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04/09/2015

Marin sur les fleuves d'Indo & pilote de Corsair en Algérie, chef des FS au Kosovo, Commissaire des armées en CdI, valeureux Poilus et déroute djihadiste au Mali

 

Poursuivons la visite de notre bibliothèque militaire, entamée ici

Cette fois-ci, nous revivons les combats d’un grand-ancien d’Indochine et d’Algérie. Nous accompagnons au Kosovo le chef des Forces Spéciales françaises et en Côte d’Ivoire un Commissaire des Armées. Nous visitons la base de Nancy-Ochey, tanière des Muds alias Mirage 2000D. Nous nous posons des questions sur nos valeureux Poilus et nous concluons, grâce à l'assistant militaire du chef des opérations terrestres de Serval, avec la brillante victoire de nos soldats sur les djihadistes au Mali !

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« De Saïgon à Alger », LV Bernard Bachelot, Dinassaut 6, 14F, 12F

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LCM en patrouille fluviale, Indochine

Certains hommes se sont finalement endormis couchés les uns sur les autres. A la surface du fleuve, l’eau phosphorescente scintille. Les remous font danser le reflet des étoiles et les lucioles transforment un palmier en arbre de Noël. Un souffle d’air fait vibrer le feuillage. Ce frémissement provoque un malaise. Et toujours le croassement lancinant des crapauds-buffles. Les guetteurs viets, tapis dans ces branchages, doivent écouter le passage du convoi. Les oreilles se tendent. Le bruit sourd d’un tam-tam. Est-ce la peur ? Non, le rythme est plus net maintenant : les Viets donnent l’alerte. Deux coups brefs, un coup sourd. Pam, pam, poum… pam, pam, poum… Les doigts se crispent sur les armes.

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Corsair de la 14F partant en mission depuis la base de Telergma dans le Constantinois, Algérie. Photo Bachelot

Le napalm s’enflamme à une vingtaine de mètres au-dessus de la grotte. Bien décidé à réussir ma deuxième attaque, je garde une ligne de vol parfaitement horizontale et attends « le plus tard possible ». J’appuie sur le bouton et tire violemment sur le manche. Le sommet de la falaise apparaît au-dessus du nez de mon appareil, trop haute me semble-t-il pour être franchie. Trop près de la montagne, je ne peux dégager en virage. En un mouvement reflexe, je pousse à fond la manette de gaz et accentue fortement ma pression sur le manche. Ma cellule se met à vibrer violemment, je suis à la limite du décrochage. La falaise fonce sur moi.

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L’exode, Alger, 1962.

Un choc, une blessure. En cet instant ma vie bascule. Un monde – le mien – s’effondre. Des valeurs essentielles auxquelles j’avais appris à croire et à être fidèle – patriotisme, honneur, parole donnée… - ont toutes été violées. Ne sont-elles plus désormais respectables ? Terrible déception qu’accompagne un sentiment de révolte qui, des années durant, me rongera et qui, 45 ans après, reste encore vivace.

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« De Saïgon à Alger » par le Lieutenant de Vaisseau Bernard Bachelot, EN48. Un monsieur discret, rencontré lors du salon des écrivains-combattants 2013, et pourtant un grand ancien : il a combattu de 51 à 53 sur les fleuves de Cochinchine, au sein de la Dinassaut 6, Flottille Amphibie Indochine Sud, avant de devenir pilote de l'Aéronavale, flottilles 14F puis 12F dont il prend le commandement. Formé aux Etats-Unis, c'est aux commandes de son Corsair qu'il intervient lors de la campagne de Suez puis de la Guerre d'Algérie - époque déchirante pour lui, Bernard étant pied-noir, amené à bombarder sa propre maison de famille… L'issue du conflit sonnera d'ailleurs le glas de son engagement militaire. Très beau récit.

Aux éditions L'Harmattan, disponible ici.

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Avec le LV Bernard Bachelot au Salon des Ecrivains-Combattants 2013

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 « L’Europe est morte à Pristina », COL Jacques Hogard, Légionnaire

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Miliciens de l’UÇK [milice indépendantiste Albano-Kosovare]

Une embuscade vient d’être déclenchée par l’UÇK sur un convoi de civils serbes, deux cents tracteurs emportant hommes, femmes et enfants, sur la route reliant Pec à Mitrovica. Je fais effectuer une reconnaissance par un hélicoptère armé qui me rend compte de la position des éléments de l’UÇK. Je lui demande alors de tirer quelques rafales de semonce afin de les contraindre à décrocher et cesser cette agression inqualifiable sur des civils armés. 

