Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/10/2013

"Les cloches sonnent aussi à Kaboul", père Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, Ed. EdB

 

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

« Il n’y a pas de difficulté de fond, ni d’impossibilité, de vivre ensemble la vocation chrétienne et la vocation militaire. Si l’on considère ce qu’il est positivement, le service des militaires est une chose très belle, très digne et très bonne. Le cœur de la vocation militaire n’est rien d’autre que la défense des siens. Trouvons le principe explicatif de la participation d’une guerre : si elle est une défense de la partie oppressée, une défense des persécutés, des innocents, une défense  au risque même de sa vie, cette défense peut causer des dommages ou apporter la mort à l’oppresseur. Mais dans ce cas, c’est lui qui en est responsable. »

Jean-Paul II

 

 

« - Tu vois ce gars qui soulève 115kg de fonte ? - Ouais. - A ton avis, c’est qui ? - J’sais pas. Un Légionnaire ? Un Marsouin ? - Et bien non, c’est notre Com Ciel. - Notre quoi ? - Notre Commandement Ciel, notre padre, notre aumônier quoi… »

Cette conversation est fictive, mais s’est peut-être tenue, qui sait, sur une base d’Afrique ou d’Afghanistan… L’armoire à glace dont on parle est le père Jean-Yves Ducourneau, aumônier catholique aux Armées et auteur. Grâce à lui, et après « Dieu désarmé » de notre cher padre Kalka, nous avons la joie d'aborder un nouveau récit d’aumônier : « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ».

 

Ducorneau.jpg

« Les cloches sonnent aussi à Kaboul » est le journal de marche du père Ducourneau lors de ses déploiements en Afghanistan, mais il dépasse largement le cadre strictement factuel de la vie d’un aumônier militaire. C’est un livre profond, dense, qui invite à la méditation. Jean-Yves s’expose, se livre, ne cachant en rien ses émotions, même s’il reste homme pudique. Certes, un lecteur anticlérical acharné pourra  rester sourd aux mots de Jean-Yves. Dommage, ce ne sont que mains tendues. Mais ce même lecteur ne pourra nier l’amour  que le padre porte à ses frères d’armes. Ou mieux, à ses fils d’armes…

Quelques extraits.

padre 1.JPG

L’aumônier militaire que je suis maintenant n’a pas la vocation d’un curé de paroisse. Je suis plus heureux en marchant sur les cailloux acérés d’Afghanistan qu’assis autour d’une table bien cirée du XIX°, en train de remplir les lignes de mon agenda paroissial.

 

DSC01860.JPG

Bénédiction d'un VAB à la demande des soldats

Nous savons bien qu’ici [en Afghanistan], sur cette terre de cailloux rugueux et de sang versé depuis des lustres, la vie est précaire. Lorsque, avant de venir dans ce pays de tous les extrêmes, nous remplissons nos sacs militaires camouflés, entassant tant bien que mal nos rangers et autres treillis de combat, chacun pense à l’éventualité cruelle de ne plus jamais ranger ses affaires au retour, tant ce retour semble incertain, surtout pour les combattants de première ligne, dont la jeunesse innocente me donne parfois beaucoup de signes d’inquiétude et de compassion, comme si j’étais, à ce moment-là, leur père.

Leur père, je le suis, par la grâce de Dieu. Je suis leur padre.

 

JYDucourneau.jpg 

Soudain, dans le fracas de cette matinée que d’aucuns redoutaient, nous déplorions un blessé, le très jeune Caporal Jérôme, du 35e RI, qui sentit siffler dans son dos le projectile 7.62, froid et tueur. Porté par ses copains jusqu’à leur véhicule blindé, il fût rapidement évacué. Puis le service médical, avec à sa tête Xavier, le colonel médecin du 1er RIMa à qui je veux rendre un hommage appuyé, le prit tout de suite en charge. A peine arrivé sur les lieux, Jérôme, que le chef de corps veillait déjà, me reconnut et m’appela : « Ah ! Padre ! ». Ses larmes devinrent discrètement les miennes, son silence devint parole criante en moi et, en retour, ma main devint la sienne.

 

DSC01861.JPG

Photo © Thomas Goisque

Épris de liberté et de grands espaces [il] était maintenant enfermé dans ce cercueil de zinc qui trônait au milieu de l’allée de notre chapelle en bois. Je revois ses camarades, dressés autour de lui, habillés de leurs atours militaires, au garde-à-vous malgré un froid sans nom qui nous saisissait tous de l’intérieur, retenant leurs larmes d’hommes blessés dans leur chair de parachutiste du 35e RAP de Tarbes. Tous semblaient attendre une explication… Je ne leur ai parlé que d’espérance, d’amour et de miséricorde, de fraternité blessée, de soutien nécessaire, de prière, du sens du sacrifice d’une vie donnée pour la mission et du sens de la vie et de la mort que chacun portait en soi… Ces mots dérisoires, je le sais, qui semblent vides et creux à ceux qui touchent de leur doigt la mort d’un frère aimé, étaient pourtant les mots que l’Esprit de Dieu, dans la faiblesse de ma voix, mettait pour eux en mon cœur.

 

601719_542620012445955_1847087740_n.jpg

Photo © Thomas Goisque

Aujourd’hui 15 octobre 2010, jour de la fête liturgique de sainte Thérèse d’Avila, celle qui a fait de sa vie un sacrifice éternel pour l’Eglise du Christ, nous avons perdu notre infirmier-major, l’adjudant-chef Thibault Miloche (…). Il vient d’écrire en lettres de sang son nom sur la trop longue liste de plus de 480 noms des soldats de la coalition tombés depuis le début de l’année.

(…) L’hommage que ses frères d’armes lui ont rendu a été à la hauteur du personnage, chaleureux et émouvant. Durant la messe du souvenir que nous avons célébrée à Tora en présence de tous ses amis, j’ai vu une belle et sainte fraternité prendre corps et s’élever comme une offrande vers le Ciel ouvert. Ensuite, durant cette longue procession de frères aux visages graves jusqu’à l’hélicoptère gris qui attendait sur la zone de se poser pour emporter le corps loin de nos yeux embrumés, j’ai entendu la plainte intérieure des cœurs en larmes crier vers le mystère divin qui, soudain, semblait toucher chacun d’entre nous de ses doigts saints.

 

DSC01859.JPG

Mon fils, laisse-moi te dire que sur ta route de militaire, tu rencontreras aussi, et cela quelle que soit ta foi, des aumôniers. Ces étranges personnages qui grenouillent çà et là, dans les compagnies, les services, les postes de garde ou les terrains de manœuvre, qui sont sans armes et sans grades. Ils sont à ton service pour t’aider à grandir, dans ta foi si tu es croyant, ou dans la vie tout simplement, si ta route n’a pas encore croisé Dieu. N’hésite pas à aller vers eux si tu vois qu’ils ne viennent pas vers toi. Ils t’accueilleront comme leur enfant qu’ils ont reçu par la grâce de Dieu et tu pourras leur faire confiance. Ils sont là pour toi, crois-moi sur parole.

Padre Jean-Yves Ducourneau

 

* * *

 

v_auteur_242.jpgLe père Jean-Yves Ducourneau est né en 1960. Elevé pour une grande part en famille d’accueil, une mère lointaine, sa jeunesse est faite d’errance (dont un engagement dans l’armée qui fait long feu), et de quête de soi. Le 1er janvier 1985, il ressent « le besoin d’entrer dans une église », et se lie d’amitié puis d’affection avec le prêtre. C’est dès lors un tout autre cap qui est donné  à sa vie. Il entre au séminaire, en ressort ordonné en 2004. Mais ce n’est pas un homme de paroisse. D’abord aumônier des prisons, c’est vers l’armée qu’il se tourne en 1996. Il devient aumônier militaire, rattaché à la base aérienne de Mont-de-Marsan, dans sa Gascogne qu’il aime tant. Dès lors vient le temps des OPEX : Tchad, Ex-Yougoslavie, RCA, Côte d’Ivoire, Liban, deux déploiements en Afghanistan...  Prêtre de la Mission de Saint-Vincent-de-Paul, il est auteur de plusieurs livres : « Les cloches sonnent toujours à Kaboul », « L’autre combat », « Jésus, l’église et les pauvres », et de nombreux essais sur Saint-Vincent.  Figure de l’armée, le padre Ducourneau allie physique d’haltérophile et profonde spiritualité. Il revendique le surnom de « Com Ciel » [Commandement Ciel] donné aux aumôniers, et s’amuse de son sang O+,  qu’il lit « Ô Croix », comme manifestation de l’humour de Dieu. Le père Ducourneau est actuellement aumônier de l’ENSOA de Saint-Maixent.

Le padre Ducourneau en "live"

 

9782840243984 (1).jpg

Prix : 17,20€ - ISBN 978-284024-398-4 – Format 13,5x21, 376 pages

 

1.gif

Disponibles aux Editions des Béatitudes/EdB ici.

***

IBO00AUCQ0z1WEB.jpg 

Les aumôniers dans votre bibliothèque militaire

Non exhaustif 

9782840244523.jpg

Du même père Ducourneau : « L’autre combat », essai sur la reconstruction humaine après des blessures visibles ou invisibles. Disponible chez EdB ici.

Une Plume pour l'Epée abordera prochainement ce livre.

 

Kalka.png

Incontournable, « Dieu désarmé » du padre Richard Kalka. Nous avons abordé ce récit formidable ici.

Disponible chez l’éditeur Little Big Man ici.

 

932988974_L.jpg

Pour les fans d'histoire : « L’aumônier militaire d’Ancien Régime - La vie du prêtre aux Armées des guerres de Religion à la Première République (1568-1795) », par le père Robert Poinard, vicaire général du diocèse aux Armées.

Aux éditions L’Harmattan, disponible ici.

 

insignes-tenues-des-aumoniers-militaires-francais.jpg

Pour les fans d’uniformes : « Insignes et tenues des aumôniers militaires français depuis 1852 », par Dominique et Marie-Claude Henneresse.

Aux éditions ETAI, disponible ici.

 

51w5h6johRL._SY445_.jpg

A venir : "Un prêtre à la guerre" du padre Christian Venard. Rattaché au 17e RGP de Montauban, il était sur les lieux après la tuerie opérée par Mohammed Merah et est accouru pour accompagner le jeune CPL Abel Chennouf dans la mort.

Parution début décembre aux Ed. Taillandier. Peut être commandé ici.

 

Autres confessions 

couv entiere (1).jpg

« Soldats de la parole », ouvrage collectif sous la direction du grand rabbin Haïm Korsia.

Publié par l’Aumônerie Israélite des Armées. Disponible ici.

 

11209.jpg

« Aumônier en Algérie », Journal du pasteur Caumont, aumônier protestant.

Chez Ampelos Editions. Disponible ici.

 

aumoneries.JPG

Pour contacter toutes les aumôneries, voir ici.

***

 

micloche 2.jpg 

Hommage

Au CNE Patrice Sonzogni, 35e RAP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’ICS Thibaut Miloche, 126e RI, mort pour la France en Afghanistan,

A tous les morts pour la France en Afghanistan,

Aux blessés, tant dans leur physique que dans leur psychisme.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

1080445_8347108-reg03-20101013-t114a.jpg

Il est des endroits où les cloches telles qu’on les connaît, jolies, polies et bien arrondies, sont inexistantes. C’est pourquoi, avec l’habilité et l’ingéniosité de bon nombre de soldats, on arrivait à fabriquer des cloches avec les moyens du bord (…) Une douille d’obus peut ainsi avoir une seconde vie beaucoup plus pacifique que la première !

Cependant, une chose reste pour moi une évidence humaine et pastorale : quelle que soit la matière dans laquelle la cloche est fondue, elle ne sonnera jamais juste tant que les souffrances des pays traversés seront  sur sa portée musicale. Aucune mélodie harmonieuse ne pourra danser dans le vent de Dieu tant que les droits les plus élémentaires des pauvres, des veuves, des enfants, des personnes âgées et des malades de toutes les régions du monde dans lesquelles nos soldats sont envoyés seront bafoués par des conflits fratricides dus au péché de l’homme, à son arrogance, son insolence, son goût du pouvoir et son amour de l’argent.

Padre Jean-Yves Ducourneau

 

 

 

 

Aumônier des armées, récit biographique, journal de marche, Afghanistan

19/10/2013

« Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français », Nicolas Mingasson, écrivain-photographe intégré au 21e RIMa, Ed. Acropole

 

Extraits et photos © Nicolas Mingasson [sauf mention contraire], publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Droits réservés.

 

 

Cette chronique est dédiée à Mme Monique Panezyck, maman du CCH Jean-Nicolas Panezyck, 21e RIMa, mort pour la France le 23 août 2010 en Afghanistan. Avec notre affection.

 

 

"La première victime de la guerre, c'est toujours la vérité" 

Rudyard Kipling, écrivain britannique.

 

La fraternité militaire fait souvent preuve d’amertume lorsqu’elle évoque la société civile : incompréhension sur le sens de son engagement, indifférence envers ses sacrifices… Et pourtant, il existe une poignée de ces civils qu’il convient de mettre à part : Un beau matin, ils ont frappé à la porte du Ministère de la Défense. Comme les soldats, ils ont dû prouver leur force, physique et mentale. Comme les soldats, ils ont fait leurs bagages. Comme les soldats ils ont serré dans leurs bras femme, enfants, proches, en leur disant : « Ne vous inquiétez pas, je serai prudent ». Comme les soldats, ils se sont envolés vers des pays où règne le fracas des armes. Mais, contrairement aux soldats, ils n’emportaient qu’appareils photo, stylos et pc portables.

Ils s’appellent Yves, Sébastien, José, Alphonse, Thomas, Sylvain, Bertrand… Ils s’appellent aussi Nicolas Mingasson.

Ce sont des reporters, des photographes, des écrivains, qui loin d’un travail journalistique d’opportunité, ont décidé d’accompagner nos troupes sur le long terme.

Et s’ils n'ont pas été en mesure d’apporter leur soutien aux soldats sur le terrain, c’est au retour qu’ils l'ont fait, en témoignant du sens de leur engagement, de leurs sacrifices…

R Mingasson dedicace.jpg

« Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français » est avant tout l’histoire d’une rencontre : celle de Nicolas Mingasson et du Sergent Christophe Tran Van Can, 21° RIMa. Ce dernier s’est porté volontaire pour « accueillir » Nicolas, au grand dam (dans un premier temps) des hommes de sa section.

Durant toute l’année 2010, le photographe-écrivain collera aux basques du Sergent, partageant toute la vie des Marsouins, entraînements, patrouilles, chambrées…

De cette « vie commune » naissent « Journal d’un soldat français en Afghanistan », témoignage de Christophe écrit avec le soutien de Nicolas et « Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français », propre ressenti de Nicolas, accompagné de ses photos. Un livre fort, superbement écrit et illustré, très facile d’accès, donc particulièrement conseillé aux non-initiés.

C’est dans un premier temps sur le second ouvrage que nous nous penchons, mais nous reviendrons évidemment sur le premier.

 DSC01712.JPG Le Sergent Christophe Tran Van Can, 21e RIMa, Fréjus

Ils sont ailleurs. Pas seulement loin, mais véritablement dans un ailleurs ; un autre monde qui ne partage rien avec celui où je me trouve : la France estivale des vacances, la France des courses au supermarché, du cinéma, de l’usine ou du bureau… Et je me surprends souvent à penser à eux, au détour d’un rayon ou au comptoir d’un café. 

A lui seul, ce paragraphe justifie le sous-titre choisi par Nicolas : « La guerre inconnue des soldats français ». Car qui peut prétendre connaître cette guerre ? Les combattants, les Afghans, quelques initiés, dont Nicolas. Mais le Français moyen ? Comment pourrait-il connaître cette guerre ? Quelques secondes au journal télévisé, et encore, lorsqu’un homme est tombé ; quelques reportages, souvent bons, mais en 2nde partie de soirée...

La guerre est, pour celui qui ne la subit pas, une inconnue. Qui peut mesurer le degré d’abnégation des soldats ? De leurs proches ? Qui peut imaginer le stress, l’épuisement, la crasse et la peur ? Qui peut imaginer le résultat d’un attentat suicide ? Voit-on des morts ? Voit-on des jambes arrachées ? Entendons-nous les cris du copain blessé ?

Inconnue la guerre, et celle-là plus encore : l’Afghanistan, pays lointain géographiquement, culturellement… l’Afghanistan, si éloigné des préoccupations des français…

Alors, on oublie ? On passe à autre chose ? Non. Douze ans de guerre, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes déployés, 88 tués, des centaines de blessés dans leur chair, dans leur psychisme, des familles meurtries, des soldats qui se sentent incompris, quantité négligeable de la république, après tant de sacrifices… Il ne faut pas passer à autre chose. On lit le livre de Nicolas, pour que ne nous soit plus si inconnu ce qu’endurent ces jeunes gens, envoyés au bout du monde, parfois vers la mort. Car ne l’oublions pas, le soldat a certes choisi le métier des armes, mais il est envoyé au combat par nous et pour nous

capture_decran_2012-04-24_a_12.29.15.png

Impatients comme des fauves en cage, ils rêvent d’y être déjà, mais voudraient aussi pouvoir reculer le jour de la séparation [d’avec leurs familles]. Ces semaines d’entrainement sont pour eux des voleuses de temps qui les séparent encore des vallées poussiéreuses et brûlantes d’Alasay et de Bedraou.

Ici, rien ne va changer. Mois après mois, les mêmes personnes se promèneront sur les mêmes plages, emprunteront le même tronçon d’autoroute pour rentrer du travail. Et, cet été, les vacances seront joyeuses et reposantes. Mais pour eux ?

Ce soir, ils ne s’extraient pas seulement physiquement du monde commun. Ils en sortent aussi psychologiquement. Même s’ils n’en ont pas encore conscience, ils vont au-devant de l’indicible, de l’inénarrable.

DSC01713.JPG

Ils vont passer des heures sous la tente à se préparer, à s’équiper (…) Je suis littéralement fasciné par leur souci du détail. Ils peuvent passer dix minutes à se demander si telle poche aura mieux sa place à droite ou à gauche, si elle n’est pas trop basse, si le câble de la radio ne gênera pas un mouvement ou ne risquera pas d’être arraché. Ils en discutent ensemble, observent comment fait  le copain. Ils essaient, défont ce qu’ils viennent de faire, recommencent encore et encore jusqu’à ce que cela leur convienne parfaitement.

capture_decran_2012-04-24_a_12.28.06.png

Dans quelques heures, un foyer américain pleurera son soldat, quelque part en Alabama ou en Arizona. A moins que cela soit au Kansas. Du Black Hawk qui vient de se poser, des Marines extraient le corps d’un soldat. Soudain, le temps se fige autour de nous, les pales de l’hélico semblent tourner dans un vide immense et silencieux. Plus rien n’a d’importance que ce soldat qui ne rentrera pas à la maison. Autour de moi, les gars se redressent un à un et se mettent au garde à vous. Un soldat reconnaît un autre soldat. (…) La réalité du monde extérieur vient de leur sauter à la gueule, comme une vague submerge une digue. Et c’est peu dire que l’ambiance n’est plus la même. Peu à peu, les gars s’enfoncent dans leurs pensées (…) ils sont secoués et se mettent à gamberger. C’est Christophe qui finit par sortir la section de sa torpeur, balançant une énorme connerie à Guigui. Il a réussi son coup, les gars reprennent le dessus.

Je commence à comprendre que l’une de leurs forces est de savoir dresser des barrières autour de leurs émotions pour se concentrer sur l’essentiel : la mission. Et je continuerai à découvrir, dans les mois qui vont suivre, la force de caractère, la volonté que cela exige d’eux.

capture_decran_2012-04-24_a_12.28.50.png

Impossible d’y pénétrer du regard. C’est à pied qu’il faut s’y enfoncer pour la découvrir. Les chemins qui la parcourent sont étroits et bordés de murets en terre, si bien qu’il est impossible d’y circuler avec des blindés. Leur sentiment d’oppression ne fait que croître à mesure qu’ils s’y infiltrent. C’est un véritable labyrinthe au milieu duquel la population les observe. Les visages sont impénétrables, dénués de toute émotion apparente. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Comment le sauraient-ils ? Un seul rôle est clair, celui des soldats. Et ils sont la seule cible non seulement visible mais clairement identifiée. En face d’eux, au contraire, tout est trouble, c’est un véritable brouillard. Insurgé ? Paysan ? Informateur ? Les deux à la fois ? Ca gamberge sévère…

Je comprends leur frustration. Des mois, des années de préparation, un armement comme ils n’en ont jamais eu, l’envie de « faire le boulot ». Ils sont jeunes, téméraires, tout en muscles et bourrés d’hormones. Ils n’ont peur de rien, sûrs d’eux et de leur technique. Ils ont un côté chiens fous mais ne sont pas dupes,  il ne s’agit pas de jouer avec le feu. « On fait les malins à vouloir y aller, mais c’est vrai que c’est complètement con. Quand on reviendra avec un gars dans un sac ou avec une patte en moins, on fera moins les finauds. » Mais c’est plus fort qu’eux ! L’envie de vivre l’emporte sur l’envie de survivre. Et vivre, pour eux, à 400 mètres des positions insurgées, c’est combattre. 

DSC01714.JPG

La peur est une émotion qui se maîtrise. C’est même pour beaucoup la définition même du courage. La contenir au point de pouvoir repartir de l’avant en sachant que  les insurgés sont dans la zone, qu’un copain est entre la vie et la mort. Etre capable de sortir d’une ruelle, de s’exposer pour récupérer P, de le mettre à couvert et lui sauver la vie. Quand je leur parle de courage, ils me répondent : «  On fait notre job », « N’importe quel gars ici ferait la même chose ». Ces dialogues sont à l’image de ce qu’ils sont : des garçons ordinaires qui, par les valeurs qu’ils ont acquises, par la cohésion qu’ils ont développée et par les situations auxquelles ils sont confrontés, sont capables d’accomplir des actes réellement héroïques.

capture_decran_2012-04-24_a_12.28.29.png

Il faut de la rage pour sortir de là, une force venue de loin, quelque chose d’animal, de vital. Les uns après les autres, les gars se lancent en tirant une rafale vers la zone des insurgés. Et, dans un même mouvement, toute la compagnie fait corps autour d’eux, en faisant pleuvoir un déluge de plomb sur les talibans. Les poumons en feu les jambes tremblantes, il faut avancer encore et encore. Vingt mètres, dix mètres, cinq mètres… et pouvoir plonger, enfin, de l’autre côté du muret protecteur (…)

Cette journée qu’ils me racontent au mois de septembre, près de deux mois plus tard, est encore toute fraiche dans leur esprit. Il reste dans leur voix des accents d’excitation, de plaisir d’avoir vécu ensemble ces moments extrêmement forts et puissants. D’en être sortis vivants aussi. Quand je les avais quittés fin juin, trois jours seulement avant cette journée de combat autour du pont de Tagab, l’expression « frères d’armes » sonnait creux pour eux. Plus maintenant.

DSC01716.JPG

Fin de la garde. Prendre les ordres auprès de l’adjudant Cédric. Les transmettre aux gars du groupe. Au programme du lendemain : protection d’une action CIMIC [civilo-militaire] à Shekut. Départ à 5 heures du matin. Les gars ont à peine dormi la nuit précédente, ils sont crevés. Déjà 22 heures. La douche, l’ordinaire ? L’ordinaire en premier ; à cette heure, il ne devrait pas y avoir encore trop de queue. La douche et enfin son box. Peut-être un tour au foyer pour acheter quelques barres de céréales ou des cigarettes… Ils auraient bien aimé passer un coup de fil en France, mais le réseau est coupé depuis plusieurs heures déjà. Quant à la salle Internet, où il faudra peut-être attendre une bonne demi-heure, peu y pensent. Se coucher. Dormir.

