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16/02/2014

"Task Force Tiger", COL Nicolas Le Nen, 27e BCA. Ed. Economica

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos de Thomas Goisque. Tous droits réservés.

 

 

+ A la mémoire du Caporal-Chef Nicolas Belda, 27e BCA, seigneur de la vallée d’Alasay +

 

 

L'esprit chasseur ?

Mais c'est justement ce qu'en d'autres termes j'ai toujours prôné.

C'est d'abord l'esprit d'équipe, de mon équipe.

C'est la rapidité dans l'exécution des gens qui « pigent » et qui « galopent ».

C'est l'allant, c'est l'allure, c'est le chic.

C'est pour les chefs le sens social dans le commandement, c'est l'accueil aimable.

C'est servir avec le sourire, la discipline qui vient du cœur.

C'est le dévouement absolu qui sait aller, lorsqu'il le faut, jusqu'au sacrifice total.

 

Maréchal Lyautey

 

 

 

Le peuple de France a-t-il un problème avec ses victoires militaires ? Voici un bon sujet pour le bac de philo. Nous ne nous lancerons pas dans une thèse/antithèse/synthèse, mais posons-nous une question  simple, ou plutôt, posons-la aux personnes qui nous entourent : « Pouvez-vous citer une bataille en Afghanistan ? ». Nous parions que la majorité répondra « Uzbin ». Et c’est bien normal. Le traumatisme a été grand, la médiatisation forcément importante. Mais combien répondront « Alasay » ? Peu d’échos dans les 20 heures, vous en conviendrez. Et pourquoi ? Parce que c’est une victoire ?

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Eh bien, grâce à « Task Force Tiger » du Colonel Nicolas Le Nen, parlons d’Alasay ! Parlons de cette brillante victoire, due à la valeur de tous les hommes et les femmes du GTIA Tiger, avec à leur tête le colonel, chef de corps du 27e BCA.

Avec cette lecture, suivons au pas Chasseur l’entrainement en France, la stratégie envisagée pour conquérir le sanctuaire taliban inviolé, la mise en place du dispositif opérationnel, l’assaut.

N’oublions pas les victoires de nos troupes. N’oublions pas Alasay. Un « Uzbin » pour les talibans. Un parmi tant d’autres…

 

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Défilé du 14 juillet 2009, le Colonel Le Nen à la tête du 27e BCA. Photo armyrecognition.com

Ils sont heureux, ils y croient, ils ont la pêche. Plus que jamais, je suis heureux d’être parmi eux, je mesure la chance d’être soldat et d’être leur chef. Ces soldats, ces sous-officiers et ces officiers sont des hommes et des femmes d’un dévouement sans bornes. Je sais qu’ils me font une confiance totale, qu’ils me suivront partout. Je n’aurai pas le droit de les décevoir ; ni de me tromper dans les opérations qui nous attendent en Afghanistan. C’est vraiment là qu’est ma responsabilité, mon devoir de chef : être à la hauteur de ce qu’attendent mes subordonnés et ne pas gaspiller la vie et le dévouement de ces hommes et de ces femmes d’exception qui m’ont été confiés.

Ensemble, nous surmonterons les épreuves qui nous attendent, ensemble nous vaincrons nos ennemis, ensemble nous serons au rendez-vous que l’histoire nous a fixé.

Avant le déploiement du GTIA

  

La conquête de la vallée d’Alasay

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Le COL Le Nen en Kapisa

Les vallées d’Alasay et de Bédraou, qui sont situées au centre de la zone d’opérations du bataillon, constituent le centre de gravité du dispositif de notre ennemi à parti duquel il rayonne vers les autres vallées. Si nous parvenons à contrôler ces deux vallées et notamment la première, alors nous aurons fait un pas significatif dans le contrôle de la province. La guerre que nous menons ici est avant tout une guerre d’influence. Pour supplanter l’influence des rebelles, il faut que nous réimplantions, dans les zones où ils font régner leurs propres lois, les premiers relais de l’influence du gouvernement afghan que sont ses forces de sécurité et notamment leur armée (…) La conquête du fond de cette vallée sera une entreprise difficile mais elle est nécessaire pour que l’insurrection recule en Kapisa.

 

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Débarquement d’une section du 27e BCA sur les hauts d’Alasay

A 3h00 du matin, l’opération Dinner out commence. Les quatre compagnies du 1er Kandak s’engagent dans la vallée d’Alasay par la piste sud Hurricane. Elles sont appuyées par la compagnie de Minguet qui a intercalé ses sections entre les trois compagnies de tête afghanes. Dans le même temps, les sections de Gruet embarquent dans les quatre Chinook qui vont les héliporter sur les crêtes sud et est de la vallée. Au total, ce sont huit cents soldats français et afghans qui partent à la conquête de la vallée dans laquelle nous savons maintenant que deux cents insurgés environ se sont retranchés.

 

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Chasseurs du 27e en Kapisa

L’ennemi tente de s’imbriquer entre les deux sections pour limiter l’emploi de nos appuis mais les Chasseurs résistent et font feu de tout bois. [Les sections] Vert 20 et Vert 30 n’ont jamais aussi bien porté le surnom de leur compagnie : Boule de feu. Les attaques ennemies sont repoussées grâce à un appui feu air-sol et sol-sol massif. J’ordonne à la patrouille de F 15-E qui nous appuie de tirer une bombe d’une tonne sur une grotte dans laquelle des insurgés sont retranchés. Je veux que l’ennemi sache que nous ne lâcherons pas le terrain. La guerre est avant tout un affrontement des volontés a écrit Clausewitz. La puissance des armes que nous employons est aussi une manifestation de notre détermination à aller au bout de notre mission.

 

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COL Nicolas Le Nen en Afghanistan

« On n’abandonne pas nos morts » j’annonce à la radio. Il est important que tous sachent qu’en dépit de la mort de l’un des nôtres, nous ne relâcherons pas nos efforts et nous irons au bout de ces combats. Renoncer maintenant n’aurait aucun sens. Ce serait faire de la mort de notre camarade un sacrifice inutile. Mon rôle n’est pas uniquement de concevoir et de conduire des opérations. Le chef au combat n’est pas qu’un simple tacticien, froid et sans âme. Je suis aussi le garant moral de mes soldats. Dans les moments difficiles que nous sommes en train de traverser, je veux qu’ils entendent le son de ma voix, je veux qu’ils soient sûrs que je garde la tête froide et que je contrôle la situation. Nous sommes solidement installés au fond de la vallée d’Alasay et sur les crêtes du Gala Kuhe, notre puissance de feu est supérieure à celle de l’ennemi. Je suis intimement persuadé que, pour lui, la partie est déjà perdue. Ses assauts successifs seront irrémédiablement repoussés par Jonquille et par Vert. Comme à Na San, il y a plus de soixante ans, les talibans se casseront les dents sur nos môles de résistance.

 

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Au contact dans la vallée d’Alasay

Les Chasseurs de [la section] Jonquille repartent au combat et déjà l’ennemi commence à décrocher vers l’est. Il est 19 h 00 et après douze heures de combats ininterrompus, nous sommes enfin maîtres de la vallée d’Alasay. Sur la crête du Karat Kuhe, les Chasseurs d’Allègre de la Soujeole et de Bouaouiche ont à nouveau repoussé les vagues d’assaut ennemies. Ils ont été fidèles à l’esprit combatif qui a forgé la légende des Diables bleus de la Première Guerre mondiale. Fidèle aussi à l’esprit chasseur, le lieutenant Allègre de la Soujeole, au plus fort des combats de l’après-midi, a fait hisser un drapeau français sur sa position, geste de défiance lancé à la face des insurgés.

 

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Chasseurs du 27e en Kapisa

La vallée est conquise. Immédiatement, deux bases avancées sont construites, devant accueillir l’armée afghane.

Je débarque de mon VAB devant la prison où la pelle mécanique de l’ANA [Armée Nationale Afghane] remplit inlassablement les bastion walls. Je retrouve le Colonel Hussein [commandant le 1er Kandak de l’ANA] et Lieutenant-Colonel Sean Wester [chef de l’équipe américaine encadrant le Kandak].

- "Abdul, tu es devenu le seigneur de la vallée d’Alasay", lui dis-je en lui tendant la main. Il la prend chaleureusement comme si nous allions faire un bras de fer, signe de notre fraternité d’armes.

- "Ce sont nos soldats qui sont les seigneurs d’Alasay", me répond-t-il.

- "Tu as raisons Abdul, ce sont eux les seigneurs de la vallée".

 

***

Le Nen 0.jpgNicolas Le Nen intègre Saint-Cyr en 1986. Après un cursus à l’Ecole d’Application de l’Infanterie de Montpellier, il opte pour les troupes de montagne et rejoint le 27e Bataillon de Chasseurs Alpins d’Annecy. Après un passage au CPIS (DGSE) comme commandant d’unité, il sert au sein de l’Etat-Major de l’Armée de Terre. En 2007 il revient au 27e BCA comme chef de corps. De décembre 2008 à juin 2009, il commande le GTIA « Tiger » en Kapisa, composé de Chasseurs alpins du 27e BCA, Cavaliers Chasseurs du 4e RC, Dragons Paras du 13e RDP, Sapeurs Légionnaires du 2e REG, Artilleurs de Montagne du 93e RAM, Traqueurs d’ondes du 54e RT et Transmetteurs du 28e RT. Son mandat en Afghanistan est marqué par la victoire d’Alasay [opération Dinner out]. Il dirige désormais le Service Action de la DGSE.

Le colonel Le Nen est officier de la Légion d'honneur, titulaires des Croix de la Valeur militaire, Croix du combattant, Médaille d'Outre-Mer, Médaille de la Défense nationale échelon or, Médaille commémorative française, médaille de la Force de protection des Nations Unies (ONU), médaille des opérations au Kosovo (OTAN), médaille de la SFOR (OTAN) ainsi que de la médaille de la Jeunesse et des Sports. Pour son action en Afghanistan, il a reçu la Bronze Star américaine.

 

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Prix : 15€ - ISBN 978-2-7178-5853-2 – Format 15,5x 24 – 128 pages

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Aux éditions Economica. 

Pour vous procurer le livre, voir ici.

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Le Colonel Le Nen est également l’auteur de plusieurs livres traitant de stratégie militaire, coécrits avec les Colonels Hervé de Courrèges, Pierre-Joseph Givre et Emmanuel Germain.

"Enjeux de guerre", coécrit avec le COL Givre, a reçu le prix "Edmond Fréville-Pierre Messmer" de l'Académie des Sciences Morales et Politiques. 

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Enfin, citons un roman : « Le vent d’Alasay » de Michel Sègre. Nous avons eu la chance de rencontrer cet auteur « masqué » et confirmons (avec son aval) qu’il est très au fait de la conquête de la vallée d’Alasay… (un dessin ?).

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Avec le COL Le Nen au Salon du Livre et au Salon des Écrivains Combattants 2013 - photos Natachenka

 

Le Colonel Le Nen et les hommes du GTIA Tiger en « live ». Reportage de Géraud Burin des Roziers pour Zone Interdite, M6.

 

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Hommage 

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Au Caporal-Chef Nicolas Belda, 27e BCA, mort pour la France pendant la bataille d’Alasay,

Aux Chasseurs morts pour la France en Afghanistan

ADC Franck Bouzet, 13e BCA

ADJ Laurent Pican, 13e BCA

1CL Enguerrand Libaert, 13e BCA

1CL Clément Chamarier, 27e BCA

A tous les Chasseurs morts pour la France,

Aux blessés.

 

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Une infirmière et des membres du Groupement de Commandos Montagne

Qui a dit que notre jeunesse était désabusée ? Il suffit de voir avec quelle volonté, avec quelle hargne, avec quelle envie de se dépasser tous ces soldats se donnent, pour comprendre que les jeunes de ce pays ont autant de foi dans l’avenir que leurs aînés. Il suffit simplement de leur fixer des objectifs, de leur proposer des entreprises ambitieuses, de leur lancer des défis à la mesure de leur amour de la vie et de l’idéalisme de leur âge.

 

Colonel Nicolas Le Nen

 

 

 

 

 

Récit autobiographique, journal de marche Afghanistan, 27e Bataillon de Chasseurs Alpins, GTIA Tiger 

12/02/2014

"Aito - Guerriers du Pacifique", film-reportage de Sébastien Joly

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‘Aito, film-reportage de Sébastien Joly, tourné en 2011 en Afghanistan et abordant la vie de nos soldats polynésiens et des Tringlots du 511e RT, est disponible à la vente.

Edition collector, 511 exemplaires numérotés.

Inclus dans le DVD: le film d'1H30, la bande annonce, photos de tournage (Afghanistan & France).

Nous avons présenté le projet ici.

Ne vous privez pas de ce témoignage remarquable. 

Prix 25 €.

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A commander sur le site de Sébastien ici, parmi de nombreux beaux objets "lookés" 'Aito, mugs, chevalières, t-shirts, patchs, drapeaux des TOM... Tout cela est fort joli.

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21/01/2014

« Mon Afghanistan », LCL Steve Jourdain, R22eR, Québec, Armée Canadienne. Athena Editions

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et d'Athéna Editions. Tous droits réservés.

 

 

 

Ils ne vieilliront pas comme nous qui leur avons survécu,

Ils ne connaîtront jamais l’outrage ni le poids des années,

Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore,

Nous nous souviendrons d’eux.

 

Laurence Binyon , poète britannique

« Pour ceux morts au champ d’honneur »

 

 

 

Lorsque nous avons débuté ce blog, nous n’avions aucune autre ambition que d’apporter notre soutien aux soldats-auteurs et, à travers eux, à l’ensemble de nos troupes. Peu importait le taux d’audience que nous aurions. Nous considérions comme un devoir de lutter avec les seules armes en notre possession, des mots,  contre une certaine indifférence de nos compatriotes envers les militaires et leurs sacrifices. Nous voulions par-dessus tout lutter contre l’oubli. L’oubli de ces hommes et femmes qui donnent tant pour nous tous, voire qui donnent tout. Nous voulions dire haut et fort : « Nous, nous n’oublions pas ! Nous, nous nous souvenons ! »

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A cette époque, nous ne connaissions pas - ou alors était-ce inconscient - cette belle devise du Québec : « Je me souviens ». Nous ne savions pas qu’elle avait été reprise par le Royal 22e Régiment, seul régiment francophone d’active de l’Armée canadienne. Nous n’avions jamais entendu parler du Lieutenant-Colonel Steve Jourdain, pourtant frère d’armes, vétéran d’Afghanistan. Nous ne pouvions imaginer qu’un jour, il entrerait dans nos vies par la grande porte de la communion d’esprit et validerait notre démarche en nous disant : « Quelle belle façon d’aider à pouvoir dire « Je me souviens » »

Mais pour se souvenir, encore faut-il savoir et comprendre. Les Français ont eu cette chance grâce aux Barthe, Douady, Erbland, Redin, Le Nen, Scheffler, Kalka et tous les autres « Afghaners ». Voici venu le tour des Québécois.  Et ils ne pouvaient espérer meilleur porte-parole que Steve  et son récit, « Mon Afghanistan ».

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« Lorsque je repense à mon monde resté à l’arrière, c’est un peu irréel. J’ai l’impression que nous sommes à des années lumières. Je me demande si je serai capable d’expliquer comment ça se passe ici. Je me demande si je pourrai vraiment expliquer ce qu’est Mon Afghanistan. »

Steve,  tu as fait mieux que d’expliquer « Mon Afghanistan ». Tu nous l’as fait vivre.

 

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Steve et ses hommes, entraînement pré-déploiement au Texas.

Je pense aux opérations de combat qui nous attendent. Comment cela va-t-il se passer ? Comment les boys vont-ils se comporter, lors du premier contact, lors du premier coup dur, lorsque nous perdrons un frère d’armes ? Comment est-ce que je vais réagir ? Vais-je trouver les mots ? Vais-je trouver la force nécessaire pour les motiver à continuer ?

 

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Policiers afghans collaborant avec le R22eR

J’apprends que l’équipe de policiers afghans avec qui nous avons fait notre première opération, il y a quelques jours seulement, a heurté un IED. L’explosion a été dévastatrice. Le Ford Ranger dans lequel prenaient place les policiers a été complètement pulvérisé. Deux policiers sont morts instantanément. Un officier canadien, le Capitaine Dave Lacombe, se trouvait à proximité de l’incident, à peine à 20 mètres de l’explosion. Il a été chanceux. Très chanceux. La jambe pulvérisée d’une des victimes est venue le frapper en pleine poitrine.

 

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Le soir venu, je reste de longues minutes à regarder la voie lactée, claire comme je ne l’ai jamais vue nulle part ailleurs. Je prends quelques moments de réflexion dans l’obscurité de la base de patrouille et j’en appelle à la bonne étoile de Sperwan. A partir de demain, elle sera grandement mise à contribution.

  

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Explosion d’un IED lors d’un convoi du R22eR

« 9 ici 2-9, IED strike. Attendez. Terminé ». Le même sentiment de colère m’envahit chaque fois que j’entends ce message, plein de conséquence. Cela ne fait même pas une heure que nous sommes partis. C’est encore une remorque de l’équipe d’ingénieurs [sapeurs] responsable de nettoyer la route qui a explosé.

[quelques minutes plus tard]

On venait à peine de repartir lorsqu’un autre appel « IED strike ! » retentit. C’est un « Câlisse de tabarnak ! » qui sort de ma bouche. Un VBL est touché, heureusement sans conséquence.

[quelques minutes plus tard]

J’espérais bien que l’IED que nous avons frappé soit le dernier. Je suis ramené à la réalité par une forte explosion complètement à l’avant du convoi, à près de 5km de ma position. C’est le tout premier véhicule, un char d’assaut équipé de rouleau de déminage qui vient d’être frappé.

 

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Steve en patrouille

Les insurgés continuent d’engager furieusement le peloton de Vincent, déterminés à atteindre un soldat.   Ils réussissent… en partie. Alors qu’il changeait de position, le Caporal Boisvert est frappé au dos, directement sur sa plaque de protection de sa veste balistique. Projeté au sol, il se relève sans trop savoir ce qui vient de se passer.

 

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+ Major [CDT] Yannick Pépin 5e RGC, 6.9.2009. Steve, premier porteur droit.

Ils sont tous présents, assis dans le salon commun à discuter, à tenter de trouver un sens à ce qui vient de se passer, au cours de cette journée qui marquera ceux qui étaient là, qui ont tout vu. On se serre les uns les autres ; on se réconforte entre frères d’armes. C’est tout ce que l’on peut faire.

 

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Soldat Jonathan Couturier, R22eR, + 17.9.2009

J’avais appris à connaître Jonathan autour de la table de poker et un peu plus au cours de la dernière semaine. Nous avions parlé de probabilités. Je lui expliquais qu’avec une paire d’as, la meilleure  main au poker, un joueur à 83% de chances de gagner. Mais parfois, un joueur peut perdre avec cette meilleure main.

Même si l’opération avait été bien planifiée, même si nous avons pris toutes les précautions, le résultat final restait. Nous avons perdu l’un des nôtres.

Nous avons trop souvent perdu avec la meilleure main.

 

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Soleil couchant sur la base de Sperwan Ghar. Une page se tourne

Le peloton d’Alex monte dans l’hélicoptère, suivi des membres du PC. Je ferme la marche avec Hugo et l’Adjudant-Maître, une dernière fois. Le gros chinook s’élève dans un nuage de poussière et coupe abruptement vers le sud, puis vers l’est en direction de KAF. Par la rampe arrière de l’appareil, je vois le soleil qui descend à l’horizon. La fin du jour ajoute à la symbolique du moment. La base de patrouille de Sperwan Ghar, la citadelle des Cobra au cours des sept derniers mois, disparaît au loin et s’efface elle aussi. C’est bien fini. Une page de « Mon Afghanistan » se tourne.

***

Une page se tourne et une seulement. Mon Afghanistan : des pages et des pages à tourner, pour l’éternité.

