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13/05/2013

« Survivre au traumatisme », Colonel Jean-Yves Boyer, Sapeur, Ed. l’Harmattan

 

 

Cette chronique est dédiée à Delphine, épouse de Jean-Yves Boyer.

 

 

Nous éprouvions ce sentiment d'extrême liberté,

qui est l'apanage de ceux qui sont débarrassés de leur image,

et ont retiré du voisinage de la mort et de la cohabitation quotidienne avec la souffrance,

cette distance avec ce qui rend l'homme si petit et si étriqué.

 

« La chambre des officiers », Marc Dugain

 

 

Survivre au traumatisme, récit du Colonel Jean-Yves Boyer. Il y est bien question de survivre, dans un premier temps, puis de vivre, tout simplement.

 

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Vivre l’injustice.

 

Vous vous appelez Yohann Douady. Vous êtes envoyé au bout du monde par votre pays. Vous devez défendre un régime politique, que votre gouvernement considère comme allié de la France. Ce même gouvernement, votre allié donc, envoie son aviation bombarder vos frères d’armes. Votre ami meurt.

Vous trouvez cela injuste.

 

Vous vous appelez toujours Yohann Douady. Vous combattez en Afghanistan. Vous et vos frères d’armes survivez aux combats. Peu de jours avant votre rapatriement, une grenade explose accidentellement dans le camp, et tue votre ami.

Vous trouvez cela injuste.

 

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Engin-Blindé-Génie Valorisé, 19ème Régiment du Génie, Besançon - photo © 19ème RG

 

Vous vous appelez Jean-Yves Boyer, vous êtes Lieutenant-Colonel et revenez d’Afghanistan après une mission dont on connaît les dangers. Vous rendez visite à un régiment du Génie, votre arme de cœur, le 19ème RG de Besançon. Vous vous réjouissez d’un tour en EBG. Histoire de rajeunir. Votre tête dépasse de la tourelle. Incident technique : la trappe blindée se détache et vous fracasse la tête.

Vous trouvez cela injuste. 

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Après l’accident, hôpital de Besançon – photo © JY Boyer

 

Vivre ?

 

« Votre mari est sur une crête. Dans son cas, 20% des blessés tombent définitivement de cette crête dans les premiers jours. 80% continuent à avancer. »

 

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Retour à la maison - photo © JY Boyer

 

Vivre sa détresse.

 

« Plus de mastication, presque plus de parole, plus de respiration par les voies aériennes supérieures. Il me restait, normalement, encore l’odorat et la vue. Hélas… »

*

« Elle me trouva dans un état de stress, d’angoisse, de peurs et de larmes causés par les premiers instants d’incertitude générés en partie par l’enlèvement de la trachéotomie. »

*

« Comment vais-je m’en sortir ? Quand ? Si oui dans quel état final ? Serai-je toujours accepté et considéré par mes enfants ? Que vont penser mes amis, ma famille, mon entourage ? A quoi vais-je servir à mon retour au domicile ? Vais-je reprendre un jour un travail normal ? Que vont-ils faire de moi au bureau ? »

*

« Attendre, toujours attendre, avec ce sentiment sans cesse de tête posée sur un échafaud. »

 

12 - Entretien avec le chef d'état-major de l'armée de Terre.jpg

Visite du Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre - photo © JY Boyer

 

Me voir vivre.

 

« La première fois que je vis mon visage dans le miroir de la salle de bain (…) L’horreur absolue. »

*

« J’étais parvenu à un âge où l’enfant commence à se mouvoir seul avec ses quatre membres, dans son parc, entouré de ses jouets qui lui apportent des joies simples. »

*

« Peut-être m’étais-je aussi aperçu qu’après m’être longtemps senti  "supérieur" aux autres dans beaucoup de domaines, qu’après avoir connu durant plusieurs années tant de succès familiaux et professionnels, un accident grave m’avait ramené à une réalité basique, celle de n’être après tout qu’un homme physiquement fragile et potentiellement dépendant des autres. »

*

« - Après avoir vu l’état dans lequel tu te trouvais, j’ai dit à ma femme, une fois revenu chez moi, que si un jour la même situation m’arrivait, elle aurait intérêt à me débrancher.

-  Penses-tu toujours cela aujourd’hui ? 

Il resta silencieux. »

 

28 - Participation des afghans à la « Corrida de Noël ».jpg

Fête afghane - photo © JY Boyer

  

Vivre en père, en mari, en fils, en gendre.

 

« Je libérais ma main de celle de mes parents et la faisait passer par-dessus mon corps pour attraper la sienne, et la lui serrais quand elle me le demandait. »

*

« Elle a souvent craqué en cachette m’a-t-elle raconté par la suite, à la maison ou à son travail. Elle ne pouvait pas se comporter comme cela devant moi, car elle savait pertinemment que si je la voyais, cela pouvait nous entraîner dans la chute. »

*

« Retrouver cette place de père fût très long, et il me restera encore du chemin à parcourir, car cette épreuve de vie, presque achevée, laissera derrière des traces surement indélébiles. »

 

47 - Remise de la légion d'honneur le 20 septembre 2007 aux Invalides.jpg 

2007, remise de la Légion d’Honneur, Jean-Yves Boyer et sa maman - photo © JY Boyer

 

Vivre dans l’Espérance.

