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15/03/2017

« Légionnaire », ADC (er) Victor Ferreira, 4e RE, 13e DBLE, 3e REI, 2e REI ; LTN (r) Bertrand Constant, 2e REP ; Mareuil Editions

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés.

 

 

Et le temps passera. Ces hommes, anonymes sous le képi blanc, continueront de défiler majestueusement et de se battre comme ils l'ont toujours fait, relevés par d'autres hommes au même képi blanc, ayant toujours dans les yeux le reflet de cette foi intérieure qui ennoblit la Légion.

Maréchal Juin

 

 

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Au GRLE, Fort de Nogent

Ce n’est pas un scoop, Une Plume pour L’Epée aime les Légionnaires. Nous les côtoyons d’ailleurs régulièrement, comptant bien des amis bérets verts, ayant nos habitudes au fort de Nogent pour Camerone, à la popote des Caporaux-Chefs, visitant la Crèche, guinchant au bal de Miss Képi Blanc, etc. Mais vous, les connaissez-vous ?

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Voici un bien joli livre qui peut vous éclairer et « tuer » quelques « légendes urbaines » sur la Légion (ramassis d’anciens délinquants, tueurs en puissance et autres blablabla). Après le très beau "La Légion dans la peau", notre ami Victor Ferreira a repris son bâton de pèlerin et son appareil-photo : parcourant pendant deux ans les bases béret-vert, jusqu’en Côte d’Ivoire. Il a « flashé », sans artifice car c’est sa marque de fabrique, des visages de jeunes et d’anciens. Posant à chaque fois les mêmes questions, il a confié les enregistrements à un autre Légionnaire, Bertrand Constant, qui a rédigé les textes d’accompagnement.

« Légionnaire » est superbe de simplicité, tant pour les photos que pour les textes. Et c’est heureux, car ces hommes n’ont aucun besoin « d’amberlification »…

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« - Qu’est-ce que tu veux dans la valise ?

- Ben, pas grand-chose, cigarettes, affaires de toilette, mes bricoles habituelles…

- Mais, on dirait que tu pars pour l’Armée ?

- Oui, Maman, je pars à la Légion. »

Evidemment, elle a pleuré. Et moi aussi.

Jean, 72 ans, de Hongrie

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J’ai souffert en arrivant mais je commence à m’adapter. Je sens que ça vient, que je vais trouver mes marques. En fait, j’aime tout ici. On me force à faire des choses que je n’aurais jamais pensé pouvoir faire. On me dit de le faire, j’essaie et j’y arrive. Chaque jour il y a une progression. Maintenant je crois en mes capacités, j’ai confiance en moi.

Saikou, 25 ans, de Guinée-Conakry

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En arrivant au 2e REP, j’ai toujours été volontaire, je n’ai jamais reculé. Parfois, je ne comprenais pas tout, mais je disais « oui » et ensuite je trouvais les solutions. C’est ça l’esprit Légionnaire ; être bon, même quand on ne l’est pas.

Milos, 28 ans, de Serbie

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Je me suis engagé à 36 ans. Certains disent que c’est trop vieux mais ça dépend juste de ton état d’esprit (…) J’étais plus vieux que ceux qui s’étaient engagés en même temps que moi mais j’étais à 200%. Je suis passé « à la niaque ».

Gilles, 45 ans, de France

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On essaie chacun de notre côté d’honorer au mieux la Légion Etrangère et je dois dire qu’elle nous le rend bien. C’est notre refuge, notre famille toujours présente quand ça ne va pas. Il m’arrive de douter, de ne pas savoir quel chemin prendre et, dans ce cas-là, je m’assois et je regarde longuement mon béret vert. Je ne dirais pas que c’est un miracle mais, étrangement, tout revient dans l’ordre.

Fabien, 25 ans, de France

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Je suis très fier d’être Légionnaire parce que, dans mon pays, la Légion Etrangère est une légende, un mythe ! Et aujourd’hui, moi, le jeune Ukrainien sans boulot, je fais partie de cette légende.

Taras, 30 ans, d’Ukraine

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Je suis passé deux fois tout prêt de la mort. Parfois, j’ai peur juste à l’idée d’une troisième fois. C’est normal.

Patrice, 45 ans, de France

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Quand mon ex-femme a eu un cancer du sein, j’ai voulu démissionner en urgence pour m’occuper d’elle. Je voyais l’enfer arriver. Mais la Légion a été plus intelligente que moi. Mes chefs m’ont dit : « Non, ne démissionne pas, il y a des solutions. Tu es Parisien, on va te mettre en poste à Paris ». Et ils l’ont fait.

Jonathan, 34 ans, de France

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Tu peux être n’importe qui, commando ou astronaute ou médecin ou tout ce que tu veux, quand tu arrives à la Légion, c’est fini. Tout le monde repart à zéro. C’est extraordinaire.

Jorge, 67 ans, du Portugal

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10.jpgVictor Ferreira nait en 1963 au Portugal. En 1984, il s’engage dans la Légion Etrangère, pour laquelle il sert plus de 20 ans, aux 4e RE, 13e DBLE, 3e REI, 2e REI. Il est notamment déployé au Tchad, en RCA et en Bosnie. Lors de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, il est aide de camp du GAL Lecerf. Il quitte l’institution en 2007, alors adjudant-chef. Victor est désormais photographe professionnel.

 

DSC02927.JPGBertrand Constant est Saint-Cyrien. Optant pour la Légion, il commande une section de combat du 2e REP pendant 3 ans. Il quitte l’armée en 2000 pour une carrière de comédien. En parallèle à ses tournages réguliers, il développe des projets pour la télévision et le cinéma en tant que scénariste et réalisateur.

 

 

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Avec Bertand et Victor lors de la soirée du lancement du livre, à la librairie Fontaine Haussmann, novembre 2016.

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« Légionnaire », Victor Ferreira (photos) et Bertand Constant (texte)

ISBN 978-2372540216 – Prix 20 € - Format 22x17, 200 pages.

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Aux éditions Mareuil

Disponible ici.

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Pour mémoire, nous avons abordé le superbe premier livre de Victor « La Légion dans la peau » ici.

 ***

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Hommage

A tous les Képis Blancs.

Qui sait si l'inconnu qui dort sous l'arche immense

Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé

N'est pas cet étranger devenu fils de France

Non par le sang reçu mais par le sang versé ?

 Pascal Bonnetti

***

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Non, cela n’a pas été facile de devenir Légionnaire,

On le devient en souffrant : sueur, sang, larmes…

Simplement voilà, c’était la voie, chance dernière.

Travailler avec des êtres différents, frères d’armes,

Route droite, unique, fraternelle, dans l’honneur ;

Aventuriers fiers. Merci, Légion, pour ce bonheur.

 

Extrait d’un poème de Pedro, postface à « Légionnaire », Victor Ferreira, Bertrand Constant

 

 

 

 

 

01/02/2017

« De sueur et de sable », COL Raphaël Bernard, EM 1re DIV, éd. Le Polémarque

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos et vidéos © Colonel Bernard. Droits réservés.

 

 

« Qu’importe si le chemin est long, du moment qu’au bout il y a un puits »

Proverbe touareg

 

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Il fût un temps où nous devions attendre des années avant de lire un témoignage sur une opération. Cette frustration est désormais caduque, la parole de nos militaires s’étant libérée ; leur volonté de témoigner certainement encouragée par l’Institution. Voici donc,  après les beaux récits sur Serval, un premier témoignage sur Barkhane et la MINUSMA.

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Journal de marche du Colonel Raphaël Bernard, artilleur promu chef de méharée-mécanique, « De sueur et de sable » nous fait vivre son épopée de 1200 km, ouverture de route dans le Nord-Mali, par un convoi composé de Tchadiens, Népalais et Ivoiriens. Nouveau « Salaire de la peur » (Ah ce p* de camion-citerne antédiluvien ! Ah ces p* de wadi !), mission digne de nos grands anciens de la Saharienne, le récit est aussi bien mené que l'aventure l’aura été en elle-même. Excitation, engagement, risques, galère, fatigue, doutes, rigolades... mais aussi l’occasion d’une belle introspection ; le désert, il est vrai, s’y prête.

Plongez à votre tour dans ce beau récit écrit avec le cœur, tout en sueur, sable... et fraternité.

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Le jour point. La lune est basse, presque occultée (...). Seul un petit croissant demeure encore et il est magnifique de finesse. Comme chaque matin, l’artiste revoit sa toile. Les touches de couleurs se succèdent et les pastels virevoltent dans le ciel. Le soleil viendra mettre de l’ordre dans tout ça avec un bleu superbe comme chaque jour ici. Les véhiculent fument, les hommes s’agitent, chargent les paquetages, « déshaubanent » les antennes, vérifient les véhicules et l’état des pneumatiques. J’aime cette ambiance.

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Le sapeur népalais me convie à venir goûter le dîner de ses hommes. Je suis touché et ravi ; j’accepte de bon cœur (…) Au menu il y a du riz, quelle surprise ! Une assiette m’est tendue une sauce aux légumes est versée. Me croirez-vous si je vous dis que la sauce ferait décoller la rouille sur une épave millénaire : ça AR-RACHE !!!

- Sir, it’s not too spicy, Sir?

- You’re kidding! I’m really a fan of Asiatic food!

Ma bouche est un volcan, mes lèvres pèsent trois tonnes et il me semble qu’elles enflent démesurément. Je vais cracher le feu, c’est sûr. Ca ne peut finir que comme ça. Pour autant, comme le dit Thérèse dans le Père Noël est une ordure : « Je mange car c’est offert de bon cœur ».

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Le véhicule stoppe à deux cents mètres de notre position. Il s’arrête et éteint ses feux. Je regarde le commandant Abakar. Nos yeux disent la même chose : bizarre. Je demande à Tornade d’envoyer un élément pour contrôler le véhicule en positionnant un second élément en appui direct prêt à ouvrir le feu. J’ignore la nature exacte de ces « voyageurs » (…) J’entends la tourelle du blindé deux cents mètres à l’ouest pivoter avec un bruit de crémaillère. Tout le monde observe et retient son souffle. Je saisis mon Famas qui me suit partout. Je le colle sur la poitrine. Les officiers tchadiens saisissent leurs Kalachnikov…

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Nous avons eu un fou rire lors du petit-déjeuner. Derrière nous, un jeune soldat faisait sa prière du matin. Les autres Tchadiens l’ont interpellé en arabe dans des éclats de voix et de rire. Je n’ai pas immédiatement saisi la raison de cette hilarité générale mais Abakar vint à mon secours. Le jeune Abdallah faisait fort convenablement sa prière, malheureusement pas dans la bonne direction. Au Mali la Mecque est plein est, justement où le soleil se lève. Et justement, il était là, l’astre repère. Bien que ne comprenant pas l’arabe, j’ai saisi l’infortune cocasse du jeune Abdallah, jeune croyant très mal réveillé, montrant ses fesses à la Mecque en se prosternant face à l’Ouest.

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Arrive le tour de la citerne de tous nos maux. Comme les autres véhicules, elle s’élance à tombeau ouvert, passe à un mètre de nous dans un bruit de mécanique et de ferraille, attaque le sable, vire légèrement. Nous suivons le monstre des yeux. Le nuage noir qui le suit laisse présager de sa colère et de sa hargne de vaincre. Pourtant, sa vitesse décroit doucement. Le monstre est bel et bien sorti de la piste principale et il baisse rapidement le nez avant de s’immobiliser. Son conducteur tente de repartir mais son action ne fait qu’ensabler un peu plus la citerne. Je vois les visages autour de moi se fermer. Je relance l’action par un « Allez, on s’y met tous et on l’arrache cette putain de citerne ! ». Et je saisis une pelle.

Je dîne sans appétit. Je repense à cette foutue après-midi où nous avons parcouru vingt-trois kilomètres en sept heures. Quel enfer, que de tension, de stress rentré et de prise sur soi pour se montrer confiant et « pushy » devant des hommes persuadés que je sais où je vais. Je suis exténué et j’ai besoin de faire une toilette comme pour chasser la chkoumoun qui nous colle aux pneus.

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Je suis furieux. Je dis [au chauffeur] qu’il est un amateur, que j’en ai marre de lui et de toutes les emmerdes qu’il nous apporte et que, arrivé à Anéfis, je le laisserai sur place (…) Le ton sur lequel je dis ces mots en haussant la voix fait taire les Tchadiens. Le chauffeur, au lieu d’accuser le coup et de plaider coupable (…) me regarde et me dit : « J’en ai marre, marre, marre et j’en ai marre de vous et de toi ! ». L’homme pointe son index de manière circulaire vers les Tchadiens puis finalement vers moi en le maintenant, bras tendu. Un Tchadien à ma droite relève brutalement le canon de sa Kalachnikov…

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Nous ne sommes plus très loin. Je me suis un peu isolé avec, à la main, un manche cassé de pelle. Mon esprit s’évade un peu, le présent se débloque et je pense à l’après.

***

 

13000314_590126381145007_8615185324440209308_n.jpgSaint-Cyrien de la promotion « Chef de Bataillon de Cointet », Raphaël Bernard rejoint l’Artillerie. Déployé en Côte d’Ivoire, Sahara Occidental, Liban, Ex-Yougoslavie et Kosovo, passé par l’Ecole de guerre et titulaire d’un MBA d’HEC, il est chef de corps du 1er RA de 2013 à 2015. Fin 2014, en poste à Kidal Nord-Mali, il s’élance dans une mission d’ouverture de route de mille deux cents kilomètres, seul Occidental à la tête d’un convoi MINUSMA de cent quarante-deux Tchadiens, Ivoiriens et Népalais, expérience dont il tire le récit « De sueur et de sable ». Il est désormais chef du bureau Opérations de la 1ère Division.

Avant de partir au Mali, quelqu’un m’a demandé ce dont j’étais le plus fier. Je ne m’étais jamais posé cette question. Mon parcours professionnel ? Mon parcours académique ? Mon parcours sportif et associatif ? Mes OPEX ? J’ai réfléchi à ce que je ne pourrais jamais remplacer, à ce que je n’accepterais jamais de perdre, à ce qui me constitue les plus intimement. J’ai répondu sans hésiter : mes trois fils.

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Page FaceBook de l'auteur ici.

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Avec le COL Bernard, Salon de l’Écrivain Soldat, Nice 2016.

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« De sueur et de sable », Colonel Raphaël Bernard,

ISBN 978-1092525077 – Prix 15€ – Format 21x14, 255 pages.

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Aux éditions Le Polémarque

Disponible ici.

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Hommage

à tous les soldats qui ont défait les djihadistes au Nord-Mali et œuvrent aujourd’hui pour la stabilisation du Sahel.

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J’aime comprendre ce que chaque homme a en lui et ce qui le fait avancer : le pognon, l’aventure, l’idéal, l’égo, la vocation, la volonté de démontrer à son père ou ses proches qu’il est quelqu’un, qu’il est capable, qu’il est un homme… Suis-je anthropophile ou sociologue ? Je crois que c’est surtout ma façon, d’une part de respecter et de considérer mes garçons et d’autre part un biais pour les motiver et répondre à leurs attentes (…) Je suis convaincu que chaque soldat a des qualités en lui, même s’il est sans diplôme, même s’il a fui une école où il a additionné les échecs. Il s’agit, pour nous, de le remettre dans la spirale de la réussite, de valoriser ce qu’il sait faire et ce qu’il réussit en apprenant différemment que sur une chaise scolaire. L’Institution militaire est, pour la grande majorité des dix mille jeunes qui chaque année la rejoignent, une école de la seconde chance, une vraie école de la vie.

COL Raphaël Bernard

 

 

 

 

12/12/2016

« Trahison sanglante en Afghanistan », CNE (r) Audrey Ferraro ; « Afghanistan – Photographe, un métier risqué », CES (er) Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre ; « Dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », COL Philippe Cholous

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation des auteurs ; droits réservés.

 

Moi contre mon frère ; mon frère et moi contre notre cousin ; notre cousin, mon frère et moi contre les autres.

Proverbe afghan

 

En parcourant nos nombreuses recensions sur l’Afghanistan, nous avons noté que les Afghans n’apparaissaient que sous un seul jour : celui de l’ennemi…

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Or il est bien évident qu’il ne faut pas confondre Afghan et Taliban. D’ailleurs, ce « peuple afghan » n’a rien de monolithique, malgré son Islam omnipotent. Mosaïque ethnique, vendetta de tradition, intérêts économiques (opium/aka morphine), attrait de l’Occident vs Charia, etc. Il y eut (il y a), en Afghanistan, des ennemis redoutables comme de fidèles alliés, des amis à la vie à la mort, comme d’ignobles traîtres...

Et pour illustrer ce fait, nous abordons trois livres, au mérite extraordinaire, relevant de l’euphémisme : nous éclairer sur la complexité afghane…

 

« Trahison sanglante en Afghanistan », CNE (r) Audrey Ferraro, CRR-Fr, éd. Publibook

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20 janvier 2012, un soldat de l’Armée nationale afghane ouvre le feu à l’intérieur de la base de Gwan sur ses mentors français, alors en plein footing ; ceux-là même qui ont pour mission de le former et venir en aide à son pays. Cinq d’entre eux perdent la vie, une quinzaine est blessée, tous les membres de l'OMLT K4, issus des 93e  RAM, 4e RCh, 2e  REG et 28e RT sont marqués à jamais. Si chacun garde en mémoire l’embuscade d’Uzbin, reconnaissons que cet ignoble massacre a reçu peu d’écho. Nous ne disserterons pas sur le « pourquoi », mais remercierons la CNE (r) Audrey Ferraro, officier d’information et de communication notamment en Opex, avant de poursuivre son cursus militaire dans la réserve au sein du Corps de Réaction Rapide, d’avoir, par cet essai regroupant les témoignages déchirants des survivants, de l'encadrement médical, de la base-arrière, de proches des victimes, inscrit dans la mémoire éternelle le sacrifice de Ceux de Gwan. Un très beau livre-hommage.  

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Avec la capitaine (r) Audrey Ferraro au Festival International du Livre Militaire de saint-Cyr Coëtquidan 2015

« Trahison sanglante en Afghanistan », aux éditions Publibook, disponible ici

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Le SCH Svilen Simeonov en « mentoring », fin décembre 2011, Gwan

Il neige. Les précipitations s’accentuent jusqu’à avoir un vrai temps d’Alpins. Lorsque je sors du bureau du capitaine, je tombe sur une scène mémorable : des soldats afghans en train de faire une bataille de boules de neige, comme le feraient nos jeunes engagés ou nos écoliers. Quelques centaines de mètres plus loin, un autre groupe est en train de faire un grand bonhomme de neige. Ce jour-là je suis face à une forme d’universalité dans laquelle je me retrouve : quelles que soient nos différences culturelles, nous sommes finalement très proches avec les mêmes espoirs ou les mêmes aspirations.

Témoignage du LCL Hugues C, chef du détachement OMLT K4.

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Puis la terre se soulève. Chacun  reconnait le claquement d’une arme automatique et réalise que nous sommes pris à partie. Le choc de l’impact à la hanche et le réflexe de survie me jettent à terre. Avec un des membres de l’OMLT, nous nous protégeons mutuellement. Je comprends que ne plus bouger peut être synonyme de survie. Un deuxième impact au coude et puis la résignation…

Penser à ma tendre femme et mes chers enfants me sert de réconfort face à la mort qui arrive. Pas de film de la vie qui passe, juste une dernière pensée pour ceux que j’aime.

Témoignage du LCL Hugues C, chef du détachement OMLT K4.

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SCH Svilen Simeonov, 2e REG, BCH Geoffrey Baumela, ADC Denis Estin, ADC Fabien Willm et CNE Christophe Schnetterle, 93e RAM, assassinés à Gwan

Le plus dur, c’est de voir l’envers de la mort, c’est-à-dire l’impact qu’elle a sur nos proches et les familles endeuillées. Etre prêt à accepter de mourir est bien plus simple que d’en connaître les conséquences autour de nous.

Témoignage du président des sous-officiers du 93e RAM.

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« Afghanistan – Photographe, un métier risqué », CES (er) Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre, SIRPA-Terre, éd. Bergame

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13 juillet 2011, Sébastien Vermeille, photographe du SIRPA-Terre, est tué lors d’une attaque suicide d’un taliban alors qu’il couvre une shura. Quatre camarades perdent également la vie, les ADJ Emmanuel Técher et Jean-Marc Gueniat du 17e RGP, le LTN Thomas Gauvin et l’ADJ Laurent Marsol du 1er RCP. Le chef d’escadrons de Clermont-Tonnerre est désigné pour accompagner la famille Vermeille lors des cérémonies officielles, en premier lieu Sandrine, épouse enceinte de Sébastien, et Mathys, leur jeune fils. La vie militaire est ainsi faite que 6 mois plus tard, Hervé rejoint l’Afghanistan, sur les traces de Sébastien, avec pour mission de former des équipes de communication de l’Armée nationale afghane…

Dès 2013 et notre première rencontre avec le commandant au salon du Livre, où il officiait comme organisateur du stand du Ministère de la Défense, nous avions discuté de son manuscrit qu’il cherchait à publier. Nous sommes bien placés pour savoir que la tâche est difficile et nous réjouissons de l’aboutissement du projet. Un récit sans prétention, mais très humain, qui met à l’honneur comme ils le méritent, nos si talentueux photographes et vidéastes militaires.