DSC01718.JPG

Mais Panezyck ne rejoindra pas l’autre rive. Il s’écroule au bout de quelques mètres, fauché par un tir précis. A quelques dizaines de mètres de lui, un insurgé l’a regardé s’élancer et courir. Et a décidé qu’il ne passerait pas. Pourquoi lui et pas un autre ? Mauvaise question, sans réponse (…) Quelques secondes plus tard, le lieutenant Mezzasalma s’élance au secours de Panezyck alors que tout autour de lui les hommes ouvrent le feu en direction de la zone d’où proviennent les tirs. C’est un acte d’un courage insensé, qui touche à ce qu’il y a de plus sacré entre tous les soldats : être capable de donner sa vie pour les autres. Touché à son tour alors qu’il rejoint le corps de Panezyck, il se bat jusqu’au dernier souffle, tirant ses dernières balles avec son arme de poing. 

DSC01717.JPG 

En raccrochant, je ne peux m’empêcher de m’en vouloir de ne pas être là-bas. C’est un sentiment étrange, difficile à cerner. Un mélange d’empathie et de cohésion avec un groupe au milieu duquel j’évolue depuis des mois. Mais je m’en veux aussi de ne pas y être pour capter ces moments dramatiques qui témoignent de leur engagement. Nous avions plusieurs fois évoqué cette question : devrais-je prendre ou non des photos si l’un d’eux venait à être tué ou blessé. Tous me répondaient que « Oui, évidemment, il faudra que tu fasses des photos ! » Ne pas montrer jusqu’où ils sont prêts à aller leur semblait être une forme de trahison. Mieux, ils ne comprennent pas ou n’acceptent pas la pudeur de leurs chefs et des politiques qui veulent donner à leur guerre un visage qu’elle n’a pas, sans morts ni blessés.

DSC01719.JPG

F est déjà nostalgique à l’idée de quitter l’Afghanistan : « Après, c’est sûr, on ne fera que de la merde. »

Je le retrouve plusieurs fois le regard perdu vers la vallée de Bedraou.

Que lui dire ?

2013 : Des éléments du 21e RIMa sont déployés au Mali, dans le cadre de l’Opération Serval. Ils forment le 1er Groupement Tactique Inter Armes avec des unités du 2e RIMa, du 1er RHP, du 3e RAMa, du 6e RG, du 3e RPIMa, du 1er REC et du CPA 20.

Le 28 janvier, après un raid blindé aux côtés de l’armée malienne, ils s’emparent de Tombouctou.

***

6a0120a54649a2970c014e8815d182970d-800wi.jpg 

Nicolas Mingasson

 

Voilà, « Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français » est refermé.

Alors, me direz-vous, le lecteur connait-il désormais cette guerre ? Et bien non, elle restera pour lui, à jamais, une inconnue, puisqu’il n’est ni combattant, ni civil afghan.

Et pourtant, Nicolas a magnifiquement réussi son projet. Son livre est un incontournable, rejoignant le panthéon des grands récits sur l’engagement français en Afghanistan.

Contradictoire ? Non, car pour le lecteur, quelque chose de formidable ne lui sera plus inconnu, et là est l’essentiel :

Grâce à Nicolas, le lecteur connait désormais les hommes qui font cette guerre pour lui.

 

Vidéo de Nicolas réalisée en 2010. Retrouvez le Sergent Tran Van Can et les Marsouins du 21e en "live", entre action et émotion.

 

6a0120a54649a2970c014e8815d264970d-800wi.jpg

Nicolas Mingasson

A Nicolas : Merci pour ton accueil, merci pour Christophe, merci pour Lorenzo et Jean-Nicolas, merci pour eux tous.

 

***

Nicolas.JPGNé en 1967, Nicolas Mingasson tombe tout jeunot dans la photo de guerre, inspiré par les Don McCullin et autres Gilles Caron. Reporter à Gamma et France soir, il couvre en 1993 le conflit bosniaque. Il se passionne également pour le monde polaire : expédition à ski au Pôle Nord en 1995, 6 mois dans l’Arctique russe en 2008.  C’est à cette occasion qu’il exploite ses talents d’écrivain et publie  « Terre des Pôles » en 2008 puis  « Sentinelles de l’Arctique » en 2009.

En 2010, Nicolas sollicite l’armée français. Il soumet  un projet précis : suivre un unique soldat pendant un an, raconter « les hauts comme les bas », parler du soldat, mais aussi de l’homme qui se cache derrière : mari, père de famille… Ce projet a certainement fait débat, mais Nicolas est finalement autorisé à suivre le Sergent Christophe Tran Van Can, du 21e RIMa, évidemment volontaire. Partageant les mêmes piaules, vivant au rythme exact du groupe, participant à tous les entraînements, Nicolas rejoint à trois reprises les marsouins en Afghanistan dans leur base de Tagab en Kapisa. Il est présent lors du désengagement du régiment, vers Kaboul puis la France. De cette « expérience » naît « Journal d’un soldat français en Afghanistan » co-écrit avec le sergent Tran Van Can (Ed. Plon), puis en 2012 « Afghanistan - La guerre inconnue des soldats français », où il livre son propre ressenti, accompagné de ses photos.

Nicolas vit entre Paris et Sarajevo, est marié et père de trois enfants.

9782259214681.jpg

« Journal d’un soldat français en Afghanistan » a reçu en 2011 la mention spéciale du prix de l’Armée de Terre Erwan Bergot, le prix Grand Témoin de la France Mutualiste et le prix de la Saint-Cyrienne, association des élèves et anciens élèves de l’ESM, en 2012. Bien entendu, Une Plume pour l'Epée abordera prochainement ce récit.

***

CVT_Afghanistan--La-guerre-inconnue-des-soldats-franc_7196 (2).jpeg

Prix : 21€ - Format 19x26 - 192 pages, tout couleur, ISBN 978-2-7357-0664-7 

acropole1.jpeg

Aux éditions Acropole

Livre disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le Net.

Site de Nicolas Mingasson ici

 

***

 

Logo-21e-RIMa.jpg

Hommage

21erima-20100823.jpg

Au Capitaine  Lorenzo  Mezzasalma, 21e RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Jean-Nicolas Panezyck, 21e RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Aux Marsouins du 21e morts pour la France,

Aux blessés. 

 

panezyck R.jpg 

Photos © AB

Ces deux vitrines, présentées lors de l’exposition « 45 ans d’opérations extérieures », hôtel de ville de Versailles en 2013, sont composées des décorations et objets personnels du CCH Panezyck, prêtés par sa mère.

soldats-fran-ais-tu-s-en-afghanistan_649101.jpg

Mme Monique Panezyck, dans la chambre de son fils à Versailles. © JP Guilloteau/L'Express

 

Les soldats français qui se sont battus et qui se battent toujours en Afghanistan ne regrettent rien de leurs choix et de leur engagement. Ils sont même, pour l’immense majorité d’entre eux, fiers et heureux d’avoir rempli la mission que la France leur a confiée. Mais ils sont amers. Amers du manque de reconnaissance de la nation française. Ils rêvent de drapeaux agités à leur retour, d’un peu plus que les trente secondes traditionnelles consacrées par le journal télévisé de 20 heures lors du décès d’un des leurs. Ils rêvent d’une nation qui les soutienne, d’une nation qui reconnaisse les sacrifices qu’ils font pour elle.

Nicolas Mingasson

 

drapeaux.jpg 

Ceci n'est qu'une image virtuelle. Mais ne vous y trompez pas, soldats, elle est le reflet du cœur d'une multitude de Français.

Vous les trouvez trop silencieux ? Vous avez raison. Mais prêtez l'oreille :

Pour toutes celles et ceux qui lisent ce texte, vous n'êtes pas des inconnus, et ils vont s'adresser à vous, en prononçant ce mot avec nous :

Merci !

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

 

 

 

 Livre, photos sur les Marsouins en Afghanistan, 21e RIMa

06/10/2013

« La guerre vue du ciel », LCL Marc Scheffler, EC 3/3 « Ardennes », EC 2/3 « Champagne », Ed. Nimrod

 

Extraits et photos publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

 

Porté par ma fougue, je n’ai qu’une envie : être projeté au cœur de l’action. Non pas pour participer de façon obscène à une guerre et son cortège de drames humains effroyable, ni pour la gloire de quelques médailles. Mais un sentiment profond d’injustice me pousse à vouloir combattre pour une cause qui me parait juste. On n’embrasse pas une carrière sous les drapeaux, qui plus est en risquant sa peau au quotidien dans une machine à tuer, sans avoir une certaine idée de son pays et de ses valeurs.

LCL Marc « Claudia » Scheffler

 

A la Chasse… BORDEL ! 

« Cri » de tradition des pilotes de Chasse

 

Les avions de Chasse m’ont toujours fasciné. Je me revois tout gosse, dans notre jardin, lever le nez vers le ciel dès le premier grondement d’un réacteur, chercher des yeux le Mirage IIIE, le Jaguar, en provenance de Reims, Dijon ou Nancy. J’avais même droit, parfois, au « boum » du passage du mur du son. Comme si le pilote me saluait.

R Scheffler.jpg

Qu’est-ce que j’aurais aimé lire, dès cette époque, « La guerre vue du ciel » du Lieutenant-Colonel Marc « Claudia » Scheffler ! Pensez : le récit d’un chevalier du ciel, 15 ans aux commandes d’un Mirage 2000D, chasseur-bombardier biplace optimisé pour les frappes au sol. Missions de guerre au Tchad et Congo, en Libye,  six déploiements en Afghanistan… Il y a matière à conter.

Et Marco le fait brillamment, avec un parti pris assumé : coller le plus possible à la réalité (ce qui impose un soupçon de jargon aéronautique, mais très facile à assimiler).

Alors, plongé dans l’action, on se prend à stresser avec « Claudia » : Allons-nous finir par l’enquiller ce foutu panier du Boeing ravitailleur en vol ??!! Mais où sont-ils  ces p* de talibans !!?!

Comme si nous étions le troisième homme d’équipage…

NOSA_NAV.jpg

Marc et son NOSA Jeff, Kandahar, Afghanistan, 2010. © M. Scheffler

Nota : le Mirage 2000D est un avion biplace. L’équipage est constitué du pilote en place avant, et du NOSA, Navigateur Officier Système d’Arme, en place arrière.

 

Allez. Rugissement du réacteur… Décollage !

 

ob_94984d_pour-champagne-les-mirage-2000d-se-sont-entraines.jpg 

Mirage 2000D, © C. Ambroise/Armée de l’Air

 

Entrainement – exercice Red Flag aux USA

Je maintiens ma position à 0,3 Nm. Soudain, une énorme masse noire accompagnée d’un rugissement jaillit devant moi et remplit ma verrière en une fraction de seconde ! Par réflexe je tire brutalement sur le manche. Trop tard ! Je passe de plein fouet dans le souffle d’un réacteur. La claque est phénoménale. Je lutte à grands coups de manche pour garder le contrôle de l’avion en m’écartant vers le haut et en surveillant dehors, puis je jette un coup d’œil aux paramètres moteurs. Tout est bon. J’expulse un « PUTTAAIN !!! » pour évacuer le trop-plein d’émotion. Je viens de croiser à quelques mètres d’un autre avion je viens surtout de croiser la mort. (…)

Derrière moi, Fioqui, mon navigateur, reste d’abord muet. Puis il rompt le silence :

- C’est pas passé loin…

 

1120_462415130508638_1356357129_n.jpg

Ravitaillement en vol, © BA 133 Nancy-Ochey

 

Ravitaillement en vol « sport » au-dessus du Tchad

L’air est si turbulent et la visibilité si faible que nous avons du mal à rester en position. Par instant, je ne distingue que les saumons d’aile du Boeing qui danse au gré des violents soubresauts. La tenue de place accapare toute mon attention. Mes corrections au manche et aux gaz sont devenues brutales. Les grésillements incessants à la radio me rendent nerveux. (…) L’extrémité de ma perche de ravitaillement se pare subitement d’un panache violacé : les feux de Saint-Elme. L’air est chargé d’électricité statique. (…) Mon appareil fait des bonds de plusieurs mètres. Chaque virage est une torture. Pris de vertiges, je m’acharne à rester en place. Mon oreille interne me joue des tours. J’ai la sensation de voler sur le dos. (…) Après une éternité, j’ai l’impression que ça tabasse un peu moins. Le « boomer » en profite et déroule les deux tuyaux de ravitaillement en vol (…) Je me présente pour une première tentative. Impossible d’enquiller devant les mouvements erratiques du panier. Il se dérobe dans les derniers centimètres et ma perche passe immanquablement à côté. Après plusieurs essais et quelques belles frayeurs, je commence à être sur les nerfs. Les niveaux de carburant deviennent critiques. (…) 

[s’adressant à son navigateur]

- Transe, j’opte pour la méthode offensive !

- Tu vas faire quoi ?

Sa voix trahit une certaine appréhension…

(…) Nouvelle tentative.

Le panier part vers le haut. J’envoie un coup de manche vers l’arrière pour remonter le nez et l’attraper au passage. Ma correction est trop brutale. Le gland atterrit au-dessus du panier, qui vient se coincer entre la perche et le radôme.

- Et merde…

- Marco, ta technique c’est pas du 100%...

- Tu veux les commandes ?

- Non, non… je te rappelle juste que j’ai une femme et des enfants.

Sa réponse est un rappel à l’ordre. Je ne suis pas seul à bord. Je réduis légèrement les gaz. L’avion recule de quelques centimètres, mais le panier reste bloqué. L’espace d’un instant, le Boeing traîne le Mirage.

RAAAAAACK !

Le panier se libère et racle l’avant du fuselage. Transe est silencieux.

 

Appui des troupes au sol par un Mirage 2000D en Afghanistan.

"Armée de l’Air ! Armée de l’Air !"

Avec 40° de piqué, j’ai l’impression de plonger à la verticale. Je redresse au dernier moment, lorsque le sol me saute au visage. Le relief serpente devant moi. Jeff a intégré les coordonnées du point dans les centrales. Elles se matérialisent dans ma VTH par une petite croix. En transparence, je devine parfaitement la petite bâtisse rectangulaire est ses quatre murs d’enceinte crénelés.

Du fond de la vallée, je remonte vers la crête le long de la pente. Une centaine de mètres du sol, lancé à 1000 km/h. (…) Une seconde avant le passage, je distingue les cinq silhouettes des insurgés sur le toit…

 

EMA-Marine Nationale.jpg 

Expulsion de leurres pour un « show of force ». Un Mirage 200D du Champagne « montre ses muscles ». Photo © EMA

 

Soudain, c’est l’apocalypse dans la VTL. Des crépitements lumineux clignotent depuis les toits des véhicules italiens. Ce sont des tirs de riposte. Les mitrailleuses font feu de tout bois et les canons dansent sur les tourelles en arrosant les rangées d’arbres de part et d’autre de la chaussée. Gladiator 17 [homme du convoi, en liaison radio avec Marc] s’est jeté sur la fréquence et crie pour se faire entendre :

- Rage 31 de Gladiator 17, nous sommes tombés dans une embuscade, nous prenons des tirs des deux côtés de la route et nous ripostons. Je vous demande immédiatement…

Plus rien. Sa voix s’est arrêtée net. L’intensité du silence nous étouffe. La boule au ventre, je peux sentir battre mon pouls jusque dans les tympans. J’ai un mauvais pressentiment. J’écrase l’alternat pour un check radio. Pas de réponse. Tataï a compris comme moi :

- Marco, là, ça craint…

- Cherche sur les bas-côtés, sous les arbres !!! Et trouve-moi des types qui tirent !!!

 

NOSA_NAV2.jpg

Marc et son NOSA Axel, avant un vol de nuit sur la Libye, 2011 © M. Scheffler

Moteur coupé, tout redevient calme. J’ouvre la verrière. J’enlève mon casque. Une légère brise me frappe le visage, et je frissonne dans ma sueur. Le calme après la tempête. Je savoure ce moment de plénitude. Much est déjà en bas de l’échelle. Les traits tirés, souriant, il rayonne de fierté.

 ***

 

1152081_2352711_460x306.jpgLe Lieutenant-Colonel Marc Scheffler, dit « Claudia », sort breveté de l’Ecole de l’Air en 1998. Il est affecté à l’EC 3/3 « Ardennes », puis à l’EC 2/3 « Champagne » de Nancy-Ochey comme pilote de Dassaut Mirage 2000D, chasseur-bombardier biplace optimisé pour les frappes au sol de précision (bombes guidées laser ou GPS). Il a participé à dix détachements opérationnels dont Tchad/RDC, Afghanistan (6 fois) et Lybie, cumulant plus de 3 800 heures de vol, dont 2 200 sur Mirage, et plus de 150 missions de guerre.

Après 15 ans en escadron de Chasse, Marco rejoint Cognac et l’Ecole de Pilotage de l'Armée de l'Air (EPAA), où il avait déjà été instructeur en 2006-2009. Il transmet désormais sa grande expérience du vol et du combat à nos  futurs pilotes de chasse.

Marc est marié et père de deux enfants.

 *

MIRAGE_2000D_couv-53fec.jpg« La guerre vue du ciel » a été écrit en collaboration avec Frédéric Lert, que nous n’oublions pas. Frédéric est un journaliste indépendant, référence dans le monde de l’aéronautique militaire. On lui doit de nombreux articles dans la presse spécialisée (Air Fan, DSI…) et une vingtaine d’ouvrages, dont « Mirage 2000D » aux éditions Histoire et Collections.

 

 

La_guerre_vue_du_ciel.png

Prix : 23€  € - Format 15x23, 480 pages, cahier-photo couleur -  ISBN 978-2915243567

 6a00d8341c654053ef00e54ff1d57e8833-150wi.jpg

Disponible sur le site de l’éditeur Nimrod ici.

***

 

133.jpg

Page FaceBook de la Base Aérienne 133 Nancy-Ochey ici.

Site et page FaceBook de l'EC 3/3 Ardennes ici et ici.

Site de l'EC 2/3 Champagne ici.

Site et page FaceBook de l'EC 1/3 Navarre ici et ici.

 

Nous saluons évidemment les autres composantes de la BA 133 : ETD 2/7 Argonne, CFAA, ESTA, et tous ceux qui interviennent dans le cadre du soutien et de la sécurité.

Profitons de cette occasion pour présenter "Dans le repaire du Mirage 2000D - Nancy-Ochey", beau livre photo d'Alexandre Paringaux, en collaboration avec... Frédéric Lert (again).

 

51DC-m8bkYL._.jpg

Il le trouve facilement, sur tous les sites du Net. Ou mieux : directement sur celui de l'EC 1/3 Navarre où il fait figure de collector, car dédicacé par l'auteur et le commandant de l'escadron.

Voir ici.

***

 

FILM3.png

Nous avons eu la joie de rencontrer Marco lors du Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Comme c’est souvent le cas avec nos amis militaires, il y a une certaine dualité chez l’homme : du « Dr Jekyll et Mr Hyde ». D’un côté, le pilote, exigeant, engagé, pas commode *du tout* quand les choses ne vont pas comme elles devraient. Et de l’autre, dans un contexte civil, un garçon éminemment sympathique, disponible, qui respire la gentillesse, très tourné vers les autres, ce qui transparaît d’ailleurs dans son livre, car il ne cache pas ses doutes et remords lorsqu’il impose à sa famille des choix de carrière qui vont rendre la vie de famille compliquée. Pas d’esbroufe chez Marco, pas de fausse modestie non plus, mais une saine humilité, que l’on retrouve chez la majorité des militaires.

 

[Lors de sa première affectation, présentation aux pilotes et navigateurs du 3/3. La tradition veut que chaque pilote possède un sobriquet]

« - C’est quoi ton surnom ?

- Claudia.

Silence général. Je précise :

- Claudia, comme Claudia Scheffler.

Hilarité générale… »

 

 

972041_10201708860594341_982437042_n.jpg

© CedT

Piloter un avion de chasse était mon rêve de gosse, ma vie. A chaque fois que je pars en vol, je m’offre un petit plaisir qui n’a pas de prix : j’admire mon mirage pendant quelques instants. Année après année, il m’a emmené partout sans jamais me décevoir. Mon bureau se trouve là, à quelques mètres du sol. Immobile. C’est encore une masse sans âme. Mais il raisonnera bientôt de la fureur de son réacteur. Je suis toujours subjugué par son air martial. Dans quelques minutes, je serai installé aux commandes, entièrement absorbé par la mission. Des milliers de jeunes rêveraient d’être à ma place. Ils ont raison.

LCL Marc « Claudia » Scheffler

 

EC 2.3  3.3.JPG

EC 3/3 Ardennes, EC 2/3 Champagne

 

Hommage 

Aux Pilotes et Navigateurs morts pour la France, morts en service aérien commandé,

Aux blessés

 

Avec le salut fraternel du Chasseur (à pied...) et de la Russe-blanc

 

le-commandant-marc-scheffler-totalise-plus-de-3-800-heures-de-vol-dont-2-200-heures-sur-mirage-2000d-photo-dr.jpg

Que fais-tu dans la vie ? Ce que j’ai toujours rêvé de faire ! Tu n’as pas été déçu ? Non, la réalité a dépassé mes rêves… Tu as bien de la chance, vivre sa passion n’a pas de prix. Et tu fais quoi ? Je suis pilote de chasse.

LCL Marc « Claudia » Scheffler

 

 

 

 

 

 Livre, récit biographique d'un pilote de Chasse, Mirage 2000D, Afghanistan, Lybie, EC 2/3 Champagne, EC 3/3 Ardennes, BA 133 Nancy-Ochey, Armée de l'Air

29/09/2013

« Dans la vie d’un Bigor – le 3e RAMa », Marlene Kuhn-Osius, photographe

 

Toutes les photos © Marlene Kuhn-Osius, publiées avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

 

 

"Les régiments d'artillerie de la Marine, faisant le fond de mon corps d'armée, méritaient beaucoup d'éloges pour leur bravoure et leur bon esprit. Jamais soldats ne se sont exposés de meilleur grâce au canon de l'ennemi et n'y sont restés avec plus de fermeté."

Auguste Viesse de Marmont, Duc de Raguse, Maréchal d’Empire, parlant du comportement héroïque des Bigors aux batailles de Lutzen et Hanau en 1813. Mémoires, 1856.

 

Suivant l’exemple de leurs aînés, les Bigors du 3e RAMa se sont eux aussi exposés aux canons de nos ennemis, en Côte d’Ivoire, Afghanistan, Mali… rendant coup pour coup. Comme le bruit d’un CAESAR ripostant doit être doux aux oreilles de nos soldats sous le feu…

Mais cette fois, il n’y aura pas de riposte, car c’est un inoffensif « Canon » qui les vise, celui de la photographe Marlene Kuhn-Osius.

Marlene R.jpg

Sur une bonne idée du LTN Chems-Eddine Bouriche, officier communication et information du régiment de Canjuers, voici un petit livre-photo qui fait honneur à ce beau régiment. Il est vrai que le projet a été confié à Marlene, photographe de grand talent qui a su saisir de vrais instants d’action.

Et autre bonne idée : le livre est disponible, dans sa version numérique… gratuitement ! (Si !)

Laissons la place aux photos de Marlene, légendées par le texte du COL Cluzel, chef de corps en 2011-2013 (auquel vient de succéder le Colonel Reinbold).

 

Bigor au 3e de Marine, bien plus qu’une vie… 

 

Bigor 5.JPG

Une vie sous le signe de l’Ancre d’Or, dévouée au service des armes de France.

Une vie sous les plis d’un étendard glorieux de deux siècles de combats.