Quelques minutes plus tard, je suis, à ma très grande surprise, appelé à la radio par le Général britannique Mason qui m’enjoint de faire cesser les tirs contre ses SAS ! Je réalise alors que les éléments de l’UÇK qui se livrent à cette embuscade (…) sont encadrés – au minimum accompagnés- par mes « frères d’armes » des Forces Spéciales britanniques…

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« L’Europe est morte à Pristina » par le COL Jacques Hogard, Légionnaire, commandant le groupement interarmées des Forces Spéciales françaises au Kosovo, GIFS « Grakaniko », vétéran du Rwanda dont il a tiré un premier récit « Les larmes de l’honneur », que nous avons abordé ici

Dire que le conflit au Kosovo a été « compliqué » est un euphémisme, l’implication occidentale pouvant (devant) faire débat. Jacques ne s’en prive pas, battant en brèche certains choix militaro-politiques Otaniens [il démissionnera d’ailleurs de l’Armée après cette OPEX]. L’Histoire jugera. En attendant, nous ne pouvons qu’espérer que les communautés serbe et albanaise trouvent le chemin d’une coexistence pacifique… Et souvenons-nous des neuf soldats français morts au Kosovo, entre 2000 et 2009. Hommage à eux et aux blessés.

Aux éditions Hugo Doc. A commander chez votre libraire ou sur le Net.

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Avec le COL Jacques Hogard, notamment après sa conférence sur le Kosovo à l’IDC en mai 2014

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« La nuit africaine », Commissaire des armées (CNE) Julien Eche

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La Vierge aux larmes de sang, œuvre de Sandre Wambeke inspirée du livre de Julien Eche

Les Français nous prennent pour des gosses souriants : l'Afrique heureuse, qu'ils disent. Un peu comme si nous n'étions pas assez civilisés pour avoir l'air grave. C'est qu'ici, jeune homme, nous savons dès la naissance que nous sommes mortels comme tous les hommes, et que la finalité, c'est la cendre. Alors la vie doit être heureuse, joyeuse, rythmée et agréable. 

Vous autres Blancs, imaginez repousser sans cesse la mort, elle entre par trop en considération dans vos calculs ; il n'y a pour vous que l'épargne d'une vie, la position sociale, les chimères que votre société a inventé pour plus de richesse qu'il n'est physiquement possible (...) Alors vivez, oui, vivez ! Enchantez la vie des autres et faites en sorte d'être heureux, quoi qu'il vous arrive; Cela n'a rien de primitif. C'est au contraire la plus grande des sagesses.

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« La nuit africaine » par le Commissaire des Armées (CNE) Julien Eche est un récit romancé, inspiré de son déploiement en Côte d'Ivoire peu après la guerre civile : Un jeune officier part à la tête d'une petite unité pour montrer la présence française dans la brousse. Un parcours initiatique, vu initialement par le narrateur comme une aventure "à la capitaine Binger" (qui rallia Dakar à Kong à la fin du XIX°), mais qui, au gré des rencontres et évènements, ira bien au-delà de l'imagerie exotique véhiculée par les affiches ventant la Coloniale dans les années 30. Une belle histoire, bien menée et profonde. Pas seulement une autre vision de l'Afrique, une autre vision du soldat aussi...

Aux éditions L'Harmattan. Disponilbe ici.

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Avec le Commissaire des Armées Julien Eche

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« Dans le repaire du Mirage 2000D – Nancy-Ochey », Alexandre Paringaux, photographe

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Ses équipages sillonnent les cieux des Balkans, de l'Afrique, de l'Asie centrale et de l'Afghanistan. Cette omniprésence repose certes sur des matériels performants, en perpétuelle amélioration, permettant de répondre aux défis technologiques d'engagement toujours plus exigeants. Mais elle repose surtout sur les femmes et les hommes de la base aérienne de Nancy-Ochey qui permettent de répondre en permanence aux sollicitations opérationnelles. Quelle que soit leur spécialité, toutes et tous sont des rouages indispensables dans la performance de la BA 133. Dévoués et pugnaces, ils démontrent au quotidien un engagement sans faille, en dépit d'un environnement difficile. Les opérations menées au Kosovo, en République Démocratique du Congo, en Afghanistan, en Lybie ou encore au Mali attestent de leur engagement militaire et de leur abnégation.

