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15/07/2017

« Ceux de 40 »

« Routes de sable et de nuages », GAL (2s) Claude Le Borgne, éd. Albin Michel

« La gloire de nos pères », CNE (er) Didier Hertoux, autoédité

« Les canons étaient sous le bureau », Pierre Andolenko, éd. Librinova

« 2 710 jours », Sapeur Lucien Violleau, éd. Les Archives dormantes

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation des auteurs – Droits réservés.

 

A la mémoire de mes grand-pères Roger Broquet et Maurice Camut, 69e BC, et de mon oncle Pierre Dusausoy, 2e RSA, combattants de 40.

 

 

Combien d’hommes admirables, et qui avaient de très beaux génies, sont morts

sans qu’on en ait parlé ?

La Bruyère

 

Ils étaient de la bonne bourgeoisie provinciale, nés pour porter gants blancs et Casoar, ou maçons aux mains calleuses. Ils étaient descendants de boyards, à leur aise au Ritz, ou petits paysans vendéens guinchant aux bals musettes …

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Tout les éloignait, si ce n’est cet orage grondant à l’Est, discours éructant, bannières claquant au vent. Alors, les uns comme les autres ont pris les armes et ont combattu. Nous connaissons l’issue : la guerre fut drôle, puis éclair.

Certes personne n’a oublié la défaite de 40. Par contre, les hommes qui ont mené le combat, on en parle bien peu. On les a presque moqués ! Qui d’ailleurs connait le nombre de soldats français tués en mai-juin 40 ? 60 000 en 5 semaines ! Et 120 000 blessés. C’est beaucoup pour une armée qui, d’après nos « facétieux » amis anglo-saxons, aurait immédiatement agité le drapeau blanc…

Pour l’illustrer, voici quatre beaux récits qui ont le mérite, outre de réparer une injustice criante, d’aborder des parcours variés : 2ndes classes ou officiers, fantassins, sapeurs, cavaliers, légionnaires ou marsouins ; certains, après la bataille, se remettant de leurs blessures ou survivant tant bien que mal dans les stalags, d’autres participant à la glorieuse victoire finale ou à la défense de l’Empire. Après-guerre, ils retrouveront leurs chantiers de maçonnerie, leurs champs de blé, ou mèneront d’autres combats, dans les rizières et le bled. Ainsi va la vie.

Ils garderont cependant tous ce point commun : l’honneur d’avoir défendu la patrie. Combien peuvent s'en honorer ?

Hommage à « Ceux de 40 ».

« Routes de sable et de nuages », GAL (2s) Claude Le Borgne, marsouin, méhariste, para-colo.

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Tirailleurs sénégalais, 1940. Photo ECPAD

C’est au mois de juin [40] que nous montâmes en ligne, si l’on peut ainsi dire d’un front qui, rompu, n’existait plus et que le haut commandement s’efforçait de rétablir de cours d’eau en cours d’eau. Le nôtre fut la Dordogne (…) Ma section fut chargée de défendre un pont au droit d’un charmant village. N’ayant de voisin visible ni d’un côté, ni de l’autre, ma responsabilité me parut immense. J’étais décidé à l’assumer.

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Tirailleur sénégalais, 1940. Photo ECPAD

Le pont était de petite taille mais suspendu et je n’avais les moyens ni de le défendre ni de le faire sauter. J’entrepris de déposer les poutres du tablier, travail qui n’excédait pas la force de mes trente Africains. Quand il comprit ce que j’avais décidé de faire, la maire du village tenta de s’interposer. Il fit valoir au gamin que j’étais que la guerre était perdue et que sauver l’honneur ne valait la destruction de son village, promise par la stupide résistance que je préparais.

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Claude Le Borgne en Mauritanie, après la Bataille de France

J’étais jeune il est vrai [18 ans]. Face au maire et sans la moindre hésitation, je sortis de son étui mon pistolet et, l’en menaçant, lui déclarais que la mission que j’avais reçue serait accomplie, quoi qu’il en coûte à son charmant village. Telle fut, dans cette malheureuse campagne, la seule occasion que j’eux de mettre l’arme au poing.