Bigor 1.JPG

Les yeux et la foudre d’une brigade prestigieuse, en appui de Marsouins et de Légionnaires qui opèrent vite, fort et loin, de la mer vers la terre, dans les sables d’Afrique et du Moyen-Orient, comme dans les pierres d’Afghanistan, aux confins des eaux claires du Pacifique et des Caraïbes, jusqu’au cœur de ténèbres s’il le faut.

Bigor 2.JPG

Une vie au sein de la Nation, ancrée sur la terre qui nous accueille, celle que nos anciens du 3e RAC libérèrent avec le Général Leclerc et que nous continuons de protéger pour le bonheur des nôtres. 

Bigor 4.JPG 

Une vie d’effort et de rigueur, de veille et d’action.

Un peu de servitude.

Un peu de grandeur aussi.

Celle des hommes de bonne volonté qui vivent en frères d’armes et sourient avec le calme des vieilles troupes. 

Bigor 3.JPG

Une vie opiniâtre.

A l’affût toujours… Jamais ne renonce.

Notre vie.

 

Colonel Laurent Cluzel

Commandant le 3e Régiment d’Artillerie de Marine, 2011-2013

 

 ***

 

Marlene.JPGMarlène Kuhn-Osius est une photographe indépendante.

« Dans la vie d’un Bigor » est sa deuxième collaboration avec l’Armée de Terre, succédant à « Objectif Afghanistan » dédié aux Marsouins du 21e RIMa. Hélas (pour nous), le livre est épuisé L

Vous retrouverez son travail sur son site WEB : ici.

 

 

Pour vous procurer le livre numérique gratuitement (que vous pourrez évidemment imprimer), cliquez ici.

Pour un livre « papier », je vous invite à contacter Marlene via son site WEB.

 

Page FaceBook officielle du 3e RAMa ici.

 ***

160px-3e_R.A.Ma.gif

Hommage

Aux Bigors morts pour la France,

Aux blessés.

 

Bigor 0.jpg

A l'affût toujours, jamais ne renonce !

Devise du 3e RAMa

 

Et au nom de Dieu, vive la Coloniale !

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

 

 

 

Livre, photos sur les Bigors, artilleurs de Marine, 3e RAMa

22/09/2013

"Au service de l'espoir", CNE Philippe Stanguennec, CoTAM, Ed. L'Esprit du livre

 

Photos et extraits publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

 

 

“Kabul tower, this is Cognac 05. Gooooooooood morning Kabul !” 

Capitaine Philippe Stanguennec, en approche de l’aéroport de Kaboul.

 

 

Ah Stang ! Sacré bonhomme ! Dès nos premiers échanges, il me faisait marrer. J’attendais donc avec impatience de me lancer dans son récit « Au service de l’espoir » : 12 ans à parcourir le monde comme pilote de Transall…

RStanguennec.jpg

Tout y est : l’exotisme, les soirées arrosées au bar du CoTAM (*), la fraternité d’armes, la franche rigolade, les drames aussi…

Le Capitaine Philippe Stanguennec a le chic pour rendre à la perfection cette ambiance, utilisant beaucoup le dialogue, maniant l’humour quand il le faut, distillant le stress lors des vols chaotiques…

« Au service de l’espoir », un bien beau récit, qui va ravir tous les fans de l’Armée de l’Air et au-delà !

(*) Commandement du Transport Aérien Militaire, rebaptisé Force Aérienne de Projection. 

312804_502389176472564_561663535_n.jpg

Stang aux commandes de son Transall

 

563079_538014856243329_1552741440_n.jpg 

Bon vol !

  

Aller, commençons par rigoler de bon cœur…

DSC00609.JPG 

© P. Stanguennec

 

A N’Djamena, discussion matinale au mess, avec un serveur tchadien.

- Qu’est ce qui ne va pas ce matin Joseph ?

- Les blancs, vous là, vous n’êtes pas gentils !

- Comment ça pas gentils… mais on ne t’a rien fait.

- Mais ce n’est pas vous, ce sont les gérants, là !

- Pourquoi ils ne sont pas gentils avec vous ?

- Hier soir, ils nous ont réunis dans la grande cuisine et ils nous ont demandés de nous déshabiller.

- Ah bon ? Et pourquoi ?

- Pour quelqu’un qui avait volé du fromage… et ils nous ont tous fouillés un à un. Ils étaient très méchants.

- Et alors ?

- Ils ont trouvé le voleur. Il avait tout caché dans son slip. Mais ce n’est pas une raison.

  

486657_538000219578126_2027863797_n.jpg

En Centrafrique, la tourista, ce n’est pas rigolo du tout du tout. On ne se moque pas, hein…

Les maux de ventre déciment un par un l’équipage : consultations à l’infirmerie et régime banane ou riz. Saint-Immodium, Saint-Spasfon et Saint-Ercefuril, priez pour nous !

Cela dure deux ou trois jours. Entre-temps, il faut quand même assurer les vols. C’est ainsi que l’on a déterminé un point équidistant entre deux toilettes : celles de la villa [où nous logeons] et celles de l’aéroport. C’est un carrefour au centre-ville. Avant, on fait demi-tour, après, on continue. Sur la route, en se rapprochant du point de décision, tous les regards se portent sur le maillon faible : il est de couleur cramoisie et transpire à grosses gouttes…

  

DSC00606.JPG

En Martinique, on ne se moque toujours pas, on « compatit » avec les copains restés en métropole :

Face à une mer turquoise, tout l’équipage est attablé au Kontiki. Nous sirotons un jus de banane tout en consultant la carte. En hommage à nos camarades aviateurs restés en métropole et qui viennent de rentrer dans la froidure de l’hiver, nous respectons une minute de silence. 

559874_502400119804803_366156241_n.jpg

Au Gabon, un petit énergumène manque d’être transformé en steak haché...

Nous survolons la brousse et apercevons le plateau où se trouve l’aéroport. Installé en finale, Pépi réduit sa vitesse, demande la sortie des éléments et du train d’atterrissage. Au seuil, je distingue un point qui se révèle être un gamin sur un vélo. « Mais qu’est-ce qu’il fait celui-là ? Y voit pas qu’on va se poser ? » En courte finale, v’la ti pas notre régional de l’étape qui entame un kilomètre lancé. Il fait la course avec nous ! « Remise des gaz ! » Nouvelle présentation. Le gamin est revenu au point de départ, pied gauche armé, prêt à enfoncer sa pédale. Pas de doute, il s’amuse comme un petit fou. Il va m’entendre celui-là ! En très courte, le gamin est à 200 mètres devant nous, sur la ligne centrale. Impossible de se poser sans l’écrabouiller… « Remise des gaz ! ».

 

397987_519845971393551_1660213710_n.jpg

Et toujours au Gabon, on voit que le Contrôleur des armées a lui aussi de l’humour…

Stang doit transférer le contrôleur des armées. Un monsieur important, n’est-ce pas ? Petit souci cependant, ses insignes de grades sont particuliers, peu connus, et peuvent être pris pour ceux d’une autre fonction…

En montant, le contrôleur des armées trébuche sur le chef de soute en train de bricoler. Surpris, le jeune chef se retourne et apercevant subrepticement les insignes sur l’uniforme : « Oh excusez-moi ! Bienvenue à bord mon père ! ». Le contrôleur, un rien surpris mais sans se démonter : « Merci mon fils. Dieu vous bénisse ! ».

 

 

536173_565318883512926_135772395_n.jpg 

Reste que, évidemment, la vie n’est pas un long vol tranquille. Et quand le ciel se met en colère, ça craint…

En Côte d’Ivoire, lors d’un vol Abidjan-Kortego

- Tu as vu devant ?

- Ouais…

Une grosse barrière de cumulonimbus nous barre la route, comme si nous étions au pied de l’Himalaya. Deux solutions : passer à travers ou en dessous. Au-dessus, difficile, les cumus montent très haut. A travers, nous allons givrer et nous faire chahuter.

- On passe dessous !

(…)

Phil se démène avec les contraintes géographiques et météorologiques pour nous trouver une route dans ce merdier.

(…)

La pluie redouble de violence. La visibilité se casse la gueule. La nuit va finir par tomber complètement. Nos zigzags nous retardent. Le carburant s’épuise et nos nerfs aussi.

(…)

- Bon aller, on arrête les conneries, cela ne donnera rien. On remonte en altitude

(…)

Le Transall monte vers la voute céleste. A ce petit jeu les illusions sensorielles sont redoutables. Je me force à croire nos instruments (…) car mes sens me disent que je suis en descente à forte inclinaison…

Au final, l’équipage décide de rebrousser chemin.

Il vaut mieux un beau demi-tour, qu’une belle frayeur, voire pire.

 

23884_503286379716177_1719408977_n.jpg 

Le crash du R155

 

Et la grande frayeur, Stang, Patrick  et Vincent la vivent en 1996, au retour d’un vol censé être banal [y en-a-t-il ?], de Villacoublay à Orléans

20h 27mn 30s : Arrêt moteur 1.

20h 27mn 34s :

- Le moteur 2 déroule ! Il s’est coupé !

Mon cœur fait un bon. Là, la situation devient extrêmement grave. Nous sommes maintenant en détresse, sans visibilité, sans moteur, à une hauteur d’environ 150 mètres.

(…)

Je lance un message de détresse. Je n’ai pas le temps de le terminer que tous les éclairages, l’ordinateur de bord et les écrans de navigation s’éteignent en même temps.

(…)

Nous nous retrouvons dans l’obscurité. Je regarde dehors, la nuit noire et glaciale me transperce. L’hélice droite mouline sans vie. Le silence de notre appareil en perdition est assourdissant.

Quelques secondes plus tard, le Transall se crashe en bordure d’autoroute, lieu-dit Chevilly. Les trois hommes sont blessés, mais vivants. Dieu a laissé à Stang le temps de profiter de son premier bébé, sa femme devant accoucher peu de temps après.

Afin d’exorciser le crash, le même équipage sera reformé pour un prochain vol. Imaginez les liens unissant désormais les trois miraculés !

Mais il n’y a pas que les éléments et les pannes mécaniques pour faire monter l’adrénaline…

400px-Lockheed_MC-130_USAF_flares.jpg

Séquence de leurres

Pour échapper à une menace, un aéronef poursuivi par un missile (guidé par la signature thermique de l’avion) peut éjecter des leurres constitués d'un matériau dégageant une forte chaleur en se consumant. Ceci a pour effet de tromper le missile et le détourner vers les leurres. Le déclenchement est automatique, dès que le système de contre-mesure a repéré une attaque potentielle.

 

L’équipage, prévenu par une alarme, n’a qu’une poignée de secondes pour réagir avant l’impact et changer brutalement de trajectoire. En sus, en vol de guerre comme au-dessus de l’Afghanistan, deux observateurs scrutent le sol.

Ambiance :

59307_502437076467774_1827132234_n.jpg 

En approche de l’aéroport de Kaboul - © P. Stanguennec

 

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!

- Alerte missile ! Alerte missile ! Une séquence [de leurres] est partie !

Topper débraye le pilote automatique et vire à gauche, tentant de s’éloigner du site probable du tir.

Rien d’autre. Les observateurs n’ont rien remarqué.

(…)

En cabine, la tension monte rapidement à son paroxysme du fait que les actions à entreprendre sont limitées et que le temps pour les réaliser plus que symbolique : nous ne disposons que de 5 secondes avant l’impact.

- C’est notre troisième séquence en cinq missions ! On est partis pour battre un record, lance Topper.

- Ouais, mais c’est quand même pas trop cool, répond Thierry.

(…)

La lumière du roi Soleil fait place à une belle nuit étoilée. Nous attendons la frontière [tadjike] pour pouvoir nous relâcher un peu.

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!

Tout le monde fait un bond.

Les observateurs nous confirment qu’ils n’ont rien vu venant du sol, mais la séquence de leurres est bien partie.

(…)

Ma résistance nerveuse commence à être éprouvée.

(…)

Enfin la frontière. Je me cale bien dans mon siège pour terminer le plus agréablement possible le vol, lorsqu’une lueur étincelante apparaît sur le côté droit de l’appareil. Elle est énorme et se déplace à une vitesse vertigineuse. Au même moment je gueule « Oh putain ! Putain ! » qui surprend tout le monde. Cette espèce de boule de feu se rapproche rapidement et je la prends pour la flamme d’un missile. La lueur disparait aussi vite qu’elle est apparue. Quelle frousse j’ai eu.

(…)

Ce dernier évènement m’a bien achevé psychologiquement. Je me suis dit qu’il était temps qu’on se pose et qu’on fume une clope, peinards, avec une binoche tadjike, sur un tube de Joe Dassin.

 

577951_502433399801475_1664777249_n.jpg

Détachement Transall à Bangui, 1995. © P. Stanguennec

Evidemment, toutes ces "aventures", dans la joie ou la difficulté, soudent les hommes. Et cette solidarité dépasse les grades et les rôles. On rend donc hommage, comme il se doit, au camarade nouvellement promu, en écrivant une citation à l’ordre du bar de l’escadron :

Détachement Air Licorne, à mon commandement, Garde-à-vous !

Sergent Chêne, à genoux. Ouvrez le ban !

Les sergents s’exécutent : papapapa-papapapa-papa-papa-papa.

Si nous sommes réunis ce soir, en toute intimité, c’est pour marquer un instant important dans la carrière du susnommé. Le Sergent Chêne est entré dans l’Armée de l’Air par la porte de la cuisine en novembre 1991. Il est nommé Caporal-Chef la même année. Il n’hésite pas à user de ses charmes pour passer Sergent en 94 (…) En détachement en Asie centrale, a travaillé brillamment sa S2 (*) au bar du Tadjikistan Hôtel, sur l’album de Joe Dassin. (…) Au sein de l’escadron, le Sergent Chêne se démène sans cesse pour faire partir les équipages dans les meilleures conditions. Doté d’un sens critique affirmé sur le système militaire, d’un humour acide apprécié de tous et d’un physique que beaucoup lui envient, le Sergent Chêne, pour toutes ces qualités, mérite d’être cité en exemple.

(*) Sélection 2 - Contrôle d’acquisition des connaissances générales et théoriques permettant l’accès aux stages en école de formation.

 

DSC00610.JPG

Une solidarité qui dépasse évidemment le cadre de l’Armée de l’Air…

- Un soldat français a été grièvement blessé à un check-point. Ils sont en train de le rapatrier sur l’aéroport. Tu peux l’évacuer ?

- Oui, oui, pas de problème. On va préparer le Transall. On l’attend.

(…)

L’avion est prêt. Tout est installé. Nous grillons une cigarette. Le jour se meurt.

(…)

Je raccroche et reste planté là, au milieu du parking. Je glisse mon portable dans la poche de ma combinaison. J’allume une Marlboro. Une vie s’est arrêtée et le reste continue de tourner… Je vivais là la fin tragique d’un de nos p’tits gars de France. J’étais tout à coup vidé.

- Le blessé est décédé. On rentre.

(…)

Nous volons dans la nuit noire. Les instruments scintillent dans l’univers confiné de notre cockpit. Au-dessus, les étoiles brillent de façon insolente. Les gestes se font mécaniquement. Nul ne vient troubler le silence.

 

In Memoriam

Artilleur de 1ère classe Kevin Ziolkowski, 40ème RA,

mort pour la France en Côte d’Ivoire.

 

* * *

 

DSC00611.JPGSuivant les trajectoires aériennes de son papa pilote de transport, Philippe « Stang » Stanguennec s’engage en 1991 après son baccalauréat au Prytanée national militaire de La Flèche. Elève officier du personnel naviguant, il est breveté pilote de transport en 1993. Il pilote le C160 Transall pendant 12 ans, au sein de l’ET 3/61 Poitou. En 2005, il rejoint le ET 3/60 Esterel comme pilote d’Airbus.

Marié et père de quatre enfants, Stang poursuit sa carrière de pilote de ligne, pour une compagnie civile.

Il m’a avoué : « J'ai toujours un peu de nostalgie quand j'entends un Cotam sur la fréquence, qui a le cap au sud vers l'Afrique... »

61371_502376033140545_1612306179_n.jpg

Prix : 22€ - ISBN 978-2-915960-77-8 - Format 15,5x23,5 - 353 pages dont cahier-photo couleur.

Prividef.JPG

Le livre est disponible chez Prividef ici.

Page FaceBook "Au service de l'espoir" ici

 

 H2.jpg

Le CNE Stanguennec aux commandes de son Airbus A310

 

 

Cotam.JPG

Hommage 

Aux équipages et passagers des C160 Transall F156 et F209 de la 63ème ET/CIET340, morts en service aérien commandé lors d’une collision en 1984 :

CDT Poincelet, pilote chef de bord,

ADJ Billard, pilote,

CDT Florysiak et LTN Galia, navigateurs,

MAJ Vochelet, mécanicien navigant,

ADC Hermann, photographe SIRPA-AIR,

ADC Hupliez, ADC Natton, SCH Thibault, largueurs BOMAP/1er RTP,

LTN Guyot, navigateur chef de bord,

CNA Julien et LTN Sire, pilotes,

MAJ Borie, mécanicien navigant.

 

A l’équipage et aux passagers du CASA CN235 de l’ET 1/62 Vercors, morts en service aérien commandé en 2003.

A l’équipage et aux passagers du DHC6 Twin-Otter de l’ET 3/62 Ventoux / Multinational Force and Observers in Egypt, morts en service aérien commandé en 2007.

Aux hommes et femmes du transport aérien, morts pour la France, morts en service aérien commandé.

Aux blessés.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux navigants et pistards du Transport.

 

« La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout,

d’unir les hommes. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes.

 

 

DSC00608.JPG

Le ronron rassurant et lénifiant de nos moteurs nous berce. Nous nous installons dans une ambiance reposante. David s’est calé confortablement et observe les étoiles (…) Olivier gratte sur sa table de navigation (…) de son petit hublot au-dessus de sa tête, il observe la Lune qui continue sa course, relayant celle du Soleil qui a poursuivi sa route vers l’ouest. Patrick est allongé sur la banquette. Il a enlevé ses chaussures et somnole, le casque sur les oreilles. Inconsciemment, son cerveau reste en alerte, guettant le moindre bruit inhabituel. Il sourit. Il est heureux d’être là, en première classe, sur une banquette, au milieu de ses potes, à 6000 mètres d’altitude (…)

- Quelqu’un prend un café ?

(…)

Je descends dans la soute. L’éclairage est au minimum. La carcasse métallique de notre avion vibre à la fréquence de nos deux Tyne 22.

(…)

Patrick remplit les gobelets et me suit jusqu’au fond de l’avion. Je soulève le rideau du cadre 40 et je passe derrière. Un frisson me parcourt l’échine : le chauffage ne vient pas jusque-là. Patrick me tend un café et je lui tends une cigarette (…) On se sourit. Le café me réchauffe et me revigore. Nous profitons de chaque bouffée.

- On n’est pas bien là, mon canard ?

- On est bien là, mon canard.

 

 

25038_504183129626502_659816345_n.jpg

C’est un métier d’homme, rude et exigeant. Mais quand on a fait corps avec cet univers où, le temps d’une mission, la machine et les hommes qui composent son équipage ne font plus qu’un : quelle jouissance !

 

Saluons les camarades de Stang ! Patrick, Vincent, JP, Coco, Thierry, Topper, Jérôme, Higgins, Poupougne, Laurent, Stéphane, Willy, Nestor, Cédrik, Yves, etc.

 

406079_517990118245803_1142298730_n.jpg

Douchanbe, Tadjikistan - ©  P. Stanguennec

 

Il n’y a pas de belles missions. Il n’y a que de bons équipages. 

Capitaine Philippe Stanguennec

 

 

 

  Livre, récit biographique d'un pilote de Transport, Transall

07/09/2013

"La Légion - Avec le 2e REP au cœur des crises internationales", ADC Thomas Gast, Epee Edition

 Photos et extraits publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Photo du CPL Christophe Gobin transmise par sa maman. Droits réservés.

 

 

Ce qui importe n'est pas que nous vivions,

mais qu'il redevienne possible de mener dans le monde

une vie de grand style

et selon de grands critères.  

Ernst Jünger, Légionnaire, écrivain allemand.

 

Et de trois ! Après « Une vie de Légionnaire », du légendaire ADC Jean-Claude Saulnier et « Combattants sans passé », de notre ami slovène le SGT Robert Markus, nous revenons au 2e REP avec l’ADC (e.r) Thomas Gast et son récit biographique « La Légion – Avec le 2e REP au cœur des crises internationales ». Et nous en sommes ravis...

dédicace Gast.jpg

...d'autant plus que ce récit est passionnant, très bien illustré, tout couleur, complété par d’utiles annexes (insignes, devises, chants des différentes entités de la Légion…). Nous le recommandons aux non-initiés car il est très facile d’accès.

DSC00995.JPG

Le récit de l’ADC Gast est si riche, que le résumer en quelques paragraphes est un challenge difficile à relever. Tchad, RCA, Bosnie, Djibouti… Nous ferons donc deux focus : ses premières années de jeune Légionnaire au 3e REI en Guyane, et ses dernières missions, comme Adjudant du 2e REP, où il est acteur des  incidents dramatiques, trop méconnus, du Congo-Brazzaville.

3e REI, Guyane

Les petits monstres.

DSC00991.JPG

La forêt de Mana était pire que la peste. Les moustiques nous déchiquetaient carrément. Ni les produits anti-moustiques, ni le Tafia [alcool de canne], ni les jurons, n’étaient d’une quelconque utilité. J’aurais préféré avoir un jaguar en face de moi que ces petits monstres invisibles qui piquaient même à travers les vestes et les ponchos.

Il y a bois et bois.  

DSC00996.JPG

« Vous avez deux heures pour construire un radeau ! »  dit l’un des instructeurs, « Puis vous ferez la traversée pour aller sur l’autre berge où un délicieux déjeuner vous attendra »

Ce seul message aurait dû nous donner des soupçons, mais nous étions amaigris et morts de faim.

(…)

Moins de deux heures plus tard, le radeau se trouvait sur le bord sablonneux de la rivière. Une embarcation impressionnante ! Le travail nous avait rendu encore plus affamés et nous avions déjà l’eau à la bouche en pensant au délicieux repas qui attendait de l’autre côté. « A l’eau ! » criaient les instructeurs ! En unissant nos forces, nous arrivâmes à trainer le radeau jusqu’à l’eau… où il coula immédiatement ! Nous étions paralysés par la stupeur et la déception.

« Si à l’avenir vous voulez construire un radeau, coupez d’abord un bout de l’arbre que vous avez l’intention d’utiliser, et jetez-le à l’eau. S’il flotte, tant mieux… »

Miam miam.

DSC00994b.JPG

Un instructeur du CEFE accrocha un serpent vivant avec un fil, la tête en haut. Ensuite, il le laissa perdre tout son sang. Quand cela fut terminé, il lui fit une coupe circulaire autour du cou, ensuite une coupe longitudinale de la tête jusqu’à la pointe la plus extrême de son corps. Il saisit des deux mains la peau du cou du serpent et la lui retira lentement du corps. Pourtant, le serpent bougeait encore. Ce fût trop pour une journaliste qui préféra se retirer dans l’obscurité protectrice d’un évanouissement.

Jour de solde. Le Capitaine est joueur.

DSC00992.JPG 

« Bon, Gast ! dit le Capitaine. Ce serait donc 2300 francs ? Correct ? » Je hochais la tête avidement « Oui mon Capitaine ! » C’était pas mal d’argent pour un simple soldat. Il comptait lentement les billets et les poussait dans ma direction. Je les saisis, mais soudain, comme si cela lui venait justement à l’esprit, il remit sa main sur la liasse. « Oh ! J’avais presque oublié ! Tu dois 350 francs au club de la compagnie ». Il prit l’argent, pendant que je comptais désespérément dans ma tête. « Et puis tu avais payé à crédit au bordel. 1200 francs ». L’imposante pile d’argent initiale diminuait dangereusement. « En plus, je déduis à chaque soldat les billets pour la tombola annuelle de Noël. »….