Vous l’avez compris, Steve et ses hommes ont vécu des moments très durs. Bien sûr, les blessures de nos valeureux soldats québécois, des familles de la Belle-Province qui ont perdu un proche, vont se refermer, petit à petit. Nous l’espérons pour chacun d’entre eux. Resteront  les cicatrices, qu’ils devront désormais contempler avec la fierté du devoir accompli. Mais pour cela, ils ont besoin de notre aide, la même que celle que apportons déjà à nos propres soldats. C’est un devoir qui nous incombe ; pas seulement un devoir de Canadien. Ce sont nos cousins, nos frères d’armes, nos frères tout court. Et cette aide, elle n’est pas bien difficile à apporter : il vous suffit de leur dire « merci » et « je me souviens ».

Nous savons que nous pouvons compter sur vous.

 

***

1186736_10151647039976634_985190839_n.jpgSteve Jourdain est né à Shawinigan en Mauricie. Il est diplômé du Collège Militaire Royal du Canada. En 1996, il rejoint le Royal 22e Regiment de Valcartier, seul régiment d’active francophone de l’armée de terre canadienne. En 2009, alors Major [CDT], il est déployé en Afghanistan dans la région de Kandahar. Il commande la compagnie C « Cobra » du Groupement Tactique (GT) R22 eR,  basée à Sperwan Ghar, camp bâti par les Soviétiques autour d’une impressionnante « bute » de terre artificielle. Pendant cette campagne de 7 mois, menée avec bravoure, 12 des frères d’armes de Steve mourront au combat.

 

Steve est désormais Lieutenant-Colonel, commandant le 3e Bataillon Royal 22e Regiment. Grand sportif, il s'est bien remis d'un grave accident de parachutisme survenu 6 semaines avant sa prise de commandement. Il est marié à Claudine, à laquelle nous pensons avec affection - elle aussi est partie prenante de « Mon Afghanistan » - et fier papa de Karyanne et Jacob.

 

 

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 « Je me souviens »

 

Devise du Québec

Devise du Royal 22e Régiment

 

Je me souviens être tombé par hasard sur « Mon Afghanistan », une bonne bouille souriante sur la couverture, un treillis… canadien.

 

Je me souviens de ma recherche sur le Net : livre épuisé… livre épuisé… livre épuisé…

Je me souviens d’un appel de l’étranger, d’avoir décroché mon téléphone pour entendre la voix au joli accent d’une libraire québécoise : « J’ai le livre entre les mains. Je vous l’envoie et tiens à vous remercier de votre intérêt pour nos soldats »,

Je me souviens d’avoir cherché les coordonnées de Steve, et bingo, FaceBook, même bonne bouille sous un béret.

Je me souviens de l’envoi d’un message, sans grand espoir de réponse d’un Lieutenant-Colonel de l’armée canadienne.

Je me souviens d’un message sur FaceBook… de Steve Jourdain.

Je me souviens de la lecture du livre, comme toujours dans le train Versailles-Paris et me dire toutes les 10 pages : mais qu’est-ce que c’est bien !

Je me souviens aussi de m’être dit souvent, bien trop souvent : « Oh non ! » Et d’interrompre la lecture, sous le coup de l’émotion.

Je me souviens de tous nos échanges, de sa rencontre avec Yves Debay en Afgha, du bonheur de recevoir ses photos inédites, avec ses « chums » aux beaux sourires.

Je me souviens du sentiment qu’il a, que les sacrifices des soldats ne sont pas reconnus à leur juste valeur par ses compatriotes, qu’il n’attend rien d’autre de leur part qu’un peu plus de reconnaissance, qu’un simple merci.

Je me souviens lui avoir dit que c’était la même chose, ici.

 

Je me souviens de Chuck,

Je me souviens de Yannick,

Je me souviens de Jonathan,

Je me souviens de tous les autres.

 

Je me souviens.

 

 

***

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Prix : $24,95 Canada / 28€ France – ISBN : 978-2-924142-05-9 – Format 14x20, 287 pages – Cahier-photo couleur.

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Chez Athéna Editions

Page FaceBook ici

Le livre est désormais disponible en France !

Pour vous le procurer, nous vous invitons à contacter la « Librairie du Québec » à Paris ici. Ils font du "bon boulot" pour la diffusion de la littérature québécoise en France.

Vous trouverez également "Mon Afghanistan" sur Amazon.fr, Amazon.ca, FNAC.com, etc. Vous pouvez aussi le commander par l'intermédiaire de votre libraire préféré. 

 

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Drapeau du R22eR en Afghanistan

Le Royal 22e Regiment fête son centenaire. Page FaceBook ici.

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Hommage

Aux soldats du GT R22eR, morts en Afghanistan pendant la campagne de Steve,  avril-septembre 2009 

Caporal-Chef Charles-Philippe « Chuck » Michaud, 2eB R22 eR,

Soldat Jonathan Couturier, 2eB R22 eR,

Soldat Sébastien Courcy, 2eB R22 eR,

Soldat Patrick Lormand, 2eB R22 eR,

Caporal Martin Joanette, 3eB R22 eR,

Soldat Alexandre Péloquin, 3eB R22 eR,

Major [CDT] Yannick Pépin, 5e RGC,

Caporal Martin Dubé, 5e RGC,

Caporal Jean-François Drouin, 5e RGC,

Caporal Christian Bobitt, 5e RGC,

Ingénieur [Sapeur] Matthieu Allard, 5e RGC,

Cavalière Karine Blais, 12e RBC,

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Aux autres soldats canadiens morts pendant cette période 

Caporal-Chef Patrice Audet, 430e ETH,

Corporal [CAL] Nicholas Bulger, 3BPPCLI,

Major [CDT] Michelle Mendes, D.I.

 

A tous les soldats du Royal 22e Regiment morts en Afghanistan,

A tous les soldats canadiens, québécois et anglophones, morts en Afghanistan,

Aux blessés.

 

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C’est avec respect et affection que le Chasseur et la Russe-blanc vous saluent, vous tous, cousins-soldats québécois. Soyez remerciés pour votre action en Afghanistan.

Nous reprenons à notre compte les paroles du Major-Général Alain Forand, en septembre 2009, à Sperwan Ghar :

 

Vous êtes ce que le pays a de meilleur à offrir. Vous êtes les meilleurs ambassadeurs du Canada.

Soyez fiers de ce que vous êtes. 

 

 

 

 

 

Récit autobiographique de soldat, journal de marche, Afghanistan, Royal 22e Regiment, Québec, Canada

15/12/2013

Ceux d'Afghanistan

 Photos et extraits © leurs auteurs. Droits réservés.

 

 

 

 

Les hommes de guerre sont de l’espèce qui se rase pour mourir. Ils croient à la rédemption de l’homme par la vertu de l’exercice et du pas cadencé. Ils cultivent la force physique et la belle gueule, s’offrant le luxe des réveils précoces dans les matins glacés et des marches harassantes pour la joie de s’éprouver.

Ce sont les derniers poètes de la gratuité absolue.

Jean Lartéguy

 

 

« Afghanistan », un mot qui restera à jamais gravé dans notre histoire. Mais « Afghanistan » n’est pas qu’un mot.  « Afghanistan » n’est pas non plus qu’un morceau poussiéreux d’Asie ou règne depuis des siècles le fracas des armes. « Afghanistan » n’est pas qu’une mosaïque de peuples à l’esprit fier et combattant. « Afghanistan » n’est pas qu’une somme de traditions que nous, Occidentaux, pouvons juger archaïques. « Afghanistan » n’est pas que la mauvaise nouvelle du soir, annoncée d’un air apitoyé par le journaliste-star qui enchaîne, sans transition et retrouvant le sourire, avec la météo des plages.

« Afghanistan », c’est aussi une femme qui verse des larmes de joie, retrouvant son mari après six mois de stress et d’insomnies. C’est un homme sportif qui se demande comment vivre désormais, cloué dans un fauteuil roulant. C’est une femme qui pleure sa tristesse infinie, contemplant le lit de son fils, qui demeurera vide à jamais. C’est une femme fière d’avoir sauvé la vie de cette petite afghane, là-bas. C’est un homme qui s'est élancé sous le feu, pour secourir son frère d’armes blessé. Et cela le fait sourire, quand on le traite de héros.

« Afghanistan », c’est aussi ce soldat, et celui-ci, et celui-là…

Alors que sonne le désengagement, glas pour certains, joyeux carillon pour d'autres, que cette guerre est déjà, dans l'esprit de beaucoup, une "vieille histoire", nous avons voulu rendre à ces soldats l’hommage qu’ils méritaient.

Cependant, nous n’avons pas souhaité écrire sur eux, au-delà de ces quelques phrases d’introduction. Nous avons préféré nous comporter en porte-voix, leur laisser la parole, dans sa diversité : un kaléidoscope d'impressions, finalement plus complémentaires que contradictoires.

Écoutons-les et lisons-les. Ils méritent toute notre attention. Car « Afghanistan », par-dessus tout, c’est eux.

 

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Photo Sébastien Joly, réalisateur d’Aito – Guerriers du Pacifique. Le photographe à gauche est le regretté Yves Debay.

 

Combien d’hommes peuvent se targuer d’écrire l’Histoire , sinon d’en être acteur ?

Qui aujourd’hui vit intensément, non pas au travers d’un écran, mais ressentant les choses réellement ?

Qui est prêt à accepter la peur, le contact de la mort, le sacrifice de sa famille, pour la maigre gloire personnelle qu’est la fierté de servir son pays ?

 Capitaine Brice Erbland, 1er RHC, « Dans les griffes du Tigre ». Ed. Les Belles Lettres

 

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Photo Sébastien Joly.

 

Je ne suis pas venu ici pour une médaille. Je suis venu parce que j'en ai reçu l'ordre. Parce que c'est mon travail. Parce que la solde, presque trois fois supérieure à celle que je perçois en France, va nous permettre de réaliser des projets. Parce que je savais qu'avec cette mission j'allais être, pendant six mois, au cœur de mon métier de militaire. Parce que je savais que j'allais me confronter au combat, connaître les giclées d'adrénaline, la peur aussi.

Sergent Christophe Tran Van Can, 21e RIMa, “Journal d’un soldat français en Afghanistan”. Ed. Plon

 

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Photo Nicolas Mingasson, « Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français » Ed. Acropole.

 

La guerre peut parfois sembler monotone, jusqu’au jour où elle rappelle à chacun de nous que nous sommes payés pour tuer. Et mourir.

Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud, RICM, « L’Afghanistan en feu ». Ed. Economica

  

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Photo EC 2/3 « Champagne »

 

En Afghanistan, nous ne savions jamais à quoi nous attendre en l’air. Le stress se vivait pendant la mission, directement au contact des hommes pris sous le feu ennemi. Le stress ne venait pas de la peur de mourir, mais de la rapidité des actions à mener, de décisions prises en l’espace de quelques secondes. Dans nos cockpits, nous étions immergés au cœur des combats. Là-haut, les équipages étaient le dernier maillon de la chaîne. Ils endossaient la responsabilité technique du tir et, en cas d’échec, ils devaient répondre de leurs actes.

Commandant Marc « Claudia » Scheffler, EC 2/3 « Champagne », désormais Lieutenant-Colonel à l’EPAA, « La guerre vue du ciel ». Ed. Nimrod.

 

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Photo Sébastien Joly.

 

J’éprouve une admiration infinie pour tous les soldats français présents en Afghanistan. Ces quatre mille hommes (…) effectuent un travail grandiose. Quelles que soient les considérations politiques qui, forcément, les dépassent, quelle que soit la stratégie qui n’est pas toujours celle que la France aurait souhaitée, quel que soit le contexte qui revêt parfois des couleurs de guêpier, ces hommes vivent ici une mission noble. 

Padre Richard Kalka, aumônier militaire, « Dieu désarmé ». Ed. LBM

 

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Dessin de Bertrand de Miollis – œuvre originale offerte par l’artiste au Chasseur. « Haute Tension – Le 27e BCA en Afghanistan ». Ed. Gallimard.

 

Dans ce pays, comme dans d'autres théâtres de crise, il n'y a pas de coupure franche entre les amis et les ennemis, entre les insurgés les plus fanatiques et les partisans les plus convaincus du gouvernement légitime (...) Si ligne de partage il y a, c'est dans le cœur de chaque Afghan.

Colonel Benoît Durieux, 2e REI, in "Captain Teacher", Capitaine Raphaël Krafft, 2e REI, animateur de Radio Surobi. Ed. Buchet-Chastel 

 

 

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Photo Jean-Christophe Hanché« Kapisa » [épuisé].

 

Il est très dur de faire du social aujourd’hui avec des gens qui tireront sur vos camarades demain.

Adjudant-Chef Jean-Claude Saulnier, 2e REP, « Une vie de Légionnaire ». Ed. Nimrod

 

 

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Photo Sébastien Joly.

 

Chaque terroriste sait comment utiliser nos règles d'engagement à son profit. La question essentielle est simple: qui est prêt à aller le plus loin dans cette guerre? (...) Si vous ne souhaitez pas vous impliquer dans une guerre qui risque de dégénérer, alors, gardez-vous bien de vous y laisser entraîner. 

Navy SEAL Marcus Luttrell, USA.  « Le survivant ». Ed. Nimrod. 

 

 

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Photo Jean-Christophe Hanché.

 

Nous ne sommes que de passage, nous ne pouvons prétendre changer ce monde auquel nous sommes trop étrangers.

LCL Geoffroy de Larouzière-Montlosier, 1er RTir, « Journal de Kaboul ». Ed. Bleu-Autour

 

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Photo Thomas Goisque, « D’ombre et de Poussière » éd. Albin Michel & « Haute tension » éd. Gallimard.

 

Les soldats ont rempli la mission qui leur était donnée, en pacifiant la zone dans laquelle ils intervenaient. Le dernier mot reviendra néanmoins à la population locale, qui choisira plus librement qu'elle pouvait le faire avant le début du conflit le parti du pacificateur ou celui de ceux qui s'y opposaient. A terme, la solution en Afghanistan demeurera afghane.

LCL Bernard Gaillot, 13e BCA, "De l'Algérie à l'Afghanistan", ed. Nuvis. 

 

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Photo Thomas Goisque.

 

[On] me demandait mon ressenti par rapport à notre présence ici. J’étais convaincu de notre nécessité, mais j’étais inquiet de l’opinion publique. La population française semblait peu préoccupée par ses soldats qui donnaient leur vie pour la sécurité nationale, voire internationale (…) Cela nous blessait. Nous avions le sentiment d’avoir combattu pour rien, sachant qu’au fond de nous, ce n’était pas le cas.  

Adjudant Sylvain Favière, infirmier-para (désormais réserviste), « Ma blessure de guerre invisible ». Ed. Esprit Com’

  

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Photo Sébastien Joly.

 

Je repensais à Tagab. Je ne réalise pas que je n’y retournerai plus jamais. J’ai l’impression que je vais me réveiller, tôt ou tard, dans mon petit box, avec Fab dans le lit au-dessus de moi… J’ai vraiment l’impression d’avoir oublié quelque-chose là-bas, d’y avoir laissé je ne sais quoi.

Caporal-Chef Julien Panouillé, 1er RCP, « 197 jours – Un été en Kapisa ». Ed. Mélibée

 

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Photo José Nicolas – « Afghanistan – Task Force Lafayette » Ed. L’esprit de tous les combats.

 

Et je me pris à rêver que j’étais sur le terrain avec les gars, les accompagnant une dernière fois pour écraser l’ennemi.

SGT Paul ‘Bommer’ Grahame, The Light Dragoons, rattaché au Mercian Regiment, Royaume Uni, « Appui feu en Afghanistan ». Ed. Nimrod

 

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Photo Thomas Goisque.

 

L’expérience afghane a laissé en moi des blessures indélébiles, mais elle a aussi renforcé les fondements de mon engagement. Le sens profond du pacte qui nous unit s’est dévoilé dans les vallées touraniennes : une confiance absolue entre les hommes, l’esprit collectif poussé jusqu’à sa dernière extrémité. Avec l’amour, il s’agit à mon sens du lien humain le plus fort qui soit. 

Lieutenant Nicolas Barthe, 21e RIMa, désormais Capitaine au RSMA Guadeloupe, « Engagé ». Ed. Grasset

 

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Photo José Nicolas.

 

J’ai vu le mal. J’ai vu des enfants déchiquetés par des bombes. J’ai vu des blessés aux membres dilacérés par les explosions. J’ai vu des corps que le feu avaient rendus méconnaissables. Derrière chacun de ces blessés, il y a un autre homme qui a armé une bombe, qui a visé et tiré avec son arme, qui a fait exploser sa ceinture piégée (…). Je n’avais jamais capté auparavant autant d’intentions homicides qu’ici. Je te tue, tu me tues, il se tue, nous vous tuons, vous nous tuez, ils se tuent. 

Et j’ai vu le bien. Je n’ai jamais vu autant de dévouement la patience de soustraire un homme à la mort. Sur le terrain, de jour comme de nuit, des brancardiers secouristes, des infirmiers et des médecins risquent leur vie pour sauver celle des autres. Cinq d’entre eux l’ont déjà donnée. Malraux écrivait : « Je cherche cette région cruciale de l’âme où le mal absolu s’oppose à la fraternité ». J’ai vu et éprouvé cette fraternité. 

Professeur (Général) Patrick Clervoy, Service de Santé des Armées, « Dix semaines à Kaboul ». Ed. Steinkis.

 

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Photo Alphonse-Bernard Seny – « Le temps de l’action » Enfin!Editions.

 

Je repense à l’opération « Dinner out » [conquête de la vallée d’Alasay], au Caporal-Chef Belda qui doit être fier de nous, à toutes nos familles qui nous ont attendus avec calme, patience et dignité. Je regarde ces chefs de section, les Lieutenants Lazerges, Chantrel et Brunet, l’Adjudant Bouaouiche et leurs commandants d’unité, les Capitaines Minguet et Gruet et je pense à tous leurs camarades officiers, sous-officiers, chasseurs, légionnaires, artilleurs, cavaliers, transmetteurs, à tous mes Tigres de la Kapisa. Je mesure toute la chance que j’ai eue de commander des soldats de leur valeur. Ce sont eux les artisans de nos succès et les vrais vainqueurs de la Kapisa.

Tout le reste n’a que peu d’importance.

Colonel Nicolas Le Nen, 27e BCA, commandant le GTIA « Tiger », « Task Force Tiger ». Ed. Economica

 

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Photo Marlene Kuhn-Osius, « Objectif Afghanistan » [épuisé].

 

La guerre, je l'ai fréquentée en d'autres lieux en tant que reporter. J'ai attendu de nombreuses fois qu'elle survienne pour rassasier ma soif d'adrénaline, me rappeler ou rappeler aux autres que j'existe, m'exalter de vivre un moment extraordinaire, historique parfois, ou simplement pour avoir de quoi écrire un article. (...) [Mais] être acteur à la guerre, c'est autre chose. Je m'en rends compte aujourd'hui. Je me rends compte que les militaires, finalement, quand ils sont sains d’esprit et "bien tassés dans leurs bottes", n’aiment pas la guerre, ou du moins, l’aiment parfois moins que nous [les journalistes]. Et c'est heureux.

Capitaine (r) Raphaël Krafft, journaliste rattaché au 2e REI, animateur de Radio Surobi, « Captain Teacher »,  Ed. Buchet-Chastel

 

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Photo José Nicolas. 

 

Aujourd’hui la mission est terminée, le fanion [du GTIA] Raptor a rejoint définitivement les murs de la salle d’honneur du 1er Régiment de Chasseurs-Parachutistes. Mais l’on dit qu’à chaque visite, à chaque souvenir évoqué en sa présence, il retrouve ses couleurs vives et l’aigle sur le tissu reprend son vol suspendu pour « fondre du ciel » à jamais. On dit même qu’il se met alors à parler de ces hommes et de ces femmes qui sont allés jusqu’au bout de leurs rêves et de leurs convictions, de ces hommes et de ces femmes qui ont gagné là-bas, loin de leur pays, le seul combat qui vaille la peine d’être vécu, celui que l’on livre contre soi-même, pour les autres, jusqu’au sacrifice de sa vie.

