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22/09/2013

"Au service de l'espoir", CNE Philippe Stanguennec, CoTAM, Ed. L'Esprit du livre

 

Photos et extraits publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

 

 

“Kabul tower, this is Cognac 05. Gooooooooood morning Kabul !” 

Capitaine Philippe Stanguennec, en approche de l’aéroport de Kaboul.

 

 

Ah Stang ! Sacré bonhomme ! Dès nos premiers échanges, il me faisait marrer. J’attendais donc avec impatience de me lancer dans son récit « Au service de l’espoir » : 12 ans à parcourir le monde comme pilote de Transall…

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Tout y est : l’exotisme, les soirées arrosées au bar du CoTAM (*), la fraternité d’armes, la franche rigolade, les drames aussi…

Le Capitaine Philippe Stanguennec a le chic pour rendre à la perfection cette ambiance, utilisant beaucoup le dialogue, maniant l’humour quand il le faut, distillant le stress lors des vols chaotiques…

« Au service de l’espoir », un bien beau récit, qui va ravir tous les fans de l’Armée de l’Air et au-delà !

(*) Commandement du Transport Aérien Militaire, rebaptisé Force Aérienne de Projection. 

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Stang aux commandes de son Transall

 

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Bon vol !

  

Aller, commençons par rigoler de bon cœur…

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© P. Stanguennec

 

A N’Djamena, discussion matinale au mess, avec un serveur tchadien.

- Qu’est ce qui ne va pas ce matin Joseph ?

- Les blancs, vous là, vous n’êtes pas gentils !

- Comment ça pas gentils… mais on ne t’a rien fait.

- Mais ce n’est pas vous, ce sont les gérants, là !

- Pourquoi ils ne sont pas gentils avec vous ?

- Hier soir, ils nous ont réunis dans la grande cuisine et ils nous ont demandés de nous déshabiller.

- Ah bon ? Et pourquoi ?

- Pour quelqu’un qui avait volé du fromage… et ils nous ont tous fouillés un à un. Ils étaient très méchants.

- Et alors ?

- Ils ont trouvé le voleur. Il avait tout caché dans son slip. Mais ce n’est pas une raison.

  

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En Centrafrique, la tourista, ce n’est pas rigolo du tout du tout. On ne se moque pas, hein…

Les maux de ventre déciment un par un l’équipage : consultations à l’infirmerie et régime banane ou riz. Saint-Immodium, Saint-Spasfon et Saint-Ercefuril, priez pour nous !

Cela dure deux ou trois jours. Entre-temps, il faut quand même assurer les vols. C’est ainsi que l’on a déterminé un point équidistant entre deux toilettes : celles de la villa [où nous logeons] et celles de l’aéroport. C’est un carrefour au centre-ville. Avant, on fait demi-tour, après, on continue. Sur la route, en se rapprochant du point de décision, tous les regards se portent sur le maillon faible : il est de couleur cramoisie et transpire à grosses gouttes…

  

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En Martinique, on ne se moque toujours pas, on « compatit » avec les copains restés en métropole :

Face à une mer turquoise, tout l’équipage est attablé au Kontiki. Nous sirotons un jus de banane tout en consultant la carte. En hommage à nos camarades aviateurs restés en métropole et qui viennent de rentrer dans la froidure de l’hiver, nous respectons une minute de silence. 

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Au Gabon, un petit énergumène manque d’être transformé en steak haché...

Nous survolons la brousse et apercevons le plateau où se trouve l’aéroport. Installé en finale, Pépi réduit sa vitesse, demande la sortie des éléments et du train d’atterrissage. Au seuil, je distingue un point qui se révèle être un gamin sur un vélo. « Mais qu’est-ce qu’il fait celui-là ? Y voit pas qu’on va se poser ? » En courte finale, v’la ti pas notre régional de l’étape qui entame un kilomètre lancé. Il fait la course avec nous ! « Remise des gaz ! » Nouvelle présentation. Le gamin est revenu au point de départ, pied gauche armé, prêt à enfoncer sa pédale. Pas de doute, il s’amuse comme un petit fou. Il va m’entendre celui-là ! En très courte, le gamin est à 200 mètres devant nous, sur la ligne centrale. Impossible de se poser sans l’écrabouiller… « Remise des gaz ! ».