« Afghanistan – Photographe, un métier risqué », aux éditions Bergame, disponible ici

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Le chef du SIRPAT, l’air grave d’une manière que je ne lui connais pas, me demande de récupérer mon chef de cellule et de venir immédiatement dans son bureau. « Fermez la porte s’il vous plait ». Je sens la mauvaise, la très mauvaise nouvelle. Les mots ont du mal à venir. La tête basse, l’air atteint par une douleur interne. « Bien écoutez. Nous venons de perdre l’un de nos camarades en Afghanistan. Il s’agit du caporal-chef Vermeille, photographe en mission sur la base de Tagab. Cela s’est passé lors d’une attente pour une shura alors qu’il couvrait cette activité sur le terrain. Je n’ai pas le détail pour le moment. Le plus important est de lancer la procédure pour prévenir la famille ».

Pascal et moi sommes passés en quelques secondes dans un autre monde. C’est une impression bizarre. Nous sommes là, dans le silence, sans voix, sans réactions. Une minute, deux minutes…

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Hervé de Clermont-Tonnerre et Mathis Vermeille

Je profite de quelques instants avec Mathis, pour mieux le connaître, être proche de lui. Le plus souvent, je suis en uniforme et cela présente du sens pour lui. « Comme papa », me dit-il souvent.

Paris, juillet 2011

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Le CES de Clermont-Tonnerre à droite, en pleine formation de l’équipe com afghane

[Les deux stagiaires afghans] ont pris en main leurs appareils. Avec de courtes explications théoriques et mises en œuvre pratiques, nous avons débuté le long travail d’apprentissage qui les mènera vers l’obtention de leurs diplômes. C’est important pour eux, car cela leur permettra d’apprendre un nouveau métier éventuellement transposable dans le civil, mais surtout de mettre en exergue les activités de leur bataillon. Ils pourront, grâce à leurs produits vidéo et photo rendre compte, au travers de l’histoire, des actions de leur armée.

 Nijrab, fin 2011

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Je quitte l’Afghanistan, ayant vécu au rythme du Sergent Vermeille, au moins celui de la vie de tous les jours sur la base. Je n’ai pas eu la chance de sortir dans les vallées comme il le faisait si souvent. Mais j’ai côtoyé Jeremy, Mickael et d’autres qui se préparaient ou rentraient de leurs missions. J’ai pu apprécier leur force, leur courage. J’ai pu voir, admirer, leur production photo et audiovisuelle. Ils sont bien les « soldats de l’image ». Ils méritent amplement ce titre, eux qui racontent l’histoire militaire de notre époque, et surtout de leurs camarades.

Nijrab, janvier 2012

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Avec le CES de Clermont-Tonnerre et Sandrine Vermeille.

Nous en profitons pour saluer Sandrine Guillerm-Vermeille, qui a perdu son mari alors qu'elle portait son second fils. Peut-on imaginer plus cruelles circonstances ? Une femme courageuse, aussi charmante qu'admirable.

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Elle est marquée à jamais mais se reconstruit, pour ses fils et pour elle-même. Pour preuve : son projet de participer, avec son amie Céline, veuve en 1ères noces du BCH Fabien Rivère, 515e RT, tué en Côte d’Ivoire en 2003, au rallye Aïcha des Gazelles 2018. Nous vous invitons à visiter le site de leur nouvelle association W.O.L.V.E.S (Widow, Orphan, Life, Voluntary, Energie, Sodarity / Veuve, Orphelin, Vie, Volonté, Energie, Solidarité) ici, rejoindre leur page FaceBook ici, et donner un petit coup de pouce financier

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« Deux ans dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », COL Philippe Cholous, Gendarmerie Mobile

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Récit très original de par son sujet, puisqu'il nous place dans l'intimité du commandant de L’ANCOP  [Police Nationale Afghane d'Ordre Public], dont Philippe a été conseiller permanent de 2013 à 2015 ; et plus généralement dans celle de cette unité largement inspirée de la Gendarmerie Mobile française.

Une vision de l'intérieur donc, qui va cependant au-delà du seul portrait d’un héros national (Zamaraï a été compagnon d’armes de Massoud), ami de la France, puisque Philippe vit parallèlement le retrait des forces occidentales et le passage de relais sécuritaire aux Afghans (non sans difficulté, nous le savons). Témoin d’un épilogue, en quelque sorte.

Son rapport aux Afghans, à l’Islam, aux alliés ; le terrain, les combats [le colonel est présent lors de 4 attaques contre le général], la corruption, la place des femmes…

En outre, il s’agit du deuxième témoignage de gendarme en Afgha, après celui du COL Stéphane Bras (abordé ici) et nous ne devons pas oublier l'engagement des hommes en bleu [portant pour l’occasion le treillis camouflé] dans le conflit.

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Avec notre très bon camarade Philippe Cholous, gendarme mobile au passé de marsouin et fier papa de hussard :)

« Deux ans dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », aux éditions Lavauzelle, disponible ici

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Colonel Cholous en Afghanistan

Les Afghans étaient respectueux et polis, même si le fait que je sois, au contraire de mes prédécesseurs et des militaires de la coalition, dépourvu de conducteur et d’équipe de protection, les a toujours persuadés que je n’étais pas vraiment un colonel. En revanche, me voir aller et venir toujours seul dans Kaboul et sur le terrain leur donna l’image d’un combattant autonome et un peu fou. Cette image leur plut et me servit. L’Afghan se plaît en effet volontiers à cultiver un côté fier, insouciant et bravache. Il y a dans les unités de l’ANCOP un petit côté « bandes de Picardie » et dans l’équipe de protection rapprochée de Zamaraï un petit côté « Cadets de Gascogne ».

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Le général Zamaraï et le colonel Cholous

Le général Zamaraï aime à relater des faits ou à raconter des anecdotes sur le terrain même où elles se sont déroulées. Ainsi, il m’a d’emblée amené à Uzbeen, sur les lieux des combats qui coûtèrent la vie à neuf marsouins et un légionnaire. C’était pour lui une manière pudique de montrer son respect pour le sang versé. Il en avait d’autant plus le respect que c’était là des Occidentaux morts pour l’Afghanistan. Il y a beaucoup de débats en France s’agissant de la question de savoir quel intérêt nous allions défendre là-bas. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que, dans l’esprit de cet Afghan, les Français ont donné leur vie pour l’avenir de son pays.

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Le colonel Cholous en Humvee

Pris sous le feu, je ne peux débarquer pendant l’accrochage. Restant inactif à bord de mon Humvee qui est en milieu de rame, les minutes me paraissent interminables. Je sais que le blindage me met à l’abri des armes légères et que la proximité des habitations complique les tirs ennemis. Pour le reste… notamment les roquettes, je me sens vulnérable. Je me sens d’autant plus immobile qu’en tourelle, le servant de la mitrailleuse s’en donne à cœur joie. Les étuis pleuvent dans l’habitacle.

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Le général Zamaraï et le colonel Cholous, départ pour l’Aïd

Ces deux ans d’Afghanistan m’auront marqué à jamais, notamment les missions en opération de guerre. De ce pays j’emporte des images fabuleuses. Pourtant, je sais qu’il ne me manquera pas. Ma vie est ici, auprès de mes ancêtres et parmi les miens. Certains Afghans, en revanche, me manqueront, au premier rang desquels le général Zamaraï, ce héros authentique, ainsi que les soldats de l’ANCOP dans les mains desquels j’ai si souvent remis ma vie. Leurs visages me reviendront. Du Pouliguen au col de Salang, le vent portera mes pensées vers eux, mes frères d’armes d’un temps.

***

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Photo Sébastien Joly, auteur du reportage ‘Aito.

Revenons sur notre introduction. Certes l’Afghanistan avait toutes les allures d’un guêpier, mais nous n’entrerons pas dans un débat sur le conflit.

Nous laisserons par contre la parole au SCH Yohan Douady, Marsouin, vétéran d’Afgha, qui y a perdu son camarade Cyril Louaisil, 

avec dans nos pensées Sandrine, Mathis, Maxence, la famille Vermeille, les proches de ceux de Gwan et de tous les morts en Afghanistan,

avec dans nos pensées les blessés et tous les Afghaners,

avec dans nos pensées, également, les Afghans dont le GAL Zamaraï, qui, contrairement aux Talibans, veulent continuer à voir voler dans leur pays les cerfs-volants.

« Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.

Et même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ?

Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant ?»

 

 

 

 

19/10/2016

« Les enfants de Loyada », MAJ (er) Jean-Luc Riva, éd Nimrod

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditions Nimrod. Droits réservés.

 

 

Ils ne savaient pas que c’était impossible ; alors ils l’ont fait.

Marc Twain

 

L'histoire militaire est faite de drames et de grandeur. Mais la mémoire est courte, voire sélective quand la politique s'en mêle. De ce fait, certaines actions, quand bien même menées héroïquement, restent dans les limbes, aussi cruel cela soit-il pour leurs "acteurs", les victimes, les combattants. Un exemple parmi d'autres : qui a entendu parler de Loyada ?
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Rappelons le contexte : Il y a quarante ans, alors que Djibouti, alias Territoire français des Afars et des Issas, est promis à l'indépendance, un commando du FLCS prend en otage trente-et-un enfants de militaires français dans un car scolaire, conduit par un appelé du contingent de 19 ans, Jean-Michel Dupont. Alertés, les Gendarmes du poste de Loyada bloquent le véhicule. D’un côté de la frontière, les troupes somaliennes se déploient. Du côté français, la 2e Cie du 2e REP et les AML de la 13e DBLE prennent position, rejoints par des tireurs d’élite du GIGN, nouvellement créé par Prouteau. Le chef de la gendarmerie locale, Jean-Noël Mermet, le Haut-commissaire adjoint, Jean Froment, le consul somalien (au jeu trouble), tentent de négocier avec les terroristes. Afin de calmer les enfants, une assistante sociale, Jehanne Bru, se porte volontaire pour rejoindre le car…


Il n’est pas simple d’aborder sous forme de recension un tel livre : il se lit d’une traite. On ne peut que féliciter Jean-Luc Riva, sur le fond - remettre à l’honneur cette opération quasi oubliée, pourtant fondatrice du GIGN et ajoutant à la gloire du REP ; et sur la forme : vous ne faites pas que lire, vous vivez l’instant dans toute sa dramaturgie.


Quatre hommes attendent et observent. L'un d'eux vient de s'avancer jusqu'à la lisière. Toute son attention se porte sur le ramassage scolaire qui s'effectue sous ses yeux. A ses pieds, dissimulés dans un sac de toile de jute, une arme, quelques chargeurs et des grenades. Son regard ne quitte pas le gros car vert, celui auprès duquel le chef de bord s'agite pour faire monter les enfants les plus jeunes. Ils sont encore quatre ou cinq à attendre de monter, c'est le moment ! Un signe et les quatre hommes sortent leurs armes des sacs et se mettent à courir vers le car de Jean-Michel Dupont.

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Jean-Michel se lève de son siège et regarde les enfants. Ils sont dans un nuage. Tous ces bambins ont l'impression d'être dans un western et aucun d'eux ne semble avoir pris conscience du danger qui les menace. Les larmes et les cris de tout à l'heure ont cessé. Pour passer le temps, ils mangent les quelques gâteaux et bonbons que leurs mères ont mis dans les cartables tout en regardant les hommes qui, à l'extérieur, leur font des signes d’encouragement. Comment ces enfants pourraient-ils se douter que c'est de leurs vies qu'il s'agit ?

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Le haut-commissaire adjoint Jean Froment en discussion avec le consul de Somalie, à proximité du car

La pagaille règne dans le bus. Jean-Michel Dupont a quitté son siège de chauffeur pour essayer de faire régner un peu d'ordre et calmer les gosses. Mais les enfants trépignent, s'agitent et demandent à descendre pour satisfaire leurs besoins naturels. Cela ne va pas pouvoir durer bien longtemps, pense Froment. Inquiet, il rejoint Mermet. Le gendarme l'interpelle : "Monsieur le haut-commissaire, il faut faire venir quelqu'un, une infirmière ou une maîtresse d'école, mais il faut calmer les enfants.
Jean Froment acquiesce d'un clignement de paupières sous son chapeau de paille. Son attention est surtout attirée par l'attitude du consul, qui a gagné le poste-frontière somalien à pied. Il le voit discuter avec les gardes somaliens en faisant de grands gestes. A quel jeu joue-t-il ?

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Ne montre pas ta peur se dit Jehanne Bru. En la voyant grimper dans le bus, le chauffeur Jean-Michel ressent un immense soulagement. Je ne suis plus seul ! Il a fait de son mieux pour distraire les enfants et les calmer lorsqu'ils s'agitaient, mais la crainte que l'un d'entre eux essaie de s'échapper ou craque nerveusement lui hante l'esprit en permanence. Les ravisseurs auraient-ils tiré ?

(…)

La petite Nadine Durand, qui souffre d'une rage de dents tenace, le rejoint pour se blottir sur ses genoux. Il lui fait prendre un peu d'aspirine afin de calmer sa douleur. Dès que celle-ci s'estompe, la petite fille adresse un beau sourire à Jean-Michel. D'ailleurs elle n'est pas la seule à venir parler avec lui. Peu à peu, il est devenu le héros des enfants, celui qui veille sur eux depuis le matin. Pourtant, certaines de leurs paroles naïves lui font froid dans le dos. "Dis; quand est-ce qu'ils vont te tuer, les méchants ? Eux, ils ne tuent pas les enfants ; mais toi, si, ils vont te tuer."

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Appuyé contre un palmier, Jean-Michel réfléchit une dernière fois à la trajectoire qu'il doit prendre, fait un pas puis fléchit sur ses jambes comme un sprinter au moment du départ. Il respire longuement et jette un ultime coup d’œil au bus. Il n'ira pas plus loin, son évasion s'arrête là. Il les a vus ! La silhouette de l'assistante sociale qui se penche sur les quelques têtes qui émergent à peine du bas des vitres du car, les mots terribles des gamins, leurs regards admiratifs aussi. "Tu es notre Superman !" lui ont-ils dit ce soir. Je dois pouvoir les aider, se dit-il en rejoignant finalement le car.

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Omar fait quelques pas en direction du car. Il regarde en direction du nord, là où les Français attendent, tapis dans la palmeraie. Il esquisse un sourire en pensant que jamais ils n'oseront attaquer. Ils ont bien trop peur qu'il n'arrive malheur à leurs chers petits ! Et puis il faut venir jusqu'ici dans le no man's land en traversant un glacis désertique de plus de 200 mètres. Ce serait un massacre.

(…)

Il fait maintenant 35°. Tout est moite et la sueur ruisselle sur leurs fronts ; les gouttes suivent un trajet vertical qui les amène sur les paupières qu'ils ont rivées à leur lunette. Dès que l'œil se décolle du caoutchouc, les petites gouttes de transpiration en profitent pour descendre encore. Alors, d'un revers de la main, les hommes les essuient jusqu'à la prochaine fois. Avec le soleil qui tape de plus en plus, le grossissement de la lunette allié à la chaleur provoque un effet de mirage qui fait danser le paysage devant leurs yeux. Et le sable ? Il s'infiltre au moindre mouvement ! Et il rentre partout, même dans les parties les plus intimes. Il leur faut une concentration à toute épreuve pour résister à la tentation de se gratter les burnes en permanence.

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Chacun des tireurs prononce mentalement le chiffre clé [pour coordonner le timing]. 333. Les réticules sont calés sur les têtes des ravisseurs. 333. La respiration est bloquée et l'index a rattrapé le jeu de détente. 333. L'index écrase sans à-coup la queue de détente. Une seule détonation, un léger nuage de sable qui s'élève et les six balles filent à 840 mètres/seconde vers leurs objectifs.

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C'est le signal de l'assaut. Les Légionnaires du 2e REP avec à leur tête le CNE Soubirou, le chef commande de l'avant, et les automitrailleuses AML de la 13e DBLE chargent. Deux cents mètres à parcourir sous le feu des soldats somaliens qui arrosent, tant les soldats français que le car.

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Ils y sont presque, les hommes du REP. Les bruits des balles et des moteurs d'AML ne parviennent pas à couvrir un son autrement plus dramatique qui enfle à mesure que les légionnaires avancent vers le car. Ce bruit, c'est celui des hurlements des enfants qui sont pétrifiés de peur. Jehanne Bru est au sol et le chauffeur Jean-Michel Dupont est recroquevillé sur sa banquette avec, autour d'eux, les gamins allongés qui se tiennent par les épaules comme pour se donner mutuellement du courage.

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A l'horreur va s'ajouter la cruauté. Idriss frappe [David] de toutes ses forces. Pas de la main, non ! Un grand coup de crosse circulaire, un coup monstrueux en plein visage. La puissance du coup est telle que la tête du petit David Brisson manque d'éclater. La joue de l'enfant est lacérée sur plusieurs centimètres tandis que la rétine de l'un de ses yeux se décolle sous le choc. Idriss n'en a cure. Il ramasse l'enfant pantelant et couvert de sang en l'attrapant par le col de sa chemise et le plaque devant lui, comme un bouclier. Vite ! se dit le caporal Larking, qui vient de monter dans le bus…


***


IMG_0013.jpgEn 1968, Jean-Luc devance l'appel pour rejoindre le 13e RDP le jour de ses 18 ans. Il suit une formation d'opérateur-radio puis est affecté en équipe de recherche. Il signe son engagement dans le régiment à l'issue de son service militaire. Sergent en 1970, il demeure en équipe de recherche jusqu'à son départ à l'état-major de Berlin en 1978. En 1981, il est affecté comme instructeur à l'ESM de Saint Cyr-Coëtquidan où il croise de futurs grands noms comme Denis Favier, futur patron du GIGN et DGGN, ou le futur Général Barrera avec lequel il rédige un document sur les Balkans (5 ans avant le début du conflit…). Après avoir réussi le concours des majors, il rejoint l’École Interarmées du Renseignement en qualité d'instructeur des futurs attachés de Défense affectés dans les pays de l'Est. Il effectuera jusqu'en 1994 de nombreuses missions à l'étranger dans le cadre de la mise à jour de la documentation relative à l'identification des matériels, en particulier en ex-Yougoslavie (92-93). Il quitte le ministère de la Défense en 1994 pour réintégrer la vie civile.

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Avec Jean-Luc Riva (au centre) et l’éditeur Nimrod (à gauche), au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan 2016.
Vue la qualité de ce premier livre-témoignage, nous ne pouvons qu’inciter Jean-Luc à s’intéresser à d’autres opérations…
Et nous remercions à nouveau l’éditeur Nimrod pour son exemplaire collector, dédicacé par l’auteur et le CDT Prouteau.

Page FaceBook de l'auteur ici.


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« Les enfants de Loyada - La prise d'otages de Loyada et l'indépendance de Djibouti » par Jean-Luc Riva, préfaces du GAL André Soubirou et du CDT Christian Prouteau.


ISBN 978-2915243666 – Prix 21 € - Format 15x23, 288 pages, cahier-photo.

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Aux éditions Nimrod


Disponible ici
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Vidéo J.T. TF1 1976

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David Brisson


In memoriam


Nadine Durand, 8 ans, tuée par un terroriste,


Valérie Geissbuhler, 8 ans, décédée des suites de ses blessures,


Valérie, 8 ans, Marie-Laure, 8 ans, Josiane, 6 ans, Marie-Line, 7 ans, blessées par les terroristes et les soldats somaliens,


David Brisson, 5 ans, sauvagement frappé au visage par un terroriste et utilisé comme bouclier humain.


David, lui, ne s'en remettra jamais. Il ne bénéficiera d'aucun suivi psychologique - cela n'existait pratiquement pas à cette époque - et il devra vivre avec des blessures qui laisseront des traces indélébiles sur son visage comme dans son esprit. Sa mémoire gardera le souvenir du fracas de Loyada comme celui du bruit des vitres brisées par les balles, à tel point qu'un jour la projection d'un gravillon dans le pare-brise de la voiture le transportant provoquera en lui une crise de panique. Arrivé au bout du chemin, David choisira de quitter volontairement ce monde au mois de mai 2014.


Franck Rutkowski, 7 ans, pris en otage par le FLCS en Somalie,


A tous les enfants de Loyada.