Colonel Louis Péna, Commandant de la Base aérienne 133 « Commandant Henry Jeandet »

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« Dans le repaire du Mirage 2000D – Nancy-Ochey » n’est qu’un exemple parmi toute une série de beaux livres publiés par le photographe Alexandre Paringaux et Frédéric Lert, journaliste aéro de référence. On trouve en effet, dans la même collection, des ouvrages dédiés à ER 2/33 « Savoie », EC 3/3 « Ardennes », la Patrouille de France, les bases de Saint-Dizier, Mont-de-Marsan, Salon-de-Provence, les Forces Aériennes Stratégiques, le porte-avions Foch… Des livres-albums où l’on retrouve évidemment de superbes photos d’avions, mais aussi les hommes qui les font voler, les arment et les entretiennent ; ceux qui font fonctionner la base ; ceux qui la protègent. L’ensemble est visuellement remarquable, accompagné d’un texte fouillé et de nombreuses interviews. A chaque fois une petite bible, tant le sujet est traité avec exhaustivité. Attention, les tirages s’épuisent vite…

Aux éditions Zéphir. Disponible ici

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« Le petit quizz de la Grande-Guerre », Grégoire Thonnat

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De qui s’agit-il ? 

De nos cinq arrière-grands-pères, combattants de la Grande-Guerre en France et Russie ; Abel, Ernest mort pour la France, Gaston, Fiodor et Vassilï

 

Si les taxis parisiens sont rentrés dans l’Histoire avec les « taxis de la Marne », qu’ont-ils fait qui écorne un peu le mythe ?

Ils ont mis les compteurs afin que les autorités militaires règlent la course !

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Avec « Le petit quizz de la Grande-Guerre » de Grégoire Thonnat, nous sortons évidemment de notre  contexte « récit de soldat », mais ce livre mérite un coup de projecteur, bien qu’il soit d’ores et déjà un succès de librairie (25 000 exemplaires vendus). Il est composé d’une centaine de questions/réponses sur des évènements clés, anecdotes, idées reçues... Une manière ludique d’aborder la Première Guerre Mondiale, pour un prix modique (moins de 5€). L'Education Nationale pourrait tout à fait l’utiliser dans la cadre du Centenaire... (puisque l'on parle de pédagogie innovante, passons à l'acte). 

Aux éditions Pierre de Taillac. Disponible ici. A noter, dans le même esprit et par le même auteur, le « Petit quizz de la Marine ».

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Avec Grégoire Thonnat et les éditeurs Pierre de Taillac et Nimrod, aux Invalides pour le centenaire de l’ECPAD

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« Offensive éclair au Mali », CBA Rémi Scarpa, 92e RI

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« Rapaces » de la 4e Cie du 92e RI au combat dans les rues de Gao. Photo ECPAD/Jérémy L, issue du livre.

Les « Cent jours » de l’offensive les avaient soudés ; la chaleur étouffante n’avait distingué ni les grades ni les armes d’origine ; l’ennemi, tenace et imprévisible, avait été vaincu par l’effort conjoint des combattants, ceux de l’avant, commandés par des états-majors réactifs, des logisticiens et des transmetteurs, des pilotes et des mécaniciens (…) Cette victoire des armes de la France, c’était celle de l’union, chère au cœur du Général de Monsabert  , l’union des armes, des âmes et des cœurs.

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« Offensive éclair au Mali » par le CBA Rémi Scarpa, Gaulois du 92e RI. Ouvrage qui restera comme la référence sur Serval. En premier lieu, qui aurait été plus légitime que le CBA Scarpa, assistant militaire du GAL Barrera commandant les forces terrestres, pour écrire un tel livre ? Ensuite, vous y trouverez toutes les informations sur l’organisation de la force, le déroulement de l’opération au jour le jour, les unités impliquées (avec une large place laissée au Soutien, Transmetteurs, Tringlots, Logisticiens…), le matériel employé, les alliés africains, les insignes et fanions, des plans, les hommages à ceux qui sont tombés… le tout accompagné de témoignages. En sus, des clichés *sublimes* de l’ECPAD ou issus des collections particulières de nos combattants (ce qui en fait aussi un beau livre-photo). « Et c’est pas fini… » J En bonus, un film de 55 mn réalisé par l’ECPAD.

