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24/05/2017

« Le soleil se lève sur nos blessures », collectif « Debout Marsouins ! », 3e RIMa, autoédité

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés

 

 

La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber,

mais de se relever à chaque chute.

 Confucius

 

Ils portaient en eux, parfois inconsciemment, une certaine idée de la France. Ils se sont engagés. Ils ont été envoyés au bout du monde par les Français. Ils ont combattu pour les Français. Ils l’ont fait avec courage. Mais ils sont tombés.

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Ils ne sont pas morts. Ils ont été blessés dans leur chair ou leur esprit. Cependant, pour eux, ce fût tout comme une mort : ils n’ont pu poursuivre la mission; ils ont abandonné leurs camarades; ils ont failli; ils se sont demandés si la vie avait encore un sens.

Nous voici bien graves, et ce n’est pas faire justice à cette attachante équipe de joyeux lurons qu’est « Debout Marsouins ! » et à leur livre plein d’espérance, « Le soleil se lève sur nos blessures ». Mais il est vrai que l’histoire n’est pas terminée :

Les cicatrices sont vives, le potentiel physique est diminué, les nuits peuvent être agitées de cauchemars, et le deuil des frères d’armes est porté à jamais. Le chemin a été long, semé de souffrance et de doutes, mais tous ces soldats se sont relevés, et ont décidé de se confier.

On connait une des clés fondamentales de la guérison : accepter les mains tendues et parler. Avec ce livre, nos amis du 3e RIMa tendent à leur tour les mains et parlent : aux soldats en soin, handicapés, souffrant de SSPT, à leurs camarades, aux proches… et pourquoi pas aux Français dans leur brouillard métro-boulot-dodo ?

Saluons la volonté des CCH Benjamin Itrac-Bruneau et Rodolphe Guadalupi, à l’origine du projet. Ils ont su fédérer les énergies et ont convaincu des camarades à se livrer (et il faut du courage pour le faire, nous en sommes conscients). Et le résultat est là : un livre très émouvant, écrit avec un talent certain. L’un des grands récits milittéraire de ces dernières années, qui fait honneur au bel esprit Colo et à l’armée en général.

Le soleil se lève sur nos chers Marsouins de Vannes. Il n’est pas encore bien haut sur l’horizon pour certains, mais même s’il n’atteint jamais le zénith, ce n’est déjà plus la nuit.

Si notre métier n’est pas d’écrire, nous savons néanmoins nous exprimer avec nos cœurs et nos tripes. Et c’est ce que nous avons fait. Nous avons voulu réaliser ce livre pour nos frères d’armes morts pour la France ou blessés, pour tous les soldats de nos armées, pour leurs familles et leurs proches et pour vous, nos concitoyens. (...) Nous ne recherchons aucune gloire, mais espérons simplement que notre engagement et, dans une plus large mesure, celui de nos frères d’armes, soit connu, compris et reconnu par les Français.

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Marsouins à l’entrainement, région d’Ati, Tchad.

Ca ne siffle plus autour de nous, ça claque en permanence. Un avertissement que répétaient ceux qui avaient connu l’épreuve du feu me revient à l’esprit : « quand ça claque ce n’est pas bon signe, c’est que ça passe tout près ». Pour commander mon groupe, il me faut un minimum de champ visuel. Je suis donc légèrement accroupi. Soudain, je reçois comme un grand coup dans la gueule, ce genre d’uppercut à assommer un cheval. Je ne réalise pas que je viens de me faire toucher. Je cherche à commander, sans me rendre compte que j’en suis incapable, je ne peux pas parler, je parviens juste à émettre des borborygmes en crachant du sang, dès que j’ouvre la bouche. Je me sens faiblir.

LCL Jean-François Libmond, blessé en 1978 au Tchad lors du combat d’Ati.

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CCH Rodolphe Guadalupi en Bosnie

Avant même de comprendre ce qu’il m’arrive, une multitude de pensées imprécises se bousculent dans ma tête. Il me semble de n’avoir d’autre choix que d’accepter quelque chose que je ne comprends pas ni ne maîtrise. J’ai l’impression qu’une sorte de bulle se crée autour de moi, à l’intérieur de laquelle le temps se fige et l’espace se réduit à ma stricte personne. Un peu comme si l’Univers ne se limitait plus qu’à moi et moi seul. Je ne perçois absolument plus rien de mon environnement. Plus rien n’existe à part moi, tout le reste ne compte plus.

CCH Rodolphe Guadalupi, blessé en 1995 en Bosnie

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CCH Salami Abdou en Afghanistan

Je commence à reprendre mes esprits. Je mesure ce qui m’arrive mais sans comprendre et surtout sans l’admettre. Le fait de me retrouver en France, loin de mes camarades et de ne plus pouvoir continuer la mission m’anéantit (…) J’ai envie de tout casser ; j’ai envie de hurler ; Je me demande pourquoi moi ? Pourquoi ai-je été obligé de rentrer avant la fin du mandat ? J’ai le sentiment d’avoir abandonné mon groupe et ma section (…) Je veux revoir mes potes. J’ai besoin qu’ils me rassurent, qu’ils m’aident à me libérer de ce sentiment d’inachevé. J’ai besoin qu’ils me disent qu’ils ne m’en veulent pas de les avoir laissé tomber au milieu de ce vaste merdier.

CCH Salami Abdou, blessé en 2009 en Afghanistan

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CCH Benjamin Itrac-Bruneau en Afghanistan

Je passe mon premier mois à Percy entre pansements, soins, séances de kiné, visites de camarades du régiment, d’autorités, d’amis, de la famille, d’anciens… J’ai parfois l’impression d’être une bête de foire, répondant aux mêmes questions, certains se sentant obligés de me raconter leurs campagnes, comme pour justifier la souffrance qu’ils lisent dans mes yeux et qu’ils ne connaissent pas. Mais au moins je suis rarement seul et cela m’évite de ressasser sans arrêt l’embuscade du 3 août. Car si mon corps est à Paris, mon esprit est resté dans ce petit verger où, pendant quelques instants, ma vie a été plus intense, plus perceptible, plus concrète, plus vive qu’elle ne l’avait jamais été. En quelques instants je suis passé du courage à la peur, de la vie à la mort, de la résignation à la lutte ; mais de Marsouin… à plus rien.

CCH Benjamin Itrac-Bruneau, blessé en 2009 en Afghanistan

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CCH Salami Abdou, médaille militaire, et ADC Nadège Donzé, marsouin d’honneur, à Vannes

Je ressens comme un sentiment d’injustice. Pourquoi eux ? Y en aura-t-il encore d’autres ? Et si oui, combien ? Bien qu’aucun lien de parenté n’existe entre eux et moi, je me sens affectée et me surprends à laisser couler quelques larmes. Je suis effondrée, un peu comme si ces hommes étaient mes frères. Bien sûr, dans nos traditions militaires, nous parlons de « frères d’armes », mais ces hommes, au fond, me sont inconnus. Pourtant, c’est quelque chose de plus fort que moi, presque un besoin, de les voir, de modestement contribuer à améliorer leur quotidien entre les quatre murs blancs de leur chambre d’hôpital.

ADC Nadège Donzé, affectée au cabinet du ministre de la Défense, visite les blessés sur son temps libre

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Le pont de Vrbanja, Bosnie

Je retourne sur le pont. Décidément, les ponts jalonnent ma vie (…) J’entame le deuxième pack de bière. Ma tête commence à tourner, je commence à gueuler, à crier très fort, encore plus fort. Je gueule pour évacuer le stress, le mal-être, la rage, la haine, toute cette merde qui me ronge depuis dix ans. Le bruit des voitures couvre mes cris. Je gueule, je hurle à m’en faire péter les cordes vocales. Dans quelques instants, l’ivresse m’attirera vers le bas et mon voyage tourmenté se terminera.

Je crois aujourd’hui que je ne voulais pas mourir, je ne voulais pas quitter la vie, je ne voulais pas abandonner ma famille, mes amis. Je voulais juste qu’on m’aide.

CCH Eric, blessé physiquement et psychologiquement en Bosnie en 1995 lors de la reprise du pont Vrbanja

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Soldats français au Mali

Nous devons humblement accepter de n’être que des hommes. Nous ne sommes pas des machines de guerre insensibles à toutes les blessures faites à notre corps, à notre cœur et à notre esprit. C’est sans doute en acceptant cette fragilité qu’il est possible de sortir de la dépression. Il n’y a que dans l’abandon du rôle qu’il s’attribue ou que les autres lui attribuent que le blessé psychologique pourra se reconstruire.

CCH Eric, blessé physiquement et psychologiquement en Bosnie en 1995

***

150px-3eme_RIMa.pngLe collectif « Debout Marsouins ! » a été créé à l’initiative de deux Caporaux-Chefs du 3e RIMa Rodolphe Guadalupi et Benjamin Itrac-Bruneau, avec la volonté de témoigner de leur engagement au service de la France, mais aussi de leur reconstruction physique et psychologique, après leurs blessures respectives en Bosnie et Afghanistan. Fédérant autour d’eux plusieurs Marsouins du 3e, vétérans du Tchad, de Bosnie et d’Afghanistan, blessés physiquement ou moralement, mais aussi des proches, des personnes œuvrant dans le soutien, des psychologues, infirmiers et médecins militaires. L’aventure est menée à bien et quinze textes sont publiés en autoédition, sous le beau titre « Le soleil se lève sur nos blessures ». Préface du COL (r) Pierre Servent.

Nous ne sommes pas des têtes brûlées. Nous sommes des citoyens au service de nos concitoyens et de notre pays, dont nous défendons les intérêts, les armes à la main, dans la discipline, dans le respect des lois, et sans état d’âme à chaque fois qu’on nous le demande. Nous sommes en même temps le bras armé de la Nation et le bouclier de chaque Français.

Nous ne sommes pas des victimes. Nous sommes des blessés de guerre.

Collectif « Debout Marsouins ! »

 

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Souvenirs de nos bons moments avec Nadège, Benjamin et Rodolphe en 2016. Déjeuner à Paris, Salon du Livre et Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr à Coët. 

Mais notre relation avec les soldats auteurs ne s’arrête pas après une rencontre sur un salon, la lecture du livre et son humble promotion. Nous la vivons dans la durée et beaucoup sont devenus des amis proches. Un exemple : Le 20 mai dernier, nous avons assisté à une conférence de l’IHEDN sur le thème « Les gueules cassées, blessures visibles et invisibles », organisée par notre chère Nadège du collectif « Debout Marsouins ! ».

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Sous la houlette du médecin en chef (COL) Jean-Christophe Amabile, du Service de Santé, excellentes interventions, passionnantes et d’une heureuse spontanéité, du CCH Frédéric Cantelou, Marsouin du 1er RIMa blessé physique et psychique au Mali, de l’ADC Christian Bonnot, chef du bureau environnement humain du 1er RIMa, et de Mr Henry Denys de Bonnaventure, président de l’UBFT – fondation « Les Gueules Cassées », blessé en Algérie. Parallèlement, l’artiste René Apallec présentait ses œuvres, impressionnants collages sur le thème de la blessure de la face. Voir son site ici.

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Le 16 mars 2013, au Mali, Frédéric Cantelou est gravement blasté, blessé, brulé, par l’explosion d’un IED.  Le CPL Alexandre van Dooren, pilote de leur AMX10RC, est tué ; les deux autres membres de l’équipage sont grièvement blessés eux aussi. Nous étions présents sur le pont Alexandre III, pour honorer le sacrifice d’Alexandre et manifester notre soutien à ses proches et camarades. Nous avions tenus à partager notre émotion sur le blog naissant. C’est ici.

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A l'issue de la conférence, les participants ont  manifesté leur soutien à l’association « Au-delà de nos handicaps » représentée par son président le GAL (2s) Georges Lebel, via une participation financière au projet  « Mercantour Dream Warriors », raid que vont effectuer en juin huit militaires atteints de blessures physiques invalidantes ou psychiques/SSPT et deux jeunes adultes civils handicapés. Soutenez comme nous ce beau projet ici. Page FaceBook

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Et pour conclure ce semi aparté (vous aurez noté le Général Lebel posant avec le livre), nous adressons toute l’affection des CCB (Caporaux-Chefs de Bataillon) d’Une Plume pour L’Epée à nos camarades Marsouins ! (blague privée :))

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« Le soleil se lève sur nos blessures » par le collectif « Debout Marsouins ! »

[grades et fonctions à l’époque des faits]

SGT Jean-François LIBMOND, blessé par balle à la gorge lors du combat d'Ati, Tchad, 1978,

1CL Eric, blessé lors la reprise du pont de Vrbanja, Bosnie, 1995,

1CL Rodolphe GUADALUPI, blessé à Sarajevo, Bosnie, 1995 ; Catherine BLANDIN sa maman,

1CL Benjamin ITRAC-BRUNEAU, blessé en Kapisa, Afghanistan, 2009 ; 1CL Chay-Dene, premier camarade à lui porter secours,

CPL Salami ABDOU, blessé par explosion d'IED en Kapisa, Afghanistan, 2009,

1CL Maxime GARNIER, blessé psy après sa mission en Kapisa, Afghanistan, 2009 ; propos recueillis par le collectif et retranscris par Georges GUEHENNEUX,

Olivier BOREL, psychologue de la CISPAT,

COL Thierry MALOUX, chef de la CABAT,

Médecin-général inspecteur Dominique FELTEN, ICAS Anne-Sophie REHEL et MAJ Sébastien KEIRSSE, médecin et infirmiers au groupe médico-chirurgical de Sarajevo, Bosnie, 1995, propos recueillis et retranscris par Sabine FOSSEUX,

ADJ Nadège DONZE, chargé du suivi des dossiers des blessés au sein du cabinet du MINDEF en 2008/2009,

Préface du COL (r) Pierre SERVENT.

ISBN 9781364289119 – Format 15x23, 200 pages – Prix 8,45€

Disponible ici.

Page FaceBook .

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Hommage

A l’ADJ Jean-Louis Allouche, Tchad

Au CPL Joseph Lenepveu, Tchad

Au 1CL Guy Jolibois, Tchad

Au CPL Johnny Comtois, Bosnie

Au CPL Marcel Amaru, Bosnie

Au 2CL Jacky Humblot, Bosnie

Au CPL Anthony Bodin, Afghanistan

Au CPL Johan Naguin, Afghanistan

Au CCH Thomas Rousselle, Afghanistan

Au 1CL Kevin Lemoine, Afghanistan

Au SGT Johann Hivin-Gérard, Afghanistan

A tous les Marsouins du 3e RIMa morts pour la France,

A tous les morts pour la France,

Aux blessés physiques et psychologiques,

A leurs proches.

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« Amazing Grace » par le 3e RIMa, sous la direction de Philippe Hardy 

Durant toutes les années que mon fils a passées au 3e RIMa et à chacun de ses départs en mission, mon entourage familial et amical me montrait une sollicitude un peu encombrante, comme si j’étais la victime, la mère d’une future victime de guerre. J’ai refusé de tous cette attitude et l’ai combattue. J’estimais en effet que le métier de Rodolphe, malgré les terribles risques qu’il comportait, ne devait pas inspirer la « pitié », mais plutôt le courage et la fierté, accompagnés de noblesse, cette noblesse de ceux qui vont au bout de leurs convictions.

Catherine, maman du CCH Rodolphe Guadalupi, blessé en 1995 en Bosnie

 

Je suis aujourd’hui sergent. Je voulais quitter ce métier militaire qui m’a tant fait souffrir. Mais au bout du compte, je ne vois pas d’entreprise capable d’autant d’attentions à l’égard d’un de ses fils. Fils, un mot bien différent des termes usuels : salarié, employé, personnel, ressortissant… J’existe aux yeux de mes frères d’armes, je ne suis pas jugé, je suis un guerrier des Troupes de Marine, je suis un soldat de France.

SGT Maxime Garnier, vétéran d’Afghanistan, blessé psy

 

 

 

 

 

 

27/04/2017

Le Ministère de la Défense au Salon du livre 2017

Photos Natacha/UPpL’E – Droits réservés

 

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Retour sur la belle journée passée au Salon du Livre de Paris. Les années passent et le succès des mili-auteurs ne se dément pas, voire s’amplifie, vue la foule désormais présente sur le *superbe* stand du Ministère de la Défense, pour échanger et se faire dédicacer les livres. Mais il est vrai que les écrivains combattants ont peut-être des « choses » à raconter un peu plus intéressantes que la moyenne… :)

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Il faut désormais faire la queue pour approcher les soldats auteurs. Qui s’en plaindrait ? Voici ceux que nous avons rencontrés lors de notre visite le samedi, une toute petite partie du potentiel, car d'autres étaient présents les vendredi et dimanche, ou présentaient des livres tout à fait intéressants mais sortant de notre "scope" du récit autobiographique (histoire, stratégie, BD...).

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COL Marc « Claudia » Scheffler

Débutons avec notre camarade Marco. Il est l’un des parrains d’Une Plume pour L’Epée, car rencontré alors que le blog n’était qu’à ses balbutiements. Profitant de soirées solitaires laissées par sa dernière OPEX au Tchad, notre auteur « Mud » a repris la plume pour un second livre, toujours sous les couleurs Nimrod. A la clé : « Naissance d’un pilote », en quelque sorte un préquel à son premier récit, le remarquable « La guerre vue du ciel », abordé ici. Marco revient en effet sur toute une période allant du rêve d'ado à la chambre décorée de posters de Mirage, à son installation effective dans le cockpit d'un 2000D. Se lit comme un roman d'aventure (et c'en est une). Absolument passionnant !

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- Allez Claudia, à toi !

J’empoigne le manche et la manette des gaz. Immédiatement, le Tucano se met à s’agiter. Comme je suis crispé, mes va-et-vient au gaz sont trop amples et mes coups de manche trop appuyés. Presque à le toucher, le Tucano de Tong danse à quelques mètres devant moi.

- Compense l’appareil, souffle un peu et remets-toi en position souplement, me conseille Caris.

Je bataille sans réussir à trouver le bon dosage dur les gouvernes. Pire, je suis de plus en plus sur les nerfs et ne parviens pas à franchir la barre des derniers mètres. Dès que je m’approche trop, nos deux Tucano se repoussent comme des aimants (…) Trop prêt, je suis dangereux, trop loin, je ne suis pas en place. Mon espace vital s’est soudain rétréci. Jusque-là, je n’avais évolué que seul et le ciel était à moi. Là, pendant dix minutes, je fais l’accordéon avec l’avion de Tong ? Caris tente de dédramatiser :

- Commence par te calmer un peu, j’entends ton souffle saccadé et j’ai l’impression de voler derrières un asthmatique…

*

Aux éditions Nimrod. Disponible ici

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« La guerre vue du ciel » a été abordé ici.

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Avec Mr Nimrod, éditeur majeur s’il en est, et « Claudia »

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COL Raphaël Bernard

Après l’aviateur, l’artilleur… Raphaël Bernard poursuit la promotion active de « De sueur et de sable », son journal de marche alors qu’il a été placé à la tête d'un convoi composé de Tchadiens, Népalais et Ivoiriens, retraçant une épopée de 14 jours/1200 km dans le nord Mali. Premier témoignage sur Barkhane, ce livre mode « salaire de la peur » se lit avec beaucoup de plaisir. Nous l’avons abordé ici.

Quelques semaines après le salon, Bernard était déployé au Tchad. On a évoqué un second livre…

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Le véhicule stoppe à deux cents mètres de notre position. Il s’arrête et éteint ses feux. Je regarde le commandant Abakar. Nos yeux disent la même chose : bizarre. Je demande à Tornade d’envoyer un élément pour contrôler le véhicule en positionnant un second élément en appui direct prêt à ouvrir le feu. J’ignore la nature exacte de ces « voyageurs » (…) J’entends la tourelle du blindé deux cents mètres à l’ouest pivoter avec un bruit de crémaillère. Tout le monde observe et retient son souffle. Je saisis mon Famas qui me suit partout. Je le colle sur la poitrine. Les officiers tchadiens saisissent leurs Kalachnikov…

*

Aux éditions Le Polémarque. Livre abordé ici

***

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Marius

Et après les armées de terre et de l’air, voici la Marine. Doit-on présenter Marius ? :) Le commando-marine & acteur est toujours heureux d’aller à la rencontre de ses fans, et ils sont nombreux : « Parcours commando » (abordé ici) est certainement le plus grand succès public de la milittérature de ces dernières années, avec des dizaines de milliers d’exemplaires vendus.