Colonel Renaud Sénétaire, 1er RCP, commandant le GTIA Raptor, auteur de « Les aigles dans la vallée », Ed. Mélibée. Préface à « 197 jours – Un été en Kapisa », Caporal-Chef Julien Panouillé, 1er RCP. Ed. Mélibée.

 

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Photo Alphonse-Bernard Seny.

 

J'étais fier de commander mes hommes, me souciant de leurs tâches et surtout de leurs préoccupations. J'étais heureux d'être avec eux au bar, le soir, en rentrant de mission, une fois que tout était terminé, que la pression était tombée, avant de recommencer tôt le lendemain. Heureux de ne faire qu'un avec eux. Heureux car ils me le rendaient bien et l'on pouvait sentir entre nous, sans que cela ait été décidé, une complicité de ce lien particulier et fort qui unit les hommes après qu'ils ont traversé ensemble des épreuves qui ne peuvent être fidèlement narrées.

Capitaine Philippe "Stang" Stanguennec, CoTAM, "Au service de l'espoir", Ed. L'Esprit du Livre.

 

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Photo Alphonse-Bernard Seny.

 

J’ai commandé des soldats exceptionnels. J’ai commandé des hommes qui savent aujourd’hui ce qui est essentiel et ce qui n’est qu’accessoire. J’ai commandé des hommes qui ont grandi. J’ai eu l’honneur d’être parmi eux.

Et l’Afghanistan ? Qu’adviendra-t-il demain de ce pays terrible où quatre-vingt-huit de nos frères d’armes ont laissé leur vie ? Nul de ne peut le prédire. Mais une chose est sûre : aujourd’hui, les cerfs-volants flottent de nouveau dans le ciel afghan.

Colonel Gilles Haberey, chef de corps du 92e RI, commandant le GTIA « Wild Geese ». Préface à « Le temps de l’action », Alphonse-Bernard Seny. Enfin!Editions.

 

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Photo Nicolas Mingasson. 

 

Chacun, un jour prochain, regagnera, qui sa famille, qui ses parents ou ses amis. De nouveau, la vie « quotidienne » reprendra le dessus, mais n’y aura-t-il rien de changé en nous ? Ce séjour de cinq mois ou plus, parfois beau, parfois laid, parfois joyeux, parfois triste, n’aura-t-il laissé aucune trace dans nos vies ? N’aura-t-il pas façonné, d’une impression qui nous était insoupçonnée au départ, notre façon d’appréhender le monde, et celle dont on veut vivre et aimer en ce monde ? Peut-être même que notre cœur a été mis à nu et que notre vie émotionnelle, sentimentale, affective et amoureuse s’en est trouvée transformée et pourquoi pas transfigurée ? La fragilité de l’existence que nous avons pu « apprécier » ici ne va-t-elle pas nous apprendre à aimer « différemment » ceux qui nous sont chers et même ceux que nous n’aimions pas assez, jusqu’ici ?

Padre Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ». Ed. EdB.

 

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Photo Nicolas Mingasson. 

 

Comment parler en deux mots de nos morts et de nos blessés, sans tenir de propos sacrilèges ?

Simplement redire que, loin des images hollywoodiennes, la détresse de nos blessés n’est jamais belle. L’héroïsme de nos morts n’est pas de réussir à susurrer quelques mots glorieux à l’oreille d’un camarade à l’instant du trépas. Il est de s’être investi jusqu’au bout, avec forces et faiblesses, pour simplement tenir son rôle parmi ses frères d’armes. 

Capitaine Jean-Gaël Le Flem, 27e BCA in « D’ombre de de poussière », Thomas Goisque & Sylvain Tesson. Ed. Albin Michel

 

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SCH Jocelyn Truchet, 13e BCA. Photo Philippe de Poulpiquet, « Pour la France », Ed. Grrr…art.

 

La guerre d’Afghanistan s’achève et ses protagonistes entrent peu à peu dans l’oubli. D’autres conflits font leur apparition, au Mali ou ailleurs. Mais les blessés de guerre porteront toute leur vie le vivant témoignage de leurs batailles. Quatre ans plus tard, ma blessure est toujours là et ma souffrance physique quotidienne. Je ne pense pas m’en débarrasser un jour. Lorsque mon nerf me lance, j’ai le sentiment que ma jambe coupée est toujours là et que c’est elle qui me fait souffrir. Les médecins appellent cela « le membre fantôme ». Je serre les dents, je me plie en deux sous la douleur et j’attends que la souffrance passe. Ce fantôme va et vient plusieurs fois par jour et apparaît sans prévenir. Avec le temps, j’apprends à vivre avec lui. Cela fait partie de mon sacrifice. Je ne m’en plains pas et je ne regrette rien.

Sergent-Chef Jocelyn Truchet, 13e BCA, « Blessé de guerre », autoédité.

 

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Photo Philippe de Poulpiquet, « Pour la France », Ed. Grrr…art. 

 

Perdu, déstabilisé, isolé dans sa souffrance, il est ainsi depuis son retour d’Afghanistan, voici plus de deux ans… Seul le désespoir empêche de croire à des jours meilleurs. Or toute la richesse du cœur de l’homme se résume à l’espérance que nous ne devons jamais perdre. Il nous faut espérer pour lui et avec lui, car l’espérance est souvent ce qui reste quand tout est parti à vau-l’eau. Le travail d’accompagnement sera long, mais il  n’est pas permis de croire à son échec.

Padre Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, « L’autre combat ». Ed. EdB.

 

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Photo Philippe de Poulpiquet.

 

Je pense d’abord aux familles, à celles et à ceux qui ont perdu un proche, aux blessés graves, à toutes les personnes dont la vie sera irrémédiablement différente. Elles nous donnent des leçons quotidiennes de courage et de modestie. L’institution, je pense, en tire des leçons de vérité. Lorsque les cercueils sont alignés devant vous, vous prenez la réalité en pleine figure (…) A titre personnel, ces cérémonies d’hommage m’ont appris une plus grande humilité. J’ai un garçon qui part dans quelques jours en Afghanistan. Et je me dis : « Et si cela m’arrivait, à moi ? Si notre garçon devait être tué là-bas ? ». Frappé en plein cœur, comme toutes ces familles que nous avons tenté de réconforter, saurions-nous alors nous comporter plus dignement que beaucoup d’entre elles ? 

Général de corps d’armée Bruno Dary, ancien Gouverneur Militaire de Paris. Postface à « Afghanistan – Task Force La Fayette », José Nicolas. Ed. L’esprit de tous les combats.

 

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Photo José Nicolas.

 

 On ne se débarrasse pas des morts. Ils sont là. Ils forment un cortège amical et funèbre qui nous attend désormais de l’autre côté du miroir.

Padre Christian Venard, « Un prêtre à la guerre ». Ed. Tallandier

 

***

Bibliothèque francophone « Ceux d’Afghanistan »

Non exhaustif.

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Photos Thomas Goisque. 

 

Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.

Et même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ?

Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant ?

 

Sergent-Chef Yohann Douady, 2e RIMa, « D’une guerre à l’autre ». Ed. Nimrod

 

Hommage

Aux morts pour la France en Afghanistan

31 août 2004 - CAL Murat YAGCI - 1er RPIMa

21 octobre 2004 - 1CL Thierry JEAN BAPTISTE - 3e RH

21 octobre 2004 - MDL Simah KINGUE EITHEL ABRAHAM - 3e RH

11 février 2005 - CAL Alan KARSANOV - 2e REI

17 septembre 2005 - CCH Cédric CRUPEL - 1er RPIMa

4 mars 2006 - PM Loïc LEPAGE - Commando Trépel

15 mai 2006 - 1CL Kamel ELWARD - 17e RGP

20 mai 2006 - ACH Joël GAZEAU - 1er RPIMa

20 mai 2006 - CCH David POULAIN - 1er RPIMa

25 août 2006 - PM Frédéric PARE - FORFUSCO

25 août 2006 - CCH Sébastien PLANELLES - CPA 10

25 juillet 2007 - ACH Pascal CORREIA - 1er RCP

23 août 2007 - MDL Stéphane RIEU - 1er RHP

21 septembre 2007 - ACH Laurent PICAN - 13e BCA

18 août 2008 - SGT Damien BUIL - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Kévin CHASSAING - 8e RPIMa

18 août 2008 - ADJ Sébastien DEVEZ - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Damien GAILLET - 8e RPIMa

18 août 2008 - SGT Nicolas GREGOIRE - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Julien LE PAHUN - 8e RPIMa

18 août 2008 - SGT Rodolphe PENON - 2e REP

18 août 2008 - CAL Anthony RIVIERE - 8e RPIMa

18 août 2008 - CAL Alexis TAANI - 8e RPIMa

19 août 2008 - CAL Melam BAOUMA - RMT

22 novembre 2008 - ADC Nicolas REY - 3e RG

11 février 2009 - CDE Patrice SONZOGNI - 35e RAP

14 mars 2009 - CCH Nicolas BELDA - 27e BCA

24 mai 2009 - CCH Guillaume BARATEAU - 9e CCT / 9e BLBMa

1er août 2009 - CCH Anthony BODIN - 3e RIMa

4 septembre 2009 - CCH Johan NAGUIN - 3e RIMa

6 septembre 2009 - SGT Thomas ROUSSELLE - 3e RIMa

27 septembre 2009 - CAL Kévin LEMOINE - 3e RIMa

27 septembre 2009 - ADC Yann HERTACH - 13e RDP

27 septembre 2009 - BCH Gabriel POIRIER - 13e RDP

27 septembre 2009 - CCH Ihor CHECHULIN - 2e REI

8 octobre 2009 - SCH Johann HIVIN-GERARD - 3e RIMa

11 janvier 2010 - ICS Mathieu TOINETTE - 402e RA

12 janvier 2010 - LCL Fabrice ROULLIER - 1e BM

13 janvier 2010 - MDC Harouna DIOP - 517e RT

9 février 2010 - CAL Enguerrand LIBAERT - 13e BCA

8 avril 2010 - CAL Robert HUTNIK - 2e REP

22 mai 2010 - CBA Christophe BAREK-DELIGNY - 3e RG

7 juin 2010 - SCH Konrad RYGIEL - 2e REP

18 juin 2010 - BCH Steeve COCOL - 1er RHP

6 juillet 2010 - ADJ Laurent MOSIC - 13e RG

10 août 2010 - 1CL Antoine MAURY - 1er RMed

23 août 2010 - CNE Lorenzo MEZZASALMA - 21e RIMa

23 août 2010 - CCH Jean-Nicolas PANEZYCK - 21e RIMa

30 août 2010 - ADC Hervé ENAUX - 35e RI

15 octobre 2010 - ICS Thibault MILOCHE - 126e RI

17 décembre 2010 - CBA Benoît DUPIN - 2e REG

18 décembre 2010 - MA Jonathan LEFORT - Commando Trepel

08 janvier 2011 - SGT Hervé GUINAUD - RICM

19 février 2011 - CCH Clément CHAMARIER - 7e BCA

24 février 2011 - ADC Bruno FAUQUEMBERGUE - CFT

20 avril 2011 - CCH Alexandre RIVIERE - 2e RIMa

10 mai 2011 - 1CL Loïc ROPERH - 13e RG

18 mai 2011 - 1CL Cyril LOUAISIL - 2e RIMa

1er juin 2011 - SGT Guillaume NUNES-PATEGO - 17e RGP

10 juin 2011 - CCH Lionel CHEVALIER - 35e RI

10 juin 2011 - LTN Matthieu GAUDIN - 3e RHC

18 juin 2011 - CAL Florian MORILLON - 1er RCP

25 juin 2011 - CCH Cyrille HUGODOT - 1er RCP

11 juillet 2011 - BCH Clément KOVAC - 1er RCh

13 juillet 2011 - CNE Thomas GAUVIN- 1er RCP

13 juillet 2011 - ADC Laurent MARSOL- 1er RCP

13 juillet 2011 - ADC Emmanuel TECHER -17e RGP

13 juillet 2011 - ADC Jean-Marc GUENIAT - 17e RGP

13 juillet 2011 - SGT Sébastien VERMEILLE – SIRPA-Terre

14 juillet 2011 - MA Benjamin BOURDET - Commando Jaubert

7 août 2011 - CCH Kisan Bahadur THAPA - 2e REP

7 août 2011 - CAL Gerardus JANSEN - 2e REP

11 août 2011 - SGT Facrou HOUSSEINI ALI - 19e RG

14 août 2011 - CNE Camille LEVREL - 152e RI

7 septembre 2011 - CNE Valéry THOLY - 17e RGP

14 novembre 2011 - 1CL Goran FRANJKOVIC - 2e REG

29 décembre 2011 - ADC Mohammed EL GHARRAFI - 2e REG

29 décembre 2011 - SGT Damien ZINGARELLI - 2e REG

20 janvier 2012 - ADC Fabien WILLM - 93e RAM

20 janvier 2012 - ADC Denis ESTIN - 93e RAM

20 janvier 2012 - SCH Svilen SIMEONOV - 2e REG

20 janvier 2012 - BCH Geoffrey BAUMELA - 93e RAM

27 mars 2012 - CDE Christophe SCHNETTERLE - 93e RAM

9 juin 2012 - MAJ Thierry SERRAT - GIACM

9 juin 2012 - ADJ Stéphane PRUDHOM - 40e RA

9 juin 2012 - MLC Pierre-Olivier LUMINEAU - 40e RA

9 juin 2012 - BCH Yoann MARCILLAN - 40e RA

7 août 2012 - ADC Franck BOUZET - 13e BCA

 5 août 2013 - ADJ Gwénaël THOMAS - BA 123

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Photo US Army

 

Hommage

Aux soldats de l’ISAF de toutes nationalités, nos frères d’armes, morts en Afghanistan,

2290 américains, 445 britanniques, 158 canadiens, 54 allemands, 48 italiens, 43 danois, 40 australiens, 38 polonais, 34 espagnols, 27 géorgiens, 25 néerlandais, 21 roumains, 14 turcs, 11 néo-zélandais, 10 norvégiens, 9 estoniens, 7 hongrois, 5 tchèques, 5 suédois, 3 lettons, 2 finlandais, 2 jordaniens, 2 portugais, 1 albanais, 1 belge, 1 lituanien, 1 slovaque, 1 sud-coréen,

Aux milliers de soldats de l’Armée Nationale Afghane, nos frères d’armes, morts pour leur pays,

Aux contractants, journalistes, morts en Afghanistan,

Aux blessés dans leur chair, dans leur psychisme.

 

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Photo Sébastien Joly 

 

A la mémoire des civils afghans.

C'est sûr que nous vivons des temps difficiles, mais je regarde les choses de façon pragmatique : Il y avait deux écoles à Surobi en 2002, il y en a plus de vingt aujourd'hui. Il ne faut pas être ingrat. Les gens oublient vite. Moi, je me range dans le camp de ceux qui apportent le savoir et l'éducation.

Aziz Rahman, animateur de Radio Surobi, 

radio "communautaire" en langue pashto fondée par le COL Durieux, 2e REI.

« Captain Teacher », Capitaine (r) Raphaël Krafft, rattaché au 2e REI, Ed. Buchet-Chastel

 

***

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La 52e promotion de l’EMIA s’est baptisée «Ceux d'Afghanistan».

Nous apportons notre soutien à leur projet d’ériger une stèle à Coëtquidan, en mémoire des 89 soldats français morts pendant le conflit.

Soutenez-les vous aussi par un don, même symbolique.

Voir ici.

 

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Photo Sébastien Joly

 

Comme nos camarades des autres armées, les aviateurs ont affronté avec courage les risques de leur action en Afghanistan. Je m’incline devant la mémoire de tous ceux qui l’ont payé de leur vie, de tous ceux blessés dans leur chair et dont le mérite n’a d’égal que la noblesse de leur mission.

Général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, Chef d’état-major de l’Armée de l’Air. Préface à « Afghanistan – Regards d’aviateurs », Lieutenant Charline Redin, SIRPA-Air, désormais ECPAD.

 

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Photo Thomas Goisque.

 

Nous pouvons être fiers du comportement remarquable des soldats français en Afghanistan. 

Général d’Armée Bertrand Ract-Madoux, Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre. Préface à « L’Afghanistan en feu », Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud, RICM. Ed. Economica

 

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Photo Thomas Goisque.

 

S’il vous arrive de rencontrer un de ces soldats, je suis convaincu qu’il appréciera que vous lui disiez merci. Merci pour son service. Merci pour son sacrifice. Nos soldats méritent de se faire dire merci.

Ils sont ce que ce pays a de plus noble. Ils sont ce que ce pays a de mieux.

LCL Steve Jourdain, Royal 22e Regiment, frère d’armes québécois. « Mon Afghanistan », Ed. Athéna.

 

 

 

 

 

 

 

16/11/2013

« D’ombre et de poussière », Thomas Goisque & Sylvain Tesson, Ed. Albin Michel

 

Photos et texte © Thomas Goisque, Sylvain Tesson, CNE Jean-Gaël Le Flem. Publiés avec l'aimable autorisation des auteurs. Tous droits réservés.

 

 

Lorsqu’Allah eut créé le reste du monde, il vit qu’il restait encore une grande partie de rebut, de morceaux dépareillés qui n’allaient nulle part.

Alors, il les ramassa et les jeta sur la Terre.

Ils devinrent l’Afghanistan.

 

Dicton afghan, rapporté par le padre Ducourneau dans « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ». Editions EdB.

 

 

Après « Haute-Tension » consacré aux Chasseurs alpins du 27e BCA en Afghanistan, le photographe Thomas Goisque et l’auteur Sylvain Tesson ont souhaité revenir sur le conflit afghan, qu’ils ont vécu de l’intérieur : treize ans de guerre, autant de voyages au pays de l’insolence. « Nous avons côtoyé quotidiennement ces hommes, dans la servitude et la grandeur de leur mission, dans le temps dilaté de la vie au camp ou dans la tension de l’accrochage. »

A l’heure du désengagement français, « D’ombre et de poussière » se veut un livre bilan, mais pas un livre jugement :

« Ce livre ne prétend pas expliquer le conflit. Nous laissons ce soin-là aux experts qui prospèrent toujours sur les décombres des pays en guerre.

L’Afghanistan a fait tellement gloser que nous ne voulions pas rajouter notre pierre au tas de gravats des explications savante. »

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Le poste, la patrouille, l’opération sont les trois axes choisis par Thomas et Sylvain, pour décrire le conflit asymétrique auquel se sont livrés les soldats français en Afghanistan.

Un témoignage d’une esthétique visuelle saisissante, accompagné d’un texte percutant qui plonge son lecteur dans cette guerre, à la fois réelle et invisible, où la force ne suffit pas pour obtenir la victoire, où tout n’est qu’incertitude et apparence derrière une brume de lœss.

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Ils ne connaissaient pas ce royaume insolent et somptueux où se jouait une guerre insaisissable.

Un tourbillon d’ombre et de poussière.

Si la poussière parlait combien de secrets révèlerait-elle ?

 

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« Comme un pompier qui n’aurait jamais eu de feu à éteindre, nous attendions une opportunité réelle de jauger notre professionnalisme, de vivre ce qui justifie tant d’entrainements. Malgré la gravité de la situation, c’est dans cet état d’esprit que nous sommes partis. »

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Sur cette terre Immémoriale, haut lieu du bouddhisme, tournait la monstrueuse roue de l’histoire.

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Il est 6 heures du matin, le soleil s'est hissé au-dessus des herses de l'Hindou-Kouch. Déjà, il brille férocement. "Le soleil est aveugle", écrivait Malaparte. Aveugle envers ceux qui combattent sous sa lumière, indifférent à l'enfer que les hommes inventent dans son ombre. […]  

 L'aube révèle le décor que la tragédie s'est choisi : une montagne de rouille couronnée de neige, un désert de lœss qui sert de tapis aux éboulis de grès et l'oasis jade d'un village - amande dans la poussière. L'Afghanistan est la patrie de l'éternel retour : les armées s'y succèdent, s'y enlisent, en repartent. Et reviennent.