Aux éditions Pierre de Taillac. Disponible ici.

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Avec le CBA Rémi Scarpa, Salon du Livre de Paris 2015 & Prix littéraire de l’Armée de Terre – Erwan Bergot.

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A suivre…

 

 

 

 



04/03/2013

D’une Guerre à l’Autre – Yohann Douady – 2ème RIMa - Ed. Nimrod

 

  • « J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.
  • Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »
  • Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc.

 

Avec « D’une Guerre à l’Autre », le Sergent Yohann Douady nous livre une autobiographie de ses dix premières années de marsouin.

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Quel bouquin ! Que les « petits » lecteurs ne s’effraient pas du nombre de pages : « D’une Guerre à l’Autre » se dévore ; j’avais grand mal à le refermer, même tard dans la nuit.

Après une rapide introduction sur la Bosnie, Yohann aborde en profondeur son déploiement en 2004, en Côte d’Ivoire. Il y vit les évènements tragiques du bombardement du camp français de Bouaké, dont il réchappe par miracle, mais où son ami le 1ère Classe Benoît Marzais meurt sous les bombes ivoiriennes, puis le drame de l’hôtel Ivoire, où le 2°RIMa ouvre un feu préventif, pour se désengager de la foule hostile, attisée par les « Jeunes Patriotes » pro-Gbagbo (1).

« Plutôt que de risquer d’affronter la foule, notre Commandant était prêt à sacrifier nos véhicules, après que nous nous soyons barricadés dans l’hôtel. Pour accroitre ce sentiment de malaise, nous reçûmes peu après un drôle de conseil qui nous fût transmis par notre Chef (…) : « Ce serait bien d’appeler votre famille une dernière fois… ». Nous nous regardâmes bizarrement. Certains se demandèrent alors s’il ne faudrait pas songer à garder une dernière cartouche, pour soi, au cas  où… »

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photo © Yohann Douady

Dans une seconde partie, courte mais intense, Yohann met en avant sa détresse au retour de Côte d’Ivoire. Relations tendues avec sa hiérarchie, compliquées avec la veuve de son ami Benoît. Incompréhension, engueulades, envie de tout envoyer bouler, détresse, alcool.

Terrain glissant diront certains : « un soldat peut souffrir, mais il le tait ». Et bien, au contraire, ces chapitres sont fondamentaux (2) ! Ils sont un encouragement pour les hommes amenés à vivre une situation comparable, car Douady trouve les clés pour se reconstruire : il se « pause », il parle,  il accepte les mains tendues, il retisse des liens amicaux indispensables dans le contexte militaire, il se donne des ambitions, « fait » Saint-Maixent et est nommé sergent, rejoint la section Tireur d’Elite où il retrouve la place qui lui est due. Bravo pour ce sac vidé. Certes, dans la tête, rien n’est oublié, mais  la clé se trouve bien dans l’échange et le partage.

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photo © Yohann Douady

Enfin, une troisième partie, haletante, dans laquelle Yohann retrace son déploiement en Afghanistan en 2011. Là encore, c’est aussi terrible que brillamment conté. La fatigue, et le stress, et la peur, et la sueur, et la crasse. L’amitié, et  la solidarité, et  le courage, et la valeur, et l’engagement. Et le drame. Si cruel, après tant de mois de combats.

Quelques jours avant la fin du déploiement en Afghanistan, la section Tireurs d’Elite de Yohann prépare une dernière mission et charge son matériel dans un VAB.

 

  • Explosion.
  • (...)
  • Yohann ne comprend pas.
  • (...)
  • "Skippy, blessé mais vivant ; Warren, indemne ; le chef Jérôme, blessé et pris en charge ; Mais où est Loulou ?"
  • (...)
  • Une grenade a explosé accidentellement.
  • (...)