 

Posons-nous plusieurs questions : Jean-Yves s’est-il battu pour lui-même ? Ce n’est pas si sûr. Pour sa femme Delphine et ses enfants ? Probablement, mais jusqu’à un certain point seulement. Par orgueil de militaire, d’homme ? Sans doute un peu, mais pas que. Par pur instinct de survie ? C’est probable car naturel ; encore que...

Bien des questions sans réponses franches. 

Alors ?

Et si, tout simplement, le Colonel Boyer s’était battu par espérance ?

Ne livre-t-il pas, avec son récit, toutes les clés pour qu’un homme, rencontrant un traumatisme comparable, survive et se reconstruise ?

Ne nous livre-t-il pas toutes les clés de l’espérance ?

 

 * * * 

 

22 - Remise de la citation le 14 juillet 2006.jpgIssu d’une famille de militaires, Saint-Cyrien, Jean-Yves Boyer s’engage en 1990 au 15ème Régiment du Génie de l’Air. En 2005, il est déployé en Afghanistan comme Adjoint Opération du Chef d’Etat-Major de la Brigade internationale de l’OTAN. C’est au retour de cette mission qu’il est très grièvement blessé. Spécialiste Génie, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, école de Guerre, sa carrière évolue de l’organisation opérationnelle aux ressources humaines, puis à la gestion du patrimoine militaire. Le Colonel Boyer est désormais Chef de la Division Gestion du Patrimoine de l'Etablissement du Service d'Infrastructure de la Défense. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 2007.

Merci mon Colonel pour l’accueil réservé à mes multiples sollicitations !

(Je sais, je me répète à chaque chronique, mais nos soldats ne sont-ils pas formidables ?).

 

Soutenez les éditeurs qui soutiennent nos troupes : Editions L’Harmattan

Pour vous procurer le livre, voir ici.

 

 

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Hommage

Au Capitaine Christophe Barek-Deligny, 3ème RG, mort pour la France en Afghanistan

Au Capitaine Benoît Dupin, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Lieutenant Valery Tholy, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant-Chef Nicolas Rey, 3ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

A l'Adjudant-Chef Mohammed El Gharrafi, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant Emmanuel Técher, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’Adjudant Jean-Marc Gueniat, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent–Chef Laurent Mosic, 13ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent-Chef Svilen Simeonov, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Sergent Damien Zingarelli, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Guillaume Nunes-Patego, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Facrou Housseini Ali, 19ème RG, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Kamel Elward, 17ème RGP, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Loïc Roperh, 13ème RG, mort pour la France en Afghanistan

Au 1ère Classe Goran Franjkovic, 2ème REG, mort pour la France en Afghanistan,

Aux Sapeurs, Sapeurs de l’Air, Sapeurs Légionnaires, Sapeurs Parachutistes,  morts pour la France,

Aux blessés.

 

Hommage

 

A tous les soldats, morts accidentellement dans l’exercice de leur mission,

Aux blessés,

A leurs proches, sans lesquels aucune reconstruction psychologique n’est possible.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux protégés de Sainte-Barbe,

 

Fantassins, cavaliers, nos frères de combat, foncez dans la mêlée, sans crainte et sans peur !

Si le combat fait rage, surtout ne craignez pas les obstacles et les mines !

Nous serons toujours là pour vous ouvrir la route, nous les Sapeurs !

 

* * *

Un homme très pieux traverse le désert. Le Christ marche à ses côtés. Lorsqu’il se retourne, l’homme voit deux traces de pas sur le sable. Hélas, il s’égare. Ses vivres, puis son eau, s’épuisent. Perdu au milieu du désert, il désespère. Il se retourne alors, et ne voit plus qu’une seule trace de pas. A bout de forces, il sent sa fin approcher, mais, miracle ! Une oasis ! Il étanche sa soif, puis s’adresse au Christ : «  Seigneur, au moment où tout me semblait perdu, me retournant, je n’ai vu dans le sable qu’une trace de pas. Pourquoi, alors que j’avais le plus besoin de toi, m’avais-Tu abandonné ? ».

Le Christ lui répond : « Il n’y avait qu’une seule trace de pas, car je te portais ».

Libre interprétation de la parabole du désert d’Adhemar Pereira de Barros, poète brésilie

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Vous n’avez qu’une seule envie : celle de reprendre goût à la vie,

et démontrer ainsi que

vous êtes plus fort que cet accident.

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un soldat blessé, Sapeur, Génie, 19e RG