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Plutôt qu'une autobiographie classique, « Route de sable et de nuages » s'apparente à un recueil de pensées, nées de la longue, brillante et quelque peu atypique carrière du général marsouin Claude Le Borgne : Saint-Cyrien au cursus écourté par la Blitzkrieg, sous-lieutenant tout minot (18 ans), il est lâché avec une poignée de tirailleurs sénégalais "à vue de nez" dans la débâcle de 40. Reprenant son cursus d’officier en Afrique du Nord, la reconquête métropolitaine se passera de lui : il est méhariste dans les sables de Mauritanie, au contact, avec ses goumiers et tirailleurs, des tribus-seigneurs maures. Abandonnant ses "chameaux" pour les ailes de Saint-Michel, il fait la campagne d'Indochine comme para. C'est ensuite l'Algérie, qui le laisse meurtri. Il poursuit cependant sa carrière, à Madagascar, puis dans l'Europe nucléarisée de la Guerre-Froide.

Du haut de ses 94 vaillants printemps, beaucoup d'humour, de recul et de sens de l'analyse. Un livre profond, qui s'avère le témoignage remarquable -distillant un rien de nostalgie- d'un militaire trait d’union entre France d'hier et d'aujourd'hui.

Claude est le frère du GAL Guy Le Borgne, autre figure de l'Armée française. 

Aux éditions Albin Michel.

Disponible chez votre libraire préféré(e), éventuellement sur commande, ou sur les sites du Net.

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Avec le GAL Claude Le Borgne, grand monsieur, au Salon des Ecrivains-Combattants 2016

Il est bien connu que le vieillard, sentant sa mort prochaine, voit le monde courir à sa perte du même pas que lui. Nul n’ajoute foi à ses jérémiades. Il en va toujours ainsi.

Pourtant, le tocsin que branle le vieux pourrait bien être, pour la première et dernière fois, le bon.

Essayons, fût-ce sans espoir, de le faire entendre…

***

« La gloire de nos pères », CNE (er) Didier Hertoux

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René Brondeau, 1er RCA, au Maroc avant-guerre

11 mai - On pouvait lire maintenant, sur chaque visage, la même anxiété. Les Allemands n’étaient pas loin. Plus bas, des maisons écroulées fumaient depuis des heures. Dès que la nuit tombait, la même peur, la même angoisse, étreignait les sentinelles.

12 mai - Les canons des panzers tiraient sur leurs défenses ébranlant la terre qui se soulevait dans un vacarme d’apocalypse. Après des heures de combat les hommes avaient senti l’épuisement les gagner, mais ils résistèrent courageusement. René vit tomber deux camarades. L’un d’eux gémissait. L’autre semblait avoir été tué. Ils parvinrent à repousser l’ennemi mais au prix de dizaines de tués. Le régiment avait perdu surtout des appelés, des pères de famille. René en fut très ému. Il s’était immédiatement identifié à ces soldats tués, car il était père lui aussi, et depuis si peu !

13 mai - Les panzers apparurent. C’était une gigantesque armada bruyante et enfumée, qui fonçait droit vers le régiment…

Didier Hertoux d’ap. René Brondeau, sur la ligne de front Trilemont-Huy

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A gauche René Hertoux, cuisinier et trompette du 91e RI, 1938

Sommes-nous toujours à la même heure ? Que faut-il que je fasse pour que les heures se remettent en marche ? J’ai comme un souvenir ou une sensation, ou une vision qui m’effleure et qui monte et se diffuse comme de la vapeur autour de mon corps. Dans le ciel il y a des nuages d’eau et de chaleur. Et dans cette buée, je vois la tristesse des soldats se mélanger. On ne peut plus rien distinguer mais la tristesse fait une passerelle entre les soldats. Mais ces soldats ne bougent pas. Ils attendent tout le temps. Et puis, à un moment, ils disparaissent tous. Je ne les vois plus. Je suis triste de ne plus les voir, mais je ne sais pas pourquoi. Et je sens qu’eux aussi, ça les rend triste. Je suis au pays de nulle part, au pays du temps qui se perd. Que se passe-t-il ? J’ai envie de m’enfuir de moi et de me faufiler dans un univers heureux, comme dans un rêve. Ça y est ! J’y suis ! (…) Je reconnais la ferme. Mais je n’entends rien. C’est bizarre. Il y a quelque chose qui n’est pas normal.

René Hertoux à l’hôpital, après ses trois graves blessures reçues au combat.

