de l’ombre » et les autres livres de Pierre Martinet se trouvent très facilement dans toutes les bonnes libraires sur les sites du Net. Par exemple ici. 

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Hommage

Aux 58 Chasseurs-Parachutistes des 1er et 9e RCP morts pour la France dans l’attentat du Drakkar

Capitaines Jacky Thomas et Guy Ospital, Lieutenant Antoine Dejean de La Bâtie, Sous-Lieutenant Alain Rigaud,  Adjudants Antoine Bagnis et Michel Moretto, Sergents Christian Dalleau, Vincent Daube, Jean-Pierre Lebris, Yves Longle et Gilles Ollivier, Caporaux-Chefs Djamel Bensaidane, Laurent Beriot Laurent, Vincent Carrara, Louis Duthilleul, Xavier Grelier, Olivier Loitron, Franck Margot, Patrice Seria et, Hervé Vieille, Caporaux Patrice Girardeau, Jacques Hau, Laurent Jacquet, Patrick Lamothe, Dominique Lepretre, Olivier Leroux,Franck Muzeau et Laurent Thorel, Parachutistes de 1ère classe Guy Gasseau , Remy Gautret, François Julio, Gilles Pradier, Patrick Tari et Sylvestre Théophile, Parachutistes Yannick Bachelerie, Richard Bardine , Franck Caland, Jean-François Chaise, Jean Corvellec, Jean-Yves Delaitre, Thierry Deparis, Thierry Di-Masso, Hervé Durand, Romuald Guillemet, Jacques Kordec, Victor Lastella, Christian Ledru, Patrick Levaast, Hervé Leverger, Jean-Pierre Meyer, Pascal Porte, Philippe Potencier, François Raoux, Raymond Renaud, Thierry Renou, Bernard Righi, Denis Schmitt et Jean Sendra.

Aux 241 soldats américains morts dans le précédent attentat du 23 octobre 1983

Aux blessés.

 

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Hommage

Aux membres de la DGSE morts, souvent anonymement, pour la France.

Aux blessés.

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15/12/2013

Ceux d'Afghanistan

 Photos et extraits © leurs auteurs. Droits réservés.

 

 

 

 

Les hommes de guerre sont de l’espèce qui se rase pour mourir. Ils croient à la rédemption de l’homme par la vertu de l’exercice et du pas cadencé. Ils cultivent la force physique et la belle gueule, s’offrant le luxe des réveils précoces dans les matins glacés et des marches harassantes pour la joie de s’éprouver.

Ce sont les derniers poètes de la gratuité absolue.

Jean Lartéguy

 

 

« Afghanistan », un mot qui restera à jamais gravé dans notre histoire. Mais « Afghanistan » n’est pas qu’un mot.  « Afghanistan » n’est pas non plus qu’un morceau poussiéreux d’Asie ou règne depuis des siècles le fracas des armes. « Afghanistan » n’est pas qu’une mosaïque de peuples à l’esprit fier et combattant. « Afghanistan » n’est pas qu’une somme de traditions que nous, Occidentaux, pouvons juger archaïques. « Afghanistan » n’est pas que la mauvaise nouvelle du soir, annoncée d’un air apitoyé par le journaliste-star qui enchaîne, sans transition et retrouvant le sourire, avec la météo des plages.

« Afghanistan », c’est aussi une femme qui verse des larmes de joie, retrouvant son mari après six mois de stress et d’insomnies. C’est un homme sportif qui se demande comment vivre désormais, cloué dans un fauteuil roulant. C’est une femme qui pleure sa tristesse infinie, contemplant le lit de son fils, qui demeurera vide à jamais. C’est une femme fière d’avoir sauvé la vie de cette petite afghane, là-bas. C’est un homme qui s'est élancé sous le feu, pour secourir son frère d’armes blessé. Et cela le fait sourire, quand on le traite de héros.

« Afghanistan », c’est aussi ce soldat, et celui-ci, et celui-là…

Alors que sonne le désengagement, glas pour certains, joyeux carillon pour d'autres, que cette guerre est déjà, dans l'esprit de beaucoup, une "vieille histoire", nous avons voulu rendre à ces soldats l’hommage qu’ils méritaient.

Cependant, nous n’avons pas souhaité écrire sur eux, au-delà de ces quelques phrases d’introduction. Nous avons préféré nous comporter en porte-voix, leur laisser la parole, dans sa diversité : un kaléidoscope d'impressions, finalement plus complémentaires que contradictoires.

Écoutons-les et lisons-les. Ils méritent toute notre attention. Car « Afghanistan », par-dessus tout, c’est eux.

 

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Photo Sébastien Joly, réalisateur d’Aito – Guerriers du Pacifique. Le photographe à gauche est le regretté Yves Debay.

 

Combien d’hommes peuvent se targuer d’écrire l’Histoire , sinon d’en être acteur ?

Qui aujourd’hui vit intensément, non pas au travers d’un écran, mais ressentant les choses réellement ?

Qui est prêt à accepter la peur, le contact de la mort, le sacrifice de sa famille, pour la maigre gloire personnelle qu’est la fierté de servir son pays ?

 Capitaine Brice Erbland, 1er RHC, « Dans les griffes du Tigre ». Ed. Les Belles Lettres

 

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Photo Sébastien Joly.

 

Je ne suis pas venu ici pour une médaille. Je suis venu parce que j'en ai reçu l'ordre. Parce que c'est mon travail. Parce que la solde, presque trois fois supérieure à celle que je perçois en France, va nous permettre de réaliser des projets. Parce que je savais qu'avec cette mission j'allais être, pendant six mois, au cœur de mon métier de militaire. Parce que je savais que j'allais me confronter au combat, connaître les giclées d'adrénaline, la peur aussi.

Sergent Christophe Tran Van Can, 21e RIMa, “Journal d’un soldat français en Afghanistan”. Ed. Plon

 

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Photo Nicolas Mingasson, « Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français » Ed. Acropole.

 

La guerre peut parfois sembler monotone, jusqu’au jour où elle rappelle à chacun de nous que nous sommes payés pour tuer. Et mourir.

Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud, RICM, « L’Afghanistan en feu ». Ed. Economica

  

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Photo EC 2/3 « Champagne »

 

En Afghanistan, nous ne savions jamais à quoi nous attendre en l’air. Le stress se vivait pendant la mission, directement au contact des hommes pris sous le feu ennemi. Le stress ne venait pas de la peur de mourir, mais de la rapidité des actions à mener, de décisions prises en l’espace de quelques secondes. Dans nos cockpits, nous étions immergés au cœur des combats. Là-haut, les équipages étaient le dernier maillon de la chaîne. Ils endossaient la responsabilité technique du tir et, en cas d’échec, ils devaient répondre de leurs actes.

Commandant Marc « Claudia » Scheffler, EC 2/3 « Champagne », désormais Lieutenant-Colonel à l’EPAA, « La guerre vue du ciel ». Ed. Nimrod.

 

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Photo Sébastien Joly.

 

J’éprouve une admiration infinie pour tous les soldats français présents en Afghanistan. Ces quatre mille hommes (…) effectuent un travail grandiose. Quelles que soient les considérations politiques qui, forcément, les dépassent, quelle que soit la stratégie qui n’est pas toujours celle que la France aurait souhaitée, quel que soit le contexte qui revêt parfois des couleurs de guêpier, ces hommes vivent ici une mission noble. 

Padre Richard Kalka, aumônier militaire, « Dieu désarmé ». Ed. LBM

 

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Dessin de Bertrand de Miollis – œuvre originale offerte par l’artiste au Chasseur. « Haute Tension – Le 27e BCA en Afghanistan ». Ed. Gallimard.

 

Dans ce pays, comme dans d'autres théâtres de crise, il n'y a pas de coupure franche entre les amis et les ennemis, entre les insurgés les plus fanatiques et les partisans les plus convaincus du gouvernement légitime (...) Si ligne de partage il y a, c'est dans le cœur de chaque Afghan.

Colonel Benoît Durieux, 2e REI, in "Captain Teacher", Capitaine Raphaël Krafft, 2e REI, animateur de Radio Surobi. Ed. Buchet-Chastel 

 

 

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Photo Jean-Christophe Hanché« Kapisa » [épuisé].

 

Il est très dur de faire du social aujourd’hui avec des gens qui tireront sur vos camarades demain.

Adjudant-Chef Jean-Claude Saulnier, 2e REP, « Une vie de Légionnaire ». Ed. Nimrod

 

 

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Photo Sébastien Joly.

 

Chaque terroriste sait comment utiliser nos règles d'engagement à son profit. La question essentielle est simple: qui est prêt à aller le plus loin dans cette guerre? (...) Si vous ne souhaitez pas vous impliquer dans une guerre qui risque de dégénérer, alors, gardez-vous bien de vous y laisser entraîner. 

Navy SEAL Marcus Luttrell, USA.  « Le survivant ». Ed. Nimrod. 

 

 

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Photo Jean-Christophe Hanché.

 

Nous ne sommes que de passage, nous ne pouvons prétendre changer ce monde auquel nous sommes trop étrangers.

LCL Geoffroy de Larouzière-Montlosier, 1er RTir, « Journal de Kaboul ». Ed. Bleu-Autour

 

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Photo Thomas Goisque, « D’ombre et de Poussière » éd. Albin Michel & « Haute tension » éd. Gallimard.

 

Les soldats ont rempli la mission qui leur était donnée, en pacifiant la zone dans laquelle ils intervenaient. Le dernier mot reviendra néanmoins à la population locale, qui choisira plus librement qu'elle pouvait le faire avant le début du conflit le parti du pacificateur ou celui de ceux qui s'y opposaient. A terme, la solution en Afghanistan demeurera afghane.

LCL Bernard Gaillot, 13e BCA, "De l'Algérie à l'Afghanistan", ed. Nuvis. 

 

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Photo Thomas Goisque.

 

[On] me demandait mon ressenti par rapport à notre présence ici. J’étais convaincu de notre nécessité, mais j’étais inquiet de l’opinion publique. La population française semblait peu préoccupée par ses soldats qui donnaient leur vie pour la sécurité nationale, voire internationale (…) Cela nous blessait. Nous avions le sentiment d’avoir combattu pour rien, sachant qu’au fond de nous, ce n’était pas le cas.  

Adjudant Sylvain Favière, infirmier-para (désormais réserviste), « Ma blessure de guerre invisible ». Ed. Esprit Com’

  

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Photo Sébastien Joly.