Pas civilisés ?  

DSC00997.JPG

J’étais encore couché dans mon hamac (…) lorsque des voix me réveillèrent. En me redressant je vis autour de moi une bonne douzaine de petits indiens [Oyampis], garçons et filles. Ils étaient assis et me regardaient fixement. Je n’oublierai pas leurs grands yeux magnifiques. Je ne sais ce qui me passa par la tête, mais je me levais, fouillais dans mon sac à dos, et trouvais quelque chose pour chacun : mon miroir, un couteau, un foulard, un savon… Je fis cadeau de choses qui m’étaient chères et qui avaient de la valeur, et j’en ressenti un immense bonheur. Ils prirent mes cadeaux et disparurent, en silence, sans un merci, sans un mot. (…) Un quart d’heure plus tard, j’entendis à nouveau des voix derrière moi, celles des enfants. Ils étaient revenus, et chacun avait un cadeau pour moi, des bananes, des mangues, un collier en corne (…) J’acceptais leurs cadeaux avec les larmes aux yeux.

La vie, quoi. 

DSC00994a.JPG

Mon cœur se mit à frapper staccato. Je savais que je parcourais des chemins qu’aucun autre parmi les mortels européens n’avait foulés avant moi. Nous étions au cœur de la Guyane. Il y avait des ruisseaux si purs qu’on pouvait y voir scintiller de la poussière d’or. Il y avait des collines et des voies navigables qui ne portaient aucun nom (…) Il y avait ici, dans la jungle profonde, des anacondas, des mygales et des serpents venimeux d’une taille inimaginable (…) C’était un sentiment écrasant, mais aussi libérant. Indescriptible. Je me sentais si proche de la Terre, comme je ne l’avais jamais été avant. Je vivais !

*

DSC01001.JPG 

Djibouti, Intermède musical 

Extrait de « Beau Travail », film de Claire Denis, 2000.

Les filles étaient camouflées en barmaids, timides et honorables. Elles venaient d’Ethiopie, de Somalie et d’Afrique noire. Les bars portant les noms de Tour Eiffel, Mic Mac, Chez Mama Fanta, Joyeux Noël, l’Amsterdam se réveillaient seulement bien après le coucher du soleil, et les barmaids oubliaient peu à peu leur « timidité »…

*

DSC01002.JPG

1997, Opération Pélican, Congo-Brazzaville.

Au printemps  1997, une partie du 2e REP, dont la compagnie de Thomas, est envoyée à Brazzaville, pour relever le 8e RPIMa dans sa mission d’éventuelle évacuation des ressortissants occidentaux du Zaïre : Brazzaville, capitale du Congo, et Kinshasa capitale du Zaïre, (désormais République Démocratique du Congo), ne sont séparés que par le fleuve Congo. 

brazaville.jpg

Fleuve Congo - Evacuation d’occidentaux 

La situation reste calme à Kinshasa, un désengagement des forces est envisagé, malheureusement c’est à Brazzaville, autre poudrière, que les choses se gâtent…  Le 5 juin, à l’approche des élections opposant le président sortant Lissouba à son rival Nguesso, une flambée de violence éclate. La ville devient le théâtre de violents affrontements entre les forces armées congolaises et les milices « Cobra » de Nguesso.

La sécurité des ressortissants occidentaux n’est plus assurée. Ces derniers, menacés par les soldats ou miliciens incontrôlés, restent terrés à domicile et sont souvent victimes de pillages, de vols ou de brutalités physiques.

Le 7 juin, en soirée, des appels angoissés de Français menacés, voire violentés, conduisent le commandement à décider de procéder aux premières extractions afin de mettre les personnes à l’abri. À 19 h, le REP reçoit pour mission, en accord avec les autorités congolaises, d’extraire les civils en difficulté à proximité de la Présidence.

DSC00999.JPG

Le Capitaine alla droit au but : « Bon, Gast, (…) La situation est la suivante » Il se tourna vers la carte accrochée au mur de son bureau et pointa son  doigt « Ici, exactement dans cette rangée de maisons, des Français se sont barricadés. Ils nous ont demandé de l’aide et il me semble qu’ils en ont besoin ! » Il leva les yeux de la carte « Gast, vous venez avec moi. Notre mission est de sortir les Français de là et de les amener ici ».  Je lui jetais un regard interrogatif. Ce n’était certainement pas tout (…) « Tous ceux qui nous feront obstacle sur place et qui essayeront de nous empêcher d’accomplir notre mission seront à considérer comme ennemis et devront être traités comme tels ».

Dans de simples camions,  les Légionnaires s’engagent sur l’avenue Schœlcher et prennent contact avec les différentes milices. La 3e section de la 1e compagnie, commandée par Thomas, marque un temps d’arrêt pour prendre contact, comme convenu, avec les autorités militaires congolaises chargées de la sécurité sur zone, tandis que le GCP [Groupe de Commandos Parachutistes] reste en appui.

Après avoir obtenu l’accord des autorités, les Français reprennent  leur progression. A environ 1 km de l’objectif, lorsque les éléments de tête s’engagent sur un rond-point, la colonne est délibérément prise à partie à courte portée par des miliciens congolais, embusqués sur le côté nord-ouest de l’avenue. Les Légionnaires sautent des camions et se retrouvent fixés par les tirs, dans une configuration peu propice à la riposte. Laissons désormais la parole à Thomas :

L’angle était trop aigu pour pouvoir toucher une des positions ennemies avec une grenade LRAC [Lance-Roquette Anti-Char]. Les grenades auraient peut-être ricoché et mis en danger nos propres hommes. Ce dont nous avions un besoin urgent, c’était un écran de fumée, mais il était inutile d’y penser : toutes nos grenades fumigènes étaient dans un des véhicules qui étaient exposé aux tirs massifs. Même la nuit ne nous offrait aucune protection, il faisait trop clair.

(…)

Tout mouvement, soit une tentative de décrochement, soit une contre-attaque pour nous dégager de là aurait signifié inévitablement de lourdes pertes.

(…)

Tandis que les renforts sont envoyés de la base, je fus informé par radio que l’un de mes chefs de groupe et un légionnaire avaient été grièvement blessés.

Je leur ordonnais de rester là où ils étaient, de protéger le périmètre proche et d’empêcher par des tirs sporadiques que l’ennemi n’attaque nos positions.

(…)

Des mouvements de troupe avaient lieu sur notre droite et nous n’avions aucune idée de quels éléments il s’agissait et quels étaient leurs intentions. Tous les scénarios étaient possibles ! Nous disposions seulement des munitions que chacun avait emportées sur lui (…) la plus grande partie des munitions était restée dans les véhicules qui se trouvaient  sous le feu ennemi.

Quand les Légionnaires de la CEA (Compagnie d'Eclairage et d'Appui  - le renfort envoyé par la base) arrivèrent sur la zone de combat, j’entendis enfin à ma gauche notre lourde mitrailleuse 7,62 mm : une vraie musique à mes oreilles.

(…)

Des éléments du GCP [Commandos Paras du 2e REP] commandés par le Capitaine Desmeules avaient réussi à s’avancer jusqu’à mes hommes blessés. Lors de cette action brillante et intrépide, qui montra une fois de plus ce dont cette unité était capable, l’un des leurs tomba sous une pluie de balles et fût tué sur le coup.  Si les soldats du GCP n’avaient pas été là, mon soldat et mon sous-officier auraient certainement succombé à leurs blessures.

(…)

Le renfort (CEA) prit position à gauche de ma section, face à l’ennemi. Ses éléments les plus avancés se retrouvèrent immédiatement sous les tirs adverses. Lors de cette action, un officier, deux sous-officiers et trois Légionnaires furent blessés, certains grièvement. Mais les bleus [couleur de la Cie] sont parvenus à renverser la situation en attaquant immédiatement et efficacement l’adversaire.

Le 2e REP perd un homme, et compte une dizaine de blessés, donc cinq grièvement. On estime à 25 le nombre de miliciens Congolais tués.

Brazzaville est désormais en guerre. L’Etat-Major renforce considérablement le dispositif, par l’envoi d’hommes des 2e REI et 1er REC, de blindés VAB, VBL, ERC90 Sagaie… matériel qui a cruellement manqué à Thomas et ses hommes le 7 juin.

braza1.jpg

De fait, dans les jours qui suivent, le rapport de force change de camp :

Quand j’arrivais au carrefour et que je formais avec le VAB sur sorte de bouclier entre les Légionnaires et l’ennemi, je fus immédiatement pris sous le feu. Je répondu avec la 12,7 et fis signe au chef de groupe de décrocher. Pendant que mon VAB reculait lentement, avec le groupe à l’abri derrière, je tirais systématiquement sur tout ce qui me semblait dangereux. Soudain, la voix de mon conducteur, un Polonais rouquin, m’interpella : « Un heure, deux cents, un véhicule léger Toyota avec un canon antichar sans recul nous tire dessus ». Il avait prononcé ces mots d’une voix calme qui m’épatait, car j’étais moi-même essoufflé et en nage. (…) je pointais la 12,7 dans la direction et ouvrit le feu (…) je vis monter face à nous un nuage de fumée, qui voulait dire qu’une roquette avait été tirée sur nous. Juste à côté ! J’entendis l’impact derrière moi, ce qui me donna la chair de poule (…) une seconde plus tard, la Toyota explosa.

Il était temps de mettre en avant ces Légionnaires-Paras impliqués dans cet événement dramatique du Congo-Brazzaville, trop peu connu du grand public.

insigne_2rep.jpg 

Hommage 

Au Caporal Christophe Gobin,

alias André Gilles,

mort pour la France au Congo-Brazzaville,

Aux blessés. 

Christophe Gobin.JPG

Le CPL Christophe Gobin, photo aimablement transmise par sa maman à laquelle nous renouvelons toute notre sympathie.

*

Message reçu en octobre 2016 :

Brazzaville Juin 1997.
Un bond dans le passé. Nous y étions avec notre fille de 2 ans.
Presque vingt ans pour oublier la peur, le sifflement des balles, les tirs des obus qui tombaient non loin de la maison, les impacts sur le fuselage du Transall qui nous amenait à Libreville.
4 jours 3 nuits d'angoisse avant d'être exfiltrés de notre maison, escortés, libérés de cette prison de peur, évacués par nos militaires français jusqu’à l’aéroport où nous avons passé une nuit supplémentaire sous le feu incessant de Kalachnikov, sous la protection si rassurante des Légionnaires.
Un soulagement, une reconnaissance à vie ; s'ils n'étaient pas intervenus nous ne serions pas là aujourd'hui.
Jamais nous n'oublierons le regard courageux de ces hommes, d'un professionnalisme incroyable, d’un calme impressionnant, presque froid dans des situations d’extrêmes tensions, qui nous ont protégés durant ces événements, pour certains gravement blessés ou comme votre fils en échange de sa vie.
Nous leur devons d'être là, nous le lui devons. Nous n’oublions pas.
Nous sommes partis de Brazzaville sans pouvoir dire Merci à nos militaires. Mais comment et qui remercier? Nous ne connaissions rien d’eux, jusqu’à la publication de cette page où nous pouvions enfin découvrir un nom, un visage et une adresse.
Sachez Madame que nous avons un profond respect pour votre fils, qui représente pour nous le porte drapeau de tous ces hommes qui partent en mission dans des pays compliqués.
Nous n’oublierons jamais Christophe, qui est mort pour nous mais qui vit depuis dans nos mémoires, ni ses frères d’armes qui sont, comme lui, volontairement partis loin de chez eux pour nous sauver au péril de leurs vies.
Oui ce jeune légionnaire continuera à vivre en nous ; il a maintenant un nom, un visage, une histoire, et en plus il est beau !
Avec presque 20 ans de retard nous présentons toutes nos condoléances à la Maman de Christophe GOBIN et à sa famille, qui peuvent être fières de lui,
Avec le même retard nous présentons nos condoléances à sa deuxième famille, le 2eme REP, qui fait la fierté de notre pays et qui est venue nous porter secours un jour de printemps 1997 à Brazzaville.
Avec tout notre respect et toute notre gratitude.


Famille BELMUDES, Coopération française, en poste à Brazzaville en juin 1997.

* * *

DSC01000.JPGThomas nait dans une famille modeste de Haute-Franconie, RFA. En 1985, après plusieurs années passées dans un régiment para allemand, il succombe à l’appel du Képi Blanc. Engagé au 3e REI, il passe trois ans en Guyane puis rejoint le 2e REP de Calvi fin 1987. Légionnaire puis Sergent, Sergent-Chef et Adjudant, il participe à un nombre considérable d’OPEX : Tchad, RCA, Gabon, Djibouti, Bosnie, Congo-Brazzaville... Il quitte la Légion après 17 ans de service, marié et papa d’une fille. Certes, il a rejoint son pays d’origine, mais dans son cœur la France et la Légion ont une place immense.

Dès les premières syllabes « Allons enfants de la Patrie », j’ai pris conscience que j’avais signé un contrat et que je devais le remplir. Je commençais à chanter de manière hésitante (…) Je me posais la question : « Est-ce que j’étais prêt à combattre pour la Légion étrangère, donc pour la France et ses intérêts ? Et laisser ma vie, au cas où ? ». La réponse était oui, à cent pour cent. Autrement, je n’avais pas ma place ici. Je chantais donc plus fort : « égorger vos fils et vos compagnes… ». Et soudain je chantais à gorge déployée et je me sentais bien ! (…) Quelque chose qui pesait sur mon âme m’avait été enlevé. Je me sentais tout à coup libéré et sans contraintes ! Oui, cet hymne était devenu le mien. Vive la Légion ! 

17890_308357442607809_1928349427_n.jpg 

Prix : 19,90€ - ISBN 978-3-943288-04-9 - Format 16x23,5 - 353 pages - Tout couleur.

logo.png

Livre disponible chez l'éditeur Epee Edition ici.

Site de l'auteur ici.

Page FaceBook du livre ici.

Page FaceBook de l'auteur ici.

 

41nfDYpAwML._SY300_.jpg

*

Vor der Kaserne

Vor dem großen Tor

Stand eine Laterne

Und steht sie noch davor

So woll'n wir uns da wieder seh'n

Bei der Laterne wollen wir steh'n

Wie einst Lili Marleen,

Wie einst Lili Marleen.

 

Lili Marleen, version originale par Lale Andersen

 

« La Légion » de Thomas Gast. Comme un écho dans ma mémoire.

DSC01005.JPG 

Le GAL commandant les Forces françaises à Berlin vient de nous passer en revue.16e Chasseurs, chef de corps COL Muriel, quartier Napoléon, Tegel, Berlin-Ouest

1987. Thomas est Allemand ; je suis Français. Il porte fièrement le Képi blanc. Je suis tout fier de ma tenue bleue et jonquille. Il s’envole pour un morceau de France par-delà l’Atlantique, perdu sur le grand continent américain : la Guyane. Je rejoins un confetti  d’Allemagne libre, au-delà du Rideau de fer : Berlin-Ouest. Alors qu’il crapahute dans la forêt amazonienne, c’est une autre jungle qui m’attend, urbaine, avec sa vie trépidante, tourbillon pour oublier que nous ne sommes qu’une muraille de torses face aux divisions soviétiques (combien de temps aurions-nous tenu ?). Son regard est arrêté par un mur végétal ;  moi, c’est un mur de béton couvert de graffitis qui me barre l’horizon. Les petits indiens l’émeuvent. Dans ma Solferino, en descendant d’un bus mili sur Unter den Linden, alors que nous venions de transmettre l’ordre de ne pas parler aux est-allemands, pour leur propre sécurité, un jeune homme s’approche de moi : « Franzose ? » « Ja» et là avec un grand sourire, il sert le point, le pouce en l’air… Ça m’a ému.    

Kudorf.jpg     

Au Ku’dorf : le pianiste, le Chasseur jeunot (bière et Craven A), le bitter.

Le soir, avec les copains, j’allais au Ku’dorf, une cave située à deux pas du Ku'damm. Il y régnait un rien d’ambiance « Berlin des années 20 ». Un vieux pianiste jouait. Il avait vite repéré la petite bande de Chasseurs. Entre deux chansons, on lui payait des coups. Une pinte de bière / une mini-bouteille de bitter / une pinte de bière / une mini-bouteille de bitter, qu’il avalait cul sec, la tête en arrière, la coinçant entre ses dents…

Et tandis qu’à Cayenne, Thomas écoutait « Mon Légionnaire » de Piaf,  à Berlin, chaque soir, nous demandions au pianiste de jouer pour nous « Lili Marleen »… 

Lili Marleen, par Marlène Dietrich

Edith la Française et Marlène l’Allemande étaient sœurs de cœur.

Une partie du cœur de Thomas est restée en France, une partie du mien en Allemagne. Jenseits des Rheins, Ich grüße meinen Bruder Thomas.

 

Cette tendre histoire

De nos chers vingt ans

Chante en ma mémoire

Malgré les jours, les ans.

Il me semble entendre ton pas

Et je te serre entre mes bras,

Lily, Lily Marlène,

Lily, Lily Marlène. 

Lily Marlène, version française par Suzy Solidor, chant du 3e REI.

 

DSC01003.JPG

Sachant que je ne reverrai sans doute jamais plus cet endroit et que les horloges sonnaient déjà la dernière ligne droite dans la Légion, j’emportais, la nuit tombée, une demi-douzaine de bières, une couverture et des cigarettes et j’allais, ainsi équipé, sous les regards étonnés des sentinelles, dans un lieu tranquille à l’écart du camp, au beau milieu du désert. C’était une nuit douce, qui n’en finissait pas. Mais je voulais aller jusqu’au bout de cette nuit magnifique (…) Je récapitulais la vie dans la Légion, avec un sourire sur les lèvres et accompagné d’une voix qui me chuchotait à l’oreille « Tu as tout fait comme il fallait ».

Adjudant Thomas Gast, Djibouti.

 

 

 

 

 

 

  Livre, récit biographique d'un Légionnaire, 3e REI Guyane, 2e REP, embuscade de Brazzaville, Congo

26/08/2013

« Hommage & Valeurs », Sylvain Auché, photographe. Ed. Prividef.

Toutes les photos © Sylvain Auché, publiées avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

 

A genoux les hommes,

Debout les officiers !

Ecole Spéciale Militaire, Cérémonie du Triomphe

Auché 7.JPG

Après-midi du 20 juillet, Coëtquidan. Le réjouissant triomphe du tonneau vient de s'achever, donc retour au Festival International du Livre Militaire, pour saluer une dernière fois les auteurs. Discussion avec Mme L, charmante organisatrice. Nous souhaitons la féliciter pour l’organisation  et la remercier pour son accueil : « Avez-vous rencontré Sylvain Auché et vu son livre sur Saint-Cyr ? ». « Mais non… »

Fichtre ! Dire que nous avons failli passer à côté ! 

R Auché dédicace.jpg 

Après six années au 68e Régiment d’Artillerie d’Afrique, Sylvain Auché a troqué le canon qui fait « boum » pour le Canon qui fait « clic ». Et quelle bonne idée il a eu ! Depuis sept ans désormais, il fait de l’Ecole Spéciale Militaire son sujet de prédilection.  

IMG_2107.JPG 

Sylvain Auché en dédicace au FILM

Nous avons entre les mains un livre format à l’italienne, succession de photos toutes plus belles les unes que les autres. On y trouve, bien entendu, du beau gosse et du bel uniforme, casoar flottant au vent,  mais aussi la grimace dans la bouillasse du stage commando. Il y a du romantisme, prise d’arme au clair-obscur, comme la mâchoire crispée, regard de killer, face à l’obstacle à franchir.

C’est ma-gni-fi-que.

Et puis le texte basé sur des « classiques », citations, poèmes, extraits des chants de l’ESM... Parti pris intelligent. 

DSC01543.JPG 

"Hommage & Valeurs" ne se chronique pas. Il se déguste, s’admire. Voici donc, comme un hommage, six photos de Sylvain extraites du livre et du DVD joint (bonne idée), accompagnées de « La Gloire » du Capitaine Rollin, Saint-Cyrien de la promotion Sud-Oranais (1902-1904).

 

La Gloire 

Auché 5.JPG

© Sylvain Auché 

 

Voulant voir si l'École était bien digne d'Elle,

La gloire un jour, du ciel, descendit à Saint-Cyr.

 

Auché 1.JPG

© Sylvain Auché 

 

On l'y connaissait bien, ce fut avec plaisir

Que tous les Saint-cyriens reçurent l'immortelle.

 

Auché 3.JPG

© Sylvain Auché 

 

Elle les trouva forts. Ils la trouvèrent belle.

 

Auché 8.JPG

© Sylvain Auché 

 

Après trois jours de fête, avant de repartir

La Gloire voulant à tous laisser un souvenir

Fixa sur leurs shakos des plumes de son aile.

 

Auché 6.JPG

© Sylvain Auché 

 

Ils portèrent longtemps ce plumet radieux.

Mais un soir de combat, prêt de fermer les yeux,

Un Saint-cyrien mourant le mit sur sa blessure

Afin de lui donner le baptême du sang.

 

Auché 4.JPG

© Sylvain Auché 

 

Et depuis nous portons, admirable parure,

Sur notre shako bleu, le plumet rouge et blanc.

 

Capitaine Rollin

 

***

"Hommage & Valeurs", de Sylvain Auché. Un petit chef d'oeuvre de livre. Quel bel hommage aux valeurs de l'ESM !

 

Prividef.JPG

Edité par Prividef. Pour vous le procurer, voir ici.

***

  

ins-esm-122.jpg

Hommage

Gauvin.jpg

Au CNE Thomas Gauvin, 1er RCP, major de la promotion Capitaine Beaumont (2005-2008), mort pour la France  en Afghanistan,

Aux Saint-Cyriens morts pour la France,

Aux blessés.

  

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

La vague du temps emporte chants et rires,

Des prénoms s’effacent, reste quelques sourires,

Mais dans le bleu cristal de ce grand souvenir

Seigneur, garde moi ce qui me fit Saint-Cyrien.

 

 * * *

Hommage

30.png

Au Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc

Saint-Cyrien, Légionnaire du 1er REP,

Grand-croix de la Légion d'honneur,

envolé ce jour 26 août 2013 pour le paradis des combattants.

Nul doute qu'il y sera dignement accueilli. 

acole-10.jpg

Un ami m’a dit un jour : « Tu as fait de mauvais choix, puisque tu as échoué ». Je connais des réussites qui me font vomir. J’ai échoué, mais l’homme au fond de moi a été vivifié.  

 

De profundis clamavi ad te, Domine

Chant de la promotion sortante 2010-2013 Chef de Bataillon Bulle,

 conclusion de la cérémonie du Triomphe du 20 juillet dernier,

vécu en live par le Chasseur et la Russe-blanc, non sans émotion.

Nos photos du Triomphe ici.

Auché 90.JPG

© Sylvain Auché 

 

Car les Casoars n’ont jamais été aussi beaux 

que dans la bourrasque des vents contraires.

 

 

 

 

 

 

 

   Livre, photos, ESM Saint-Cyr, Ecole Spéciale Militaire

11:34 Publié dans Mili-Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

22/07/2013

« Toujours y croire », roman d’Arthur Hopfner, Commando Marine (e.r), Ed. Edilivre, et mili-brake…

 

  

ECPAD.jpg

Opex-lecture. © ECPAD

 

Chers lectrices et lecteurs,

La Plume & L’Epée fait une pause de 3 semaines, histoire de recharger les batteries. Rassurez-vous, ce n’est pas le blog qui nous épuise… bien au contraire, il nous donne la pêche ! Mais nos vies professionnelles et familiales restent denses. Alors, même si c’est sans commune mesure avec ce qu’endurent nos garçons et filles en OPEX, quelques jours de farniente sont bienvenus.