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CNE Soubirou – LTN Prouteau


Hommage


Au LTN Doucet, blessé lors de l’assaut ; à ses camarades de la 2e Cie du 2e REP,


Aux tireurs d’élite du GIGN,


A tous ceux qui ont participé l’opération.

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Le chauffeur Jean-Michel Dupont, appelé du contingent, ayant la possibilité de s’échapper, est finalement retourné dans le car pour ne pas abandonner les enfants – Le gendarme Jean-Noël Mermet a tout tenté pour une issue pacifique.

Hommage à tous Ceux de Loyada


Et il y a les obscurs, ceux dont aucun livre ni journal n'a retenu les noms : Le Gendarme Jean-Noël Mermet, en poste à Loyada, le Haut-commissaire adjoint Jean Froment, Jean-Michel Dupont le chauffeur appelé et Jehanne Bru l'assistante sociale.
Peut-être parce que le héros doit toujours être un guerrier et que la guerre n'était pas leur métier. Mais sans eux, les guerriers n'auraient pas été les héros de Loyada. En gagnant du temps et en maîtrisant le comportement des enfants, ils ont permis à l'action de libération des otages de se dérouler dans les meilleures conditions. C'est grâce à eux que les gendarmes du GIGN et les légionnaires du REP ont pu réussir cette action désespérée.

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[Edit 1.11.2016] Sympathique petit mot de Jean-Noël Mermet, reçu après publication de cette chronique.

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Djibouti, Légionnaires de la 2e Cie du 2e REP, avec une mitrailleuse prise aux soldats somaliens

 

- Qu'est-ce que tu fais avec [les terroristes], Hassan ?
- Je me bats pour l'indépendance.
- En prenant des gosses en otages ? Cela va finir comment, Hassan ?
Un rire sardonique lui répond.
- Comment veux-tu que cela finisse ? La France cède toujours.

 

Discussion entre le gendarme Mermet et Hassan Elmi Gueldon, son ex-collègue passé à la rébellion

 

 

 

 

28/07/2016

Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan et Triomphe 2016

Photos Natachenka/UPpL’E. Droits réservés.

 

Nous vivons des instants si tragiques… Nos pensées vont vers toutes les victimes de la barbarie islamiste qui frappe en France et partout dans le monde...

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... mais la Terreur ne l’emportera pas. Alors, quand bien même le cœur brisé par toutes ces horreurs, et la colère latente, nous allons revenir sur le magnifique week-end passé auprès de nos soldats, les mili-auteurs, les Cyrards et Dolos, à Coëtquidan. Vous nous y verrez sourire, car les djihadistes ne nous enlèveront jamais la joie et la fierté de nous afficher aux côtés de nos soldats !

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La 7ème édition du FILM

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CCH Benjamin Itrac, ADC Nadège Donzé, CCH (er) Rodolphe Guadalupi

Quel plaisir de retrouver nos camarades Marsouins du 3e RIMa ! Nous avions fait connaissance lors du Salon du Livre de Paris, mais depuis lors, nous avons lu leur œuvre collective « Le soleil se lève sur nos blessures ». Elle aborde, comme son beau titre l’indique, la blessure de guerre, physique et psychique. Dès nos premiers échanges avec les auteurs, nous avions un bon pressentiment sur ce livre… il s’est largement confirmé. Tous les récits sont très beaux, tout en retenue et d'une belle et honorable simplicité. Ils sont aussi le fruit du courage ; se livrer sur un tel sujet n'est pas simple, nous en avons conscience. Ils font d'autant plus mouche. Bravo à tous les co-auteurs dont Benjamin, Nadège et Rodolphe, présents au FILM. Nous nous permettrons cependant deux mentions spéciales : au CCH Eric et à la maman de Rodolphe, pour leurs textes magnifiquement crève-cœurs.

L'un des meilleurs livre-témoignages de ces dernières années.

Disponible ici. Page FaceBook .

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L’éditeur Nimrod et Jean-Luc Riva

On ne peut imaginer un FILM sans la présence de l’éditeur Nimrod, tant son catalogue est riche de pépites milittéraires : ADC Saulnier, Marius, CDT Scheffler, SCH Douady, Jean-Baptiste Degez et ses beaux portraits de Légionnaires, « Les chemins de Dien Bien Phu » de Franck Mirmont et 6 survivants, sans doute le plus beau livre sur la terrible bataille, les américains Chris Kyle (American Sniper), Michell Zuckoff (13 Heures), Marcus Luttrell (Le Survivant)… la liste est longue… Ceci explique l’omniprésence des livres Nimrod sur le blog (et non un quelconque actionnariat d’UPpL’E dans la maison d’édition :). Et cela n’est pas prêt de s’arrêter, puisque nous avons rencontré (et préalablement lu), son dernier auteur en date : Jean-Luc Riva, ancien des Forces Spéciales, auteur des « Enfants de Loyada ».

Rappelons le contexte : Il y a quarante ans, alors que Djibouti, alias Territoire français des Afars et des Issas, est promis à l'indépendance, un commando prend en otage une trentaine de jeunes enfants de militaires français, dans un car scolaire. 36h plus tard, les tireurs d'élite du GIGN, nouvellement créé par Prouteau, et les Légionnaires du 2e REP et de la 13e DBLE interviennent.

Notre impression ? Ce livre est absolument remarquable. Nous y reviendrons sur le blog, en prenant le temps de saluer le courage du jeune appelé conducteur du bus, de l'assistante sociale volontaire pour rejoindre les enfants otages, des Légionnaires et leur charge héroïque sous le feu, des Gendarmes qui, par leur professionnalisme, ont inversé le rapport de force...

Bravo à l'auteur, sur le fond (remettre à l’honneur une action héroïque quasi oublié et pourtant fondatrice du GIGN), et sur la forme (vous ne faites pas que lire, vous vivez l’instant dans toute sa dramaturgie !).

Disponible chez l'éditeur ici. Page FaceBook de l’auteur .

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CBA Rémi Scarpa

« Offensive éclair au Mali » ayant été un tel succès que notre camarade Rémi Scarpa, Gaulois du 92e RI, présentait la deuxième édition, sur le stand de son éditeur Pierre de Taillac.

Cet ouvrage restera comme la référence sur Serval : vous y trouverez toutes les informations sur l’organisation de la force, le déroulement de l’opération, les unités impliquées (avec une large place laissée au Soutien, Transmetteurs, Tringlots, Logisticiens…), le matériel employé, les alliés africains, les insignes et fanions, des plans, les hommages à ceux qui sont tombés… le tout accompagné de témoignages.

En sus, des clichés magnifiques de l’ECPAD ou issus des collections particulières de nos combattants (ce qui en fait aussi une remarquable livre-photo) et en bonus, un film de 55 mn réalisé par l’ECPAD.

Le complément historique et visuel idéal aux récits de « Ceux du Mali », GAL Barrera, COL Gout, COL Verborg, Padre Venard

Disponible aux éditions Pierre de Taillac ici.

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L’éditeur Pierre de Taillac

Et puisque nous avons encensé plus haut le catalogue Nimrod, il convient de saluer un autre éditeur engagé : Pierre de Taillac. Magnifique offre là encore, à commencer par ce qui est sans doute le plus beau témoignage sur la Grande Guerre : Le journal du CNE Manhès, présenté par le LCL Max Schavion, prix spécial de la Saint-Cyrienne 2016 ; mais aussi toute une série de récits, d’historiques, de beaux livres, ou encore cette bonne idée du « Petit quizz de la Grande-Guerre » de Grégoire Thonnat, présent lui aussi au FILM. Voir le catalogue ici.

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Commissaire de la Marine Guillaume Décot

Nous avons bien conscience que l’Armée de Terre occupe une grande partie du « terrain » sur le blog. Ce n’est pas illogique. Ceci étant, nous avons toujours eu la volonté de soutenir les auteurs des autres armes, Aviateurs, Marins, Gendarmes… Nous avons aussi la volonté d’aborder des conflits (injustement) oubliés ou (injustement, bis) peu médiatisés. Nous sommes donc très heureux de la parution de « Dans la tête des pirates » roman inspiré de faits réels, écrit par le très sympathique commissaire de la Marine Guillaume Décot, abordant la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.

« Paul est officier de marine. A bord d‘un bâtiment de combat, il met le cap sur le Golfe d’Aden où il participera pendant plusieurs mois à une mission de lutte contre la piraterie. C’est au large des eaux tumultueuses de la Corne de l’Afrique, qu’il croisera la route de Nazir, pirate somalien, jonché sur son frêle esquif et qui attend patiemment ses proies… »

Aux éditions du Net, disponible ici. Page FaceBook de l'auteur

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Sylvain Auché, fine « Canon »

Retrouver notre camarade Sylvain Auché, photographe des écoles, fine « Canon », ne relevait pas de la surprise. Sa présence est évidemment incontournable au Triomphe, tout comme son magnifique livre-photo « Hommage et valeurs » que nous avons présenté ici. Mais surprise il y eut malgré tout, avec son exposition photo sur le stage commando en Guyane de la promotion « CES de Neuchèze ».

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Des clichés « à tomber par terre », portés par une belle originalité : un tirage sur feuille d’aluminium. Nous n’avions jamais vu le procédé. Le résultat est fascinant, les photos semblant être éclairées de l’intérieur. Une exposition que nous aimerions voir itinérante ; pourquoi pas aux Invalides ?  (clin d’œil au SIRPA, à l’ECPAD, à la DICOD…)

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Notez le malin jeu de mots…

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GAL (2s) Patrick Champenois

Une jolie rencontre avec le GAL (2s) Patrick Champenois. Il convient de le classer parmi les miliauteurs/miliartistes : ses deux livres, « La chamelière de Bouya » et « Le ciel sans pâlir » mêlant en effet textes et aquarelles. Le premier aborde ses souvenirs de Djibouti, le second sa carrière de Para.  Un camarade nous les avait chaudement recommandés et effectivement, c’est tout à fait original et fort joli.

Le premier, prix de la Saint-Cyrienne 2012, est disponible chez Marines Editions et le second aux éditions Xénia.

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Voici qui conclut la partie « auteurs » de notre milireportage. Il convient cependant de saluer tous les autres écrivains (une soixantaine !) qui abordaient l’histoire, la stratégie, la BD, ô combien intéressants, mais sortant de notre scope.

Mais ce n’est pas terminé… le FILM est l’occasion de remettre le « prix des Cadets »

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Avec le LCL Hubert le Roux, co-lauréat du prix des Cadets, et le très sympathique président du comité, de la promotion CES de Neuchèze.

Nous ne sommes pas habitués à la langue de bois, nous le dirons donc tout net : nous sommes *enchantés* que le prix ait été attribué à « Paroles de soldats » du LCL Hubert le Roux et Antoine Sabbagh, paru aux éditions Tallandier.

Vous comprendrez tout le bien que l’on pense de ce livre en lisant notre recension ici.

Bravo aux Cyrards et Dolos du comité, pour avoir mis à l’honneur – ce n’est pas si fréquent et nous saluons l’initiative - un livre « terrain ».

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Le GAL Frédéric Blachon, commandant les écoles, qui manifestement œuvre comme ses deux prédécesseurs pour le développement et la promotion de la Milittérature. Nous en sommes ravis !

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Enfin, il convient de remercier une personne aussi discrète qu’impliquée, notre amie Delphine, organisatrice du Festival. Elle ne ménage pas ses efforts, nous le savons, et la 7ème édition a tenu, comme à chaque fois, toutes ses promesses. Bravo et merci Delphine !

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Mais pas de FILM… sans Triomphe…

Comme le veut tradition, les 3e Bataillon de l’ESM et 2e Brigade de l’EMIA ont reçu leurs noms de baptême.

[nota : vous pouvez rejoindre les pages FaceBook des promotions en cliquant sur leur nom ci-après]

Pour les Cyrards de la 202e promotion : « Général de corps d'armée Bernard Saint-Hillier ». Cyrard, Chasseur-alpin avant-guerre, il rejoint la 13e DBLE et participe à l’expédition de Narvik où il est blessé ; FFL, il combat à Bir-Hakeim avec ses Légionnaires ; campagne d’Italie puis de France ; chef de corps de la 13e DBLE puis du 18e RP après la Libération, il commande le Groupement aéroporté n°1 en Indochine ; promu général de corps d’armée en 1968 ; il décède en 2004.

Pour les Dolos de la 55e : « Colonel Michel Vallette d’Osia ». Officier semi-direct de Cherchell, il rejoint le 13e BCA dans l’immédiat après-guerre ; Indochine avec le 1er RCP ; 2nde campagne avec le 8e BCP, blessé 3 fois, parachutiste parmi ceux qui ont compté le plus de sauts de guerre ; 11e Choc puis Guerre d’Algérie avec le 14e RCP ; démissionnaire en 1963, il continue à servir son pays au cours de multiples périodes de réserve et comme instructeur des élèves ORSEM ; il décède en 2009.

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Pour illustrer ces beaux noms de baptême, deux livres : « Le Général Saint-Hillier » par Jean-Christophe Notin paru aux éditions Perrin. Malheureusement, et sauf erreur, le COL Vallette d’Osia n’a pas écrit et aucune biographie n’existe à ce jour. Nous mettons donc à l’honneur « Les Paras français en Indochine » par Eric Adam et Patrice Pivetta, pour les fans d’histoire, uniformes et insignes. Chez Histoire & Collections.

Nous en profitons pour souhaiter une belle carrière aux Cyrards de la promotion « Capitaine Hervouët » et au 4e Bataillon « Capitaine Ewan Bergot » (un nom qui nous plait bien…) ; une bonne continuation à la « Chef d'escadrons de Neuchèze », la bienvenue à la 203e promotion de la Spéciale et à la 56e de l’EMIA.

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Mention spéciale pour les entrants du 4e Bataillon, avec notre affection toute particulière envoyée à l’un d’entre eux…

Mention spéciale encore, pour les Dolos de la formidable 54e promotion, avec là encore notre affection toute particulière envoyée à l’un d’entre eux ; mais au-delà : c’est une jolie histoire entre la « LTN Nungesser » et Une Plume pour L’Epée, rappelant celle vécue par le passé avec « Ceux d’Afghanistan ». De beaux projets menés avec brio (et portés par une excellente com’ ! Bravo Maxime !), une course de 600 km le long de la ligne de front de la Grande-Guerre, 10 000 € récoltés pour les blessés de guerre, et l’honneur d’être remerciés on ne peut plus officiellement (devant le CEMAT…) lors du grand-gala pour notre humble soutien… [Le Chasseur en est encore tout bleu-cerise d’émotion…].

Il restera toujours une place dans notre cœur pour la Nungesser.

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Au grand-gala de la Nungesser - notez Natachenka en bleu turquin...

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Chic à Cyr ! Chic à nos soldats !

 

 

 

23/06/2016

« Envoyez les hélicos ! », COL Pierre Verborg, 4e, 5e RHC. Editions du Rocher

Droits réservés. Photos EMA/ECPAD issues du livre.

 

 « Ne blâme pas Dieu d’avoir créé le tigre, remercie-le de ne pas lui avoir donné d’ailes ».

Proverbe indien, rapporté par le CDT Brice Erbland in « Dans les griffes du Tigre »

 

Tigre, Puma, Cougar… vous n’avez certainement pas envie d’en croiser un au coin de la rue. Alors, imaginez lorsqu’en sus, les bébêtes sont maniées par un ours… Même la délicate Gazelle se fait tueuse…

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Avec « Envoyez les hélicos ! », les fauves de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre sont lâchés. Ce livre est bien à l’image de son auteur, le Colonel Pierre Verborg, ALATman surnommé « Grizzli » : percutant ! Abordant en détail sa campagne Libyenne, rappelant ses jeunes années à Berlin où il « vit » la chute du mur, ses missions en ex-Yougoslavie (dont l'évacuation de l'ambassade de France en Albanie, récit inédit), en Côte d'Ivoire et au Mali, il prend aussi le temps de poser son hélico et d'évoquer son ressenti, le rapport aux hommes, le rôle de chef...

Un livre « toutes griffes dehors » absolument passionnant, qui fait honneur à l'ALAT, arme majeur dont nous connaissons tous, désormais, le caractère ultra-stratégique.

Le lecteur est invité dans l’intimité des équipages et des salles de briefing ; il y entendra parler de « meute en chasse » ou découvrira subrepticement le « pseudo » de l’auteur : grizzli ! Mais le lecteur ne devra pas s’arrêter à ce bestiaire, car derrière l’ours, dont il a la rugosité, se cachent d’autres animaux : le rusé renard et le mâle alpha, paternel chef de meute. Surtout, il rencontrera un homme, un officier que je connais bien et dont j’apprécie les belles qualités.

Général d’armée (2S) Bertrand Ract-Madoux, CEMAT 2011-2014

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- Je viens d’être appelé, il y a une grosse manœuvre à Mailly (camp d’entraînement en Champagne). On part avec quelques hélicoptères pour deux ou trois semaines.

Un peu étonnée de ce départ soudain, ma femme scrute ma tenue de combat Félin et ne manque pas de noter mes bottes couleur désert… Puis elle me fusille en quelques mots :

- C’est nouveau du sable africain à Mailly ?

Mai 2011, Pau. Départ « secret » pour l’opération Harmattan.

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Briefing pré-opération. A droite Pierre Verborg

Les combats qui nous attendent seront de haute intensité. J’ai besoin d’un groupe qui saura regarder la nuit sans pâlir et la terre sans rougir, manœuvrant avec une détermination de fer. J’ai besoin d’un groupe imprégné des enjeux de la mission avec un sens inné de la mesure et du dosage, capable de développer des facultés d’adaptation permanentes et une cohésion puissante et communicative. Il va falloir diffuser de l’énergie pour ne rien céder.

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Dans nos cockpits, la tension et la concentration sont palpables. La chaleur libyenne est moite et lourde, collant à même la peau tout notre barda sous une transpiration permanente. J’aperçois sur les côtés de mon appareil l’ombre des hélicoptères séparés de quelques centaines de mètres. Ombres furtives qui glissent sur l’eau, invisibles pour un œil de néophyte. Tant mieux, la nuit doit nous appartenir.

Juin 2011, au large de la Libye.

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A l’intérieur du Puma règne un calme absolu. Court moment de répit que je mets à profit pour chercher notre adversaire. Avant le choc, il est bon de s’imprégner de l’ambiance, de la moiteur de la nuit, sentir le terrain, la mer et le vent, presque devenir l’ennemi qui est respecté (…) Ou te terres-tu ? Nous vois-tu ? Que nous prépares-tu ?

Tout se déroulait trop bien. A peine ai-je sorti la tête que le son d’une voix particulièrement tendue rompt le silence radio :

- Grizzli, ici Texas. Interception radio ennemie, ils viennent de nous voir passer. Ils ont le visuel sur trois petits hélicoptères et un gros. Ils donnent les ordres de tir. Ça tire dans 30 secondes !

Côte libyenne.

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Libye, départ du missile anti-aérien visant les hélicoptères français

Le temps suspend son vol : j’aperçois haut dans le ciel un missile sol-air qui laisse un panache de fumée fin : sa tête chercheuse n’a pas accroché le Tigre et il cherche une autre proie. La courbe descend vers notre Puma : il a trouvé sa cible (…) Tout va trop vite et tout va trop lentement. « M… » ai-je à peine le temps de penser.

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Libye, le champ de bataille

Nos tirs de missiles, de roquettes et de canons déchirent soudainement le ciel. Les flashs des départs de missiles et les coups au but illuminent la nuit par éclairs successifs.

(…)

Au retour, on me racontera que sur le BPC [bâtiment porte-hélicoptères] toutes les personnes restées sur le pont ont assisté hypnotisées à ce spectacle sans nom.

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Si l’on veut vaincre, il faut un engagement total, mettre les mains dans la glaise et pas à moitié. Au combat, le manque d’engagement ne paye jamais, il tue.

***

verborg.JPGLe Colonel Pierre Verborg, Dolo, Ecole de Guerre, au passé de cavalier (11e RCh), est officier supérieur de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre, totalisant plus de 3300 heures de vol. Il notamment œuvré aux seins des 4e et 5e RHC, participant à de nombreuses OPEX en Ex-Yougoslavie, Côte d’Ivoire... En 2011, il est à la tête du Groupement Aéromobile de l’opération Harmattan sur la Libye, menant la charge des Tigre, Cougar et Gazelle à partir du BPC Tonnerre. En 2013, il est adjoint du Colonel Frédéric Gout commandant le GAM lors de l’opération Serval au Mali. Il est désormais chef de corps du 3e RHC d’Etain. [photo : Pierre Verborg sur le BPC Tonnerre pendant Harmattan]

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Avec le Colonel Verborg.