 

Je repensais à Tagab. Je ne réalise pas que je n’y retournerai plus jamais. J’ai l’impression que je vais me réveiller, tôt ou tard, dans mon petit box, avec Fab dans le lit au-dessus de moi… J’ai vraiment l’impression d’avoir oublié quelque-chose là-bas, d’y avoir laissé je ne sais quoi.

Caporal-Chef Julien Panouillé, 1er RCP, « 197 jours – Un été en Kapisa ». Ed. Mélibée

 

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Photo José Nicolas – « Afghanistan – Task Force Lafayette » Ed. L’esprit de tous les combats.

 

Et je me pris à rêver que j’étais sur le terrain avec les gars, les accompagnant une dernière fois pour écraser l’ennemi.

SGT Paul ‘Bommer’ Grahame, The Light Dragoons, rattaché au Mercian Regiment, Royaume Uni, « Appui feu en Afghanistan ». Ed. Nimrod

 

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Photo Thomas Goisque.

 

L’expérience afghane a laissé en moi des blessures indélébiles, mais elle a aussi renforcé les fondements de mon engagement. Le sens profond du pacte qui nous unit s’est dévoilé dans les vallées touraniennes : une confiance absolue entre les hommes, l’esprit collectif poussé jusqu’à sa dernière extrémité. Avec l’amour, il s’agit à mon sens du lien humain le plus fort qui soit. 

Lieutenant Nicolas Barthe, 21e RIMa, désormais Capitaine au RSMA Guadeloupe, « Engagé ». Ed. Grasset

 

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Photo José Nicolas.

 

J’ai vu le mal. J’ai vu des enfants déchiquetés par des bombes. J’ai vu des blessés aux membres dilacérés par les explosions. J’ai vu des corps que le feu avaient rendus méconnaissables. Derrière chacun de ces blessés, il y a un autre homme qui a armé une bombe, qui a visé et tiré avec son arme, qui a fait exploser sa ceinture piégée (…). Je n’avais jamais capté auparavant autant d’intentions homicides qu’ici. Je te tue, tu me tues, il se tue, nous vous tuons, vous nous tuez, ils se tuent. 

Et j’ai vu le bien. Je n’ai jamais vu autant de dévouement la patience de soustraire un homme à la mort. Sur le terrain, de jour comme de nuit, des brancardiers secouristes, des infirmiers et des médecins risquent leur vie pour sauver celle des autres. Cinq d’entre eux l’ont déjà donnée. Malraux écrivait : « Je cherche cette région cruciale de l’âme où le mal absolu s’oppose à la fraternité ». J’ai vu et éprouvé cette fraternité. 

Professeur (Général) Patrick Clervoy, Service de Santé des Armées, « Dix semaines à Kaboul ». Ed. Steinkis.

 

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Photo Alphonse-Bernard Seny – « Le temps de l’action » Enfin!Editions.

 

Je repense à l’opération « Dinner out » [conquête de la vallée d’Alasay], au Caporal-Chef Belda qui doit être fier de nous, à toutes nos familles qui nous ont attendus avec calme, patience et dignité. Je regarde ces chefs de section, les Lieutenants Lazerges, Chantrel et Brunet, l’Adjudant Bouaouiche et leurs commandants d’unité, les Capitaines Minguet et Gruet et je pense à tous leurs camarades officiers, sous-officiers, chasseurs, légionnaires, artilleurs, cavaliers, transmetteurs, à tous mes Tigres de la Kapisa. Je mesure toute la chance que j’ai eue de commander des soldats de leur valeur. Ce sont eux les artisans de nos succès et les vrais vainqueurs de la Kapisa.

Tout le reste n’a que peu d’importance.

Colonel Nicolas Le Nen, 27e BCA, commandant le GTIA « Tiger », « Task Force Tiger ». Ed. Economica

 

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Photo Marlene Kuhn-Osius, « Objectif Afghanistan » [épuisé].

 

La guerre, je l'ai fréquentée en d'autres lieux en tant que reporter. J'ai attendu de nombreuses fois qu'elle survienne pour rassasier ma soif d'adrénaline, me rappeler ou rappeler aux autres que j'existe, m'exalter de vivre un moment extraordinaire, historique parfois, ou simplement pour avoir de quoi écrire un article. (...) [Mais] être acteur à la guerre, c'est autre chose. Je m'en rends compte aujourd'hui. Je me rends compte que les militaires, finalement, quand ils sont sains d’esprit et "bien tassés dans leurs bottes", n’aiment pas la guerre, ou du moins, l’aiment parfois moins que nous [les journalistes]. Et c'est heureux.

Capitaine (r) Raphaël Krafft, journaliste rattaché au 2e REI, animateur de Radio Surobi, « Captain Teacher »,  Ed. Buchet-Chastel

 

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Photo José Nicolas. 

 

Aujourd’hui la mission est terminée, le fanion [du GTIA] Raptor a rejoint définitivement les murs de la salle d’honneur du 1er Régiment de Chasseurs-Parachutistes. Mais l’on dit qu’à chaque visite, à chaque souvenir évoqué en sa présence, il retrouve ses couleurs vives et l’aigle sur le tissu reprend son vol suspendu pour « fondre du ciel » à jamais. On dit même qu’il se met alors à parler de ces hommes et de ces femmes qui sont allés jusqu’au bout de leurs rêves et de leurs convictions, de ces hommes et de ces femmes qui ont gagné là-bas, loin de leur pays, le seul combat qui vaille la peine d’être vécu, celui que l’on livre contre soi-même, pour les autres, jusqu’au sacrifice de sa vie.

Colonel Renaud Sénétaire, 1er RCP, commandant le GTIA Raptor, auteur de « Les aigles dans la vallée », Ed. Mélibée. Préface à « 197 jours – Un été en Kapisa », Caporal-Chef Julien Panouillé, 1er RCP. Ed. Mélibée.

 

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Photo Alphonse-Bernard Seny.

 

J'étais fier de commander mes hommes, me souciant de leurs tâches et surtout de leurs préoccupations. J'étais heureux d'être avec eux au bar, le soir, en rentrant de mission, une fois que tout était terminé, que la pression était tombée, avant de recommencer tôt le lendemain. Heureux de ne faire qu'un avec eux. Heureux car ils me le rendaient bien et l'on pouvait sentir entre nous, sans que cela ait été décidé, une complicité de ce lien particulier et fort qui unit les hommes après qu'ils ont traversé ensemble des épreuves qui ne peuvent être fidèlement narrées.

Capitaine Philippe "Stang" Stanguennec, CoTAM, "Au service de l'espoir", Ed. L'Esprit du Livre.

 

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Photo Alphonse-Bernard Seny.

 

J’ai commandé des soldats exceptionnels. J’ai commandé des hommes qui savent aujourd’hui ce qui est essentiel et ce qui n’est qu’accessoire. J’ai commandé des hommes qui ont grandi. J’ai eu l’honneur d’être parmi eux.

Et l’Afghanistan ? Qu’adviendra-t-il demain de ce pays terrible où quatre-vingt-huit de nos frères d’armes ont laissé leur vie ? Nul de ne peut le prédire. Mais une chose est sûre : aujourd’hui, les cerfs-volants flottent de nouveau dans le ciel afghan.

Colonel Gilles Haberey, chef de corps du 92e RI, commandant le GTIA « Wild Geese ». Préface à « Le temps de l’action », Alphonse-Bernard Seny. Enfin!Editions.

 

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Photo Nicolas Mingasson. 

 

Chacun, un jour prochain, regagnera, qui sa famille, qui ses parents ou ses amis. De nouveau, la vie « quotidienne » reprendra le dessus, mais n’y aura-t-il rien de changé en nous ? Ce séjour de cinq mois ou plus, parfois beau, parfois laid, parfois joyeux, parfois triste, n’aura-t-il laissé aucune trace dans nos vies ? N’aura-t-il pas façonné, d’une impression qui nous était insoupçonnée au départ, notre façon d’appréhender le monde, et celle dont on veut vivre et aimer en ce monde ? Peut-être même que notre cœur a été mis à nu et que notre vie émotionnelle, sentimentale, affective et amoureuse s’en est trouvée transformée et pourquoi pas transfigurée ? La fragilité de l’existence que nous avons pu « apprécier » ici ne va-t-elle pas nous apprendre à aimer « différemment » ceux qui nous sont chers et même ceux que nous n’aimions pas assez, jusqu’ici ?

Padre Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ». Ed. EdB.

 

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Photo Nicolas Mingasson. 

 

Comment parler en deux mots de nos morts et de nos blessés, sans tenir de propos sacrilèges ?

Simplement redire que, loin des images hollywoodiennes, la détresse de nos blessés n’est jamais belle. L’héroïsme de nos morts n’est pas de réussir à susurrer quelques mots glorieux à l’oreille d’un camarade à l’instant du trépas. Il est de s’être investi jusqu’au bout, avec forces et faiblesses, pour simplement tenir son rôle parmi ses frères d’armes. 

Capitaine Jean-Gaël Le Flem, 27e BCA in « D’ombre de de poussière », Thomas Goisque & Sylvain Tesson. Ed. Albin Michel

 

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SCH Jocelyn Truchet, 13e BCA. Photo Philippe de Poulpiquet, « Pour la France », Ed. Grrr…art.

 

La guerre d’Afghanistan s’achève et ses protagonistes entrent peu à peu dans l’oubli. D’autres conflits font leur apparition, au Mali ou ailleurs. Mais les blessés de guerre porteront toute leur vie le vivant témoignage de leurs batailles. Quatre ans plus tard, ma blessure est toujours là et ma souffrance physique quotidienne. Je ne pense pas m’en débarrasser un jour. Lorsque mon nerf me lance, j’ai le sentiment que ma jambe coupée est toujours là et que c’est elle qui me fait souffrir. Les médecins appellent cela « le membre fantôme ». Je serre les dents, je me plie en deux sous la douleur et j’attends que la souffrance passe. Ce fantôme va et vient plusieurs fois par jour et apparaît sans prévenir. Avec le temps, j’apprends à vivre avec lui. Cela fait partie de mon sacrifice. Je ne m’en plains pas et je ne regrette rien.

Sergent-Chef Jocelyn Truchet, 13e BCA, « Blessé de guerre », autoédité.

 

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Photo Philippe de Poulpiquet, « Pour la France », Ed. Grrr…art. 