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Dans les camps tricolores se répartissaient les huit cents soldats composant les GTIA constitués des composantes de toutes les unités de l’armée de terre. […]  Ainsi les deux armées, française et afghane, dont le destin était de combattre de concert, se côtoyaient-elles en opération et dans la vie quotidienne.

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Il y avait les semailles. Il y avait les moissons.

La guerre ne connaissait pas de saisons dans la solitude des labours afghans. 

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Patrouiller c’est progresser en terrain miné en manifestant l’équanimité. S’enfoncer dans l’inconnu en feignant la force tranquille. 

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La guerre se déroulait dans un mikado humain et cette intrication était une obsession.

Ils menaient la bataille parmi les lavandières, sur le chemin des écoliers. 

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A l’approche de la patrouille, claquement d’ailes bleues. Les femmes se dispersaient. 

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Les talibans usent de cette technique vieille comme la lâcheté : se replier derrière le rempart de l’innocence. 

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L’air se déchirait des rugissements des hélicoptères.

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Dans le fond attendre l’intervention d’un hélicoptère, c’est espérer le secours du ciel… 

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Et la poussière du soir tombait, c’était la nuit et ils organisaient la veille sous les constellations qui avaient déjà tenu compagnie aux sentinelles de tant d’armées ! 

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Nous avons veillé sous des ciels étoilés en scrutant la nuit, aux aguets du moindre mouvement.

-

Ils ne fermaient pas l’œil, la guerre ne dormait pas.

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Les nuits bruissaient des mouvements des talibans qui tentaient de passer sur le flanc des postes pour rejoindre les villages et les accrochages nocturnes se multiplièrent dans les vallées.

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L’aube était une fontaine d’où jaillissait le jour.

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Puis aux heures nocturnes ou au petit matin, c’était l’attaque.

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Le ballet des hélicoptères , chargeant et déchargeant personnels, blessés et matériel sur les drop zones des camps noyait l’atmosphère dans un nuage de lœss qui ne retombait jamais.

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Ainsi allait la vie des postes, oscillant, selon un solfège propre à l’armée, entre les périodes de veille, d’entrainement, d’attente et les opérations coordonnées.

 

***

Goisque Tesson.jpgNous avons déjà eu l’opportunité de présenter le photographe Thomas Goisque (à g.) et de l’écrivain Sylvain Tesson (à d.) pour leur précédent livre : « Haute Tension – Le 27e BCA en Afghanistan », accompagnés alors par l’artiste Bertrand de Miollis.

 

Cette fois, laissons-leurs la parole :

 

 

Laissons aussi cette parole au Colonel Nicolas Le Nen, 27e BCA, commandant le GTIA « Tiger » :

Tessson Le Nen.JPGJ’aurai vu défiler beaucoup de journalistes et de reporters depuis le début de ma mission en Kapisa. Certains se sont contentés de surfer sur l’écume de nos journées et de nos opérations. D’autres comme Géraud Burin des Roziers, Thomas Goisque, Sylvain Tesson et Bertrand de Miollis ont pris le temps de nous accompagner, de comprendre ce que nous faisions et d’entrer dans nos vies. Eux auront vu l’essentiel : la générosité, la passion et la richesse de ces jeunes hommes qui sont prêts à payer de leur sang l’idée qu’ils se font de leur métier et de leur dévouement à leur bataillon et leur pays. J’ai beaucoup d’admiration pour ces reporters-là qui sont prêts à partager nos risques et endurer nos souffrances pour simplement témoigner de ce que nous sommes. Ils sont des nôtres et je sais que tous les Chasseurs les considèrent comme tels. 

Colonel Nicolas Le Nen, 27e BCA, commandant le GTIA « Tiger ».

« Task Force Tiger », Ed. Economica.

 

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Prix : 30€ ISBN-13: 978-2226208248 - Format 28 x 24, 192 pages. 

Aux éditions Albin Michel 

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Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le Net.

Retrouvez les photos de Thomas Goisque sur son site ici. 

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Hommage

Aux morts en Afghanistan,

Aux blessés,

A la mémoire des civils afghans qui subissent depuis des décennies la folie de leurs dirigeants.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc.

 

***

Lettre d’un capitaine

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Ce fut d’abord la découverte de ce pays d’une beauté stupéfiante, lieu improbable où l’arc himalayen vient mourir dans le désert. Au hasard des patrouilles, nous avons sillonné ces vallées luxuriantes qui semblent refléter l’état de nature. L’habitat se fond harmonieusement entre les vergers, les champs de grenadiers et d’orge. La population semble encore vivre au rythme des saisons; les hommes entretiennent non sans génie les canaux d’irrigation. Les vieillards nous contemplent sagement avec un air de « déjà vu » cachés, derrière leur barbe. Les enfants, loin d’être apeurés par notre attirail guerrier, s’amusent de notre maladresse.

Quant aux femmes, prisonnières de la burqa, elles évitent nos regards et ne laissent deviner une certaine féminité que par le raffinement de leurs chaussures.

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Mais, malheureusement, cette phase ne dure qu’un temps.

Quand les ruelles se vident et que les premières balles sifflent, notre perception du monde change d’un coup. Qu’elles sont longues ces minutes où, dans le fracas des armes, tout le monde cherche à se faire une idée précise de la situation, espérant ne pas entendre ce compte rendu qui tombe comme un couperet : « Blessé, blessé !!! »

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Comment parler en deux mots de nos morts et de nos blessés,  sans tenir de propos sacrilèges ?

Simplement redire que, loin des images hollywoodiennes, la détresse de nos blessés n’est jamais belle. L’héroïsme de nos morts n’est pas de réussir à susurrer quelques mots glorieux à l’oreille d’un camarade à l’instant du trépas. Il est de s’être investi jusqu’au bout, avec forces et faiblesses, pour simplement tenir son rôle parmi ses frères d’arme.

[…] 

« Ne sommes-nous pas devenus fous de croire que l’on peut orienter le destin d’un peuple si fier ? »

La guerre révèle les hommes ou les détruit.

 

Capitaine Jean-Gaël Le Flem, 27e BCA

Préface à « D’ombre de de poussière »

 

 

 

 

 

 

27/10/2013

"Les cloches sonnent aussi à Kaboul", père Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire, Ed. EdB

 

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

 

 

« Il n’y a pas de difficulté de fond, ni d’impossibilité, de vivre ensemble la vocation chrétienne et la vocation militaire. Si l’on considère ce qu’il est positivement, le service des militaires est une chose très belle, très digne et très bonne. Le cœur de la vocation militaire n’est rien d’autre que la défense des siens. Trouvons le principe explicatif de la participation d’une guerre : si elle est une défense de la partie oppressée, une défense des persécutés, des innocents, une défense  au risque même de sa vie, cette défense peut causer des dommages ou apporter la mort à l’oppresseur. Mais dans ce cas, c’est lui qui en est responsable. »

Jean-Paul II

 

 

« - Tu vois ce gars qui soulève 115kg de fonte ? - Ouais. - A ton avis, c’est qui ? - J’sais pas. Un Légionnaire ? Un Marsouin ? - Et bien non, c’est notre Com Ciel. - Notre quoi ? - Notre Commandement Ciel, notre padre, notre aumônier quoi… »

Cette conversation est fictive, mais s’est peut-être tenue, qui sait, sur une base d’Afrique ou d’Afghanistan… L’armoire à glace dont on parle est le père Jean-Yves Ducourneau, aumônier catholique aux Armées et auteur. Grâce à lui, et après « Dieu désarmé » de notre cher padre Kalka, nous avons la joie d'aborder un nouveau récit d’aumônier : « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ».

 

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« Les cloches sonnent aussi à Kaboul » est le journal de marche du père Ducourneau lors de ses déploiements en Afghanistan, mais il dépasse largement le cadre strictement factuel de la vie d’un aumônier militaire. C’est un livre profond, dense, qui invite à la méditation. Jean-Yves s’expose, se livre, ne cachant en rien ses émotions, même s’il reste homme pudique. Certes, un lecteur anticlérical acharné pourra  rester sourd aux mots de Jean-Yves. Dommage, ce ne sont que mains tendues. Mais ce même lecteur ne pourra nier l’amour  que le padre porte à ses frères d’armes. Ou mieux, à ses fils d’armes…

Quelques extraits.

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L’aumônier militaire que je suis maintenant n’a pas la vocation d’un curé de paroisse. Je suis plus heureux en marchant sur les cailloux acérés d’Afghanistan qu’assis autour d’une table bien cirée du XIX°, en train de remplir les lignes de mon agenda paroissial.

 

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Bénédiction d'un VAB à la demande des soldats

Nous savons bien qu’ici [en Afghanistan], sur cette terre de cailloux rugueux et de sang versé depuis des lustres, la vie est précaire. Lorsque, avant de venir dans ce pays de tous les extrêmes, nous remplissons nos sacs militaires camouflés, entassant tant bien que mal nos rangers et autres treillis de combat, chacun pense à l’éventualité cruelle de ne plus jamais ranger ses affaires au retour, tant ce retour semble incertain, surtout pour les combattants de première ligne, dont la jeunesse innocente me donne parfois beaucoup de signes d’inquiétude et de compassion, comme si j’étais, à ce moment-là, leur père.

Leur père, je le suis, par la grâce de Dieu. Je suis leur padre.

 

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Soudain, dans le fracas de cette matinée que d’aucuns redoutaient, nous déplorions un blessé, le très jeune Caporal Jérôme, du 35e RI, qui sentit siffler dans son dos le projectile 7.62, froid et tueur. Porté par ses copains jusqu’à leur véhicule blindé, il fût rapidement évacué. Puis le service médical, avec à sa tête Xavier, le colonel médecin du 1er RIMa à qui je veux rendre un hommage appuyé, le prit tout de suite en charge. A peine arrivé sur les lieux, Jérôme, que le chef de corps veillait déjà, me reconnut et m’appela : « Ah ! Padre ! ». Ses larmes devinrent discrètement les miennes, son silence devint parole criante en moi et, en retour, ma main devint la sienne.

 

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Photo © Thomas Goisque

Épris de liberté et de grands espaces [il] était maintenant enfermé dans ce cercueil de zinc qui trônait au milieu de l’allée de notre chapelle en bois. Je revois ses camarades, dressés autour de lui, habillés de leurs atours militaires, au garde-à-vous malgré un froid sans nom qui nous saisissait tous de l’intérieur, retenant leurs larmes d’hommes blessés dans leur chair de parachutiste du 35e RAP de Tarbes. Tous semblaient attendre une explication… Je ne leur ai parlé que d’espérance, d’amour et de miséricorde, de fraternité blessée, de soutien nécessaire, de prière, du sens du sacrifice d’une vie donnée pour la mission et du sens de la vie et de la mort que chacun portait en soi… Ces mots dérisoires, je le sais, qui semblent vides et creux à ceux qui touchent de leur doigt la mort d’un frère aimé, étaient pourtant les mots que l’Esprit de Dieu, dans la faiblesse de ma voix, mettait pour eux en mon cœur.

 

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Photo © Thomas Goisque

Aujourd’hui 15 octobre 2010, jour de la fête liturgique de sainte Thérèse d’Avila, celle qui a fait de sa vie un sacrifice éternel pour l’Eglise du Christ, nous avons perdu notre infirmier-major, l’adjudant-chef Thibault Miloche (…). Il vient d’écrire en lettres de sang son nom sur la trop longue liste de plus de 480 noms des soldats de la coalition tombés depuis le début de l’année.

(…) L’hommage que ses frères d’armes lui ont rendu a été à la hauteur du personnage, chaleureux et émouvant. Durant la messe du souvenir que nous avons célébrée à Tora en présence de tous ses amis, j’ai vu une belle et sainte fraternité prendre corps et s’élever comme une offrande vers le Ciel ouvert. Ensuite, durant cette longue procession de frères aux visages graves jusqu’à l’hélicoptère gris qui attendait sur la zone de se poser pour emporter le corps loin de nos yeux embrumés, j’ai entendu la plainte intérieure des cœurs en larmes crier vers le mystère divin qui, soudain, semblait toucher chacun d’entre nous de ses doigts saints.

 

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Mon fils, laisse-moi te dire que sur ta route de militaire, tu rencontreras aussi, et cela quelle que soit ta foi, des aumôniers. Ces étranges personnages qui grenouillent çà et là, dans les compagnies, les services, les postes de garde ou les terrains de manœuvre, qui sont sans armes et sans grades. Ils sont à ton service pour t’aider à grandir, dans ta foi si tu es croyant, ou dans la vie tout simplement, si ta route n’a pas encore croisé Dieu. N’hésite pas à aller vers eux si tu vois qu’ils ne viennent pas vers toi. Ils t’accueilleront comme leur enfant qu’ils ont reçu par la grâce de Dieu et tu pourras leur faire confiance. Ils sont là pour toi, crois-moi sur parole.

Padre Jean-Yves Ducourneau

 

* * *

 

v_auteur_242.jpgLe père Jean-Yves Ducourneau est né en 1960. Elevé pour une grande part en famille d’accueil, une mère lointaine, sa jeunesse est faite d’errance (dont un engagement dans l’armée qui fait long feu), et de quête de soi. Le 1er janvier 1985, il ressent « le besoin d’entrer dans une église », et se lie d’amitié puis d’affection avec le prêtre. C’est dès lors un tout autre cap qui est donné  à sa vie. Il entre au séminaire, en ressort ordonné en 2004. Mais ce n’est pas un homme de paroisse. D’abord aumônier des prisons, c’est vers l’armée qu’il se tourne en 1996. Il devient aumônier militaire, rattaché à la base aérienne de Mont-de-Marsan, dans sa Gascogne qu’il aime tant. Dès lors vient le temps des OPEX : Tchad, Ex-Yougoslavie, RCA, Côte d’Ivoire, Liban, deux déploiements en Afghanistan...  Prêtre de la Mission de Saint-Vincent-de-Paul, il est auteur de plusieurs livres : « Les cloches sonnent toujours à Kaboul », « L’autre combat », « Jésus, l’église et les pauvres », et de nombreux essais sur Saint-Vincent.  Figure de l’armée, le padre Ducourneau allie physique d’haltérophile et profonde spiritualité. Il revendique le surnom de « Com Ciel » [Commandement Ciel] donné aux aumôniers, et s’amuse de son sang O+,  qu’il lit « Ô Croix », comme manifestation de l’humour de Dieu. Le père Ducourneau est actuellement aumônier de l’ENSOA de Saint-Maixent.

Le padre Ducourneau en "live"

 

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Prix : 17,20€ - ISBN 978-284024-398-4 – Format 13,5x21, 376 pages

 

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Disponibles aux Editions des Béatitudes/EdB ici.

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Les aumôniers dans votre bibliothèque militaire

Non exhaustif 

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Du même père Ducourneau : « L’autre combat », essai sur la reconstruction humaine après des blessures visibles ou invisibles. Disponible chez EdB ici.

Une Plume pour l'Epée abordera prochainement ce livre.

 

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Incontournable, « Dieu désarmé » du padre Richard Kalka. Nous avons abordé ce récit formidable ici.

Disponible chez l’éditeur Little Big Man ici.

 

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Pour les fans d'histoire : « L’aumônier militaire d’Ancien Régime - La vie du prêtre aux Armées des guerres de Religion à la Première République (1568-1795) », par le père Robert Poinard, vicaire général du diocèse aux Armées.

Aux éditions L’Harmattan, disponible ici.

 

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Pour les fans d’uniformes : « Insignes et tenues des aumôniers militaires français depuis 1852 », par Dominique et Marie-Claude Henneresse.

Aux éditions ETAI, disponible ici.

 

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A venir : "Un prêtre à la guerre" du padre Christian Venard. Rattaché au 17e RGP de Montauban, il était sur les lieux après la tuerie opérée par Mohammed Merah et est accouru pour accompagner le jeune CPL Abel Chennouf dans la mort.

Parution début décembre aux Ed. Taillandier. Peut être commandé ici.

 

Autres confessions 

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« Soldats de la parole », ouvrage collectif sous la direction du grand rabbin Haïm Korsia.

Publié par l’Aumônerie Israélite des Armées. Disponible ici.

 

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« Aumônier en Algérie », Journal du pasteur Caumont, aumônier protestant.

Chez Ampelos Editions. Disponible ici.

 

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Pour contacter toutes les aumôneries, voir ici.

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Hommage

Au CNE Patrice Sonzogni, 35e RAP, mort pour la France en Afghanistan,

A l’ICS Thibaut Miloche, 126e RI, mort pour la France en Afghanistan,

A tous les morts pour la France en Afghanistan,

Aux blessés, tant dans leur physique que dans leur psychisme.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

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Il est des endroits où les cloches telles qu’on les connaît, jolies, polies et bien arrondies, sont inexistantes. C’est pourquoi, avec l’habilité et l’ingéniosité de bon nombre de soldats, on arrivait à fabriquer des cloches avec les moyens du bord (…) Une douille d’obus peut ainsi avoir une seconde vie beaucoup plus pacifique que la première !

Cependant, une chose reste pour moi une évidence humaine et pastorale : quelle que soit la matière dans laquelle la cloche est fondue, elle ne sonnera jamais juste tant que les souffrances des pays traversés seront  sur sa portée musicale. Aucune mélodie harmonieuse ne pourra danser dans le vent de Dieu tant que les droits les plus élémentaires des pauvres, des veuves, des enfants, des personnes âgées et des malades de toutes les régions du monde dans lesquelles nos soldats sont envoyés seront bafoués par des conflits fratricides dus au péché de l’homme, à son arrogance, son insolence, son goût du pouvoir et son amour de l’argent.

Padre Jean-Yves Ducourneau

 

 

 

 

Aumônier des armées, récit biographique, journal de marche, Afghanistan

19/10/2013

« Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français », Nicolas Mingasson, écrivain-photographe intégré au 21e RIMa, Ed. Acropole

 

Extraits et photos © Nicolas Mingasson [sauf mention contraire], publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Droits réservés.

 

 

Cette chronique est dédiée à Mme Monique Panezyck, maman du CCH Jean-Nicolas Panezyck, 21e RIMa, mort pour la France le 23 août 2010 en Afghanistan. Avec notre affection.

 

 

"La première victime de la guerre, c'est toujours la vérité" 

Rudyard Kipling, écrivain britannique.

 

La fraternité militaire fait souvent preuve d’amertume lorsqu’elle évoque la société civile : incompréhension sur le sens de son engagement, indifférence envers ses sacrifices… Et pourtant, il existe une poignée de ces civils qu’il convient de mettre à part : Un beau matin, ils ont frappé à la porte du Ministère de la Défense. Comme les soldats, ils ont dû prouver leur force, physique et mentale. Comme les soldats, ils ont fait leurs bagages. Comme les soldats ils ont serré dans leurs bras femme, enfants, proches, en leur disant : « Ne vous inquiétez pas, je serai prudent ». Comme les soldats, ils se sont envolés vers des pays où règne le fracas des armes. Mais, contrairement aux soldats, ils n’emportaient qu’appareils photo, stylos et pc portables.

Ils s’appellent Yves, Sébastien, José, Alphonse, Thomas, Sylvain, Bertrand… Ils s’appellent aussi Nicolas Mingasson.

Ce sont des reporters, des photographes, des écrivains, qui loin d’un travail journalistique d’opportunité, ont décidé d’accompagner nos troupes sur le long terme.

Et s’ils n'ont pas été en mesure d’apporter leur soutien aux soldats sur le terrain, c’est au retour qu’ils l'ont fait, en témoignant du sens de leur engagement, de leurs sacrifices…

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« Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français » est avant tout l’histoire d’une rencontre : celle de Nicolas Mingasson et du Sergent Christophe Tran Van Can, 21° RIMa. Ce dernier s’est porté volontaire pour « accueillir » Nicolas, au grand dam (dans un premier temps) des hommes de sa section.