L’été n’est-il pas l’occasion d’une bonne lecture ? Nous vous avons parlé de nombreux récits, mais pourquoi pas un roman ? Les chefs d’œuvre ne manquent pas. Mes préférés ? « Pour qui sonne le glas » d’Ernest Hemingway, « La Bandera » de Pierre McOrlan, « Week-end à Zuydcoote » de Robert Merle, « A l’ouest rien de nouveau » d’Erich-Maria Remarque, « Le désert des Tartares » de Dino Buzatti, « Le Crabe-Tambour » de Pierre Schoendoerffer, tous les Lartéguy : Les Mercenaires, les Centurions, les Prétoriens…  etc. etc. etc.

Ou pourquoi ne pas donner sa chance à un roman écrit  en 2013 par un Commando Marine ? Original, non ?

Hopfner 1.jpg

Arthur Hopfner, après 20 ans de forces spéciales, prend la plume du romancier avec « Toujours y croire ». Bien entendu, nous ne dévoilerons pas l’intrigue puisqu’il s’agit d’une fiction. Reprenons simplement le synopsis :

 

« Jacques Mandrier, membre des forces spéciales, est un homme comblé.

Une femme qui l’aime, un fils dont il est fier et un métier passionnant qu’il adore, sans oublier des amis sincères.

Pourtant, après 20 ans au sein des Commandos Marine, il arrive à un carrefour de sa vie professionnelle où il va devoir, afin d’être plus présent auprès des siens, faire des choix.

Mais le destin va en décider autrement et c’est un combat auquel il ne s’attend pas qu’il devra livrer. De Paris à Bagdad en passant par Riyad, il lui faudra à nouveau comprendre, s’adapter puis dominer et riposter… pour retrouver le bonheur dont on l’a privé.

Ses convictions d’homme l’aideront à toujours y croire… » 

420576_567229479975697_783924878_n.jpg

Arthur Hopfner

Oh, Arthur ne revendique pas le prix Goncourt ! Mais il nous offre un sympathique moment de lecture. L’intrigue est bien menée ; le style simple sied aux personnages ; Oui, un rien de romanesque, mais c’est la loi du genre. On ne peut que se prendre d’affection pour « Jacques Mandrier », compatir au drame qui le touche, se réjouir pour lui quand le jour se lève…

C’est un roman, certes, mais les multiples références fleurent bon les Forces Spéciales. Et par-dessus tout transpire l’esprit de fraternité qui règne parmi les Commandos Marine. Et là, nous ne sommes pas dans la fiction.

insigne-de-beret-commandos-de-marine.jpg

Il ne vous reste qu’à trouver une place à l’ombre, « Toujours y croire » dans la main gauche, une bière fraiche dans la main droite…

 

logo.gif

Pour vous procurer le livre, voir ici.

Page FaceBook d’Arthur : ici.

 

945669_542233555814112_42622936_n.jpg 

Jeu lancé par Arthur : « Toujours y croire » à travers le monde : Sénégal, Tahiti, Grand Canyon, Las Vegas… Votre Chasseur a participé avec Versailles, certes moins exotique…

 

 

arthur-hopfner-du-beret-vert-a-la-plume.jpgMessage d’Arthur Hopfner sur sa page FaceBook.

 

Aujourd'hui, c'est l’anniversaire de S... J 'ai eu la chance de l'avoir vu arriver au Commando, à Jaubert. J'étais son chef d'escouade. Il avait vingt ans et avait tout à découvrir. 20 ans plus tard cet homme est père de famille, chef de groupe à son tour, il a effectué plusieurs missions en Afghanistan. Lors de l'une d'entre elles, il a perdu l'un de ses hommes après une nuit de combat au contact direct de l'ennemi, nuit épouvantable qu'il va garder en mémoire toute sa vie. Pourtant, quelques mois plus tard, il y retournera et repartira chasser le taliban et effectuer son travail de forces spéciales avec professionnalisme, en veillant sur la vie de chacun de ses hommes. Au moment d'écrire ces lignes il est toujours en première ligne là-bas sur le continent africain, l'endroit dont nous parlent tant les médias. Alors je suis heureux que mon livre sorte ces jours-ci, parce qu'à travers lui je voulais rendre hommage à ces hommes de l'ombre, ces frères d'armes, pères de famille, passionnés de rugby, de foot ou de sport et surtout aimant la vie, qui se battent aux quatre coins du monde, pour nous, pour notre liberté. Mon héros "Jacques Mandrier" pourrait être S... dans sa mentalité, ses valeurs, ses conceptions de l'amitié, de l'amour, du drapeau. Bon anniversaire S... Je suis très fier de toi.

* * *

Rassurez-vous, nous revenons bien fin-août, avec un reportage sur le très réussi Festival International du Livre Militaire, et le (splendide !) Triomphe de Saint-Cyr Coëtquidan, où nous avons fait de belles rencontres, en sus de joyeuses retrouvailles avec le CNE Brice Erbland, le SCH Yohann Douady, le CCH Emmanuel Gargoullaud...

Mais vous craignez que nos sources d'inspiration se tarissent ? Là aussi, rassurez-vous et jugez :

"Au service de l'espoir" du CNE (e.r) Philippe Stanguennec, du CoTAM ;

"La Légion" de l'adjudant légionnaire (e.r) Thomas Gast ; 

"15 ans au GIGN" d'Eric Delsaut ;

"La guerre vue du ciel" du LCL Marc Scheffler, pilote de Mirage 2000D ;

"Afghanistan, la guerre inconnue des soldats français" du reporter-photographe Nicolas Mingasson ;

"Journal d'un soldat français en Afghanistan", du SGT marsouin Christophe Tran Van Can ;

"Une vie dans l'ombre" du COL (e.r) Thierry Jouan ;

"Un agent sort de l'ombre" de Pierre Martinet, ancien de la DGSE ;

"Task Force Tiger" du COL Nicolas Le Nen, 27e BCA, commandant le GTIA ;

"Le temps de l'action", les gaulois du 92e RI par le photographe Alphonse-Bernard Seny ;

"EV3" de l'engagé volontaire Patrick Camedescasse ;

"Soldats cibles" du marsouin François Lapuh ;

"D'ombre et de poussière" du binôme bien connu Goisque-Tesson ;

"Mon Afghanistan" du cousin québécois LCL Steve Jourdain ;

"Les cloches sonnent aussi à Kaboul", du padre Jean-Yves Ducorneau ;

Le magnifique livre-photo du photographe, ancien artilleur et Saint-Cyrien d'adoption Sylvain Auché... et j'en passe...

Dire que nous avons rencontré la majorité de ces auteurs... Oui, le Chasseur et la Russe-blanc ont bien de la chance.

Smiley.jpg

Courage à ceux qui restent sur le pont ! Quant aux autres :

293740_417129788328312_1135119088_n.jpg

 

 

 

 

 

   Livre, roman, récit romancé, Commando Marine

08/07/2013

"Combattants sans passé", Robert Markus, 2ème REP.

Photos et extraits publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

 

"Ces hommes d’exception qui choisissent de servir la France avec honneur et fidélité…"

Général Christophe de Saint-Chamas, Commandant la Légion Etrangère

 

 

Legio Patria Nostra. Trois mots qui résonnent dans le cœur de tous les Légionnaires, comme ils devraient le faire dans celui de chaque Français. Quels mecs quand même ces Képis blancs ! N’hésitez pas : avec « Combattants sans passé » du Sergent Robert Markus, imaginez-vous, le temps de la lecture de son récit, dans la peau de l’un d’entre eux…

Combattants sans passé.png

Entrez dans la peau de Robert ! Vous êtes un jeune gars, vous vivez à Maribor dans la belle Slovénie, vous êtes mécanicien et puis, non pas sur un coup de tête, car ce n’est pas votre genre, mais après mûre réflexion, vous quittez votre fille, votre mère, votre sœur, vos amis… Vous quittez toute votre vie et vous prenez un billet de train pour Marseille, pour servir la France sous le képi blanc.

Et pourtant, vous ne parlez pas un mot de français. Alors, dans un premier temps, vous jouez les ombres : « Un ordre. Que font les autres ? Je fais pareil ». Vous doutez parfois, mais dans la tête, les choses sont claires : vous atteindrez l’objectif que vous vous êtes fixé : intégrer la Légion, vaille que vaille, coute que coute.  Et vous marchez ! Vous courrez ! Vous sautez ! Vous suez ! Vous vous massacrez les pieds et le dos ! Oui, vous en ch*, mais  vous la fermez, même si parfois….

FOGA l008.jpg

Lors d’une marche, vous êtes appelé auprès du Lieutenant, pour servir de radio. En sus de votre arme, de votre sac qui vous déchire déjà le dos, d’une partie des affaires d’un camarade à la peine, vous portez tout le matériel radio.

Plusieurs fois le Lieutenant s’est retourné pour me demander si tout allait bien (…)  J’ai toujours répondu dignement, en serrant les dents, comme si tout allait bien. En fait, j’avais envie de jeter ce *putain* de poste de radio par terre, avec toute la force qui me restait, pour qu’elle explose en millions de morceaux !

Qatar l010.jpg

Mais si vous avez la chance d’être un homme de la trempe de Robert, vous tenez  le coup physiquement, et de plus, par une certaine forme de grâce,  vous respectez d’instinct les us et coutumes de la Légion.

Alors, même si vous ne maîtrisez toujours pas le français, la récompense est au bout : vous vous coiffez du képi blanc. Vous êtes désormais un Légionnaire. Tant ont échoué ou abandonné, que vous pouvez en être fier. Oh oui !

DSC00456.JPG

Voici venu le temps de l’affectation. Vous restez dans un même esprit de saine ambition : légionnaire, c’est génial, légionnaire-para, ça l’est encore plus ! Donc ce sera le 2ème REP de Calvi. Ouais. Reste que, ce n’est pas vous qui décidez…

A Aubagne, accompagné de votre Lieutenant, vous vous présentez devant le Colonel du 1er RE qui va vous affecter. Votre français reste approximatif, mais vous êtes décidé :

- Où veux-tu aller ?

- Au 2ème REP, mon Colonel.

- Non, non. Toi, tu iras au 1er REC.

- Non mon Colonel. Je veux 2ème REP.

- [en fronçant les sourcils] Le 1er REC n’est pas assez bon ? Ce n’est pas la Légion étrangère ?

- La 1er REC bonne. Mais moi veux 2ème REP.

Après un coup d’œil au Lieutenant du 4ème RE, qui cache mal son sourire, le Colonel approuve. Ce sera Calvi.

Congo l006.jpg

Et sans transition,  vous voici dans un Transall, au-dessus de la Corse, à jouer les pantins accrochés sous un bout de tissu. Rien que ça.

Je me suis quelque peu perdu dans les différentes émotions ressenties, le saut dans le vide, l’adrénaline, l’accélération du rythme cardiaque.

Il y avait l’avion, il y avait moi, l’altitude, le parachute, le saut, l’air…

Et puis,  jour après jour, vous vous fondez dans votre Patria, vous progressez en français, vous vous endurcissez encore plus, physiquement, mentalement ; vous ne bronchez pas aux ordres des Caporaux, qui règnent en maîtres sur les chambrées, vous nettoyez les toilettes sans moufter, vous buvez la bière…

Congo l004.jpg

Evidemment, vous êtes jeune et vigoureux, cloîtré depuis des mois avec des mâles, donc certains besoins « physiologiques » de base vous titillent l’esprit (et le reste). Lors des premières sorties, vous pensez vivre l’aura du Légionnaire auprès des filles, mais, attention, les étincelles dans les yeux de certaines d’entre elles sont surtout allumées par l’aura de votre portefeuille…

Avec le nombre de b* qui étaient entrées et sorties de cette fille, on aurait pu construire une autoroute à quatre voies de Calvi à Paris…

RCA l016.jpg

Et puis, à l’occasion, vous jouez des biscoteaux et balancez quelques châtaignes, mais c’est de tradition légionnaire…

Comme chaque année, la fête [de Noël] a été mémorable. Des spectacles de divertissement joués par des Légionnaires sur une scène de théâtre improvisée, une ambiance festive et des têtes chaudes. Cette fois, la compétition des forts caractères avait lieu entre les Anglais et les Polonais. Une bagarre a éclaté à peine une heure après le début des festivités, mais n’a pas duré longtemps. Quelques bons coups concrets et rapides ont été échangés, agrémentés par les insultes standards anglaises « fuck you » [va te faire…] et polonaises « Kurva » [salope]. Cette « performance théâtrale » imprévue a été le centre de l’attention. Nous sommes tous restés simplement assis en les observant, le Capitaine inclus, en attendant que les coqs combattifs se calment. Puis le Capitaine leur a tranquillement demandé s’ils en avaient assez, et si nous pouvions continuer avec le dîner et le spectacle.

Djibouti l009.jpg

Et puis vous découvrez l’Afrique, antithèse de votre chère Slovénie… Le Tchad, la République Centrafricaine, la Gabon, le Congo, Djibouti…

Les hommes restaient tranquillement couchés devant leur cabane, dans l’ombre, sur le tapis (…) Ils regardaient autours d’eux en se grattant les c*, outils indispensables pour la fabrication d’héritiers de la pauvreté.

En Centrafrique, vous subissez le jeu de jeunes chenapans, qui empoisonnent vos tours de gardes au camp de Bangui :

Afin de protéger le garde dans le mirador des jets de pierres, un filet métallique a été installé.

Ces pestes ont rapidement inventé de nouvelles techniques plus sophistiquées pour nous embêter. Ils ont rempli des préservatifs d’urine et les ont jetés directement dans le filet de métal (…) au contact, les préservatifs explosaient…

Mais la vengeance est un plat qui se mange froid, et malheur au chef de bande que vous allez attraper un peu plus tard.

RCA l017.jpg

L’Afrique ne cesse de vous surprendre…

Après une nuit blanche pour avoir « fait le barbelé » [forme légionnaire de « faire le mur »] et fêté votre anniversaire, vous embarquez pour un saut d’entrainement avec des paras centrafricains.

Je bataillais contre le sommeil alors qu’eux étaient apeurés à mort. (…) J’ai appuyé le front sur mes mains et fermé les yeux en pensant que j’allais pouvoir me reposer quelques minutes avant le premier saut. Erreur capitale. Dès le décollage, les soldats locaux ont commencé à chanter en chœur avec enthousiasme. J’ai levé la tête pour vérifier de mes yeux ce que mes oreilles ne pouvaient croire (…) Ils tapaient dans les mains au rythme d’une chanson d’église, semblait-il (…). Adieu sommeil. Amen.

FOGA l007.jpg

Vous avez aussi droit au grand écart de la sortie « culturelle » :

Petit a)  Il était interdit de plonger dans les profondeurs noires sans protection de caoutchouc. Si jamais le héros se présentait chez le médecin avec une maladie sexuelle, ce dernier l’aidait volontiers, en le piquant avec une aiguille énorme directement dans le plongeur téméraire. Le malheureux patient sautait de joie pendant au moins deux jours après la confrontation avec l’aiguille

Petit b) Le Capitaine a organisé une sortie au cinéma dans le centre culturel français, avec au programme le dessin animé Pocahontas. Quand nous sommes sortis du centre comme un groupe d’écolier en uniforme, nous avons été la cible de regards stupéfaits des parents…

Et puis aussi, à l’occasion, vous vous vengez gentiment d’un Lieutenant pénible, profitant de son assoupissement alors que vous conduisez le camion sur une piste. Vous visez le nid de poule et  *boum* réveil mode panique du Lieutenant. Evidemment vous vous faites engueuler, mais intérieurement, vous vous marrez…  (héhéhé).

RCA l015.jpg

Oui, lisez « Combattants sans passé » et prenez-vous pour un Légionnaire ! Dans un style simple, direct, honnête, Robert vous offre cette chance. Changez de peau, le temps d’une lecture !

 

Chaque jeune homme tenté par le képi blanc devrait s’y plonger, car la Légion n’est pas un choix, c’est une vocation. Pour les anciens, que de souvenirs reviendront à la surface, avec à n’en pas douter, une certaine émotion. Quant à tous les autres, ils refermeront le livre avec le sentiment d’en avoir appris beaucoup sur ce corps d’élite, si atypique, dont la France est si fière et à juste raison.

970317_10201314800222153_1458568436_n.jpg

SGT Robert Markus et ADC Jean-Yves Saulnier 

Et lisez aussi « Combattants sans passé » pour Robert, l’archétype du Légionnaire au sens le plus noble du terme, un type large d’épaules, clair dans sa tête, droit dans ses rangers. Un type pour qui les mots Honneur et Fidélité ont encore un sens. Un Slovène, dont la France peut s’enorgueillir de l’avoir adopté pour fils.

Kosovo - GAL Bidartl013.jpg

Robert et le Général Bidart

*

robert_markus.jpgRobert Markus est né en Slovénie. Après son service militaire dans la défunte armée yougoslave, et pour des raisons que nous tairons, tradition Légionnaire oblige, il quitte sa ville natale de Maribor et s’engage dans la Légion. Affecté au 2ème REP de Calvi, il participe aux principales OPEX des années 1990 et 2000 : Tchad, République Centrafricaine, Gabon, Congo, Bosnie-Herzégovine, Djibouti, Kosovo, Guyane, etc. Il est nommé Sergent en 2001.

Robert quitte la Légion après 15 ans de service aux 2ème REP, 13ème DBLE, 4ème RE et 2ème REI. Il est marié à Aleksandra et vit dans le sud de la France.

markus2.jpg

Robert s’est lancé seul dans cette belle aventure littéraire, qui retrace ses 5 premières années de Légionnaire. Ecrit en slovène, son récit a été traduit en français par sa femme Aleksandra. Devant le succès en Slovénie (classé best-seller, et oui…), Robert poursuit l’aventure avec «  Légion ; anecdotes et traditions », dont il fait actuellement la promotion dans son pays natal. On espère pouvoir le lire bientôt en français… 

b_72.jpg

 Pour vous procurer « Combattants sans passé », et contacter Robert (accueil sympathique garanti) voir ici.

 

 

 *

300px-Flag_of_legion.svg.png

Hommage

Aux Légionnaires morts pour la France

Aux blessés

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux bérets verts

 

Respectueux des traditions,

attaché à tes chefs,

la discipline et la camaraderie sont ta force,

le courage et la volonté tes vertus. 

Code d’honneur du Légionnaire

 

DSC00457.JPG

Et moi le vieux Chasseur à pied, dinosaure d’un corps historiquement prestigieux, qui ne survit que grâce au 16 (Dieu soit loué) ; ces Vitriers à l’esprit quelque peu fantaisiste, protestataires, voire frondeurs dès que l’on touchait à leurs traditions, allant jusqu’à renommer les couleurs qui ne leur convenaient pas… Bleu cerise ! Jonquille ! Ce corps des Chasseurs à pied pourtant si vaillant, auquel j’ai eu l’honneur d’appartenir,  comme avant moi mon arrière-grand-père et mon grand-père ;  ces diables bleus qui n’ont pourtant jamais démérité, « Qu’on nous fasse marcher plus vite, mais que l’on ne nous supprime pas ! », hélas laminés en 20 ans, sans état d’âme…

Je formule le vœu que la France n’agira pas de même avec la Légion, et que dans cent ans, un jeune Slovène quittera sa jolie ville de Maribor, prendra un train pour Marseille, avec ces trois mots à l’esprit :

Legio Patria Nostra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Livre, récit biographique de Légionnaire, 2e REP

23/06/2013

"Haute Tension - Le 27e BCA en Afghanistan", S. Tesson, T. Goisque, B. de Miollis, Ed. Gallimard

In memoriam

Fernand-Gaston Camut, 71ème BC, Croix de guerre 14-18, mon arrière-grand-père,

Maurice Camut, 1er BC, 69ème BC, Croix de guerre 39-45, mon grand-père.

 

 

 

"Faire la guerre à une rébellion est lent et compliqué,

comme manger sa soupe avec un couteau"

T.E. Lawrence, « Les sept piliers de la sagesse »

 

Okay. Vous vous dites : on parle du 27ème BCA, alors le Chasseur saute de joie… Certes. Mais, avec « Haute Tension – Des Chasseurs alpins en Afghanistan », nous ne nous plaçons pas que dans l’affectif…

Miollis.jpg

Nous avons entre les mains un ouvrage collectif : texte de l’écrivain Sylvain Tesson, photos de Thomas Goisque, croquis, dessins aquarellés, de l’artiste Bertrand de Miollis. Résultat : un livre atypique, vraiment sympa, très original, que nous pourrions qualifier de « journal de guerre ».  

DSC00274.JPG

Bertrand de Miollis, Sylvain Tesson, Thomas Goisque

2009. Sylvain, Thomas et Bertrand sautent dans leurs treillis de reporters de guerre, enfilent casques et gilets pare-balles, et se fondent dans le Groupement Tactique Interarmes "Tiger" qui se déploie dans la vallée de la Kapisa pour 6 mois. 

Placée sous le commandement du Colonel Nicolas Le Nen, la Task Force Tiger est composée du 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins, appuyé par des éléments du 93ème Régiment d'Artillerie de Montagne, du 2ème Régiment Étranger du Génie, du 4ème Régiment de Chasseurs et du 28ème Régiment de Transmissions regroupant un total de plus de 400 militaires français.

2009, encore au temps de la conquête...

Faites sonner les cors !

 

DSC00273.JPG

En Afghanistan, seuls 10% des 60 000 soldats américains sortent sur le terrain ! Le Colonel Le Nen veut éviter cette tentation d’une guerre électronique faite sous les blindages ou d’une guerre aérienne conduite devant des écrans. Ses soldats sont là pour renouer avec le réel, dans un monde inféodé au virtuel.

 

 

DSC00268.JPG

Les Chasseurs feront ici ce en quoi ils excellent : labourer le terrain.

 

Capture.JPG

Patrouille du 27ème BCA en Kapisa - Photo © Thomas Goisque

Les alpins ragent de ne pouvoir déposer les armes pour grimper sur les piliers de granit, skier dans les couloirs, traverser les hautes arêtes, batailler contre eux-mêmes et les sommets lointains. L’Hindou Kouch promet toutes les aventures, mais l’alpinisme est un luxe de temps de paix. Les champs de bataille sont parfois théâtres de splendeurs.

 

DSC00271.JPG

Début mars 2009. L'armée nationale afghane, tout comme les forces de l'ISAF, se voient interdire par les insurgés l'accès à la vallée d'Alasay.

Située dans la zone d’action des hommes du Colonel Le Nen, l'objectif de l'état-major est clair : la conquérir.

 

R - Alasay - Bertrand de Miollis.jpg

La vallée vue du toit de "l'hôtel Alasay" - Aquarelle de Bertrand de Miollis

Le 14 mars, la Task Force française, les 1er et 2ème Kandak de l’Armée Nationale Afghane, appuyés par l'US Air Force, partent à l'assaut de la forteresse naturelle talibane.

 

Capture2.JPG

Vallée d’Alasay - Photo © Thomas Goisque

4 heures 30, les Chasseurs sont aérotransportés sur les hauteurs de la vallée.

 

 

DSC00266.JPG 

La campagne afghane semble avoir été aménagée par les dieux de la guerre pour servir les desseins de l’insurrection.

 

Capture8.JPG

Tenir les hauts - Photo © Thomas Goisque

Les talibans ciblent la 4ème Compagnie déployée sur les hauteurs sud-est de la vallée, à 2000 mètres d’altitude. Les sections du lieutenant Alegre de La Sougeole  et de l’Adjudant Bouaouiche sont sous le feu. Les afghans ne peuvent se permettre de laisser les français contrôler les hauts.