Si l’homme porte bien son surnom de grizzli et est un rien impressionnant, c’est dans un contexte guerrier ; en dehors de celui-ci, en l’occurrence au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan en juillet 2015, il nous a reçus avec la bienveillance d’un gentil nounours :)

A noter derrière nous, des auteurs dont les livres ont été abordés sur le blog : le padre Jean-Yves Ducourneau, le CNE (r) Raphaël Krafft et le LCL Hubert le Roux.

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ISBN 978-2268075181 – Prix 18,90€ - 228 pages - Format 22x14,5 – Cahier-photo couleur

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Aux Editions du Rocher, disponible ici

***

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Hommage

Au LTN Mathieu Gaudin, 3e RHC, mort pour la France en Afghanistan,

Au LTN Damien Boiteux, 4e RHFS, mort pour la France au Mali,

A tous les ALATmen morts pour la France, morts en service commandé.

Aux blessés.

On a deux familles dans la vie : celle avec laquelle on naît, et celle avec laquelle on risque de mourir.

COL Pierre Verborg

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Combattre, perdre et se relever, vaincre aussi parfois, confère une force intérieure qui aide à s’affranchir de la comédie humaine du quotidien et donne un peu de profondeur et de piment à nos actes. Cette force ne nous exempte de rien, voire nous oblige, mais ne laisse aucune place pour le mensonge, le diktat des apparences et l’illusion des acquis.

COL Pierre Verborg

 

 

 

 

24/05/2016

« La tombe d’Hanoï », Henri Ansroul, 1er BCCP ; « 5e Promo au rapport », Christian Hager, EETAT, ENSOA ; « Des mots, pour des maux », Jean-Louis Martinez, soldat, poète et artiste.

Extraits publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés.

 

Tous les soldats n’ont pas l’aura d’un Marcel Bigeard ; tous les soldats n’ont pas la plume d’un Hélie de Saint-Marc…

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C’est un fait. Mais en quoi cela rendrait leurs témoignages moins intéressants ? Peut-on imaginer un récit de vétéran d’Indo « de trop » ? Un texte rapportant la vie dans l’Ecole des Techniciens de l’Armée Terre à la fin des années 60, n’est-ce pas totalement inédit ? Un militaire ne pourrait-il être, également, artiste et poète ?

C’est l’objectif que nous nous fixons avec ces « milibiblis » : sortir de l’ombre des livres écrits sans la moindre prétention mais avec le cœur, souvent autoédités, donc pouvant souffrir d’un manque de « visibilité ».

Ces ouvrages, éminemment personnels, auraient pu rester dans l’imaginaire de leurs auteurs, être confinés au cercle familial, voire sous la forme d’un manuscrit s’empoussiérant dans un tiroir ; cela aurait été fort dommage : le devoir de mémoire ne s’arrête pas à lire et honorer les hommes  que l’Histoire a eu la bienveillance de conserver dans ses tablettes.

« Tout homme est une exception ».

Hélie de Saint-Marc

 *

 « La tombe d’Hanoï », Henri Ansroul, 1er BCCP, éd. Les Archives Dormantes

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Henri Ansroul en Indochine, photo famille Ansroul

La première chose que vous faites en arrivant dans une ville, après si longtemps, c’est d’aller voir les filles. Les Indochinoises nous semblaient si belles, quel dépaysement ! Pousse-pousse, chaleur, bruits, klaxon, cette foule qui bouge sans cesse ; on avait envie de se mettre dans le bain tout de suite, sans penser à ce que nous étions venus faire ici.

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A chaque fois que je bougeais, je me faisais allumer. Je commençais à me faire du mouron. Puis le sergent nous fît des signes devant : dans les arbres. Et de son arme, il envoya une rafale dans le milieu de ces arbres. Je tirai aussi, deux ou trois autres en ont fait autant. Surprise, étonnement, nous avons vu un paquet de branches tomber. Ces salauds camouflés avec des bouts de branches, nous tiraient dessus. On en a vu descendre trois ou quatre (…) Quelques instants plus tard, j’ai reçu une pierre avec un mot : « on décroche » (…) Les copains qui sont partis avant moi se mettaient en position pour couvrir les autres qui n’avaient pas encore reçu l’ordre. Puis ça y est, c’est mon tour. Les fesses serrées, le trou du cul à zéro, j’attendais le signal.

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Beaucoup ont dû croiser Henri Ansroul, humble garagiste breton, sans se douter de son passé de combattant d'Indochine, valeureux commando-para du 1er BCCP. Il a désormais rejoint ses camarades de la tombe d’Hanoï. Le manuscrit qu’il avait pris soin d’écrire aurait pu rester « dans la famille » ; cela aurait été regrettable : sans esbroufe, Henri a un certain talent pour rendre le fracas des combats dans la moiteur indochinoise. Saluons donc l’initiative de ses enfants et petits-enfants qui, avec le soutien de la nouvelle maison d’édition Les Archives dormantes, complète d’une jolie manière la milibibli « Ceux d’Indo ». Disponible chez votre libraire, éventuellement sur commande, ou sur les sites du Net. Par exemple ici. 

Site des éditions Les Archives Dormantes ici.  

Page FaceBook .  

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Hanoï, tombe d’André, camarade d’Henri. Photo famille Ansroul

J’ai trouvé une place pour mettre mon hamac. J’étais tellement faible que je restais des heures dedans, bercé par le roulis. Je me disais que maintenant c’était vrai : je rentrais, le bateau ne ferait pas demi-tour. J’avais encore peur, quand même.

***

« 5e Promo au rapport », Christian Hager, EETAT, ENSOA, TheBookEdition

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Christian Hager à Issoire.

- Vous n’allez quand même pas prétendre que c’est propre !

- Si, mon Lieutenant.

- Puisque c’est si propre, si je vous donne l’ordre de boire dans les urinoirs. En êtes-vous capable ?

- Non, mon Lieutenant.

- Et pour cause, ils sont dégueulasses !

J’aurais donné cher pour savoir ce qui n’allait pas. J’avais beau scruter les urinoirs à la loupe, je ne voyais rien d’anormal.

- Etes-vous certain d’avoir une bonne vue ? repris le Lieutenant. (…/…)

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Cette autobiographie évoque un contexte atypique : celui  de l'Ecole d'Enseignement Technique de l'Armée de Terre, EATAT/EETAT/ENTSOA d'Issoire, AEETAT de Tulle, mais aussi ENSOA de Saint-Maixent, à la fin des années 60. De l’inédit donc. De plus, Christian, dans un style d’une réjouissante simplicité, rend bien l'ambiance de l'époque à travers les yeux d'un jeune-homme : la découverte de la vie militaire, les profs, les camarades, les trains de nuit, les sorties, les nuits blanches place Clichy, les filles... Le résultat est très sympathique et rappellera bien des souvenirs aux aînés, techniciens passés par l'école, mais plus généralement EVAT et appelés.

Et par tous les Saints ? Vive les techniciens !

Disponible auprès de l'auteur ici. 

Page FaceBook de l’auteur .

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Ecole des Techniciens de l’Armée de Terre

(…/…) Le Lieutenant n’avait pas l’air d’apprécier nos réponses. Il gardait son calme, mais on le sentait prêt à sortir l’artillerie lourde. Il nous montra un léger dépôt de calcaire sur le pourtour d’un trou d’évacuation. C’était l’objet du délit qui nous valut deux tours de consigne et la présentation de la corvée de lavabos et d’urinoirs en tenue de sortie, chemise blanche, cravate noire et gants blancs, chaque matin à 7h35, pendant deux semaines.

***

« Des mots, pour des maux », Jean-Louis Martinez, autoédité

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J’étais, je suis, et je resterai

ce soldat qui saluait lorsque les couleurs étaient hissées.

J’étais, je suis et je resterai

ce soldat qui frissonnait lorsque la Marseillaise était chantée.

J’étais, je suis et je resterai

ce soldat qui se redressait lorsque le respect lui était donné. 

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Autoportrait

Oui je le resterai, je soutiens et soutiendrai

mes camarades si malmenés.

Je le resterai, afin qu’ils restent ancrés dans le cœur des Français.

Je le resterai, pour que leurs proches soient à tout moment protégés.

Pour les protéger d’un monde individualiste exacerbé.

Qui ne se réveille que quand la mort

Vient à sa porte

Le déranger.

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Les dessins et les textes de notre ami Jean-Louis Martinez sont désormais bien connus de la fraternité militaire, étant largement diffusés sur le Net ; mais les avoir sous forme d’un livre, c’est mieux ! "Des mots, pour des maux" est le deuxième opus, dessins-poèmes-textes-coups-de-gueule, tout aussi réussi que le premier, "Soldat protecteur de notre liberté" (abordé dans une milibibli ici). C'est humble, cela parle au cœur, c’est attachant. On aime vraiment beaucoup, tant l’œuvre que l’homme.

Disponible sur le site de Jean-Louis ici. Attention, très peu d’exemplaires encore en stock !

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06/05/2016

« Les combats héroïques du Capitaine Manhès », LCL (r) Max Schiavon, éd. Pierre de Taillac

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditions Pierre de Taillac. Droits réservés.

A la mémoire de nos arrière-grand-pères, combattants de la Grande-Guerre : Ernest Antoine, 37e RIT, mort pour la France le 1er janvier 1915 à Toul ; Fernand-Gaston Camut, 17e BC, 71e BC ; Abel Préau, 10e RG, 105e RAL, 46e RI ; Colonel Fiodor Zakharevitch Plakoff ; Vassilï Oskarovitch Lampe.

 

 

Ecoutez la clameur qui sort des hécatombes !

Nécropole de Notre-Dame-de-Lorette

  

Marchez dans les champs de croix, à Verdun, en Argonne, en Champagne, dans la Somme, dans les Vosges... Qu’ils sont effroyablement beaux, ces cimetières de la Grande-Guerre…

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Mais devons-nous nous contenter de l’émotion que distille la grandeur d’un Douaumont ? Cette émotion, aussi honnête soit-elle, ne reste-elle pas très abstraite ? C’est là où la lecture des « combats héroïques du Capitaine Manhès » présentés par le LCL (r) Max Schiavon, s’avère une véritable déflagration affective : sous ces alignements parfaits de croix blanches, sous ce gazon bien tondu, derrière la litanie des noms gravés dans le marbre, que de terreur vécue, que de crasse, de pourriture et de puanteur, que de souffrance, que d’effroi, que de hurlements ; et que d’héroïsme aussi, que de valeur et de sacrifices, que d’amour ; et que de grandeur enfin, chez ces jeunes hommes, ces petites gens, ces humbles : nos si valeureux Poilus.

Qu’ils sont effroyablement beaux, ces cimetières de la Grande-Guerre…

Qu’il est effroyablement beau, ce livre.

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Front des Vosges ; l’Hartmannwillerkopf, ou plutôt ce qu’il en reste. Photo issue du livre.

Un sifflement strident, une gifle formidable dans une haleine de four ; je titube un instant et, quand je reprends notion du monde extérieur, je vois à mes pieds un pauvre diable ouvert en deux, du sternum aux cuisses, comme un poisson qu’on vide et qui hurle pendant des secondes, ou des siècles (…) Le fracas continue, immense et trépidant. Je suis assis au pied d’un tronc d’arbre ; un Chasseur tout jeune s’est faufilé sous moi ; il sanglote et je sens son pauvre corps de gosse se soulever avec une cadence saccadée de moteur. D’autres se sont groupés autour de moi, leur sac sur la tête, et me regardent comme si j’étais l’égide protectrice. Il a suffi à ces pauvres diables de voir mes galons d’officier pour chercher d’instinct le salut près de moi. Et moi, qu’est-ce que je pense de cet enfer ?

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Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Les Allemands attaquent. C’est un soulagement infini.

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Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Roulé dans ma pèlerine, je me tasse dans un vestige de boyau. Sous un ciel étincelant, clouté d’or, et qui semble se craqueler de froid, je grelotte éperdument. Un âpre vent du nord fait pétiller les étoiles : il me pénètre comme si j’étais nu ; Dieu ! Que j’ai froid. Brusquement, au matin, le vent tourne, le ciel se couvre et, au lever du soleil, une abondante chute de neige efface les déchirures de la terre, ensevelit les morts et les vivants endormis, ouate silencieusement la forêt.

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Le Capitaine Manhès, nouvellement décoré de la Légion d’honneur et Croix de guerre avec palme. Photo issue du livre.

Je bavarde à bâtons rompus avec mes hommes ; encore une fois, comme ces causeries familières, aisées, amusantes et affectueuses sont plus utiles à tout point de vue que les « amphis » prônés dans les écoles et par les états-majors ! Le soir vient. La nuit est d’un calme plat. Une fois de plus, mes chefs s’excitent et mon silence les affole. Je suis assailli de coups de téléphone du capitaine et du commandant : « Que se passe-t-il donc chez vous ? Que signifie ce silence anormal ? ». Pauvres âmes qui ont besoin de beaucoup de bruit pour ne pas avoir peur de la nuit !

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Combat de l’Hilsenfirst, nouvelle Sidi-Brahim. Les Chasseurs du CNE Manhès sont encerclés et combattent à coup de rochers. Dessin de José Simon publié dans le journal L’Illustration du 31 juillet 1915

Guillermet est toujours debout, resplendissant de vigueur et de jeunesse, souriant, beau comme un jeune dieu. Le petit Martin, en tête de sa section, est très bien lui aussi. Mais le feu ennemi est terrible et nous décime. A ma gauche, le vieux Cardot, sergent de la territoriale venu à sa demande au 7e bataillon, est tué raide d’une balle en pleine tête. Tout autour, je vois tomber des pauvres corps, morts et affaissés. Et devant ces pertes répétées, il y a de nouveau du flottement. Je vois plusieurs hommes se coucher ; il faut intervenir vivement ; je le fais de la voix et du geste. Je repère un petit Chasseur de la classe 15 [20 ans] qui, manifestement, s’est couché. Je veux le faire relever, il refuse. Je l’empoigne alors par le col de sa vareuse et le soulève de force, à bout de bras. Je vois une pauvre figure de gosse, bouleversé, les yeux fous criant : « Non, mon Capitaine, non, je ne peux plus, je ne peux plus ! » Brusquement, son corps cesse de se raidir, de lutter contre moi ; au bout de mon bras, je le sens complètement mou : pendant que je le soulevais, une balle l’a frappé dans la tempe gauche.

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Tranchée allemande conquise par les Chasseurs, front des Vosges. Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Sur l’ensemble plane une effroyable odeur de cadavre en décomposition ; des centaines de morts jonchent le terrain tout autour de nous. La puanteur vous prend à la gorge à 1500 mètres de la position. Sur place, c’est insoutenable ; mes hommes et moi, le cœur soulevé, nous vomissons à qui mieux mieux depuis notre arrivée. A deux pas de mon trou, un Allemand en vingt morceaux m’empoisonne. Inutile de changer de trou, c’est partout pareil.

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Tranchée allemande conquise par les Chasseurs, front des Vosges. Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Vers 7 heures, sous la pluie du ciel et la grêle des marmites [obus allemands], je reconnais les emplacements pour l’opération que je fais ce soir. Je rencontre le Général Serret, visiblement fatigué au physique comme au moral, errant comme une âme en peine, paraissant nettement chercher la marmite. Nous nous asseyons un moment au bord d’un trou d’obus et le général promène son regard sur l’effroyable tableau qui s’étend devant nous, un regard d’une indicible tristesse, désespéré.

Puis il me regarde longuement et me dit simplement : « Mon pauvre petit ».

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Le GAL Marcel Serret sur le front des Vosges. Il mourra le 6 janvier 1916 de la gangrène, suite à une blessure reçue quelques jours après sa discussion avec Manhès.

***

DSC00524.JPGJean-Louis Manhès nait en 1888 dans une famille de la bourgeoisie auvergnate. Il intègre Saint-Cyr puis Saumur. Cavalier au 18e RC, 9e RH, il est en Algérie avec le 3e RS lorsque la Grande-Guerre éclate. Craignant « de ne pas participer vraiment  et de toutes [ses] forces à une guerre où étaient engagées les destinées de la patrie et où se jouait cette revanche qui jusque-là avait été l’idée maîtresse de [sa] vie », il demande sa mutation dans l’Infanterie et rejoint le 13e BCA. Sur le front des Vosges, il est chef de compagnie du 7e BCA lorsque sa compagnie est cernée sur l’Hilsenfirst. Il y écrit une page de gloire de l’armée française, nouvelle Sidi-Brahim, en résistant aux allemands à coup de rochers, ce qui lui vaut la Légion d’honneur et la Croix de guerre à 26 ans. Il est blessé le 1 janvier 1916, 5 jours après avoir été nommé capitaine. Remis sur pied mais trop affaibli, à son grand damne, pour rejoindre le front, il est officier de liaison aux 11e et 168e Divisions d’Infanterie. Il retrouve la première ligne en 1917 au 4e BC puis 169e RI où il réalise de nouveaux exploits sur le front belge. Passant l’entre-deux-guerres dans plusieurs postes d’état-major, il est Colonel, chef de corps du 141e RIA pendant la Campagne de France. Nommé Général, il reste fidèle au gouvernement de Vichy, ce qui brisera se carrière militaire. Il est totalement réhabilité en 1961 par Pompidou, qui a été son lieutenant. Il décède en 1974 à l’hôpital du Val-de-Grâce. Ses descendants, ayant précieusement conservé son journal de marche, ont la bonne idée de contacter Max Schiavon pour envisager sa publication…


Lcl_SCHIAVON.jpgLe  Lieutenant-Colonel (r)  Max  Schiavon, intègre l’Armée en 1978 comme élève-officier  de  réserve.  Après  une  première  partie  de  carrière  dans  le Matériel, en Allemagne et en France, il commande une compagnie à l’Ecole Polytechnique. Diplômé en  informatique et en management stratégique, il effectue des missions sur les cinq continents et dirige pendant cinq ans le  bureau  des  télécommunications  et  systèmes d’information  de  la région  terre  Nord-Est à Metz. Docteur en Histoire, il devient en 2010 directeur de la recherche du Service Historique de la Défense. On lui doit de très nombreux livres, historiques sur la Grande-Guerre, la campagne de France, biographies des généraux Georges, Vauthier, Salan, etc. [voir plus bas].

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« Les combats héroïques du Capitaine Manhès - Carnets inédits d'un Chasseur alpin dans les Vosges, 1915-1916 », présenté par Max Schiavon.

Témoignage *exceptionnel*

Prix spécial de la Saint-Cyrienne (ô combien mérité !) 2016

ISBN 978-2364450523 – Prix 19 ,90 € - Format 19 x 14, 352 pages, cahier-photo

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Aux éditions Pierre de Taillac

Disponible ici.

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Avec Max Schiavon au Salon du Livre 2015

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Devant le monument aux Chasseurs et au COL Driant, bois des Caures, avril 2016

Hommage

Aux Chasseurs de la Grande-Guerre,

A tous nos valeureux Poilus !

Quand Madelon vient nous servir à boire…

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Rarissime autochrome d’une compagnie du 13e BCA en 1915. Collection Jules Gervais-Courtellemont - Cinémathèque Robert-Lynen. Crédit photo Francetvéducation ici.

Hier, ma compagnie a perdu 31 tués et 55 blessés. C’est une dure épreuve. Que sera la journée de demain ? Je ne crois pas pouvoir demander à mes hommes la continuation d’un pareil effort. Ce qu’ils ont fait aujourd’hui est surhumain. Ce que je peux les aimer d’une chaude affection, profonde, immense, ces braves gens dont je sens encore peser sur moi ces regards anxieux, mais confiants (…) Tout à l’heure, un brave garçon avec lequel je bavardais sur les durs événements de cette abominable journée, m’a dit avec une charmante candeur, toute simple et sans aucune vanité de ton :

« On est quand même de sacrés bonhommes, mon Capitaine ».

 

 

 

02/05/2016

« Opération Turquoise », GAL Jean-Claude Lafourcade, éd. Perrin

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos issues de la collection de l’association « France-Turquoise ». Droits réservés.

 

 

La seule chose qui permet au mal de triompher

est l’inaction des hommes de bien.

Edmund Burke

 

Le fils d’une de mes amies, rentrant de son célèbre lycée du VII arrondissement de Paris, lui dit : « Comment peux-tu encore fréquenter le général Lafourcade ??? C’est un génocidaire !!! ».

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Cette phrase, issue du livre, est un crève-cœur. Crève-cœur pour le Général, vous le comprendrez aisément en lisant le texte qui suit. Crève-cœur pour nous aussi, de par l’affection que nous portons à « Ceux de Turquoise ».

N’en voulons pas trop, cependant, à ce jeune-homme qui a subi le lavage de cerveau de la propagande, d’où qu’elle vienne. Espérons simplement que, depuis lors, il a lu le livre du Général Lafourcade, ceux du padre Kalka, du Colonel Hogard ou du Caporal-Chef Geoffroy, tous vétérans de Turquoise.