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Didier Hertoux, ancien officier para des Forces Spéciales, aurait pu aborder sa propre carrière (on le souhaite, cela dit en passant…), et pourtant il a choisi de retracer les parcours de son père René Hertoux, 91e RI, 124e RI, et de son beau-père René Brondeau, 1er RCA, 11e RDP, 1er GFM, pendant la campagne de France, la défaite, l'internement dans les Stalags.

Ces deux René, humbles bonnes gens, se sont comportés avec un immense courage : le premier est grièvement blessé au combat, plusieurs camarades tués à ses côtés ; le second lutte avec le 11e Régiment de Dragons Portés, laminé par la déferlante des panzers et des Stukas, puis avec le 1er Groupe Franc du CNE de Neuchèze auprès des cadets de Saumur. Fait prisonnier, il s’évade de son stalag ; repris, il est envoyé à Rawa-Ruska et n’est libéré qu’en 45.

Jamais sans doute les deux René n’auraient imaginé faire l’objet d’un livre. Et pourtant il existe bel et bien, ce livre (et est de plus fort joliment écrit.). Une belle œuvre de mémoire.

Disponible auprès de l'auteur (18,50€ port compris - bénéfices au profit de l'association des blessés de l'Armée de Terre). didier.hertoux @ gmail.com. Bon de commande ici.

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1985, René Hertoux reçoit la médaille militaire. Trop ému, son discours est lu par son fils Didier

Un soldat sort sa blague à tabac. D’un index dur il bourre sa pipe. Un autre, entre ses doigts courts et noueux, roule habilement une cigarette. Sous la peau cornée de leur pouce, la molette râpeuse d’un briquet fait jaillir la flamme. Ils ont des mains d’ouvrier, des mains de paysan ; un type d’homme commun tiré à des milliers d’exemplaires à travers l’Europe. Un type d’homme identique à ceux d’en face.

René Hertoux, mai 40

***

« Les canons étaient sous le bureau », Pierre Andolenko, fils du GAL Serge Andolenko, légionnaire

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Dimitri Amilakvari, Serge Andolenko et sa mère

C’est là qu’est grièvement blessé mon ami de toujours, le prince Obolenski, engagé lieutenant du 12e Régiment Etranger, deux balles de mitrailleuse dans le poumon, pour avoir ramené sur son dos son capitaine blessé entre les lignes.

C’est là qu’est exécuté d’une balle dans la nuque mon camarade de promotion Alain Speckel, avec sept autres officiers et deux de ses hommes, pour avoir tenté de protéger ses tirailleurs sénégalais du massacre par les allemands.

C’est là, à Stonne, bataille oubliée alors que l’une des plus dures de la seconde guerre mondiale, selon les Allemands eux-mêmes, que les 42 000 Français du 21e Corps d’Armée tiennent tête aux 90 000 Allemands des VIe et XVe Korps. Du 15 au 17 mai, le village est pris et repris 17 fois.

C’est juste à côté, à La Horgne, que la 3e Brigade de Spahis marocains et algériens, à cheval, affronte une brigade de la 1ère Panzer Division.

C’est là que se distingue le Général Juin lors de la défense de Lille, retardant les Allemands vers Dunkerque, permettant aux Anglais de s’éclipser.

C’est là que le Général de Lattre de Tassigny, commandant la 14e DIM, se bat pied à pied du début à la fin de la campagne jusque dans la région de Périgueux, resté invaincu.

C’est là que la ligne Maginot, prise à revers, se bat pour certains ouvrages jusqu’après l’armistice.

C’est là que l’Armée des Alpes réduit à néant l’attaque italienne et bloque les Allemands devant Grenoble.

C’est là que l’Armée de l’Air abat près de 1 000 avions allemands qui feront défaut pour la Bataille d’Angleterre

C’est là que meurent près de 100 000 Français, en cinq semaines.

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Voici une bien jolie biographie : celle du Général Serge Andolenko, par son fils Pierre. Personnage haut en couleur, Russe-blanc réfugié en France, Saint-Cyrien, le général a servi aux 1er, 3e, 4e, 5e et 6e RE, et comme homme du Renseignement, 2ème bureau de la 3e DIA. Pacification du Maroc, du Levant, Syrie face aux Australiens et Français Libres (dont son camarade le Légionnaire-prince Amilakvari, dans le camp gaulliste – chapitre certes dramatique de l’histoire française, mais qui nous vaut de savoureuses anecdotes, Amilakvari et Andolenko réussissant à se contacter au téléphone, d’un côté du front à l’autre, grâce à un légionnaire [« - Comment as-tu fait ? - Je m’ai démerdé »] et s’arrangeant pour que leurs hommes ne se retrouvent pas face à face et obligés au combat !). Revenu dans le giron allié, c’est la glorieuse campagne d'Italie et la reconquête de la France. Chef de corps du 5e Etranger pendant la guerre d'Algérie, il vit la guerre-froide comme attaché militaire à Vienne.