Durant toute l’année 2010, le photographe-écrivain collera aux basques du Sergent, partageant toute la vie des Marsouins, entraînements, patrouilles, chambrées…

De cette « vie commune » naissent « Journal d’un soldat français en Afghanistan », témoignage de Christophe écrit avec le soutien de Nicolas et « Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français », propre ressenti de Nicolas, accompagné de ses photos. Un livre fort, superbement écrit et illustré, très facile d’accès, donc particulièrement conseillé aux non-initiés.

C’est dans un premier temps sur le second ouvrage que nous nous penchons, mais nous reviendrons évidemment sur le premier.

 DSC01712.JPG Le Sergent Christophe Tran Van Can, 21e RIMa, Fréjus

Ils sont ailleurs. Pas seulement loin, mais véritablement dans un ailleurs ; un autre monde qui ne partage rien avec celui où je me trouve : la France estivale des vacances, la France des courses au supermarché, du cinéma, de l’usine ou du bureau… Et je me surprends souvent à penser à eux, au détour d’un rayon ou au comptoir d’un café. 

A lui seul, ce paragraphe justifie le sous-titre choisi par Nicolas : « La guerre inconnue des soldats français ». Car qui peut prétendre connaître cette guerre ? Les combattants, les Afghans, quelques initiés, dont Nicolas. Mais le Français moyen ? Comment pourrait-il connaître cette guerre ? Quelques secondes au journal télévisé, et encore, lorsqu’un homme est tombé ; quelques reportages, souvent bons, mais en 2nde partie de soirée...

La guerre est, pour celui qui ne la subit pas, une inconnue. Qui peut mesurer le degré d’abnégation des soldats ? De leurs proches ? Qui peut imaginer le stress, l’épuisement, la crasse et la peur ? Qui peut imaginer le résultat d’un attentat suicide ? Voit-on des morts ? Voit-on des jambes arrachées ? Entendons-nous les cris du copain blessé ?

Inconnue la guerre, et celle-là plus encore : l’Afghanistan, pays lointain géographiquement, culturellement… l’Afghanistan, si éloigné des préoccupations des français…

Alors, on oublie ? On passe à autre chose ? Non. Douze ans de guerre, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes déployés, 88 tués, des centaines de blessés dans leur chair, dans leur psychisme, des familles meurtries, des soldats qui se sentent incompris, quantité négligeable de la république, après tant de sacrifices… Il ne faut pas passer à autre chose. On lit le livre de Nicolas, pour que ne nous soit plus si inconnu ce qu’endurent ces jeunes gens, envoyés au bout du monde, parfois vers la mort. Car ne l’oublions pas, le soldat a certes choisi le métier des armes, mais il est envoyé au combat par nous et pour nous

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Impatients comme des fauves en cage, ils rêvent d’y être déjà, mais voudraient aussi pouvoir reculer le jour de la séparation [d’avec leurs familles]. Ces semaines d’entrainement sont pour eux des voleuses de temps qui les séparent encore des vallées poussiéreuses et brûlantes d’Alasay et de Bedraou.

Ici, rien ne va changer. Mois après mois, les mêmes personnes se promèneront sur les mêmes plages, emprunteront le même tronçon d’autoroute pour rentrer du travail. Et, cet été, les vacances seront joyeuses et reposantes. Mais pour eux ?

Ce soir, ils ne s’extraient pas seulement physiquement du monde commun. Ils en sortent aussi psychologiquement. Même s’ils n’en ont pas encore conscience, ils vont au-devant de l’indicible, de l’inénarrable.

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Ils vont passer des heures sous la tente à se préparer, à s’équiper (…) Je suis littéralement fasciné par leur souci du détail. Ils peuvent passer dix minutes à se demander si telle poche aura mieux sa place à droite ou à gauche, si elle n’est pas trop basse, si le câble de la radio ne gênera pas un mouvement ou ne risquera pas d’être arraché. Ils en discutent ensemble, observent comment fait  le copain. Ils essaient, défont ce qu’ils viennent de faire, recommencent encore et encore jusqu’à ce que cela leur convienne parfaitement.

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Dans quelques heures, un foyer américain pleurera son soldat, quelque part en Alabama ou en Arizona. A moins que cela soit au Kansas. Du Black Hawk qui vient de se poser, des Marines extraient le corps d’un soldat. Soudain, le temps se fige autour de nous, les pales de l’hélico semblent tourner dans un vide immense et silencieux. Plus rien n’a d’importance que ce soldat qui ne rentrera pas à la maison. Autour de moi, les gars se redressent un à un et se mettent au garde à vous. Un soldat reconnaît un autre soldat. (…) La réalité du monde extérieur vient de leur sauter à la gueule, comme une vague submerge une digue. Et c’est peu dire que l’ambiance n’est plus la même. Peu à peu, les gars s’enfoncent dans leurs pensées (…) ils sont secoués et se mettent à gamberger. C’est Christophe qui finit par sortir la section de sa torpeur, balançant une énorme connerie à Guigui. Il a réussi son coup, les gars reprennent le dessus.

Je commence à comprendre que l’une de leurs forces est de savoir dresser des barrières autour de leurs émotions pour se concentrer sur l’essentiel : la mission. Et je continuerai à découvrir, dans les mois qui vont suivre, la force de caractère, la volonté que cela exige d’eux.

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Impossible d’y pénétrer du regard. C’est à pied qu’il faut s’y enfoncer pour la découvrir. Les chemins qui la parcourent sont étroits et bordés de murets en terre, si bien qu’il est impossible d’y circuler avec des blindés. Leur sentiment d’oppression ne fait que croître à mesure qu’ils s’y infiltrent. C’est un véritable labyrinthe au milieu duquel la population les observe. Les visages sont impénétrables, dénués de toute émotion apparente. Qui est qui ? Qui fait quoi ? Comment le sauraient-ils ? Un seul rôle est clair, celui des soldats. Et ils sont la seule cible non seulement visible mais clairement identifiée. En face d’eux, au contraire, tout est trouble, c’est un véritable brouillard. Insurgé ? Paysan ? Informateur ? Les deux à la fois ? Ca gamberge sévère…

Je comprends leur frustration. Des mois, des années de préparation, un armement comme ils n’en ont jamais eu, l’envie de « faire le boulot ». Ils sont jeunes, téméraires, tout en muscles et bourrés d’hormones. Ils n’ont peur de rien, sûrs d’eux et de leur technique. Ils ont un côté chiens fous mais ne sont pas dupes,  il ne s’agit pas de jouer avec le feu. « On fait les malins à vouloir y aller, mais c’est vrai que c’est complètement con. Quand on reviendra avec un gars dans un sac ou avec une patte en moins, on fera moins les finauds. » Mais c’est plus fort qu’eux ! L’envie de vivre l’emporte sur l’envie de survivre. Et vivre, pour eux, à 400 mètres des positions insurgées, c’est combattre. 

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La peur est une émotion qui se maîtrise. C’est même pour beaucoup la définition même du courage. La contenir au point de pouvoir repartir de l’avant en sachant que  les insurgés sont dans la zone, qu’un copain est entre la vie et la mort. Etre capable de sortir d’une ruelle, de s’exposer pour récupérer P, de le mettre à couvert et lui sauver la vie. Quand je leur parle de courage, ils me répondent : «  On fait notre job », « N’importe quel gars ici ferait la même chose ». Ces dialogues sont à l’image de ce qu’ils sont : des garçons ordinaires qui, par les valeurs qu’ils ont acquises, par la cohésion qu’ils ont développée et par les situations auxquelles ils sont confrontés, sont capables d’accomplir des actes réellement héroïques.

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Il faut de la rage pour sortir de là, une force venue de loin, quelque chose d’animal, de vital. Les uns après les autres, les gars se lancent en tirant une rafale vers la zone des insurgés. Et, dans un même mouvement, toute la compagnie fait corps autour d’eux, en faisant pleuvoir un déluge de plomb sur les talibans. Les poumons en feu les jambes tremblantes, il faut avancer encore et encore. Vingt mètres, dix mètres, cinq mètres… et pouvoir plonger, enfin, de l’autre côté du muret protecteur (…)

Cette journée qu’ils me racontent au mois de septembre, près de deux mois plus tard, est encore toute fraiche dans leur esprit. Il reste dans leur voix des accents d’excitation, de plaisir d’avoir vécu ensemble ces moments extrêmement forts et puissants. D’en être sortis vivants aussi. Quand je les avais quittés fin juin, trois jours seulement avant cette journée de combat autour du pont de Tagab, l’expression « frères d’armes » sonnait creux pour eux. Plus maintenant.

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Fin de la garde. Prendre les ordres auprès de l’adjudant Cédric. Les transmettre aux gars du groupe. Au programme du lendemain : protection d’une action CIMIC [civilo-militaire] à Shekut. Départ à 5 heures du matin. Les gars ont à peine dormi la nuit précédente, ils sont crevés. Déjà 22 heures. La douche, l’ordinaire ? L’ordinaire en premier ; à cette heure, il ne devrait pas y avoir encore trop de queue. La douche et enfin son box. Peut-être un tour au foyer pour acheter quelques barres de céréales ou des cigarettes… Ils auraient bien aimé passer un coup de fil en France, mais le réseau est coupé depuis plusieurs heures déjà. Quant à la salle Internet, où il faudra peut-être attendre une bonne demi-heure, peu y pensent. Se coucher. Dormir.

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Mais Panezyck ne rejoindra pas l’autre rive. Il s’écroule au bout de quelques mètres, fauché par un tir précis. A quelques dizaines de mètres de lui, un insurgé l’a regardé s’élancer et courir. Et a décidé qu’il ne passerait pas. Pourquoi lui et pas un autre ? Mauvaise question, sans réponse (…) Quelques secondes plus tard, le lieutenant Mezzasalma s’élance au secours de Panezyck alors que tout autour de lui les hommes ouvrent le feu en direction de la zone d’où proviennent les tirs. C’est un acte d’un courage insensé, qui touche à ce qu’il y a de plus sacré entre tous les soldats : être capable de donner sa vie pour les autres. Touché à son tour alors qu’il rejoint le corps de Panezyck, il se bat jusqu’au dernier souffle, tirant ses dernières balles avec son arme de poing. 

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En raccrochant, je ne peux m’empêcher de m’en vouloir de ne pas être là-bas. C’est un sentiment étrange, difficile à cerner. Un mélange d’empathie et de cohésion avec un groupe au milieu duquel j’évolue depuis des mois. Mais je m’en veux aussi de ne pas y être pour capter ces moments dramatiques qui témoignent de leur engagement. Nous avions plusieurs fois évoqué cette question : devrais-je prendre ou non des photos si l’un d’eux venait à être tué ou blessé. Tous me répondaient que « Oui, évidemment, il faudra que tu fasses des photos ! » Ne pas montrer jusqu’où ils sont prêts à aller leur semblait être une forme de trahison. Mieux, ils ne comprennent pas ou n’acceptent pas la pudeur de leurs chefs et des politiques qui veulent donner à leur guerre un visage qu’elle n’a pas, sans morts ni blessés.

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F est déjà nostalgique à l’idée de quitter l’Afghanistan : « Après, c’est sûr, on ne fera que de la merde. »

Je le retrouve plusieurs fois le regard perdu vers la vallée de Bedraou.

Que lui dire ?

2013 : Des éléments du 21e RIMa sont déployés au Mali, dans le cadre de l’Opération Serval. Ils forment le 1er Groupement Tactique Inter Armes avec des unités du 2e RIMa, du 1er RHP, du 3e RAMa, du 6e RG, du 3e RPIMa, du 1er REC et du CPA 20.

Le 28 janvier, après un raid blindé aux côtés de l’armée malienne, ils s’emparent de Tombouctou.

***

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Nicolas Mingasson

 

Voilà, « Afghanistan – La guerre inconnue des soldats français » est refermé.

Alors, me direz-vous, le lecteur connait-il désormais cette guerre ? Et bien non, elle restera pour lui, à jamais, une inconnue, puisqu’il n’est ni combattant, ni civil afghan.

Et pourtant, Nicolas a magnifiquement réussi son projet. Son livre est un incontournable, rejoignant le panthéon des grands récits sur l’engagement français en Afghanistan.

Contradictoire ? Non, car pour le lecteur, quelque chose de formidable ne lui sera plus inconnu, et là est l’essentiel :

Grâce à Nicolas, le lecteur connait désormais les hommes qui font cette guerre pour lui.

 

Vidéo de Nicolas réalisée en 2010. Retrouvez le Sergent Tran Van Can et les Marsouins du 21e en "live", entre action et émotion.

 

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Nicolas Mingasson

A Nicolas : Merci pour ton accueil, merci pour Christophe, merci pour Lorenzo et Jean-Nicolas, merci pour eux tous.

 

***

Nicolas.JPGNé en 1967, Nicolas Mingasson tombe tout jeunot dans la photo de guerre, inspiré par les Don McCullin et autres Gilles Caron. Reporter à Gamma et France soir, il couvre en 1993 le conflit bosniaque. Il se passionne également pour le monde polaire : expédition à ski au Pôle Nord en 1995, 6 mois dans l’Arctique russe en 2008.  C’est à cette occasion qu’il exploite ses talents d’écrivain et publie  « Terre des Pôles » en 2008 puis  « Sentinelles de l’Arctique » en 2009.

En 2010, Nicolas sollicite l’armée français. Il soumet  un projet précis : suivre un unique soldat pendant un an, raconter « les hauts comme les bas », parler du soldat, mais aussi de l’homme qui se cache derrière : mari, père de famille… Ce projet a certainement fait débat, mais Nicolas est finalement autorisé à suivre le Sergent Christophe Tran Van Can, du 21e RIMa, évidemment volontaire. Partageant les mêmes piaules, vivant au rythme exact du groupe, participant à tous les entraînements, Nicolas rejoint à trois reprises les marsouins en Afghanistan dans leur base de Tagab en Kapisa. Il est présent lors du désengagement du régiment, vers Kaboul puis la France. De cette « expérience » naît « Journal d’un soldat français en Afghanistan » co-écrit avec le sergent Tran Van Can (Ed. Plon), puis en 2012 « Afghanistan - La guerre inconnue des soldats français », où il livre son propre ressenti, accompagné de ses photos.

Nicolas vit entre Paris et Sarajevo, est marié et père de trois enfants.

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« Journal d’un soldat français en Afghanistan » a reçu en 2011 la mention spéciale du prix de l’Armée de Terre Erwan Bergot, le prix Grand Témoin de la France Mutualiste et le prix de la Saint-Cyrienne, association des élèves et anciens élèves de l’ESM, en 2012. Bien entendu, Une Plume pour l'Epée abordera prochainement ce récit.

***

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Prix : 21€ - Format 19x26 - 192 pages, tout couleur, ISBN 978-2-7357-0664-7 

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Aux éditions Acropole

Livre disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le Net.

Site de Nicolas Mingasson ici

 

***

 

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Hommage

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Au Capitaine  Lorenzo  Mezzasalma, 21e RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Au Caporal-Chef Jean-Nicolas Panezyck, 21e RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Aux Marsouins du 21e morts pour la France,

Aux blessés. 

 

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Photos © AB

Ces deux vitrines, présentées lors de l’exposition « 45 ans d’opérations extérieures », hôtel de ville de Versailles en 2013, sont composées des décorations et objets personnels du CCH Panezyck, prêtés par sa mère.

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Mme Monique Panezyck, dans la chambre de son fils à Versailles. © JP Guilloteau/L'Express

 

Les soldats français qui se sont battus et qui se battent toujours en Afghanistan ne regrettent rien de leurs choix et de leur engagement. Ils sont même, pour l’immense majorité d’entre eux, fiers et heureux d’avoir rempli la mission que la France leur a confiée. Mais ils sont amers. Amers du manque de reconnaissance de la nation française. Ils rêvent de drapeaux agités à leur retour, d’un peu plus que les trente secondes traditionnelles consacrées par le journal télévisé de 20 heures lors du décès d’un des leurs. Ils rêvent d’une nation qui les soutienne, d’une nation qui reconnaisse les sacrifices qu’ils font pour elle.

Nicolas Mingasson

 

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Ceci n'est qu'une image virtuelle. Mais ne vous y trompez pas, soldats, elle est le reflet du cœur d'une multitude de Français.

Vous les trouvez trop silencieux ? Vous avez raison. Mais prêtez l'oreille :

Pour toutes celles et ceux qui lisent ce texte, vous n'êtes pas des inconnus, et ils vont s'adresser à vous, en prononçant ce mot avec nous :

Merci !

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc

 

 

 

 

 Livre, photos sur les Marsouins en Afghanistan, 21e RIMa

06/10/2013

« La guerre vue du ciel », LCL Marc Scheffler, EC 3/3 « Ardennes », EC 2/3 « Champagne », Ed. Nimrod

 

Extraits et photos publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

 

Porté par ma fougue, je n’ai qu’une envie : être projeté au cœur de l’action. Non pas pour participer de façon obscène à une guerre et son cortège de drames humains effroyable, ni pour la gloire de quelques médailles. Mais un sentiment profond d’injustice me pousse à vouloir combattre pour une cause qui me parait juste. On n’embrasse pas une carrière sous les drapeaux, qui plus est en risquant sa peau au quotidien dans une machine à tuer, sans avoir une certaine idée de son pays et de ses valeurs.

LCL Marc « Claudia » Scheffler

 

A la Chasse… BORDEL ! 

« Cri » de tradition des pilotes de Chasse

 

Les avions de Chasse m’ont toujours fasciné. Je me revois tout gosse, dans notre jardin, lever le nez vers le ciel dès le premier grondement d’un réacteur, chercher des yeux le Mirage IIIE, le Jaguar, en provenance de Reims, Dijon ou Nancy. J’avais même droit, parfois, au « boum » du passage du mur du son. Comme si le pilote me saluait.

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Qu’est-ce que j’aurais aimé lire, dès cette époque, « La guerre vue du ciel » du Lieutenant-Colonel Marc « Claudia » Scheffler ! Pensez : le récit d’un chevalier du ciel, 15 ans aux commandes d’un Mirage 2000D, chasseur-bombardier biplace optimisé pour les frappes au sol. Missions de guerre au Tchad et Congo, en Libye,  six déploiements en Afghanistan… Il y a matière à conter.

Et Marco le fait brillamment, avec un parti pris assumé : coller le plus possible à la réalité (ce qui impose un soupçon de jargon aéronautique, mais très facile à assimiler).

Alors, plongé dans l’action, on se prend à stresser avec « Claudia » : Allons-nous finir par l’enquiller ce foutu panier du Boeing ravitailleur en vol ??!! Mais où sont-ils  ces p* de talibans !!?!

Comme si nous étions le troisième homme d’équipage…

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Marc et son NOSA Jeff, Kandahar, Afghanistan, 2010. © M. Scheffler

Nota : le Mirage 2000D est un avion biplace. L’équipage est constitué du pilote en place avant, et du NOSA, Navigateur Officier Système d’Arme, en place arrière.

 

Allez. Rugissement du réacteur… Décollage !