 

Perdu, déstabilisé, isolé dans sa souffrance, il est ainsi depuis son retour d’Afghanistan, voici plus de deux ans… Seul le désespoir empêche de croire à des jours meilleurs. Or toute la richesse du cœur de l’homme se résume à l’espérance que nous ne devons jamais perdre. Il nous faut espérer pour lui et avec lui, car l’espérance est souvent ce qui reste quand tout est parti à vau-l’eau. Le travail d’accompagnement sera long, mais il  n’est pas permis de croire à son échec.

Padre Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, « L’autre combat ». Ed. EdB.

 

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Photo Philippe de Poulpiquet.

 

Je pense d’abord aux familles, à celles et à ceux qui ont perdu un proche, aux blessés graves, à toutes les personnes dont la vie sera irrémédiablement différente. Elles nous donnent des leçons quotidiennes de courage et de modestie. L’institution, je pense, en tire des leçons de vérité. Lorsque les cercueils sont alignés devant vous, vous prenez la réalité en pleine figure (…) A titre personnel, ces cérémonies d’hommage m’ont appris une plus grande humilité. J’ai un garçon qui part dans quelques jours en Afghanistan. Et je me dis : « Et si cela m’arrivait, à moi ? Si notre garçon devait être tué là-bas ? ». Frappé en plein cœur, comme toutes ces familles que nous avons tenté de réconforter, saurions-nous alors nous comporter plus dignement que beaucoup d’entre elles ? 

Général de corps d’armée Bruno Dary, ancien Gouverneur Militaire de Paris. Postface à « Afghanistan – Task Force La Fayette », José Nicolas. Ed. L’esprit de tous les combats.

 

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Photo José Nicolas.

 

 On ne se débarrasse pas des morts. Ils sont là. Ils forment un cortège amical et funèbre qui nous attend désormais de l’autre côté du miroir.

Padre Christian Venard, « Un prêtre à la guerre ». Ed. Tallandier

 

***

Bibliothèque francophone « Ceux d’Afghanistan »

Non exhaustif.

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Photos Thomas Goisque. 

 

Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.

Et même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ?

Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant ?

 

Sergent-Chef Yohann Douady, 2e RIMa, « D’une guerre à l’autre ». Ed. Nimrod

 

Hommage

Aux morts pour la France en Afghanistan

31 août 2004 - CAL Murat YAGCI - 1er RPIMa

21 octobre 2004 - 1CL Thierry JEAN BAPTISTE - 3e RH

21 octobre 2004 - MDL Simah KINGUE EITHEL ABRAHAM - 3e RH

11 février 2005 - CAL Alan KARSANOV - 2e REI

17 septembre 2005 - CCH Cédric CRUPEL - 1er RPIMa

4 mars 2006 - PM Loïc LEPAGE - Commando Trépel

15 mai 2006 - 1CL Kamel ELWARD - 17e RGP

20 mai 2006 - ACH Joël GAZEAU - 1er RPIMa

20 mai 2006 - CCH David POULAIN - 1er RPIMa

25 août 2006 - PM Frédéric PARE - FORFUSCO

25 août 2006 - CCH Sébastien PLANELLES - CPA 10

25 juillet 2007 - ACH Pascal CORREIA - 1er RCP

23 août 2007 - MDL Stéphane RIEU - 1er RHP

21 septembre 2007 - ACH Laurent PICAN - 13e BCA

18 août 2008 - SGT Damien BUIL - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Kévin CHASSAING - 8e RPIMa

18 août 2008 - ADJ Sébastien DEVEZ - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Damien GAILLET - 8e RPIMa

18 août 2008 - SGT Nicolas GREGOIRE - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Julien LE PAHUN - 8e RPIMa

18 août 2008 - SGT Rodolphe PENON - 2e REP

18 août 2008 - CAL Anthony RIVIERE - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Alexis TAANI - 8e RPIMa

19 août 2008 - CAL Melam BAOUMA - RMT

22 novembre 2008 - ADC Nicolas REY - 3e RG

11 février 2009 - CDE Patrice SONZOGNI - 35e RAP

14 mars 2009 - CCH Nicolas BELDA - 27e BCA

24 mai 2009 - CCH Guillaume BARATEAU - 9e CCT / 9e BLBMa

1er août 2009 - CCH Anthony BODIN - 3e RIMa

4 septembre 2009 - CCH Johan NAGUIN - 3e RIMa

6 septembre 2009 - SGT Thomas ROUSSELLE - 3e RIMa

27 septembre 2009 - CAL Kévin LEMOINE - 3e RIMa

27 septembre 2009 - ADC Yann HERTACH - 13e RDP

27 septembre 2009 - BCH Gabriel POIRIER - 13e RDP

27 septembre 2009 - CCH Ihor CHECHULIN - 2e REI

8 octobre 2009 - SCH Johann HIVIN-GERARD - 3e RIMa

11 janvier 2010 - ICS Mathieu TOINETTE - 402e RA

12 janvier 2010 - LCL Fabrice ROULLIER - 1e BM

13 janvier 2010 - MDC Harouna DIOP - 517e RT

9 février 2010 - CAL Enguerrand LIBAERT - 13e BCA

8 avril 2010 - CAL Robert HUTNIK - 2e REP

22 mai 2010 - CBA Christophe BAREK-DELIGNY - 3e RG

7 juin 2010 - SCH Konrad RYGIEL - 2e REP

18 juin 2010 - BCH Steeve COCOL - 1er RHP

6 juillet 2010 - ADJ Laurent MOSIC - 13e RG

10 août 2010 - 1CL Antoine MAURY - 1er RMed

23 août 2010 - CNE Lorenzo MEZZASALMA - 21e RIMa

23 août 2010 - CCH Jean-Nicolas PANEZYCK - 21e RIMa

30 août 2010 - ADC Hervé ENAUX - 35e RI

15 octobre 2010 - ICS Thibault MILOCHE - 126e RI

17 décembre 2010 - CBA Benoît DUPIN - 2e REG

18 décembre 2010 - MA Jonathan LEFORT - Commando Trepel

08 janvier 2011 - SGT Hervé GUINAUD - RICM

19 février 2011 - CCH Clément CHAMARIER - 7e BCA

24 février 2011 - ADC Bruno FAUQUEMBERGUE - CFT

20 avril 2011 - CCH Alexandre RIVIERE - 2e RIMa

10 mai 2011 - 1CL Loïc ROPERH - 13e RG

18 mai 2011 - 1CL Cyril LOUAISIL - 2e RIMa

1er juin 2011 - SGT Guillaume NUNES-PATEGO - 17e RGP

10 juin 2011 - CCH Lionel CHEVALIER - 35e RI

10 juin 2011 - LTN Matthieu GAUDIN - 3e RHC

18 juin 2011 - CAL Florian MORILLON - 1er RCP

25 juin 2011 - CCH Cyrille HUGODOT - 1er RCP

11 juillet 2011 - BCH Clément KOVAC - 1er RCh

13 juillet 2011 - CNE Thomas GAUVIN- 1er RCP

13 juillet 2011 - ADC Laurent MARSOL- 1er RCP

13 juillet 2011 - ADC Emmanuel TECHER -17e RGP

13 juillet 2011 - ADC Jean-Marc GUENIAT - 17e RGP

13 juillet 2011 - SGT Sébastien VERMEILLE – SIRPA-Terre

14 juillet 2011 - MA Benjamin BOURDET - Commando Jaubert

7 août 2011 - CCH Kisan Bahadur THAPA - 2e REP

7 août 2011 - CAL Gerardus JANSEN - 2e REP

11 août 2011 - SGT Facrou HOUSSEINI ALI - 19e RG

14 août 2011 - CNE Camille LEVREL - 152e RI

7 septembre 2011 - CNE Valéry THOLY - 17e RGP

14 novembre 2011 - 1CL Goran FRANJKOVIC - 2e REG

29 décembre 2011 - ADC Mohammed EL GHARRAFI - 2e REG

29 décembre 2011 - SGT Damien ZINGARELLI - 2e REG

20 janvier 2012 - ADC Fabien WILLM - 93e RAM

20 janvier 2012 - ADC Denis ESTIN - 93e RAM

20 janvier 2012 - SCH Svilen SIMEONOV - 2e REG

20 janvier 2012 - BCH Geoffrey BAUMELA - 93e RAM

27 mars 2012 - CDE Christophe SCHNETTERLE - 93e RAM

9 juin 2012 - MAJ Thierry SERRAT - GIACM

9 juin 2012 - ADJ Stéphane PRUDHOM - 40e RA

9 juin 2012 - MLC Pierre-Olivier LUMINEAU - 40e RA

9 juin 2012 - BCH Yoann MARCILLAN - 40e RA

7 août 2012 - ADC Franck BOUZET - 13e BCA

 5 août 2013 - ADJ Gwénaël THOMAS - BA 123

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Photo US Army

 

Hommage

Aux soldats de l’ISAF de toutes nationalités, nos frères d’armes, morts en Afghanistan,

2290 américains, 445 britanniques, 158 canadiens, 54 allemands, 48 italiens, 43 danois, 40 australiens, 38 polonais, 34 espagnols, 27 géorgiens, 25 néerlandais, 21 roumains, 14 turcs, 11 néo-zélandais, 10 norvégiens, 9 estoniens, 7 hongrois, 5 tchèques, 5 suédois, 3 lettons, 2 finlandais, 2 jordaniens, 2 portugais, 1 albanais, 1 belge, 1 lituanien, 1 slovaque, 1 sud-coréen,

Aux milliers de soldats de l’Armée Nationale Afghane, nos frères d’armes, morts pour leur pays,

Aux contractants, journalistes, morts en Afghanistan,

Aux blessés dans leur chair, dans leur psychisme.

 

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Photo Sébastien Joly 

 

A la mémoire des civils afghans.

C'est sûr que nous vivons des temps difficiles, mais je regarde les choses de façon pragmatique : Il y avait deux écoles à Surobi en 2002, il y en a plus de vingt aujourd'hui. Il ne faut pas être ingrat. Les gens oublient vite. Moi, je me range dans le camp de ceux qui apportent le savoir et l'éducation.

Aziz Rahman, animateur de Radio Surobi, 

radio "communautaire" en langue pashto fondée par le COL Durieux, 2e REI.

« Captain Teacher », Capitaine (r) Raphaël Krafft, rattaché au 2e REI, Ed. Buchet-Chastel

 

***

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La 52e promotion de l’EMIA s’est baptisée «Ceux d'Afghanistan».

Nous apportons notre soutien à leur projet d’ériger une stèle à Coëtquidan, en mémoire des 89 soldats français morts pendant le conflit.