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Chef Jérôme, Skippy, Warren, Loulou, Yohann - photo © Yohann Douady

« A l’image de la plupart de mes frères d’armes, je suis un caméléon, à la fois jeune homme et soldat, courage et peur, rires et larmes… Un caméléon qui se serait imprégné durant dix années de couleurs de la guerre, et dont la peau serait aujourd’hui pigmentée d’une multitude de teintes, allant de la nuance la plus éclatante au noir le plus sombre.

Chaque jour qui passe, je ne peux m’empêcher de plonger un pinceau dans cette palette pour tracer des toiles bariolées ou des fresques tourmentées que j’expose quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures au plus profond de mon esprit. Une succession de scènes sauvages et parfois dantesques qui trouvent leur source dans ce que j’ai vécu, dans les situations de désolation effroyable ou d’humanité absolue que j’ai traversées.

La guerre n’est pas monochrome, c’est bel et bien un tourbillon de couleurs, capable de vous émerveiller, comme de vous donner le vertige, et bien sûr, de saturer votre regard, jusqu’à vous donner la nausée. »

 

(1) 2004. Nous gardons tous en mémoire cette opération difficile, où la force française Licorne s’interpose entre les deux factions rivales : celle du président Gbagbo au sud, celle d’Alassane Ouattara au nord. Ce qui devait être une opération de maintien de la paix, et de protection des ressortissants européens, trouve une apogée dramatique dans le bombardement par l’aviation de Laurent Gbagbo, du camp français de Bouaké (9 morts parmi les hommes des RICM, 2°RIMa et 515°RT, un civil américain, et des dizaines de blessés),  puis les « évènements » de l’hôtel Ivoire, qui voient les soldats français acculés par la foule, radicalisée par le mouvement pro-Gbagbo des Jeunes Patriotes ; Yohann et ses camarades n’ont d’autre  choix que de se dégager par des tirs indirects, faisant, hélas, une dizaine de tués parmi les manifestants.

(2) Cette démarche de transparence est approuvée au plus haut niveau hiérarchique militaire. Pas convaincu ? Lisez la préface du Colonel Héluin chef de corps du 2ème RIMa en 2010-1012, commandant le battle group Richelieu. Et, si cela ne suffisait pas, notez que « D’une Guerre à l’Autre » fait partie des trois sélectionnés pour le prix littéraire Erwan Bergot 2013 de l’Armée de Terre, comité présidé par le général Ract-Madoux… Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre…

 

ivoire-jpg-1972b.jpegJe reviens  sur l’épisode tragique de l’hôtel Ivoire, avec une anecdote personnelle : en mai 2012, j’ai eu la chance de passer une semaine formidable en Auvergne, auprès d’un p’tit cousin militaire. Malgré sa conduite automobile *atypique*, je l’ai accompagné dans la préparation d’un camp scout. Deux jeunes chefs scouts nous accompagnaient, dont un Ivoirien, en école d’ingénieur dans la région. Au gré de la conversation, le sujet des évènements de l’hôtel Ivoire s’est présenté. L’ambiance s’est tendue de fait ; le p’tit-cousin étant passé par la Côte d’Ivoire. Le jeune Ivoirien, un gosse à l’époque, était présent devant l’hôtel, parmi les « jeunes patriotes », et nous manifestait son incompréhension : « Pourquoi les Français nous ont-ils  tiré dessus ? J’étais à côté d’une femme. Elle s’est pris une balle. Elle est morte dans mes bras ». Ce n’était pas le lieu, pas le moment, d’aborder un tel sujet. J’ai donc, en "vieux sage", réorienté la conversation, suivi en cela par les garçons (certains ont encore du respect pour leurs aînés).

Yohann parle de cette femme, page 117. En terminant le chapitre, je me suis dit qu’après ces si dramatiques instants, vécus par les Ivoiriens, manipulés par la propagande de Gbagbo, livrés au phénomène de foule dont on connait la dangerosité; ces si dramatiques instants, vécus par les hommes du 2°RIMa, traumatisés par la mort de leurs frères à Bouaké, acculés par une masse menaçante, hors de tout contrôle, je comprenais les deux partis. Mais, tout en déplorant la dizaine de victimes civiles, je me suis dit que si les « jeunes patriotes »  avaient eu affaire à d'autres hommes que Yohann et ses camarades, avec leur sang-froid et professionnalisme, ce sont des centaines de morts qui auraient gis devant l’hôtel…