 

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Mirage 2000D, © C. Ambroise/Armée de l’Air

 

Entrainement – exercice Red Flag aux USA

Je maintiens ma position à 0,3 Nm. Soudain, une énorme masse noire accompagnée d’un rugissement jaillit devant moi et remplit ma verrière en une fraction de seconde ! Par réflexe je tire brutalement sur le manche. Trop tard ! Je passe de plein fouet dans le souffle d’un réacteur. La claque est phénoménale. Je lutte à grands coups de manche pour garder le contrôle de l’avion en m’écartant vers le haut et en surveillant dehors, puis je jette un coup d’œil aux paramètres moteurs. Tout est bon. J’expulse un « PUTTAAIN !!! » pour évacuer le trop-plein d’émotion. Je viens de croiser à quelques mètres d’un autre avion je viens surtout de croiser la mort. (…)

Derrière moi, Fioqui, mon navigateur, reste d’abord muet. Puis il rompt le silence :

- C’est pas passé loin…

 

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Ravitaillement en vol, © BA 133 Nancy-Ochey

 

Ravitaillement en vol « sport » au-dessus du Tchad

L’air est si turbulent et la visibilité si faible que nous avons du mal à rester en position. Par instant, je ne distingue que les saumons d’aile du Boeing qui danse au gré des violents soubresauts. La tenue de place accapare toute mon attention. Mes corrections au manche et aux gaz sont devenues brutales. Les grésillements incessants à la radio me rendent nerveux. (…) L’extrémité de ma perche de ravitaillement se pare subitement d’un panache violacé : les feux de Saint-Elme. L’air est chargé d’électricité statique. (…) Mon appareil fait des bonds de plusieurs mètres. Chaque virage est une torture. Pris de vertiges, je m’acharne à rester en place. Mon oreille interne me joue des tours. J’ai la sensation de voler sur le dos. (…) Après une éternité, j’ai l’impression que ça tabasse un peu moins. Le « boomer » en profite et déroule les deux tuyaux de ravitaillement en vol (…) Je me présente pour une première tentative. Impossible d’enquiller devant les mouvements erratiques du panier. Il se dérobe dans les derniers centimètres et ma perche passe immanquablement à côté. Après plusieurs essais et quelques belles frayeurs, je commence à être sur les nerfs. Les niveaux de carburant deviennent critiques. (…) 

[s’adressant à son navigateur]

- Transe, j’opte pour la méthode offensive !

- Tu vas faire quoi ?

Sa voix trahit une certaine appréhension…

(…) Nouvelle tentative.

Le panier part vers le haut. J’envoie un coup de manche vers l’arrière pour remonter le nez et l’attraper au passage. Ma correction est trop brutale. Le gland atterrit au-dessus du panier, qui vient se coincer entre la perche et le radôme.

- Et merde…

- Marco, ta technique c’est pas du 100%...

- Tu veux les commandes ?

- Non, non… je te rappelle juste que j’ai une femme et des enfants.

Sa réponse est un rappel à l’ordre. Je ne suis pas seul à bord. Je réduis légèrement les gaz. L’avion recule de quelques centimètres, mais le panier reste bloqué. L’espace d’un instant, le Boeing traîne le Mirage.

RAAAAAACK !

Le panier se libère et racle l’avant du fuselage. Transe est silencieux.

 

Appui des troupes au sol par un Mirage 2000D en Afghanistan.

"Armée de l’Air ! Armée de l’Air !"

Avec 40° de piqué, j’ai l’impression de plonger à la verticale. Je redresse au dernier moment, lorsque le sol me saute au visage. Le relief serpente devant moi. Jeff a intégré les coordonnées du point dans les centrales. Elles se matérialisent dans ma VTH par une petite croix. En transparence, je devine parfaitement la petite bâtisse rectangulaire est ses quatre murs d’enceinte crénelés.

Du fond de la vallée, je remonte vers la crête le long de la pente. Une centaine de mètres du sol, lancé à 1000 km/h. (…) Une seconde avant le passage, je distingue les cinq silhouettes des insurgés sur le toit…

 

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Expulsion de leurres pour un « show of force ». Un Mirage 200D du Champagne « montre ses muscles ». Photo © EMA

 

Soudain, c’est l’apocalypse dans la VTL. Des crépitements lumineux clignotent depuis les toits des véhicules italiens. Ce sont des tirs de riposte. Les mitrailleuses font feu de tout bois et les canons dansent sur les tourelles en arrosant les rangées d’arbres de part et d’autre de la chaussée. Gladiator 17 [homme du convoi, en liaison radio avec Marc] s’est jeté sur la fréquence et crie pour se faire entendre :

- Rage 31 de Gladiator 17, nous sommes tombés dans une embuscade, nous prenons des tirs des deux côtés de la route et nous ripostons. Je vous demande immédiatement…

Plus rien. Sa voix s’est arrêtée net. L’intensité du silence nous étouffe. La boule au ventre, je peux sentir battre mon pouls jusque dans les tympans. J’ai un mauvais pressentiment. J’écrase l’alternat pour un check radio. Pas de réponse. Tataï a compris comme moi :

- Marco, là, ça craint…

- Cherche sur les bas-côtés, sous les arbres !!! Et trouve-moi des types qui tirent !!!

 

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Marc et son NOSA Axel, avant un vol de nuit sur la Libye, 2011 © M. Scheffler

Moteur coupé, tout redevient calme. J’ouvre la verrière. J’enlève mon casque. Une légère brise me frappe le visage, et je frissonne dans ma sueur. Le calme après la tempête. Je savoure ce moment de plénitude. Much est déjà en bas de l’échelle. Les traits tirés, souriant, il rayonne de fierté.

 ***

 

1152081_2352711_460x306.jpgLe Lieutenant-Colonel Marc Scheffler, dit « Claudia », sort breveté de l’Ecole de l’Air en 1998. Il est affecté à l’EC 3/3 « Ardennes », puis à l’EC 2/3 « Champagne » de Nancy-Ochey comme pilote de Dassaut Mirage 2000D, chasseur-bombardier biplace optimisé pour les frappes au sol de précision (bombes guidées laser ou GPS). Il a participé à dix détachements opérationnels dont Tchad/RDC, Afghanistan (6 fois) et Lybie, cumulant plus de 3 800 heures de vol, dont 2 200 sur Mirage, et plus de 150 missions de guerre.

Après 15 ans en escadron de Chasse, Marco rejoint Cognac et l’Ecole de Pilotage de l'Armée de l'Air (EPAA), où il avait déjà été instructeur en 2006-2009. Il transmet désormais sa grande expérience du vol et du combat à nos  futurs pilotes de chasse.

Marc est marié et père de deux enfants.

 *

MIRAGE_2000D_couv-53fec.jpg« La guerre vue du ciel » a été écrit en collaboration avec Frédéric Lert, que nous n’oublions pas. Frédéric est un journaliste indépendant, référence dans le monde de l’aéronautique militaire. On lui doit de nombreux articles dans la presse spécialisée (Air Fan, DSI…) et une vingtaine d’ouvrages, dont « Mirage 2000D » aux éditions Histoire et Collections.

 

 

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Prix : 23€  € - Format 15x23, 480 pages, cahier-photo couleur -  ISBN 978-2915243567

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Disponible sur le site de l’éditeur Nimrod ici.

***

 

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Page FaceBook de la Base Aérienne 133 Nancy-Ochey ici.

Site et page FaceBook de l'EC 3/3 Ardennes ici et ici.

Site de l'EC 2/3 Champagne ici.

Site et page FaceBook de l'EC 1/3 Navarre ici et ici.

 

Nous saluons évidemment les autres composantes de la BA 133 : ETD 2/7 Argonne, CFAA, ESTA, et tous ceux qui interviennent dans le cadre du soutien et de la sécurité.

Profitons de cette occasion pour présenter "Dans le repaire du Mirage 2000D - Nancy-Ochey", beau livre photo d'Alexandre Paringaux, en collaboration avec... Frédéric Lert (again).

 

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Il le trouve facilement, sur tous les sites du Net. Ou mieux : directement sur celui de l'EC 1/3 Navarre où il fait figure de collector, car dédicacé par l'auteur et le commandant de l'escadron.

Voir ici.

***

 

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Nous avons eu la joie de rencontrer Marco lors du Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Comme c’est souvent le cas avec nos amis militaires, il y a une certaine dualité chez l’homme : du « Dr Jekyll et Mr Hyde ». D’un côté, le pilote, exigeant, engagé, pas commode *du tout* quand les choses ne vont pas comme elles devraient. Et de l’autre, dans un contexte civil, un garçon éminemment sympathique, disponible, qui respire la gentillesse, très tourné vers les autres, ce qui transparaît d’ailleurs dans son livre, car il ne cache pas ses doutes et remords lorsqu’il impose à sa famille des choix de carrière qui vont rendre la vie de famille compliquée. Pas d’esbroufe chez Marco, pas de fausse modestie non plus, mais une saine humilité, que l’on retrouve chez la majorité des militaires.

 

[Lors de sa première affectation, présentation aux pilotes et navigateurs du 3/3. La tradition veut que chaque pilote possède un sobriquet]

« - C’est quoi ton surnom ?

- Claudia.

Silence général. Je précise :

- Claudia, comme Claudia Scheffler.

Hilarité générale… »

 

 

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© CedT

Piloter un avion de chasse était mon rêve de gosse, ma vie. A chaque fois que je pars en vol, je m’offre un petit plaisir qui n’a pas de prix : j’admire mon mirage pendant quelques instants. Année après année, il m’a emmené partout sans jamais me décevoir. Mon bureau se trouve là, à quelques mètres du sol. Immobile. C’est encore une masse sans âme. Mais il raisonnera bientôt de la fureur de son réacteur. Je suis toujours subjugué par son air martial. Dans quelques minutes, je serai installé aux commandes, entièrement absorbé par la mission. Des milliers de jeunes rêveraient d’être à ma place. Ils ont raison.

LCL Marc « Claudia » Scheffler

 

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EC 3/3 Ardennes, EC 2/3 Champagne

 

Hommage 

Aux Pilotes et Navigateurs morts pour la France, morts en service aérien commandé,

Aux blessés

 

Avec le salut fraternel du Chasseur (à pied...) et de la Russe-blanc

 

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Que fais-tu dans la vie ? Ce que j’ai toujours rêvé de faire ! Tu n’as pas été déçu ? Non, la réalité a dépassé mes rêves… Tu as bien de la chance, vivre sa passion n’a pas de prix. Et tu fais quoi ? Je suis pilote de chasse.

LCL Marc « Claudia » Scheffler

 

 

 

 

 

 Livre, récit biographique d'un pilote de Chasse, Mirage 2000D, Afghanistan, Lybie, EC 2/3 Champagne, EC 3/3 Ardennes, BA 133 Nancy-Ochey, Armée de l'Air

22/09/2013

"Au service de l'espoir", CNE Philippe Stanguennec, CoTAM, Ed. L'Esprit du livre

 

Photos et extraits publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Tous droits réservés.

 

 

 

“Kabul tower, this is Cognac 05. Gooooooooood morning Kabul !” 

Capitaine Philippe Stanguennec, en approche de l’aéroport de Kaboul.

 

 

Ah Stang ! Sacré bonhomme ! Dès nos premiers échanges, il me faisait marrer. J’attendais donc avec impatience de me lancer dans son récit « Au service de l’espoir » : 12 ans à parcourir le monde comme pilote de Transall…

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Tout y est : l’exotisme, les soirées arrosées au bar du CoTAM (*), la fraternité d’armes, la franche rigolade, les drames aussi…

Le Capitaine Philippe Stanguennec a le chic pour rendre à la perfection cette ambiance, utilisant beaucoup le dialogue, maniant l’humour quand il le faut, distillant le stress lors des vols chaotiques…

« Au service de l’espoir », un bien beau récit, qui va ravir tous les fans de l’Armée de l’Air et au-delà !

(*) Commandement du Transport Aérien Militaire, rebaptisé Force Aérienne de Projection. 

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Stang aux commandes de son Transall

 

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Bon vol !

  

Aller, commençons par rigoler de bon cœur…

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© P. Stanguennec

 

A N’Djamena, discussion matinale au mess, avec un serveur tchadien.

- Qu’est ce qui ne va pas ce matin Joseph ?

- Les blancs, vous là, vous n’êtes pas gentils !

- Comment ça pas gentils… mais on ne t’a rien fait.

- Mais ce n’est pas vous, ce sont les gérants, là !

- Pourquoi ils ne sont pas gentils avec vous ?

- Hier soir, ils nous ont réunis dans la grande cuisine et ils nous ont demandés de nous déshabiller.

- Ah bon ? Et pourquoi ?

- Pour quelqu’un qui avait volé du fromage… et ils nous ont tous fouillés un à un. Ils étaient très méchants.

- Et alors ?

- Ils ont trouvé le voleur. Il avait tout caché dans son slip. Mais ce n’est pas une raison.

  

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En Centrafrique, la tourista, ce n’est pas rigolo du tout du tout. On ne se moque pas, hein…

Les maux de ventre déciment un par un l’équipage : consultations à l’infirmerie et régime banane ou riz. Saint-Immodium, Saint-Spasfon et Saint-Ercefuril, priez pour nous !

Cela dure deux ou trois jours. Entre-temps, il faut quand même assurer les vols. C’est ainsi que l’on a déterminé un point équidistant entre deux toilettes : celles de la villa [où nous logeons] et celles de l’aéroport. C’est un carrefour au centre-ville. Avant, on fait demi-tour, après, on continue. Sur la route, en se rapprochant du point de décision, tous les regards se portent sur le maillon faible : il est de couleur cramoisie et transpire à grosses gouttes…

  

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En Martinique, on ne se moque toujours pas, on « compatit » avec les copains restés en métropole :

Face à une mer turquoise, tout l’équipage est attablé au Kontiki. Nous sirotons un jus de banane tout en consultant la carte. En hommage à nos camarades aviateurs restés en métropole et qui viennent de rentrer dans la froidure de l’hiver, nous respectons une minute de silence. 

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Au Gabon, un petit énergumène manque d’être transformé en steak haché...

Nous survolons la brousse et apercevons le plateau où se trouve l’aéroport. Installé en finale, Pépi réduit sa vitesse, demande la sortie des éléments et du train d’atterrissage. Au seuil, je distingue un point qui se révèle être un gamin sur un vélo. « Mais qu’est-ce qu’il fait celui-là ? Y voit pas qu’on va se poser ? » En courte finale, v’la ti pas notre régional de l’étape qui entame un kilomètre lancé. Il fait la course avec nous ! « Remise des gaz ! » Nouvelle présentation. Le gamin est revenu au point de départ, pied gauche armé, prêt à enfoncer sa pédale. Pas de doute, il s’amuse comme un petit fou. Il va m’entendre celui-là ! En très courte, le gamin est à 200 mètres devant nous, sur la ligne centrale. Impossible de se poser sans l’écrabouiller… « Remise des gaz ! ».

 

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Et toujours au Gabon, on voit que le Contrôleur des armées a lui aussi de l’humour…

Stang doit transférer le contrôleur des armées. Un monsieur important, n’est-ce pas ? Petit souci cependant, ses insignes de grades sont particuliers, peu connus, et peuvent être pris pour ceux d’une autre fonction…

En montant, le contrôleur des armées trébuche sur le chef de soute en train de bricoler. Surpris, le jeune chef se retourne et apercevant subrepticement les insignes sur l’uniforme : « Oh excusez-moi ! Bienvenue à bord mon père ! ». Le contrôleur, un rien surpris mais sans se démonter : « Merci mon fils. Dieu vous bénisse ! ».

 

 

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Reste que, évidemment, la vie n’est pas un long vol tranquille. Et quand le ciel se met en colère, ça craint…

En Côte d’Ivoire, lors d’un vol Abidjan-Kortego

- Tu as vu devant ?

- Ouais…

Une grosse barrière de cumulonimbus nous barre la route, comme si nous étions au pied de l’Himalaya. Deux solutions : passer à travers ou en dessous. Au-dessus, difficile, les cumus montent très haut. A travers, nous allons givrer et nous faire chahuter.

- On passe dessous !

(…)

Phil se démène avec les contraintes géographiques et météorologiques pour nous trouver une route dans ce merdier.

(…)

La pluie redouble de violence. La visibilité se casse la gueule. La nuit va finir par tomber complètement. Nos zigzags nous retardent. Le carburant s’épuise et nos nerfs aussi.

(…)

- Bon aller, on arrête les conneries, cela ne donnera rien. On remonte en altitude

(…)

Le Transall monte vers la voute céleste. A ce petit jeu les illusions sensorielles sont redoutables. Je me force à croire nos instruments (…) car mes sens me disent que je suis en descente à forte inclinaison…

Au final, l’équipage décide de rebrousser chemin.

Il vaut mieux un beau demi-tour, qu’une belle frayeur, voire pire.

 

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Le crash du R155

 

Et la grande frayeur, Stang, Patrick  et Vincent la vivent en 1996, au retour d’un vol censé être banal [y en-a-t-il ?], de Villacoublay à Orléans

20h 27mn 30s : Arrêt moteur 1.

20h 27mn 34s :

- Le moteur 2 déroule ! Il s’est coupé !

Mon cœur fait un bon. Là, la situation devient extrêmement grave. Nous sommes maintenant en détresse, sans visibilité, sans moteur, à une hauteur d’environ 150 mètres.

(…)

Je lance un message de détresse. Je n’ai pas le temps de le terminer que tous les éclairages, l’ordinateur de bord et les écrans de navigation s’éteignent en même temps.

(…)

Nous nous retrouvons dans l’obscurité. Je regarde dehors, la nuit noire et glaciale me transperce. L’hélice droite mouline sans vie. Le silence de notre appareil en perdition est assourdissant.

Quelques secondes plus tard, le Transall se crashe en bordure d’autoroute, lieu-dit Chevilly. Les trois hommes sont blessés, mais vivants. Dieu a laissé à Stang le temps de profiter de son premier bébé, sa femme devant accoucher peu de temps après.

Afin d’exorciser le crash, le même équipage sera reformé pour un prochain vol. Imaginez les liens unissant désormais les trois miraculés !

Mais il n’y a pas que les éléments et les pannes mécaniques pour faire monter l’adrénaline…

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Séquence de leurres

Pour échapper à une menace, un aéronef poursuivi par un missile (guidé par la signature thermique de l’avion) peut éjecter des leurres constitués d'un matériau dégageant une forte chaleur en se consumant. Ceci a pour effet de tromper le missile et le détourner vers les leurres. Le déclenchement est automatique, dès que le système de contre-mesure a repéré une attaque potentielle.

 

L’équipage, prévenu par une alarme, n’a qu’une poignée de secondes pour réagir avant l’impact et changer brutalement de trajectoire. En sus, en vol de guerre comme au-dessus de l’Afghanistan, deux observateurs scrutent le sol.

Ambiance :

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En approche de l’aéroport de Kaboul - © P. Stanguennec

 

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!

- Alerte missile ! Alerte missile ! Une séquence [de leurres] est partie !

Topper débraye le pilote automatique et vire à gauche, tentant de s’éloigner du site probable du tir.

Rien d’autre. Les observateurs n’ont rien remarqué.

(…)

En cabine, la tension monte rapidement à son paroxysme du fait que les actions à entreprendre sont limitées et que le temps pour les réaliser plus que symbolique : nous ne disposons que de 5 secondes avant l’impact.

- C’est notre troisième séquence en cinq missions ! On est partis pour battre un record, lance Topper.

- Ouais, mais c’est quand même pas trop cool, répond Thierry.

(…)

La lumière du roi Soleil fait place à une belle nuit étoilée. Nous attendons la frontière [tadjike] pour pouvoir nous relâcher un peu.

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!

Tout le monde fait un bond.

Les observateurs nous confirment qu’ils n’ont rien vu venant du sol, mais la séquence de leurres est bien partie.

(…)

Ma résistance nerveuse commence à être éprouvée.

(…)

Enfin la frontière. Je me cale bien dans mon siège pour terminer le plus agréablement possible le vol, lorsqu’une lueur étincelante apparaît sur le côté droit de l’appareil. Elle est énorme et se déplace à une vitesse vertigineuse. Au même moment je gueule « Oh putain ! Putain ! » qui surprend tout le monde. Cette espèce de boule de feu se rapproche rapidement et je la prends pour la flamme d’un missile. La lueur disparait aussi vite qu’elle est apparue. Quelle frousse j’ai eu.

(…)

Ce dernier évènement m’a bien achevé psychologiquement. Je me suis dit qu’il était temps qu’on se pose et qu’on fume une clope, peinards, avec une binoche tadjike, sur un tube de Joe Dassin.