Soutenez-les vous aussi par un don, même symbolique.

Voir ici.

 

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Photo Sébastien Joly

 

Comme nos camarades des autres armées, les aviateurs ont affronté avec courage les risques de leur action en Afghanistan. Je m’incline devant la mémoire de tous ceux qui l’ont payé de leur vie, de tous ceux blessés dans leur chair et dont le mérite n’a d’égal que la noblesse de leur mission.

Général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, Chef d’état-major de l’Armée de l’Air. Préface à « Afghanistan – Regards d’aviateurs », Lieutenant Charline Redin, SIRPA-Air, désormais ECPAD.

 

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Photo Thomas Goisque.

 

Nous pouvons être fiers du comportement remarquable des soldats français en Afghanistan. 

Général d’Armée Bertrand Ract-Madoux, Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre. Préface à « L’Afghanistan en feu », Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud, RICM. Ed. Economica

 

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Photo Thomas Goisque.

 

S’il vous arrive de rencontrer un de ces soldats, je suis convaincu qu’il appréciera que vous lui disiez merci. Merci pour son service. Merci pour son sacrifice. Nos soldats méritent de se faire dire merci.

Ils sont ce que ce pays a de plus noble. Ils sont ce que ce pays a de mieux.

LCL Steve Jourdain, Royal 22e Regiment, frère d’armes québécois. « Mon Afghanistan », Ed. Athéna.

 

 

 

 

 

 

 

24/11/2013

« Récits d’un homme de guerre », Michel Delcayre, 1er RIC, Bataillon de Corée, GM100, 6e RTS, 5e RIAOM, 23e RIMa , 2e RIMa, 1er RIMa. Editions des Cimes

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit. Un effort de la volonté, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort.

On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années. On devient vieux parce qu’on a déserté un idéal.

Les années rident la peau, renoncer à la jeunesse ride l’âme.

Les préoccupations, les doutes, les craintes et désespoirs sont les ennemis qui lentement nous font pencher vers la terre, et devenir poussière avant la mort.

Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande comme l’enfant insatiable : et après ? Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie.

Si un jour notre corps allait être mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de notre âme de vieillard. 

« La jeunesse », Général McArthur.

 

 

 

« J’aime le métier des armes. J’aime l’odeur de la poudre et entendre le fracas des armes, des batailles.

Je suis un homme de guerre. »

Michel Delcayre

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Nous recevons régulièrement des messages d’auteurs nous présentant leur livre nouvellement paru. Nous en sommes toujours heureux et flattés. Notre première démarche, alors, est de nous renseigner sur l’ouvrage, la personne, le sujet traité. L’auteur est-il militaire, journaliste ? S’agit-il d’un récit biographique, d’un roman, d’un sujet historique ?

Lorsque j’ai ouvert le mail du fils de Michel Delcayre, titré « Récits d’un homme de guerre », des mots m’ont immédiatement sauté au visage : mon père Marsouin… vétéran d’Indochine… Bataillon de Corée… Algérie… Sympathisant OAS…  Je ne sais si cela vous intéresse…

Réponse "au pas Chasseur", dans les 2 secondes donc : « Et comment ! »

Ainsi a débuté une nouvelle belle rencontre, des échanges humains sympathiques, et par-dessus tout l’impression d’avoir touché du doigt, au travers d’un homme, l’histoire de l’armée française, dans sa grandeur, mais aussi dans la tristesse du crépuscule d’un empire.

Michel Delcayre, un morceau d’histoire. Rien de moins que cela.

 

1949-1950, 1er RIC, Indochine 

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1951, Indochine, poste de Tenja – Michel en haut à droite, cigarette et képi.

Le 17 octobre 1950, alors qu’aucun renseignement tangible ne laisse penser qu’un danger plane sur la ville, le Colonel fait évacuer Lang Son. L’affolement est tel que, pour ne pas éveiller les soupçons de l’ennemi, le Colonel donne l’ordre de n’effectuer aucune destruction des stocks jusqu’à l’évacuation complète de la ville. On a donc quitté la haute région par Lang Son. On a suivi les ordres en évacuant en catastrophe, alors qu’il n’y avait pas lieu. On s’est tiré comme des poltrons. Le Colonel, sous Napoléon, aurait été fusillé. (…)

Pourquoi avoir lâché Lang Son ? Contrairement à Cao Bang, Lang Son n’était pas encerclé, à ma connaissance de 2e Classe, à l’époque.

C’est maintenant que je réfléchis à tout ça. Quand on est 2e Classe, avec les supplétifs [troupes indochinoises], « Chercher à comprendre, c’est commencer à désobéir ». Mais j’ai désobéi après, parce que j’ai compris.

 

1950-1953, Bataillon français de l'ONU en Corée, 23rd Regiment, 2nd Infantry Division "Indian Head"

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1954, départ de Michel en Corée, sur « La Marseillaise »

Nous avons repris le bateau pour débarquer dans le port  de Pusan, le 9 mars 1953. J’ai fêté mes 22 ans sur un navire de guerre américain. Nous prîmes le train, direction Séoul. Notre bataillon était en ligne depuis quelques 3 semaines. Il faisait entre -25 et -30°C. La guerre de mouvement était terminée. Nous étions en position dans les tranchées humides et froides, décor de tout mon séjour en Corée. Après 2 ou 3 semaines en première ligne, où il fallait casser la glace pour se laver la figure, en négligeant un peu le reste, on descendait en deuxième ligne, où on pouvait prendre une douche.

 

1953-1954, GM100, Indochine

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1954, Indochine, Michel à droite avec deux camarades du GM100

Nous nous sommes retrouvés à Pleiku où opérait un régiment de montagnards, quelques pièces d’artillerie et deux ou trois avions. A quelques kilomètres de là, des plantations de théiers, toujours en exploitation. Une plantation de thé représente un des lieux les plus détestables pour mener un combat organisé. Les arbustes touffus arrivent pour la plupart à hauteur de poitrine d’un homme de taille moyenne. Il était de notoriété publique, les planteurs eux-mêmes le reconnaissaient à demi-mot, que les viets transitaient au travers de théiers pendant la nuit pour déplacer leurs unités ou transporter leur matériel et leur nourriture. Menant une opération, sur renseignement, nous sommes tombés sur deux compagnies Vietminh. Les combats ont été durs, nous avons eu quelques morts et plusieurs blessés. Les viets ont détalé, repoussés par la vigueur de notre unité. L’ennemi essuie au passage un sacré revers, laissant sur le terrain une soixantaine de morts.

Le GM100 reçoit l’ordre de rejoindre la bretelle de Pleirin le 19 mars en détachement armé, vers la région de Do Dak Bot au Tonkin (…) Les viets sont beaucoup plus nombreux que nous. Le rapport de forces est de 3 contre 1. Au cours de l’attaque du bivouac, le capitaine est tué. Il est remplacé par un Caporal-Chef…  je me retrouve chef de section (…) Notre compagnie ou ce qu’il en reste se bat avec bravoure ; je suis au fusil-mitrailleur, déblayant tout devant moi. Je crible les fourrés autant que je peux. J’abats les tireurs embusqués qui viennent aussi de derrière.

Embuscade du PK15, 24 juin 1954. Tout le convoi de véhicules, chars, artillerie, est tombé dans une grosse embuscade. L’état-major du GM100 est anéanti (…) près de 1000 morts ou disparus en 3 heures de combat (…) Dans la nuit, nous, 1er bataillon, avons évacué An Khé en évitant la route, en la débordant par la jungle tout autour. Les viets étaient partout.

 

1955-1957, 6e RTS, Maroc, Algérie

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1955, le 6e RTS au Maroc, Michel au 1er rang, 1er à gauche de la photo

Nous traversons le Moyen-Atlas pour chasser les fellouzes Oulmes sur les pistes. De Mécheria, nous faisons les ouvertures de route. Sergent, je commande un peloton de half-track (…) Nous pointons en direction du sud, vers Aïn Sefra sur la frontière maroco-algérienne. Cette frontière n’en a que le nom. Pas de mur ni de piquet. Du sable, toujours du sable. Nous protégeons la zone des infiltrations du FLN sur des centaines de kilomètres (…) Constamment sur la brèche, à pied à la recherche des fellouzes, nous montons de belles embuscades.

 

1958-1960, 5e RIAOM, AOF, AEF (Mali, Cameroun)

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Michel en 1960, au Cameroun

Nous étions, quelque part, des mercenaires à la solde de la république de Douala (Cameroun). Nous combattions les Bamilékés qui avaient soif d’indépendance. Chez eux, le plan n’existait pas ! Ces mecs-là, bille en tête, fonçaient voir le grand marabout. Les cerveaux envoûtés de palabres nauséabondes : pas de problème, les balles, forcément, ricocheraient sur eux. Avant l’assaut ils ne se gonflaient pas à l’opium mais au vin de palme. Ce breuvage les mettait dans un état de folie pure. La mort ils ne l’envisageaient même pas. Armés de sagaies et de coupe-coupes, ils partaient par centaines au baroud. Ces grappes humaines venaient tomber sous les balles de nos mitrailleurs AA52. C’est triste à dire, mais c’était eux ou nous.

 

1961-1963 – 23e RIMa, OAS, Algérie

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1961-62, Algérie, Michel alors au Commando Capdeville, avec le LTN Poupineau

Le cessez-le-feu approchant, nous avons quitté Affreville. Le Commando Capdeville a été regroupé, puis dirigé vers Alger pour la sécuriser. On appelait ça « Intervention Chicago ». Ça voulait dire que dès qu’il y avait un attentat, nous établissions partout des barrages pour tâcher d’intercepter les « malfaiteurs », nos camarades de l’OAS. Que nous aidions à filer au lieu de les arrêter. S’il s’agissait de terroristes fellaghas, nous avions le remède tout prêt. (…) On voyait bien que c’était la fin des haricots. De Gaulle avait déjà trahi la France, vendu l’Algérie aux felles. Moi, j’étais encore à fond avec l’O.A.S. D’abord, j’étais dégouté depuis l’Indochine, depuis qu’on avait abandonné les Thau, les Nung, tous massacrés par les communistes. Et en Algérie, rebelote ! On laisse tomber les harkis, leurs familles…

 

1963-1964, 2e RIMa, camp d’Auvours 

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1964, Michel lors d’une manœuvre de débarquement à Quiberon

A Auvours, le fossé entre engagés et une minorité d’appelés devenait béant. Ces derniers, jouant les « pauvres victimes » de nos « mauvais traitements », faisaient marcher leurs relations, appelant à l’aide leur papa ou un tonton haut placé, sortant leur plus belle plume pour se plaindre au ‘pitaine, voire plus haut (…) Travailler dans ces conditions m’insupportait au plus haut point.