On peut s'étonner que son nom ne résonne pas avec plus d'éclat, si ce n'est à la Légion. Mais il est vrai qu'une certaine omerta a perduré pour les officiers restés fidèles au gouvernement de Vichy. Triste ; le devoir de mémoire ne peut être sélectif.

Ajoutons que le texte de Pierre est très complet, tout en se lisant comme un roman d’aventure (c’est un compliment).

La première édition du livre est épuisée, mais une seconde est en projet avec un nouvel éditeur. Nous contacter pour mise en relation avec l'auteur.

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Avec Pierre Andolenko, 2016

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Entre deux attaques, passé en deuxième ligne, je déjeune avec trois de mes lieutenants. Nous sommes sur une crête, pour rester attentif à tout mouvement possible. Au milieu du casse-croûte, l’artillerie commence à tirer et nous voyons, à intervalles réguliers, des paquets d’obus remonter vers nous. La dernière volée tombe à moins de cent mètres. Et là, quelques secondes qui durent des siècles, et dans la tête : « Lequel d’entre nous va se coucher le premier ? Pas moi en tous cas, j’aurais trop l’air d’un con ! ». Et nous nous regardons tous dans les yeux. Et nous nous disons tous, les uns aux autres « Je suis mort de trouille, mais je ne me coucherai pas ! ». Et la volée suivante tombe sur la crête, derrière nous. Stupide, bêtise, mais qu’est-ce qu’on est bien vivant après ça !

***

« 2 710 jours », Sapeur Lucien Violleau, 8e RG, 1ère CMT, 38e RG

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Sapeur Lucien Violleau

Janvier 1937 – Dimanche soir, bal de la Saint-Vincent à la salle des fêtes. Pas de permission de spectacle car « garde d’écurie », mais cela ne m’a pas empêché d’y aller et de me coucher à deux heures du matin. Une visite du lieutenant-colonel vétérinaire est annoncée pour la semaine suivante. Pansage et fayotage. Dimanche soir, permission de spectacle : bal à Saint-Martin, retour à trois heures du matin. Aventure survenue à Théveneau sur le bord d’un mur avec une pétasse de Montoire : fou rire tout le lundi.

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Sapeur Lucien Violleau

Mai 1940 – Un violent bombardement m’a fait passer des minutes terribles ; les premiers obus allemands sont tombés à cinq cent mètres de nous (…) J’ai juste le temps de traverser la route pour rejoindre le central [de communication], un premier obus est tombé à cinquante mètres, puis se rapprochant, une douzaine, dans un rayon de 20 mètres. Un autre est tombé au centre du village, enflammant une maison. Enfin, le plus terrible est tombé dans un angle de grange, à l’endroit même où s’était réfugié le sergent-chef Duny. L’obus lui coupe un bras, près de l’épaule, et le pauvre chef expire quelques minutes après. Une drôle de panique s’ensuit (…) Toutes les lignes téléphoniques sont coupées.

Tout laissait prévoir ce bombardement… Le quartier général entier de la division et beaucoup d’officiers s’étaient installés, avec toute les lignes téléphoniques, très en vue du terrain occupé par les Boches. En un mot, tous les soldats croient, soit à une trahison, soit à un haut-commandement incapable. Le moral est à zéro.

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Chambrée de Stalag

Décembre 1944 – Un certain soir de décembre 1940, je débarquais sur la terre ennemie. Quatre années de captivité dans le pays chleu. Combien d’heures de découragement, de désespoir, tristes, inhumaines ? Malmené, travail par tous les temps, à contrecœur, contre mon intérêt. Combien d’injustice, de privations, matérielles et morales, de réflexions moqueuses et insolentes endurées ? Combien d’heures de bonheur, de joies perdues et qui ne se rattrapent jamais ? Combien de larmes, de soupir au pays ? Quel poids de haine un cœur de prisonnier peut-il accumuler, pendant quatre longues années, contre ses inhumains geôliers ?