 

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Détachement Transall à Bangui, 1995. © P. Stanguennec

Evidemment, toutes ces "aventures", dans la joie ou la difficulté, soudent les hommes. Et cette solidarité dépasse les grades et les rôles. On rend donc hommage, comme il se doit, au camarade nouvellement promu, en écrivant une citation à l’ordre du bar de l’escadron :

Détachement Air Licorne, à mon commandement, Garde-à-vous !

Sergent Chêne, à genoux. Ouvrez le ban !

Les sergents s’exécutent : papapapa-papapapa-papa-papa-papa.

Si nous sommes réunis ce soir, en toute intimité, c’est pour marquer un instant important dans la carrière du susnommé. Le Sergent Chêne est entré dans l’Armée de l’Air par la porte de la cuisine en novembre 1991. Il est nommé Caporal-Chef la même année. Il n’hésite pas à user de ses charmes pour passer Sergent en 94 (…) En détachement en Asie centrale, a travaillé brillamment sa S2 (*) au bar du Tadjikistan Hôtel, sur l’album de Joe Dassin. (…) Au sein de l’escadron, le Sergent Chêne se démène sans cesse pour faire partir les équipages dans les meilleures conditions. Doté d’un sens critique affirmé sur le système militaire, d’un humour acide apprécié de tous et d’un physique que beaucoup lui envient, le Sergent Chêne, pour toutes ces qualités, mérite d’être cité en exemple.

(*) Sélection 2 - Contrôle d’acquisition des connaissances générales et théoriques permettant l’accès aux stages en école de formation.

 

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Une solidarité qui dépasse évidemment le cadre de l’Armée de l’Air…

- Un soldat français a été grièvement blessé à un check-point. Ils sont en train de le rapatrier sur l’aéroport. Tu peux l’évacuer ?

- Oui, oui, pas de problème. On va préparer le Transall. On l’attend.

(…)

L’avion est prêt. Tout est installé. Nous grillons une cigarette. Le jour se meurt.

(…)

Je raccroche et reste planté là, au milieu du parking. Je glisse mon portable dans la poche de ma combinaison. J’allume une Marlboro. Une vie s’est arrêtée et le reste continue de tourner… Je vivais là la fin tragique d’un de nos p’tits gars de France. J’étais tout à coup vidé.

- Le blessé est décédé. On rentre.

(…)

Nous volons dans la nuit noire. Les instruments scintillent dans l’univers confiné de notre cockpit. Au-dessus, les étoiles brillent de façon insolente. Les gestes se font mécaniquement. Nul ne vient troubler le silence.

 

In Memoriam

Artilleur de 1ère classe Kevin Ziolkowski, 40ème RA,

mort pour la France en Côte d’Ivoire.

 

* * *

 

DSC00611.JPGSuivant les trajectoires aériennes de son papa pilote de transport, Philippe « Stang » Stanguennec s’engage en 1991 après son baccalauréat au Prytanée national militaire de La Flèche. Elève officier du personnel naviguant, il est breveté pilote de transport en 1993. Il pilote le C160 Transall pendant 12 ans, au sein de l’ET 3/61 Poitou. En 2005, il rejoint le ET 3/60 Esterel comme pilote d’Airbus.

Marié et père de quatre enfants, Stang poursuit sa carrière de pilote de ligne, pour une compagnie civile.

Il m’a avoué : « J'ai toujours un peu de nostalgie quand j'entends un Cotam sur la fréquence, qui a le cap au sud vers l'Afrique... »

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Prix : 22€ - ISBN 978-2-915960-77-8 - Format 15,5x23,5 - 353 pages dont cahier-photo couleur.

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Le livre est disponible chez Prividef ici.

Page FaceBook "Au service de l'espoir" ici

 

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Le CNE Stanguennec aux commandes de son Airbus A310

 

 

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Hommage 

Aux équipages et passagers des C160 Transall F156 et F209 de la 63ème ET/CIET340, morts en service aérien commandé lors d’une collision en 1984 :

CDT Poincelet, pilote chef de bord,

ADJ Billard, pilote,

CDT Florysiak et LTN Galia, navigateurs,

MAJ Vochelet, mécanicien navigant,

ADC Hermann, photographe SIRPA-AIR,

ADC Hupliez, ADC Natton, SCH Thibault, largueurs BOMAP/1er RTP,

LTN Guyot, navigateur chef de bord,

CNA Julien et LTN Sire, pilotes,

MAJ Borie, mécanicien navigant.

 

A l’équipage et aux passagers du CASA CN235 de l’ET 1/62 Vercors, morts en service aérien commandé en 2003.

A l’équipage et aux passagers du DHC6 Twin-Otter de l’ET 3/62 Ventoux / Multinational Force and Observers in Egypt, morts en service aérien commandé en 2007.

Aux hommes et femmes du transport aérien, morts pour la France, morts en service aérien commandé.

Aux blessés.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux navigants et pistards du Transport.

 

« La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout,

d’unir les hommes. »

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes.

 

 

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Le ronron rassurant et lénifiant de nos moteurs nous berce. Nous nous installons dans une ambiance reposante. David s’est calé confortablement et observe les étoiles (…) Olivier gratte sur sa table de navigation (…) de son petit hublot au-dessus de sa tête, il observe la Lune qui continue sa course, relayant celle du Soleil qui a poursuivi sa route vers l’ouest. Patrick est allongé sur la banquette. Il a enlevé ses chaussures et somnole, le casque sur les oreilles. Inconsciemment, son cerveau reste en alerte, guettant le moindre bruit inhabituel. Il sourit. Il est heureux d’être là, en première classe, sur une banquette, au milieu de ses potes, à 6000 mètres d’altitude (…)

- Quelqu’un prend un café ?

(…)

Je descends dans la soute. L’éclairage est au minimum. La carcasse métallique de notre avion vibre à la fréquence de nos deux Tyne 22.

(…)

Patrick remplit les gobelets et me suit jusqu’au fond de l’avion. Je soulève le rideau du cadre 40 et je passe derrière. Un frisson me parcourt l’échine : le chauffage ne vient pas jusque-là. Patrick me tend un café et je lui tends une cigarette (…) On se sourit. Le café me réchauffe et me revigore. Nous profitons de chaque bouffée.

- On n’est pas bien là, mon canard ?

- On est bien là, mon canard.

 

 

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C’est un métier d’homme, rude et exigeant. Mais quand on a fait corps avec cet univers où, le temps d’une mission, la machine et les hommes qui composent son équipage ne font plus qu’un : quelle jouissance !

 

Saluons les camarades de Stang ! Patrick, Vincent, JP, Coco, Thierry, Topper, Jérôme, Higgins, Poupougne, Laurent, Stéphane, Willy, Nestor, Cédrik, Yves, etc.

 

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Douchanbe, Tadjikistan - ©  P. Stanguennec

 

Il n’y a pas de belles missions. Il n’y a que de bons équipages. 

Capitaine Philippe Stanguennec

 

 

 

  Livre, récit biographique d'un pilote de Transport, Transall

15/07/2013

"Aito - Guerriers du Pacifique", les soldats polynésiens et le 511ème RT, film de Sébastien Joly

Photos publiées avec l'aimable autorisation de l'auteur. Droits réservés.  

 

‘Aito n’est pas un film sur la guerre, mais un film sur les hommes qui la font.

Sébastien Joly, dossier de presse d’Aito – Guerriers du Pacifique

 

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2011, base de Nijrab, un tringlot du 511ème observe la vallée de Tagab.

Vous habitez Papeete ? Alors, vous avez bien de la chance ! Non pour la baignade dans l’eau turquoise des lagons ou le coucher de soleil, assis sur une plage de sable blanc, adossé à un cocotier, mais parce que vous avez pu voir le film  ‘Aito  de Sébastien Joly :)

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Rappelons la genèse de ce projet un peu fou :

En janvier 2011, avec 500€ en poche, Sébastien quitte Tahiti. Objectif : suivre pendant 2 ans les soldats  français du Pacifique, tahitiens, néo-calédoniens.

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Sébastien Joly

C’est le 511ème Régiment du Train d’Auxonne qui accueille notre photographe-cinéaste aventurier. De cette immersion, déploiement de 2 mois en Afghanistan, stage commando, vie de quartier et de famille, Sébastien rapporte des photos sublimes et un film-reportage : ‘Aito (Guerriers en Polynésien).

Bande annonce d’Aito

Les temps sont durs (…) mais grâce au soutien d’entreprises et médias polynésiens, du Ministère de la Défense, des Tringlots d’Auxonne, renforcé par celui d’une centaine de coproducteurs de tout horizon, et grâce surtout à l’abnégation de Sébastien, l’aventure est menée à son terme.

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Le 4 juin dernier, ‘Aito est présenté en avant-première au cinéma Majestic de Papeete. Programmé du 5 au 11 juin, il est prolongé jusqu’au 18, puis jusqu’au 25.

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Nous sommes privilégiés; nous avons vu ‘Aito en avant-première (non, pas à Papeete… J). Et… c’est une belle réussite. Les hommes et femmes d’abord, tous très attachants, qui livrent des témoignages respirant l’honnêteté, avec un joli accent des antipodes. De l’action, tant en Afghanistan que pendant les entraînements commandos en métropole. La tension lors des convois sur les routes de Kapisa, mais aussi le cochon de lait cuit à l’étouffée sous un tas de terre, dégusté au son des ukulélés. De l’émotion aussi lors des séparations et des retrouvailles. Et la fierté de tous, chef de corps compris, pour le travail bien mené… Le tout porté par des images superbes et un très bon montage.

Pas d’esbroufe, de l’authentique.

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Sébastien nous a réservé une belle surprise en citant le blog au générique.

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Le dvd est disponible au prix de 25€ sur le site officiel ici. Vous y trouverez également toute une série d'objets "lookés" Aito, mugs, chevalières, patchs... C'est fort joli.

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 Polynésie française

Site de Sébastien ici. Page FaceBook .

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511ème RT

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Téva, 511ème RT.

Depuis la seconde guerre mondiale et son bataillon du Pacifique, les polynésiens se battent pour la nation.

Quoi de plus normal que de leur rendre hommage ?

Sébastien Joly, dossier de presse ‘Aito

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Juillet 2011, à Douchanbé capitale du Tadjikistan, Teata du 152ème RI s'apprête à décoller pour Kaboul. © Sébastien Joly.

Haka des soldats polynésiens, 14 juillet 2011 

A rohi e Tahiti ite taua !

En avant Tahiti, en avant pour le combat !

Chant de guerre tahitien.

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10/06/2013

"Une vie de Légionnaire", ADC Jean-Claude Saulnier, 2ème REP, Ed. Nimrod

Extraits et photos publiés avec l'aimable autoristation de l'auteur et des éditions Nimrod. Droits réservés. 

 

Et le temps passera. Ces hommes, anonymes sous le képi blanc, continueront de défiler majestueusement et de se battre comme ils l'ont toujours fait, relevés par d'autres hommes au même képi blanc, ayant toujours dans les yeux le reflet de cette foi intérieure qui ennoblit la Légion.

Maréchal Juin

 

Il y a des jours comme ça.

Vous êtes au bureau. Vous jetez un coup d'œil à la fenêtre. Ah ! Le soleil brille enfin ! Votre téléphone sonne. Vous ne connaissez pas le numéro. Vous décrochez.

"- Bonjour Monsieur, Jean-Claude Saulnier à l’appareil.

- ...??!?! Adjudant-chef Saulnier ?

- Mais oui.

- …"

Adjudant-Chef Saulnier, 2ème REP, infirmier, président des Sous-Officiers, Chevalier de la Légion d’Honneur, 34 ans de Légion, du saut sur Kolwezi à L’Afghanistan. Waouh !

Et puis... nous avons parlé une heure, des Légionnaires bien sûr, de ces em* de Chasseurs, du Mali, de nos arrière-grands-pères en 14, du retour des GI du Vietnam, du Service militaire et de ses bienfaits... et d'une bière...

L’impression de se connaître depuis toujours et que le soleil ne brille pas que dans le ciel.

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« Une vie de légionnaire », nouvel opus de nos amis des Editions Nimrod, qui, décidément, n’ont que de bonnes idées. Ce livre est le résultat d’une collaboration entre l’ADC Jean-Claude Saulnier et Pierre Dufour, écrivain et journaliste, spécialiste de la Légion, qui brosse une histoire extrêmement précise du 2ème REP de 1977, date de l’engagement de Jean-Claude, à son adieu aux armes en 2011.

De par la densité du livre (400 pages…), cette chronique n’est qu’un humble résumé, parti-pris de votre serviteur.

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Engagement sous le nom de Julien Soral

Né à Châtellerault, aîné d’une fratrie de 3 garçons, hélas orphelin de père à 5 ans, Jean-Claude Saulnier n’a pas, a priori, la vocation militaire. Il effectue son service à la 153ème CLRM puis tente sa chance dans le civil comme chaudronnier.

Pas de vocation militaire donc, et pourtant, lassé des jérémiades de ses concitoyens :

Je suis parti, car les gémissements des gens me tuaient à petit feu.

1977, Engagement, Fort de Nogent

 

Et c’est pour la Légion qu’il opte, convaincu par un Adjudant-Chef recruteur qui évoque une vie d’aventure, d’action et de camaraderie.

La Légion, dont il découvre bien vite les spécificités….

[Le médecin] m’a demandé si je buvais.

« - Oui, Normalement.

-         C’est-à-dire ?

-         Bah, deux ou trois bières.

-         Caisses ?

-         Mais non, canettes ! »

Visite médicale, Aubagne

 

C’était une véritable fourmilière, sans cesse en mouvement, jour et nuit. Jusqu’au grade de Caporal, les gens courraient partout. On avait l’impression qu’il fallait être cadre ou permanent pour avoir le droit de marcher. Une cour de récréation pour adultes.

Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les fenêtres ouvertes en plein mois de novembre. J’ignorais encore que les chambrées étaient chauffées par des poêles à mazout qu’il fallait éteindre à 22 heures, et qu’on ouvrait les fenêtres le matin jusqu’au retour du sport, quel que soit le temps. 

Nous avons appris à prendre soin de nos pieds et de notre corps, percer les ampoules avec un fil trempé dans le permanganate, casser les rangers à coups de marteau pour les assouplir. Certains urinaient même dedans.

1977, Instruction, Castelnaudary

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Le 2e REP à Calvi, 1978

Son instruction à Castelnaudary n’est pas une sinécure, mais le fameux mens sana in corpore sano s’applique bien à Jean-Claude, et la récompense de tant de sueur, d’ampoules, de courbatures, de grimaces et de serrements de dents l’attend au bout du chemin :

Puis l’ordre a retenti : « Coiffez vos képis blancs ! ». Pendant quelques secondes il y eut un moment d’émotion, puis nous nous sommes coiffés de ce képi pour lequel nous avions fourni tant d’efforts.

Jean-Claude opte pour le 2ème REP de Calvi. Il est vrai que cumuler le prestige du Légionnaire à celui du Para…

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Calvi, Saut d’entrainement, 1978

C’est à Calvi que se forgeait désormais l’esprit para du Légionnaire. C’est aussi à Calvi que se trempait l’âme du régiment.

1978, 2ème REP, Calvi.

  

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Entraînement LRAC, lance-roquette-anti-char

Et c’est toute la vie du Légionnaire que nous dévoile le livre, y compris dans ses aspects les plus cocasses…

On allait aussi au Pouf, le bordel militaire de campagne. Bien sûr pour les filles, mais aussi pour passer un bon moment. Il existait un jeu entre compagnies. Quand l’une était au Pouf, une autre envoyait le plus jeune pour chercher de la bière après l’appel.

Rien d’extraordinaire, direz-vous, si ce n’est qu’une concurrence, certes amicale mais très  « virile », régnait entre les compagnies. Lorsque l’une d’elles  était au Pouf, les autres y étaient persona non grata. De ce fait, l’arrivée du p’tit jeune au bordel était sanctionnée à coups de poings…

Le pauvre « bizut » avait deux options :

- Se faire casser la tête, revenir sans bière, et être accueilli par le mépris des caporaux de sa compagnie,

-  Se faire casser la tête, et revenir avec la bière. RAS.

L’expérience aidant, l’idée était de cacher deux ou trois caisses de canettes dans le maquis et de s’affranchir ainsi… du cassage de tête au Pouf !

Et puis… A peine un an dans la Légion, et Jean-Claude entre dans l’histoire.

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Kinshasa, avant le saut sur Kolwezi  

Dès l’indépendance du Congo belge en 1960, la région du Katanga, riche en matières premières stratégiques, manifeste violement son désir d'autonomie. En mai 1978, une nouvelle révolte, soutenue par le bloc soviétique, se dresse contre le pouvoir central de Kinshasa. Plusieurs milliers de  rebelles, bien armés, encadrés par des conseillers cubains, investissent Kolwezi où résident près de 3000 Occidentaux. 

Blancs et noirs font face à la mort. Les minutes comptent double. Des européens sont abattus comme des chiens à certains endroits de la ville. Kolwezi est livrée aux pillards. 

La Belgique, ancienne puissance coloniale, tergiverse quelque peu, la France, elle, percute !

Jean-Claude décolle vers un saut qui marquera l’histoire du XXème siècle. 

19 mai 1978

A 15 heures, un grondement d’avions se fait entendre au nord de la ville, au dessus de l’ancien aérodrome. Les corolles blanches des parachutes s’ouvrent dans un ciel de plomb. Parmi les africains, une rumeur se répand : Ce sont les Cubains qu’on attend ! Mais les Européens savent que c’est le salut qui vient du ciel…

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Le 2e REP saute sur Kolwezi -Photo © 2ème REP  

La descente a été pénible et m’a paru très longue (…) Des rafales d’armes automatiques ont été tirées à partir de la lisière nord de la ville et de la voie ferrée située à l’est de la zone de saut. La densité de la végétation autour des villas de l’ancienne ville ne permettait pas de situer l’origine des coups de feu, mais leur imprécision ne provoqua aucune perte. Il est néanmoins désagréable d’être une cible impuissante. Un vrai pigeon d’argile.  

Hélas Jean-Claude se blesse à l’atterrissage, mais le courageux jeune-homme n’a pas l’intention d’abandonner les copains. Il sert les dents  et marche.

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Déploiement du 2ème REP à Kolwezi. Photo © AALE

C’est un voyage au bout de l’horreur qui commence alors pour les Légionnaires. Partout ce ne sont que des rues désertes parcourues par des meutes de chiens errants qui s’attaquent aux innombrables cadavres abandonnés à même le sol, des voitures calcinées, des tas d’immondices devant les maisons pillées. L’odeur âcre prend à la gorge. Des essaims de mouches tourbillonnent et s’acharnent sur les corps mutilés, gonflés, hideux.

En quelques heures, le bilan du 2ème REP est éclatant. L’effet de choc des troupes d’assaut a été déterminant et a bousculé l’ennemi.

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Photos © AALE

Au bout de quelques jours cependant, la douleur devient insupportable et Jean-Claude peine à marcher. Constat (et engueulade) du médecin : le pied est gonflé et noir comme la ranger ! Double fracture malléolaire et fissure du talon. Jean-Claude est rapatrié. Devoir accompli.

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Défilé du 2ème REP à Kolwezi. En tête le Colonel Erulin (1932+1979) photo © famille Erulin

L’opération « Bonite » est un succès incontestable, mais le bilan est lourd :

5 tués et 20 blessés au 2ème REP, 6 disparus de la mission française, 1 para belge tué, 11 tués et 8 blessés parmi les parachutistes Zaïrois, sans compter les autres militaires de Kinshasa.

On estime à 170 le nombre de civils blancs massacrés, ainsi que 700 africains.

Les rebelles Katangais ont perdu 250 des leurs et sont en déroute.

2700 Occidentaux sont sauvés par l’opération.

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1984, Jean-Claude est nommé Sergent 

On le voit, il y a du courage et de la volonté chez cet homme, tout comme une grande part d’humanisme, et c’est, assez naturellement, que Jean-Claude s’oriente vers le rôle d’infirmier.