Nous souhaitons d’ailleurs le même succès à tous les autres livres, ils méritent la plus large diffusion possible.

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Je reste persuadé que l’homme, quelles que soient son éducation, son origine ou ses racines, garde toujours en lui une étincelle qui peut lui permettre de changer et d’évoluer dans le droit chemin. Pour y parvenir, pour transformer cette étincelle en flamme, il lui faut cependant l’entretenir et la stimuler, avoir le désir, l’envie et la volonté de changer, mais aussi le courage d’affronter le regard des autres et d’écouter les conseils qu’ils peuvent vous donner. Bien des hommes se murent dans leurs certitudes privant cette étincelle de la moindre molécule d’oxygène et l’amenant ainsi à s’éteindre définitivement.

*

Aux éditions Nimrod. Livre abordé ici

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ADJ Sébastien Dupont

Enfin une rencontre avec l'ADJ Sébastien Dupont, ancien de l’ECPAD, désormais membre de la cellule communication de la BA 126. Il est vrai que nous le « pistions » depuis un certain temps... Long échange et anecdotes partagées. Nous avons hâte, évidemment, de lire son "Journal d'un reporter militaire", sujet largement inédit, qui met enfin à l’honneur les photographes et communicants de notre armée. 

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J’ai essayé d’être en osmose avec ceux que je photographiais, de faire un travail plus humaniste qu’artistique, même si la qualité graphique de l’image fait partie de sa force et de son impact dans les mémoires (…) La photo n’est finalement pour moi qu’un moyen de me rapprocher de ces hommes et de ces femmes, de les comprendre, de leur donner, en quelque sorte, la parole. Si mes images ont été là pour traduire leur message, je n’aurai pas été totalement inutile.

*

Aux éditions de la Flèche. Disponible ici.

***

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Et enfin une bien sympathique découverte : Justine Perard, auteur de "Justine, vent debout", témoignage retraçant son parcours d’élève de l’École des Mousses de Brest. Bonne nouvelle que cette parution : sujet totalement inédit et bien trop peu de livres sur la Royale...

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Je suis de quart. J’aime faire 20h-minuit et 4h-h. Voir le coucher de soleil au milieu de l’Atlantique, c’est extraordinaire. Toutes ces couleurs qui se mélangent et s’assemblent si bien, de l’orangé jusqu’au bleu-gris, en passant par des teintes jaunes et rouges, avec la mer, qui englobe tellement bien le ce cadre magnifique. J’ai aussi la chance de pouvoir assister au lever de soleil, où tout est en ébullition : les couleurs, les sons du jour. C’est comme si après une nuit noire, le monde revenait à la vie.

*

Aux éditions Saint-Honoré, disponible ici

***

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Enfin, vos serviteurs avec Céline du SIRPAT. Nous la remercions, à nouveau, pour son accueil, son intérêt pour notre projet (et ses invitations :). Très beau stand, non moins belles et beaux auteurs, et la foule au rendez-vous. Mission accomplie avec brio Céline ! Félicitations à partager avec les sympathiques autres communiquants de l’Air, de la Marine, du service de Santé et de l’ECPAD.

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Et on ne le répétera jamais assez :  Allez à votre tour à la rencontre des soldats-auteurs, porte-paroles de tous leurs camarades. Vivez ce que nous vivons : le grand bonheur d'échanger avec des femmes et des hommes d'exception.

Chic à nos soldats !

 

 

 

 

 

 

 

 

15/03/2017

« Légionnaire », ADC (er) Victor Ferreira, 4e RE, 13e DBLE, 3e REI, 2e REI ; LTN (r) Bertrand Constant, 2e REP ; Mareuil Editions

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés.

 

 

Et le temps passera. Ces hommes, anonymes sous le képi blanc, continueront de défiler majestueusement et de se battre comme ils l'ont toujours fait, relevés par d'autres hommes au même képi blanc, ayant toujours dans les yeux le reflet de cette foi intérieure qui ennoblit la Légion.

Maréchal Juin

 

 

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Au GRLE, Fort de Nogent

Ce n’est pas un scoop, Une Plume pour L’Epée aime les Légionnaires. Nous les côtoyons d’ailleurs régulièrement, comptant bien des amis bérets verts, ayant nos habitudes au fort de Nogent pour Camerone, à la popote des Caporaux-Chefs, visitant la Crèche, guinchant au bal de Miss Képi Blanc, etc. Mais vous, les connaissez-vous ?

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Voici un bien joli livre qui peut vous éclairer et « tuer » quelques « légendes urbaines » sur la Légion (ramassis d’anciens délinquants, tueurs en puissance et autres blablabla). Après le très beau "La Légion dans la peau", notre ami Victor Ferreira a repris son bâton de pèlerin et son appareil-photo : parcourant pendant deux ans les bases béret-vert, jusqu’en Côte d’Ivoire. Il a « flashé », sans artifice car c’est sa marque de fabrique, des visages de jeunes et d’anciens. Posant à chaque fois les mêmes questions, il a confié les enregistrements à un autre Légionnaire, Bertrand Constant, qui a rédigé les textes d’accompagnement.

« Légionnaire » est superbe de simplicité, tant pour les photos que pour les textes. Et c’est heureux, car ces hommes n’ont aucun besoin « d’amberlification »…

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« - Qu’est-ce que tu veux dans la valise ?

- Ben, pas grand-chose, cigarettes, affaires de toilette, mes bricoles habituelles…

- Mais, on dirait que tu pars pour l’Armée ?

- Oui, Maman, je pars à la Légion. »

Evidemment, elle a pleuré. Et moi aussi.

Jean, 72 ans, de Hongrie

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J’ai souffert en arrivant mais je commence à m’adapter. Je sens que ça vient, que je vais trouver mes marques. En fait, j’aime tout ici. On me force à faire des choses que je n’aurais jamais pensé pouvoir faire. On me dit de le faire, j’essaie et j’y arrive. Chaque jour il y a une progression. Maintenant je crois en mes capacités, j’ai confiance en moi.

Saikou, 25 ans, de Guinée-Conakry

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En arrivant au 2e REP, j’ai toujours été volontaire, je n’ai jamais reculé. Parfois, je ne comprenais pas tout, mais je disais « oui » et ensuite je trouvais les solutions. C’est ça l’esprit Légionnaire ; être bon, même quand on ne l’est pas.

Milos, 28 ans, de Serbie

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Je me suis engagé à 36 ans. Certains disent que c’est trop vieux mais ça dépend juste de ton état d’esprit (…) J’étais plus vieux que ceux qui s’étaient engagés en même temps que moi mais j’étais à 200%. Je suis passé « à la niaque ».

Gilles, 45 ans, de France

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On essaie chacun de notre côté d’honorer au mieux la Légion Etrangère et je dois dire qu’elle nous le rend bien. C’est notre refuge, notre famille toujours présente quand ça ne va pas. Il m’arrive de douter, de ne pas savoir quel chemin prendre et, dans ce cas-là, je m’assois et je regarde longuement mon béret vert. Je ne dirais pas que c’est un miracle mais, étrangement, tout revient dans l’ordre.

Fabien, 25 ans, de France

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Je suis très fier d’être Légionnaire parce que, dans mon pays, la Légion Etrangère est une légende, un mythe ! Et aujourd’hui, moi, le jeune Ukrainien sans boulot, je fais partie de cette légende.

Taras, 30 ans, d’Ukraine

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Je suis passé deux fois tout prêt de la mort. Parfois, j’ai peur juste à l’idée d’une troisième fois. C’est normal.

Patrice, 45 ans, de France

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Quand mon ex-femme a eu un cancer du sein, j’ai voulu démissionner en urgence pour m’occuper d’elle. Je voyais l’enfer arriver. Mais la Légion a été plus intelligente que moi. Mes chefs m’ont dit : « Non, ne démissionne pas, il y a des solutions. Tu es Parisien, on va te mettre en poste à Paris ». Et ils l’ont fait.

Jonathan, 34 ans, de France

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Tu peux être n’importe qui, commando ou astronaute ou médecin ou tout ce que tu veux, quand tu arrives à la Légion, c’est fini. Tout le monde repart à zéro. C’est extraordinaire.

Jorge, 67 ans, du Portugal

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10.jpgVictor Ferreira nait en 1963 au Portugal. En 1984, il s’engage dans la Légion Etrangère, pour laquelle il sert plus de 20 ans, aux 4e RE, 13e DBLE, 3e REI, 2e REI. Il est notamment déployé au Tchad, en RCA et en Bosnie. Lors de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, il est aide de camp du GAL Lecerf. Il quitte l’institution en 2007, alors adjudant-chef. Victor est désormais photographe professionnel.

 

DSC02927.JPGBertrand Constant est Saint-Cyrien. Optant pour la Légion, il commande une section de combat du 2e REP pendant 3 ans. Il quitte l’armée en 2000 pour une carrière de comédien. En parallèle à ses tournages réguliers, il développe des projets pour la télévision et le cinéma en tant que scénariste et réalisateur.

 

 

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Avec Bertand et Victor lors de la soirée du lancement du livre, à la librairie Fontaine Haussmann, novembre 2016.

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« Légionnaire », Victor Ferreira (photos) et Bertand Constant (texte)

ISBN 978-2372540216 – Prix 20 € - Format 22x17, 200 pages.

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Aux éditions Mareuil

Disponible ici.

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Pour mémoire, nous avons abordé le superbe premier livre de Victor « La Légion dans la peau » ici.

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Hommage

A tous les Képis Blancs.

Qui sait si l'inconnu qui dort sous l'arche immense

Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé

N'est pas cet étranger devenu fils de France

Non par le sang reçu mais par le sang versé ?

 Pascal Bonnetti

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Non, cela n’a pas été facile de devenir Légionnaire,

On le devient en souffrant : sueur, sang, larmes…

Simplement voilà, c’était la voie, chance dernière.

Travailler avec des êtres différents, frères d’armes,

Route droite, unique, fraternelle, dans l’honneur ;

Aventuriers fiers. Merci, Légion, pour ce bonheur.

 

Extrait d’un poème de Pedro, postface à « Légionnaire », Victor Ferreira, Bertrand Constant

 

 

 

 

 

01/02/2017

« De sueur et de sable », COL Raphaël Bernard, EM 1re DIV, éd. Le Polémarque

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos et vidéos © Colonel Bernard. Droits réservés.

 

 

« Qu’importe si le chemin est long, du moment qu’au bout il y a un puits »

Proverbe touareg

 

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Il fût un temps où nous devions attendre des années avant de lire un témoignage sur une opération. Cette frustration est désormais caduque, la parole de nos militaires s’étant libérée ; leur volonté de témoigner certainement encouragée par l’Institution. Voici donc,  après les beaux récits sur Serval, un premier témoignage sur Barkhane et la MINUSMA.

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Journal de marche du Colonel Raphaël Bernard, artilleur promu chef de méharée-mécanique, « De sueur et de sable » nous fait vivre son épopée de 1200 km, ouverture de route dans le Nord-Mali, par un convoi composé de Tchadiens, Népalais et Ivoiriens. Nouveau « Salaire de la peur » (Ah ce p* de camion-citerne antédiluvien ! Ah ces p* de wadi !), mission digne de nos grands anciens de la Saharienne, le récit est aussi bien mené que l'aventure l’aura été en elle-même. Excitation, engagement, risques, galère, fatigue, doutes, rigolades... mais aussi l’occasion d’une belle introspection ; le désert, il est vrai, s’y prête.

Plongez à votre tour dans ce beau récit écrit avec le cœur, tout en sueur, sable... et fraternité.

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Le jour point. La lune est basse, presque occultée (...). Seul un petit croissant demeure encore et il est magnifique de finesse. Comme chaque matin, l’artiste revoit sa toile. Les touches de couleurs se succèdent et les pastels virevoltent dans le ciel. Le soleil viendra mettre de l’ordre dans tout ça avec un bleu superbe comme chaque jour ici. Les véhiculent fument, les hommes s’agitent, chargent les paquetages, « déshaubanent » les antennes, vérifient les véhicules et l’état des pneumatiques. J’aime cette ambiance.

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Le sapeur népalais me convie à venir goûter le dîner de ses hommes. Je suis touché et ravi ; j’accepte de bon cœur (…) Au menu il y a du riz, quelle surprise ! Une assiette m’est tendue une sauce aux légumes est versée. Me croirez-vous si je vous dis que la sauce ferait décoller la rouille sur une épave millénaire : ça AR-RACHE !!!

- Sir, it’s not too spicy, Sir?

- You’re kidding! I’m really a fan of Asiatic food!

Ma bouche est un volcan, mes lèvres pèsent trois tonnes et il me semble qu’elles enflent démesurément. Je vais cracher le feu, c’est sûr. Ca ne peut finir que comme ça. Pour autant, comme le dit Thérèse dans le Père Noël est une ordure : « Je mange car c’est offert de bon cœur ».

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Le véhicule stoppe à deux cents mètres de notre position. Il s’arrête et éteint ses feux. Je regarde le commandant Abakar. Nos yeux disent la même chose : bizarre. Je demande à Tornade d’envoyer un élément pour contrôler le véhicule en positionnant un second élément en appui direct prêt à ouvrir le feu. J’ignore la nature exacte de ces « voyageurs » (…) J’entends la tourelle du blindé deux cents mètres à l’ouest pivoter avec un bruit de crémaillère. Tout le monde observe et retient son souffle. Je saisis mon Famas qui me suit partout. Je le colle sur la poitrine. Les officiers tchadiens saisissent leurs Kalachnikov…

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Nous avons eu un fou rire lors du petit-déjeuner. Derrière nous, un jeune soldat faisait sa prière du matin. Les autres Tchadiens l’ont interpellé en arabe dans des éclats de voix et de rire. Je n’ai pas immédiatement saisi la raison de cette hilarité générale mais Abakar vint à mon secours. Le jeune Abdallah faisait fort convenablement sa prière, malheureusement pas dans la bonne direction. Au Mali la Mecque est plein est, justement où le soleil se lève. Et justement, il était là, l’astre repère. Bien que ne comprenant pas l’arabe, j’ai saisi l’infortune cocasse du jeune Abdallah, jeune croyant très mal réveillé, montrant ses fesses à la Mecque en se prosternant face à l’Ouest.

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Arrive le tour de la citerne de tous nos maux. Comme les autres véhicules, elle s’élance à tombeau ouvert, passe à un mètre de nous dans un bruit de mécanique et de ferraille, attaque le sable, vire légèrement. Nous suivons le monstre des yeux. Le nuage noir qui le suit laisse présager de sa colère et de sa hargne de vaincre. Pourtant, sa vitesse décroit doucement. Le monstre est bel et bien sorti de la piste principale et il baisse rapidement le nez avant de s’immobiliser. Son conducteur tente de repartir mais son action ne fait qu’ensabler un peu plus la citerne. Je vois les visages autour de moi se fermer. Je relance l’action par un « Allez, on s’y met tous et on l’arrache cette putain de citerne ! ». Et je saisis une pelle.

Je dîne sans appétit. Je repense à cette foutue après-midi où nous avons parcouru vingt-trois kilomètres en sept heures. Quel enfer, que de tension, de stress rentré et de prise sur soi pour se montrer confiant et « pushy » devant des hommes persuadés que je sais où je vais. Je suis exténué et j’ai besoin de faire une toilette comme pour chasser la chkoumoun qui nous colle aux pneus.

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Je suis furieux. Je dis [au chauffeur] qu’il est un amateur, que j’en ai marre de lui et de toutes les emmerdes qu’il nous apporte et que, arrivé à Anéfis, je le laisserai sur place (…) Le ton sur lequel je dis ces mots en haussant la voix fait taire les Tchadiens. Le chauffeur, au lieu d’accuser le coup et de plaider coupable (…) me regarde et me dit : « J’en ai marre, marre, marre et j’en ai marre de vous et de toi ! ». L’homme pointe son index de manière circulaire vers les Tchadiens puis finalement vers moi en le maintenant, bras tendu. Un Tchadien à ma droite relève brutalement le canon de sa Kalachnikov…

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Nous ne sommes plus très loin. Je me suis un peu isolé avec, à la main, un manche cassé de pelle. Mon esprit s’évade un peu, le présent se débloque et je pense à l’après.

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13000314_590126381145007_8615185324440209308_n.jpgSaint-Cyrien de la promotion « Chef de Bataillon de Cointet », Raphaël Bernard rejoint l’Artillerie. Déployé en Côte d’Ivoire, Sahara Occidental, Liban, Ex-Yougoslavie et Kosovo, passé par l’Ecole de guerre et titulaire d’un MBA d’HEC, il est chef de corps du 1er RA de 2013 à 2015. Fin 2014, en poste à Kidal Nord-Mali, il s’élance dans une mission d’ouverture de route de mille deux cents kilomètres, seul Occidental à la tête d’un convoi MINUSMA de cent quarante-deux Tchadiens, Ivoiriens et Népalais, expérience dont il tire le récit « De sueur et de sable ». Il est désormais chef du bureau Opérations de la 1ère Division.

Avant de partir au Mali, quelqu’un m’a demandé ce dont j’étais le plus fier. Je ne m’étais jamais posé cette question. Mon parcours professionnel ? Mon parcours académique ? Mon parcours sportif et associatif ? Mes OPEX ? J’ai réfléchi à ce que je ne pourrais jamais remplacer, à ce que je n’accepterais jamais de perdre, à ce qui me constitue les plus intimement. J’ai répondu sans hésiter : mes trois fils.

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Page FaceBook de l'auteur ici.

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Avec le COL Bernard, Salon de l’Écrivain Soldat, Nice 2016.

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« De sueur et de sable », Colonel Raphaël Bernard,

ISBN 978-1092525077 – Prix 15€ – Format 21x14, 255 pages.

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Aux éditions Le Polémarque

Disponible ici.

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Hommage

à tous les soldats qui ont défait les djihadistes au Nord-Mali et œuvrent aujourd’hui pour la stabilisation du Sahel.

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J’aime comprendre ce que chaque homme a en lui et ce qui le fait avancer : le pognon, l’aventure, l’idéal, l’égo, la vocation, la volonté de démontrer à son père ou ses proches qu’il est quelqu’un, qu’il est capable, qu’il est un homme… Suis-je anthropophile ou sociologue ? Je crois que c’est surtout ma façon, d’une part de respecter et de considérer mes garçons et d’autre part un biais pour les motiver et répondre à leurs attentes (…) Je suis convaincu que chaque soldat a des qualités en lui, même s’il est sans diplôme, même s’il a fui une école où il a additionné les échecs. Il s’agit, pour nous, de le remettre dans la spirale de la réussite, de valoriser ce qu’il sait faire et ce qu’il réussit en apprenant différemment que sur une chaise scolaire. L’Institution militaire est, pour la grande majorité des dix mille jeunes qui chaque année la rejoignent, une école de la seconde chance, une vraie école de la vie.

COL Raphaël Bernard

 

 

 

 

08/01/2017

Salon des Ecrivains Combattants & Balade Artistique et Littéraire de l’EOGN 2016

Photos Natacha/UPpL’E

 

Il est souvent des engouements qui s’estompent avec le temps. La collection de timbre, le footing du samedi matin… Mais celui qui nous concerne, lire ces beaux récits de soldats, rencontrer leurs auteurs, échanger avec eux, sont de tels bonheurs renouvelés que nous abordons la 5ème année d’existence d’Une Plume pour L’Epée plus motivés que jamais !