 

DSC00270.JPG

Les talibans cherchent à s’imbriquer dans les sections pour contraindre les mortiers français à se taire. Les hommes du capitaine Gruet – lequel ne démérite pas de son surnom de « boule de feu » - se battent comme des diables. Le Lieutenant Alegre de la Sougeole fait hisser le drapeau français sur la position, au plus fort de la lutte.

 

zz.jpg

Après l’attaque d’un VAB à la rocket - Photo © Thomas Goisque

Le Caporal Nicolas Belda avait rendez-vous avec la mort. Il est tué sur le coup. Le Colonel Le Nen vient de perdre son premier homme. En apprenant la nouvelle, certains Chasseurs murmurent la dernière prière. D’autres, stoïciens, pensent à la force du destin.

 

DSC00265.JPG

Les canyons de Spé et de Skent, qui confluent pour former la vallée d’Alasay, offrent des replis aux insurgés. C’est à dessein que le Colonel Le Nen a laissé la possibilité aux talibans de s’y refugier. Quand crève l’aspect, il faut bien que le pus s’écoule. 

 

Capture5.JPG

La vallée d’Alasay est conquise, Photo © Thomas Goisque

Très loin vers l’est, par-delà les canyons de Spé et de Skent, se dressent les hauts sommets de l’Hindou Kouch, souverains, indifférents aux agissements des hommes. C’est à leurs pieds que les talibans, défaits, doivent panser leurs plaies, rendre culte à leurs morts, et mâcher leurs rancœurs. 

Les combats ont été féroces, mais il a suffi d'une journée aux diables bleus et leurs alliés afghans pour bousculer les talibans, les déloger des contreforts de la vallée et repousser toutes leurs contre-attaques. On estime à 70 le nombre d'insurgés tués.

Dès le lendemain de l'assaut, les bases avancées d'Alasay et Shehkut, permettant de contrôler la vallée conquise, sont établies.

 

 

DSC00260.JPG

 

 

* * *

 

Miollis.JPGNé en 1972, Bertrand de Miollis est diplômé de l’ESC de Dijon. Artiste autodidacte, lauréat d’une bourse de la Guilde Européenne du Raid, il se lance dans sa première aventure en 1998 : rallier par la piste Hanoï à Rangoon sur une vieille moto russe. Il effectue là son premier carnet de voyage et expose ses aquarelles au retour. Le virus du voyage l’a saisi. Dès lors Bertrand sillonne le monde, cahiers, crayons et aquarelles sous le bras, sur terre comme sur mer : De Saïgon à Saint-Malo sur une jonque, le tour du Kirgizstan à bord d’un side-car, expédition Paris-Kaboul, Irak…

Bertrand est également homme d’entreprise et collabore avec la Banque Edmond de Rothschild (communication), BNP Paribas (carnets de voyage d’entreprise) ou L’Oréal. Il dessine aussi pour Dior, Lancôme…

Site de Bertrand ici.

 

TESSON.JPGSylvain Tesson est né en 1972. Géographe de formation, diplômé de géopolitique, il parcourt le monde dès 1991, traversée de l’Himalaya à pied, des steppes d'Asie centrale à cheval, expéditions archéologiques au Pakistan et en Afghanistan, itinéraire des évadés du goulag... De toutes ces aventures, Sylvain tire des livres et reportages unanimement salués. 

^ Sylvain Tesson, photo de Natachenka

Il obtient le prix Goncourt de la nouvelle en 2009, pour "Une vie à coucher dehors" et le prix Médicis essai en 2011 pour "Dans les forêts de Sibérie".

En juin 2012, il est reçu parmi les écrivains de Marine, assimilé au grade de capitaine de frégate.

 

goisque1.jpgNé en 1969, frère du Colonel Jérôme Goisque (126ème RI, commandant le GTIA « Bison »), Thomas Goisque est diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Il réalise son grand projet de fin d’études en Asie du Sud-Est au profit d’une O.N.G. engagée dans la scolarisation des enfants des rues. En 1993, appelé sous les drapeaux, il devient photographe du Gouverneur Militaire de Paris avant de se porter volontaire pour une mission de la FORPRONU en Bosnie qui donne lieu à son premier album : « Bosnie hiver 95, journal de marche d’un casque bleu appelé ».

Depuis plus de quinze ans, de Valparaiso à Irkoutsk, de Saigon à Bagdad, de Kaboul au Cap de Bonne-Espérance, il parcourt le monde pour la presse magazine et publie  de nombreux livres-photos, dont la remontée du Mékong avec Pierre Schoendoerffer..

Site de Thomas ici.

 

391673_528525480518253_1898552544_n (1).jpg

Sylvain et Thomas viennent de publier "D’Ombre et de Poussière", aux éditions Albin Michel. L’occasion pour Thomas de présenter ses superbes clichés, lors d’une exposition à la galerie Nabokov.

IMG_0909.JPG

Exposition des photographies de Thomas Goisque - Alexis Nabokov, photo de Natachenka

 

Evidemment, Natachenka s’est précipitée… Rencontre fort sympathique avec Alexis Nabokov, maître des lieux et ami de nos trois auteurs.

 

9782717858532-g-z.jpg

Le Colonel Le Nen a publié son journal de marche, "Task Force Tiger", chez Economica. Il sera intéressant de le mettre en perspective avec "Haute Tension".

* * *

Je ne peux m’empêcher de revenir sur la dédicace de Bertrand.

Car, voyez-vous, sa dédicace, ce n’est pas que ce texte fort sympathique :

DSC00276a.JPG

A l’origine, la page était blanche... donc sa dédicace, c’est aussi :

DSC00276b.JPG

Et oui, une œuvre originale, crayon et aquarelle, de Bertrand. 

 

* * *

 

insigne-de-beret-chasseur.jpg

Hommage

Aux diables bleus morts pour la France en Afghanistan :

Adjudant-Chef Franck Bouzet, 13ème BCA,

Adjudant Laurent Pican, 13ème BCA,

Caporal Nicolas Belda, 27ème BCA,

1ère Classe Eguerrant Libaert, 13ème BCA,

1ère Classe Clément Chamarier, 7ème BCA.

Aux Chasseurs morts pour la France.

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

Le 27ème BCA en Afghanistan, reportage de Géraud Burin des Roziers pour Zone Interdite, M6. Formidable.

  

Alasay Drapeau.JPG

Le drapeau français hissé sur les hauts de la vallée d'Alasay

 

Francs Chasseurs, hardis compagnons,

voici venir le jour de gloire !

La Sidi-Brahim, chant des Chasseurs 

afgha porttraits.jpg 

Dessin et aquarelle de Bertrand de Miollis

 

 

 

 

 

 

 

 

    Livre, photos, 27e BCA en Afghanistan, Alasay, Alasaï

17:49 Publié dans Mili-Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2013

"Une vie de Légionnaire", ADC Jean-Claude Saulnier, 2ème REP, Ed. Nimrod

Extraits et photos publiés avec l'aimable autoristation de l'auteur et des éditions Nimrod. Droits réservés. 

 

Et le temps passera. Ces hommes, anonymes sous le képi blanc, continueront de défiler majestueusement et de se battre comme ils l'ont toujours fait, relevés par d'autres hommes au même képi blanc, ayant toujours dans les yeux le reflet de cette foi intérieure qui ennoblit la Légion.

Maréchal Juin

 

Il y a des jours comme ça.

Vous êtes au bureau. Vous jetez un coup d'œil à la fenêtre. Ah ! Le soleil brille enfin ! Votre téléphone sonne. Vous ne connaissez pas le numéro. Vous décrochez.

"- Bonjour Monsieur, Jean-Claude Saulnier à l’appareil.

- ...??!?! Adjudant-chef Saulnier ?

- Mais oui.

- …"

Adjudant-Chef Saulnier, 2ème REP, infirmier, président des Sous-Officiers, Chevalier de la Légion d’Honneur, 34 ans de Légion, du saut sur Kolwezi à L’Afghanistan. Waouh !

Et puis... nous avons parlé une heure, des Légionnaires bien sûr, de ces em* de Chasseurs, du Mali, de nos arrière-grands-pères en 14, du retour des GI du Vietnam, du Service militaire et de ses bienfaits... et d'une bière...

L’impression de se connaître depuis toujours et que le soleil ne brille pas que dans le ciel.

Saulnier.jpg

« Une vie de légionnaire », nouvel opus de nos amis des Editions Nimrod, qui, décidément, n’ont que de bonnes idées. Ce livre est le résultat d’une collaboration entre l’ADC Jean-Claude Saulnier et Pierre Dufour, écrivain et journaliste, spécialiste de la Légion, qui brosse une histoire extrêmement précise du 2ème REP de 1977, date de l’engagement de Jean-Claude, à son adieu aux armes en 2011.

De par la densité du livre (400 pages…), cette chronique n’est qu’un humble résumé, parti-pris de votre serviteur.

soral-julien.jpg 

Engagement sous le nom de Julien Soral

Né à Châtellerault, aîné d’une fratrie de 3 garçons, hélas orphelin de père à 5 ans, Jean-Claude Saulnier n’a pas, a priori, la vocation militaire. Il effectue son service à la 153ème CLRM puis tente sa chance dans le civil comme chaudronnier.

Pas de vocation militaire donc, et pourtant, lassé des jérémiades de ses concitoyens :

Je suis parti, car les gémissements des gens me tuaient à petit feu.

1977, Engagement, Fort de Nogent

 

Et c’est pour la Légion qu’il opte, convaincu par un Adjudant-Chef recruteur qui évoque une vie d’aventure, d’action et de camaraderie.

La Légion, dont il découvre bien vite les spécificités….

[Le médecin] m’a demandé si je buvais.

« - Oui, Normalement.

-         C’est-à-dire ?

-         Bah, deux ou trois bières.

-         Caisses ?

-         Mais non, canettes ! »

Visite médicale, Aubagne

 

C’était une véritable fourmilière, sans cesse en mouvement, jour et nuit. Jusqu’au grade de Caporal, les gens courraient partout. On avait l’impression qu’il fallait être cadre ou permanent pour avoir le droit de marcher. Une cour de récréation pour adultes.

Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les fenêtres ouvertes en plein mois de novembre. J’ignorais encore que les chambrées étaient chauffées par des poêles à mazout qu’il fallait éteindre à 22 heures, et qu’on ouvrait les fenêtres le matin jusqu’au retour du sport, quel que soit le temps. 

Nous avons appris à prendre soin de nos pieds et de notre corps, percer les ampoules avec un fil trempé dans le permanganate, casser les rangers à coups de marteau pour les assouplir. Certains urinaient même dedans.

1977, Instruction, Castelnaudary

DSC00228b.JPG

Le 2e REP à Calvi, 1978

Son instruction à Castelnaudary n’est pas une sinécure, mais le fameux mens sana in corpore sano s’applique bien à Jean-Claude, et la récompense de tant de sueur, d’ampoules, de courbatures, de grimaces et de serrements de dents l’attend au bout du chemin :

Puis l’ordre a retenti : « Coiffez vos képis blancs ! ». Pendant quelques secondes il y eut un moment d’émotion, puis nous nous sommes coiffés de ce képi pour lequel nous avions fourni tant d’efforts.

Jean-Claude opte pour le 2ème REP de Calvi. Il est vrai que cumuler le prestige du Légionnaire à celui du Para…

DSC00228.JPG

Calvi, Saut d’entrainement, 1978

C’est à Calvi que se forgeait désormais l’esprit para du Légionnaire. C’est aussi à Calvi que se trempait l’âme du régiment.

1978, 2ème REP, Calvi.

  

DSC00229.JPG

Entraînement LRAC, lance-roquette-anti-char

Et c’est toute la vie du Légionnaire que nous dévoile le livre, y compris dans ses aspects les plus cocasses…

On allait aussi au Pouf, le bordel militaire de campagne. Bien sûr pour les filles, mais aussi pour passer un bon moment. Il existait un jeu entre compagnies. Quand l’une était au Pouf, une autre envoyait le plus jeune pour chercher de la bière après l’appel.

Rien d’extraordinaire, direz-vous, si ce n’est qu’une concurrence, certes amicale mais très  « virile », régnait entre les compagnies. Lorsque l’une d’elles  était au Pouf, les autres y étaient persona non grata. De ce fait, l’arrivée du p’tit jeune au bordel était sanctionnée à coups de poings…

Le pauvre « bizut » avait deux options :

- Se faire casser la tête, revenir sans bière, et être accueilli par le mépris des caporaux de sa compagnie,

-  Se faire casser la tête, et revenir avec la bière. RAS.

L’expérience aidant, l’idée était de cacher deux ou trois caisses de canettes dans le maquis et de s’affranchir ainsi… du cassage de tête au Pouf !

Et puis… A peine un an dans la Légion, et Jean-Claude entre dans l’histoire.

saulni20.jpg

Kinshasa, avant le saut sur Kolwezi  

Dès l’indépendance du Congo belge en 1960, la région du Katanga, riche en matières premières stratégiques, manifeste violement son désir d'autonomie. En mai 1978, une nouvelle révolte, soutenue par le bloc soviétique, se dresse contre le pouvoir central de Kinshasa. Plusieurs milliers de  rebelles, bien armés, encadrés par des conseillers cubains, investissent Kolwezi où résident près de 3000 Occidentaux. 

Blancs et noirs font face à la mort. Les minutes comptent double. Des européens sont abattus comme des chiens à certains endroits de la ville. Kolwezi est livrée aux pillards. 

La Belgique, ancienne puissance coloniale, tergiverse quelque peu, la France, elle, percute !

Jean-Claude décolle vers un saut qui marquera l’histoire du XXème siècle. 

19 mai 1978

A 15 heures, un grondement d’avions se fait entendre au nord de la ville, au dessus de l’ancien aérodrome. Les corolles blanches des parachutes s’ouvrent dans un ciel de plomb. Parmi les africains, une rumeur se répand : Ce sont les Cubains qu’on attend ! Mais les Européens savent que c’est le salut qui vient du ciel…

2erep-kolwezi.jpg

Le 2e REP saute sur Kolwezi -Photo © 2ème REP  

La descente a été pénible et m’a paru très longue (…) Des rafales d’armes automatiques ont été tirées à partir de la lisière nord de la ville et de la voie ferrée située à l’est de la zone de saut. La densité de la végétation autour des villas de l’ancienne ville ne permettait pas de situer l’origine des coups de feu, mais leur imprécision ne provoqua aucune perte. Il est néanmoins désagréable d’être une cible impuissante. Un vrai pigeon d’argile.  

Hélas Jean-Claude se blesse à l’atterrissage, mais le courageux jeune-homme n’a pas l’intention d’abandonner les copains. Il sert les dents  et marche.

Legion-Etrangere-OPEX-Kolwezi-0029.jpg

Déploiement du 2ème REP à Kolwezi. Photo © AALE

C’est un voyage au bout de l’horreur qui commence alors pour les Légionnaires. Partout ce ne sont que des rues désertes parcourues par des meutes de chiens errants qui s’attaquent aux innombrables cadavres abandonnés à même le sol, des voitures calcinées, des tas d’immondices devant les maisons pillées. L’odeur âcre prend à la gorge. Des essaims de mouches tourbillonnent et s’acharnent sur les corps mutilés, gonflés, hideux.

En quelques heures, le bilan du 2ème REP est éclatant. L’effet de choc des troupes d’assaut a été déterminant et a bousculé l’ennemi.

21$2$kol-9675b.jpg 

Photos © AALE

Au bout de quelques jours cependant, la douleur devient insupportable et Jean-Claude peine à marcher. Constat (et engueulade) du médecin : le pied est gonflé et noir comme la ranger ! Double fracture malléolaire et fissure du talon. Jean-Claude est rapatrié. Devoir accompli.

slide0010_image007.jpg

Défilé du 2ème REP à Kolwezi. En tête le Colonel Erulin (1932+1979) photo © famille Erulin

L’opération « Bonite » est un succès incontestable, mais le bilan est lourd :

5 tués et 20 blessés au 2ème REP, 6 disparus de la mission française, 1 para belge tué, 11 tués et 8 blessés parmi les parachutistes Zaïrois, sans compter les autres militaires de Kinshasa.

On estime à 170 le nombre de civils blancs massacrés, ainsi que 700 africains.

Les rebelles Katangais ont perdu 250 des leurs et sont en déroute.

2700 Occidentaux sont sauvés par l’opération.

DSC00234.JPG

1984, Jean-Claude est nommé Sergent 

On le voit, il y a du courage et de la volonté chez cet homme, tout comme une grande part d’humanisme, et c’est, assez naturellement, que Jean-Claude s’oriente vers le rôle d’infirmier.

Mais il reste bel et bien un Légionnaire avant tout, au grand dam des élèves de l’école de santé d’Orléans, appartenant à d’autres corps, pour au moins un aspect : 

Nous nous sommes intégrés sans problème dans un monde nouveau pour nous, mais d’un autre côté nous cultivions notre différence, qui se manifestait  par le pas Légion, ce qui fait que nous étions toujours en retard sur le pas des autres quand il s’agissait de marcher en rang. Finalement, le chef de stage a renoncé et nous étions préposés aux couleurs, au grand désespoir des autres, qui trouvaient que nous mettions beaucoup trop de temps pour faire le trajet jusqu’au mat…

1983, Ecole du Service de Santé, Orléans 

DSC00221 (2).JPG 

Assistance médicale en Centrafrique, 1982

Jean-Claude va partager la vie du 2ème REP multipliant les OPEX, en particulier en Afrique, terre de prédilection des Légionnaires : Centrafrique, Tchad, Gabon, Djibouti...

DSC00237.JPG

Jean-Claude Saulnier à l’entraînement à Djibouti 

Nous avons subi une violente tempête de sable comme on en voit dans les films. Nous nous sommes arrêtés, nous avons enfilés nos ponchos et courbé l’échine en attendant que cela passe. Quand la tempête a été terminée, on ne voyait plus de la section que quelques petits monticules de sable qui commençaient à s’ébrouer.

1980, Djibouti

DSC00230.JPG

Centrafrique 

Arrivés à proximité d’un village, nous avons vu un petit vieux sur le bord de la route, debout au garde à vous, toutes ses médailles pendantes. C’était un vétéran de la seconde guerre mondiale qui avait appris notre arrivée. On ne sait comment. Le Lieutenant a fait arrêter le convoi et a salué régulièrement l’ancien.

1984, Centrafrique

Puis vient le temps des forces d’interposition. Concept quelque peu angélique imposé par les politiques ; missions compliquées, frustrantes pour les militaires. Liban, Bosnie, Côte d’Ivoire… goût amer pour nos soldats.

USMC-Lebanon82-12.jpg

Marines du 32d MAU et légionnaires du 2e REP pendant l'évacuation des troupes de l'OLP de Beyrouth, photo © 2ème REP

Quand la nuit est tombée, nous avons eu droit à un son et lumière impressionnant. Dans tous les coins de la ville, nous voyions des départs d’armes lourdes, des traçantes dessinant des serpentins qui zébraient l’obscurité, tandis que le staccato des armes automatiques était ponctué de détonations assourdissantes. L’Ouest répondait à l’Est, avant que le Nord n’entre dans la danse et que le Sud s’en mêle.

1982, Liban

DSC00232.JPG

Jean-Claude Saulnier, poste avancé à Nevesinje, Bosnie 

Un bosniaque passait son temps à tirer sur les antennes du PC. De temps en temps, il parvenait à en couper une. (…) Dans ce cas, l’ADC Deptula venait me chercher à l’infirmerie pour monter sur le toit. Nous commencions à réparer l’antenne et là, nous entendions des balles se planter à quelques mètres de nous. (…) Les tirs se rapprochaient à 3 mètres, puis 1 mètre… Quand c’était très proche, nous décrétions que c’était l’heure du café et descendions du toit. Après cette pause, nous remontions pour finir le travail.

(…) Ce qui est sûr, c’est que le Bosniaque n’avait pas l’intention de nous tuer, car nous faisions des cibles faciles.

1992, FORPRONU, Bosnie 

550857242 CdI.jpg

Légionnaires du 2ème REP en Côte d’Ivoire, Photo © 2ème REP 

J’ai pris une rafale de Kalachnikov que j’ai évitée d’un roulé-boulé derrière un talus. J’ai lâché à mon tour une rafale et j’essayais de voir d’où provenait le tir. Encore deux ou trois rafales qui ont tapé à 10 ou 15 cm, mais je ne voyais pas le tireur. J’ai lâché encore une longue rafale et j’ai dégagé de ce coin malsain.

2002, Côte d’Ivoire

2eme REI.jpg

Légionnaires sous casques bleus – ici du 2ème REI, Bosnie. Photo © AALE

Nous avons pris conscience qu’un casque bleu, c’était un peu la palombe du coin.

1992, FORPRONU, Bosnie

Et cependant, Jean-Claude Saulnier reste philosophe…

J’ai vu un grand-père assis sous un arbre très feuillu. Je me suis approché et lui ai demandé comment s’appelait cet arbre. Il m’a dit : « C’est un arbre à ombre ». J’ai trouvé la réponse empreinte d’une grande philosophie.

2002, Côte d’Ivoire

DSC00236.JPG

Sur les sentiers du GR20

Désormais marié à Marylin, père de 4 enfants, on pouvait penser que la carrière de l’ADC Saulnier se déroulerait sereinement, sous le beau ciel de la Corse qu’il aime tant. D’autant plus que vient le temps des honneurs…

Reconnu par ses paires, il est élu Président des sous-officiers. Le rôle lui va comme un gant : accueil des nouveaux sous-off’, rappel des traditions et des us et coutumes, interface avec les officiers, et surtout soutien aux hommes en difficulté, tant d’un point de vue personnel que professionnel. Bel hommage de ses camarades, et sans aucun doute l’homme de la situation.

Mais… 11 septembre 2001, le monde entier regarde sa télévision avec effarement, et voici notre Adjudant-Chef de nouveau en campagne : direction le pays de l’insolence…

DSC00226.JPG

ADC Saulnier, GAL Townsend (101st Airborne), COL Bellot des Minière (CDT 2ème REP)

Nous résumerons la dernière campagne de Jean-Claude par ces deux phrases : 

Il est très dur de faire du social aujourd’hui avec des gens qui tireront sur vos camarades demain. 

La rébellion afghane est comme l’hydre de Lerne. On coupe sa tête, il en repousse deux.

2010, Afghanistan  

Et puis un jour de 2011, qui vient certainement bien vite pour Jean-Claude, bien trop vite même : l’adieu aux armes.

saulni17.jpg

2011, L’adieu aux armes, photo © 2ème REP 

Trente et un ans de joies et de coups de chien, l’épanouissement d’une vie d’homme et de sous-officier au sein d’une institution militaire sans égale au monde...

* * *

A la lecture de « Une vie de légionnaire », ce qui m’a frappé, outre évidemment la carrière exceptionnelle de Jean-Claude Saulnier, c’est sa formidable humilité.

Tentez l’expérience, dites-lui : «  Vous êtes une légende vivante du 2ème REP, c’est un honneur de vous rencontrer », il vous répondra à coup sûr : « Arrête tes conneries ».

Il n’y a là aucune fausse modestie, c’est simplement l’âme du personnage, et cela en fait toute la grandeur. De la part d’un Légionnaire, ce n’est certes pas surprenant.

Le 29.9.2005, lors de la prise d’armes de la Saint-Michel, j’étais fait Chevalier de la Légion d’Honneur (…) La première question que je me suis posé a été : « Pourquoi moi » ?

DSC00224.JPG

Saint-Michel, 29.9.2005, remise de la Légion d’Honneur par le GAL Dary

« Par son courage au feu et ses qualités d’infirmier au combat, a contribué personnellement à la sauvegarde de vies françaises.