-

Dans le cœur de Michel, quelque-chose s’est brisé. Ce n’est pas un homme de compromis - on l’aura compris - il quitte donc l’armée en 1965. Un temps tenté par l’aventure mercenaire de Bob Denard, il fera finalement ses adieux aux armes.

« Récits d’un homme de guerre » ne s’interrompt pas pour autant. Nous suivons pour quelques chapitres encore le Marsouin  dans sa nouvelle vie civile, sillonnant l’Europe au volant de son camion, s’engageant activement en politique à Dreux, aux côtés du couple Stirbois. 

Bien entendu, avec un tel parcours, on entend en écho des « Hélie de Saint-Marc » et des « Pierre Sergent ». Mais Michel ne revendique pas les honneurs d’un prix littéraire (dont, j'en suis certain, il se « contrefoutrait ») (il emploierait certainement cette formule…). De plus, n’ayant pas tenu de journal de marche, ses souvenirs de premières campagnes sont forcément fragmentaires.

Reste que son témoignage est passionnant, complété intelligemment par des parties historiques le mettant bien en perspective.

Saluons enfin l’honnêteté de Michel, assumant totalement ses choix. Il n'est pas question ici d'apporter un jugement sur ses engagements, mais que vaudrait un récit biographique "politiquement correct", édulcoré ? Quel en serait l’intérêt ? Comme me l’a dit son fils Philippe : après tout, c’est sa vie.

 

Juillet 2005, retour en Corée. 

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2010, Michel Delcayre reçoit la médaille de la Paix par l'ambassadeur de Corée, Hôtel des Invalides.

En 2005, le gouvernement Sud-Coréen invite des vétérans du Bataillon de Corée à Séoul. Belle initiative de notre allié asiatique, qui n’a pas oublié ces Français (et tous les autres) qui se sont battus à leur côté pour leur liberté.

"Nous avons trinqué à nos hôtes, à nous aussi les vétérans. Je retiens du peuple coréen qu’il est un beau peuple plein de reconnaissance (je le savais déjà), rempli de joie de vivre. Il nous a accueillis comme faisant partie de sa famille, sincère, chaleureux.

Prenez-en de la graine, peuple de France."

 

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Insigne de la 2nd Infantry Division "Indian Head" porté par le Bataillon français de l'ONU en Corée, conservé en Indochine. 

287 tués dont 18 Coréens - 7 disparus - 1 350 blessés.

Rendons hommage à ces hommes. Ne les oublions pas.

***

Delcayre 2010.jpgMichel Delcayre est né en 1931. Poussé par son goût de l’aventure, il s’engage en 1949 dans les troupes Coloniales. Marsouin pour la vie, il participe à l’ensemble des « opérations extérieures » des années 50 et 60, avec les 1er RIC, Bataillon de Corée/GM100, 6e RTS, 5e RIAOM, 23e RIMa , 2e RIMa et 1er RIMa : Indochine (2 campagnes), Corée, Maroc, AEF, Algérie...

Dans les dernières années de la guerre d’Algérie, dans un esprit « à la Hélie de Saint-Marc », refusant l'abandon des Harkis, il soutient le « putsch » des Généraux puis l’OAS.  Il quitte l’armée en 1965 et sillonne dès lors l’Europe comme chauffeur routier, tout en s’engageant politiquement à Dreux, ville où il réside toujours.

Michel Delcayre est titulaire des Médaille Militaire, Croix de Guerre des Territoires Extérieurs, Médailles commémoratives Indochine, Corée, Médaille du Maintien de l’Ordre Maroc, Algérie, Médaille Coloniale Extrême-Orient, Médaille des Nations-Unies Guerre de Corée, Combat Infantry Badge (USA), Médaille des Combattants de la Paix (Corée du Sud).

Il a été soutenu dans son projet d’écriture par son fils Philippe, ancien Marsouin lui-même, EVSOM (Engagé Volontaire pour Servir Outre-Mer), 23e BIMa, Sénégal.

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Prix : 18€ - EAN : 9791091058063 - Format 24x15, 176 pages + cahier photos

 

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Aux Editions des Cimes

Disponible en contactant Philippe Delcayre ici. [dédicace possible]

Page FaceBook "Récits d'un homme de guerre" ici.

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1955, Maroc, Michel Delcayre est décoré de la Médaille Militaire

 

Hommage

Aux morts pour la France en Indochine,

Aux morts pour la France en Corée,

Aux morts pour la France en Algérie,

Aux morts pour la France dans tous les T.O.E,

Aux blessés.

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1950, Michel à droite, sur la RC4.

Le 4 octobre dernier le général vietminh Võ Nguyên Giáp, vainqueur de Dien Bien Phu, disparaissait.

Le ministre français des affaires étrangères lui a rendu un vibrant hommage :

Je salue aujourd’hui la mémoire d’un homme exceptionnel et présente mes profondes condoléances à sa famille (…) Le général Giáp fut un grand patriote et un grand soldat.

Même si nous nous réjouissons de la réconciliation franco-vietnamienne, n'oublions pas : 

 

Taux de mortalité des prisonniers de guerre

source : Wikipedia

Prisonniers français morts en Allemagne : 2%

Prisonniers allemands morts en Russie : 37%

Prisonniers russes morts en Allemagne : 57,5%

Prisonniers français morts dans les camps Vietminh 59,9%

Prisonniers de Dien Bien Phu , morts en 4 mois de captivité dans les camps Vietminh : 7 801 sur 11 721, soit 72% .

 

A la mémoire de tous ces prisonniers français en Indochine, traités par le Général Giáp et le Vietminh avec la pire des cruautés.

Nous saluons aujourd’hui la mémoire de ces hommes exceptionnels et présentons nos profondes condoléances à leurs familles. Ils furent de grands patriotes et de grands soldats

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1962, les Harkis du Commando de Michel Delcayre.

A la mémoire de nos frères Harkis, sacrifiés par la France, traités par le FLN algérien avec la pire des cruautés.

Nous saluons aujourd’hui la mémoire de ces hommes exceptionnels et présentons nos profondes condoléances à leurs familles. Ils furent de grands patriotes et de grands soldats

***

 

 

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2013, Michel et le COL Paczka, chef de corps du 2e RIMa, photo © Philippe Delcayre

 

- Citations - 

"Jeune soldat courageux et décidé. Tireur de Fusil-Mitrailleur. S’est révélé à plusieurs reprises un combattant d’élite. Le 8 juillet 1950 dans le massif de Bao Daï (Tonkin), près de Dong Song, a neutralisé par son feu précis un poste rebelle, permettant la prise de 5 fusils. Le 15 juillet à Quai Song, s’est porté résolument à l’attaque d’une crête fortement tenue par l’adversaire. Le 29 juillet, a été magnifique de sang-froid, lors de l’opération de Kep (Tonkin) récupérant au lever du jour, par un coup d’audace 6 fusils au hameau de Ho Tong. Citation à l’ordre du régiment avec attribution de la Croix de Guerre TOE avec étoile de bronze."

"Au cours d’une opération dans la région de Tri Yen (Tonkin) le 12.1.1952 s’est accroché au terrain sous le feu concentré d’armes automatiques et de mortiers rebelles. Citation à l’ordre de la Brigade par le Général Salan."

"Chef de groupe confirmé toujours volontaire pour les missions dangereuses. S’est distingué à plusieurs reprises au cours des opérations dans les secteurs de Mani et Kumhwa (Corée). Le 17 juillet 1953 en particulier a participé à une embuscade dont les éléments étaient pris sous un violent tir de mortiers ennemis. A protégé avec son groupe des éléments amis qui comptaient un tué et trois blessés. Citation à l’ordre du régiment."

"A pu dégager son Commandant de compagnie grièvement blessé et le faire évacuer. Resté le gradé le plus élevé de la Cie, il a regroupé les survivants, effectué des contre-attaques pour récupérer les blessés et a décroché ce qui restait de la 4e Cie en organisant le combat retardateur jusqu’à l’arrivée de la nuit. Il est juste de dire que c’est le CCH Michel Delcayre qui a sauvé la 4e Cie du 1/Corée d’un anéantissement total. Combat entre PK17 et PK11, 1954, Indochine."

"Chef de groupe d’une bravoure au-dessus de tout éloge. A de nouveau fait l’admiration de tous le 24.2.1954 à la [Plantation Indochinoise de Thé, Pleiku] où faisant fonction de sous-officier adjoint d’une section de contre-attaque, tandis qu’un adversaire estimé à plus d’une Cie donnait l’assaut dans les théiers, il n’a pas hésité, pour accroître le rendement de ses tirs, à prendre lui-même un fusil mitrailleur avec lequel, tirant debout, malgré un feu intense, il a abattu plusieurs rebelles dont un tireur de fusil mitrailleur. Citation à l’ordre du corps d’armée par le Général Navarre."

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Michel Delcayre, 1950 et 2010

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux anciens d'Indochine, de Corée, d'Algérie et de tous les T.O.E.

 

 

 

 Récit biographique de soldat, guerre d'Indochine, guerre de Corée, guerre d'Algérie, OAS.

16/11/2013

« D’ombre et de poussière », Thomas Goisque & Sylvain Tesson, Ed. Albin Michel

 

Photos et texte © Thomas Goisque, Sylvain Tesson, CNE Jean-Gaël Le Flem. Publiés avec l'aimable autorisation des auteurs. Tous droits réservés.

 

 

Lorsqu’Allah eut créé le reste du monde, il vit qu’il restait encore une grande partie de rebut, de morceaux dépareillés qui n’allaient nulle part.

Alors, il les ramassa et les jeta sur la Terre.

Ils devinrent l’Afghanistan.

 

Dicton afghan, rapporté par le padre Ducourneau dans « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ». Editions EdB.

 

 

Après « Haute-Tension » consacré aux Chasseurs alpins du 27e BCA en Afghanistan, le photographe Thomas Goisque et l’auteur Sylvain Tesson ont souhaité revenir sur le conflit afghan, qu’ils ont vécu de l’intérieur : treize ans de guerre, autant de voyages au pays de l’insolence. « Nous avons côtoyé quotidiennement ces hommes, dans la servitude et la grandeur de leur mission, dans le temps dilaté de la vie au camp ou dans la tension de l’accrochage. »

A l’heure du désengagement français, « D’ombre et de poussière » se veut un livre bilan, mais pas un livre jugement :

« Ce livre ne prétend pas expliquer le conflit. Nous laissons ce soin-là aux experts qui prospèrent toujours sur les décombres des pays en guerre.