Et pour débuter 2017, retour sur les deux derniers salons milittéraires de l’année passée.

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Avec le général de division (cr) Claude Le Borgne. Saint-Cyrien pendant la Campagne de France, il rejoint la Coloniale. Méhariste en Mauritanie, il quitte les sables africains pour les rizières indochinoises, avant de les retrouver en Algérie. Commandant le 2e RP à Madagascar, il termine sa belle carrière avec la Guerre-Froide, chef des 9e BI et 5e DB en Allemagne.

C’est toujours un honneur de rencontrer un grand ancien, et celui-ci s’est révélé particulièrement charmant, du haut de ses 93 vaillants printemps ! Magnifique carrière au service de la France ; magnifique Monsieur.

A noter que Claude est le frère du GAL Guy Le Borgne, autre figure de l'Armée française.

A ce jour, nous n’avons que feuilleté le livre, mais d’ores et déjà une chose est certaine : il est merveilleusement écrit et nous avons devant nous une bien belle et passionnante lecture…

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Il est bien connu que le vieillard, sentant sa mort prochaine, voit le monde courir à sa perte du même pas que lui. Nul n’ajoute foi à ses jérémiades. Il en va toujours ainsi.

Pourtant, le tocsin que branle le vieux pourrait bien être, pour la première et dernière fois, le bon.

Essayons, fût-ce sans espoir, de le faire entendre…

Aux éditions Albin Michel. Disponible chez votre libraire préféré(e), éventuellement sur commande, ou sur tous les sites du Net.

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Enfin une rencontre avec Wladyslaw Sobanski. Déployé en Indochine en 1951, rejoignant le 2e Bataillon Thaï, il est fait prisonnier par le Vietminh quelques jours avant son rapatriement. Interné au camp 113, il y subit pendant 409 jours les affres du funeste Boudarel, professeur à Saigon, communiste ayant rejoint dès 1950 le Viêt-Cong. Wladyslaw n’aura de cesse, dès lors, de faire reconnaître par la Justice française le crime commis, hélas sans réel succès. Il est des prescriptions indignes.

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Dans le camp 113, Boudarel porte une responsabilité énorme dans la mort de mes camarades. Car on peut tuer un homme sans jamais lever la main sur lui. Il leur a porté le coup de grâce en manipulant leur conscience et en leur imposant des comportements, des sentiments, des réflexes pernicieux à un moment où ils étaient affaiblis à l’extrême et, de ce fait, hautement vulnérables. Il les a fait sombrer dans un gouffre psychologique et leur a ôté le goût et la volonté de vivre. Pour ma part, je ne fais plus que 39 kg, contre 90 au moment où j’ai été fait prisonnier.

Aux éditions Amalthée, disponible ici.

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Retrouvailles avec notre cher général Barrera, commandant la glorieuse brigade Serval au Mali, ancien Chef de corps du 16e Bataillon de Chasseurs, and so on. Nous renouvelons ici nos plus vifs remerciements au Général pour son soutien dans un projet qui nous tenait tant à cœur et qui, grâce à lui et quelques autres camarades, a abouti au-delà de nos espérances… (la solution à cette devinette se situe en page de gauche du blog, logo + rubrique « à propos »…).

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La section de Gaulois [92e RI] est alignée sur deux rangs, impeccable, les armes à la main. Ils sont commandés par un adjudant solide qui a encaissé le choc à plusieurs reprises. Le plus petit à droite tient son fusil de tireur d’élite par le canon, la crosse posée au sol. Il est jeune et pourtant il a l'air terriblement décidé. L'amiral [Guillaud, CEMA] lui demande s'il a tiré sur des terroristes avec son fusil ; réponse négative. Cela ne correspond pas à ce que je sais de cette section, à ce que je perçois de ce soldat. Je retourne le voir, seul, pour l'interroger. Non, il n'en a pas arrêté avec son fusil de tireur d'élite, ils étaient trop près et montaient à l’assaut contre son groupe, mais il en a abattu deux avec son pistolet automatique, à quelques mètres. C'était eux ou lui.

Nous avons abordé le *vivement* recommandé « Opération Serval » ici

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Nous venons de parler d’un bon camarade, en voici un autre ! Le colonel Philippe Cholous, gendarme mobile au passé de Marsouin, Afghaner, du beau militaire tout en panache à la Bayard ! Lui aussi contribué à l’aboutissement de notre projet (cf plus haut).

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Pris sous le feu, je ne peux débarquer pendant l’accrochage. Restant inactif à bord de mon Humvee qui est en milieu de rame, les minutes me paraissent interminables. Je sais que le blindage me met à l’abri des armes légères et que la proximité des habitations complique les tirs ennemis. Pour le reste, notamment les roquettes, je me sens vulnérable. Je me sens d’autant plus immobile qu’en tourelle, le servant de la mitrailleuse s’en donne à cœur joie. Les étuis pleuvent dans l’habitacle.

Nous avons abordé son très intéressant « Deux ans dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », ici

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Et nous en profitons pour présenter son dernier essai « De la philosophie essentielle du commandement militaire », couverturé avec du Guesclin. Aux éditions Lavauzelle, disponible ici.

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Un rencontre comme on les aime : le médecin en chef (LCL) Etienne Philippon complète, pour notre plus grand bonheur, la milibibli des Afghaners. Il nous reste à lire « Médecin en Afghanistan » (la pile est épaisse… tant mieux) mais nous allons évidemment apprécier ce journal de marche et nous inclinons respectueusement devant l’engagement et l’abnégation des hommes et des femmes du Service de Santé et des infirmiers régimentaires.

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La vie est belle après la bataille. C’est la joie d’être vivant, de respirer tranquillement. Je constate que, comme parfois ceux qui sortent des hôpitaux, plus on est passé proche de la mort, plus on a le sens de la vie. Drôle d’euphorie. La minute présente, écrasée jusque-là entre le passé lourd de danger et l’avenir redoutable, cesse d’être toute petite. Les minutes semblent remplir tout le temps de leurs plénitudes, comme l’espace de notre popote parait avoir l’immensité du monde.

Aux éditions Lavauzelle, disponible ici

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Avec l'ami Victor Ferreira en promo de son dernier opus "Légionnaire". Son complice Bertrand Constant étant retenu sur un autre salon, nous nous rattrapons avec une photo de la soirée de lancement du livre, à la librairie Fontaine Haussmann. Livre-collection de portraits de Képis blancs, Victor et Bertrand sont on ne peut plus légitimes pour aborder le sujet : le premier, photographe, est un ADC en retraite, passé par les 4e RE, 13e DBLE, 3e REI et 2e REI et le second, auteur des textes, est Saint-Cyrien, ancien lieutenant du 2e REP. Nous reviendrons évidemment sur ce beau livre, mais en attendant, teaser :

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On essaie chacun de notre côté d’honorer au mieux la Légion Etrangère et je dois dire qu’elle nous le rend bien. C’est notre refuge, notre famille toujours présente quand ça ne va pas. Il m’arrive de douter, de ne pas savoir quel chemin prendre et, dans ce cas-là, je m’assois et je regarde longuement mon béret vert. Je ne dirais pas que c’est un miracle mais, étrangement, tout revient dans l’ordre.

Fabien, 25 ans, de France. Photo Victor Ferreira, texte Bertrand Constant

Aux éditions Mareuil, disponible ici.

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Encore un copain : cette fois nous sommes avec le Légionnaire cavalier CES (h) Philippe de Parseval.

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Philippe est l’auteur d’une très belle biographie sur son beau-père le GAL (2s) Paul de Chazelles, exemple typique de ces grands soldats qui méritent tout, sauf l'oubli dans lequel ils sont si injustement plongés...

Ce livre, très joliment écrit, est donc le bienvenu, nous plongeant dans la brillante carrière du général : Saint-Cyr au début des années 30 ; pacification du Maroc avec les légionnaires cavaliers du 1er REC ayant troqué leurs chevaux pour des automitrailleuses ; bataille de France avec le 3e RH, prisonnier et évasion (forcément) rocambolesque d'Allemagne ; Armée d'Afrique, glorieuse campagne d'Italie, débarquement de Provence et libération de la France avec le 8e RCA ; puis c'est l'Indochine où il pousse dehors les Chinois et fait le coup de feu contre le Viêt Minh naissant, avec le 5e RCuir ; retour au Maroc où il retrouve ses chers Légionnaires en prenant le commandement du 2e REC ; guerre froide en Allemagne avec le 2e RSA ; et enfin Algérie, où il aurait pu laisser la vie, étant violemment bastonné et laissé pour mort à Tlemcen...

Indispensable dans toute milibibli Légion, Cavalerie, Grands Anciens...

Aux éditions Dualpha, disponible auprès de l’auteur  : patrianostra2 [at] yahoo.fr

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Avec Mgr Henri, Comte de Paris et Duc de France. Bien que n’ayant pas écrit à ce jour, spécifiquement, sur sa carrière militaire (on le regrette…), Monseigneur a toute sa place au salon des Ecrivains Combattants : vétéran d'Algérie, il sert par la suite au 5e RH et 1er REC. Rappelons aussi que son frère, François d'Orléans, meurt au combat le 11 octobre 1960 à Imzouagh.

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Mais un salon peut en cacher un autre… Quelques jours avant l’après-midi des Ecrivains Combattants, nous étions à Melun pour « la Balade Littéraire et Artistique de l’EOGN ».

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Il s’agit d’un nouveau salon, créé à l’initiative des officiers élèves de la promotion LCL Caron. Saluons la volonté de la jeune génération de mettre en avant les mili-auteurs et espérons que les futures promotions portant TeTRA et taconnets renouvelleront l’expérience.

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Avec les gendarmes afghaners, COL Stéphane Bras et COL Philippe Cholous, auteurs de deux récits qui rappellent le bel engagement des hommes en bleu [portant pour l’occasion le treillis camouflé CE] dans la campagne afghane. Nous avons parlé de celui de Philippe, présent au salon des Ecrivains Combattants, plus haut.

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Quant à « POMLT, Gendarmes en Afghanistan » de Stéphane, nous l’avons abordé ici

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Progressivement, les Afghans nous gratifieront d’accolades et de poignées de mains interminables pour nous témoigner leur sincérité. Ils nous appliqueront en fait leurs us et coutumes et je verrai dans ces effusions et autres démonstrations chaleureuses une forme de respect réciproque (…) Je m’amuserai de cette façon si particulière de saluer en me gardant bien de prévenir mes supérieurs de la forme d’accueil qui leur sera réservée. Car quoi de plus surprenant pour un général ou un colonel de gendarmerie qui rencontre pour la première fois un officier de l’ANP que de se voir embrasser par un grand gaillard barbu !

Aux éditions Anovi, disponible ici.

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Avec Roland Môntins, ancien chef de groupe du GIGN, l’un des héros de la libération des otages de l’Airbus d’Air France à Marignane par le Groupe Islamique Armé en 1994, lors de laquelle il est sérieusement blessé comme neuf de ses camarades. Roland aborde cette action d’éclat, qui reste dans les mémoires, dans « L’Assaut » et, plus généralement, sa brillante carrière dans « GIGN, 40 ans d'actions extraordinaires ».

A ses côtés, le MAJ (er) Jean-Luc Riva et son éditeur Nimrod. Nous avons abordé le livre trépident de Jean-Luc sur une autre prise d'otage, celle de Loyada à Djibouti, ici

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Arlé est le premier à franchir la porte. Il se met immédiatement en appui à gauche, face aux passagers. Il hurle : « Couchez-vous ! Couchez-vous sous les sièges ! » Thierry bondit derrière lui. En trois foulées, il enfile le couloir qui mène au cockpit. Tous les terroristes s’y sont regroupés. Il analyse en une fraction de seconde la situation. Le preneur d’otages le plus proche : embusqué-genou à terre-veste de steward-kalachnikov. Face à lui : front dégarni-chemise blanche-pistolet-mitrailleur. A droite : chemise blanche-lunettes-pistolet automatique. Tous stupéfaits.

« L’Assaut – Le GIGN au cœur de l’action », chez Oh, désormais XO Editions. Disponible ici.

« GIGN – 40 ans d’actions extraordinaires », aux éditions Pygmalion (Flammarion). Disponible ici.

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Chacun des tireurs prononce mentalement le chiffre clé [pour coordonner le timing]. 333. Les réticules sont calés sur les têtes des ravisseurs. 333. La respiration est bloquée et l'index a rattrapé le jeu de détente. 333. L'index écrase sans à-coup la queue de détente. Une seule détonation, un léger nuage de sable qui s'élève et les six balles filent à 840 mètres/seconde vers leurs objectifs.

Aux éditions Nimrod, disponible ici.

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Avec le LCL (er) Roger Drouin, pionnier de l'aviation de la Gendarmerie, auteur d'un brillant historique en 2 tomes, « L'aventure au quotidien ». Voir ici.

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Enfin, une superbe découverte : les photographies de Mika, GIGN. Clichés magnifiques et travail graphique itou. D'ailleurs, nous nous sommes laissés tentés par deux photos... On espère un livre un jour.

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Le cliché de la Russe-blanc

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Celui du Chasseur

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Nous en profitons pour recommander la visite du musée de la Gendarmerie de Melun. Mise en scène des (superbes !) collections moderne et très esthétique, parcours pédagogiques rigolos pour les enfants… Vraiment à faire. Voir ici.

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Et pour conclure, alors que nous sommes auto-portraités devant de beaux dessins de Jean-Louis Martinez  figurant dans le hall du musée, nous vous souhaitons à toutes et tous une belle et heureuse année 2017, en vous remerciant pour votre intérêt, et avec une pensez particulière pour tous nos soldats et leurs proches :

Merci pour votre engagement au service des Français.

Vous pouvez être fiers de vous.

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12/12/2016

« Trahison sanglante en Afghanistan », CNE (r) Audrey Ferraro ; « Afghanistan – Photographe, un métier risqué », CES (er) Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre ; « Dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », COL Philippe Cholous

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation des auteurs ; droits réservés.

 

Moi contre mon frère ; mon frère et moi contre notre cousin ; notre cousin, mon frère et moi contre les autres.

Proverbe afghan

 

En parcourant nos nombreuses recensions sur l’Afghanistan, nous avons noté que les Afghans n’apparaissaient que sous un seul jour : celui de l’ennemi…

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Or il est bien évident qu’il ne faut pas confondre Afghan et Taliban. D’ailleurs, ce « peuple afghan » n’a rien de monolithique, malgré son Islam omnipotent. Mosaïque ethnique, vendetta de tradition, intérêts économiques (opium/aka morphine), attrait de l’Occident vs Charia, etc. Il y eut (il y a), en Afghanistan, des ennemis redoutables comme de fidèles alliés, des amis à la vie à la mort, comme d’ignobles traîtres...

Et pour illustrer ce fait, nous abordons trois livres, au mérite extraordinaire, relevant de l’euphémisme : nous éclairer sur la complexité afghane…

 

« Trahison sanglante en Afghanistan », CNE (r) Audrey Ferraro, CRR-Fr, éd. Publibook

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20 janvier 2012, un soldat de l’Armée nationale afghane ouvre le feu à l’intérieur de la base de Gwan sur ses mentors français, alors en plein footing ; ceux-là même qui ont pour mission de le former et venir en aide à son pays. Cinq d’entre eux perdent la vie, une quinzaine est blessée, tous les membres de l'OMLT K4, issus des 93e  RAM, 4e RCh, 2e  REG et 28e RT sont marqués à jamais. Si chacun garde en mémoire l’embuscade d’Uzbin, reconnaissons que cet ignoble massacre a reçu peu d’écho. Nous ne disserterons pas sur le « pourquoi », mais remercierons la CNE (r) Audrey Ferraro, officier d’information et de communication notamment en Opex, avant de poursuivre son cursus militaire dans la réserve au sein du Corps de Réaction Rapide, d’avoir, par cet essai regroupant les témoignages déchirants des survivants, de l'encadrement médical, de la base-arrière, de proches des victimes, inscrit dans la mémoire éternelle le sacrifice de Ceux de Gwan. Un très beau livre-hommage.  

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Avec la capitaine (r) Audrey Ferraro au Festival International du Livre Militaire de saint-Cyr Coëtquidan 2015

« Trahison sanglante en Afghanistan », aux éditions Publibook, disponible ici

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Le SCH Svilen Simeonov en « mentoring », fin décembre 2011, Gwan

Il neige. Les précipitations s’accentuent jusqu’à avoir un vrai temps d’Alpins. Lorsque je sors du bureau du capitaine, je tombe sur une scène mémorable : des soldats afghans en train de faire une bataille de boules de neige, comme le feraient nos jeunes engagés ou nos écoliers. Quelques centaines de mètres plus loin, un autre groupe est en train de faire un grand bonhomme de neige. Ce jour-là je suis face à une forme d’universalité dans laquelle je me retrouve : quelles que soient nos différences culturelles, nous sommes finalement très proches avec les mêmes espoirs ou les mêmes aspirations.

Témoignage du LCL Hugues C, chef du détachement OMLT K4.

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Puis la terre se soulève. Chacun  reconnait le claquement d’une arme automatique et réalise que nous sommes pris à partie. Le choc de l’impact à la hanche et le réflexe de survie me jettent à terre. Avec un des membres de l’OMLT, nous nous protégeons mutuellement. Je comprends que ne plus bouger peut être synonyme de survie. Un deuxième impact au coude et puis la résignation…

Penser à ma tendre femme et mes chers enfants me sert de réconfort face à la mort qui arrive. Pas de film de la vie qui passe, juste une dernière pensée pour ceux que j’aime.

Témoignage du LCL Hugues C, chef du détachement OMLT K4.

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SCH Svilen Simeonov, 2e REG, BCH Geoffrey Baumela, ADC Denis Estin, ADC Fabien Willm et CNE Christophe Schnetterle, 93e RAM, assassinés à Gwan

Le plus dur, c’est de voir l’envers de la mort, c’est-à-dire l’impact qu’elle a sur nos proches et les familles endeuillées. Etre prêt à accepter de mourir est bien plus simple que d’en connaître les conséquences autour de nous.

Témoignage du président des sous-officiers du 93e RAM.

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« Afghanistan – Photographe, un métier risqué », CES (er) Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre, SIRPA-Terre, éd. Bergame

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13 juillet 2011, Sébastien Vermeille, photographe du SIRPA-Terre, est tué lors d’une attaque suicide d’un taliban alors qu’il couvre une shura. Quatre camarades perdent également la vie, les ADJ Emmanuel Técher et Jean-Marc Gueniat du 17e RGP, le LTN Thomas Gauvin et l’ADJ Laurent Marsol du 1er RCP. Le chef d’escadrons de Clermont-Tonnerre est désigné pour accompagner la famille Vermeille lors des cérémonies officielles, en premier lieu Sandrine, épouse enceinte de Sébastien, et Mathys, leur jeune fils. La vie militaire est ainsi faite que 6 mois plus tard, Hervé rejoint l’Afghanistan, sur les traces de Sébastien, avec pour mission de former des équipes de communication de l’Armée nationale afghane…

Dès 2013 et notre première rencontre avec le commandant au salon du Livre, où il officiait comme organisateur du stand du Ministère de la Défense, nous avions discuté de son manuscrit qu’il cherchait à publier. Nous sommes bien placés pour savoir que la tâche est difficile et nous réjouissons de l’aboutissement du projet. Un récit sans prétention, mais très humain, qui met à l’honneur comme ils le méritent, nos si talentueux photographes et vidéastes militaires.