Mérite d’être cité en exemple. »

24.5.2004, extrait de la citation à l’ordre de la division, Général d’armée Bentégat, Chef d’Etat-Major des Armées

* * *

ach_sa10.jpgNé en 1954 à Châtellerault, Jean-Claude s’engage en 1977 et rejoint le prestigieux 2ème REP de Calvi. Sa première mission de guerre fait date : le saut sur Kolwezi. Infirmier au combat, il participe à l’essentiel des opérations extérieures : Zaïre, Gabon, Centrafrique, Tchad, Djibouti (dont un déploiement avec le 13ème DBLE), Liban, Guyane (avec le 3ème REI), Bosnie, Afghanistan... En 2006, il est élu par ses paires Président des Sous-Officiers. Fait chevalier de la Légion d’Honneur en 2005, médaille militaire, trois citations, il poursuit sa carrière d’infirmier dans le civil. Amoureux de la Corse, sa terre d’adoption où il vit toujours, Jean-Claude est marié à Marylin et père de quatre enfants. Et c’est un chouette bonhomme !

Pierre Dufour, écrivain et journaliste spécialisé dans l'histoire militaire, a été chef du secrétariat de rédaction du mensuel de la Légion étrangère Képi blanc. Il est l'auteur de nombreux articles dans des revues françaises et étrangères et de plus de quarante ouvrages historiques et militaires consacrés à l'ancien empire colonial français, dont "La France au Levant", "La Légion en 14-18" et "Les Bat' d'Af".

* * *

Soutenez les éditeurs qui soutiennent nos troupes : Editions Nimrod 

Pour commander le livre, voir ici

* * *

insigne_2rep.jpg 

Hommage

Aux Légionnaires-Parachutistes du 2ème REP morts pour la France, 1977-2013

Zaïre

Sergent-chef DANIEL, Caporal-chef ALLIOUI, Caporaux ARNOLD et HARTE, Légionnaire CLÉMENT. 

Djibouti

Catastrophe aérienne du mont Garbi, morts en service aérien commandé. 

Capitaine PHILIPONNAT, Sergent-Chef STORAI, Sergents DORE, POMMIER et WOUTIER, Caporaux OEHLMANN, OLETTA, PELTON, SIMONET, BURGRAFF, 1ères Classes BEAUTEMPS, BETON, KERTY, ZASSER, Légionnaires BUZUT, DEPIERRE, FALAUT, GALVES, GORDON, GUNES, LEON, LIMA DA SILVA, LUANG, SENDERS, THIU-SAM, VELMAR.

Accompagnés de :

Capitaine  CHANSON et Caporal LAURIOL, 13ème DBLE,

Commandant DALMASSO, Capitaines COUILLAUT, TADDEI et DEMANGE, Adjudant-Chef DAENINCKX, ETOM 188, Armée de l’Air,

Capitaine DROULLE, EMIA/FFDJ,

Maître GLOANEC, Commando Jaubert. 

Bosnie

Légionnaire BENKO.

Congo-Brazzaville

Caporal GOBIN.

Afghanistan

Sergent RYGIEL, Caporal-Chef PENON, Caporal THAPA, Légionnaires de 1ère Classe HUTNIK et JANSEN.

Mali

Sergent-chef VORMEZEELE

A tous les Légionnaires-Parachutistes du 2ème BEP/2ème REP morts pour la France,

Aux blessés. 

* * *

1rep_insigne.jpg

Hommage au 1er REP

Non, rien de rien, non, je ne regrette rien

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Képis blancs-Bérets verts ! 

 

Nous sommes les hommes des troupes d’assaut,

Soldats de la vieille Légion.

Demain brandissant nos drapeaux,

En vainqueurs nous défilerons.

Chant du 2ème REP.

DSC00233b.JPG

ADC Saulnier et GAL McChrystal, commandant la force internationale en Afghanistan, 2009-2010.

-         Que penses-tu de toutes ces années à la Légion ?

-         Mon Général, vous me donnez 35 ans de moins, et je recommence. 

L’ADC Saulnier au Général de Saint-Chamas,

COMLE (Commandant de la Légion Etrangère).

 

legion-saute-sur-tombouctou-harfang.jpg

28 janvier 2013, les Légionnaires-Parachutistes sautent sur Tombouctou. 

« More Majorum »
À la manière des anciens.

Devise du 2e REP. 

C’est moi qui rêve, pense l’ancien. Donne-moi tes vingt ans. Donne-moi ta place. Prends mes médailles. A toi les honneurs, à toi la gloire. Donne-moi tes missions impossibles, donne-moi tes pitons à conquérir, ton adjudant à supporter, la jungle à traverser. Donne-moi encore l’occasion de chanter avec les copains, de tomber en route, ou vaincre au combat.

Pierre Sergent, 1er REP.

 

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un Légionnaire, 2e REP, Kolwezi

27/05/2013

"Légionnaires - Portraits", Jean-Baptiste Degez & Henri Weill, Ed. Nimrod

Toutes les photos de cette chronique © Jean-Baptiste Degez/Editions Nimrod

  

Il avait de grands yeux très clairs,

où parfois passaient des éclairs,

comme au ciel passent des orages.

Il était plein de tatouages,

que j’ai jamais très bien compris ;

Son cou portait « Pas vu, pas pris »,

Sur son cœur on lisait « Personne »,

Sur son bras droit, un mot : « Raisonne »… 

Edith Piaf, « Mon Légionnaire »

Créée par Marie Dubas en 1936, sur des paroles de Raymond Asso (ancien légionnaire), et une musique de Marguerite Monnot

 

Degez.JPG

Ma complice Natachenka m’a posé un jour une question réjouissante : « Pourquoi les soldats sont-ils toujours aussi beaux ? ». Avec un sourire (amusé :) je lui ai répondu : « Ils sont jeunes, ce sont des athlètes, l’uniforme joue probablement, et puis... ils ont le regard franc ».

Mais en y réfléchissant, j’ai raté l’essentiel : Les soldats sont beaux, car leur âme est belle. 

PLUME_057.jpg 

Ionas, Slovénie, 2ème REP, Calvi

Et cette belle âme, elle rayonne dans « Légionnaires - Portraits »,  fruit de cinq ans de travail du photographe Jean-Baptiste Degez, accompagné d’Henri Weill pour les textes, et soutenu par notre éditeur préféré, Nimrod.

« Légionnaires, Portraits » : tout simplement sublime. 

Plume_022.jpg

José, Brésil, Recrutement, Fort de Nogent

Les notions d’exil, de déracinement, de rupture, d’abandon de personnalité ou d’identité (…) venaient encore s’ajouter à leur histoire passée, et faisaient briller dans leurs regards une humanité d’autant plus intense, qu’ils avaient déjà vécu plusieurs vies. 

PLUME_181.jpg 

Yourii, Russie, 1er RE, Fort de Nogent

« Tiens voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin… ». La musique en tête !

Plume_049.jpg 

Federico, Espagne, 4ème RE, Castelnaudary 

On n’est rien, tant que l’on ne porte pas le képi blanc !

PLUME_278.jpg 

Thomas, France, MLE, Fort de Nogent

On y dort Légion, on y vit Légion, on y mange Légion. Tout le monde doit pisser rouge et vert.  [couleurs de la Légion].  

PLUME_315.jpg 

Dirk, Suède, CECAP, Djibouti

Par l’effort, la volonté, ils ont été intégrés. La Légion offre souvent une deuxième chance, mais au prix de quelle exigence et de quels risques. Ils en ont pourtant accepté les règles. 

PLUME_092.jpg 

Marian, Roumanie, 3ème REI, Guyane

Le Commandant de la Légion étrangère résume ainsi sa mission : « Prendre des grains de sable, et en faire du ciment »

PLUME_127.jpg 

Julio, Pérou, 3ème REI, Guyane 

Guyane :  Pendant  la phase survie de mon stage de moniteur forêt, deux jours avaient passé sans que nous ne trouvions rien à manger, sinon deux pauvres poissons et une châtaigne à partager entre 22 stagiaires (...) et nous avons vécu un moment de cohésion formidable.

PLUME_325.jpg 

Chance, Corée du Sud, 2ème REP, Djibouti

28.1.2013, Mali. Nous sommes à 250m d’altitude. Go ! Dans quelques heures, les journaux titreront : « La Légion a sauté sur Tombouctou ». 

PLUME_239.jpg 

Abdou, Sénégal, GRLE, Fort de Nogent.

Cette estafilade sur la tête ? Une bouteille cassée à Marseille. Cette autre longue cicatrice sur l’oreille gauche ? Un coup de coupe-coupe en Guyane (…) Cette 3ème balafre sur le bras gauche ? Une bagarre à Castel…

PLUME_263.jpg

Mariusz,  Pologne, 1er RE, Aubagne,

blessé à Sarajevo, amputé.

Ma jambe gauche, qu’avait-elle ? Je voulais le savoir, mais n’avais pas envie de la découvrir. Ma main partait en éclaireur, en descendant lentement, sans que j’ose brusquer le geste. Puis elle remontait avant de savoir… J’ai répété souvent ce mouvement. 

PLUME_161.jpg 

Vaidotas, Lituanie,  1er RE, Fort de Nogent

J’ai passé huit ans à la Légion que j’ai quittée à cause d’une femme. Un an plus tard, je me réengageais, à cause de la même femme.  

PLUME_271.jpg 

Jean-Marie, France, GRLE, Fort de Nogent

Sur sa poitrine, un avertissement accompagné d’un crane exécrable : « Les Légionnaires ne meurent jamais. Ils vont simplement se regrouper en enfer ». Il sourit. « Une œuvre d’art, non ? ». 

PLUME_247.jpg 

Elio, Italie, CTLE, Fort de Nogent

Un officier supérieur de la 6ème BLB visite le 1er REG. Satisfait de ce qu’il voit, il lance aux Légionnaires : « Vous êtes un régiment démmerde ! ». Réponse d’un adjudant furieux : « Quoi ??!?? Nous sommes un régiment dé merde ??!?? ».

PLUME_151.jpg 

Yves, France, 1er RE,  Fort de Nogent

On se comprend parfois mieux entre Légionnaires de nationalités différentes, qu’entre Français d’horizons différents… 

PLUME_261.jpg 

Mickael, Kabylie, Algérie, CTLE, Fort de Nogent

La fierté d’un homme, c’est d’assumer son destin. 

PLUME_084.jpg 

Père Yannick Lallemand, aumônier, Fort de Nogent

La Légion étrangère est une institution humaine, donc imparfaite, mais elle croit en l’homme. Elle croit en l’homme qui, quand il veut, peut-être plus grand que lui-même.

PLUME_346.jpg

Léonard, France, AALEP, Fort de Nogent 

Même si on n’a fait que cinq ans à la Légion, que l’on est devenu SDF ou milliardaire par la suite, il y a des souvenirs que l’on ne pourra jamais oublier, des choses que l’on ne pourra jamais reconstruire (…) Cela fait déjà dix ans que je suis parti de la Légion, mais, d’une certaine manière, je suis toujours avec eux. 

PLUME_356.jpg 

Pierre– IILE - Puyloubier

Ils sont nombreux, ces Légionnaires ou ces anciens, à ne jamais ouvrir la cage des mots. Ils ne parlent que rarement, voire jamais, de leur passé et de leur engagement…

Mais en un seul mot, n’ont-ils pas tout dit ?

Général de brigade Zinovi Pechkoff, 1er RE, 2ème RE,

Grand-Croix de la Légion d’Honneur.

L’homme a séduit les plus belles femmes, parcouru le monde entier, fréquenté les voyous comme les intellectuels, les guerriers comme les diplomates, les chefs d’état comme les révolutionnaires. Il a vécu mille vies, comme mille aventures, embrassé mille destins et reçu les décorations les plus prestigieuses, mais, à sa demande, il a souhaité que cette épopée ne soit résumée sur sa tombe que d’un seul mot :  

tombe-pechkoff2.jpg

Cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois

 

***

528706_578188552199941_1762791808_n.jpgFormé aux Beaux-Arts de Paris, Jean-Baptiste Degez devient photographe professionnel. En marge de ses activités tournées vers la publicité des marques de luxe, il lance il y a cinq ans ce projet de portraits de Légionnaires. Il est accompagné pour les textes par Henri Weill, journaliste, historien et écrivain, enseignant au Centre de Formation et Perfectionnement des Journalistes, à qui l’on doit de nombreux ouvrages dans le domaine militaire, dont « Légionnaires » paru en 2011, Ed. Pascal Galodé.

Cette belle aventure n’aurait pu se concrétiser sans le soutien des éditions Nimrod, qui savent déjà toute l’affection que nous leur portons [a priori le boss a survécu à Camerone 2013 à Aubagne… J]

Et rêvons maintenant, rêvons d’une série : « Marsouins - Portraits », « Marins - Portraits », « Soldates - Portraits », et oui… « Chasseurs - Portraits » ! Rêvons…

 

* * *

Soutenez les éditeurs qui soutiennent nos troupes : Editions Nimrod

Pour vous procurer le livre, cliquez ici

 * * *

képi.JPG

Hommage

Au Capitaine Benoît Dupin, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

A Adjudant-Chef Mohammed El Gharrafi, 2ème REG, mort pour la France, en Afghanistan,

Au Sergent-Chef Konrad Svilen Simeonov, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent-Chef Harold Vormezeele, 2ème REP, mort pour la France au Mali,

Au Sergent Konrad Piotr Rygiel, 2ème REP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent Damien Zingarelli, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Rodolphe Pénon, 2ème REP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Ihor Chechulin, 2ème REI, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal Alan Karsanov, 2ème REI, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal Kisan Bahadur Thapa, 2ème REP, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Robert Hutnik, 2ème REP, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Gerhardus Jansen, 2ème REP, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Goran Franjkovic, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan, 

l'Adjudant-Chef  Dejvid Nikolic, 1er REG, mort pour la France au Mali,

Aux Légionnaires morts pour la France,

Aux blessés.  

Plume_297.jpg 

In memoriam.

Alain, France, 2ème REP, Djibouti

Lorsqu’ils meurent à vingt ans, les hommes poursuivent leur course sans changer de visage. Ils sont comme des astres morts, dont la lumière nous éclaire encore, alors que le cœur s’est éteint.

Hélie de Saint-Marc, 1er REP, « La sentinelle du soir ».

 

J’rêvais pourtant que le destin,

me ramènerait un beau matin, mon Légionnaire,

Qu’on s’en irait loin, tous les deux,

dans quelque pays merveilleux plein de lumière…

 

 

 

 

 

Livre, photos Légionnaires

 

13/05/2013

« Survivre au traumatisme », Colonel Jean-Yves Boyer, Sapeur, Ed. l’Harmattan

 

 

Cette chronique est dédiée à Delphine, épouse de Jean-Yves Boyer.

 

 

Nous éprouvions ce sentiment d'extrême liberté,

qui est l'apanage de ceux qui sont débarrassés de leur image,

et ont retiré du voisinage de la mort et de la cohabitation quotidienne avec la souffrance,

cette distance avec ce qui rend l'homme si petit et si étriqué.

 

« La chambre des officiers », Marc Dugain

 

 

Survivre au traumatisme, récit du Colonel Jean-Yves Boyer. Il y est bien question de survivre, dans un premier temps, puis de vivre, tout simplement.

 

Boyer.JPG

 

 

Vivre l’injustice.

 

Vous vous appelez Yohann Douady. Vous êtes envoyé au bout du monde par votre pays. Vous devez défendre un régime politique, que votre gouvernement considère comme allié de la France. Ce même gouvernement, votre allié donc, envoie son aviation bombarder vos frères d’armes. Votre ami meurt.

Vous trouvez cela injuste.

 

Vous vous appelez toujours Yohann Douady. Vous combattez en Afghanistan. Vous et vos frères d’armes survivez aux combats. Peu de jours avant votre rapatriement, une grenade explose accidentellement dans le camp, et tue votre ami.

Vous trouvez cela injuste.

 

13ème RG CCH Cabre ebg-valorise.jpg

Engin-Blindé-Génie Valorisé, 19ème Régiment du Génie, Besançon - photo © 19ème RG

 

Vous vous appelez Jean-Yves Boyer, vous êtes Lieutenant-Colonel et revenez d’Afghanistan après une mission dont on connaît les dangers. Vous rendez visite à un régiment du Génie, votre arme de cœur, le 19ème RG de Besançon. Vous vous réjouissez d’un tour en EBG. Histoire de rajeunir. Votre tête dépasse de la tourelle. Incident technique : la trappe blindée se détache et vous fracasse la tête.

Vous trouvez cela injuste. 

6  Etat initial.jpg

Après l’accident, hôpital de Besançon – photo © JY Boyer

 

Vivre ?

 

« Votre mari est sur une crête. Dans son cas, 20% des blessés tombent définitivement de cette crête dans les premiers jours. 80% continuent à avancer. »

 

14 - Retour au calme.jpg

Retour à la maison - photo © JY Boyer

 

Vivre sa détresse.

 

« Plus de mastication, presque plus de parole, plus de respiration par les voies aériennes supérieures. Il me restait, normalement, encore l’odorat et la vue. Hélas… »

*

« Elle me trouva dans un état de stress, d’angoisse, de peurs et de larmes causés par les premiers instants d’incertitude générés en partie par l’enlèvement de la trachéotomie. »

*

« Comment vais-je m’en sortir ? Quand ? Si oui dans quel état final ? Serai-je toujours accepté et considéré par mes enfants ? Que vont penser mes amis, ma famille, mon entourage ? A quoi vais-je servir à mon retour au domicile ? Vais-je reprendre un jour un travail normal ? Que vont-ils faire de moi au bureau ? »

*

« Attendre, toujours attendre, avec ce sentiment sans cesse de tête posée sur un échafaud. »

 

12 - Entretien avec le chef d'état-major de l'armée de Terre.jpg

Visite du Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre - photo © JY Boyer

 

Me voir vivre.

 

« La première fois que je vis mon visage dans le miroir de la salle de bain (…) L’horreur absolue. »

*

« J’étais parvenu à un âge où l’enfant commence à se mouvoir seul avec ses quatre membres, dans son parc, entouré de ses jouets qui lui apportent des joies simples. »

*

« Peut-être m’étais-je aussi aperçu qu’après m’être longtemps senti  "supérieur" aux autres dans beaucoup de domaines, qu’après avoir connu durant plusieurs années tant de succès familiaux et professionnels, un accident grave m’avait ramené à une réalité basique, celle de n’être après tout qu’un homme physiquement fragile et potentiellement dépendant des autres. »

*

« - Après avoir vu l’état dans lequel tu te trouvais, j’ai dit à ma femme, une fois revenu chez moi, que si un jour la même situation m’arrivait, elle aurait intérêt à me débrancher.

-  Penses-tu toujours cela aujourd’hui ? 

Il resta silencieux. »

 

28 - Participation des afghans à la « Corrida de Noël ».jpg

Fête afghane - photo © JY Boyer

  

Vivre en père, en mari, en fils, en gendre.

 

« Je libérais ma main de celle de mes parents et la faisait passer par-dessus mon corps pour attraper la sienne, et la lui serrais quand elle me le demandait. »

*

« Elle a souvent craqué en cachette m’a-t-elle raconté par la suite, à la maison ou à son travail. Elle ne pouvait pas se comporter comme cela devant moi, car elle savait pertinemment que si je la voyais, cela pouvait nous entraîner dans la chute. »

*

« Retrouver cette place de père fût très long, et il me restera encore du chemin à parcourir, car cette épreuve de vie, presque achevée, laissera derrière des traces surement indélébiles. »

 

47 - Remise de la légion d'honneur le 20 septembre 2007 aux Invalides.jpg 

2007, remise de la Légion d’Honneur, Jean-Yves Boyer et sa maman - photo © JY Boyer

 

Vivre dans l’Espérance.

 

Posons-nous plusieurs questions : Jean-Yves s’est-il battu pour lui-même ? Ce n’est pas si sûr. Pour sa femme Delphine et ses enfants ? Probablement, mais jusqu’à un certain point seulement. Par orgueil de militaire, d’homme ? Sans doute un peu, mais pas que. Par pur instinct de survie ? C’est probable car naturel ; encore que...

Bien des questions sans réponses franches. 

Alors ?

Et si, tout simplement, le Colonel Boyer s’était battu par espérance ?

Ne livre-t-il pas, avec son récit, toutes les clés pour qu’un homme, rencontrant un traumatisme comparable, survive et se reconstruise ?

Ne nous livre-t-il pas toutes les clés de l’espérance ?

 

 * * * 

 

22 - Remise de la citation le 14 juillet 2006.jpgIssu d’une famille de militaires, Saint-Cyrien, Jean-Yves Boyer s’engage en 1990 au 15ème Régiment du Génie de l’Air. En 2005, il est déployé en Afghanistan comme Adjoint Opération du Chef d’Etat-Major de la Brigade internationale de l’OTAN. C’est au retour de cette mission qu’il est très grièvement blessé. Spécialiste Génie, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, école de Guerre, sa carrière évolue de l’organisation opérationnelle aux ressources humaines, puis à la gestion du patrimoine militaire. Le Colonel Boyer est désormais Chef de la Division Gestion du Patrimoine de l'Etablissement du Service d'Infrastructure de la Défense. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 2007.

Merci mon Colonel pour l’accueil réservé à mes multiples sollicitations !

(Je sais, je me répète à chaque chronique, mais nos soldats ne sont-ils pas formidables ?).

 

Soutenez les éditeurs qui soutiennent nos troupes : Editions L’Harmattan

Pour vous procurer le livre, voir ici.

 

 

genie.jpg 

Hommage

Au Capitaine Christophe Barek-Deligny, 3ème RG, mort pour la France en Afghanistan

Au Capitaine Benoît Dupin, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Lieutenant Valery Tholy, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant-Chef Nicolas Rey, 3ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

A l'Adjudant-Chef Mohammed El Gharrafi, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant Emmanuel Técher, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant Jean-Marc Gueniat, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent–Chef Laurent Mosic, 13ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent-Chef Svilen Simeonov, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent Damien Zingarelli, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Guillaume Nunes-Patego, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Facrou Housseini Ali, 19ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Kamel Elward, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Loïc Roperh, 13ème RG, mort pour la France en Afghanistan

Au 1ère Classe Goran Franjkovic, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Aux Sapeurs, Sapeurs de l’Air, Sapeurs Légionnaires, Sapeurs Parachutistes,  morts pour la France,

Aux blessés.

 

Hommage

 

A tous les soldats, morts accidentellement dans l’exercice de leur mission,

Aux blessés,

A leurs proches, sans lesquels aucune reconstruction psychologique n’est possible.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux protégés de Sainte-Barbe,

 

Fantassins, cavaliers, nos frères de combat, foncez dans la mêlée, sans crainte et sans peur !

Si le combat fait rage, surtout ne craignez pas les obstacles et les mines !

Nous serons toujours là pour vous ouvrir la route, nous les Sapeurs !

 

* * *

Un homme très pieux traverse le désert. Le Christ marche à ses côtés. Lorsqu’il se retourne, l’homme voit deux traces de pas sur le sable. Hélas, il s’égare. Ses vivres, puis son eau, s’épuisent. Perdu au milieu du désert, il désespère. Il se retourne alors, et ne voit plus qu’une seule trace de pas. A bout de forces, il sent sa fin approcher, mais, miracle ! Une oasis ! Il étanche sa soif, puis s’adresse au Christ : «  Seigneur, au moment où tout me semblait perdu, me retournant, je n’ai vu dans le sable qu’une trace de pas. Pourquoi, alors que j’avais le plus besoin de toi, m’avais-Tu abandonné ? ».

Le Christ lui répond : « Il n’y avait qu’une seule trace de pas, car je te portais ».

Libre interprétation de la parabole du désert d’Adhemar Pereira de Barros, poète brésilie

Couv.JPG

Vous n’avez qu’une seule envie : celle de reprendre goût à la vie,

et démontrer ainsi que

vous êtes plus fort que cet accident.