 

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Et toujours au Gabon, on voit que le Contrôleur des armées a lui aussi de l’humour…

Stang doit transférer le contrôleur des armées. Un monsieur important, n’est-ce pas ? Petit souci cependant, ses insignes de grades sont particuliers, peu connus, et peuvent être pris pour ceux d’une autre fonction…

En montant, le contrôleur des armées trébuche sur le chef de soute en train de bricoler. Surpris, le jeune chef se retourne et apercevant subrepticement les insignes sur l’uniforme : « Oh excusez-moi ! Bienvenue à bord mon père ! ». Le contrôleur, un rien surpris mais sans se démonter : « Merci mon fils. Dieu vous bénisse ! ».

 

 

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Reste que, évidemment, la vie n’est pas un long vol tranquille. Et quand le ciel se met en colère, ça craint…

En Côte d’Ivoire, lors d’un vol Abidjan-Kortego

- Tu as vu devant ?

- Ouais…

Une grosse barrière de cumulonimbus nous barre la route, comme si nous étions au pied de l’Himalaya. Deux solutions : passer à travers ou en dessous. Au-dessus, difficile, les cumus montent très haut. A travers, nous allons givrer et nous faire chahuter.

- On passe dessous !

(…)

Phil se démène avec les contraintes géographiques et météorologiques pour nous trouver une route dans ce merdier.

(…)

La pluie redouble de violence. La visibilité se casse la gueule. La nuit va finir par tomber complètement. Nos zigzags nous retardent. Le carburant s’épuise et nos nerfs aussi.

(…)

- Bon aller, on arrête les conneries, cela ne donnera rien. On remonte en altitude

(…)

Le Transall monte vers la voute céleste. A ce petit jeu les illusions sensorielles sont redoutables. Je me force à croire nos instruments (…) car mes sens me disent que je suis en descente à forte inclinaison…

Au final, l’équipage décide de rebrousser chemin.

Il vaut mieux un beau demi-tour, qu’une belle frayeur, voire pire.

 

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Le crash du R155

 

Et la grande frayeur, Stang, Patrick  et Vincent la vivent en 1996, au retour d’un vol censé être banal [y en-a-t-il ?], de Villacoublay à Orléans

20h 27mn 30s : Arrêt moteur 1.

20h 27mn 34s :

- Le moteur 2 déroule ! Il s’est coupé !

Mon cœur fait un bon. Là, la situation devient extrêmement grave. Nous sommes maintenant en détresse, sans visibilité, sans moteur, à une hauteur d’environ 150 mètres.

(…)

Je lance un message de détresse. Je n’ai pas le temps de le terminer que tous les éclairages, l’ordinateur de bord et les écrans de navigation s’éteignent en même temps.

(…)

Nous nous retrouvons dans l’obscurité. Je regarde dehors, la nuit noire et glaciale me transperce. L’hélice droite mouline sans vie. Le silence de notre appareil en perdition est assourdissant.

Quelques secondes plus tard, le Transall se crashe en bordure d’autoroute, lieu-dit Chevilly. Les trois hommes sont blessés, mais vivants. Dieu a laissé à Stang le temps de profiter de son premier bébé, sa femme devant accoucher peu de temps après.

Afin d’exorciser le crash, le même équipage sera reformé pour un prochain vol. Imaginez les liens unissant désormais les trois miraculés !

Mais il n’y a pas que les éléments et les pannes mécaniques pour faire monter l’adrénaline…

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Séquence de leurres

Pour échapper à une menace, un aéronef poursuivi par un missile (guidé par la signature thermique de l’avion) peut éjecter des leurres constitués d'un matériau dégageant une forte chaleur en se consumant. Ceci a pour effet de tromper le missile et le détourner vers les leurres. Le déclenchement est automatique, dès que le système de contre-mesure a repéré une attaque potentielle.

 

L’équipage, prévenu par une alarme, n’a qu’une poignée de secondes pour réagir avant l’impact et changer brutalement de trajectoire. En sus, en vol de guerre comme au-dessus de l’Afghanistan, deux observateurs scrutent le sol.

Ambiance :

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En approche de l’aéroport de Kaboul - © P. Stanguennec

 

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!

- Alerte missile ! Alerte missile ! Une séquence [de leurres] est partie !

Topper débraye le pilote automatique et vire à gauche, tentant de s’éloigner du site probable du tir.

Rien d’autre. Les observateurs n’ont rien remarqué.

(…)

En cabine, la tension monte rapidement à son paroxysme du fait que les actions à entreprendre sont limitées et que le temps pour les réaliser plus que symbolique : nous ne disposons que de 5 secondes avant l’impact.