L’Afghanistan a fait tellement gloser que nous ne voulions pas rajouter notre pierre au tas de gravats des explications savante. »

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Le poste, la patrouille, l’opération sont les trois axes choisis par Thomas et Sylvain, pour décrire le conflit asymétrique auquel se sont livrés les soldats français en Afghanistan.

Un témoignage d’une esthétique visuelle saisissante, accompagné d’un texte percutant qui plonge son lecteur dans cette guerre, à la fois réelle et invisible, où la force ne suffit pas pour obtenir la victoire, où tout n’est qu’incertitude et apparence derrière une brume de lœss.

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Ils ne connaissaient pas ce royaume insolent et somptueux où se jouait une guerre insaisissable.

Un tourbillon d’ombre et de poussière.

Si la poussière parlait combien de secrets révèlerait-elle ?

 

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« Comme un pompier qui n’aurait jamais eu de feu à éteindre, nous attendions une opportunité réelle de jauger notre professionnalisme, de vivre ce qui justifie tant d’entrainements. Malgré la gravité de la situation, c’est dans cet état d’esprit que nous sommes partis. »

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Sur cette terre Immémoriale, haut lieu du bouddhisme, tournait la monstrueuse roue de l’histoire.

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Il est 6 heures du matin, le soleil s'est hissé au-dessus des herses de l'Hindou-Kouch. Déjà, il brille férocement. "Le soleil est aveugle", écrivait Malaparte. Aveugle envers ceux qui combattent sous sa lumière, indifférent à l'enfer que les hommes inventent dans son ombre. […]  

 L'aube révèle le décor que la tragédie s'est choisi : une montagne de rouille couronnée de neige, un désert de lœss qui sert de tapis aux éboulis de grès et l'oasis jade d'un village - amande dans la poussière. L'Afghanistan est la patrie de l'éternel retour : les armées s'y succèdent, s'y enlisent, en repartent. Et reviennent.

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Dans les camps tricolores se répartissaient les huit cents soldats composant les GTIA constitués des composantes de toutes les unités de l’armée de terre. […]  Ainsi les deux armées, française et afghane, dont le destin était de combattre de concert, se côtoyaient-elles en opération et dans la vie quotidienne.

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Il y avait les semailles. Il y avait les moissons.

La guerre ne connaissait pas de saisons dans la solitude des labours afghans. 

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Patrouiller c’est progresser en terrain miné en manifestant l’équanimité. S’enfoncer dans l’inconnu en feignant la force tranquille. 

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La guerre se déroulait dans un mikado humain et cette intrication était une obsession.

Ils menaient la bataille parmi les lavandières, sur le chemin des écoliers. 

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A l’approche de la patrouille, claquement d’ailes bleues. Les femmes se dispersaient. 

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Les talibans usent de cette technique vieille comme la lâcheté : se replier derrière le rempart de l’innocence. 

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L’air se déchirait des rugissements des hélicoptères.

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Dans le fond attendre l’intervention d’un hélicoptère, c’est espérer le secours du ciel… 

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Et la poussière du soir tombait, c’était la nuit et ils organisaient la veille sous les constellations qui avaient déjà tenu compagnie aux sentinelles de tant d’armées ! 

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Nous avons veillé sous des ciels étoilés en scrutant la nuit, aux aguets du moindre mouvement.

-

Ils ne fermaient pas l’œil, la guerre ne dormait pas.

-

Les nuits bruissaient des mouvements des talibans qui tentaient de passer sur le flanc des postes pour rejoindre les villages et les accrochages nocturnes se multiplièrent dans les vallées.

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L’aube était une fontaine d’où jaillissait le jour.

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Puis aux heures nocturnes ou au petit matin, c’était l’attaque.

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Le ballet des hélicoptères , chargeant et déchargeant personnels, blessés et matériel sur les drop zones des camps noyait l’atmosphère dans un nuage de lœss qui ne retombait jamais.

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Ainsi allait la vie des postes, oscillant, selon un solfège propre à l’armée, entre les périodes de veille, d’entrainement, d’attente et les opérations coordonnées.

 

***

Goisque Tesson.jpgNous avons déjà eu l’opportunité de présenter le photographe Thomas Goisque (à g.) et de l’écrivain Sylvain Tesson (à d.) pour leur précédent livre : « Haute Tension – Le 27e BCA en Afghanistan », accompagnés alors par l’artiste Bertrand de Miollis.

 

Cette fois, laissons-leurs la parole :

 

 

Laissons aussi cette parole au Colonel Nicolas Le Nen, 27e BCA, commandant le GTIA « Tiger » :

Tessson Le Nen.JPGJ’aurai vu défiler beaucoup de journalistes et de reporters depuis le début de ma mission en Kapisa. Certains se sont contentés de surfer sur l’écume de nos journées et de nos opérations. D’autres comme Géraud Burin des Roziers, Thomas Goisque, Sylvain Tesson et Bertrand de Miollis ont pris le temps de nous accompagner, de comprendre ce que nous faisions et d’entrer dans nos vies. Eux auront vu l’essentiel : la générosité, la passion et la richesse de ces jeunes hommes qui sont prêts à payer de leur sang l’idée qu’ils se font de leur métier et de leur dévouement à leur bataillon et leur pays. J’ai beaucoup d’admiration pour ces reporters-là qui sont prêts à partager nos risques et endurer nos souffrances pour simplement témoigner de ce que nous sommes. Ils sont des nôtres et je sais que tous les Chasseurs les considèrent comme tels. 

Colonel Nicolas Le Nen, 27e BCA, commandant le GTIA « Tiger ».

« Task Force Tiger », Ed. Economica.

 

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Prix : 30€ ISBN-13: 978-2226208248 - Format 28 x 24, 192 pages. 

Aux éditions Albin Michel 

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Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le Net.

Retrouvez les photos de Thomas Goisque sur son site ici. 

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Hommage

Aux morts en Afghanistan,

Aux blessés,

A la mémoire des civils afghans qui subissent depuis des décennies la folie de leurs dirigeants.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc.

 

***

Lettre d’un capitaine

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Ce fut d’abord la découverte de ce pays d’une beauté stupéfiante, lieu improbable où l’arc himalayen vient mourir dans le désert. Au hasard des patrouilles, nous avons sillonné ces vallées luxuriantes qui semblent refléter l’état de nature. L’habitat se fond harmonieusement entre les vergers, les champs de grenadiers et d’orge. La population semble encore vivre au rythme des saisons; les hommes entretiennent non sans génie les canaux d’irrigation. Les vieillards nous contemplent sagement avec un air de « déjà vu » cachés, derrière leur barbe. Les enfants, loin d’être apeurés par notre attirail guerrier, s’amusent de notre maladresse.

Quant aux femmes, prisonnières de la burqa, elles évitent nos regards et ne laissent deviner une certaine féminité que par le raffinement de leurs chaussures.

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Mais, malheureusement, cette phase ne dure qu’un temps.

Quand les ruelles se vident et que les premières balles sifflent, notre perception du monde change d’un coup. Qu’elles sont longues ces minutes où, dans le fracas des armes, tout le monde cherche à se faire une idée précise de la situation, espérant ne pas entendre ce compte rendu qui tombe comme un couperet : « Blessé, blessé !!! »

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Comment parler en deux mots de nos morts et de nos blessés,  sans tenir de propos sacrilèges ?

Simplement redire que, loin des images hollywoodiennes, la détresse de nos blessés n’est jamais belle. L’héroïsme de nos morts n’est pas de réussir à susurrer quelques mots glorieux à l’oreille d’un camarade à l’instant du trépas. Il est de s’être investi jusqu’au bout, avec forces et faiblesses, pour simplement tenir son rôle parmi ses frères d’arme.

[…] 

« Ne sommes-nous pas devenus fous de croire que l’on peut orienter le destin d’un peuple si fier ? »

La guerre révèle les hommes ou les détruit.

 

Capitaine Jean-Gaël Le Flem, 27e BCA

Préface à « D’ombre de de poussière »

 

 

 

 

 

 

12/11/2013

« E.V.3 - Engagé Volontaire 3 ans », MDL Patrick Camedescasse, artilleur. Ed. Catybou

 

A la mémoire de mon père Francis Broquet, E.V.3, Maréchal des Logis au 421e Régiment d’Artillerie Anti-Aérienne.

 

 

« - Eh bien, Adjudant, qu’avons-nous comme recrues ?

- Oh mon Capitaine, nous en avons de tous les états : des avocats, des savants, des dessinateurs…

- Un tas de feignants et de propre à rien, quoi ! » 

Légende d'une carte-postale humoristique, vers 1900.

 

 

"11 avril 1970, quartier Pajol, Montbéliard. Je suis civil, un sac sur l’épaule. Je quitte l’armée en passant devant le poste de garde. Je sais que je vais le faire… C’est sûr. C’est certain…

Depuis longtemps déjà, dans ma tête, j’avais fait et refait cette sortie. Tout est programmé. Un « bras d’honneur », immense, grandiose, éléphantesque, « mammouthesque », pour extérioriser ma déception de ces trois années en kaki.

Quelque pas encore. Ça y est. J’y suis. Je vais le faire. Je vais le faire…"

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Flashback : nous sommes en 1967. Les cheveux des garçons s’allongent et les jupes des filles raccourcissent. Un Bordelais de 18 ans, Patrick Camedescasse, n’est pas trop fan de l’école. Sa voie semble toute tracée : ouvrier, artisan… mais avant cela, il faut passer une étape incontournable pour un jeune homme, cheveux longs ou pas : le service national. Plutôt que de « glandouiller » en attendant l’appel, Patrick se dit qu’après tout, l’engagement de 3 ans, pourquoi pas…

En dehors des dîners de famille, rares sont ceux qui ont abordé leur service militaire. Alors remercions Catherine, femme de Patrick et son éditrice, d’avoir soutenu la démarche d’écriture de son mari. On peut imaginer les conversations du couple autour de « Mais cela n’intéressera personne !». Et bien si Patrick, cela intéresse. Cela intéresse même beaucoup !