Au risque de choquer, au final, il y avait de quoi se réjouir : je me suis réjoui que ce jeune Ivoirien, peu d’années après, soit avec nous dans cette voiture, en France, à suivre des études brillantes, à organiser un camp scout. Je me suis réjoui que la France lui ait donné cette chance. Je me suis réjoui que l’Ivoirien ait serré la main qui lui était tendue (ou l’inverse ?). Je me suis réjoui de le voir assis, à côté d’un milouf de l’Armée Française, en balade, dans notre belle Auvergne. Nous avons passé un week-end formidable tous les quatre, à traverser un torrent en cru, boire des bières (avec modération pour eux), dormir sous la tente (un peu de caillasse plantée dans le dos), remettre nos fringues humides après l’inévitable orage nocturne ; et pour moi, rajeunir de 20 ans.

Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, a été déféré devant la Cour Pénale Internationale de La Haye, pour crime contre l’Humanité. Il est accusé de meurtre, viol, persécution et actes inhumains.

 

 

298076_2640036046425_299841776_n.jpegEn 2001, au soir même de sa dernière épreuve du baccalauréat, Yohann Douady s’engage. Il rejoint les valeureux marsouins du 2ème Régiment d’Infanterie de Marine de Champagné (Sarthe). Il est déployé en Bosnie dans la cadre de la SFOR, en Côte d’Ivoire à deux reprises (Opération Licorne). En 2005, il est nommé sergent. Il rejoint la section Tireurs d’Elite du 2°RIMa en 2007. En 2011, il est déployé en Afghanistan, au sein battle group Richelieu de la task force La Fayette.

Aux Editions Nimrod

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Camp de Bouaké

« Je n’ai vu aucun cadavre français. Je n’ai rien vu. » Président Laurent Gbagbo, 11 novembre 2004, interview  au Washington Post.

« Malgré toute notre tentative d’apporter des réponses allant dans le sens des autorités françaises, il nous revient avec force et évidence une seule réponse : il n’y a pas eu de soldats français tués lors des bombardements de Bouaké. » Ivorian.net, 12 novembre 2004.

« C’est bien beau de dire que ces soldats français ont été tués par les soldats ivoiriens. Encore faudrait-il que nous sachions si effectivement il y a eu des morts. » Tchimou Raymond, procureur de la République de Côte d’Ivoire, 18 janvier 2007, interview au Matin d’Abidjan.

« Les autorités françaises se sont empressées de rapatrier des cercueils, certainement vides, autour desquels un boucan énorme a été intentionnellement organisé pour susciter une vive émotion et la haine contre le régime ivoirien. » Le Temps, quotidien ivoirien, novembre 2009.

« Jusqu’à preuve du contraire, l’aviation ivoirienne n’a tué aucun soldat français. Cinq ans après les accusations farfelues des agents français, ils sont toujours incapables de fournir une once de preuve. » Abidjan Talk, août 2010.

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Marsouin de 1ère Classe Benoît Marzais

 

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Hommage

A l’Adjudant Thierry Barathieu, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

A l’Adjudant Philippe Capdeville, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Francis Delon, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Laurent de Rambure, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Caporal-Chef Patélisé Falevalu 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Brigadier-Chef Franck Duval, 515°RT, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Emmanuel Tilloy, 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe David Decuypere, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Benoît Marzais, 2°RIMa, ami du SGT Douady, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Aux blessés.

 

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Hommage

Au Caporal Alexandre Rivière, 2°RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Cyril Louaisil, dit Loulou, 2°RIMA, ami du SGT Douady, mort pour la France en Afghanistan, mort au combat.

Aux blessés.

 Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux glorieux Marsouins,

 

Fidelitate et honore, terra et mare.

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« La mort nous suit.  On la combat, on la donne, pour que les nôtres l’évitent.
Un acte héroïque pour certains, et le plus terrible des péchés pour d’autres.
On n’oublie pas, on vit avec, et on passe outre 
»

1ère Classe Cyril Louaisil, lettre à ses parents

 

« Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.
E
t même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ? 
Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant 

Sergent Yohann Douady

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Livre, récit biographique d'un Marsouin, 2e RIMa, Bouaké, Hôtel Ivoire, Côte d'Ivoire, Afghanistan, témoignage stress post-traumatique, Afghanistan