- C’est notre troisième séquence en cinq missions ! On est partis pour battre un record, lance Topper.

- Ouais, mais c’est quand même pas trop cool, répond Thierry.

(…)

La lumière du roi Soleil fait place à une belle nuit étoilée. Nous attendons la frontière [tadjike] pour pouvoir nous relâcher un peu.

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!

Tout le monde fait un bond.

Les observateurs nous confirment qu’ils n’ont rien vu venant du sol, mais la séquence de leurres est bien partie.

(…)

Ma résistance nerveuse commence à être éprouvée.

(…)

Enfin la frontière. Je me cale bien dans mon siège pour terminer le plus agréablement possible le vol, lorsqu’une lueur étincelante apparaît sur le côté droit de l’appareil. Elle est énorme et se déplace à une vitesse vertigineuse. Au même moment je gueule « Oh putain ! Putain ! » qui surprend tout le monde. Cette espèce de boule de feu se rapproche rapidement et je la prends pour la flamme d’un missile. La lueur disparait aussi vite qu’elle est apparue. Quelle frousse j’ai eu.

(…)

Ce dernier évènement m’a bien achevé psychologiquement. Je me suis dit qu’il était temps qu’on se pose et qu’on fume une clope, peinards, avec une binoche tadjike, sur un tube de Joe Dassin.

 

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Détachement Transall à Bangui, 1995. © P. Stanguennec

Evidemment, toutes ces "aventures", dans la joie ou la difficulté, soudent les hommes. Et cette solidarité dépasse les grades et les rôles. On rend donc hommage, comme il se doit, au camarade nouvellement promu, en écrivant une citation à l’ordre du bar de l’escadron :

Détachement Air Licorne, à mon commandement, Garde-à-vous !

Sergent Chêne, à genoux. Ouvrez le ban !

Les sergents s’exécutent : papapapa-papapapa-papa-papa-papa.

Si nous sommes réunis ce soir, en toute intimité, c’est pour marquer un instant important dans la carrière du susnommé. Le Sergent Chêne est entré dans l’Armée de l’Air par la porte de la cuisine en novembre 1991. Il est nommé Caporal-Chef la même année. Il n’hésite pas à user de ses charmes pour passer Sergent en 94 (…) En détachement en Asie centrale, a travaillé brillamment sa S2 (*) au bar du Tadjikistan Hôtel, sur l’album de Joe Dassin. (…) Au sein de l’escadron, le Sergent Chêne se démène sans cesse pour faire partir les équipages dans les meilleures conditions. Doté d’un sens critique affirmé sur le système militaire, d’un humour acide apprécié de tous et d’un physique que beaucoup lui envient, le Sergent Chêne, pour toutes ces qualités, mérite d’être cité en exemple.

(*) Sélection 2 - Contrôle d’acquisition des connaissances générales et théoriques permettant l’accès aux stages en école de formation.

 

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Une solidarité qui dépasse évidemment le cadre de l’Armée de l’Air…

- Un soldat français a été grièvement blessé à un check-point. Ils sont en train de le rapatrier sur l’aéroport. Tu peux l’évacuer ?

- Oui, oui, pas de problème. On va préparer le Transall. On l’attend.

(…)

L’avion est prêt. Tout est installé. Nous grillons une cigarette. Le jour se meurt.

(…)

Je raccroche et reste planté là, au milieu du parking. Je glisse mon portable dans la poche de ma combinaison. J’allume une Marlboro. Une vie s’est arrêtée et le reste continue de tourner… Je vivais là la fin tragique d’un de nos p’tits gars de France. J’étais tout à coup vidé.

- Le blessé est décédé. On rentre.

(…)

Nous volons dans la nuit noire. Les instruments scintillent dans l’univers confiné de notre cockpit. Au-dessus, les étoiles brillent de façon insolente. Les gestes se font mécaniquement. Nul ne vient troubler le silence.

 

In Memoriam

Artilleur de 1ère classe Kevin Ziolkowski, 40ème RA,

mort pour la France en Côte d’Ivoire.

 

* * *

 

DSC00611.JPGSuivant les trajectoires aériennes de son papa pilote de transport, Philippe « Stang » Stanguennec s’engage en 1991 après son baccalauréat au Prytanée national militaire de La Flèche. Elève officier du personnel naviguant, il est breveté pilote de transport en 1993. Il pilote le C160 Transall pendant 12 ans, au sein de l’ET 3/61 Poitou. En 2005, il rejoint le ET 3/60 Esterel comme pilote d’Airbus.