En une heure, l’amiral Lanxade [CEMA] m’a fait voir l’extrême difficulté de la mission qui nous attend. Des rapports empoisonnés avec le FPR [Front Patriotique Rwandais, tutsi], les « retrouvailles » avec nos anciens alliés [Hutus] qui, pour certains, ont les mains pleines de sang, la forte pression médiatique, l’isolement sur la scène internationale, les soupçons, un drame humanitaire… Intérieurement, je m’inquiète, non pas pour moi et mes hommes, mais pour la réussite de la mission. Il faudra aller vite si nous voulons réussir à sauver encore des survivants. J’ai conscience que nous arrivons bien tard, beaucoup de mal est fait, mais chaque vie compte.

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Depuis qu’on a vu sur toutes les télévisions du monde les cadavres des soldats américains traînés dans les rues de Mogadiscio, les Etats-Unis sont dans une logique « zéro mort ». N’ont-ils pas, en outre, formé eux-mêmes le général Kagamé [leader Tutsi] dans leur académie militaire de Fort Leavenworth ? Et l’attentat contre l’avion du président [Hutu] Habyarimana n’offre-t-il pas une opportunité pour leur allié anglophone de prendre le pouvoir ? Les Anglais considèrent que le Rwanda n’est pas dans leur zone d’intervention. Les Belges, dont dix casques bleus ont été assassinés le lendemain de l’attentat contre Habyarimana sont traumatisés. Ainsi la France, qui est le premier pays à avoir officiellement utilisé par la voix de son ministres des affaires étrangères le mot de génocide le 1er mai, semble la seule nation occidentale prête à intervenir pour que celui-ci cesse.

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Notre hélicoptère Puma file à 240 kilomètres/heure au-dessus du lac Kivu. J’y plonge mon regard et sous les reflets turquoise, les profondeurs sombres me renvoient à mes pensées. Nous sommes en pleine action et nous connaissons son sens. Mais ce que nous découvrons jour après jour ici, nous entraîne dans des abysses jusqu’alors inconnues…

(…)

Les miroitements mirifiques du lac que nous avons survolé d’un bond d’aéronef suffiraient à illuminer notre journée, mais des rivières de sang l’assombrissent bientôt. C’était trop beau. En route, un spectacle macabre se dévoile. L’envers du décor. Nous faisons une halte pour nous enfoncer à pied dans un bois. Là, maintenant, l’odeur si particulière des cadavres nous saisit et nous repousse quelques pas en arrière. Contrastes : splendeur du Rwanda, fureur de la bête humaine. Est-ce possible ? Nous avions vu, tous, à la télévision, les images des massacres. Mais nous ne savions pas, nous n’imaginions pas. Devant nous, des corps éparpillés dans la forêt, au milieu des bosquets, laissés là depuis plusieurs semaines. C’est insoutenable. Ces Tutsis ont été frappés au visage, mutilés, découpés, écrasés. La vie s’arrête là sous nos yeux. La nausée…

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Je repense alors aux colonnes de civils qui nous saluaient à l’instant, au passage de notre véhicule. C’étaient des Hutu, et tous, innocents ou non, craignent que des Tutsis du FPR [Front Patriotique Rwandais] la vengeance et les massacres de représailles. Les tueurs sont parmi eux… Ils fuient par dizaines de milliers vers le Zaïre. Ils ont tout perdu, tout abandonné sauf quelques marmites, des bidons, des morceaux de tôle. Nous regagnons la route et les croisons à nouveau. L’air hagard, désespérés, ils marchent. Certains ont égorgé leur meilleur ami. D’autres ne sont que les victimes d’une guerre larvée qui dure depuis 1990. Elle, avec son fichu rose sur la tête, n’a-t-elle pas dénoncé ses voisins ? Et lui, a-t-il « coupé », comme on dit ? Ils nous regardent. Ils lancent un amahoro, « paix ». Que dois-je faire ? Ils ne sont évidemment pas tous coupables, mais qui est qui ?

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Compte tenu des effectifs dont je dispose sur le terrain, il sera difficile de contrôler l’ensemble de la zone FAR [Hutu], car les réfugiés se cachent et les milices commettent leurs actes la nuit. Cela devrait donc prendre un certain temps avec le risque que les exactions se poursuivent. A des journalistes qui m’interrogent, je dis en substance : « Pourquoi n’avançons-nous pas assez vite ? Parce que nous sommes seuls. Seule la France a eu le courage d’intervenir et nos moyens sont limités. Où sont les Anglais et les Américains qui nous ont mis des bâtons dans les roues avant l’intervention ?

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L’avancée des troupes de Kagamé vers nos positions a eu les conséquences que nous craignons. L’exode massif est en marche (…) les acteurs du génocide savent qu’ils ne sont pas les bienvenus dans notre zone et que la justice a commencé son travail. Ils se dirigent donc vers Goma. Mêlés à des centaines de réfugiés, comment les identifier et les appréhender ? Paul Kagamé a provoqué le contraire de ce qu’il déclarait vouloir faire et il ne pourra s’emparer des massacreurs, désormais à l’abri au Zaïre.

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Les rues de Goma sont bondées d’une foule errante. Ils déambulent sans but, avec leurs ballots sur la tête, leurs vêtements sales, leurs chaussures abîmées par les kilomètres. Acceptent-ils cette situation ? Leur résignation m’étonne. Tout autour de la ville, sur des terrains où rien ne pousse, ils s’installent, entassés. La terre est noire, la poussière de lave et la pierre ponce ne draine pas les excréments. La puanteur des immondices se répand. Au milieu des détritus, ils ont faim, soif. La menace de l’épidémie plane sur eux. Le choléra fait ses premières victimes.

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La mort fauche par milliers les hommes les femmes, les enfants. Ils tombent sans se plaindre. Le courant de la fatalité les emporte sans qu’ils réagissent.

Après la découverte du génocide d’avril, mai et juin, nous avons atteint de nouveaux sommets dramatiques. Nous sommes tous bouleversés par ce que nous vivons. Il faut voir ces jeunes militaires français, de 18 à 25 ans, aidés par des Zaïrois que nous avons payés, décharger de nos camions des centaines de corps et les jeter dans d’immenses tranchées. Choqués, ils charrient les masses inertes comme des sacs de sable. Je leur en ai donné l’ordre. Ils obéissent dans la générosité et l’abnégation. Je pense à eux, à leur vie à jamais changée. Je pense à leurs familles, mais aussi à celles de toutes les victimes. Tout se fait dans un bruit assourdissant de pelleteuses qui agrandissent toujours plus ces tombes géantes et recouvrent ensuite sans plus de cérémonie les milliers de défunts. Je n’oublierai jamais le visage du caporal conducteur de bulldozer.

***

En août 1994, trois mois après leur déploiement et conformément au mandat de l’ONU, les soldats de Turquoise quittent le Rwanda. Tous reviendront profondément meurtris, combien d’entre eux, comme le CCH Xavier Geoffroy, victime du syndrome de stress post-traumatique. On ne sort pas indemne de « l’apocalypse sur Terre », dixit le padre Kalka.

Dans un premier temps, la communauté internationale applaudit. Certes les hommes de Turquoise n’ont pu empêcher les massacres, perpétrés à plus de 90% avant leur déploiement ; certes des assassinats et exactions ont continué ; la France était seule, ses moyens limités… (2500 hommes…) reste que que des dizaines de milliers de Tutsis ont été sauvés, le travail des ONG facilité, au moins dans la zone contrôlée, un semblant de paix installé, permettant la reconstruction du pays.

Mais tout cela n’est rien pour des  journalistes avides de buzz, une presse anglo-saxonne qui relaie le discours officiel anti-français, un gouvernement Kagamé, désormais 100% tutsi, qui allume des feux francophobes un peu partout, profitant de l’écran de fumée pour liquider à qui mieux mieux les opposants, quand ce n’est pas massacrer les réfugiés hutus au Zaïre. Pour eux, les soldats français présents au Rwanda sont des génocidaires.

Et depuis 20 ans - à nouveau début 2016 - ces soldats sont convoqués devant la justice pour répondre de leur « crime ».

Tristement, et dans une indifférence nationale quasi générale, la chasse aux boucs émissaires se poursuit.

***

220x220-ct.jpgNé en 1943, Jean-Claude Lafourcade intègre Saint-Cyr, promotion « Serment de 14 ». Il fait sa carrière dans les Troupes de Marine, 21e RIMA, 3e RPIMa. En 1974 il est aide de camp du GAL Bigeard au Secrétariat d’état à la Défense, puis  chef de corps du 8e RPIMa. En 1994, alors Général de Brigade, adjoint à la 11e Division parachutiste, il est désigné pour prendre le commandement de l’opération Turquoise au Rwanda, sous mandat de l’ONU. Général de corps d’armée, commandeur de la Légion d’Honneur, il est placé en 2ème section en 2003. Face aux multiples attaques et procès, il fonde l’association France-Turquoise en 2006, destinée à défendre l'honneur de l'armée française au Rwanda. Le GAL Lafourcade est marié et père de deux enfants.

Site de l'association France-Turquoise ici.

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ISBN 978-2262031282 – Format 21,1 x 14,2 216 pages.

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Aux éditions Perrin

Le livre est malheureusement épuisé ; à dénicher sur la marché de l’occasion, par exemple ici.

Pour d’autres livres de « Ceux de Turquoise », voir ici.

***

Interview du Général Jean-Claude Lafourcade

7.4.2014

***

En novembre 2015, 21 ans après les faits, des associations, autoproclamées défenderesses des droits de l’homme, ont renouvelé leur plainte pour complicité de génocide contre des officiers de Turquoise, pour ne pas avoir sauvé plusieurs centaines de Tutsis à Bisesero.

Le Général Lafourcade a été convoqué une nouvelle fois par la Justice en janvier dernier.

*
En 1996, le gouvernement rwandais, désormais exclusivement tutsi, décide de démanteler les camps de réfugiés hutus au Zaïre. Il attaque les campements. L’opération fait de 40 000 à 200 000  morts selon les sources.  Nous n’avons pas connaissance de procédures judiciaires sur ces faits, par les associations susnommées, à l’encontre des soldats de Kagamé.

D’ap. "Perdus dans la forêt", traduction française par Wolfgang Blam - Taz (Allemagne) 28.8.2010.

*

Dans cette réalité rwandaise, comme c’est souvent le cas en Afrique, mais aussi ailleurs - on l’a vu en ex-Yougoslavie - il n’y a pas de place pour le manichéisme, pour une vision angélique des uns et diaboliques des autres. Comme l’écrit Jean d’Ormesson dans un article paru dans le Figaro, le 21 juillet 1994. : « S’il faut tirer une leçon du Rwanda, c’est que les hommes sont tous coupables et qu’ils sont tous innocents. Il n’y a pas de bons et de mauvais. Il n’y a que l’engrenage de la haine et de la violence. »

COL Jacques Hogard, commandant la ZHS au Rwanda pendant l’opération Turquoise.

 

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Au Cercle national des Armées, fiers de nous afficher au côté du Général Lafourcade.

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Hommage à Ceux de Turquoise.

« J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.

Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »

Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc.

*

A la mémoire de toutes les victimes de la guerre civile au Rwanda.

« Si vous cherchez un coupable, commencez par vous demander à qui a profité le crime. »

Bon sens populaire.

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Etre accusé de génocide, c’est être accusé du pire des crimes (…) Ce n’est pas seulement une insulte faite à mon honneur de citoyen. C’est une blessure au plus profond de mon être. Le Rwanda, en 1994, je peux dire : j’y étais. Le génocide, je l’ai touché. Je l’ai côtoyé. Ce que j’ai vu a définitivement changé ma vie. Je sais exactement de quoi je parle. Pas d’un concept, pas d’un crime imaginaire déclaré odieux dans un salon mondain. J’ai en tête les images très précises de ce dont on voudrait m’accuser. Je pense être un homme équilibré ; malgré tout, je sais avoir été définitivement marqué par cette expérience. Aujourd’hui, c’est là, au fond de moi, que l’on vient me meurtrir.

Et je ne suis pas seul. Je pense à tous les soldats de Turquoise. Nous avons agi dans un environnement d’une complexité rare, sans cesse confronté à l’horreur.

Les soldats qui ont servi au Rwanda en 1994 ne méritent pas une telle infamie.

Général Jean-Claude Lafourcade

 

 

 

 

09/03/2016

« Dieu désarmé », Padre Richard Kalka, aumônier militaire, autoédité

V2. Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Droits réservés. 

 

+ + +

Le centurion qui se trouvait devant lui, voyant  qu’il avait ainsi expiré, dit :

Vraiment, cet homme est bien le fils de Dieu.

Luc [15.39]

 

 

Il nous a fait sourire, le padre : « J'espère que vous ferez preuve de bienveillance en lisant mon livre... »

Comment ? Faire preuve de bienveillance, mon père ?

Richard Kalka, aumônier-para, Tchad, Rwanda, Irak, Centrafrique, Bosnie, Kosovo, Gabon, Afghanistan... Epervier ! Daguet !  Amaryllis ! Turquoise ! FORPRONU ! Barracuda ! (on passe les décorations).

Et vous nous demandez de faire preuve de bienveillance, padre ?

Vous avez vraiment le sens de l'humour !

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Ah, « Dieu désarmé » ! Derrière l’intelligence du titre, quelle belle remontée du Mekong…

Prenons cette image, le Mékong : La vie se compare-t-elle à un fleuve, coulant parfois gentiment, entre des berges champêtres, affrontant soudain des rapides, voire des Niagara ?

C’est, il nous semble, une mauvaise parabole : le flux n’a pas de mémoire.

Nous ne voyons pas la vie comme un fleuve, nous la voyons comme la Terre, au sens géologique du terme.

Faites une coupe : les states se superposent ; des couches de bonheur, de détresse, de métro-boulot-dodo, de désespérance, de joie immense, de drame… Une épaisseur recouvre la précédente, certaines se mêlent du fait des mouvements des plaques tectoniques  et des tremblements de Terre. Mais cela  reste  des strates, et notre vie les conserve toutes, en mémoire, dans nos cœurs, dans nos âmes.

Avec ce livre, le Padre, mec costaud, a pris sa pelle et a fait une belle tranchée dans sa Terre, exposant les strates de sa vie.

- Strates d’humour -

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Tchad, 1992

Tchad

Alors qu’un dîner de fête est organisé, alerte à l’aviation libyenne : "Tout le monde aux abris ! Padre, cette fois, c’est du vrai ! Venez avec moi !". (…) J’obtempère, sans oublier toutefois d’emporter les deux bouteilles de rouge abandonnées sur la table de la popote…

Tchad

Un Capitaine de l’armée tchadienne m’apporte tout fier une grande tasse de café au lait. Le café est très chaud. Avec précaution, j’en avale une première gorgée. Le goût de ce breuvage est absolument infect ! Je me fais violence pour en venir à bout… [Plus tard j’apprends que]  ce n’était pas du lait de vache, mais de chamelle. Et dans le désert, pour que ce lait ne tourne pas, les femmes l’arrosent avec leur urine…

Bosnie, lors d’une rencontre dans un « bouge » avec des partisans Bosno-Serbes

Le café nous a été servi, suivi d’un verre à moutarde plein à ras bord de Slivovica [eau de vie de prune]. Bien entendu, nous avons été tenus de le vider à la santé de nos hôtes. Le second verre, nous l’avons vidé aussi promptement à notre santé à tous. Une fois rassurés sur notre santé réciproque, nous avons pu entrer dans le vif du sujet.

Cambodge

Vol épique dans un hélicoptère MI-17 loué par l’ONU, piloté par un ex-soviétique, ivre-mort. Vol si tactique que le pilote se « prend un arbre » : Le côté gauche du cockpit est enfoncé, le pare-brise complètement éclaté, des branches d’arbre plantées dans la cabine de pilotage. (…) Le commandant de bord, un peu confus : « Y’a un oiseau qui nous a cogné ».

- Strates d’effroi. L’Apocalypse -

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Rwanda

Un groupe de dix soldats belges de la mission MINUAR est pris à partie par une bande Hutus, militaires et miliciens. Le chef de section, Thierry Lottin, un jeune lieutenant, est perplexe. Il se fait intimer l’ordre de déposer les armes (…) Son supérieur hiérarchique lui conseille d’abord de palabrer, puis, éventuellement, d’obtempérer. Une fois les armes en possession des miliciens Hutus, les Belges reçoivent l’ordre de s’allonger par terre. Avec des machettes bien aiguisées, les Hutus coupent un tendon d’Achille à chaque soldat, leur crèvent les yeux et leur sectionnent le nez. (…) Le lendemain matin, les soldats français trouveront, en bout de piste de l’aéroport les dix corps.

Rwanda

Goma. L’épidémie de choléra fait rage (…) 700 morts recensés le 21 juillet, 1700 le 22, 2000 le 23, 2200 le 24…

Rwanda

J’ai vu des gens, sans force, totalement résignés à leur sort, s’allonger sur les tas de cadavre pour mourir.

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Rwanda                       

Des mètres cubes de cadavres. La putréfaction et la masse. La masse et la putréfaction. Une montagne gigantesque de corps liquéfiés. L’Apocalypse.

- Strates d’Espérance -

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Rwanda, 1994

Cambodge

Le père Kalka se prend d’affection pour un jeune garçon, Bun Sreng. Il lui donne des cours de français. Le jeune garçon lui fait un jour une demande qui déconcerte le padre : Il lui demande de l’adopter, que ses parents sont d’accord, qu’ils sont pauvres, qu’il veut faire des études en France pour les soutenir financièrement. Evidemment, le père Kalka ne peut accéder à cette demande, somme toute dérangeante. Je ne développerai pas cette histoire, mais seulement sa conclusion : De retour en France, vers la fin de juillet, j’apprends ma nouvelle affectation : 3ème RPIMa à Carcassonne. Au mois d’août, je monte à Paris, et plus précisément à Roissy. Avec Anne et Bruno, nous accueillons Bun Sreng.

Rwanda, République Centrafricaine

Avec le soutien du Sergent-Chef Razny, le Première-Classe Dupont,  deux Caporaux-Chef du 6ème REG, Daniel Dietrich et Pierre Erbesol, le père prend en charge le dispensaire Saint-François-d’Assise, que les sœurs ont dû quitter. Véritable hôpital de campagne, le padre y procède à son second accouchement. L’expérience s'était déjà produite en République Centrafricaine, avec la naissance sur le bord de la route d’une petite Barracuda, prénommée ainsi par la mère en hommage à l’opération française… 

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Centrafrique, 1989

Ces strates d’Espérance sont le cœur même de la vie, de l’âme de Kalka. Son soutien aux soldats, par son écoute, sa présence seule (y compris dans des endroits situés stratégiquement en face des camps, où des filles... et tout ça.) (besoin d’un dessin ?).

Et la vie de terrain qu’il partage avec eux :

Le Terrain est ma paroisse de prédilection, mon lieu de prière, mon témoignage d’Evangile, mon mode de fonctionnement, ma manière de vivre, ma façon d’être…

Un aumônier se doit d’être un éclaireur dans l’opacité des évènements, un pasteur d’Espérance.

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Remise de la Croix de Guerre par le GAL Salvan, Bordeaux, 1991

Tant que naîtront et vivront des hommes tels que Richard Kalka, nous avons toutes les raisons d’espérer en l’Humanité.

***

Le père Richard Kalka est né en Pologne, sous le  joug communiste. Dans « Dieu Désarmé »,  cette partie de sa vie, toute son enfance, toute son adolescence à L’Est, est occultée, car ce n’est pas l’objet de son récit, dédié à son service d’aumônier.

Alors, si vous le permettez, le vieux Chasseur voudrait vous parler de sa rencontre avec l’Est.

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Le dit Chasseur, tout jeunot, en 1988 sur Alexanderplatz, Berlin Est, au côté de l'inévitable Trabant

L’Est.

La jeune génération ne peut réellement prendre conscience de ce que représentait, pour nous Occidentaux, l’Est ; ce « bloc de l’Est », caché derrière son « Rideau de Fer ».

Bien entendu, je ne suis pas à même d’évoquer la vie d’un petit polonais. Je voudrais simplement  raconter une histoire. C’est, d’un point de vue épaisseur, une infime strate de ma vie, mais si importante ; toujours si présente.

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Voici :

Fin 1987, mon Bataillon est désigné pour prendre  le relais d’un régiment basé à Berlin (Les accords d’après-guerre imposent un nombre fixe de soldats, américains, anglais, français. De ce fait, un régiment quittant Berlin-Ouest, même pour 2 mois de manœuvres, doit être remplacé).

Je sautille de joie ! Berlin !