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Lucien Violleau prisonnier en Allemagne

Mars 45 - A six heures du soir passe à toute allure une chenillette allemande descendant du front. Peu après, c’est des chars des autos, à toute allure également. Puis arrive une grande nouvelle, apportée par un soldat allemand à pied, sale, dans un état poussiéreux incroyable, boitant, avec un soulier sans talon. Et voici la nouvelle, bonne, à tel point bonne qu’on a tous douté, même devant la réalité de la fuite éperdue. Et cette nouvelle, dont on aurait tous chanté et dansé de joie, la voici : les Américains sont à six kilomètres ! Ce soldat allemand nous dit : « Maintenant la guerre est finie, enfin, c’est temps ».

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« 2710 jours » est le journal intime d'un jeune agriculteur vendéen, conscrit de 1937, emporté dans la tourmente de 40 et qui passe 5 ans en captivité en Allemagne. De l’insouciance, voire l’ennui, du service militaire, ponctué heureusement par les bals musettes, au travail forcé, le froid, la faim, les brimades des Stalags, en passant par la drôle de Drôle de Guerre et l’ouragan de la Blitzkrieg. Le texte, écrit à l’origine sur des cahiers d’écolier, outre l’évident intérêt historique, rend le personnage extrêmement attachant. Une petite merveille de livre. Tout ce qu’on aime.

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Le petit-fils de Lucien, Damien Pouvreau (à l’origine de la publication du livre, qu’il nous a gentiment dédicacé, et qui a fourni les photos inédites qui illustrent cet article) s'est inspiré du journal de son grand-père pour composer l'album "2710 jours de ma jeunesse" et créer un spectacle musical, actuellement à l'affiche du Grenier à sel d'Avignon, tous les jours à 20h et jusqu'au 27 juillet, dans le cadre du festival d'Avignon (sélection pays de la Loire). Voir ici. Le devoir de mémoire prend de bien heureuses formes.

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Page FaceBook de Damien Pouvreau ici. Vidéo

« 2710 jours » est publié par Les Archives Dormantes, très sympathique maison.  Disponible ici.

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Lucien Violleau

Avril 1941 – Les civils allemands ont une foi sans limites dans la victoire finale, une admiration sans borne pour Hitler, qu’ils portent aux nues par leurs paroles et leurs gestes. Ils ont remplacé les formules de politesse "bonjour", "bonsoir", "au revoir", "salut" par le "Heil Hitler" qu’ils prononcent tout naturellement, à chaque instant avec grand respect. C’est le cri à la mode. Les hommes, en se saluant ainsi, lèvent la main "à la Hitler". La folie.

***

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Hommage

Aux combattants de 39-40

60 000 soldats français morts au combat,

7 500 Belges, 6 000 Polonais, 3 500 Britanniques, 3 000 Néerlandais, 1 300 Norvégiens,

150 000 blessés.

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2CL René Hertoux, 124e RI, vétéran de 39-40, blessé de guerre, médaille militaire, croix de guerre, citation à l’ordre de l’Armée, 3 citations à l’ordre du régiment.

La voie de l’honneur est un chemin étroit et peu fréquenté. Les plus anonymes y sont capables de coups d’éclats, et le banal peut se teinter de sublime. L’historien a fait son œuvre et pour décrire la débâcle de 1940 et l’effondrement de la France, il a analysé, recoupé, enquêté. Avec le recul, le sens de l’histoire peut se redessiner. Les héros discrets peuvent enfin y trouver leur place, car leur courage solitaire et obstiné force l’admiration.

« La gloire de nos pères », CNE (er) Didier Hertoux

 

 

 

 

13/05/2013

« Survivre au traumatisme », Colonel Jean-Yves Boyer, Sapeur, Ed. l’Harmattan

 

 

Cette chronique est dédiée à Delphine, épouse de Jean-Yves Boyer.

 

 

Nous éprouvions ce sentiment d'extrême liberté,

qui est l'apanage de ceux qui sont débarrassés de leur image,

et ont retiré du voisinage de la mort et de la cohabitation quotidienne avec la souffrance,

cette distance avec ce qui rend l'homme si petit et si étriqué.

 

« La chambre des officiers », Marc Dugain

 

 

Survivre au traumatisme, récit du Colonel Jean-Yves Boyer. Il y est bien question de survivre, dans un premier temps, puis de vivre, tout simplement.