Heureusement donc, Patrick s’est lancé et nous livre avec « E.V.3 » le bien sympathique récit de ses 3 ans d’artilleur dans un régiment d’appelés. Un livre qui se lit avec le sourire aux lèvres, mais qui générera, à n’en point douter, un peu de nostalgie chez les plus anciens d’entre vous.  Ceux-là même qui, un matin, ont ouvert fébrilement une enveloppe contenant  une feuille de route, mentionnant  une date, un régiment, une caserne dans une petite ville de France ou d’Allemagne…

Prenons cette route avec Patrick, pour une sacrée aventure … Cela en était vraiment une.

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A cette époque, Antoine et ses élucubrations faisait des adeptes de cheveux longs (…) Aussi, quel plaisir pour un coiffeur appelé ! Quelques passages de tondeuse et notre chevelure gît aux pieds de l’artiste. S’en suivent des quolibets du style : « J’espère que Monsieur est satisfait, il pourra revenir quand il voudra ! » (…) J’ai alors l’impression, en regardant mes camarades, de me reconnaître. Nous sommes tous semblables.

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La première revue qui nous tombe dessus se nomme « revue du slip sur l’homme ». Imaginez nos têtes lorsque, devant nos lits, en pleine journée, cet ordre nous arrive. Chacun à son tour, nous baissons nos pantalons (…). A l’époque, dans notre paquetage, nos slips sont blancs, mais là, surprise… Il y en a des blancs, des gris, des colorés devant, des colorés derrière, des jaunes bizarres (…) et comble du raffinement, un collègue sans slip. (…) Les ventes de « Génie sans bouillir » montent en flèche. Maintenant, n’ayant pas de récipient adéquat, nous faisons tremper notre lessive dans nos casques lourds…

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Réveil brutal en plein sommeil quand un sous-officier zélé nous fait lever. Il en choisit un au hasard et lui ordonne d’ouvrir son armoire. En principe, nous avons le devoir de ranger correctement nos effets. Tout « au carré », les chemises d’un côté, les treillis de l’autre selon un plan que l’on doit respecter (…) Le plus bordélique de la chambre est désigné. Nous nous attendons au pire et le pire arrive : le sous-officier ouvre la porte de l’armoire et tout le paquetage tombe sur ses pieds.  (…) Les vêtements sont alors jetés par la fenêtre. Tout y passe, treillis, chemises, capotes, slips, chaussettes, chaussures, casque, ceinturon, béret… Fier de son travail, notre homme se retire. Nous sommes écroulés de rire et, pour ma part, j’ai cette image à jamais marquée : La vue du canonnier H déambulant à poil entre le rez-de-chaussée et le deuxième étage pour récupérer son paquetage.

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Le samedi je passe l’appel à minuit et constate que tout le monde est bien présent. Pourtant, vers 2 heures du matin le sous-officier de service désire effectuer un deuxième appel (…) Nous voici donc partis à la recherche de l’éventuel absent qui aurait pu faire le mur. Pour les quatre premières chambres, tout est pour le mieux, mais je sens mon collègue bien réservé sur les chiffres. Entre les permissionnaires, les malades, les gens de garde et les présents, les totaux sont bien difficiles à établir.  Nous entrons dans la dernière pièce et là, après calcul et recalcule  il nous manque deux canonniers, bien présents au dernier appel. Le chef de chambre pense nous embrouiller et nous explique qu’ils sont certainement aux toilettes. Personnellement, je n’y crois guère, mais le sous-officier de permanence, crédule, fonce comme un fou (…) A peine a-t-il tourné les talons que deux canonniers de la chambre d’en face se faufilent et prennent place dans les lits des deux absents.

Je ferme les yeux et dis à mon collègue de contre-appel que le compte est bon et lui explique que je me suis sûrement trompé dans mon premier calcul. Méfiant, il recompte et tombe sur le bon total…

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Les obusiers sont chargés et prêts à cracher, quand soudain l’officier de tir hurle « Halte au feu ! Halte au feu !». Surpris, nous nous exécutons en donnant ordre à nos tireurs de lâcher le cordon de mise à feu. Nous patientons et cherchons des informations sur ce brusque contre ordre. « Des civils sont entrés dans le périmètre de tir et malgré la demande expresse de notre Colonel, ils refusent de déguerpir » nous explique notre Lieutenant. (…) De nouveaux renseignements nous parviennent. La Gendarmerie de Mourmelon, prévenue, a détaché quelques éléments de la brigade afin d’évacuer ces perturbateurs. Raison de leur intrusion : le ramassage d’escargots…

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Un besoin naturel mais pressant me signifie que je vais devoir faire connaissance avec les feuillées du régiment. Je redoute cet instant car j’aime bien mon intimité, espérant une grande solitude. J’accélère le pas, j’entre, personne. Tranquillement je me mets en position de trône et commence à faire ce que je dois.

Et c’est alors que l’impensable se produit, la porte faite de branches et branchages s’ouvre et là, devant moi, mon Capitaine !

« Ah ! Camedescasse, bonjour ! Vous permettez que je vous accompagne ? »

« Euh… Oui mon Capitaine … » 

Et le voilà qui prend place à mes côtés et commence sans complexe à déféquer, tout en me demandant si mes nouvelles fonctions me plaisaient.

« Euh… Oui mon Capitaine… »

Un bruit typique, mais qui n’a rien d’un coup de canon, rend inaudible ma réponse. Et il commence à me parler de la météo, de Nevers, des escargots que l’on peut ramasser dans le coin (…) et me quitte en me souhaitant une bonne journée.

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« Disons-le sans faux-fuyant : cette période s’est révélée formidable d’humanité, d’échanges, de camaraderie. Dans ce brassage hétéroclite de 16 mois, creuset de solidarité et de sociabilité, sont parfois nées des amitiés profondes et durables… »

Patrick Surel, camarade de service de Patrick Camedescasse.

 

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La quille (fin du Service)

Jeunes-gens, n’avez-vous jamais « subi », lors d’un long dîner, les souvenirs de Service du grand-père, du papa, du tonton ? Histoires rabâchées, écoutées poliment, mais qui doivent vous « saouler » un peu. Eh bien la prochaine fois, faites un effort : regardez avec attention ce grand-père, ce papa ou ce tonton, lorsqu’il en aura fini avec sa tirade débutée par « et alors là, le Pitaine… ».  Attachez-vous à son regard. N’y voyez-vous pas l’étincelle de l’émotion ?  Nostalgie de ses 20 ans ? Sans doute un peu, mais cette étincelle existe-t-elle, quand il évoque un souvenir de lycée, de son premier job ? Non, n’est-ce pas. Cela devrait vous interpeller.

Avec la disparition du Service, vous avez raté quelque chose, jeunes-gens, vous avez vraiment raté quelque chose… 

Quant à la France, quelle bêtise elle a fait en supprimant cet outil essentiel de cohésion nationale. Quelle gravissime bêtise.

 

Bravo et merci à Patrick pour cet E.V.3 que nous recommandons sans réserve, dans l’espoir que d’autres appelés et volontaires service long se lanceront à leur tour : il y a tant à raconter.

 

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Prix : 19€ - ISBN 9782953314151 - format 15,5x24 - 208 pages, nombreuses illustrations en couleur et N&B.

 

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Aux éditions Catybou

Pour commander le livre, voir ici.

Cadeau pour vous, lecteurs : En indiquant le code EV3LAPLUME, les frais de port en France métropolitaine sont offerts.

Page FaceBook du livre E.V.3 ici

 

 ***

 

Patrick Camedescasse d+®dicace son livre.JPGEn 1967, devançant l’appel, Patrick Camedescasse s’engage pour 3 ans. Il effectue ses classes au 33e Régiment d’Artillerie de Poitiers. Il rejoint à l’issue l’ENSOA de Saint-Maixent dont il sort Maréchal des Logis. Après son instruction à l’Ecole d’Application de l’Artillerie à Châlons-en-Champagne, il est affecté au 1er RA de Nevers, puis Montbéliard. Il est libéré en 1970. Patrick est marié à Catherine, par ailleurs son éditrice, et père de deux garçons, Christophe qui effectue son service national au 11e Régiment de Cuirassiers, et Jérôme qui y échappera, le service vivant ses dernières années…

 

***

 

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Hommage

A tous les appelés, volontaires service long, engagés volontaires, morts pour la France, morts en service commandé,

avec une pensée particulière pour les appelés du 1er RCP, morts à Beyrouth dans l’attentat du Drakkar,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

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Armés de nos vingt printemps verts,

Artilleurs mes frères,

Aux souvenirs buvons un verre !

 

 

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11 avril 1970, quartier Pajol, Montbéliard. Je suis civil, un sac sur l’épaule. Je quitte l’armée en passant devant le poste de garde. Je sais que je vais le faire… C’est sûr. C’est certain…

Depuis longtemps déjà, dans ma tête, j’avais fait et refait cette sortie. Tout est programmé. Un « bras d’honneur », immense, grandiose, éléphantesque, « mammouthesque », pour extérioriser ma déception de ces trois années en kaki.

Quelque pas encore. Ca y est. J’y suis. Je vais le faire. Je vais le faire…

Je ne le fais pas.

Je me retrouve dehors. La sentinelle ? Je ne la regarde même pas. Je cours. Je pleure. De joie ? D’émotion ?

 

 

 

 

 

 

 

Récit biographique, engagé volontaire, 33e RA, ENSOA, EAA, 1er RA

 

27/10/2013

"Les cloches sonnent aussi à Kaboul", père Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, Ed. EdB

 

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

« Il n’y a pas de difficulté de fond, ni d’impossibilité, de vivre ensemble la vocation chrétienne et la vocation militaire. Si l’on considère ce qu’il est positivement, le service des militaires est une chose très belle, très digne et très bonne. Le cœur de la vocation militaire n’est rien d’autre que la défense des siens. Trouvons le principe explicatif de la participation d’une guerre : si elle est une défense de la partie oppressée, une défense des persécutés, des innocents, une défense  au risque même de sa vie, cette défense peut causer des dommages ou apporter la mort à l’oppresseur. Mais dans ce cas, c’est lui qui en est responsable. »

Jean-Paul II

 

 

« - Tu vois ce gars qui soulève 115kg de fonte ? - Ouais. - A ton avis, c’est qui ? - J’sais pas. Un Légionnaire ? Un Marsouin ? - Et bien non, c’est notre Com Ciel. - Notre quoi ? - Notre Commandement Ciel, notre padre, notre aumônier quoi… »

Cette conversation est fictive, mais s’est peut-être tenue, qui sait, sur une base d’Afrique ou d’Afghanistan… L’armoire à glace dont on parle est le père Jean-Yves Ducourneau, aumônier catholique aux Armées et auteur. Grâce à lui, et après « Dieu désarmé » de notre cher padre Kalka, nous avons la joie d'aborder un nouveau récit d’aumônier : « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ».