Marié et père de quatre enfants, Stang poursuit sa carrière de pilote de ligne, pour une compagnie civile.

Il m’a avoué : « J'ai toujours un peu de nostalgie quand j'entends un Cotam sur la fréquence, qui a le cap au sud vers l'Afrique... »

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Prix : 22€ - ISBN 978-2-915960-77-8 - Format 15,5x23,5 - 353 pages dont cahier-photo couleur.

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Le livre est disponible chez Prividef ici.

Page FaceBook "Au service de l'espoir" ici

 

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Le CNE Stanguennec aux commandes de son Airbus A310

 

 

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Hommage 

Aux équipages et passagers des C160 Transall F156 et F209 de la 63ème ET/CIET340, morts en service aérien commandé lors d’une collision en 1984 :

CDT Poincelet, pilote chef de bord,

ADJ Billard, pilote,

CDT Florysiak et LTN Galia, navigateurs,

MAJ Vochelet, mécanicien navigant,

ADC Hermann, photographe SIRPA-AIR,

ADC Hupliez, ADC Natton, SCH Thibault, largueurs BOMAP/1er RTP,

LTN Guyot, navigateur chef de bord,

CNA Julien et LTN Sire, pilotes,

MAJ Borie, mécanicien navigant.

 

A l’équipage et aux passagers du CASA CN235 de l’ET 1/62 Vercors, morts en service aérien commandé en 2003.

A l’équipage et aux passagers du DHC6 Twin-Otter de l’ET 3/62 Ventoux / Multinational Force and Observers in Egypt, morts en service aérien commandé en 2007.

Aux hommes et femmes du transport aérien, morts pour la France, morts en service aérien commandé.

Aux blessés.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux navigants et pistards du Transport.

 

« La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout,

d’unir les hommes. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes.

 

 

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Le ronron rassurant et lénifiant de nos moteurs nous berce. Nous nous installons dans une ambiance reposante. David s’est calé confortablement et observe les étoiles (…) Olivier gratte sur sa table de navigation (…) de son petit hublot au-dessus de sa tête, il observe la Lune qui continue sa course, relayant celle du Soleil qui a poursuivi sa route vers l’ouest. Patrick est allongé sur la banquette. Il a enlevé ses chaussures et somnole, le casque sur les oreilles. Inconsciemment, son cerveau reste en alerte, guettant le moindre bruit inhabituel. Il sourit. Il est heureux d’être là, en première classe, sur une banquette, au milieu de ses potes, à 6000 mètres d’altitude (…)

- Quelqu’un prend un café ?

(…)

Je descends dans la soute. L’éclairage est au minimum. La carcasse métallique de notre avion vibre à la fréquence de nos deux Tyne 22.

(…)

Patrick remplit les gobelets et me suit jusqu’au fond de l’avion. Je soulève le rideau du cadre 40 et je passe derrière. Un frisson me parcourt l’échine : le chauffage ne vient pas jusque-là. Patrick me tend un café et je lui tends une cigarette (…) On se sourit. Le café me réchauffe et me revigore. Nous profitons de chaque bouffée.

- On n’est pas bien là, mon canard ?

- On est bien là, mon canard.

 

 

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C’est un métier d’homme, rude et exigeant. Mais quand on a fait corps avec cet univers où, le temps d’une mission, la machine et les hommes qui composent son équipage ne font plus qu’un : quelle jouissance !

 

Saluons les camarades de Stang ! Patrick, Vincent, JP, Coco, Thierry, Topper, Jérôme, Higgins, Poupougne, Laurent, Stéphane, Willy, Nestor, Cédrik, Yves, etc.

 

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Douchanbe, Tadjikistan - ©  P. Stanguennec

 

Il n’y a pas de belles missions. Il n’y a que de bons équipages. 

Capitaine Philippe Stanguennec

 

 

 

  Livre, récit biographique d'un pilote de Transport, Transall

Commentaires

Dans les années 1955 et suivantes, il y avait à Tours sur Meteor puis Vautour un navigateur-radariste nommé Stanguennec. Un ancêtre ?
Cordialement
Jean.Houben

Écrit par : Jean HOUBEN | 16/06/2014

Message transmis à Stang. Son papa était pilote, mais CoTAM, sauf erreur. Il vous en dira plus.

Écrit par : UPpL'E | 16/06/2014

Les commentaires sont fermés.