 

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Vivre l’injustice.

 

Vous vous appelez Yohann Douady. Vous êtes envoyé au bout du monde par votre pays. Vous devez défendre un régime politique, que votre gouvernement considère comme allié de la France. Ce même gouvernement, votre allié donc, envoie son aviation bombarder vos frères d’armes. Votre ami meurt.

Vous trouvez cela injuste.

 

Vous vous appelez toujours Yohann Douady. Vous combattez en Afghanistan. Vous et vos frères d’armes survivez aux combats. Peu de jours avant votre rapatriement, une grenade explose accidentellement dans le camp, et tue votre ami.

Vous trouvez cela injuste.

 

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Engin-Blindé-Génie Valorisé, 19ème Régiment du Génie, Besançon - photo © 19ème RG

 

Vous vous appelez Jean-Yves Boyer, vous êtes Lieutenant-Colonel et revenez d’Afghanistan après une mission dont on connaît les dangers. Vous rendez visite à un régiment du Génie, votre arme de cœur, le 19ème RG de Besançon. Vous vous réjouissez d’un tour en EBG. Histoire de rajeunir. Votre tête dépasse de la tourelle. Incident technique : la trappe blindée se détache et vous fracasse la tête.

Vous trouvez cela injuste. 

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Après l’accident, hôpital de Besançon – photo © JY Boyer

 

Vivre ?

 

« Votre mari est sur une crête. Dans son cas, 20% des blessés tombent définitivement de cette crête dans les premiers jours. 80% continuent à avancer. »

 

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Retour à la maison - photo © JY Boyer

 

Vivre sa détresse.

 

« Plus de mastication, presque plus de parole, plus de respiration par les voies aériennes supérieures. Il me restait, normalement, encore l’odorat et la vue. Hélas… »

*

« Elle me trouva dans un état de stress, d’angoisse, de peurs et de larmes causés par les premiers instants d’incertitude générés en partie par l’enlèvement de la trachéotomie. »

*

« Comment vais-je m’en sortir ? Quand ? Si oui dans quel état final ? Serai-je toujours accepté et considéré par mes enfants ? Que vont penser mes amis, ma famille, mon entourage ? A quoi vais-je servir à mon retour au domicile ? Vais-je reprendre un jour un travail normal ? Que vont-ils faire de moi au bureau ? »

*

« Attendre, toujours attendre, avec ce sentiment sans cesse de tête posée sur un échafaud. »

 

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Visite du Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre - photo © JY Boyer

 

Me voir vivre.

 

« La première fois que je vis mon visage dans le miroir de la salle de bain (…) L’horreur absolue. »

*

« J’étais parvenu à un âge où l’enfant commence à se mouvoir seul avec ses quatre membres, dans son parc, entouré de ses jouets qui lui apportent des joies simples. »

*

« Peut-être m’étais-je aussi aperçu qu’après m’être longtemps senti  "supérieur" aux autres dans beaucoup de domaines, qu’après avoir connu durant plusieurs années tant de succès familiaux et professionnels, un accident grave m’avait ramené à une réalité basique, celle de n’être après tout qu’un homme physiquement fragile et potentiellement dépendant des autres. »

*

« - Après avoir vu l’état dans lequel tu te trouvais, j’ai dit à ma femme, une fois revenu chez moi, que si un jour la même situation m’arrivait, elle aurait intérêt à me débrancher.

-  Penses-tu toujours cela aujourd’hui ? 

Il resta silencieux. »

 

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Fête afghane - photo © JY Boyer

  

Vivre en père, en mari, en fils, en gendre.

 

« Je libérais ma main de celle de mes parents et la faisait passer par-dessus mon corps pour attraper la sienne, et la lui serrais quand elle me le demandait. »

*

« Elle a souvent craqué en cachette m’a-t-elle raconté par la suite, à la maison ou à son travail. Elle ne pouvait pas se comporter comme cela devant moi, car elle savait pertinemment que si je la voyais, cela pouvait nous entraîner dans la chute. »

*

« Retrouver cette place de père fût très long, et il me restera encore du chemin à parcourir, car cette épreuve de vie, presque achevée, laissera derrière des traces surement indélébiles. »

 

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2007, remise de la Légion d’Honneur, Jean-Yves Boyer et sa maman - photo © JY Boyer

 

Vivre dans l’Espérance.