Le premier soir de sortie, plutôt que de me précipiter dans un bar (cela viendra), je me lance dans une grande marche qui m’amène, vers 1 heure, 2 heures du matin, aux abords de la Porte de Brandebourg.

Le Mur passe devant ce fameux monument, situé à l’Est, et le Reichstag à l’Ouest, de mon « côté ».

Je m’engage entre le Reichstag et le Mur.

Je tombe sur des croix.

Des croix toutes simples, en tôle, peintes en blanc.

Sur chaque croix est inscrit un nom et une date. En lieu et place du nom, souvent, « Unbekannt », inconnu.

Une  croix pour chaque homme ou femme, abattu par la garde soviétique, alors qu’il tente de rejoindre l’Ouest.

Je regarde la dernière croix : « Lutz Schmidt, 12 février 1987 ».

Nous sommes en février 1988.

Une année auparavant, un jeune-homme de mon âge est mort, abattu, car il tentait de  traverser une ligne sur la Terre, tracée artificiellement par les hommes.

Derrière les croix se trouve un mirador avec un soldat russe. Je le regarde. Je ne vois qu’une silhouette, qu’une ombre, mais je sens, je sais, que lui aussi me regarde.

Je regarde à nouveau la croix de Lutz. Je prie pour lui et pour ses proches.

Je regarde à nouveau le soldat russe, je lui fais « coucou » de la main, et je prends le chemin du retour ; Quartier Napoléon, à Tegel.

Le 5 février 1989, un an après mon recueillement devant la croix de Lutz, Chris Gueffroy est abattu, en tentant de traverser le Mur.

Le 9 novembre 1989, c’est le Mur qui est abattu.

Je n’ai pas vu si le soldat Russe avait répondu à mon coucou. J’aime à le croire.Est.jpg

Lutz Schmidt         Chris Gueffroy

Voici, padre, ma première vision de l’Est où vous êtes né, ma vision de jeune Chasseur. Il n’y a pas de morale. C’est ma strate. C’est tout.

Et maintenant, cher lecteur, nous attendons votre question : « Mais, où est la strate Divine, dans la vie du padre ? »

Oh… Mais celle-ci n’existe pas…

Elle est saupoudrée partout. Des cristaux de quartz, qui étincellent…

 ***

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Né en Pologne, naturalisé français, le padre Richard Kalka est aumônier militaire depuis 1985. Déployé dans le cadre des principales OPEX des 35 dernières années, il a servi notamment au sein des 1er RPIMa, 2e REI, 3e RPIMa, 2e RIMa, 1er REC, 1er Spahis, 11e RAMa, 6e RPIMa, 8e RPIMa, 1er RHC, 3e RHC, 5e RHC, 4e RD, 6eRCS, 6èe BIMa, 17e RGP. Il est actuellement aumônier du 1er RCP à Pamiers et de la 11e Brigade Parachutiste à Toulouse.

 

 

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ISBN 978-2-9554952-0-9 – Prix 20€ port France inclus  - Format 21 x 15 - 220 pages, cahier-photo couleur

Une première édition, désormais épuisée, est parue aux éditions LBM.

Une seconde, notablement enrichie, est disponible en autoédition. Vous pouvez vous la procurer pour 20€, frais de port (France) inclus en contactant le padre :

Père Richard Kalka

Caillau - 09700 Saverdun

richard.kalka[at]orange.fr

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Avec notre très cher ami le padre Kalka

***

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Baptême d’un soldat, Arabie Saoudite,1991

« Je ne me suis jamais inquiété pour leur Foi. Au contraire, j’ai toujours eu la certitude qu’ils étaient croyants. A leur façon, certes, mais croyants. Bien entendu, peu de militaires pratiquent (…), peu importe : leur Foi est inscrite sur leurs visages, elle est manifeste dans ce qu’ils font, ils la respirent par tous les pores de leur peau.

Leur Foi est Amour et Charité. »

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Caporal Alexandre Van Dooren, mort pour la France au Mali, et sa fille Alison

« Ils ne sont pas morts pour des idées. Oh, non. Même pas pour celles qui sont (…) dans les beaux discours des grands de ce monde. Non, ils sont morts pour leurs amis, leurs parents, leurs camarades. Pour toi, Lydie. Pour  ceux qui, à côté d’eux, portaient le même sac et le même gilet pare-balles, qui suaient de la même façon, qui transpiraient les mêmes grosses gouttes de joie ou de colère, qui se dépassaient comme eux-mêmes se dépassaient, chaque jour un peu plus, quel que soit leur grade.

Ils sont morts pour ceux qui se demandaient, tout comme eux, ce qu’ils foutaient ici, dans ces belles montagnes et ces magnifiques vallées, qui puent la mort (…) derrière le sourire de certains qui affichent la politesse du félon.

Bien sûr, on prononcera leur éloge, on leur clamera des sermons et des panégyriques. On s’efforcera de noyer leur mort et la souffrance de leurs proches dans de belles paroles.

Mais eux, héros, la face à même le sol, ou dans le grand bleu du Ciel, ils prieront, toute une éternité, de cette prière sublime parce que céleste, quelles que soient leurs croyances et quelles que soient leurs convictions.

Pour toi, Christelle. Pour Odile qui attendra dorénavant tous les jours. Pour Anaïs, parce qu’elle aime de toute son âme. Pour Sandra et ses deux petits. Pour Aurélia. Pour Sandrine, son enfant et pour celui qui va naître bientôt. Pour Clémence. Pour Sandra et ses trois enfants. Pour Vinicia et son enfant. Pour Alice et ses cinq enfants. Pour tant d’autres, épouses, compagnes, mamans, papas… »

... et ils prieront pour nous, car nous sommes leurs frères et sœurs de cœur.

Ils prieront pour nous tous !

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Dernier saut militaire du padre, 2012

« La Conquête des cœurs est ouverte ! »

Padre Richard Kalka

 

 

 

 

10/02/2016

« Libérez Tombouctou ! », COL Frédéric Gout, ALAT, GAM « Hombori ». Editions Tallandier

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Droits réservés.

 


« Si nous sommes vainqueurs ici, nous serons vainqueurs partout. »

Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas

 


Si vous croisez un homme de Serval, vous n’avez qu’une chose à faire : lui manifester votre respect…

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Quelle autre attitude adopter devant « Ceux du Mali » ? Toutes ces femmes et tous ces hommes menant la charge dans le désert malien, dans des conditions dantesques, avec des moyens limités ; écrasant malgré tout, sans coup férir, les nouveaux barbares ; acclamés par une population sauvée d’un esclavage inscrit ; laissant sans voix nos amis anglo-saxons et leur habituel sourire en coin


Oh certes, un tel geste-hommage risquerait de surprendre ; l’humilité règne dans ce monde mili, qui s’efface lorsque les applaudissements retentissent, laissant le devant de la scène aux politiques. Reste que Serval est un Austerlitz du XXI° siècle; une victoire éclatante. Peut-être pas plus [la guerre n’est pas finie], mais certainement pas moins.

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Et voici donc, pour vivre par procuration cette superbe chevauchée, « Libérez Tombouctou ! », journal de marche du Colonel Frédéric Gout, commandant le Groupement Aéromobile de l’opération.


Mais nous avons parlé d’humilité et dans ce récit, elle se confirme : pas d’esbroufe. Il est vrai que le ton est donné dès les premières pages : par une coïncidence tragique, le Colonel apprend sa nomination à la tête du GAM, alors qu’une heure plus tôt il a été informé du décès au Mali du Lieutenant Damien Boiteux, un proche… Placez-vous dans ce contexte, alors que vous devez annoncer la nouvelle de votre départ « pour la guerre » à votre femme, vos enfants…


Evidemment, c’est l’aspect aéroterrestre de l’opération qui est à l’honneur dans ce récit, avec toutes les difficultés psychologiques et logistiques que l’on peut imaginer. Le moindre grain de sable (et Dieu sait qu’il y en a au Mali !) et patatras, report, voire échec, de l’opération planifiée, mise en danger des hommes au sol…

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Briefing avec le GAL Barrera. Le Colonel Frédéric Gout au fond. Photo via F. Gout.


Quelles ont été les conséquences des bombardements [de l’Armée de l’Air] ? (…) Qui sont ces hommes dont l’ambition est de contrôler le Mali ? Quelle est leur motivation ? Comment sont-ils équipés ? Quel est leur niveau de préparation au combat ? Nous en avons beaucoup débattu, mais quel est l’écart entre la théorie (souvent volontairement pessimiste) et la réalité.

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Tombouctou libéré. Photo via F. Gout


Après une période de grande intensité, je m’attends à plus de calme pour stabiliser les moyens. En deux semaines, nous venons de faire Pau-Bamako-Sévaré-Tombouctou, sans problème majeur, dans le respect parfait de ce qui était demandé. Mes subordonnés sont « dans le coup », malgré les conditions hors norme. Je prends les décisions, mais je suis entouré de femmes et d’hommes qui assument les responsabilités qui leur incombent. Je suis fier d’eux.

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Le tigre sort ses griffes. Photo ALAT


Nous sommes difficilement décelables, les caméras thermiques permettent d’observer de loin. A plusieurs kilomètres, nous sommes capables de voir avec précision tous les déplacements. En revanche au sein d’une ville, nous ne pouvons détecter un dispositif camouflé. Nos premières observations ne sont pas inquiétantes, les mouvements sont peu nombreux dans Tombouctou, mais obligent à redoubler de vigilance.

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Vol tactique au Mali. Photo via F. Gout


Il n’y a plus le choix. Je suis contraint d’appuyer les unités terrestres dans leurs combats de jour. Le Tigre est touché, mais l’accrochage a peut-être permis aux troupes débarquées d’éviter des pertes humaines. Une reconnaissance de nuit sur un terrain ne servirait pas, les djihadistes y sont invisibles, ils le connaissent parfaitement. Par ailleurs, le risque est de tomber dans des pièges ou des embuscades. Il me faut donc continuer à combattre en plein jour, dans des conditions peu favorables, il faut le reconnaître.

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Combats dans Gao. Photo Ministère de la Défense / ECPAD


Les troupes au sol ont la situation en main, mais aucune solution ne semble possible pour venir à bout de ces hommes déterminés et jusqu’au-boutistes. A tout instant, ils peuvent provoquer des pertes dans nos rangs, il est impossible de les approcher sans risquer le déclenchement des charges explosives. Positionné près du général Barrera au PC de la brigade, je propose de tirer un missile Hot à l’intérieur du bâtiment, en utilisant la porte d’entrée pour pénétrer (…) La Gazelle est en position au-dessus de notre PC, nous sommes à moins de quatre kilomètres, une bonne distance de tir pour atteindre la cible. Le général donne son feu vert. L’aire est sécurisée et les troupes françaises et maliennes à proximité se sont mises à l’abri du tir. Il m’arrive quelque chose d’unique : je donne l’ordre de tir à la radio et, juste après, j’entends au-dessus de moi le départ du missile.

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Adrar des Ifoghas, photo Ministère de la Défense / ECPAD


Nous sommes face à notre ennemi, nous avons été surpris, c’est tout. Nous savons désormais qu’il est présent dans l’Adrar des Ifoghas, mais il ne bénéficie plus de l’effet de surprise. En revanche, je dois multiplier les explications vers les autorités françaises, qui ne comprennent pas comment deux Tigre peuvent avoir été ainsi touchés. Les Tigre coûtent chers, nous n’en avons pas beaucoup en dotation. Les autorités y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux (…) Tout a été analysé. Nous avons fait des choix. Je porte la responsabilité de pertes hypothétiques, je dois peser chaque décision pour assumer mes ordres, sans être perturbé par leurs éventuelles conséquences. Demain les équipages retourneront au combat, sans état d’âme.


***


apres-deux-ans-en-bearn-un-colonel-s-efface-au-profit-d-un_856574_490x326.jpgSaint-Cyrien de la promotion « Général Delestraint », Frédéric Gout se destine à une carrière dans l’Artillerie des Troupes de Marine, mais c’est finalement vers l’Aviation Légère de l’Armée de Terre qu’il s’oriente, rejoignant le 3e RHC d’Etain. Pilote d’hélicoptère, il est déployé notamment au Tchad et en Ex-Yougoslavie. Basé à Djibouti en 1997, il participe à l’opération humanitaire « Shebelle » en Ethiopie. Après un passage à l’école de l’ALAT de Luc et son diplôme de l’Ecole de Guerre, il retrouve l’Ex-Yougoslavie comme assistant militaire à l’état-major de la SFOR. Avec le 1er RHC de Phalsbourg, il participe à l’opération Licorne en Côte d’Ivoire. Après un passage à l’Etat-Major, il prend la tête du 5e RHC et dans la foulée du Groupement Aéromobile de l’opération « Serval » au Mali, le GAM « Hombori ». Depuis 2014, il occupe des fonctions au sein de l’OTAN à Bruxelles. Le Colonel Gout est marié et père de 3 enfants.

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ISBN 979-1021008557 - Prix 18,90 € - Format 21,5 x 14,5 - 256 pages

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Aux éditions Tallandier


Disponible ici.

Page FaceBook du livre ici.

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Rencontre avec le Colonel Frédéric Gout à l’Ecole Militaire en juin 2015. De très nombreux échanges ont suivi. Nous remercions le Colonel pour son sympathique accueil et son soutien enthousiaste à Une Plume pour L’Epée. Merci aussi pour les belles photos inédites issues de sa collection, fournies pour illustrer cette recension !

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La bibliothèque « Ceux du Mali » s’étoffe de jour en jour : La lecture de « Libérez Tombouctou ! » peut d’ores et déjà être complétée par « Opération Serval » du Général Bernard Barrera, commandant les forces terrestres (*) ; « Envoyez les hélicos ! » du Colonel Pierre Verborg, commandant en second du GAM Homborori (*) ; « Offensive éclair au Mali » du Chef de Bataillon Rémi Scarpa, assistant militaire du GAL Barrera, déjà présenté ici ; et « Un prêtre à la guerre » du padre Christian Venard, abordé ici.

(*) Bientôt sur le blog !

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Hommage


Aux morts pour la France au Mali, au combat et en service commandé


LTN Damien Boiteux, 4e RHFS
SCH Harold Vormezeele, 2e REP
CPL Cédric Charenton, 1er RCP
BCH Wilfried Pingaud, 68e RAA
CPL Alexandre Van Dooren, 1er RIMa
CCH Stéphane Duval, 1er RPIMa
BCH Marc Martin-Vallet, 515e RT
SCH Marcel Kalafut, 2e REP
ADC Dejvid Nikolic, 1er REG
SCH Thomas Dupuy, CPA 10
CPL Baptiste Truffaux, 21e RIMa
SCH Alexis Guarato, CPA 10

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A nos frères d’armes africains, morts au Mali
70 Maliens, 38 Tchadiens, 2 Togolais, 2 Burkinabés, 2 Sénégalais.


Aux blessés,


A tous les soldats de Serval, de Barkhane, de la MISMA et de la MINUSMA,
A leurs proches.

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Certaines unités de l’Armée de Terre exposées dans les combats ont vécu des moments tragiques ; je considère que nous avons eu de la chance de ne pas subir le même sort. Je craignais la menace sol-air, si dangereuse pour nos hélicoptères. On retient souvent le nombre de missiles, de roquettes et d’obus tirés et, bien entendu, le nombre d’ennemis neutralisés. Est-ce vraiment l’essentiel ?

COL Frédéric Gout

 

 

 

 

18/01/2016

« Monclar - Le Bayard du XX° siècle », Fabienne Monclar, éd. Via Romana

 Extraits et photos publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Droits réservés. 

 

"Quand le monde aura cessé de comprendre ce qu’est le sacrifice, les hommes ne sauront plus ce qu’aimer veut dire.

Ils ne comprendront plus que les exploits étaient accomplis et offerts, parce qu’ils n’étaient pas demandés."

Chesterton

 

 

Monclar est un nom qui devrait claquer dans le vent de l’histoire de France tel un fier drapeau national. Est-ce bien le cas ? On peut malheureusement en douter…

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Cette biographie est donc la bienvenue. Elle s’apparente d’ailleurs plus à des mémoires, le livre ayant été écrit par Fabienne, fille de Général Raoul Magrin-Vernerey dit Monclar, à partir des notes de son père et des témoignages de ses soldats.

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Monclar, debout au centre, convalescent après une nième blessure

Quelle injustice qu'un tel combattant soit tombé peu à peu (et sciemment ?) dans l'oubli ; jugez-en : tentative d'engagement dans la Légion à 16 ans. Saint-Cyrien, il fait toute la Grande-Guerre avec le 60e RI alias Royal Besançon Marine, dans un esprit très "Montmirail" (nom de sa promotion de l’ESM), charge en gants blancs, casoar ébouriffé par le vent ; blessé 7 fois, cité 11 fois...

Saint-Cyr avait cristallisé notre mystique, forte liqueur qui m’enivra toute ma vie. Nous y sommes entrés comme dans un ordre de chevalerie. Notre exaltation se renforçait de l’exaltation voisine, nous emportait et devenait puissante comme une marée. Nous avions tous le besoin d’agir. Nous étions partis avec le désir tout simple de nous offrir en sacrifice, renouveler la folie de la Croix. Ce fut l’ivresse de 14, puis la course à bout de souffle de 1915 qui nous donnèrent l’expérience de 1918.

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Monclar, au centre de dos, présente la 13e DBLE au général de Gaulle, Angleterre 1940

Entre-deux-guerres : pacification du Levant, s'appuyant sur les Alaouites (clin d'oeil à l'actualité...), du Maroc, du Tonkin. A la tête de ses Légionnaires de la 13e DBLE, il écrase les allemands à Narvik, seule victoire française de 39-40 ! En pleine Blitzkrieg, pour ne pas être fait prisonnier, il part en barque en Angleterre pour continuer le combat ; ses Képis blancs l’y rejoignent. De ce fait, il apporte à de Gaulle et la France libre sa seule unité constituée (souhaitant en son for intérieur poursuivre la guerre avec les Canadiens plutôt que les Anglais, qu'il ne porte guère dans son cœur). Campagne d'Erythrée où sa brigade française libre d'Orient prend Massaouah, faisant prisonniers 9 officiers généraux, 440 officiers et 14 000 soldats italiens !

« On raconte de lui, mais peut-être n’est-ce qu’une légende, qu’ayant entendu par hasard un de ses hommes mécontent d’une punition dire à ses camarades « je vais lui faire la peau », le Colonel s’approcha et lui donna son revolver chargé : « suis-moi, dit-il, nous partons en patrouille ». Il se promène pendant une heure, toujours suivi de son Légionnaire, et rentre au PC sans encombre. «Tu avais dit que tu me tuerais et tu ne l’as pas fait ; tu feras huit jours de salle de police. Cela t’apprendra qu’un Légionnaire ne doit jamais mentir. »

D’ap. Colonel Sassi, Narvik.

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Monclar et ses Légionnaires, Levant 1941

Et puis se présente la campagne du Levant : il refuse de combattre les Français restés fidèles à Vichy, il refuse que ses Légionnaires combattent d'autres Légionnaires... Dès lors il est laissé à l'écart par de Gaulle (qui "pousse" son second, Koenig) et ne participe pas à la reconquête de la métropole... Il poursuit cependant le combat, en Syrie et au Liban, contre les mouvements indépendantistes arabes soutenus par l'Angleterre (contrôle du pétrole, déjà), dans l'indifférence générale d'une France fêtant la victoire.

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Au centre Rollet, à sa gauche, Monclar. Indochine, entre-deux-guerres

Le sourire revient lorsqu’il retrouve ses Légionnaires, dont il devient inspecteur général, nouveau "père Légion" après Rollet qu'il a croisé en Indochine.

C’est l’aventure qui amène le plus de monde [à la Légion]. Il reste toujours des gens dont, durant l’enfance, l’imagination s’est nourrie de grandes chevauchées, de grands coups de sabre des cavaliers de Sobieski ou de Murat. Il y a aussi, pour les peuples des brumes du Nord, la nostalgie de la mer bleue, des chaudes contrées du Sud. Il y a encore tous ceux dont les aspirations ne s’engrènent pas avec le prosaïsme, la platitude du monde moderne, qui entendent la musique d’un autre monde, qui fuient les conditions sociales et économiques d’une société qui se réduit et que sa veulerie voue à la décrépitude.

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Monclar en Corée avec le GAL Douglas McArthur

Pour un dernier clin d’œil au destin, à la veille de la retraite, il se porte volontaire pour prendre le commandement du Bataillon français de l'ONU en Corée. Il abandonne pour cela ses étoiles de général pour les barrettes panachées de lieutenant-colonel. Le bataillon, dans des conditions dantesques dignes de la Grande-Guerre, se couvre de gloire, forçant l’admiration des Américains.