« Afghanistan – Photographe, un métier risqué », aux éditions Bergame, disponible ici

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Le chef du SIRPAT, l’air grave d’une manière que je ne lui connais pas, me demande de récupérer mon chef de cellule et de venir immédiatement dans son bureau. « Fermez la porte s’il vous plait ». Je sens la mauvaise, la très mauvaise nouvelle. Les mots ont du mal à venir. La tête basse, l’air atteint par une douleur interne. « Bien écoutez. Nous venons de perdre l’un de nos camarades en Afghanistan. Il s’agit du caporal-chef Vermeille, photographe en mission sur la base de Tagab. Cela s’est passé lors d’une attente pour une shura alors qu’il couvrait cette activité sur le terrain. Je n’ai pas le détail pour le moment. Le plus important est de lancer la procédure pour prévenir la famille ».

Pascal et moi sommes passés en quelques secondes dans un autre monde. C’est une impression bizarre. Nous sommes là, dans le silence, sans voix, sans réactions. Une minute, deux minutes…

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Hervé de Clermont-Tonnerre et Mathis Vermeille

Je profite de quelques instants avec Mathis, pour mieux le connaître, être proche de lui. Le plus souvent, je suis en uniforme et cela présente du sens pour lui. « Comme papa », me dit-il souvent.

Paris, juillet 2011

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Le CES de Clermont-Tonnerre à droite, en pleine formation de l’équipe com afghane

[Les deux stagiaires afghans] ont pris en main leurs appareils. Avec de courtes explications théoriques et mises en œuvre pratiques, nous avons débuté le long travail d’apprentissage qui les mènera vers l’obtention de leurs diplômes. C’est important pour eux, car cela leur permettra d’apprendre un nouveau métier éventuellement transposable dans le civil, mais surtout de mettre en exergue les activités de leur bataillon. Ils pourront, grâce à leurs produits vidéo et photo rendre compte, au travers de l’histoire, des actions de leur armée.

 Nijrab, fin 2011

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Je quitte l’Afghanistan, ayant vécu au rythme du Sergent Vermeille, au moins celui de la vie de tous les jours sur la base. Je n’ai pas eu la chance de sortir dans les vallées comme il le faisait si souvent. Mais j’ai côtoyé Jeremy, Mickael et d’autres qui se préparaient ou rentraient de leurs missions. J’ai pu apprécier leur force, leur courage. J’ai pu voir, admirer, leur production photo et audiovisuelle. Ils sont bien les « soldats de l’image ». Ils méritent amplement ce titre, eux qui racontent l’histoire militaire de notre époque, et surtout de leurs camarades.

Nijrab, janvier 2012

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Avec le CES de Clermont-Tonnerre et Sandrine Vermeille.

Nous en profitons pour saluer Sandrine Guillerm-Vermeille, qui a perdu son mari alors qu'elle portait son second fils. Peut-on imaginer plus cruelles circonstances ? Une femme courageuse, aussi charmante qu'admirable.

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Elle est marquée à jamais mais se reconstruit, pour ses fils et pour elle-même. Pour preuve : son projet de participer, avec son amie Céline, veuve en 1ères noces du BCH Fabien Rivère, 515e RT, tué en Côte d’Ivoire en 2003, au rallye Aïcha des Gazelles 2018. Nous vous invitons à visiter le site de leur nouvelle association W.O.L.V.E.S (Widow, Orphan, Life, Voluntary, Energie, Sodarity / Veuve, Orphelin, Vie, Volonté, Energie, Solidarité) ici, rejoindre leur page FaceBook ici, et donner un petit coup de pouce financier

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« Deux ans dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », COL Philippe Cholous, Gendarmerie Mobile

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Récit très original de par son sujet, puisqu'il nous place dans l'intimité du commandant de L’ANCOP  [Police Nationale Afghane d'Ordre Public], dont Philippe a été conseiller permanent de 2013 à 2015 ; et plus généralement dans celle de cette unité largement inspirée de la Gendarmerie Mobile française.

Une vision de l'intérieur donc, qui va cependant au-delà du seul portrait d’un héros national (Zamaraï a été compagnon d’armes de Massoud), ami de la France, puisque Philippe vit parallèlement le retrait des forces occidentales et le passage de relais sécuritaire aux Afghans (non sans difficulté, nous le savons). Témoin d’un épilogue, en quelque sorte.

Son rapport aux Afghans, à l’Islam, aux alliés ; le terrain, les combats [le colonel est présent lors de 4 attaques contre le général], la corruption, la place des femmes…

En outre, il s’agit du deuxième témoignage de gendarme en Afgha, après celui du COL Stéphane Bras (abordé ici) et nous ne devons pas oublier l'engagement des hommes en bleu [portant pour l’occasion le treillis camouflé] dans le conflit.

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Avec notre très bon camarade Philippe Cholous, gendarme mobile au passé de marsouin et fier papa de hussard :)

« Deux ans dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », aux éditions Lavauzelle, disponible ici

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Colonel Cholous en Afghanistan

Les Afghans étaient respectueux et polis, même si le fait que je sois, au contraire de mes prédécesseurs et des militaires de la coalition, dépourvu de conducteur et d’équipe de protection, les a toujours persuadés que je n’étais pas vraiment un colonel. En revanche, me voir aller et venir toujours seul dans Kaboul et sur le terrain leur donna l’image d’un combattant autonome et un peu fou. Cette image leur plut et me servit. L’Afghan se plaît en effet volontiers à cultiver un côté fier, insouciant et bravache. Il y a dans les unités de l’ANCOP un petit côté « bandes de Picardie » et dans l’équipe de protection rapprochée de Zamaraï un petit côté « Cadets de Gascogne ».

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Le général Zamaraï et le colonel Cholous

Le général Zamaraï aime à relater des faits ou à raconter des anecdotes sur le terrain même où elles se sont déroulées. Ainsi, il m’a d’emblée amené à Uzbeen, sur les lieux des combats qui coûtèrent la vie à neuf marsouins et un légionnaire. C’était pour lui une manière pudique de montrer son respect pour le sang versé. Il en avait d’autant plus le respect que c’était là des Occidentaux morts pour l’Afghanistan. Il y a beaucoup de débats en France s’agissant de la question de savoir quel intérêt nous allions défendre là-bas. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que, dans l’esprit de cet Afghan, les Français ont donné leur vie pour l’avenir de son pays.

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Le colonel Cholous en Humvee

Pris sous le feu, je ne peux débarquer pendant l’accrochage. Restant inactif à bord de mon Humvee qui est en milieu de rame, les minutes me paraissent interminables. Je sais que le blindage me met à l’abri des armes légères et que la proximité des habitations complique les tirs ennemis. Pour le reste… notamment les roquettes, je me sens vulnérable. Je me sens d’autant plus immobile qu’en tourelle, le servant de la mitrailleuse s’en donne à cœur joie. Les étuis pleuvent dans l’habitacle.

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Le général Zamaraï et le colonel Cholous, départ pour l’Aïd

Ces deux ans d’Afghanistan m’auront marqué à jamais, notamment les missions en opération de guerre. De ce pays j’emporte des images fabuleuses. Pourtant, je sais qu’il ne me manquera pas. Ma vie est ici, auprès de mes ancêtres et parmi les miens. Certains Afghans, en revanche, me manqueront, au premier rang desquels le général Zamaraï, ce héros authentique, ainsi que les soldats de l’ANCOP dans les mains desquels j’ai si souvent remis ma vie. Leurs visages me reviendront. Du Pouliguen au col de Salang, le vent portera mes pensées vers eux, mes frères d’armes d’un temps.

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Photo Sébastien Joly, auteur du reportage ‘Aito.

Revenons sur notre introduction. Certes l’Afghanistan avait toutes les allures d’un guêpier, mais nous n’entrerons pas dans un débat sur le conflit.

Nous laisserons par contre la parole au SCH Yohan Douady, Marsouin, vétéran d’Afgha, qui y a perdu son camarade Cyril Louaisil, 

avec dans nos pensées Sandrine, Mathis, Maxence, la famille Vermeille, les proches de ceux de Gwan et de tous les morts en Afghanistan,

avec dans nos pensées les blessés et tous les Afghaners,

avec dans nos pensées, également, les Afghans dont le GAL Zamaraï, qui, contrairement aux Talibans, veulent continuer à voir voler dans leur pays les cerfs-volants.

« Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.

Et même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ?

Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant ?»

 

 

 

 

17/11/2016

Salon de l’Ecrivain Soldat, Nice 2016

Photos Natachenka/UPpL’E. Droits réservés

 

 

Tout a commencé par un coup de fil de Jean-Pierre Hutin. Cela fait longtemps que nous échangeons, avec ce formidable léopard de Bigeard, que nous nous régalons de son érudition, comme de ses anecdotes du Sphinx (le bordel d’Alger) (ce n’est qu’un exemple :))…

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« Eh bien voilà, j’ai dans l’idée de monter un salon milittéraire à Nice. Qu’en pensez-vous ? ». Mais que du bien ! Nous avons donc sonné du cor pour rameuter les troupes, faisant profiter Jean-Pierre et son ami (et le nôtre désormais) Philippe de Parseval, co-organisateur, de notre réseau. Ils n’ont pas ménagé leurs efforts de leur côté. Résultat ? Une vingtaine d’auteurs, belle brochette de camarades, réunis à l’hôtel Splendid le 8 octobre dernier, avec le soutien, excusez du peu, des antennes niçoises de l’Union nationale des Combattants, Amicale des anciens de la Légion étrangère, Union nationale des Parachutistes, Cercle algérianiste et du Cercle littéraire Pages du sud. Alors évidemment, il y eu quelques défections du fait d’ennuis de santé ou obligations de dernière minute, mais ce salon de l’Ecrivain soldat s’impose déjà comme incontournable, aux côtés du Festival International du Livre Militaire de Coët, du salon des Ecrivains Combattants de Paris et du stand du Ministère de la Défense au salon du Livre.

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Retour sur ce beau moment : 

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Avec Jean-Pierre Hutin, Léopard de Bigeard, 1CL du 3e RPC, auteur du fracassant « Les enfants de Sidi-Ferruch » dans lequel il relate, dans un style célinien ébouriffant, sa guerre d’Algérie.

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Le barbare est de retour, les barbares sont là. Bientôt leur grande ombre camouflée planera sur la ville. Le haut état-major allait encore grincer des dents (…) A part mourir, pas de tradition, ces gens-là, provocateurs en plus. Saluent aucun gradé. Moi, Commandant Alex Dupont, moi qui ai 18 ans de carrière, moi quatre année prisonnier des boches, huit ans d’état-major en Indochine, six ans de cirrhose à Madagascar, j’ai vu de mes yeux, pas plus tard qu’hier, deux Léopards saluer un Caporal-Chef de la Légion, vous vous rendez compte, un Caporal-Chef.

Tout ça sous prétexte qu’ils mouraient ensemble, au loin, là-bas.

Nous avons abordé le livre ici

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Avec notre très cher padre Richard Kalka, actuellement aumônier de l’EM 11e BP et du 1er RCP, auteur de « Dieu désarmé », magnifique autobiographie à l’image du bonhomme (au sens littéral du terme), para qui a tout vu et tout vécu, du Tchad à l’Afgha en passant par le Rwanda et la Bosnie.

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Ils ne sont pas morts pour des idées. Oh, non. Même pas pour celles qui sont (…) dans les beaux discours des grands de ce monde. Non, ils sont morts pour leurs amis, leurs parents, leurs camarades. Pour toi, Lydie. Pour ceux qui, à côté d’eux, portaient le même sac et le même gilet pare-balles, qui suaient de la même façon, qui transpiraient les mêmes grosses gouttes de joie ou de colère, qui se dépassaient comme eux-mêmes se dépassaient, chaque jour un peu plus, quel que soit leur grade.


Ils sont morts pour ceux qui se demandaient, tout comme eux, ce qu’ils foutaient ici, dans ces belles montagnes et ces magnifiques vallées, qui puent la mort (…) derrière le sourire de certains qui affichent la politesse du félon.
Bien sûr, on prononcera leur éloge, on leur clamera des sermons et des panégyriques. On s’efforcera de noyer leur mort et la souffrance de leurs proches dans de belles paroles.


Mais eux, héros, la face à même le sol, ou dans le grand bleu du Ciel, ils prieront, toute une éternité, de cette prière sublime parce que céleste, quelles que soient leurs croyances et quelles que soient leurs convictions.

Livre abordé ici.


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Avec le COL Raphaël Bernard. Nous n’avons pas encore abordé « De sueur et de sable » sur le blog mais avons lu avec beaucoup de plaisir ce journal de marche du Colonel, à la tête d'un convoi composé de Tchadiens, Népalais et Ivoiriens, retraçant une épopée de 14 jours/1200 km dans le nord Mali. Premier témoignage sur Barkhane, il évoque tant le « salaire de la peur » que la glorieuse Saharienne, tout en laissant place à de belles et profondes réflexions sur la vie, l’armée, la famille, les hommes… le désert s’y prête.

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J’aime comprendre ce que chaque homme a en lui et ce qui le fait avancer : le pognon, l’aventure, l’idéal, l’égo, la vocation, la volonté de démontrer à son père ou ses proches qu’il est quelqu’un, qu’il est capable, qu’il est un homme… Suis-je anthropophile ou sociologue ? Je crois que c’est surtout ma façon, d’une part de respecter et de considérer mes garçons et d’autre part un biais pour les motiver et répondre à leurs attentes (…) Je suis convaincu que chaque soldat a des qualités en lui, même s’il est sans diplôme, même s’il a fui une école où il a additionné les échecs. Il s’agit, pour nous, de le remettre dans la spirale de la réussite, de valoriser ce qu’il sait faire et ce qu’il réussit en apprenant différemment que sur une chaise scolaire. L’Institution militaire est, pour la grande majorité des dix mille jeunes qui chaque année la rejoignent, une école de la seconde chance et une vraie école de la vie.


Nos impressions post-lecture ici


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Encore un camarade : le COL (er) Thierry Jouan, auteur « d’Une vie dans l’ombre », rare témoignage sur la DGSE, mais aussi sur les difficultés de la vie lorsque l’on a été confronté à des évènements hors du commun (Thierry, ancien Chasseur-para, était notamment présent à Kigali, sous couvert d’action humanitaire, lors du génocide rwandais).

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J’ai vécu des choses plus ou moins plaisantes, plus ou moins horribles. J’ai certainement fait des erreurs. Un psychologue vous dira qu’il faut toujours prendre le temps de les analyser, afin de rebondir et d’aller plus en avant. Certes. Mais ce qu’oublient trop souvent nos amis psychologues c’est que, peut-être, nous n’avons plus réellement envie de rebondir et plus envie d’aller plus en avant. Ce n’est pas de la résignation mais plutôt de l’abnégation. J’ai désormais simplement envie de jouir du présent, de vivre avec mon temps, avec mes enfants. Essayer de rattraper psychologiquement le retard. C’est tout.


Nous avons abordé son livre ici


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Le très sympathique CES (h) Philippe de Parseval, co-organisateur du salon, Légionnaire-cavalier comme son beau-père le Général de Chazelles, auquel Philippe a consacré une brillante biographie : « Le Général oublié ». Paul de Chazelles, Saint-Cyr au début des années 30 ; pacification du Maroc avec les légionnaires cavaliers du 1er REC ayant troqué leurs chevaux pour des automitrailleuses ; bataille de France avec le 3e RH, prisonnier et évasion (forcément) rocambolesque d'Allemagne ; Armée d'Afrique, glorieuse campagne d'Italie, débarquement de Provence et libération de la France avec le 8e RCA ; puis c'est l'Indochine où il pousse dehors les Chinois et fait le coup de feu avec le Viêt Minh naissant, avec le 5e RCuir ; retour au Maroc où il retrouve ses chers Légionnaires en prenant le commandement du 2e REC ; guerre froide en Allemagne avec le 2e RSA ; et enfin Algérie, où il aurait pu laisser la vie, étant violemment bastonné et laissé pour mort à Tlemcen... exemple typique de ces grands soldats qui méritent tout, sauf l'oubli dans lequel ils sont si injustement plongés...

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1939. Paul avait une alternative : soit rester le cul sur la selle, en attendant l’ennemi soit demander son affectation dans un groupe de reconnaissance, évitant ainsi de taper le carton dans les casemates ou dans les bivouacs, en attendant que l’allemand veuille bien se manifester. Il opte pour l’aventure, pour le mouvement. Il a raison : l’attente durera plus de huit mois ! Les joueurs de belote auront de l’entraînement pour affronter les quatre années de captivité.


Nous avons donné notre impression post-lecture ici


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Avec Jean-Louis Martinez, frère Chasseur à pied, poète et dessinateur. Après bien des échanges internet et conversations téléphoniques, c’était notre première rencontre et, il nous semble, le premier salon de Jean-Louis. Un homme absolument charmant, au talent indéniable, qui a fait l’unanimité !

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Oui je le resterai, je soutiens et soutiendrai
mes camarades si malmenés.
Je le resterai, afin qu’ils restent ancrés dans le cœur des Français.
Je le resterai, pour que leurs proches soient à tout moment protégés.
Pour les protéger d’un monde individualiste exacerbé.
Qui ne se réveille que quand la mort
Vient à sa porte
Le déranger.

Nous avons présenté ses deux premiers livres, « Soldat protecteur de notre liberté » et « Des mots pour des maux », dans des rubriques milibiblis, ici et

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Avec Philippe Boisseau. Une belle rencontre : sergent appelé du 3e RPIMa en Algérie, Philippe a participé aux combats de Bizerte en juillet 1961, opération tombée quelque peu, et injustement, dans l’oubli pour le plus grand nombre. Il la raconte dans « Les loups sont entrés dans Bizerte ».

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Quand je ne trouvais pas le sommeil, j'ai souvent pensé à vous, soldats tunisiens ou jeunes militants destouriens en bleus de chauffe, couchés en grappes dans les rues de Bizerte plombées de soleil, baignant par centaines dans votre sang qui coulait sur l'asphalte. Nous aurions pu être à votre place si la balance n'avait penché en notre faveur, pour quelques avions rapides et une poignée de chars vétustes, mais surtout cette gigantesque réserve de hargne qui nous habitait à cause de nos terribles histoires personnelles et de la dureté des djebels à laquelle nous étions faits et qui nous rendait impitoyables et invulnérables. Peut-être n'aviez-vous pas assez souffert pour pouvoir nous affronter.


Le livre est épuisé et l’éditeur France-Empire a disparu, à dénicher (avec de la chance…) d’occasion ; par exemple ici.


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Clin d’œil à deux auteurs, Pierre Couesnon et Gaston-Jean Gautier qui abordent un sujet, certes en dehors de notre scope du récit de soldat mais très sympathique, la Poste aux armées, avec deux historiques : « Le service postal dans les armées » et « Le facteur s’en va-t-en-guerre ».
Quel soldat n’attend pas avec impatience et espoir, encore aujourd’hui, le vaguemestre et sa lettre ou son paquet rayon-de-soleil ?
Pour vous procurer ces livres, nous vous invitons à vous rapprocher de l’amicale de la Poste aux armées ici.


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De gauche à droite : Jean-Pierre Hutin, Jacques Peyrat, Mme Michèle Soler, présidente du cercle algérianiste de Nice et Philippe de Parseval


Parmi les autres auteurs présents, dont les livres n’entrent pas non plus dans notre « scope », mais qui n’en sont pas moins dignes d’intérêt : Jacques Peyrat, ancien sénateur-maire de Nice, Légionnaire, et son autobiographie « Les joutes de l’arène », Gérard Bardy avec plusieurs historiques dont une biographie sur Susan Travers, seule femme légionnaire, ou encore Robert Saucourt et sa biographie sur LCL Georges Masselot.


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Page FaceBook du salon ici

Clins d’œil à la relève : Bryan Masson et Lélian Daudet.

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Nous avons passé, comme vous pouvez l’imaginer, un merveilleux week-end parmi nos camarades. Alors, imitez-nous, allez à la rencontre des écrivains combattants, des soldats en général, des jeunes comme des anciens. Vous ferez des rencontres formidables. Ne soyez pas timides, ils n’attendent qu’un petit peu d’intérêt de votre part.