 

Posons-nous plusieurs questions : Jean-Yves s’est-il battu pour lui-même ? Ce n’est pas si sûr. Pour sa femme Delphine et ses enfants ? Probablement, mais jusqu’à un certain point seulement. Par orgueil de militaire, d’homme ? Sans doute un peu, mais pas que. Par pur instinct de survie ? C’est probable car naturel ; encore que...

Bien des questions sans réponses franches. 

Alors ?

Et si, tout simplement, le Colonel Boyer s’était battu par espérance ?

Ne livre-t-il pas, avec son récit, toutes les clés pour qu’un homme, rencontrant un traumatisme comparable, survive et se reconstruise ?

Ne nous livre-t-il pas toutes les clés de l’espérance ?

 

 * * * 

 

22 - Remise de la citation le 14 juillet 2006.jpgIssu d’une famille de militaires, Saint-Cyrien, Jean-Yves Boyer s’engage en 1990 au 15ème Régiment du Génie de l’Air. En 2005, il est déployé en Afghanistan comme Adjoint Opération du Chef d’Etat-Major de la Brigade internationale de l’OTAN. C’est au retour de cette mission qu’il est très grièvement blessé. Spécialiste Génie, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, école de Guerre, sa carrière évolue de l’organisation opérationnelle aux ressources humaines, puis à la gestion du patrimoine militaire. Le Colonel Boyer est désormais Chef de la Division Gestion du Patrimoine de l'Etablissement du Service d'Infrastructure de la Défense. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 2007.

Merci mon Colonel pour l’accueil réservé à mes multiples sollicitations !

(Je sais, je me répète à chaque chronique, mais nos soldats ne sont-ils pas formidables ?).

 

Soutenez les éditeurs qui soutiennent nos troupes : Editions L’Harmattan

Pour vous procurer le livre, voir ici.

 

 

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Hommage

Au Capitaine Christophe Barek-Deligny, 3ème RG, mort pour la France en Afghanistan

Au Capitaine Benoît Dupin, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Lieutenant Valery Tholy, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant-Chef Nicolas Rey, 3ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

A l'Adjudant-Chef Mohammed El Gharrafi, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant Emmanuel Técher, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant Jean-Marc Gueniat, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent–Chef Laurent Mosic, 13ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent-Chef Svilen Simeonov, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent Damien Zingarelli, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Guillaume Nunes-Patego, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Facrou Housseini Ali, 19ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Kamel Elward, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Loïc Roperh, 13ème RG, mort pour la France en Afghanistan

Au 1ère Classe Goran Franjkovic, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Aux Sapeurs, Sapeurs de l’Air, Sapeurs Légionnaires, Sapeurs Parachutistes,  morts pour la France,

Aux blessés.

 

Hommage

 

A tous les soldats, morts accidentellement dans l’exercice de leur mission,

Aux blessés,

A leurs proches, sans lesquels aucune reconstruction psychologique n’est possible.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux protégés de Sainte-Barbe,

 

Fantassins, cavaliers, nos frères de combat, foncez dans la mêlée, sans crainte et sans peur !

Si le combat fait rage, surtout ne craignez pas les obstacles et les mines !

Nous serons toujours là pour vous ouvrir la route, nous les Sapeurs !

 

* * *

Un homme très pieux traverse le désert. Le Christ marche à ses côtés. Lorsqu’il se retourne, l’homme voit deux traces de pas sur le sable. Hélas, il s’égare. Ses vivres, puis son eau, s’épuisent. Perdu au milieu du désert, il désespère. Il se retourne alors, et ne voit plus qu’une seule trace de pas. A bout de forces, il sent sa fin approcher, mais, miracle ! Une oasis ! Il étanche sa soif, puis s’adresse au Christ : «  Seigneur, au moment où tout me semblait perdu, me retournant, je n’ai vu dans le sable qu’une trace de pas. Pourquoi, alors que j’avais le plus besoin de toi, m’avais-Tu abandonné ? ».

Le Christ lui répond : « Il n’y avait qu’une seule trace de pas, car je te portais ».

Libre interprétation de la parabole du désert d’Adhemar Pereira de Barros, poète brésilie

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Vous n’avez qu’une seule envie : celle de reprendre goût à la vie,

et démontrer ainsi que

vous êtes plus fort que cet accident.

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un soldat blessé, Sapeur, Génie, 19e RG