Le Général décède en 1964 alors qu'il est Gouverneur des Invalides, plaçant toute son énergie dans le soutien aux blessés de guerre et anciens combattants.

Qui n’a entendu résonner les tambours assourdis et voilés, leur roulement lourd et lent comme le pas d’un homme à l’entrée du cercueil dans la chapelle, ignore le culte des traditions militaires qui vont faire retentir par les clairons crêpés la sonnerie aux morts, comme sur le champ de bataille, le chant d’adieu des hommes à leurs frères d’armes (…) Sous la voute, les chœurs y vibrent comme si ces voix venaient d’ailleurs, d’un monde sans pesanteur évoquant une veille de résurrection sur un de ces champs de bataille que l’on espère. Dieu viendra visiter parmi les premiers et désignant les vaillants et les humbles, Il réveillera ceux qui sont morts debout.

Fabienne Monclar, obsèques de son père à Saint-Louis des Invalides

***

Ce valeureux Saint-Cyrien-Légionnaire, catholique fervent, officier le plus décoré de France, gaulliste critique, à qui l’on doit des victoires éclatantes, mérite tout sauf l'oubli de la Nation.

Merci à sa fille Fabienne de le remettre à l'honneur grâce à ce livre-épopée très réussi, très complet, superbement écrit.

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ISBN 979-1090029873 - Prix 25€ - Format 20,5 x 13,5 467 pages, cahier-photo.

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Aux éditions Via Romana

Disponible ici

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Avec Fabienne Monclar au salon des Ecrivains Combattants 2014

*

Donnez-nous la force et la vaillance,

De vivre debout, officiers de France.

Notre nom est un nom de victoire ;

Il est le vôtre, Général Monclar.

Chant de la 171e promotion de l’ESM de Saint-Cyr "Général Monclar"

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Les soldats sont ces fous que Dieu aime. Ils ne savent que se sacrifier. La République les a envoyés se battre pour bâtir des pays divisés et ensanglantés par des rivalités tribales, les pacifier, y construire des hôpitaux, des écoles. Mais la politique reprend ses droits, ses calculs.

Quant aux militaires, tout est perdu ; fors l’honneur, qui n’a pas de prix.

Général Monclar 

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10/12/2015

Commandos-Paras en Indochine, Fusiliers-Marins en Algérie et Gendarmes en Afghanistan

Extrait publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés.

 

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« L'épreuve du guerrier », CDT (h) Jean Arrighi, Commando-Para, régiment de Corée et Légionnaire. Indo Editions

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Commando-Parachutiste du 8e GCP 1953. Photo issue du Net.

Lorsque les deux têtes roulèrent dans le trou, on eût dit que les voix infernales, subitement assourdies, se taisaient et s’éloignaient ; ce fut comme si la nuit, brusquement, envahissait le monde, comme si la civilisation d’un seul coup s’en retirait et comme si, enfin, une ombre gigantesque, poussée par la mort, descendait dans la fosse pour y fermer les yeux de ces martyrs…

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« L'épreuve du guerrier » par le CDT (h) Jean Arrighi. Un grand ancien ; que l'on en juge : Guerre d'Indochine au sein des Commandos-Parachutistes, Commandos Nord-Vietnam et Régiment de Corée, prisonnier du Vietminh après les combats de la RC19 entraînant l'anéantissement du GM100, Guerre d'Algérie après avoir intégré la Légion...

Le livre est une suite de récits, instants vécus par l'auteur ou rapportés (par exemple un très intéressant rappel des combats contre les Japonais en 1945, histoire aussi tragique que méconnue). Il s'agit aussi d'un plaidoyer pour les soldats impliqués dans ces guerres de « décolonisation ». C’est admirablement écrit, avec de belles envolées lyriques rappelant un certain Hélie de Saint-Marc…

Chez Indo Editions, disponible ici. 

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Avec le Commandant Jean Arrighi, Salon des Ecrivains-Combattants 2014

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 Le GM100 anéanti sur la RC19. Photo issue du Net.

Et alors, perdu dans ma contemplation, parmi ces cadavres et tous ces feuillets épars au vent, mouillés des larmes des familles, des femmes et des fiancées, il me semblait entendre, venant à moi de fort loin, de très très loin, vieille Europe et Afrique confondues, un agglomérat de gémissements de douleur, des cris de désespoir, que ces deuils soudain trop nombreux me renvoyaient en échos prodigieux, plaintifs, insoutenables. Tous ces faire-part de détresse, repoussés et jetés alors sur la route, enlevés comme par un vent de colère, trainant au hasard sous mes pieds plus heureux, j’évitai de les piétiner, comme j’évitai les corps de ce charnier maudit.

***

 

« Aurore aux portes de l'enfer », Lucien-Henri Galéa, DBFM. Editions Lavauzelle

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Halftrack en Algérie. Photo issue du Net.

« - Eh !!! Attention !!! »

Suivi de sa queue de flamme, un obus de bazooka arrive droit sur l’engin. Lulu donne un grand coup de botte sur la tête du chauffeur qui hurle et, fort heureusement, accélère. L’obus frôle l’arrière. Le jet de flamme brûle les yeux d’Arthur qui reste pétrifié, avant d’exploser dans le no man’s land. HT2 n’a pas attendu tout ça pour cracher des tous ses tubes de mitrailleuses en direction du départ de feu.

Les engins se découpent en ombre chinoise, sur le ciel à présent bien éclairé par cette pute de Lune. Un deuxième obus file vers HT2, heurte un poteau du réseau, explose dans un bruit fracassant en projetant des débris dans tous les azimuts. (…) A ce moment, des cris s’élèvent du no man’s land. Accompagnés par un tir de mitrailleuses lourdes, une vingtaine de Fels montent à l’attaque.

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« Aurore aux portes de l'enfer » par Lucien-Henri Galéa, Fusilier-Marin. Un récit romancé, retraçant l'épopée d'une bande de camarades, engagés volontaires en 1960, de leur formation à Siroco (école des FM à Alger) aux patrouilles et combats le long de la frontière marocaine, à bord de leurs Half-Tracks. Un bon récit, bien mené, qui se lit d'une traite, rendu très vivant par les nombreux dialogues écris "comme on cause" et qui aborde un secteur méconnu du théâtre d'opération algérien. Un bel hommage aussi aux Fusiliers-Marins, dont les témoignages sont (encore trop) rares.

Aux éditions Lavauzelle. Disponible ici.

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Lucien-Henri Galéa,18 ans, Bab el Assa 1961. Collection de l’auteur.

Neuf mois ! Il faut neuf mois pour faire un petit homme. Ici, en neuf mois, il ne reste qu’un seul survivant des Dalton. Ce survivant, ce n’est pas un petit homme ; c’est un autre homme, un mutant, qui a compris que la guerre n’est pas un jeu et que la gueuse à la faux frappe sans discernement, les copains comme les ennemis. Que Dieu maudisse ces politiques qui, le cul bien à l’abri, envoient leur jeunesse se faire trouer pour des chimères, et une fois que leur jeu pervers leur a pété à la gueule, les renvoie sans un mot de remerciement à la niche. Lui est riche. Riche des souvenirs que lui ont laissés ses copains. Ils seront à ses côtés tout au long de sa vie.

***

 

« POMLT, Gendarmes en Afghanistan », COL Stéphane Bras, EGM 11/3, 13/3. Editions Anovi

Photos inédites issues de la collection du Colonel Bras. Droits réservés. Merci de ne pas les diffuser sans son aval (nous consulter).

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Ces hommes [de la Police afghane] font d’abord preuve d’un courage exemplaire. Habitués aux situations les plus difficiles après trente années de guerre, ils ne nous ont jamais opposé le moindre refus pour partir en opérations. C’était d’ailleurs parfois à nous de les freiner, tant leur courage pouvait tourner à l’inconscience et à la catastrophe programmée.

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Je ne dépeins pas non plus une image idyllique de l’ANP [Afghan National Police]. Durant les sept mois du mandat, il nous a régulièrement fallu rappeler à l’ordre, avec tact et diplomatie, nos partenaires afghans. Ainsi les policiers, et leurs chefs en tête, sont incapables de planifier la moindre opération. Tout se prépare dans l’improvisation la plus totale.

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Un béret bleu-roi en Afgha, cela vous dit quelque-chose ? Non, ce n'est pas l'ALAT et son cobalt... c'est celui des Gendarmes ! Très peu le savent, on en conviendra. [Pour les fans d'uniformologie : béret de la FGE, Force de Gendarmerie Européenne].

Et qui sait que, pendant la campagne, de 100 à 200 gendarmes étaient déployés pour former la police du pays ? Pas grand monde non plus, on en conviendra aussi. Et c'est injuste.

Saluons donc l'initiative de cette publication du (très sympathique !) COL Stéphane Bras, qui, en 2010, dirige des gendarmes mobiles de l'EGM 11/3 de Rennes et 13/3 de Pontivy en Kapisa et Surobi, dans le cadre des POMLT (Police Operational Mentor and Liaison Team / Équipe de Liaison et de Tutorat Opérationnel de la Police). Il aborde tous les moments de l'OPEX : mise en condition en France, stratégie pour l'essentiel à inventer, relève des hommes du 17/1 de Satory et 23/9 de Chauny, missions avec les policiers afghans, éternelle dualité "confiance/méfiance" (infiltration talibane/tir "Green on Blue"), adaptation obligatoire au contexte "culturel" (horaires fantaisistes, corruption "raisonnable"), rapports avec les Terriens de la Brigade Lafayette ; ses impressions sur tout cela...

Indispensable pour compléter sa bibliothèque sur les Afghaners ; les Gendarmes en étaient ! Il ne faut pas l'oublier et nous saluons leur action.

Aux éditions Anovi, disponible ici.

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Avec le COL Stéphane Bras au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr, 2015

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Nous nous sommes régulièrement posé la question de la corruption et de la confiance que nous pouvions accorder aux policiers. J’ai fini par penser que la corruption était un facteur culturel en Afghanistan et qu’il s’avérait utopique de vouloir la faire disparaitre totalement. Lorsque les gendarmes de Tora ont entrepris la mise en œuvre de postes de contrôle sur la Highway 7 par les policiers qu’ils « mentoraient », ces derniers ont accueilli très favorablement cette idée, expliquant qu’ils pourraient ainsi récupérer de l’argent et des denrées auprès des conducteurs arrêtés ! Dans ces conditions, et même si cela peut paraître choquant hors du contexte local, nous avons opté pour un respect strict de nos valeurs lorsque nous accompagnions les policiers (…) tout en étant ni dupes, ni naïfs sur les pratiques lorsqu’ils évoluaient seuls. Au final, je dirais que « nos » policiers étaient « raisonnablement » corrompus…

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Au centre, le Colonel Stéphane Bras

Progressivement, les Afghans nous gratifieront d’accolades et de poignées de mains interminables pour nous témoigner leur sincérité. Ils nous appliqueront en fait leurs us et coutumes et je verrai dans ces effusions et autres démonstrations chaleureuses une forme de respect réciproque (…) Je m’amuserai de cette façon si particulière de saluer en me gardant bien de prévenir mes supérieurs de la forme d’accueil qui leur sera réservée. Car quoi de plus surprenant pour un général ou un colonel de gendarmerie qui rencontre pour la première fois un officier de l’ANP que de se voir embrasser par un grand gaillard barbu !

***

 

01/11/2015

Monsieur Tchad, Chasseur ardennais en Bosnie, Chasseur alpin Afghaner-romancier et Chasseur à pied artiste et poète

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Suite de l’exploration de notre milibibli, dont vous retrouverez la première partie ici et la seconde . Cette fois, nous sommes éclairés par le chef de l’opération « Tacaud » sur l’imbroglio tchadien dans les années 80 ; nous accompagnons un frère d’armes belge, Chasseur Ardennais, en Bosnie ; nous revivons l’Afghanistan en mode romanesque grâce à un Chasseur alpin ; et nous  laissons la place à l’art et la poésie militaire (mais oui !) grâce à un Chasseur à pied.

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« Face à Kadhafi  - Opération Tacaud », GAL Pierre de Tonquédec, Para-Colo

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Le président Goukouni et le GAL Pierre de Tonquédec. Photo DR issue du livre.

En arrivant au pouvoir, chacun des présidents que le Tchad a connu depuis son indépendance est parfaitement conscient de l’absolue nécessité de réunir « tous les fils du Tchad » et de s’affranchir des redoutables clivages ethniques. Pourtant, très rapidement, chacun se met à redouter la « machination », le complot fomenté par des ethnies autres que la sienne et s’entoure, pour se protéger, de sa famille (…) Cette aveuglante méfiance, cette hantise du complot déforment les jugements et finissent par perdre les tenants du pouvoir (…) Dans un tel contexte les oppositions prospèrent, déstabilisant le pays et contraignant Paris à des interventions successives (…) Mais la France elle-même a sa part de responsabilité.

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« Face à Kadhafi  - Opération Tacaud » par le Général Pierre de Tonquédec, « Monsieur Tchad ». Le Général, issu des Troupes de Marine, y a en effet servi à trois reprises : commandant à Abéché puis chef de l’Etat-Major franco-tchadien à Fort-Lamy en 1970-72 ; Commandant de l’opération Tacaud en 1979-80 ; Enfin en 1987, inspecteur d’Epervier.  Un livre pour tout comprendre de l’imbroglio tchadien dans les années 70-80. Le temps a passé, le pays s’est largement pacifié et notre ancienne colonie figure désormais comme notre premier allié militaire africain. Souvenons-nous des 36 Tchadiens morts au Mali en combattant à nos côtés. Souvenons-nous aussi des 158 soldats français morts au Tchad entre 1968 et 2014. Hommage à eux et aux blessés.

Aux éditions Belin [Soteca]. Disponible ici

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Avec le GAL Pierre de Tonquédec au Salon des Ecrivains-Combattants 2014

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« Commandant de Compagnie - Lettres de Bosnie », COL Bruno Smets, Chasseur Ardennais, Belgique 

 

Janvier 1994

FIG 7.JPGJe voudrais comprendre ! Quel est le cadre général de ma future mission ? Quels sont les acteurs en Bosnie ? Que devons-nous y faire ? Quelles sont les raisons de notre présence dans cette contrée ? Quelles sont les lignes de front entre les belligérants ? Où la guerre s’arrête-elle ? La zone de Vitez est-elle sûre ? Quelles sont les règles d’engagement particulières à l’opération ? (…) Comme unité subordonnée [à un bataillon anglais] dois-je suivre et appliquer la législation britannique ou belge ? Je ne sais rien de tout cela et je ne serais pas surpris que personne en Belgique ne puisse me donner une réponse claire et précise à toutes ces questions. Nous sommes lancés à l’aventure, advienne que pourra ! 

Photo : Briefing à Santici, lors de l’arrivée du premier « lift ». A droite Bruno Smets

*

Avril 1994

FIG 4.1.JPGStari-Vitez [est] un quartier chaud de Vitez où une minorité de Bosniaques reste encerclée par des Croates. Ils y vivent retranchés et barricadés dans l’angoisse permanente d’être attaqués par des milices croates extrémistes. Il s’agit donc d’un nid de résistance bosniaque (musulman) au sein même de la poche croate de Vitez qui est elle-même encerclée par d’autres Bosniaques, eux-mêmes entourés de Serbes et de Croates. Simple la situation en Bosnie, non ? 

Photo : Ruines de la mosquée d’Ahmicci.

*

Juin 1994

FIG 13.JPGJ’ai assisté, comme toutes les semaines maintenant, à la réunion hebdomadaire entre les commandants des brigades croate et bosniaque. A les voir assis ensemble autour d’une table, en train de boire du cognac à dix heures du mat’, j’ai parfois du mal à croire que début janvier – il y a à peine six mois – ils se tiraient dessus comme des lapins.

Photo : Rencontre entre les autorités militaires croates et bosniaques à Suha Voda. A droite Bruno Smets

*

Septembre 1994

FIG 28.1.pngDe retour au pays, je m’enquiers de ce qui a été écrit sur notre odyssée bosniaque. Je feuillette les revues militaires et articles de presse ; je ne trouve quasi aucune trace de notre passage en Bosnie. Il est bien connu que les trains qui arrivent à l’heure ne font jamais les gros titres de l’actualité.

Photo : La compagnie « BELBOS » derrière son capitaine Bruno Smets, 3.8.1994 Marche-en-Famenne

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Place aux frères d’armes belges ! « Commandant de Compagnie - Lettres de Bosnie » relate, au travers des lettres envoyées à sa femme, le déploiement en Bosnie du Colonel Bruno Smets, alors capitaine, commandant d’une compagnie de Chasseurs Ardennais. Formant le détachement « BELBOS » (pour Belgique-Bosnie), unité sous commandement britannique, Bruno et ses hommes font tampon entre Bosno-Croates et Bosno-Musulmans. Un bon récit, intime, mettant en exergue les difficultés rencontrées par les casques bleus, quelle que soit leur nationalité, en ex-Yougoslavie.

Le livre est disponible sur le site de Bruno ici (attention, plus beaucoup d’exemplaires en stock…). 

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Avec le Colonel Bruno Smets, qui représentait la Belgique au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan en juillet dernier.

***

« Le vent d’Alasay », Michel Sègre, Chasseur alpin

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Photo Thomas Goisque

Nous ne possédons rien, Tofan, que notre cœur et les actes que nous accomplissons. Les massacres perpétrés contre mon peuple m’ont appris que les hommes doivent d’abord être jugés sur ce qu’ils font, plutôt que sur l’appartenance à une famille, un clan ou une tribu. Se battre pour préserver la paix et la liberté est une cause noble ; se battre pour asservir les autres à ses propres lois ou parce qu’ils pensent et vivent différemment est un mal impardonnable. Peut-être ta lâcheté au combat est-elle d’abord le fruit de ton orgueil ? Le seul djihad qui vaille, mon ami, est celui que l’on mène contre soi-même pour être un homme droit, juste et bon.

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Derrière le pseudo de  Michel Sègre se cache un militaire qui connait bien l'Afghanistan pour y avoir mené ses hommes à la victoire [nous vous laissons deviner de qui il s’agit]. L'auteur saisit l'occasion du roman, non pour prendre des libertés avec la réalité, mais pour présenter des points de vue variés : histoires croisées entre Chasseurs alpins en Kapisa, talibans et familles en France. Très bien mené, suspens à la clé. Intéressant de le  lire en parallèle à « Task Force Tiger » du COL Nicolas Le Nen...

Disponible chez l'éditeur Artege ici

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Avec le « mystérieux » J Michel Sègre , au Salon des Ecrivains-Combattants 2013

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« Soldat protecteur de notre liberté », Jean-Louis Martinez, Chasseur à pied

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Dessin Jean-Louis Martinez

J’ai froid.

En voyant mes frères morts, je me mets à penser :

« Je dirai à leurs proches qu’ils sont morts en héros ».

Mais que dis-je ? Comment les prévenir,

Si mon corps est sans vie, allongé sur cette piste.

Mon Dieu, ouvrez cette porte de l’Au-Delà,

Que je rejoigne mes frères, morts au combat.

« L’embuscade », hommage à « Ceux d’Uzbin »

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« Soldat protecteur de notre liberté » par Jean-Louis Martinez, autoédité. Un petit recueil qui mêle dessins et textes/poèmes en prose. Vraiment joli, vraiment réussi (et émouvant) (et de beaux coups de gueules aussi). Et puis, un beau livre d’un frère Chasseur à pied (Jean-Louis s’est engagé en 1975 au 2e GC), cela fait plaisir…

La première édition a vite été épuisée mais, heureusement, une seconde impression a été lancée et le livre est à nouveau disponible sur le site de Jean-Louis ici. Et, autre bonne nouvelle, un tome 2 est en préparation !

***

A suivre…

 

 

 

 

 

08/10/2015

« Les Chemins de Diên Biên Phu », Franck Mirmont, Heinrich Bauer, 2e BEP, Jean Carpentier, 28F, Jean Guêtre, CNV 45, Pierre Latanne, 5e BPVN, Bernard Ledogar, 6e BPC, Jean-Louis Rondy, 1er BEP. Ed. Nimrod.

Extraits et photos (*) publiés avec l’aimable autorisation des auteurs et des éditions Nimrod. Droits réservés. Merci de nous consulter si vous souhaitez en réutiliser.

 

Ce sera une guerre entre un tigre et un éléphant. Si jamais le tigre s'arrête, l'éléphant le transpercera de ses puissantes défenses. Seulement le tigre ne s'arrêtera pas. Il se tapit dans la jungle pendant le jour pour ne sortir que la nuit. Il s'élancera sur l'éléphant et lui arrachera le dos par grands lambeaux puis il disparaîtra à nouveau dans la jungle obscure. Et lentement l'éléphant mourra d'épuisement et d'hémorragie. Voilà ce que sera la guerre d'Indochine.