Mais ce séjour à Nice, ce furent aussi des flâneries sur la Promenade des Anglais...

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Flammes vacillantes des bougies, galets polis par le flot des larmes, nounours pour les nouveaux anges de la baie…


Combien de Nice meurtris, de Paris meurtris, connaîtrions-nous aujourd’hui sans le courage et l’abnégation de nos soldats, de nos forces de l’ordre, qui se battent pour nous, ici et ailleurs ?


Hommage à eux.


Une nation perd sa liberté le jour où elle n’a plus en son sein des hommes prêts à se sacrifier pour la liberté.

Hélie de Saint-Marc

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19/10/2016

« Les enfants de Loyada », MAJ (er) Jean-Luc Riva, éd Nimrod

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditions Nimrod. Droits réservés.

 

 

Ils ne savaient pas que c’était impossible ; alors ils l’ont fait.

Marc Twain

 

L'histoire militaire est faite de drames et de grandeur. Mais la mémoire est courte, voire sélective quand la politique s'en mêle. De ce fait, certaines actions, quand bien même menées héroïquement, restent dans les limbes, aussi cruel cela soit-il pour leurs "acteurs", les victimes, les combattants. Un exemple parmi d'autres : qui a entendu parler de Loyada ?
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Rappelons le contexte : Il y a quarante ans, alors que Djibouti, alias Territoire français des Afars et des Issas, est promis à l'indépendance, un commando du FLCS prend en otage trente-et-un enfants de militaires français dans un car scolaire, conduit par un appelé du contingent de 19 ans, Jean-Michel Dupont. Alertés, les Gendarmes du poste de Loyada bloquent le véhicule. D’un côté de la frontière, les troupes somaliennes se déploient. Du côté français, la 2e Cie du 2e REP et les AML de la 13e DBLE prennent position, rejoints par des tireurs d’élite du GIGN, nouvellement créé par Prouteau. Le chef de la gendarmerie locale, Jean-Noël Mermet, le Haut-commissaire adjoint, Jean Froment, le consul somalien (au jeu trouble), tentent de négocier avec les terroristes. Afin de calmer les enfants, une assistante sociale, Jehanne Bru, se porte volontaire pour rejoindre le car…


Il n’est pas simple d’aborder sous forme de recension un tel livre : il se lit d’une traite. On ne peut que féliciter Jean-Luc Riva, sur le fond - remettre à l’honneur cette opération quasi oubliée, pourtant fondatrice du GIGN et ajoutant à la gloire du REP ; et sur la forme : vous ne faites pas que lire, vous vivez l’instant dans toute sa dramaturgie.


Quatre hommes attendent et observent. L'un d'eux vient de s'avancer jusqu'à la lisière. Toute son attention se porte sur le ramassage scolaire qui s'effectue sous ses yeux. A ses pieds, dissimulés dans un sac de toile de jute, une arme, quelques chargeurs et des grenades. Son regard ne quitte pas le gros car vert, celui auprès duquel le chef de bord s'agite pour faire monter les enfants les plus jeunes. Ils sont encore quatre ou cinq à attendre de monter, c'est le moment ! Un signe et les quatre hommes sortent leurs armes des sacs et se mettent à courir vers le car de Jean-Michel Dupont.

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Jean-Michel se lève de son siège et regarde les enfants. Ils sont dans un nuage. Tous ces bambins ont l'impression d'être dans un western et aucun d'eux ne semble avoir pris conscience du danger qui les menace. Les larmes et les cris de tout à l'heure ont cessé. Pour passer le temps, ils mangent les quelques gâteaux et bonbons que leurs mères ont mis dans les cartables tout en regardant les hommes qui, à l'extérieur, leur font des signes d’encouragement. Comment ces enfants pourraient-ils se douter que c'est de leurs vies qu'il s'agit ?

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Le haut-commissaire adjoint Jean Froment en discussion avec le consul de Somalie, à proximité du car

La pagaille règne dans le bus. Jean-Michel Dupont a quitté son siège de chauffeur pour essayer de faire régner un peu d'ordre et calmer les gosses. Mais les enfants trépignent, s'agitent et demandent à descendre pour satisfaire leurs besoins naturels. Cela ne va pas pouvoir durer bien longtemps, pense Froment. Inquiet, il rejoint Mermet. Le gendarme l'interpelle : "Monsieur le haut-commissaire, il faut faire venir quelqu'un, une infirmière ou une maîtresse d'école, mais il faut calmer les enfants.
Jean Froment acquiesce d'un clignement de paupières sous son chapeau de paille. Son attention est surtout attirée par l'attitude du consul, qui a gagné le poste-frontière somalien à pied. Il le voit discuter avec les gardes somaliens en faisant de grands gestes. A quel jeu joue-t-il ?

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Ne montre pas ta peur se dit Jehanne Bru. En la voyant grimper dans le bus, le chauffeur Jean-Michel ressent un immense soulagement. Je ne suis plus seul ! Il a fait de son mieux pour distraire les enfants et les calmer lorsqu'ils s'agitaient, mais la crainte que l'un d'entre eux essaie de s'échapper ou craque nerveusement lui hante l'esprit en permanence. Les ravisseurs auraient-ils tiré ?

(…)

La petite Nadine Durand, qui souffre d'une rage de dents tenace, le rejoint pour se blottir sur ses genoux. Il lui fait prendre un peu d'aspirine afin de calmer sa douleur. Dès que celle-ci s'estompe, la petite fille adresse un beau sourire à Jean-Michel. D'ailleurs elle n'est pas la seule à venir parler avec lui. Peu à peu, il est devenu le héros des enfants, celui qui veille sur eux depuis le matin. Pourtant, certaines de leurs paroles naïves lui font froid dans le dos. "Dis; quand est-ce qu'ils vont te tuer, les méchants ? Eux, ils ne tuent pas les enfants ; mais toi, si, ils vont te tuer."

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Appuyé contre un palmier, Jean-Michel réfléchit une dernière fois à la trajectoire qu'il doit prendre, fait un pas puis fléchit sur ses jambes comme un sprinter au moment du départ. Il respire longuement et jette un ultime coup d’œil au bus. Il n'ira pas plus loin, son évasion s'arrête là. Il les a vus ! La silhouette de l'assistante sociale qui se penche sur les quelques têtes qui émergent à peine du bas des vitres du car, les mots terribles des gamins, leurs regards admiratifs aussi. "Tu es notre Superman !" lui ont-ils dit ce soir. Je dois pouvoir les aider, se dit-il en rejoignant finalement le car.

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Omar fait quelques pas en direction du car. Il regarde en direction du nord, là où les Français attendent, tapis dans la palmeraie. Il esquisse un sourire en pensant que jamais ils n'oseront attaquer. Ils ont bien trop peur qu'il n'arrive malheur à leurs chers petits ! Et puis il faut venir jusqu'ici dans le no man's land en traversant un glacis désertique de plus de 200 mètres. Ce serait un massacre.

(…)

Il fait maintenant 35°. Tout est moite et la sueur ruisselle sur leurs fronts ; les gouttes suivent un trajet vertical qui les amène sur les paupières qu'ils ont rivées à leur lunette. Dès que l'œil se décolle du caoutchouc, les petites gouttes de transpiration en profitent pour descendre encore. Alors, d'un revers de la main, les hommes les essuient jusqu'à la prochaine fois. Avec le soleil qui tape de plus en plus, le grossissement de la lunette allié à la chaleur provoque un effet de mirage qui fait danser le paysage devant leurs yeux. Et le sable ? Il s'infiltre au moindre mouvement ! Et il rentre partout, même dans les parties les plus intimes. Il leur faut une concentration à toute épreuve pour résister à la tentation de se gratter les burnes en permanence.

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Chacun des tireurs prononce mentalement le chiffre clé [pour coordonner le timing]. 333. Les réticules sont calés sur les têtes des ravisseurs. 333. La respiration est bloquée et l'index a rattrapé le jeu de détente. 333. L'index écrase sans à-coup la queue de détente. Une seule détonation, un léger nuage de sable qui s'élève et les six balles filent à 840 mètres/seconde vers leurs objectifs.

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C'est le signal de l'assaut. Les Légionnaires du 2e REP avec à leur tête le CNE Soubirou, le chef commande de l'avant, et les automitrailleuses AML de la 13e DBLE chargent. Deux cents mètres à parcourir sous le feu des soldats somaliens qui arrosent, tant les soldats français que le car.

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Ils y sont presque, les hommes du REP. Les bruits des balles et des moteurs d'AML ne parviennent pas à couvrir un son autrement plus dramatique qui enfle à mesure que les légionnaires avancent vers le car. Ce bruit, c'est celui des hurlements des enfants qui sont pétrifiés de peur. Jehanne Bru est au sol et le chauffeur Jean-Michel Dupont est recroquevillé sur sa banquette avec, autour d'eux, les gamins allongés qui se tiennent par les épaules comme pour se donner mutuellement du courage.

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A l'horreur va s'ajouter la cruauté. Idriss frappe [David] de toutes ses forces. Pas de la main, non ! Un grand coup de crosse circulaire, un coup monstrueux en plein visage. La puissance du coup est telle que la tête du petit David Brisson manque d'éclater. La joue de l'enfant est lacérée sur plusieurs centimètres tandis que la rétine de l'un de ses yeux se décolle sous le choc. Idriss n'en a cure. Il ramasse l'enfant pantelant et couvert de sang en l'attrapant par le col de sa chemise et le plaque devant lui, comme un bouclier. Vite ! se dit le caporal Larking, qui vient de monter dans le bus…


***


IMG_0013.jpgEn 1968, Jean-Luc devance l'appel pour rejoindre le 13e RDP le jour de ses 18 ans. Il suit une formation d'opérateur-radio puis est affecté en équipe de recherche. Il signe son engagement dans le régiment à l'issue de son service militaire. Sergent en 1970, il demeure en équipe de recherche jusqu'à son départ à l'état-major de Berlin en 1978. En 1981, il est affecté comme instructeur à l'ESM de Saint Cyr-Coëtquidan où il croise de futurs grands noms comme Denis Favier, futur patron du GIGN et DGGN, ou le futur Général Barrera avec lequel il rédige un document sur les Balkans (5 ans avant le début du conflit…). Après avoir réussi le concours des majors, il rejoint l’École Interarmées du Renseignement en qualité d'instructeur des futurs attachés de Défense affectés dans les pays de l'Est. Il effectuera jusqu'en 1994 de nombreuses missions à l'étranger dans le cadre de la mise à jour de la documentation relative à l'identification des matériels, en particulier en ex-Yougoslavie (92-93). Il quitte le ministère de la Défense en 1994 pour réintégrer la vie civile.

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Avec Jean-Luc Riva (au centre) et l’éditeur Nimrod (à gauche), au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan 2016.
Vue la qualité de ce premier livre-témoignage, nous ne pouvons qu’inciter Jean-Luc à s’intéresser à d’autres opérations…
Et nous remercions à nouveau l’éditeur Nimrod pour son exemplaire collector, dédicacé par l’auteur et le CDT Prouteau.

Page FaceBook de l'auteur ici.


***

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« Les enfants de Loyada - La prise d'otages de Loyada et l'indépendance de Djibouti » par Jean-Luc Riva, préfaces du GAL André Soubirou et du CDT Christian Prouteau.


ISBN 978-2915243666 – Prix 21 € - Format 15x23, 288 pages, cahier-photo.

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Aux éditions Nimrod


Disponible ici
***


Vidéo J.T. TF1 1976

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David Brisson


In memoriam


Nadine Durand, 8 ans, tuée par un terroriste,


Valérie Geissbuhler, 8 ans, décédée des suites de ses blessures,


Valérie, 8 ans, Marie-Laure, 8 ans, Josiane, 6 ans, Marie-Line, 7 ans, blessées par les terroristes et les soldats somaliens,


David Brisson, 5 ans, sauvagement frappé au visage par un terroriste et utilisé comme bouclier humain.


David, lui, ne s'en remettra jamais. Il ne bénéficiera d'aucun suivi psychologique - cela n'existait pratiquement pas à cette époque - et il devra vivre avec des blessures qui laisseront des traces indélébiles sur son visage comme dans son esprit. Sa mémoire gardera le souvenir du fracas de Loyada comme celui du bruit des vitres brisées par les balles, à tel point qu'un jour la projection d'un gravillon dans le pare-brise de la voiture le transportant provoquera en lui une crise de panique. Arrivé au bout du chemin, David choisira de quitter volontairement ce monde au mois de mai 2014.


Franck Rutkowski, 7 ans, pris en otage par le FLCS en Somalie,


A tous les enfants de Loyada.

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CNE Soubirou – LTN Prouteau


Hommage


Au LTN Doucet, blessé lors de l’assaut ; à ses camarades de la 2e Cie du 2e REP,


Aux tireurs d’élite du GIGN,


A tous ceux qui ont participé l’opération.

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Le chauffeur Jean-Michel Dupont, appelé du contingent, ayant la possibilité de s’échapper, est finalement retourné dans le car pour ne pas abandonner les enfants – Le gendarme Jean-Noël Mermet a tout tenté pour une issue pacifique.

Hommage à tous Ceux de Loyada


Et il y a les obscurs, ceux dont aucun livre ni journal n'a retenu les noms : Le Gendarme Jean-Noël Mermet, en poste à Loyada, le Haut-commissaire adjoint Jean Froment, Jean-Michel Dupont le chauffeur appelé et Jehanne Bru l'assistante sociale.
Peut-être parce que le héros doit toujours être un guerrier et que la guerre n'était pas leur métier. Mais sans eux, les guerriers n'auraient pas été les héros de Loyada. En gagnant du temps et en maîtrisant le comportement des enfants, ils ont permis à l'action de libération des otages de se dérouler dans les meilleures conditions. C'est grâce à eux que les gendarmes du GIGN et les légionnaires du REP ont pu réussir cette action désespérée.

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[Edit 1.11.2016] Sympathique petit mot de Jean-Noël Mermet, reçu après publication de cette chronique.

***

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Djibouti, Légionnaires de la 2e Cie du 2e REP, avec une mitrailleuse prise aux soldats somaliens

 

- Qu'est-ce que tu fais avec [les terroristes], Hassan ?
- Je me bats pour l'indépendance.
- En prenant des gosses en otages ? Cela va finir comment, Hassan ?
Un rire sardonique lui répond.
- Comment veux-tu que cela finisse ? La France cède toujours.

 

Discussion entre le gendarme Mermet et Hassan Elmi Gueldon, son ex-collègue passé à la rébellion

 

 

 

 

20/09/2016

« Opération Serval - Notes de guerre, Mali 2013 », GAL Bernard Barrera, éd. du Seuil

Extraits publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur, photos ECPAD – Droits réservés

 

« Veni, vidi, vici »

Jules César après sa victoire à la bataille de Zéla

 

Etre associé à Jules César, voici qui va faire sourire (voire bleu-ceriser ?) l'aussi modeste que sympathique général Bernard Barrera…

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Et pourtant, lorsque nous avons cherché notre habituelle citation d’introduction, celle-ci s’est imposée d’elle-même.

Evidemment, elle ne s'applique pas spécifiquement au général commandant la brigade Serval, mais bien à tous les hommes et femmes qui l'ont composée, auxquels il convient d'associer les forces de soutien et les alliés Tchadiens et Maliens. Qui aurait imaginé, début 2013, une telle charge dans le désert ? Un parachutage sur Tombouctou ? Des djihadistes extirpés à la fourchette à escargot de l'Adrar des Ifoghas ? Et pour finir une si implacable victoire française sur les nouveaux barbares ?

Hommage à tous Ceux du Mali. Vous êtes venus. Vous avez vu. Vous avez vaincu. Vous avez écrit l'une des pages les plus glorieuses de l'histoire de France et qui plus est, pour une cause des plus nobles.

Quant à vous lecteurs, revivez l'opération avec le même plaisir que fût le nôtre grâce à ce récit particulièrement bien écrit, très "terrain", sans veine prétention, passionnant de bout en bout.

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Il est 17 heures, il fait froid. J'ai passé l'après-midi dans le petit camp d'instruction à voir les ateliers, à discuter avec les formateurs qui apprennent consciencieusement les actes réflexes du combattant (…) Un petit soldat trapu s'approche de moi. Il me pose la question à laquelle tout le monde pense : « Mon général, l’Afghanistan se termine. Est-ce qu'on n'arrive pas trop tard ? » Autour de moi, tout le monde se tait (…) Ils sont quarante à me regarder. Un général a forcément la réponse. Ne jamais mentir, la confiance est un fusil à un coup et seul le langage de vérité permet de commander sereinement, de rester crédible aussi. « Je n'en sais rien. Mais ce dont je suis sûr, c'est que ce monde est de plus en plus dangereux et instable, que la France aura toujours besoin de ses soldats pour la défendre et que, en cas d'alerte, il faudra être prêts immédiatement. (…) Apprenez votre métier, nous ne savons pas de quoi sera fait l'avenir ».

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La charge

Tout se met vite en place. Les hélicoptères survolent en rase-mottes les bras du fleuve Niger, les marécages, les troupeaux. Les Maliens nous saluent, les bergers, les enfants. Ils nous voient foncer vers les nord, vers Tombouctou. Pour eux, nous sommes la liberté, la fin d'une oppression par la terreur.

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GAL Barrera entre Gao et Ménaka

Mes hommes sont accablés par la chaleur, le poids de leur équipement, stoppés à l'ouest par les mines ; les djihadistes sont pilonnés, mais cela fait dix ans qu’ils tiennent cette vallée interdite. Les abris sont cachés, creusés et masqués par des bâches, recouvertes de sable. A l'exception de quelques équipes très mobiles, l'ennemi est invisible. Nous arrivons sur le dur. Le fracas des obus, des bombes d'avions et des roquettes de Tigre les font douter. Le risque d'être pris à revers accentue son sentiment de vulnérabilité. Jamais ils n'auraient imaginé qu'une armée occidentale accepte de s'engager dans ce dédale de rochers, si favorable au combat défensif.

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Hommage au CPL Cédric Charenton, 1er RCP. Son cercueil est salué par le général Barrera à Tessalit. Photo Noël Quidu

La brigade vient de perdre son premier soldat au feu. Il ne sera pas le dernier. Après les premières pertes, la psychologie d'une troupe n'est plus la même en opération. Elle correspond à une prise de conscience collective de la mort, le moment où chacun prend conscience « réellement » qu'il peut être touché, l'instant ou la mort a un visage, celui d'un camarade. C'est aussi le moment ou la peur, le ressentiment et la haine peuvent s'emparer d'une troupe mal commandée. Nos unités encaisseront les pertes sans céder à la lâcheté d'une violence disproportionnée, mais, ce soir, nous pensons tous à la famille du sergent-chef Vormezeele.

(…)

J'ai rejoint l'équipage. Le mécanicien m'a ouvert la rampe arrière avant de s'esquiver. Il fait nuit, mais l'intérieur de l'avion est éclairé. Le cercueil vert est sanglé au centre de la soute. Je vais rester quelques instants face à lui, mesurant pleinement le poids des responsabilités, le caractère unique du métier de soldat, tuer et être tué, autant de raisons d'être précautionneux avant d’engager ses hommes au combat. Au nom de la brigade et de ces milliers d'hommes qui pensent à lui en silence, je salue mon sous-officier avant son dernier voyage.

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Soldats tchadiens au Nord-Mali

Les nouvelles ne sont pas bonnes. Courageux et offensifs, nos Tchadiens ont attaqué l'entrée de la vallée. Leurs pickups et blindés ont foncé vers les positions ennemies, sirènes hurlantes, en mitraillant les résistances décelées, suivant une technique de rezzou. De violents combats, des assauts répétés menés par les officiers, en premier lieu Mahamat Déby, fils du président, ont permis d'enfoncer les premières lignes. Les défenseurs ont préféré se faire exploser plutôt que d'être faits prisonniers, certains feignant de se rendre, emportant dans la mort les fantassins de tête. Le soir, force est de constater que l'entrée de la vallée tient toujours.