 

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« Les cloches sonnent aussi à Kaboul » est le journal de marche du père Ducourneau lors de ses déploiements en Afghanistan, mais il dépasse largement le cadre strictement factuel de la vie d’un aumônier militaire. C’est un livre profond, dense, qui invite à la méditation. Jean-Yves s’expose, se livre, ne cachant en rien ses émotions, même s’il reste homme pudique. Certes, un lecteur anticlérical acharné pourra  rester sourd aux mots de Jean-Yves. Dommage, ce ne sont que mains tendues. Mais ce même lecteur ne pourra nier l’amour  que le padre porte à ses frères d’armes. Ou mieux, à ses fils d’armes…

Quelques extraits.

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L’aumônier militaire que je suis maintenant n’a pas la vocation d’un curé de paroisse. Je suis plus heureux en marchant sur les cailloux acérés d’Afghanistan qu’assis autour d’une table bien cirée du XIX°, en train de remplir les lignes de mon agenda paroissial.

 

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Bénédiction d'un VAB à la demande des soldats

Nous savons bien qu’ici [en Afghanistan], sur cette terre de cailloux rugueux et de sang versé depuis des lustres, la vie est précaire. Lorsque, avant de venir dans ce pays de tous les extrêmes, nous remplissons nos sacs militaires camouflés, entassant tant bien que mal nos rangers et autres treillis de combat, chacun pense à l’éventualité cruelle de ne plus jamais ranger ses affaires au retour, tant ce retour semble incertain, surtout pour les combattants de première ligne, dont la jeunesse innocente me donne parfois beaucoup de signes d’inquiétude et de compassion, comme si j’étais, à ce moment-là, leur père.

Leur père, je le suis, par la grâce de Dieu. Je suis leur padre.

 

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Soudain, dans le fracas de cette matinée que d’aucuns redoutaient, nous déplorions un blessé, le très jeune Caporal Jérôme, du 35e RI, qui sentit siffler dans son dos le projectile 7.62, froid et tueur. Porté par ses copains jusqu’à leur véhicule blindé, il fût rapidement évacué. Puis le service médical, avec à sa tête Xavier, le colonel médecin du 1er RIMa à qui je veux rendre un hommage appuyé, le prit tout de suite en charge. A peine arrivé sur les lieux, Jérôme, que le chef de corps veillait déjà, me reconnut et m’appela : « Ah ! Padre ! ». Ses larmes devinrent discrètement les miennes, son silence devint parole criante en moi et, en retour, ma main devint la sienne.

 

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Photo © Thomas Goisque

Épris de liberté et de grands espaces [il] était maintenant enfermé dans ce cercueil de zinc qui trônait au milieu de l’allée de notre chapelle en bois. Je revois ses camarades, dressés autour de lui, habillés de leurs atours militaires, au garde-à-vous malgré un froid sans nom qui nous saisissait tous de l’intérieur, retenant leurs larmes d’hommes blessés dans leur chair de parachutiste du 35e RAP de Tarbes. Tous semblaient attendre une explication… Je ne leur ai parlé que d’espérance, d’amour et de miséricorde, de fraternité blessée, de soutien nécessaire, de prière, du sens du sacrifice d’une vie donnée pour la mission et du sens de la vie et de la mort que chacun portait en soi… Ces mots dérisoires, je le sais, qui semblent vides et creux à ceux qui touchent de leur doigt la mort d’un frère aimé, étaient pourtant les mots que l’Esprit de Dieu, dans la faiblesse de ma voix, mettait pour eux en mon cœur.

 

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Photo © Thomas Goisque

Aujourd’hui 15 octobre 2010, jour de la fête liturgique de sainte Thérèse d’Avila, celle qui a fait de sa vie un sacrifice éternel pour l’Eglise du Christ, nous avons perdu notre infirmier-major, l’adjudant-chef Thibault Miloche (…). Il vient d’écrire en lettres de sang son nom sur la trop longue liste de plus de 480 noms des soldats de la coalition tombés depuis le début de l’année.

(…) L’hommage que ses frères d’armes lui ont rendu a été à la hauteur du personnage, chaleureux et émouvant. Durant la messe du souvenir que nous avons célébrée à Tora en présence de tous ses amis, j’ai vu une belle et sainte fraternité prendre corps et s’élever comme une offrande vers le Ciel ouvert. Ensuite, durant cette longue procession de frères aux visages graves jusqu’à l’hélicoptère gris qui attendait sur la zone de se poser pour emporter le corps loin de nos yeux embrumés, j’ai entendu la plainte intérieure des cœurs en larmes crier vers le mystère divin qui, soudain, semblait toucher chacun d’entre nous de ses doigts saints.

 

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Mon fils, laisse-moi te dire que sur ta route de militaire, tu rencontreras aussi, et cela quelle que soit ta foi, des aumôniers. Ces étranges personnages qui grenouillent çà et là, dans les compagnies, les services, les postes de garde ou les terrains de manœuvre, qui sont sans armes et sans grades. Ils sont à ton service pour t’aider à grandir, dans ta foi si tu es croyant, ou dans la vie tout simplement, si ta route n’a pas encore croisé Dieu. N’hésite pas à aller vers eux si tu vois qu’ils ne viennent pas vers toi. Ils t’accueilleront comme leur enfant qu’ils ont reçu par la grâce de Dieu et tu pourras leur faire confiance. Ils sont là pour toi, crois-moi sur parole.

Padre Jean-Yves Ducourneau

 

* * *

 

v_auteur_242.jpgLe père Jean-Yves Ducourneau est né en 1960. Elevé pour une grande part en famille d’accueil, une mère lointaine, sa jeunesse est faite d’errance (dont un engagement dans l’armée qui fait long feu), et de quête de soi. Le 1er janvier 1985, il ressent « le besoin d’entrer dans une église », et se lie d’amitié puis d’affection avec le prêtre. C’est dès lors un tout autre cap qui est donné  à sa vie. Il entre au séminaire, en ressort ordonné en 2004. Mais ce n’est pas un homme de paroisse. D’abord aumônier des prisons, c’est vers l’armée qu’il se tourne en 1996. Il devient aumônier militaire, rattaché à la base aérienne de Mont-de-Marsan, dans sa Gascogne qu’il aime tant. Dès lors vient le temps des OPEX : Tchad, Ex-Yougoslavie, RCA, Côte d’Ivoire, Liban, deux déploiements en Afghanistan...  Prêtre de la Mission de Saint-Vincent-de-Paul, il est auteur de plusieurs livres : « Les cloches sonnent toujours à Kaboul », « L’autre combat », « Jésus, l’église et les pauvres », et de nombreux essais sur Saint-Vincent.  Figure de l’armée, le padre Ducourneau allie physique d’haltérophile et profonde spiritualité. Il revendique le surnom de « Com Ciel » [Commandement Ciel] donné aux aumôniers, et s’amuse de son sang O+,  qu’il lit « Ô Croix », comme manifestation de l’humour de Dieu. Le père Ducourneau est actuellement aumônier de l’ENSOA de Saint-Maixent.

Le padre Ducourneau en "live"

 

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Prix : 17,20€ - ISBN 978-284024-398-4 – Format 13,5x21, 376 pages

 

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Disponibles aux Editions des Béatitudes/EdB ici.

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Les aumôniers dans votre bibliothèque militaire

Non exhaustif 

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Du même père Ducourneau : « L’autre combat », essai sur la reconstruction humaine après des blessures visibles ou invisibles. Disponible chez EdB ici.

Une Plume pour l'Epée abordera prochainement ce livre.

 

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Incontournable, « Dieu désarmé » du padre Richard Kalka. Nous avons abordé ce récit formidable ici.

Disponible chez l’éditeur Little Big Man ici.

 

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Pour les fans d'histoire : « L’aumônier militaire d’Ancien Régime - La vie du prêtre aux Armées des guerres de Religion à la Première République (1568-1795) », par le père Robert Poinard, vicaire général du diocèse aux Armées.

Aux éditions L’Harmattan, disponible ici.

 

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Pour les fans d’uniformes : « Insignes et tenues des aumôniers militaires français depuis 1852 », par Dominique et Marie-Claude Henneresse.

Aux éditions ETAI, disponible ici.

 

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A venir : "Un prêtre à la guerre" du padre Christian Venard. Rattaché au 17e RGP de Montauban, il était sur les lieux après la tuerie opérée par Mohammed Merah et est accouru pour accompagner le jeune CPL Abel Chennouf dans la mort.

Parution début décembre aux Ed. Taillandier. Peut être commandé ici.

 

Autres confessions 

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« Soldats de la parole », ouvrage collectif sous la direction du grand rabbin Haïm Korsia.

Publié par l’Aumônerie Israélite des Armées. Disponible ici.

 

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« Aumônier en Algérie », Journal du pasteur Caumont, aumônier protestant.

Chez Ampelos Editions. Disponible ici.

 

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Pour contacter toutes les aumôneries, voir ici.

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Hommage

Au CNE Patrice Sonzogni, 35e RAP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’ICS Thibaut Miloche, 126e RI, mort pour la France en Afghanistan,

A tous les morts pour la France en Afghanistan,

Aux blessés, tant dans leur physique que dans leur psychisme.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

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Il est des endroits où les cloches telles qu’on les connaît, jolies, polies et bien arrondies, sont inexistantes. C’est pourquoi, avec l’habilité et l’ingéniosité de bon nombre de soldats, on arrivait à fabriquer des cloches avec les moyens du bord (…) Une douille d’obus peut ainsi avoir une seconde vie beaucoup plus pacifique que la première !

Cependant, une chose reste pour moi une évidence humaine et pastorale : quelle que soit la matière dans laquelle la cloche est fondue, elle ne sonnera jamais juste tant que les souffrances des pays traversés seront  sur sa portée musicale. Aucune mélodie harmonieuse ne pourra danser dans le vent de Dieu tant que les droits les plus élémentaires des pauvres, des veuves, des enfants, des personnes âgées et des malades de toutes les régions du monde dans lesquelles nos soldats sont envoyés seront bafoués par des conflits fratricides dus au péché de l’homme, à son arrogance, son insolence, son goût du pouvoir et son amour de l’argent.

Padre Jean-Yves Ducourneau

 

 

 

 

Aumônier des armées, récit biographique, journal de marche, Afghanistan