Ho Chi Min

 

Les grandes batailles - en premier lieu les grandes défaites - finissent toujours par s’inscrire dans l’imaginaire collectif parées d’une aura opéra-tragique-aux-accents-wagneriens. Diên Biên Phu ne fait pas exception à la règle : L’Indochine et son mal jaune ; des paras pain-pour-les-canards ;  un ange prénommé Geneviève ; des collines-holocaustes portant des noms de fiancées, « Anne-Marie », « Eliane », « Huguette » ; des prisonniers « walking dead »… 

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Nous inscrivant dans cette dynamique, nous aurions pu aborder le livre de Franck Mirmont et de ses six co-auteurs vétérans d’Indo en mode « romantique » : parachutage charge-chevaleresque à l‘Azincourt, corps à corps à-coup-de-pelle-bêche à l’Alésia, dernier carré on-vous-em* à la Waterloo, crépuscule d’un Empire à la Sedan. Cela aurait certainement « fonctionné » car tout cela est compris dans cette bataille. Cependant, nous l’aurions vécu comme une forme de malhonnêteté : c’est que, voyez-vous, « Ceux de Diên Biên Phu » - en tous cas les rares survivants des combats et des camps - sont là. Nous avons eu l’honneur de croiser leurs regards. Nous avons écouté leurs silences. Nous  avons lu « Les Chemins de Diên Biên Phu ». Alors, nous renvoyons tout romantisme aux calendes thermopyliennes pour prendre à notre compte leur part d’effroi, ce qu’eux-mêmes vivent toujours, au jour le jour, 60 ans après ;  de prendre notre part de « cela ».

Avant de prendre contact avec chacun de ces « anciens », je ne savais rien de leur vie ni de leurs opérations. Je n’avais pas cherché à rencontrer des héros, des guerriers ou des soldats d’exception. Je voulais juste parler de « gens ordinaires » que le destin avait projetés au cœur de la guerre d’Indochine. J’ai découvert combien la route qu’ils avaient parcourue avait été longue. A plusieurs reprises, ces « gens ordinaires » avaient été confrontés à des événements ou à des drames extraordinaires. A ce que le légionnaire hongrois résumait d’un simple mot : « cela » ; un mot qui lui faisait baisser la tête et noyait ses yeux tant il refermait à lui seul de souvenirs et de violence.

Franck Mirmont

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PC du COL Gaucher, 13e DBLE. © Nimrod/Rondy

Le Général Cogny réclame le silence.

« Vous allez être parachutés au-dessus de cette zone reproduite ici en miniature et qui se situe à 300 kilomètres à l’ouest d’Hanoï. Il s’agit de réoccuper cette région au cœur du pays thaï, vide de toute présence française, et d’y créer une base aéroterrestre, un bon point d’amarrage à partir duquel l’Armée pourra rayonner et contrôler, sinon empêcher, les déplacements du Viêt-Minh (…) Imprégnez-vous de la géographie du lieu, de sa topographie, des emplacements et des points caractéristiques qui vous aideront à vous repérer en arrivant au sol.

Un dernier mot. Cette zone a pour nom Diên Biên Phu. »

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Lessive dans la rivière Nam Youm. © Nimrod/Rondy

La troupe prend ses habitudes. Très tôt le matin, après la petite sortie équestre à travers le cantonnement du Lieutenant Decours, excellent cavalier, qui a récupéré un petit cheval thaï, c’est le départ vers le « chantier » [construction du camp retranché]. A midi, pause casse-croûte avec le monotone ordinaire de Fleury Michon, jusqu’au jour où, lassé de manger l’éternel bœuf-carottes ou mouton-haricots des boîtes de rations, le caporal-chef F. fait la surprise de ravitailler la section en viande fraîche et de servir de bons biftecks grillés appréciés par tous, même par le Lieutenant Decours. Et ce dernier, d’une naïveté désarmante, se désolera de ne plus  trouver son cheval, qu’il ne reverra jamais – et pour cause.

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Le médecin Lieutenant Rondy sur l’épaisse couche de remblais constituant le toit de son infirmerie-blockhaus, construite solidement à son initiative, suscitant quelques moqueries (A quoi bon ?). Une des rares  constructions du camp à avoir résisté au bombardement viêt-minh. © Nimrod/Rondy

Ignorants du danger qui couve, les officiels viennent se faire prendre en photo à Diên Biên Phu avant de s’émerveiller devant les camps de tente, les alvéoles à découvert de l’artillerie lourde, la piste d’atterrissage et ses avions parfaitement alignés ou encore les quelques abris creusés qui résistent parfaitement aux infiltrations de pluie, mais dont la structure ne saurait arrêter un obus.

(…)

Au cours de cette même période, les tirailleurs annamites reçoivent un nombre incroyable de télégrammes les rappelant dans leurs foyers, pour des raisons de santé. Un père est malade, une mère est souffrante, une grand-mère  est en train d’accoucher, une tante est mourante… Parallèlement, les paysans thaïs de la vallée commencent à prendre le large. Au fil des jours, des villages entiers se vident et finissent par être complètement désertés.

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Un C119 de transport détruit lors des premiers bombardements. © Nimrod/Rondy

17h10, l’artillerie viêt délivre toute sa puissance de feu. Une véritable grêle d’obus s’abat sur le camp avec précision et de manière ininterrompue. Lorsque les premières salves tonnent, les légionnaires du 1er BEP sont tout d’abord persuadés qu’il s’agit de l’artillerie du point d’appui Isabelle qui a ouvert le feu au sud, tant cette densité de feu leur semble impossible du côté viêt-minh. Mais il faut rapidement se rendre à l’évidence puisque ces tirs pulvérisent leurs propres positions. Les obus tombent par paquets de quatre ou de huit pour une efficacité maximale, à raison d’une dizaine d’obus à la minute pendant plusieurs heures. Plusieurs avions qui n’ont pas le temps de décoller sont foudroyés dans leurs fragiles alvéoles. Un dépôt d’essence s’embrase. L’intensité du feu continue d’augmenter dans un crescendo incroyable jusqu’à ce que la nuit tombe en se teintant de lueurs rouges.

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Tandis que le C119 brûle en arrière-plan, les véhicules et les infirmiers ramassent les blessés. © Nimrod/Rondy

Jean-Louis Rondy voit apparaître les premiers « fantômes » de Diên Biên Phu. Ces hommes au visage hagard et au treillis déchiré ou ensanglanté sont les rares légionnaires du 3e bataillon de la 13e DBLE à avoir échappé à la chute de leur point d’appui Béatrice, submergé vers 2 heures du matin à l’issue de combats au corps à corps venus solder cinq assauts successifs. Moins d’une vingtaine d’hommes, sur plus de 400, ont survécu aux vagues de bodoïs [fantassins viêt-minh] qui sont venues s’échouer contre leurs barbelés.

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[Le Légionnaire Matzke] a reçu une balle en plein visage qui lui a arraché la moitié de la mâchoire et les caillots de sang qui se forment dans sa gorge risquent désormais de l’étouffer. Le médecin lieutenant Rondy réagit tout de suite. Il sort un fil et une aiguille de sa trousse de secours, perce la langue du blessé et relie celle-ci au treillis de l’homme en tirant sur le fil afin que la langue pende en dehors de la gorge sans entraîner d’étouffement. Le lieutenant Desmaizières, qui assiste à la scène, interroge Rondy sur les soins qu’il vient de prodiguer.

« Il ne fallait surtout pas qu’il avale sa langue ».

[trois jours plus tard]

Alors que Desmaizières se redresse, un obus éclate devant lui. Il s’effondre, porte machinalement la main à son menton et constate que celui-ci a disparu. Sa bouche n’est plus qu’un immense trou, la peau de ses joues déchiquetées pend dans le vide. Il repense alors au geste qu’a fait le médecin lieutenant Rondy quelques jours plus tôt et il tire sur sa langue pour ne pas s’étouffer avec le sang ou les éclats de dents qui inondent sa gorge. Il rejoint un des chars d’appui tout en trouvant la force d’aider un légionnaire à l’épaule fracassées à avancer. 

[il sera évacué dans un des derniers avions sanitaires à quitter le camp].

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La saison des pluies arrive, transformant les positions et leurs maigres abris en véritables bourbiers. Tout commence à manquer. Les hommes sont en guenilles, d’autres ont vieilli d’un seul coup et d’autres encore ne sont plus capables de résister à la fatigue. Les têtes sont vides, les corps sont épuisés. Un jour, Bernard Ledogar découvre une boîte de ration qu’il dévore aussitôt, tant sa faim est grande. Son repas achevé, il s’endort dans son trou avant d’être bientôt réveillé par une sensation étrange. La boue dans laquelle il est couché semble prendre vie. Des frissons lui parcourent le corps, comme autant de caresses légères et glacées. Il s’agit d’une myriade d’asticots qui viennent d’être libérés par l’explosion du ventre gonflé d’un cadavre, emprisonné dans une gangue de boue, sur lequel il s’était endormi sans s’en rendre compte.

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Charge de « bodoïs », image de propagande.

Les explosions des obus laissent la place à quelques coups de sifflet ou sonneries de trompe. C’est le signal adressé aux bodoïs pour qu’ils montent à l’assaut (…) Il faut les laisser venir jusqu’à mi-pente de la colline, attendre l’ordre d’ouverture du feu, garder les poings serrés contre la crosse du fusil-mitrailleur ou le doigt contre la détente tout en espérant que les barbelés fourniront les quelques précieuses secondes nécessaires pour ralentir cette marée humaine et provoquer des ravages dans ses rangs. 

(…)

A peine les chargeurs sont-ils vidés qu’ils sont aussitôt remplacés pour que les armes puissent rependre leur assourdissant staccato. Les canons des armes chauffent rapidement, à tel point que cette chaleur se propage jusqu’aux chargeurs qui en viennent à bruler les mains des soldats lorsqu’il leur faut les remplacer. Bernard Ledogar tire, tire et tire encore. Il a l’impression que son FM va lui exploser à la figure tant le canon rougeoie dans l’obscurité. Il voudrait bien pisser dessus pour le refroidir, mais il n’en a pas le temps (…) Il a beau tirer, rien ne paraît ralentir l’avancée de l’ennemi. Bientôt, il est à court de munition (…) Bernard Ledogar empoigne sa pelle-bêche.

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Photo ECPAD/Daniel Camus via éd. Nimrod

Un silence de mort règne dans l’abri, avec pour seuls sons insoutenables le grincement lancinant des dents de scie sur la jambe. Subitement, le médecin lieutenant Madelaine ralentit le rythme de son mouvement.

« Heinrich, tu continues ».

Le sergent Bauer s’interroge quelques instants mais, sans poser de question, il prend le relais du médecin en même temps qu’un infirmier le remplace pour continuer à immobiliser le blessé. Tandis que le sergent poursuit l’opération restée en plan, le médecin lieutenant Madelaine va s’adosser contre une paroi de l’abri. Il exhale un long soupir, sort un paquet de cigarettes de sa poche et en allume une. Il tire une première taffe, ferme les yeux en recrachant lentement la fumée, puis renouvelle son geste machinalement.

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Le 7 mai, après les grondements de l’artillerie ennemie qui n’ont cessé de se faire entendre dans toute la plaine, un grand silence vient recouvrir le camp comme un linceul.

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Prisonniers de Diên Biên Phu

Bernard Ledogar s’inquiète de sa blessure au bras. Il n’avait jamais osé soulever le chiffon faisant office de bandage jusque-là, mais la plaie lui occasionne désormais des démangeaisons insupportables et il se résout à défaire le pansement pour voir ce qu’il y a dessous. L’odeur de putréfaction qui émane de la plaie lui fait craindre le pire. Alors qu’il déroule la bande de tissu, un flot d’asticots s’échappe de sa blessure pour tomber par terre. 

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Jean Carpentier prisonnier au camp 42 (photo issue d’un film de propagande viêt-minh)

Les trois viêts semblent hésiter un moment sur la manière d’utiliser cet appareil, puis ils se décident. Le nouveau venu s’empare des câbles électriques s’achevant par une pince crocodile et vient fixer celle-ci sur l’un des testicules de Jean Carpentier. Il n’y a cependant pas de ressort sur cette pince et l’homme décide d’en refermer les mâchoires de manière artisanale. Il l’enroule dans un fil électrique qu’il passe ensuite autour d’une tige de fer, puis fait tourner cette tige sur elle-même afin de resserrer la pression sur les mâchoires. La douleur se fait de plus en plus grande, emprisonnant le testicule, l’écrasant, puis finissant par le broyer subitement, à la manière d’une coquille d’œuf.

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Pour s’assurer qu’un malade est bien mort, il suffit de constater l’immobilité du corps lorsque les mouches viennent pondre dans les plaies, la bouche ou les narines du cadavre. Chaque fois que cela est possible, et tant que l’odeur de putréfaction ne vient pas chasser celles des diarrhées ou de vomissures, les infirmiers gardent les cadavres deux ou trois jours de manière à disposer de quelques rations de riz supplémentaires qui leur auraient été servies de leur vivant. Ces morts ne sont enterrés que lorsque l’odeur devient vraiment trop insupportable. 

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Jean Carpentier se sent totalement vidé, dépourvu de toute force physique et morale. Il ne voit plus désormais aucune lueur d’espoir, rien qu’un horizon noir peuplé de fantômes décharnés et dévorés par la vermine. Il éprouve une envie irrésistible de se laisser couler, de disparaitre pour ne plus sentir ses boyaux se tordre sous l’effet de la faim, ne plus affronter l’innommable, ne plus espérer en vain, simplement fermer les yeux et oublier.

 

***

Franck Mirmont est le pseudonyme d’une personne bien connue dans le monde de la littérature militaire. Il ne souhaite pas se mettre sur le devant de la scène, nous respecterons ce vœu. 

AB4_1_DBP.jpgHeinrich Bauer est né en 1930 à Kassel en Allemagne. Elevé dans une « Napola » (les Nationalpolitischen Erziehungsanstalten, internats de l'enseignement secondaire destinés à former l'élite de l’Allemagne nazi), errant de ferme en ferme à la fin de la guerre, il intègre comme nombre de ses compatriotes la Légion. Sergent infirmier, parachuté sur Diên Biên Phu avec le 2e BEP, prisonnier, il survit aux camps. Il quitte la Légion en 1955. 

AB3_DBP4.jpgJean Carpentier naît en 1931 dans la région d’Amiens. Engagé dans la Marine en 1948, il est formé à l’école des apprentis mécaniciens (« Les Arpettes »). Mécanicien volant de la flottille 28F sur Privateer, son avion est abattu lors d'une nouvelle mission sur Diên Biên Phu. Fait prisonnier, il est torturé dans les camps et en conserve de graves séquelles. Il quitte le service actif en 1965, se reconstruisant psychologiquement grâce au soutien de sa chère Josette.

 

AB3_DBP1.jpgJean Guêtre est né en 1920 à Amiens. Engagé dès 1939 au 2e RCA, il débarque à Toulon avec la 1er RCuir. Après la reconquête de la France, il est blessé en Autriche. ADC en Indochine il combat dans le delta tonkinois avec le Commando Nord-Vietnam 45 puis 32 « Senée », tentant de desserrer l’étau sur Diên Biên Phu. Jean Guêtre est malheureusement décédé avant le projet de livre, mais avait pris soin d’écrire ses souvenirs et les transmettre à ses enfants. 

 

AB3_DBP2.jpgPierre Latanne naît en 1929 à Lourdes. EOR, il rejoint successivement les 18e RIPC et 3e BPC. Sous-Lieutenant du 5e BPVN, il est parachuté à deux reprises sur Diên Biên Phu, la seconde fois en plein combat. Gravement blessé, il survit aux camps et poursuit sa carrière dans l’Armée, en particulier au SDECE (Contre-Espionnage) qu’il quitte en 1990 avec le grade de Général. 

 

 

 

AB3_DBP3.jpgBernard Ledogar est né en 1933 en Alsace. Engagé en 1953 au 6e BPC, il est parachuté sur Diên Biên Phu. Force de la nature, combattant valeureux maniant la pelle comme arme de corps à corps, blessé plusieurs fois, il est fait prisonnier et survit aux camps. Il quitte l’armée après la guerre d’Algérie.

 

 

 

AB3_DBP51.jpgJean-Louis Rondy naît en 1926 à Paris. Il fait le coup de feu en 1944 contre l’occupant et s’engage dans la foulée au Régiment de Marche du Tchad avec lequel il fait la campagne d’Allemagne. Intégrant Santé Navale, il est le médecin du 1er BEP à DBP. Survivant des camps – il pèse 43kg à sa libération - il poursuit sa carrière dans l’Armée, notamment en Afrique. 

 

 

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Conférence (passionnante !) au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan – De gauche à droite le COL Rondy, le SGT Bauer, l’éditeur Nimrod. © UPpL'E

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ISBN 978-2915243628 – Prix 23€ – Format 23x15, 576 pages, cahier-photo

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Aux éditions Nimrod, disponible ici

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Le livre est utilement complété par un essai du même auteur : « La Guerre d’Indochine vue par la CIA ». 

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Avec le COL Rondy et le SGT Bauer au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan 2015. © UPpL'E

Nous tenons à remercier l’auteur qui nous a mis dans la confidence de son projet dès sa genèse (l’œuvre de sa vie, dixit J), nous donnant l’impression de faire partie de l’aventure (nous avons même tenté d’aider à fouiner dans les archives russes sur DBP (Natachenka a ses entrées J)). Nous n’oublierons pas nos déambulations dans Coët’ aux côtés des beaux Légionnaires Jean-Louis Rondy et Heinrich Bauer, se tenant bien droits, recevant, sourire espiègle et regard pétillant, les hommages des Cadets. Nous nous souviendrons de cette longue et touchante conversation avec Jean Carpentier et sa chère Josette. Nos pensées vont vers Pierre Latanne, dont le témoignage est déchirant ; et vers Jean Guêtre, qui veille désormais sur nous et doit être fier de ses descendants qui ont œuvré pour le devoir de mémoire en partageant ses écrits. Et nous allons conserver précieusement notre livre collector car dédicacé par les cinq co-auteurs survivants (superbe cadeau-surprise des éditions Nimrod qui savent à quel point leur attention nous a touchés) avec une mention spéciale pour Bernard Ledogar, dont l’écriture n’a jamais été le fort, mais a tenu à nous manifester son amitié – certainement l’une des plus belles dédicaces de notre milibibli. 

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Avec le COL Rondy et le SGT Bauer lors de la remise du prix des Cadets 2015, Saint-Cyr Coëtquidan. © UPpL'E

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Hommage

Aux morts pour la France à Diên Biên Phu et partout ailleurs en Indochine,

Aux victimes de la barbarie viêt-minh dans les camps [taux de mortalité des prisonniers : 70%]

Aux blessés physiques et psychiques,

A tous les combattants de l’Union Française.

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Le 4 octobre 2013, le général viêt-minh Võ Nguyên Giáp, vainqueur de Dien Bien Phu, disparaissait. Le ministre français des affaires étrangères lui a rendu un vibrant hommage :

J’ai appris avec émotion le décès du Général Giap. Ce fut un grand patriote vietnamien, aimé et respecté par tout son peuple pour le rôle éminent et fondateur qu’il a joué pour l’indépendance de son pays.

Il était profondément attaché à la culture française et parlait d’ailleurs parfaitement notre langue. Le Général Giap fut un grand patriote et un grand soldat. Alors que la France et le Vietnam sont devenus désormais des partenaires stratégiques, je salue aujourd’hui la mémoire d’un homme exceptionnel et présente mes profondes condoléances à sa famille et au peuple vietnamien. 

Nous nous réjouissons, nous aussi, de la réconciliation franco-vietnamienne.

Cependant, il nous semble que le ministre aurait dû modérer son éloge funèbre d'un « mais cela ».

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Survivant de Dachau ? Non. Survivant des camps viêt-minh.

Il n’y a qu’une seule chose qui permette à Jean-Louis Rondy de rester en vie. Un sentiment de haine absolu envers ces fanatiques qui, au nom de leur lutte pour l’indépendance et la liberté, cherchent précisément à éradiquer toute indépendance d’esprit et liberté de penser. Il lui arrive parfois de songer au camp de Dachau qu’il avait approché fin avril 1945. Une autre guerre, un autre monde, une autre horreur absolue. Mais au moins, les gardes des camps de concentration n’essayaient pas de convaincre leurs prisonniers de crier « Heil Hitler ! » tandis qu’ils les précipitaient vers la mort.

Franck Mirmont, Les Chemins de Diên Biên Phu.

 

 

 

 

 

 

 

© Blog Milittéraire - Une Plume pour L'Epée. (*) Certaines photos sont issues du Net, sans que nous ayons été en mesure de retrouver les ayant-droits.