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Au centre GAL Barrera, à droite son assistant militaire CBA Rémi Scarpa. Photo Noël Quidu

Je m'arrête au pied de la tour, assis avec une bouteille d'eau face aux hélicoptères posés à quelques mètres. A mes côtés, Rémi ne dit rien. Ma décision est prise. Il faut assumer ses responsabilités jusqu'à l'adrar, ne pas se contenter de rester à Gao en laissant les paras seuls face à un ennemi décidé et enterré. Ce sera la victoire de tous ou ma défaite.

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Adrar des Ifoghas

Le Tigre décolle et fonce vers le sud, obus et roquettes chargées en position. Les djihadistes tiennent leurs positions et se dévoilent simultanément à 10 et 300 mètres, sur deux lignes de défense Les compagnies et les sections avancent entre les rochers. [Le colonel] Desmeulles et ses capitaines sont à la manœuvre, employant au mieux leurs appuis pour faire baisser la tête des défenseurs et avancer leurs Légionnaires et leurs Rapaces. En gilets pare-balles et casques, ils escaladent les rochers et fouillent les grottes. A la grenade, ils neutralisent les nids de mitrailleuses. « Nous sommes les hommes des troupes d'assaut, soldats de la vieille Légion », ainsi commence le chant du REP. Si lui n'y arrive pas, personne ne le pourra.

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La section de Gaulois est alignée sur deux rangs, impeccable, les armes à la main. Ils sont commandés par un adjudant solide qui a encaissé le choc à plusieurs reprises. Le plus petit à droite tient son fusil de tireur d’élite par le canon, la crosse posée au sol. Il est jeune et pourtant il a l'air terriblement décidé. L'amiral [Guillaud, CEMA] lui demande s'il a tiré sur des terroristes avec son fusil ; réponse négative. Cela ne correspond pas à ce que je sais de cette section, à ce que je perçois de ce soldat. Je retourne le voir, seul, pour l'interroger. Non, il n'en a pas arrêté avec son fusil de tireur d'élite, ils étaient trop près et montaient à l’assaut contre son groupe, mais il en a abattu deux avec son pistolet automatique, à quelques mètres. C'était eux ou lui.

Ce fantassin m'a répondu simplement, respectueusement, les yeux dans les yeux. C'est grâce à des hommes comme lui que notre armée s'est couverte de gloire sous les ordres de l'Empereur, qu'elle a tenu sur la Marne et fait face à Verdun. Ce soldat symbolisait ce matin-là l'infanterie éternelle, celle de nos victoires et de nos peines.

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En quittant la ruelle de Gao, sous les rires des enfants et des vendeuses, je réalise une fois encore que cette opération n'est pas comme les autres. Depuis janvier, j'ai conduit la libération des villes, des régions, la destruction des katibas (…) En voyant cette population reconnaissante et insouciante, je prends un bol d'oxygène, percevant la joie de la liberté, l'équilibre retrouvé des familles, la protection des soldats. La raison d'être d'une armée en campagne.

 

***

general-bernard-barera-a-tessalit.jpgSaint-Cyrien de la promotion « Général de Monsabert », Bernard Barrera opte pour l’Infanterie, rejoignant le 2e Groupe de Chasseurs puis le 92e RI. En 2004, il retrouve ses Diables bleus en prenant le commandement du 16e BC. Vétéran de Bosnie, du Kosovo, du Tchad et de Côte d’Ivoire, il est nommé à la tête de la 3e Brigade mécanisée en 2011. En 2013, il conduit sa brigade Serval à la victoire sur les djihadistes sahéliens. A son retour, il s’oriente vers la communication comme directeur-adjoint de la DICOD et est désormais sous-chef Plans programmes de l’Armée de Terre. Promu général de division en 2014, Bernard Barrera est marié et père de 4 enfants.

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Lessive à Gao. Photo Noël Quidu

J'ai toujours l'impression d'être lieutenant, mais je vieillis, je mûris et le regard des autres devient de plus en plus respectueux, donc lointain. Il faut l'accepter, mais ne pas se prendre au sérieux, rester un lieutenant curieux et insolent quand il faut. Nous sommes tous mortels.

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Avec le GAL Barrera au Festival du Livre Militaire de Saint-Cyr, au salon des Ecrivains-Combattants 2015 et à la Sidi-Brahim 2016.

Nous remercions vivement le général pour son accueil on ne peut plus chaleureux à chacune de nos rencontres.

Et le 16 est toujours… ?

***

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ISBN 978-2021241297 - Prix 21,50 € - Format 24 x 15,2 - 433 pages, cahier photo. 

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Aux éditions du Seuil

Disponible chez votre libraire préféré(e), éventuellement sur commande, et sur tous les grands sites du Net.

« Opération Serval » a reçu la mention spéciale du prix littéraire de l’Armée de Terre Erwan Bergot 2015, le prix du Grand Témoin junior 2016 de la France Mutualiste et le prix Capitaine Thomas Gauvin 2016, décerné par l’association des Ecrivains-Combattants.

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Bibliothèque « Ceux du Mali »

Outre « Opération Serval », et tous abordés sur le blog (suivez les liens) : « Libérez Tombouctou ! », COL Frédéric Gout ; « Envoyez les hélicos ! » COL Pierre Verborg ; « Offensive éclair au Mali », CBA Rémi Scarpa ; « Un prêtre à la guerre », padre Christian Venard.

***

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Hommage

Aux morts pour la France au Mali et dans le Sahel, au combat ou en service commandé

LTN Damien Boiteux, 4e RHFS

SCH Harold Vormezeele, 2e REP

CPL Cédric Charenton, 1er RCP

BCH Wilfried Pingaud, 68e RAA

CPL Alexandre Van Dooren, 1er RIMa

CCH Stéphane Duval, 1er RPIMa

BCH Marc Martin-Vallet, 515e RT

SCH Marcel Kalafut, 2e REP

ADC Dejvid Nikolic, 1er REG

SCH Thomas Dupuy, CPA 10

ADJ Samir Bajja, 4e RHFS

CPL Jean-Luc Ronis, 2e RM

CPL Baptiste Truffaux, 21e RIMa

SCH Alexis Guarato, CPA 10

1CL Mickaël Poo-Sing, 511e RT

MDL Damien Noblet, 511e RT

BRI Michael Chauwin, 511e RT 

Aux trois soldats de la base de Nîmes-Garons, SCH Pascal Simon, CCH Ronald Danger, BCH Nacim Ameur, morts dans un accident de la route alors qu’ils rejoignaient Clermont-Ferrand en vue de leur déploiement au Mali. 

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A nos frères d’armes, morts au Mali et dans le Sahel, au combat et en service commandé

~500 Maliens, 68 Tchadiens, 10 Nigériens, 10 Burkinabés, 9 Guinéens, 7 Togolais, 4 Néerlandais, 3 Sénégalais, 1 Bangladais, 1 Chinois.

*

Aux blessés,

A tous les soldats de Serval, d’Epervier, de Barkhane, de la MISMA et de la MINUSMA,

A leurs proches.

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***

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Brigade Serval, 14 juillet 2013

Quelle que soit leur brigade d'origine, je ne fais aucune différence. Tous ont appartenu à la brigade Serval. Ils ont vaincu. Leurs visages ont été noircis par le soleil. Leurs treillis sont délavés, blanchis. Ils ont fondu sous l'effet du soleil et des gastros, mais ils ont un point commun qui se lit dans leur regard, leur attitude. Ils sont victorieux et ils ont libéré un pays. Cela se lit au fond de leurs yeux.

Général Bernard Barrera

 

 

 

 

 

06/09/2016

Milisoutien #22PushUpChallenge : 22 pompes / 22 jours en soutien aux vétérans victimes du syndrome de stress post-traumatique / SSPT


28/07/2016

Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan et Triomphe 2016

Photos Natachenka/UPpL’E. Droits réservés.

 

Nous vivons des instants si tragiques… Nos pensées vont vers toutes les victimes de la barbarie islamiste qui frappe en France et partout dans le monde...

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... mais la Terreur ne l’emportera pas. Alors, quand bien même le cœur brisé par toutes ces horreurs, et la colère latente, nous allons revenir sur le magnifique week-end passé auprès de nos soldats, les mili-auteurs, les Cyrards et Dolos, à Coëtquidan. Vous nous y verrez sourire, car les djihadistes ne nous enlèveront jamais la joie et la fierté de nous afficher aux côtés de nos soldats !

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La 7ème édition du FILM

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CCH Benjamin Itrac, ADC Nadège Donzé, CCH (er) Rodolphe Guadalupi

Quel plaisir de retrouver nos camarades Marsouins du 3e RIMa ! Nous avions fait connaissance lors du Salon du Livre de Paris, mais depuis lors, nous avons lu leur œuvre collective « Le soleil se lève sur nos blessures ». Elle aborde, comme son beau titre l’indique, la blessure de guerre, physique et psychique. Dès nos premiers échanges avec les auteurs, nous avions un bon pressentiment sur ce livre… il s’est largement confirmé. Tous les récits sont très beaux, tout en retenue et d'une belle et honorable simplicité. Ils sont aussi le fruit du courage ; se livrer sur un tel sujet n'est pas simple, nous en avons conscience. Ils font d'autant plus mouche. Bravo à tous les co-auteurs dont Benjamin, Nadège et Rodolphe, présents au FILM. Nous nous permettrons cependant deux mentions spéciales : au CCH Eric et à la maman de Rodolphe, pour leurs textes magnifiquement crève-cœurs.

L'un des meilleurs livre-témoignages de ces dernières années.

Disponible ici. Page FaceBook .

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L’éditeur Nimrod et Jean-Luc Riva

On ne peut imaginer un FILM sans la présence de l’éditeur Nimrod, tant son catalogue est riche de pépites milittéraires : ADC Saulnier, Marius, CDT Scheffler, SCH Douady, Jean-Baptiste Degez et ses beaux portraits de Légionnaires, « Les chemins de Dien Bien Phu » de Franck Mirmont et 6 survivants, sans doute le plus beau livre sur la terrible bataille, les américains Chris Kyle (American Sniper), Michell Zuckoff (13 Heures), Marcus Luttrell (Le Survivant)… la liste est longue… Ceci explique l’omniprésence des livres Nimrod sur le blog (et non un quelconque actionnariat d’UPpL’E dans la maison d’édition :). Et cela n’est pas prêt de s’arrêter, puisque nous avons rencontré (et préalablement lu), son dernier auteur en date : Jean-Luc Riva, ancien des Forces Spéciales, auteur des « Enfants de Loyada ».

Rappelons le contexte : Il y a quarante ans, alors que Djibouti, alias Territoire français des Afars et des Issas, est promis à l'indépendance, un commando prend en otage une trentaine de jeunes enfants de militaires français, dans un car scolaire. 36h plus tard, les tireurs d'élite du GIGN, nouvellement créé par Prouteau, et les Légionnaires du 2e REP et de la 13e DBLE interviennent.

Notre impression ? Ce livre est absolument remarquable. Nous y reviendrons sur le blog, en prenant le temps de saluer le courage du jeune appelé conducteur du bus, de l'assistante sociale volontaire pour rejoindre les enfants otages, des Légionnaires et leur charge héroïque sous le feu, des Gendarmes qui, par leur professionnalisme, ont inversé le rapport de force...

Bravo à l'auteur, sur le fond (remettre à l’honneur une action héroïque quasi oublié et pourtant fondatrice du GIGN), et sur la forme (vous ne faites pas que lire, vous vivez l’instant dans toute sa dramaturgie !).

Disponible chez l'éditeur ici. Page FaceBook de l’auteur .

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CBA Rémi Scarpa

« Offensive éclair au Mali » ayant été un tel succès que notre camarade Rémi Scarpa, Gaulois du 92e RI, présentait la deuxième édition, sur le stand de son éditeur Pierre de Taillac.

Cet ouvrage restera comme la référence sur Serval : vous y trouverez toutes les informations sur l’organisation de la force, le déroulement de l’opération, les unités impliquées (avec une large place laissée au Soutien, Transmetteurs, Tringlots, Logisticiens…), le matériel employé, les alliés africains, les insignes et fanions, des plans, les hommages à ceux qui sont tombés… le tout accompagné de témoignages.

En sus, des clichés magnifiques de l’ECPAD ou issus des collections particulières de nos combattants (ce qui en fait aussi une remarquable livre-photo) et en bonus, un film de 55 mn réalisé par l’ECPAD.

Le complément historique et visuel idéal aux récits de « Ceux du Mali », GAL Barrera, COL Gout, COL Verborg, Padre Venard

Disponible aux éditions Pierre de Taillac ici.

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L’éditeur Pierre de Taillac

Et puisque nous avons encensé plus haut le catalogue Nimrod, il convient de saluer un autre éditeur engagé : Pierre de Taillac. Magnifique offre là encore, à commencer par ce qui est sans doute le plus beau témoignage sur la Grande Guerre : Le journal du CNE Manhès, présenté par le LCL Max Schavion, prix spécial de la Saint-Cyrienne 2016 ; mais aussi toute une série de récits, d’historiques, de beaux livres, ou encore cette bonne idée du « Petit quizz de la Grande-Guerre » de Grégoire Thonnat, présent lui aussi au FILM. Voir le catalogue ici.

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Commissaire de la Marine Guillaume Décot

Nous avons bien conscience que l’Armée de Terre occupe une grande partie du « terrain » sur le blog. Ce n’est pas illogique. Ceci étant, nous avons toujours eu la volonté de soutenir les auteurs des autres armes, Aviateurs, Marins, Gendarmes… Nous avons aussi la volonté d’aborder des conflits (injustement) oubliés ou (injustement, bis) peu médiatisés. Nous sommes donc très heureux de la parution de « Dans la tête des pirates » roman inspiré de faits réels, écrit par le très sympathique commissaire de la Marine Guillaume Décot, abordant la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.

« Paul est officier de marine. A bord d‘un bâtiment de combat, il met le cap sur le Golfe d’Aden où il participera pendant plusieurs mois à une mission de lutte contre la piraterie. C’est au large des eaux tumultueuses de la Corne de l’Afrique, qu’il croisera la route de Nazir, pirate somalien, jonché sur son frêle esquif et qui attend patiemment ses proies… »

Aux éditions du Net, disponible ici. Page FaceBook de l'auteur

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Sylvain Auché, fine « Canon »

Retrouver notre camarade Sylvain Auché, photographe des écoles, fine « Canon », ne relevait pas de la surprise. Sa présence est évidemment incontournable au Triomphe, tout comme son magnifique livre-photo « Hommage et valeurs » que nous avons présenté ici. Mais surprise il y eut malgré tout, avec son exposition photo sur le stage commando en Guyane de la promotion « CES de Neuchèze ».

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Des clichés « à tomber par terre », portés par une belle originalité : un tirage sur feuille d’aluminium. Nous n’avions jamais vu le procédé. Le résultat est fascinant, les photos semblant être éclairées de l’intérieur. Une exposition que nous aimerions voir itinérante ; pourquoi pas aux Invalides ?  (clin d’œil au SIRPA, à l’ECPAD, à la DICOD…)

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Notez le malin jeu de mots…

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GAL (2s) Patrick Champenois

Une jolie rencontre avec le GAL (2s) Patrick Champenois. Il convient de le classer parmi les miliauteurs/miliartistes : ses deux livres, « La chamelière de Bouya » et « Le ciel sans pâlir » mêlant en effet textes et aquarelles. Le premier aborde ses souvenirs de Djibouti, le second sa carrière de Para.  Un camarade nous les avait chaudement recommandés et effectivement, c’est tout à fait original et fort joli.

Le premier, prix de la Saint-Cyrienne 2012, est disponible chez Marines Editions et le second aux éditions Xénia.

*

Voici qui conclut la partie « auteurs » de notre milireportage. Il convient cependant de saluer tous les autres écrivains (une soixantaine !) qui abordaient l’histoire, la stratégie, la BD, ô combien intéressants, mais sortant de notre scope.

Mais ce n’est pas terminé… le FILM est l’occasion de remettre le « prix des Cadets »

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Avec le LCL Hubert le Roux, co-lauréat du prix des Cadets, et le très sympathique président du comité, de la promotion CES de Neuchèze.

Nous ne sommes pas habitués à la langue de bois, nous le dirons donc tout net : nous sommes *enchantés* que le prix ait été attribué à « Paroles de soldats » du LCL Hubert le Roux et Antoine Sabbagh, paru aux éditions Tallandier.

Vous comprendrez tout le bien que l’on pense de ce livre en lisant notre recension ici.

Bravo aux Cyrards et Dolos du comité, pour avoir mis à l’honneur – ce n’est pas si fréquent et nous saluons l’initiative - un livre « terrain ».

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Le GAL Frédéric Blachon, commandant les écoles, qui manifestement œuvre comme ses deux prédécesseurs pour le développement et la promotion de la Milittérature. Nous en sommes ravis !

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Enfin, il convient de remercier une personne aussi discrète qu’impliquée, notre amie Delphine, organisatrice du Festival. Elle ne ménage pas ses efforts, nous le savons, et la 7ème édition a tenu, comme à chaque fois, toutes ses promesses. Bravo et merci Delphine !

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Mais pas de FILM… sans Triomphe…

Comme le veut tradition, les 3e Bataillon de l’ESM et 2e Brigade de l’EMIA ont reçu leurs noms de baptême.

[nota : vous pouvez rejoindre les pages FaceBook des promotions en cliquant sur leur nom ci-après]

Pour les Cyrards de la 202e promotion : « Général de corps d'armée Bernard Saint-Hillier ». Cyrard, Chasseur-alpin avant-guerre, il rejoint la 13e DBLE et participe à l’expédition de Narvik où il est blessé ; FFL, il combat à Bir-Hakeim avec ses Légionnaires ; campagne d’Italie puis de France ; chef de corps de la 13e DBLE puis du 18e RP après la Libération, il commande le Groupement aéroporté n°1 en Indochine ; promu général de corps d’armée en 1968 ; il décède en 2004.

Pour les Dolos de la 55e : « Colonel Michel Vallette d’Osia ». Officier semi-direct de Cherchell, il rejoint le 13e BCA dans l’immédiat après-guerre ; Indochine avec le 1er RCP ; 2nde campagne avec le 8e BCP, blessé 3 fois, parachutiste parmi ceux qui ont compté le plus de sauts de guerre ; 11e Choc puis Guerre d’Algérie avec le 14e RCP ; démissionnaire en 1963, il continue à servir son pays au cours de multiples périodes de réserve et comme instructeur des élèves ORSEM ; il décède en 2009.

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Pour illustrer ces beaux noms de baptême, deux livres : « Le Général Saint-Hillier » par Jean-Christophe Notin paru aux éditions Perrin. Malheureusement, et sauf erreur, le COL Vallette d’Osia n’a pas écrit et aucune biographie n’existe à ce jour. Nous mettons donc à l’honneur « Les Paras français en Indochine » par Eric Adam et Patrice Pivetta, pour les fans d’histoire, uniformes et insignes. Chez Histoire & Collections.

Nous en profitons pour souhaiter une belle carrière aux Cyrards de la promotion « Capitaine Hervouët » et au 4e Bataillon « Capitaine Ewan Bergot » (un nom qui nous plait bien…) ; une bonne continuation à la « Chef d'escadrons de Neuchèze », la bienvenue à la 203e promotion de la Spéciale et à la 56e de l’EMIA.

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Mention spéciale pour les entrants du 4e Bataillon, avec notre affection toute particulière envoyée à l’un d’entre eux…

Mention spéciale encore, pour les Dolos de la formidable 54e promotion, avec là encore notre affection toute particulière envoyée à l’un d’entre eux ; mais au-delà : c’est une jolie histoire entre la « LTN Nungesser » et Une Plume pour L’Epée, rappelant celle vécue par le passé avec « Ceux d’Afghanistan ». De beaux projets menés avec brio (et portés par une excellente com’ ! Bravo Maxime !), une course de 600 km le long de la ligne de front de la Grande-Guerre, 10 000 € récoltés pour les blessés de guerre, et l’honneur d’être remerciés on ne peut plus officiellement (devant le CEMAT…) lors du grand-gala pour notre humble soutien… [Le Chasseur en est encore tout bleu-cerise d’émotion…].