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un soldat blessé, Sapeur, Génie, 19e RG

29/04/2013

"Afghanistan, Regards d’aviateurs", LTN Charline Redin, SIRPA-Air

 

 

A la mémoire du Lieutenant-Colonel Anne Broquet, commandant des Convoyeuses de l’Air

 

 

 

Alors, ils surent ce que les camarades entendaient par équipage. Ils n’étaient pas simplement deux hommes accomplissant les mêmes missions, soumis aux mêmes dangers et recueillant les mêmes récompenses. Ils étaient une entité morale, une cellule à deux cœurs, deux instincts que gouvernait un rythme pareil. La cohésion ne cessait point hors des carlingues. Elle se prolongeait en subtiles antennes, par la vertu d’une accoutumance indélébile à se mieux observer et se mieux connaître. Ils n’avaient fait que s’aimer.

Joseph Kessel, « L’Equipage »

 

 

« Cher Monsieur, Merci pour votre mail. Je suis en ce moment au Qatar pour l’exercice Gulf Falcon 2013. Je serai ravie de vous envoyer un ouvrage dédicacé dès mon retour en France». Cool, non ?

 

LTN Redin.jpg

« Afghanistan, Regards d’aviateur », par la Lieutenant Charline Redin. Dans mon esprit, de par son format,  j’allais avoir entre les mains un beau livre-photo, Rafale, Mirage…  mais on est bien au-delà  de ça : fruit de plusieurs années de travail, faisant suite à ses déploiements  en Afghanistan, Charline Redin, journaliste au SIRPA-Air, nous rapporte une multitude de témoignages, sous forme d’interview. Je ne peux mieux faire que la citer : « Ce livre, même s’il décrit des missions militaires, se veut une sorte de carnet intimiste où l’individu se livre, à travers sa fonction, son ressenti, ses angoisses et ses émotions ».

 

3115113049.jpg

« Voir les mecs qui vont au charbon, écouter ce qu'ils racontent…»

LTN Charline Redin

 

« Afghanistan, Regards d’aviateurs » est effectivement un très beau livre - saluons le magnifique travail de l’Adjudant Benoît Arcizet pour la conception graphique -  mais en sus, c’est un très bon livre, hommage si mérité aux hommes et femmes de toutes les composantes de l’Armée de l’Air.

Oui, nos Rafale et nos Mirage sont beaux, mais pas autant que les hommes et femmes qui les font voler…

 

Les équipages de chasse-bombardement

SDC18074.JPG 

On s’équipe. Notre habit est lourd, mais j’aime le revêtir. Je quitte déjà un peu ce monde et gagne celui du vol (...) A chaque fois, je m’isole un instant pour prendre du recul et me concentrer. Dans ce tourbillon d’activités, le départ en vol de guerre demeure un moment où l’homme, le combattant et le chef se réalisent pleinement. La force de l’engagement, le courage et la valeur sont mis à nu par la violence des faits.

Lieutenant-Colonel M. Chef du 1er détachement Chasse à Kandahar.

 

SDC18072.JPG

L’implication avec le sol est totale. Nos interventions se doivent d’être très rapides. On nous appelle, on se déroute instantanément. Dans le cockpit la tension est immédiatement à son paroxysme. Un déroutement signifie toujours un accrochage qui s’est déroulé peu de temps avant. La moindre minute perdue peut signifier la différence entre la vie et la mort pour un soldat.

Lieutenant-Colonel W. Pilote de Mirage 2000D.

 

Les équipages de transport et les ravitailleurs en vol, dits les « Lourds » 

SDC18076.JPG

Chacun des deux Mirage 2000D avait tiré ses deux bombes. Nous les avons ravitaillés une dernière fois pour qu’ils puissent rentrer à Manas [base au Kirghizstan]. A la radio, un des pilotes nous lance « Merci les Lourds pour la mission ! ». Ce ne sont que quelques mots, mais ils nous ont énormément touchés .

Lieutenant-Colonel P. Chef du Groupe de Ravitaillement en Vol 2/91, sur Boeing C135FR.

 

 

Les convoyeuses et convoyeurs de l’air, le personnel de santé

SDC18077.JPG

A 4h du matin, les réacteurs sont de nouveau en route. Top départ, direction Paris-Orly. Pendant les 7 heures de vol, les équipes médicales sont à pied d’œuvre (…) Je me souviens plus particulièrement d’un soldat grièvement touché, qui était anxieux ; inquiet de son état de santé et d’un handicap futur certain. Il me confie ses craintes. Notre mission prend alors tout son sens.

Capitaine H. convoyeur de l’air.

 

Le chapitre de Charline dédié aux convoyeuses et convoyeurs m'a touché. C'est l'occasion, me semble-t-il, de rendre mon propre hommage à ma cousine Anne Broquet, chef des convoyeuses de l'Air, disparue, hélas, prématurément. 

anne_broquet.jpg

Anne s’engage en 1972. Lieutenant-Colonel, elle commande la division des Convoyeuses de l’Air, escadrille aérosanitaire 6/560 « Etampes ». Elle totalise plus de 10 000 heures de vol, 25 déploiements en Afrique, Moyen-Orient et Asie.

Peintre à ses heures, membre actif de  l’ordre de Malte, ses dernières missions humanitaires l’ont menée au Sri Lanka et en Inde, dans le cadre de mesures d’aide urgente pour les survivants du tsunami.

Anne décède prématurément le 17 juillet 2008,à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce,  luttant courageusement contre la maladie.

Femme humble, très discrète, elle me laisse un grand regret, ne pas avoir assez échangé avec elle, ne pas l’avoir incitée à écrire sur sa vie d’exception…

Quelle belle remontée du Mékong ce fût été…

Anne Broquet Ordre de Malte.jpg

Photo © Ordre de Malte

 

LETTRE OUVERTE AUX EQUIPAGES.

La mythologie connut le centaure, monstre moitié homme, moitié cheval. Plus tard vint le mi-ange, mi-démon, bon ou mauvais. Enfin, arriva la convoyeuse de l'air, divinité mi-infirmière, mi-hôtesse !

Comme tout être fabuleux, qu'il soit issu de la mythologie, de la religion ou du transport aérien militaire, il appartient à la légende. Mais, bien qu'invraisemblable, il n'en demeure pas moins vrai. Je le sais puisque je suis leur chef ! Mais comme tout être de légende, il ne peut jamais être rationnellement défini. C'est là notre lot, mais aussi notre spécialité.


Moi, ce que je sais, c'est que lorsque je vois partir Brigitte, Odile, Nathalie, Sophie, Isabelle, Astrid... en tenue verte couleur «combat» avec le masque à gaz, le gilet pare-balles, le casque bleu, je sais qu'elles vont aller sur le terrain pour, s'il en est besoin, vivre leur métier d'infirmière. Et, même si au dernier moment elles glissent tout au fond de leur poche ce petit tube de rouge à lèvres, elles savent que dans leur lot sanitaire il y a ce qu'il faut. Et puis, un dernier réflexe de coquetterie ne nuit en rien aux «guerrières» (à chacun ses peintures de guerre). D'ailleurs messieurs, qui me dit que vous ne glissez pas dans votre poche au dernier moment un petit échantillon d'after-shave !


Pendant ce temps-là, Anne, Emmanuelle, Véronique, Dominique, Yvette, Cathy... en tenue bleue couleur «travail» partent à l'assaut d'un redoutable obstacle : «la mission avec passagers». Cette «mission logistique» est plus scabreuse pour une convoyeuse de l'air qu'une «mission tactique», car là, vous devez affronter ce deuxième rôle pour lequel on vous dit ne pas être «faite» ! C'est-à-dire celui de conforter une maman aux prises avec ses enfants, soutenir un passager faisant un petit malaise vagal ou cet autre ne supportant pas le décalage horaire. Il faut également assister le commandant de bord, le chef de cabine et aider le médecin assurant une évacuation sanitaire. 


Ce rôle «d'assistante de bord» plus qu'hôtesse d'ailleurs, sur «avion à moquette», n'est pas non plus pour nous déplaire, car après s'être pris un nombre incroyable de fois nos petits pieds, quoique chaussés d'énormes chaussures, dans les chaînes d'arrimage du Transall et avoir glissé sur les rouleaux des palettes du C130, qu'il est doux de poser nos pieds fragiles chaussés enfin d'escarpins sur la moquette moelleuse d'un DC8 en partance pour l'autre bout du monde ou d'un Falcon effectuant une EVASAN [Evacuation sanitaire]. A chacun son repos ! Mon grand regret il est vrai, c'est de ne pas les poser plus souvent dans nos hélicoptères !


Par ces quelques mots, je n'ai rien voulu prouver. J'existe, c'est tout, et je suis convoyeuse de l'air. Mais ce que je voulais, c'est dire aux équipages du COTAM [Transport] que quel que soit l'avion sur lequel nous volons, nous serons toujours avec eux pour les aider, les assister, partager ensemble les bons et mauvais moments. Nous comptons sur eux, et sans eux, nous ne serions pas convoyeuses de l'air.

CDT Anne BROQUET, Chef des Convoyeuses de l'Air
FAP INFO n° 70 – 2ème semestre 1993.

 * * *

 

Les équipages d’hélicoptère

SDC18079.JPG

Il y avait dans le regard de cet enfant toute la misère du monde. Il allait monter pour la première fois dans un hélicoptère, les hommes autour de lui étaient armés (…) de plus, il était très mal en point, les balles lui avaient perforé le corps.

Nous  venons sur le théâtre pour évacuer des soldats, des combattants. Evacuer un enfant, qui pourrait être notre fils, c’est toujours une mission noble.

Lieutenant-Colonel C. Chef du détachement hélicoptère de l’Armée de l’Air sur l’Aéroport de Kaboul.

 

1086354_3_8476_ceremonie-aux-invalides-en-hommage-aux-dix_fe48d73ab6598394658e3a073bb26e4f.jpg

18.8.08. Vallée d’Uzbin

14 heures d’engagement de l’équipage de l’hélicoptère Caracal, pour déposer des troupes en soutien, des infirmiers, évacuer les blessés, ramener les 10 corps.

 

Au moment de la cérémonie d’hommage aux Invalides pour les dix soldats tombés, les écrans de télévision sont branchés à Kaboul, et tous les militaires sont devant, les yeux humides, le cœur lourd.

Je suis resté dans mon bureau. J’entendais le son, mais je ne pouvais voir les images. Aujourd’hui encore, je suis incapable de regarder cette cérémonie. Devant chaque cercueil, je revois chacun des hommes que nous avons ramenés.

Lieutenant-Colonel C, pilote de Caracal à Uzbin.

 

 

Les personnels de l’escadron de drones (avion de surveillance sans pilote)

SDC18080.JPG

J’ai remarqué sept hommes à la démarche étrange. Nous avons supposé que ces hommes étaient armés. Nous avons donné leur signalement aux militaires sur place. Nos suspicions étaient fondées.

Sergent C, interpréteur photo, Escadron de drones  1/33.

 

 

Les renseignements

SDC18068.JPG

[Les hommes du Renseignement préparent, entre autres, les plans de vol, pour éviter au maximum les risques encourus]. Lorsqu’un hélicoptère décollait de l’aéroport de Kaboul, il y avait toujours une forme d’appréhension d’avoir peut-être raté une donnée, ou d’être passé à côté de quelque chose. Mes amis et mes camarades étaient dans la machine. J’avais une lourde responsabilité à chacun de leur départ.

Lieutenant-Colonel F. Officier Renseignement, ED 1/33.

 

 

Les Commandos Parachutistes de l’Air

SDC18081.JPG

Nous étions en autonomie complète. Nous sommes entrés dans un village dans la zone du Baloutchistan. Il ne restait plus qu’une famille (…) Ils étaient à des lustres de savoir ce qu’il se passait à cette époque en Afghanistan. Ils étaient surpris de voir des militaires dans cette région. Nous dormions dehors, les températures chutant la nuit. Elles pouvaient atteindre -20°c. On se sentait si minuscules dans ce paysage merveilleux. Nous avions l’impression d’être des pionniers.

Lieutenant-Colonel R, dit Jacky, Commando Parachutiste de l’Air, intégré aux Forces Spéciales.

 

SDC18082.JPG

Nous travaillons régulièrement avec les américains. Lorsque nous leur avons montré ce que nous savions faire, ils ont été tout de suite demandeurs. Ils reconnaissent notre expérience de terrain.

Caporal-Chef M. CPA.

 

 

Les mécaniciens et armuriers

SDC18084.JPG

Les mécaniciens sont arrivés aujourd’hui et commencent d’emblée à installer les centaines de tonnes de matériel, qu’ils vont mettre en œuvre quand les F1 seront là. Ils sont impressionnants de courage et d’énergie, travaillant sans relâche sous un soleil de plomb. Ils sont admirables.

Colonel B. Pilote de Mirage F1CR.

 

 

Le personnel de soutien, d’infrastructure

SDC18083.JPG

Ces hommes de l’ombre sont souvent les premiers déployés sur les théâtres d’opération. Ils sont maçons, soudeurs, électriciens, spécialistes dans le montage de hangars (…) Ce sont des aviateurs qui font preuve de beaucoup d’abnégation. Quand ils arrivent sur le terrain, il n’y a rien. Tout est à construire, et pour la majorité des missions, il faut le faire vite…

Colonel V. Compagnie d’Infrastructure en Opération.

 

 

Les chefs de piste, agents d’escale

SDC18078 P.jpg

Ce que j’aime dans mon métier (…) c’est que nous sommes les derniers avant que la porte de l’avion ne se ferme, à voir les militaires quitter le théâtre pour rejoindre leurs familles. Ils ont tous le sourire aux lèvres. Ca réchauffe le cœur.

Sergent-Chef P. Agent d’escale.

 

* * *

 

lieutenant-charline-redin-auteure-du-livre-afghanistan-regards-d-aviateurs.jpgLa Lieutenant Charline Redin est journaliste au Service d’Information et de Relations Publiques de l’Armée de l’Air.  Après des études brillantes d’histoire des médias, de journalisme et de chinois, elle s’engage en 2007. Elle ne compte plus ses voyages à titre privé et déploiements en OPEX. Soutenue par le Général Jean-Paul Paloméros, CEMA-Air, accompagnée par l’Adjudant Benoît Arcizet, graphiste de talent, et par toute l’équipe du SIRPA-Air, elle se lance dans ce beau projet qu’est « Afghanistan, Regards d’aviateurs » en 2011.

Charline est aussi photographe. Vous retrouverez son oeuvre sur son site : ici.

Merci Charline pour votre accueil chaleureux. Et pour le futur café ;)

 

 

 

« Afghanistan, Regards d’aviateurs », est édité par le SIRPA-AIR, disponible sur le site de l’ECPAD ici.

Livre multimédias : en scannant les codes à chaque chapitre, vous pouvez visualiser le reportage associé sur votre mobile.

 

 

Charline Redin - photo Olivier Ravenel, Sirpa Air.jpg

La Lieutenant Redin interviewe un militaire afghan – photo © SIRPA

 

Tous les aviateurs français présents ici n’ont qu’une idée en tête : celle de vous aider à apporter la paix dans votre pays.

 Général Paloméros, Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air, au Général Mohammad Dawran, son homologue afghan.

 

SDC18075.JPG

Mon tout petit. Tu liras ces pages dans quelques années, et elles te sembleront écrites par un étranger. Tu n’auras pas de souvenir de ton papa pilote, mais j’espère que tu seras quand même fier de lui.

Lieutenant-Colonel B. Pilote de Mirage F1CR ; extrait de son journal, destiné à sa femme et ses enfants.

 

* * *

 

Logo_armee_de_l_air.jpg

 Hommage

 

Au Caporal-Chef Sébastien Planelles, CPA 10, mort pour la France en Afghanistan,

Aux hommes et femmes de l’Armée de l’Air morts pour la France,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux aviatrices et aviateurs !

 

« Mon but n’était pas de tirer des bombes, mais de faire mon devoir. »

Lieutenant G. pilote de Mirage 2000D.

 

 

 

 

 

 

 

 Livre, photos, témoignage, récit biographique, Armée de l'Air, pilotes, personnel au sol

 

15/04/2013

« L’Afghanistan en feu », CCH Emmanuel Gargoullaud, RICM, Ed. Economica

 

A la mémoire du caporal-chef Bracchi, qui n’a pu quitter ses frères marsouins. Qu’il repose en paix.

 

 

 

Nous pouvons être fiers du comportement remarquable des soldats français en Afghanistan.

Général d’Armée Bertrand Ract-Madoux, Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre

 

 

Ils sont en train de nous bâtir un bien bel édifice, nos soldats-auteurs. Un monument virtuel car littéraire, mais qui rend magnifiquement hommage à leurs camarades morts pour la France, aux blessés, au dévouement de leurs frères d’armes.

Par leurs témoignages, chacun participe à sa façon : les officiers, c’était courant, mais désormais les sous-officiers et militaires du rang. Réjouissant.  Et c’est au tour du Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud, marsouin du RICM, d’apporter sa pierre à l’édifice, avec son journal de marche en Afghanistan.

 

Emmanuel Gargoullaud.JPG

 

Le Régiment d’Infanterie Chars de Marine ; le plus décoré de l’Armée française… Tout est dit au titre de la gloire et de l’honneur, mais ce livre nous en apprend plus, de par sa vision de l’intérieur.

 

Gargoullaud VBLL R.JPG

Devant un VBLL – photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Le Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud appartient au peloton de Commandement et Logistique. C’est un combattant, mais aussi un administratif qui gère la vie de la base. Ce rôle, parfois sous-estimé, est pourtant essentiel : Combien de temps un soldat tiendrait-il, sans retrouver un minimum de confort physique [popote/douche/lit], mais aussi moral, entre deux missions de terrain ? Sans accès internet pour échanger avec sa bien-aimée, sa famille ? Sans pause autour d’une bière raisonnablement fraiche ? Sans la moindre petite fête pour évacuer la pression ?

Je commence ma course pour trouver la Capitaine commissaire, les cartes Internet et téléphoniques, puis le vaguemestre pour le courrier, ainsi que le gérant du foyer pour l’approvisionnement de « La Sirène » [bar du RICM]. Courte nuit marquée par le ronflement de certains et les flatulences des autres.

 

Gargoullaud T 55 R.JPG

Devant un T55 ex-soviétique – photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Les parties "action sur le terrain" sont toujours percutantes :

Nous, le groupe 50, avec Centaure et le JTAC, seront installés sur le COP51. Le PAD10 sera en QRF sur la FOB46, avec un groupe Génie de Jaune 30, les EOD. Le peloton AMX10RCR sera en tête du SGTIA et fera la reconnaissance par l’axe Taurus 1.

Je vois d’ici les lecteurs néophytes en jargon militaire : « Heeuuu... ». Ne vous effrayez pas.  J’ai cherché dans le livre le paragraphe qui cumulait le plus d'abréviations :)

Emmanuel se parle à lui-même, il utilise donc la langue du soldat ; mais ce vocabulaire a aussi son mérite : il donne du rythme, voire crée un style littéraire original (Mili-Style ?) et, évidemment,  tous les acronymes sont expliqués.

 

Gargoullaud 1R.JPG

photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Entre les chapitres où il décrit sa vie au quotidien, sur la base ou le terrain, Emmanuel prend le temps d’approfondir sa vision de l’engagement de nos troupes en Afghanistan :  Il nous parle de l’ennemi Taliban,  souvent un groupe d’une dizaine de combattants,  connaissance parfaite du terrain, mobilité extrême, réseau de renseignements on ne peut plus efficace (dans tous les récits publiés, les soldats parlent d’Afghans les observant, tout en parlant dans un portable...), possibilité de se fondre immédiatement dans la population, n’ayant que peu (pas ?) de respect pour la vie des femmes et des enfants, n’hésitant pas à en faire des boucliers humains, sachant pertinemment que  les occidentaux ne tireront pas…

Il s’intéresse même à la géopolitique, la famille Ben Laden ou   l’économie basée sur  la culture de l’opium (drogue de Tintin et le Lotus bleu, mais aussi la matière-première de la morphine).

L’opium fait vivre plus de deux millions d’afghans et génère des recettes estimées à 2,5 milliards de dollars, soit 35% du PIB de l’économie afghane en 2005. En 2009, on estimait à 1,6 millions le nombre de personnes impliquées dans ce secteur d’activité. 8% des Afghans sont dépendants de drogue, que ce soit l’opium ou l’héroïne. Le pays produit plus de 80% de l’opium de la planète.

Un fermier indique qu’il peut obtenir, sur une même superficie, 8kg d’opium qui lui rapportent 300€, au lieu de 850 à 1100kg de blé, de culture plus aléatoire, et ne lui rapportant que 200€.

 

Gargoullaud 6.jpg

Dans son VAB. photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Nous l’avons dit, notre secrétaire est avant tout un combattant. Pilote de VAB, il est intégré régulièrement à la QRF : Quick Reaction Force/Force de Réaction Rapide, qui intervient en soutien des troupes au contact.

Une explosion assourdissante retentit. Je suis tout d’abord sonné. Mon véhicule est envahi de pierres et de poussière. Je suis recouvert d’une fine couche de terre, lorsque je réalise, au bout de quelques secondes, que nous venons de subir une attaque. Dans l’obscurité, avec mon [dispositif de vision nocturne] OB70, je regarde autour de moi, puis palpe mes bras et mes jambes. Tout va bien.

 

Tout va bien heureusement pour Emmanuel, mais…

Le Caporal-Chef Hervé Guinaud, descendu pour guider l’un des trois VAB du convoi, a disparu.

Au bout d’interminables minutes, j’aperçois une lampe  qui s’agite à une vingtaine de mètres de mon VAB. Aussitôt je réagis, allume ma lampe torche Surfire pour les éclairer et, dans le halo de lumière, j’aperçois un corps.

(…)

C’est bien Hervé.

(…)

Le souffle de l’explosion l’a projeté à 50 mètres du cratère laissé par l’IED.

Il n’a pas souffert.

 

* * *

 

Avec « L’Afghanistan en feu », son journal, le Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud s’est parlé à lui-même, mais il l’a fait suffisamment fort pour que nous l’entendions haut et clair. C’est heureux. Une indispensable pierre à l’édifice.

Gargoullaud COP 42 DSK 14.5mm.jpg

« La guerre peut parfois sembler monotone, jusqu’au jour où elle rappelle à chacun de nous que nous sommes payés pour tuer, et mourir. »

 

* * * 

Gargoullaud Portrait.JPGEngagé en 1995, Emmanuel Gargoullaud intègre le 1er Régiment de Hussards Parachutistes. Neuf ans plus tard, il rejoint le Régiment d’Infanterie Chars de Marine de Poitiers. Il a été déployé en République Centrafricaine, ex-Yougoslavie, Côte d’Ivoire et Afghanistan. Emmanuel est marié et père de deux enfants. Envisageant une carrière civile au retour d'Afghanistan, il a finalement décidé de poursuivre sa vie de marsouin.

Emmanuel, je tiens à te remercier chaleureusement pour l’accueil  réservé à mes sollicitations et l’envoi de tes photos perso.  Vraiment sympa ! 

 

 

Soutenez les éditeurs qui soutiennent nos troupes !

Pour commander le livre, cliquez ici : Economica 

 

Insigne_du_RICM.jpg

Hommage

 

Au Caporal-Chef Hervé Guinaud, mort pour la France en Afghanistan,

A tous les marsouins du Régiment d’Infanterie Chars de Marine, né Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc,  morts pour la France,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Marsouins du RICM. 

« Recedit immortalis certamine magno »,

Il revint immortel de la grande bataille !

Devise du RICM 

Gargoullaud 5.jpg

photo © CCH E. Gargoullaud

 

 

 

Livre, récit biographique d'un Marsouin, RICM, Afghanistan