Il restera toujours une place dans notre cœur pour la Nungesser.

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Au grand-gala de la Nungesser - notez Natachenka en bleu turquin...

***

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Chic à Cyr ! Chic à nos soldats !

 

 

 

23/06/2016

« Envoyez les hélicos ! », COL Pierre Verborg, 4e, 5e RHC. Editions du Rocher

Droits réservés. Photos EMA/ECPAD issues du livre.

 

 « Ne blâme pas Dieu d’avoir créé le tigre, remercie-le de ne pas lui avoir donné d’ailes ».

Proverbe indien, rapporté par le CDT Brice Erbland in « Dans les griffes du Tigre »

 

Tigre, Puma, Cougar… vous n’avez certainement pas envie d’en croiser un au coin de la rue. Alors, imaginez lorsqu’en sus, les bébêtes sont maniées par un ours… Même la délicate Gazelle se fait tueuse…

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Avec « Envoyez les hélicos ! », les fauves de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre sont lâchés. Ce livre est bien à l’image de son auteur, le Colonel Pierre Verborg, ALATman surnommé « Grizzli » : percutant ! Abordant en détail sa campagne Libyenne, rappelant ses jeunes années à Berlin où il « vit » la chute du mur, ses missions en ex-Yougoslavie (dont l'évacuation de l'ambassade de France en Albanie, récit inédit), en Côte d'Ivoire et au Mali, il prend aussi le temps de poser son hélico et d'évoquer son ressenti, le rapport aux hommes, le rôle de chef...

Un livre « toutes griffes dehors » absolument passionnant, qui fait honneur à l'ALAT, arme majeur dont nous connaissons tous, désormais, le caractère ultra-stratégique.

Le lecteur est invité dans l’intimité des équipages et des salles de briefing ; il y entendra parler de « meute en chasse » ou découvrira subrepticement le « pseudo » de l’auteur : grizzli ! Mais le lecteur ne devra pas s’arrêter à ce bestiaire, car derrière l’ours, dont il a la rugosité, se cachent d’autres animaux : le rusé renard et le mâle alpha, paternel chef de meute. Surtout, il rencontrera un homme, un officier que je connais bien et dont j’apprécie les belles qualités.

Général d’armée (2S) Bertrand Ract-Madoux, CEMAT 2011-2014

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- Je viens d’être appelé, il y a une grosse manœuvre à Mailly (camp d’entraînement en Champagne). On part avec quelques hélicoptères pour deux ou trois semaines.

Un peu étonnée de ce départ soudain, ma femme scrute ma tenue de combat Félin et ne manque pas de noter mes bottes couleur désert… Puis elle me fusille en quelques mots :

- C’est nouveau du sable africain à Mailly ?

Mai 2011, Pau. Départ « secret » pour l’opération Harmattan.

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Briefing pré-opération. A droite Pierre Verborg

Les combats qui nous attendent seront de haute intensité. J’ai besoin d’un groupe qui saura regarder la nuit sans pâlir et la terre sans rougir, manœuvrant avec une détermination de fer. J’ai besoin d’un groupe imprégné des enjeux de la mission avec un sens inné de la mesure et du dosage, capable de développer des facultés d’adaptation permanentes et une cohésion puissante et communicative. Il va falloir diffuser de l’énergie pour ne rien céder.

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Dans nos cockpits, la tension et la concentration sont palpables. La chaleur libyenne est moite et lourde, collant à même la peau tout notre barda sous une transpiration permanente. J’aperçois sur les côtés de mon appareil l’ombre des hélicoptères séparés de quelques centaines de mètres. Ombres furtives qui glissent sur l’eau, invisibles pour un œil de néophyte. Tant mieux, la nuit doit nous appartenir.

Juin 2011, au large de la Libye.

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A l’intérieur du Puma règne un calme absolu. Court moment de répit que je mets à profit pour chercher notre adversaire. Avant le choc, il est bon de s’imprégner de l’ambiance, de la moiteur de la nuit, sentir le terrain, la mer et le vent, presque devenir l’ennemi qui est respecté (…) Ou te terres-tu ? Nous vois-tu ? Que nous prépares-tu ?

Tout se déroulait trop bien. A peine ai-je sorti la tête que le son d’une voix particulièrement tendue rompt le silence radio :

- Grizzli, ici Texas. Interception radio ennemie, ils viennent de nous voir passer. Ils ont le visuel sur trois petits hélicoptères et un gros. Ils donnent les ordres de tir. Ça tire dans 30 secondes !

Côte libyenne.

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Libye, départ du missile anti-aérien visant les hélicoptères français

Le temps suspend son vol : j’aperçois haut dans le ciel un missile sol-air qui laisse un panache de fumée fin : sa tête chercheuse n’a pas accroché le Tigre et il cherche une autre proie. La courbe descend vers notre Puma : il a trouvé sa cible (…) Tout va trop vite et tout va trop lentement. « M… » ai-je à peine le temps de penser.

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Libye, le champ de bataille

Nos tirs de missiles, de roquettes et de canons déchirent soudainement le ciel. Les flashs des départs de missiles et les coups au but illuminent la nuit par éclairs successifs.

(…)

Au retour, on me racontera que sur le BPC [bâtiment porte-hélicoptères] toutes les personnes restées sur le pont ont assisté hypnotisées à ce spectacle sans nom.

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Si l’on veut vaincre, il faut un engagement total, mettre les mains dans la glaise et pas à moitié. Au combat, le manque d’engagement ne paye jamais, il tue.

***

verborg.JPGLe Colonel Pierre Verborg, Dolo, Ecole de Guerre, au passé de cavalier (11e RCh), est officier supérieur de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre, totalisant plus de 3300 heures de vol. Il notamment œuvré aux seins des 4e et 5e RHC, participant à de nombreuses OPEX en Ex-Yougoslavie, Côte d’Ivoire... En 2011, il est à la tête du Groupement Aéromobile de l’opération Harmattan sur la Libye, menant la charge des Tigre, Cougar et Gazelle à partir du BPC Tonnerre. En 2013, il est adjoint du Colonel Frédéric Gout commandant le GAM lors de l’opération Serval au Mali. Il est désormais chef de corps du 3e RHC d’Etain. [photo : Pierre Verborg sur le BPC Tonnerre pendant Harmattan]

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Avec le Colonel Verborg.

Si l’homme porte bien son surnom de grizzli et est un rien impressionnant, c’est dans un contexte guerrier ; en dehors de celui-ci, en l’occurrence au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan en juillet 2015, il nous a reçus avec la bienveillance d’un gentil nounours :)

A noter derrière nous, des auteurs dont les livres ont été abordés sur le blog : le padre Jean-Yves Ducourneau, le CNE (r) Raphaël Krafft et le LCL Hubert le Roux.

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ISBN 978-2268075181 – Prix 18,90€ - 228 pages - Format 22x14,5 – Cahier-photo couleur

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Aux Editions du Rocher, disponible ici

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Hommage

Au LTN Mathieu Gaudin, 3e RHC, mort pour la France en Afghanistan,

Au LTN Damien Boiteux, 4e RHFS, mort pour la France au Mali,

A tous les ALATmen morts pour la France, morts en service commandé.

Aux blessés.

On a deux familles dans la vie : celle avec laquelle on naît, et celle avec laquelle on risque de mourir.

COL Pierre Verborg

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Combattre, perdre et se relever, vaincre aussi parfois, confère une force intérieure qui aide à s’affranchir de la comédie humaine du quotidien et donne un peu de profondeur et de piment à nos actes. Cette force ne nous exempte de rien, voire nous oblige, mais ne laisse aucune place pour le mensonge, le diktat des apparences et l’illusion des acquis.

COL Pierre Verborg

 

 

 

 

24/05/2016

« La tombe d’Hanoï », Henri Ansroul, 1er BCCP ; « 5e Promo au rapport », Christian Hager, EETAT, ENSOA ; « Des mots, pour des maux », Jean-Louis Martinez, soldat, poète et artiste.

Extraits publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés.

 

Tous les soldats n’ont pas l’aura d’un Marcel Bigeard ; tous les soldats n’ont pas la plume d’un Hélie de Saint-Marc…

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C’est un fait. Mais en quoi cela rendrait leurs témoignages moins intéressants ? Peut-on imaginer un récit de vétéran d’Indo « de trop » ? Un texte rapportant la vie dans l’Ecole des Techniciens de l’Armée Terre à la fin des années 60, n’est-ce pas totalement inédit ? Un militaire ne pourrait-il être, également, artiste et poète ?

C’est l’objectif que nous nous fixons avec ces « milibiblis » : sortir de l’ombre des livres écrits sans la moindre prétention mais avec le cœur, souvent autoédités, donc pouvant souffrir d’un manque de « visibilité ».

Ces ouvrages, éminemment personnels, auraient pu rester dans l’imaginaire de leurs auteurs, être confinés au cercle familial, voire sous la forme d’un manuscrit s’empoussiérant dans un tiroir ; cela aurait été fort dommage : le devoir de mémoire ne s’arrête pas à lire et honorer les hommes  que l’Histoire a eu la bienveillance de conserver dans ses tablettes.

« Tout homme est une exception ».

Hélie de Saint-Marc

 *

 « La tombe d’Hanoï », Henri Ansroul, 1er BCCP, éd. Les Archives Dormantes

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Henri Ansroul en Indochine, photo famille Ansroul

La première chose que vous faites en arrivant dans une ville, après si longtemps, c’est d’aller voir les filles. Les Indochinoises nous semblaient si belles, quel dépaysement ! Pousse-pousse, chaleur, bruits, klaxon, cette foule qui bouge sans cesse ; on avait envie de se mettre dans le bain tout de suite, sans penser à ce que nous étions venus faire ici.

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A chaque fois que je bougeais, je me faisais allumer. Je commençais à me faire du mouron. Puis le sergent nous fît des signes devant : dans les arbres. Et de son arme, il envoya une rafale dans le milieu de ces arbres. Je tirai aussi, deux ou trois autres en ont fait autant. Surprise, étonnement, nous avons vu un paquet de branches tomber. Ces salauds camouflés avec des bouts de branches, nous tiraient dessus. On en a vu descendre trois ou quatre (…) Quelques instants plus tard, j’ai reçu une pierre avec un mot : « on décroche » (…) Les copains qui sont partis avant moi se mettaient en position pour couvrir les autres qui n’avaient pas encore reçu l’ordre. Puis ça y est, c’est mon tour. Les fesses serrées, le trou du cul à zéro, j’attendais le signal.

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Beaucoup ont dû croiser Henri Ansroul, humble garagiste breton, sans se douter de son passé de combattant d'Indochine, valeureux commando-para du 1er BCCP. Il a désormais rejoint ses camarades de la tombe d’Hanoï. Le manuscrit qu’il avait pris soin d’écrire aurait pu rester « dans la famille » ; cela aurait été regrettable : sans esbroufe, Henri a un certain talent pour rendre le fracas des combats dans la moiteur indochinoise. Saluons donc l’initiative de ses enfants et petits-enfants qui, avec le soutien de la nouvelle maison d’édition Les Archives dormantes, complète d’une jolie manière la milibibli « Ceux d’Indo ». Disponible chez votre libraire, éventuellement sur commande, ou sur les sites du Net. Par exemple ici. 

Site des éditions Les Archives Dormantes ici.  

Page FaceBook .  

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Hanoï, tombe d’André, camarade d’Henri. Photo famille Ansroul

J’ai trouvé une place pour mettre mon hamac. J’étais tellement faible que je restais des heures dedans, bercé par le roulis. Je me disais que maintenant c’était vrai : je rentrais, le bateau ne ferait pas demi-tour. J’avais encore peur, quand même.

***

« 5e Promo au rapport », Christian Hager, EETAT, ENSOA, TheBookEdition

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Christian Hager à Issoire.

- Vous n’allez quand même pas prétendre que c’est propre !

- Si, mon Lieutenant.

- Puisque c’est si propre, si je vous donne l’ordre de boire dans les urinoirs. En êtes-vous capable ?

- Non, mon Lieutenant.

- Et pour cause, ils sont dégueulasses !

J’aurais donné cher pour savoir ce qui n’allait pas. J’avais beau scruter les urinoirs à la loupe, je ne voyais rien d’anormal.

- Etes-vous certain d’avoir une bonne vue ? repris le Lieutenant. (…/…)

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Cette autobiographie évoque un contexte atypique : celui  de l'Ecole d'Enseignement Technique de l'Armée de Terre, EATAT/EETAT/ENTSOA d'Issoire, AEETAT de Tulle, mais aussi ENSOA de Saint-Maixent, à la fin des années 60. De l’inédit donc. De plus, Christian, dans un style d’une réjouissante simplicité, rend bien l'ambiance de l'époque à travers les yeux d'un jeune-homme : la découverte de la vie militaire, les profs, les camarades, les trains de nuit, les sorties, les nuits blanches place Clichy, les filles... Le résultat est très sympathique et rappellera bien des souvenirs aux aînés, techniciens passés par l'école, mais plus généralement EVAT et appelés.

Et par tous les Saints ? Vive les techniciens !

Disponible auprès de l'auteur ici. 

Page FaceBook de l’auteur .

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Ecole des Techniciens de l’Armée de Terre

(…/…) Le Lieutenant n’avait pas l’air d’apprécier nos réponses. Il gardait son calme, mais on le sentait prêt à sortir l’artillerie lourde. Il nous montra un léger dépôt de calcaire sur le pourtour d’un trou d’évacuation. C’était l’objet du délit qui nous valut deux tours de consigne et la présentation de la corvée de lavabos et d’urinoirs en tenue de sortie, chemise blanche, cravate noire et gants blancs, chaque matin à 7h35, pendant deux semaines.

***

« Des mots, pour des maux », Jean-Louis Martinez, autoédité

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J’étais, je suis, et je resterai

ce soldat qui saluait lorsque les couleurs étaient hissées.

J’étais, je suis et je resterai

ce soldat qui frissonnait lorsque la Marseillaise était chantée.

J’étais, je suis et je resterai

ce soldat qui se redressait lorsque le respect lui était donné. 

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Autoportrait

Oui je le resterai, je soutiens et soutiendrai

mes camarades si malmenés.

Je le resterai, afin qu’ils restent ancrés dans le cœur des Français.

Je le resterai, pour que leurs proches soient à tout moment protégés.

Pour les protéger d’un monde individualiste exacerbé.

Qui ne se réveille que quand la mort

Vient à sa porte

Le déranger.

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Les dessins et les textes de notre ami Jean-Louis Martinez sont désormais bien connus de la fraternité militaire, étant largement diffusés sur le Net ; mais les avoir sous forme d’un livre, c’est mieux ! "Des mots, pour des maux" est le deuxième opus, dessins-poèmes-textes-coups-de-gueule, tout aussi réussi que le premier, "Soldat protecteur de notre liberté" (abordé dans une milibibli ici). C'est humble, cela parle au cœur, c’est attachant. On aime vraiment beaucoup, tant l’œuvre que l’homme.

Disponible sur le site de Jean-Louis ici. Attention, très peu d’exemplaires encore en stock !

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06/05/2016

« Les combats héroïques du Capitaine Manhès », LCL (r) Max Schiavon, éd. Pierre de Taillac

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditions Pierre de Taillac. Droits réservés.

A la mémoire de nos arrière-grand-pères, combattants de la Grande-Guerre : Ernest Antoine, 37e RIT, mort pour la France le 1er janvier 1915 à Toul ; Fernand-Gaston Camut, 17e BC, 71e BC ; Abel Préau, 10e RG, 105e RAL, 46e RI ; Colonel Fiodor Zakharevitch Plakoff ; Vassilï Oskarovitch Lampe.

 

 

Ecoutez la clameur qui sort des hécatombes !

Nécropole de Notre-Dame-de-Lorette

  

Marchez dans les champs de croix, à Verdun, en Argonne, en Champagne, dans la Somme, dans les Vosges... Qu’ils sont effroyablement beaux, ces cimetières de la Grande-Guerre…

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Mais devons-nous nous contenter de l’émotion que distille la grandeur d’un Douaumont ? Cette émotion, aussi honnête soit-elle, ne reste-elle pas très abstraite ? C’est là où la lecture des « combats héroïques du Capitaine Manhès » présentés par le LCL (r) Max Schiavon, s’avère une véritable déflagration affective : sous ces alignements parfaits de croix blanches, sous ce gazon bien tondu, derrière la litanie des noms gravés dans le marbre, que de terreur vécue, que de crasse, de pourriture et de puanteur, que de souffrance, que d’effroi, que de hurlements ; et que d’héroïsme aussi, que de valeur et de sacrifices, que d’amour ; et que de grandeur enfin, chez ces jeunes hommes, ces petites gens, ces humbles : nos si valeureux Poilus.

Qu’ils sont effroyablement beaux, ces cimetières de la Grande-Guerre…

Qu’il est effroyablement beau, ce livre.

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Front des Vosges ; l’Hartmannwillerkopf, ou plutôt ce qu’il en reste. Photo issue du livre.

Un sifflement strident, une gifle formidable dans une haleine de four ; je titube un instant et, quand je reprends notion du monde extérieur, je vois à mes pieds un pauvre diable ouvert en deux, du sternum aux cuisses, comme un poisson qu’on vide et qui hurle pendant des secondes, ou des siècles (…) Le fracas continue, immense et trépidant. Je suis assis au pied d’un tronc d’arbre ; un Chasseur tout jeune s’est faufilé sous moi ; il sanglote et je sens son pauvre corps de gosse se soulever avec une cadence saccadée de moteur. D’autres se sont groupés autour de moi, leur sac sur la tête, et me regardent comme si j’étais l’égide protectrice. Il a suffi à ces pauvres diables de voir mes galons d’officier pour chercher d’instinct le salut près de moi. Et moi, qu’est-ce que je pense de cet enfer ?

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Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Les Allemands attaquent. C’est un soulagement infini.

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Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Roulé dans ma pèlerine, je me tasse dans un vestige de boyau. Sous un ciel étincelant, clouté d’or, et qui semble se craqueler de froid, je grelotte éperdument. Un âpre vent du nord fait pétiller les étoiles : il me pénètre comme si j’étais nu ; Dieu ! Que j’ai froid. Brusquement, au matin, le vent tourne, le ciel se couvre et, au lever du soleil, une abondante chute de neige efface les déchirures de la terre, ensevelit les morts et les vivants endormis, ouate silencieusement la forêt.

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Le Capitaine Manhès, nouvellement décoré de la Légion d’honneur et Croix de guerre avec palme. Photo issue du livre.

Je bavarde à bâtons rompus avec mes hommes ; encore une fois, comme ces causeries familières, aisées, amusantes et affectueuses sont plus utiles à tout point de vue que les « amphis » prônés dans les écoles et par les états-majors ! Le soir vient. La nuit est d’un calme plat. Une fois de plus, mes chefs s’excitent et mon silence les affole. Je suis assailli de coups de téléphone du capitaine et du commandant : « Que se passe-t-il donc chez vous ? Que signifie ce silence anormal ? ». Pauvres âmes qui ont besoin de beaucoup de bruit pour ne pas avoir peur de la nuit !

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Combat de l’Hilsenfirst, nouvelle Sidi-Brahim. Les Chasseurs du CNE Manhès sont encerclés et combattent à coup de rochers. Dessin de José Simon publié dans le journal L’Illustration du 31 juillet 1915

Guillermet est toujours debout, resplendissant de vigueur et de jeunesse, souriant, beau comme un jeune dieu. Le petit Martin, en tête de sa section, est très bien lui aussi. Mais le feu ennemi est terrible et nous décime. A ma gauche, le vieux Cardot, sergent de la territoriale venu à sa demande au 7e bataillon, est tué raide d’une balle en pleine tête. Tout autour, je vois tomber des pauvres corps, morts et affaissés. Et devant ces pertes répétées, il y a de nouveau du flottement. Je vois plusieurs hommes se coucher ; il faut intervenir vivement ; je le fais de la voix et du geste. Je repère un petit Chasseur de la classe 15 [20 ans] qui, manifestement, s’est couché. Je veux le faire relever, il refuse. Je l’empoigne alors par le col de sa vareuse et le soulève de force, à bout de bras. Je vois une pauvre figure de gosse, bouleversé, les yeux fous criant : « Non, mon Capitaine, non, je ne peux plus, je ne peux plus ! » Brusquement, son corps cesse de se raidir, de lutter contre moi ; au bout de mon bras, je le sens complètement mou : pendant que je le soulevais, une balle l’a frappé dans la tempe gauche.

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Tranchée allemande conquise par les Chasseurs, front des Vosges. Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Sur l’ensemble plane une effroyable odeur de cadavre en décomposition ; des centaines de morts jonchent le terrain tout autour de nous. La puanteur vous prend à la gorge à 1500 mètres de la position. Sur place, c’est insoutenable ; mes hommes et moi, le cœur soulevé, nous vomissons à qui mieux mieux depuis notre arrivée. A deux pas de mon trou, un Allemand en vingt morceaux m’empoisonne. Inutile de changer de trou, c’est partout pareil.

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Tranchée allemande conquise par les Chasseurs, front des Vosges. Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Vers 7 heures, sous la pluie du ciel et la grêle des marmites [obus allemands], je reconnais les emplacements pour l’opération que je fais ce soir. Je rencontre le Général Serret, visiblement fatigué au physique comme au moral, errant comme une âme en peine, paraissant nettement chercher la marmite. Nous nous asseyons un moment au bord d’un trou d’obus et le général promène son regard sur l’effroyable tableau qui s’étend devant nous, un regard d’une indicible tristesse, désespéré.

Puis il me regarde longuement et me dit simplement : « Mon pauvre petit ».

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Le GAL Marcel Serret sur le front des Vosges. Il mourra le 6 janvier 1916 de la gangrène, suite à une blessure reçue quelques jours après sa discussion avec Manhès.

***

DSC00524.JPGJean-Louis Manhès nait en 1888 dans une famille de la bourgeoisie auvergnate. Il intègre Saint-Cyr puis Saumur. Cavalier au 18e RC, 9e RH, il est en Algérie avec le 3e RS lorsque la Grande-Guerre éclate. Craignant « de ne pas participer vraiment  et de toutes [ses] forces à une guerre où étaient engagées les destinées de la patrie et où se jouait cette revanche qui jusque-là avait été l’idée maîtresse de [sa] vie », il demande sa mutation dans l’Infanterie et rejoint le 13e BCA. Sur le front des Vosges, il est chef de compagnie du 7e BCA lorsque sa compagnie est cernée sur l’Hilsenfirst. Il y écrit une page de gloire de l’armée française, nouvelle Sidi-Brahim, en résistant aux allemands à coup de rochers, ce qui lui vaut la Légion d’honneur et la Croix de guerre à 26 ans. Il est blessé le 1 janvier 1916, 5 jours après avoir été nommé capitaine. Remis sur pied mais trop affaibli, à son grand damne, pour rejoindre le front, il est officier de liaison aux 11e et 168e Divisions d’Infanterie. Il retrouve la première ligne en 1917 au 4e BC puis 169e RI où il réalise de nouveaux exploits sur le front belge. Passant l’entre-deux-guerres dans plusieurs postes d’état-major, il est Colonel, chef de corps du 141e RIA pendant la Campagne de France. Nommé Général, il reste fidèle au gouvernement de Vichy, ce qui brisera se carrière militaire. Il est totalement réhabilité en 1961 par Pompidou, qui a été son lieutenant. Il décède en 1974 à l’hôpital du Val-de-Grâce. Ses descendants, ayant précieusement conservé son journal de marche, ont la bonne idée de contacter Max Schiavon pour envisager sa publication…


Lcl_SCHIAVON.jpgLe  Lieutenant-Colonel (r)  Max  Schiavon, intègre l’Armée en 1978 comme élève-officier  de  réserve.  Après  une  première  partie  de  carrière  dans  le Matériel, en Allemagne et en France, il commande une compagnie à l’Ecole Polytechnique. Diplômé en  informatique et en management stratégique, il effectue des missions sur les cinq continents et dirige pendant cinq ans le  bureau  des  télécommunications  et  systèmes d’information  de  la région  terre  Nord-Est à Metz. Docteur en Histoire, il devient en 2010 directeur de la recherche du Service Historique de la Défense. On lui doit de très nombreux livres, historiques sur la Grande-Guerre, la campagne de France, biographies des généraux Georges, Vauthier, Salan, etc. [voir plus bas].

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« Les combats héroïques du Capitaine Manhès - Carnets inédits d'un Chasseur alpin dans les Vosges, 1915-1916 », présenté par Max Schiavon.

Témoignage *exceptionnel*

Prix spécial de la Saint-Cyrienne (ô combien mérité !) 2016

ISBN 978-2364450523 – Prix 19 ,90 € - Format 19 x 14, 352 pages, cahier-photo

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Aux éditions Pierre de Taillac

Disponible ici.

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Avec Max Schiavon au Salon du Livre 2015

Milibibli « Max Schiavon »

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Devant le monument aux Chasseurs et au COL Driant, bois des Caures, avril 2016

Hommage

Aux Chasseurs de la Grande-Guerre,

A tous nos valeureux Poilus !

Quand Madelon vient nous servir à boire…

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Rarissime autochrome d’une compagnie du 13e BCA en 1915. Collection Jules Gervais-Courtellemont - Cinémathèque Robert-Lynen. Crédit photo Francetvéducation ici.

Hier, ma compagnie a perdu 31 tués et 55 blessés. C’est une dure épreuve. Que sera la journée de demain ? Je ne crois pas pouvoir demander à mes hommes la continuation d’un pareil effort. Ce qu’ils ont fait aujourd’hui est surhumain. Ce que je peux les aimer d’une chaude affection, profonde, immense, ces braves gens dont je sens encore peser sur moi ces regards anxieux, mais confiants (…) Tout à l’heure, un brave garçon avec lequel je bavardais sur les durs événements de cette abominable journée, m’a dit avec une charmante candeur, toute simple et sans aucune vanité de ton :

« On est quand même de sacrés bonhommes, mon Capitaine ».

 

 

 

02/05/2016

« Opération Turquoise », GAL Jean-Claude Lafourcade, éd. Perrin

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos issues de la collection de l’association « France-Turquoise ». Droits réservés.

 

 

La seule chose qui permet au mal de triompher

est l’inaction des hommes de bien.

Edmund Burke

 

Le fils d’une de mes amies, rentrant de son célèbre lycée du VII arrondissement de Paris, lui dit : « Comment peux-tu encore fréquenter le général Lafourcade ??? C’est un génocidaire !!! ».

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Cette phrase, issue du livre, est un crève-cœur. Crève-cœur pour le Général, vous le comprendrez aisément en lisant le texte qui suit. Crève-cœur pour nous aussi, de par l’affection que nous portons à « Ceux de Turquoise ».

N’en voulons pas trop, cependant, à ce jeune-homme qui a subi le lavage de cerveau de la propagande, d’où qu’elle vienne. Espérons simplement que, depuis lors, il a lu le livre du Général Lafourcade, ceux du padre Kalka, du Colonel Hogard ou du Caporal-Chef Geoffroy, tous vétérans de Turquoise.

En une heure, l’amiral Lanxade [CEMA] m’a fait voir l’extrême difficulté de la mission qui nous attend. Des rapports empoisonnés avec le FPR [Front Patriotique Rwandais, tutsi], les « retrouvailles » avec nos anciens alliés [Hutus] qui, pour certains, ont les mains pleines de sang, la forte pression médiatique, l’isolement sur la scène internationale, les soupçons, un drame humanitaire… Intérieurement, je m’inquiète, non pas pour moi et mes hommes, mais pour la réussite de la mission. Il faudra aller vite si nous voulons réussir à sauver encore des survivants. J’ai conscience que nous arrivons bien tard, beaucoup de mal est fait, mais chaque vie compte.

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Depuis qu’on a vu sur toutes les télévisions du monde les cadavres des soldats américains traînés dans les rues de Mogadiscio, les Etats-Unis sont dans une logique « zéro mort ». N’ont-ils pas, en outre, formé eux-mêmes le général Kagamé [leader Tutsi] dans leur académie militaire de Fort Leavenworth ? Et l’attentat contre l’avion du président [Hutu] Habyarimana n’offre-t-il pas une opportunité pour leur allié anglophone de prendre le pouvoir ? Les Anglais considèrent que le Rwanda n’est pas dans leur zone d’intervention. Les Belges, dont dix casques bleus ont été assassinés le lendemain de l’attentat contre Habyarimana sont traumatisés. Ainsi la France, qui est le premier pays à avoir officiellement utilisé par la voix de son ministres des affaires étrangères le mot de génocide le 1er mai, semble la seule nation occidentale prête à intervenir pour que celui-ci cesse.

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Notre hélicoptère Puma file à 240 kilomètres/heure au-dessus du lac Kivu. J’y plonge mon regard et sous les reflets turquoise, les profondeurs sombres me renvoient à mes pensées. Nous sommes en pleine action et nous connaissons son sens. Mais ce que nous découvrons jour après jour ici, nous entraîne dans des abysses jusqu’alors inconnues…

(…)

Les miroitements mirifiques du lac que nous avons survolé d’un bond d’aéronef suffiraient à illuminer notre journée, mais des rivières de sang l’assombrissent bientôt. C’était trop beau. En route, un spectacle macabre se dévoile. L’envers du décor. Nous faisons une halte pour nous enfoncer à pied dans un bois. Là, maintenant, l’odeur si particulière des cadavres nous saisit et nous repousse quelques pas en arrière. Contrastes : splendeur du Rwanda, fureur de la bête humaine. Est-ce possible ? Nous avions vu, tous, à la télévision, les images des massacres. Mais nous ne savions pas, nous n’imaginions pas. Devant nous, des corps éparpillés dans la forêt, au milieu des bosquets, laissés là depuis plusieurs semaines. C’est insoutenable. Ces Tutsis ont été frappés au visage, mutilés, découpés, écrasés. La vie s’arrête là sous nos yeux. La nausée…

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Je repense alors aux colonnes de civils qui nous saluaient à l’instant, au passage de notre véhicule. C’étaient des Hutu, et tous, innocents ou non, craignent que des Tutsis du FPR [Front Patriotique Rwandais] la vengeance et les massacres de représailles. Les tueurs sont parmi eux… Ils fuient par dizaines de milliers vers le Zaïre. Ils ont tout perdu, tout abandonné sauf quelques marmites, des bidons, des morceaux de tôle. Nous regagnons la route et les croisons à nouveau. L’air hagard, désespérés, ils marchent. Certains ont égorgé leur meilleur ami. D’autres ne sont que les victimes d’une guerre larvée qui dure depuis 1990. Elle, avec son fichu rose sur la tête, n’a-t-elle pas dénoncé ses voisins ? Et lui, a-t-il « coupé », comme on dit ? Ils nous regardent. Ils lancent un amahoro, « paix ». Que dois-je faire ? Ils ne sont évidemment pas tous coupables, mais qui est qui ?

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Compte tenu des effectifs dont je dispose sur le terrain, il sera difficile de contrôler l’ensemble de la zone FAR [Hutu], car les réfugiés se cachent et les milices commettent leurs actes la nuit. Cela devrait donc prendre un certain temps avec le risque que les exactions se poursuivent. A des journalistes qui m’interrogent, je dis en substance : « Pourquoi n’avançons-nous pas assez vite ? Parce que nous sommes seuls. Seule la France a eu le courage d’intervenir et nos moyens sont limités. Où sont les Anglais et les Américains qui nous ont mis des bâtons dans les roues avant l’intervention ?

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L’avancée des troupes de Kagamé vers nos positions a eu les conséquences que nous craignons. L’exode massif est en marche (…) les acteurs du génocide savent qu’ils ne sont pas les bienvenus dans notre zone et que la justice a commencé son travail. Ils se dirigent donc vers Goma. Mêlés à des centaines de réfugiés, comment les identifier et les appréhender ? Paul Kagamé a provoqué le contraire de ce qu’il déclarait vouloir faire et il ne pourra s’emparer des massacreurs, désormais à l’abri au Zaïre.

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Les rues de Goma sont bondées d’une foule errante. Ils déambulent sans but, avec leurs ballots sur la tête, leurs vêtements sales, leurs chaussures abîmées par les kilomètres. Acceptent-ils cette situation ? Leur résignation m’étonne. Tout autour de la ville, sur des terrains où rien ne pousse, ils s’installent, entassés. La terre est noire, la poussière de lave et la pierre ponce ne draine pas les excréments. La puanteur des immondices se répand. Au milieu des détritus, ils ont faim, soif. La menace de l’épidémie plane sur eux. Le choléra fait ses premières victimes.

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La mort fauche par milliers les hommes les femmes, les enfants. Ils tombent sans se plaindre. Le courant de la fatalité les emporte sans qu’ils réagissent.

Après la découverte du génocide d’avril, mai et juin, nous avons atteint de nouveaux sommets dramatiques. Nous sommes tous bouleversés par ce que nous vivons. Il faut voir ces jeunes militaires français, de 18 à 25 ans, aidés par des Zaïrois que nous avons payés, décharger de nos camions des centaines de corps et les jeter dans d’immenses tranchées. Choqués, ils charrient les masses inertes comme des sacs de sable. Je leur en ai donné l’ordre. Ils obéissent dans la générosité et l’abnégation. Je pense à eux, à leur vie à jamais changée. Je pense à leurs familles, mais aussi à celles de toutes les victimes. Tout se fait dans un bruit assourdissant de pelleteuses qui agrandissent toujours plus ces tombes géantes et recouvrent ensuite sans plus de cérémonie les milliers de défunts. Je n’oublierai jamais le visage du caporal conducteur de bulldozer.

***

En août 1994, trois mois après leur déploiement et conformément au mandat de l’ONU, les soldats de Turquoise quittent le Rwanda. Tous reviendront profondément meurtris, combien d’entre eux, comme le CCH Xavier Geoffroy, victime du syndrome de stress post-traumatique. On ne sort pas indemne de « l’apocalypse sur Terre », dixit le padre Kalka.

Dans un premier temps, la communauté internationale applaudit. Certes les hommes de Turquoise n’ont pu empêcher les massacres, perpétrés à plus de 90% avant leur déploiement ; certes des assassinats et exactions ont continué ; la France était seule, ses moyens limités… (2500 hommes…) reste que que des dizaines de milliers de Tutsis ont été sauvés, le travail des ONG facilité, au moins dans la zone contrôlée, un semblant de paix installé, permettant la reconstruction du pays.

Mais tout cela n’est rien pour des  journalistes avides de buzz, une presse anglo-saxonne qui relaie le discours officiel anti-français, un gouvernement Kagamé, désormais 100% tutsi, qui allume des feux francophobes un peu partout, profitant de l’écran de fumée pour liquider à qui mieux mieux les opposants, quand ce n’est pas massacrer les réfugiés hutus au Zaïre. Pour eux, les soldats français présents au Rwanda sont des génocidaires.

Et depuis 20 ans - à nouveau début 2016 - ces soldats sont convoqués devant la justice pour répondre de leur « crime ».

Tristement, et dans une indifférence nationale quasi générale, la chasse aux boucs émissaires se poursuit.

***

220x220-ct.jpgNé en 1943, Jean-Claude Lafourcade intègre Saint-Cyr, promotion « Serment de 14 ». Il fait sa carrière dans les Troupes de Marine, 21e RIMA, 3e RPIMa. En 1974 il est aide de camp du GAL Bigeard au Secrétariat d’état à la Défense, puis  chef de corps du 8e RPIMa. En 1994, alors Général de Brigade, adjoint à la 11e Division parachutiste, il est désigné pour prendre le commandement de l’opération Turquoise au Rwanda, sous mandat de l’ONU. Général de corps d’armée, commandeur de la Légion d’Honneur, il est placé en 2ème section en 2003. Face aux multiples attaques et procès, il fonde l’association France-Turquoise en 2006, destinée à défendre l'honneur de l'armée française au Rwanda. Le GAL Lafourcade est marié et père de deux enfants.

Site de l'association France-Turquoise ici.

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ISBN 978-2262031282 – Format 21,1 x 14,2 216 pages.

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Aux éditions Perrin

Le livre est malheureusement épuisé ; à dénicher sur la marché de l’occasion, par exemple ici.

Pour d’autres livres de « Ceux de Turquoise », voir ici.

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Interview du Général Jean-Claude Lafourcade

7.4.2014

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En novembre 2015, 21 ans après les faits, des associations, autoproclamées défenderesses des droits de l’homme, ont renouvelé leur plainte pour complicité de génocide contre des officiers de Turquoise, pour ne pas avoir sauvé plusieurs centaines de Tutsis à Bisesero.

Le Général Lafourcade a été convoqué une nouvelle fois par la Justice en janvier dernier.

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En 1996, le gouvernement rwandais, désormais exclusivement tutsi, décide de démanteler les camps de réfugiés hutus au Zaïre. Il attaque les campements. L’opération fait de 40 000 à 200 000  morts selon les sources.  Nous n’avons pas connaissance de procédures judiciaires sur ces faits, par les associations susnommées, à l’encontre des soldats de Kagamé.

D’ap. "Perdus dans la forêt", traduction française par Wolfgang Blam - Taz (Allemagne) 28.8.2010.

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Dans cette réalité rwandaise, comme c’est souvent le cas en Afrique, mais aussi ailleurs - on l’a vu en ex-Yougoslavie - il n’y a pas de place pour le manichéisme, pour une vision angélique des uns et diaboliques des autres. Comme l’écrit Jean d’Ormesson dans un article paru dans le Figaro, le 21 juillet 1994. : « S’il faut tirer une leçon du Rwanda, c’est que les hommes sont tous coupables et qu’ils sont tous innocents. Il n’y a pas de bons et de mauvais. Il n’y a que l’engrenage de la haine et de la violence. »

COL Jacques Hogard, commandant la ZHS au Rwanda pendant l’opération Turquoise.

 

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Au Cercle national des Armées, fiers de nous afficher au côté du Général Lafourcade.

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Hommage à Ceux de Turquoise.

« J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.

Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »

Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc.

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A la mémoire de toutes les victimes de la guerre civile au Rwanda.

« Si vous cherchez un coupable, commencez par vous demander à qui a profité le crime. »

Bon sens populaire.

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Etre accusé de génocide, c’est être accusé du pire des crimes (…) Ce n’est pas seulement une insulte faite à mon honneur de citoyen. C’est une blessure au plus profond de mon être. Le Rwanda, en 1994, je peux dire : j’y étais. Le génocide, je l’ai touché. Je l’ai côtoyé. Ce que j’ai vu a définitivement changé ma vie. Je sais exactement de quoi je parle. Pas d’un concept, pas d’un crime imaginaire déclaré odieux dans un salon mondain. J’ai en tête les images très précises de ce dont on voudrait m’accuser. Je pense être un homme équilibré ; malgré tout, je sais avoir été définitivement marqué par cette expérience. Aujourd’hui, c’est là, au fond de moi, que l’on vient me meurtrir.

Et je ne suis pas seul. Je pense à tous les soldats de Turquoise. Nous avons agi dans un environnement d’une complexité rare, sans cesse confronté à l’horreur.

Les soldats qui ont servi au Rwanda en 1994 ne méritent pas une telle infamie.

Général Jean-Claude Lafourcade