Mais il reste bel et bien un Légionnaire avant tout, au grand dam des élèves de l’école de santé d’Orléans, appartenant à d’autres corps, pour au moins un aspect : 

Nous nous sommes intégrés sans problème dans un monde nouveau pour nous, mais d’un autre côté nous cultivions notre différence, qui se manifestait  par le pas Légion, ce qui fait que nous étions toujours en retard sur le pas des autres quand il s’agissait de marcher en rang. Finalement, le chef de stage a renoncé et nous étions préposés aux couleurs, au grand désespoir des autres, qui trouvaient que nous mettions beaucoup trop de temps pour faire le trajet jusqu’au mat…

1983, Ecole du Service de Santé, Orléans 

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Assistance médicale en Centrafrique, 1982

Jean-Claude va partager la vie du 2ème REP multipliant les OPEX, en particulier en Afrique, terre de prédilection des Légionnaires : Centrafrique, Tchad, Gabon, Djibouti...

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Jean-Claude Saulnier à l’entraînement à Djibouti 

Nous avons subi une violente tempête de sable comme on en voit dans les films. Nous nous sommes arrêtés, nous avons enfilés nos ponchos et courbé l’échine en attendant que cela passe. Quand la tempête a été terminée, on ne voyait plus de la section que quelques petits monticules de sable qui commençaient à s’ébrouer.

1980, Djibouti

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Centrafrique 

Arrivés à proximité d’un village, nous avons vu un petit vieux sur le bord de la route, debout au garde à vous, toutes ses médailles pendantes. C’était un vétéran de la seconde guerre mondiale qui avait appris notre arrivée. On ne sait comment. Le Lieutenant a fait arrêter le convoi et a salué régulièrement l’ancien.

1984, Centrafrique

Puis vient le temps des forces d’interposition. Concept quelque peu angélique imposé par les politiques ; missions compliquées, frustrantes pour les militaires. Liban, Bosnie, Côte d’Ivoire… goût amer pour nos soldats.

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Marines du 32d MAU et légionnaires du 2e REP pendant l'évacuation des troupes de l'OLP de Beyrouth, photo © 2ème REP

Quand la nuit est tombée, nous avons eu droit à un son et lumière impressionnant. Dans tous les coins de la ville, nous voyions des départs d’armes lourdes, des traçantes dessinant des serpentins qui zébraient l’obscurité, tandis que le staccato des armes automatiques était ponctué de détonations assourdissantes. L’Ouest répondait à l’Est, avant que le Nord n’entre dans la danse et que le Sud s’en mêle.

1982, Liban

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Jean-Claude Saulnier, poste avancé à Nevesinje, Bosnie 

Un bosniaque passait son temps à tirer sur les antennes du PC. De temps en temps, il parvenait à en couper une. (…) Dans ce cas, l’ADC Deptula venait me chercher à l’infirmerie pour monter sur le toit. Nous commencions à réparer l’antenne et là, nous entendions des balles se planter à quelques mètres de nous. (…) Les tirs se rapprochaient à 3 mètres, puis 1 mètre… Quand c’était très proche, nous décrétions que c’était l’heure du café et descendions du toit. Après cette pause, nous remontions pour finir le travail.

(…) Ce qui est sûr, c’est que le Bosniaque n’avait pas l’intention de nous tuer, car nous faisions des cibles faciles.

1992, FORPRONU, Bosnie 

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Légionnaires du 2ème REP en Côte d’Ivoire, Photo © 2ème REP 

J’ai pris une rafale de Kalachnikov que j’ai évitée d’un roulé-boulé derrière un talus. J’ai lâché à mon tour une rafale et j’essayais de voir d’où provenait le tir. Encore deux ou trois rafales qui ont tapé à 10 ou 15 cm, mais je ne voyais pas le tireur. J’ai lâché encore une longue rafale et j’ai dégagé de ce coin malsain.

2002, Côte d’Ivoire

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Légionnaires sous casques bleus – ici du 2ème REI, Bosnie. Photo © AALE

Nous avons pris conscience qu’un casque bleu, c’était un peu la palombe du coin.

1992, FORPRONU, Bosnie

Et cependant, Jean-Claude Saulnier reste philosophe…

J’ai vu un grand-père assis sous un arbre très feuillu. Je me suis approché et lui ai demandé comment s’appelait cet arbre. Il m’a dit : « C’est un arbre à ombre ». J’ai trouvé la réponse empreinte d’une grande philosophie.

2002, Côte d’Ivoire

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Sur les sentiers du GR20

Désormais marié à Marylin, père de 4 enfants, on pouvait penser que la carrière de l’ADC Saulnier se déroulerait sereinement, sous le beau ciel de la Corse qu’il aime tant. D’autant plus que vient le temps des honneurs…

Reconnu par ses paires, il est élu Président des sous-officiers. Le rôle lui va comme un gant : accueil des nouveaux sous-off’, rappel des traditions et des us et coutumes, interface avec les officiers, et surtout soutien aux hommes en difficulté, tant d’un point de vue personnel que professionnel. Bel hommage de ses camarades, et sans aucun doute l’homme de la situation.

Mais… 11 septembre 2001, le monde entier regarde sa télévision avec effarement, et voici notre Adjudant-Chef de nouveau en campagne : direction le pays de l’insolence…

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ADC Saulnier, GAL Townsend (101st Airborne), COL Bellot des Minière (CDT 2ème REP)

Nous résumerons la dernière campagne de Jean-Claude par ces deux phrases : 

Il est très dur de faire du social aujourd’hui avec des gens qui tireront sur vos camarades demain. 

La rébellion afghane est comme l’hydre de Lerne. On coupe sa tête, il en repousse deux.

2010, Afghanistan  

Et puis un jour de 2011, qui vient certainement bien vite pour Jean-Claude, bien trop vite même : l’adieu aux armes.

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2011, L’adieu aux armes, photo © 2ème REP 

Trente et un ans de joies et de coups de chien, l’épanouissement d’une vie d’homme et de sous-officier au sein d’une institution militaire sans égale au monde...

* * *

A la lecture de « Une vie de légionnaire », ce qui m’a frappé, outre évidemment la carrière exceptionnelle de Jean-Claude Saulnier, c’est sa formidable humilité.

Tentez l’expérience, dites-lui : «  Vous êtes une légende vivante du 2ème REP, c’est un honneur de vous rencontrer », il vous répondra à coup sûr : « Arrête tes conneries ».

Il n’y a là aucune fausse modestie, c’est simplement l’âme du personnage, et cela en fait toute la grandeur. De la part d’un Légionnaire, ce n’est certes pas surprenant.

Le 29.9.2005, lors de la prise d’armes de la Saint-Michel, j’étais fait Chevalier de la Légion d’Honneur (…) La première question que je me suis posé a été : « Pourquoi moi » ?

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Saint-Michel, 29.9.2005, remise de la Légion d’Honneur par le GAL Dary

« Par son courage au feu et ses qualités d’infirmier au combat, a contribué personnellement à la sauvegarde de vies françaises.

Mérite d’être cité en exemple. »

24.5.2004, extrait de la citation à l’ordre de la division, Général d’armée Bentégat, Chef d’Etat-Major des Armées

* * *

ach_sa10.jpgNé en 1954 à Châtellerault, Jean-Claude s’engage en 1977 et rejoint le prestigieux 2ème REP de Calvi. Sa première mission de guerre fait date : le saut sur Kolwezi. Infirmier au combat, il participe à l’essentiel des opérations extérieures : Zaïre, Gabon, Centrafrique, Tchad, Djibouti (dont un déploiement avec le 13ème DBLE), Liban, Guyane (avec le 3ème REI), Bosnie, Afghanistan... En 2006, il est élu par ses paires Président des Sous-Officiers. Fait chevalier de la Légion d’Honneur en 2005, médaille militaire, trois citations, il poursuit sa carrière d’infirmier dans le civil. Amoureux de la Corse, sa terre d’adoption où il vit toujours, Jean-Claude est marié à Marylin et père de quatre enfants. Et c’est un chouette bonhomme !

Pierre Dufour, écrivain et journaliste spécialisé dans l'histoire militaire, a été chef du secrétariat de rédaction du mensuel de la Légion étrangère Képi blanc. Il est l'auteur de nombreux articles dans des revues françaises et étrangères et de plus de quarante ouvrages historiques et militaires consacrés à l'ancien empire colonial français, dont "La France au Levant", "La Légion en 14-18" et "Les Bat' d'Af".

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Soutenez les éditeurs qui soutiennent nos troupes : Editions Nimrod 

Pour commander le livre, voir ici

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Hommage

Aux Légionnaires-Parachutistes du 2ème REP morts pour la France, 1977-2013

Zaïre

Sergent-chef DANIEL, Caporal-chef ALLIOUI, Caporaux ARNOLD et HARTE, Légionnaire CLÉMENT. 

Djibouti

Catastrophe aérienne du mont Garbi, morts en service aérien commandé. 

Capitaine PHILIPONNAT, Sergent-Chef STORAI, Sergents DORE, POMMIER et WOUTIER, Caporaux OEHLMANN, OLETTA, PELTON, SIMONET, BURGRAFF, 1ères Classes BEAUTEMPS, BETON, KERTY, ZASSER, Légionnaires BUZUT, DEPIERRE, FALAUT, GALVES, GORDON, GUNES, LEON, LIMA DA SILVA, LUANG, SENDERS, THIU-SAM, VELMAR.

Accompagnés de :

Capitaine  CHANSON et Caporal LAURIOL, 13ème DBLE,

Commandant DALMASSO, Capitaines COUILLAUT, TADDEI et DEMANGE, Adjudant-Chef DAENINCKX, ETOM 188, Armée de l’Air,

Capitaine DROULLE, EMIA/FFDJ,

Maître GLOANEC, Commando Jaubert. 

Bosnie

Légionnaire BENKO.

Congo-Brazzaville

Caporal GOBIN.

Afghanistan

Sergent RYGIEL, Caporal-Chef PENON, Caporal THAPA, Légionnaires de 1ère Classe HUTNIK et JANSEN.

Mali

Sergent-chef VORMEZEELE

A tous les Légionnaires-Parachutistes du 2ème BEP/2ème REP morts pour la France,

Aux blessés. 

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Hommage au 1er REP

Non, rien de rien, non, je ne regrette rien

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Képis blancs-Bérets verts ! 

 

Nous sommes les hommes des troupes d’assaut,

Soldats de la vieille Légion.

Demain brandissant nos drapeaux,

En vainqueurs nous défilerons.

Chant du 2ème REP.

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ADC Saulnier et GAL McChrystal, commandant la force internationale en Afghanistan, 2009-2010.

-         Que penses-tu de toutes ces années à la Légion ?

-         Mon Général, vous me donnez 35 ans de moins, et je recommence. 

L’ADC Saulnier au Général de Saint-Chamas,

COMLE (Commandant de la Légion Etrangère).

 

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28 janvier 2013, les Légionnaires-Parachutistes sautent sur Tombouctou. 

« More Majorum »
À la manière des anciens.

Devise du 2e REP. 

C’est moi qui rêve, pense l’ancien. Donne-moi tes vingt ans. Donne-moi ta place. Prends mes médailles. A toi les honneurs, à toi la gloire. Donne-moi tes missions impossibles, donne-moi tes pitons à conquérir, ton adjudant à supporter, la jungle à traverser. Donne-moi encore l’occasion de chanter avec les copains, de tomber en route, ou vaincre au combat.

Pierre Sergent, 1er REP.

 

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un Légionnaire, 2e REP, Kolwezi

29/04/2013

"Afghanistan, Regards d’aviateurs", LTN Charline Redin, SIRPA-Air

 

 

A la mémoire du Lieutenant-Colonel Anne Broquet, commandant des Convoyeuses de l’Air

 

 

 

Alors, ils surent ce que les camarades entendaient par équipage. Ils n’étaient pas simplement deux hommes accomplissant les mêmes missions, soumis aux mêmes dangers et recueillant les mêmes récompenses. Ils étaient une entité morale, une cellule à deux cœurs, deux instincts que gouvernait un rythme pareil. La cohésion ne cessait point hors des carlingues. Elle se prolongeait en subtiles antennes, par la vertu d’une accoutumance indélébile à se mieux observer et se mieux connaître. Ils n’avaient fait que s’aimer.

Joseph Kessel, « L’Equipage »

 

 

« Cher Monsieur, Merci pour votre mail. Je suis en ce moment au Qatar pour l’exercice Gulf Falcon 2013. Je serai ravie de vous envoyer un ouvrage dédicacé dès mon retour en France». Cool, non ?

 

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« Afghanistan, Regards d’aviateur », par la Lieutenant Charline Redin. Dans mon esprit, de par son format,  j’allais avoir entre les mains un beau livre-photo, Rafale, Mirage…  mais on est bien au-delà  de ça : fruit de plusieurs années de travail, faisant suite à ses déploiements  en Afghanistan, Charline Redin, journaliste au SIRPA-Air, nous rapporte une multitude de témoignages, sous forme d’interview. Je ne peux mieux faire que la citer : « Ce livre, même s’il décrit des missions militaires, se veut une sorte de carnet intimiste où l’individu se livre, à travers sa fonction, son ressenti, ses angoisses et ses émotions ».

 

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« Voir les mecs qui vont au charbon, écouter ce qu'ils racontent…»

LTN Charline Redin

 

« Afghanistan, Regards d’aviateurs » est effectivement un très beau livre - saluons le magnifique travail de l’Adjudant Benoît Arcizet pour la conception graphique -  mais en sus, c’est un très bon livre, hommage si mérité aux hommes et femmes de toutes les composantes de l’Armée de l’Air.

Oui, nos Rafale et nos Mirage sont beaux, mais pas autant que les hommes et femmes qui les font voler…

 

Les équipages de chasse-bombardement

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On s’équipe. Notre habit est lourd, mais j’aime le revêtir. Je quitte déjà un peu ce monde et gagne celui du vol (...) A chaque fois, je m’isole un instant pour prendre du recul et me concentrer. Dans ce tourbillon d’activités, le départ en vol de guerre demeure un moment où l’homme, le combattant et le chef se réalisent pleinement. La force de l’engagement, le courage et la valeur sont mis à nu par la violence des faits.

Lieutenant-Colonel M. Chef du 1er détachement Chasse à Kandahar.

 

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L’implication avec le sol est totale. Nos interventions se doivent d’être très rapides. On nous appelle, on se déroute instantanément. Dans le cockpit la tension est immédiatement à son paroxysme. Un déroutement signifie toujours un accrochage qui s’est déroulé peu de temps avant. La moindre minute perdue peut signifier la différence entre la vie et la mort pour un soldat.

Lieutenant-Colonel W. Pilote de Mirage 2000D.

 

Les équipages de transport et les ravitailleurs en vol, dits les « Lourds » 

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Chacun des deux Mirage 2000D avait tiré ses deux bombes. Nous les avons ravitaillés une dernière fois pour qu’ils puissent rentrer à Manas [base au Kirghizstan]. A la radio, un des pilotes nous lance « Merci les Lourds pour la mission ! ». Ce ne sont que quelques mots, mais ils nous ont énormément touchés .

Lieutenant-Colonel P. Chef du Groupe de Ravitaillement en Vol 2/91, sur Boeing C135FR.

 

 

Les convoyeuses et convoyeurs de l’air, le personnel de santé

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A 4h du matin, les réacteurs sont de nouveau en route. Top départ, direction Paris-Orly. Pendant les 7 heures de vol, les équipes médicales sont à pied d’œuvre (…) Je me souviens plus particulièrement d’un soldat grièvement touché, qui était anxieux ; inquiet de son état de santé et d’un handicap futur certain. Il me confie ses craintes. Notre mission prend alors tout son sens.

Capitaine H. convoyeur de l’air.

 

Le chapitre de Charline dédié aux convoyeuses et convoyeurs m'a touché. C'est l'occasion, me semble-t-il, de rendre mon propre hommage à ma cousine Anne Broquet, chef des convoyeuses de l'Air, disparue, hélas, prématurément. 

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Anne s’engage en 1972. Lieutenant-Colonel, elle commande la division des Convoyeuses de l’Air, escadrille aérosanitaire 6/560 « Etampes ». Elle totalise plus de 10 000 heures de vol, 25 déploiements en Afrique, Moyen-Orient et Asie.

Peintre à ses heures, membre actif de  l’ordre de Malte, ses dernières missions humanitaires l’ont menée au Sri Lanka et en Inde, dans le cadre de mesures d’aide urgente pour les survivants du tsunami.

Anne décède prématurément le 17 juillet 2008,à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce,  luttant courageusement contre la maladie.

Femme humble, très discrète, elle me laisse un grand regret, ne pas avoir assez échangé avec elle, ne pas l’avoir incitée à écrire sur sa vie d’exception…

Quelle belle remontée du Mékong ce fût été…

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Photo © Ordre de Malte

 

LETTRE OUVERTE AUX EQUIPAGES.

La mythologie connut le centaure, monstre moitié homme, moitié cheval. Plus tard vint le mi-ange, mi-démon, bon ou mauvais. Enfin, arriva la convoyeuse de l'air, divinité mi-infirmière, mi-hôtesse !

Comme tout être fabuleux, qu'il soit issu de la mythologie, de la religion ou du transport aérien militaire, il appartient à la légende. Mais, bien qu'invraisemblable, il n'en demeure pas moins vrai. Je le sais puisque je suis leur chef ! Mais comme tout être de légende, il ne peut jamais être rationnellement défini. C'est là notre lot, mais aussi notre spécialité.


Moi, ce que je sais, c'est que lorsque je vois partir Brigitte, Odile, Nathalie, Sophie, Isabelle, Astrid... en tenue verte couleur «combat» avec le masque à gaz, le gilet pare-balles, le casque bleu, je sais qu'elles vont aller sur le terrain pour, s'il en est besoin, vivre leur métier d'infirmière. Et, même si au dernier moment elles glissent tout au fond de leur poche ce petit tube de rouge à lèvres, elles savent que dans leur lot sanitaire il y a ce qu'il faut. Et puis, un dernier réflexe de coquetterie ne nuit en rien aux «guerrières» (à chacun ses peintures de guerre). D'ailleurs messieurs, qui me dit que vous ne glissez pas dans votre poche au dernier moment un petit échantillon d'after-shave !


Pendant ce temps-là, Anne, Emmanuelle, Véronique, Dominique, Yvette, Cathy... en tenue bleue couleur «travail» partent à l'assaut d'un redoutable obstacle : «la mission avec passagers». Cette «mission logistique» est plus scabreuse pour une convoyeuse de l'air qu'une «mission tactique», car là, vous devez affronter ce deuxième rôle pour lequel on vous dit ne pas être «faite» ! C'est-à-dire celui de conforter une maman aux prises avec ses enfants, soutenir un passager faisant un petit malaise vagal ou cet autre ne supportant pas le décalage horaire. Il faut également assister le commandant de bord, le chef de cabine et aider le médecin assurant une évacuation sanitaire. 


Ce rôle «d'assistante de bord» plus qu'hôtesse d'ailleurs, sur «avion à moquette», n'est pas non plus pour nous déplaire, car après s'être pris un nombre incroyable de fois nos petits pieds, quoique chaussés d'énormes chaussures, dans les chaînes d'arrimage du Transall et avoir glissé sur les rouleaux des palettes du C130, qu'il est doux de poser nos pieds fragiles chaussés enfin d'escarpins sur la moquette moelleuse d'un DC8 en partance pour l'autre bout du monde ou d'un Falcon effectuant une EVASAN [Evacuation sanitaire]. A chacun son repos ! Mon grand regret il est vrai, c'est de ne pas les poser plus souvent dans nos hélicoptères !


Par ces quelques mots, je n'ai rien voulu prouver. J'existe, c'est tout, et je suis convoyeuse de l'air. Mais ce que je voulais, c'est dire aux équipages du COTAM [Transport] que quel que soit l'avion sur lequel nous volons, nous serons toujours avec eux pour les aider, les assister, partager ensemble les bons et mauvais moments. Nous comptons sur eux, et sans eux, nous ne serions pas convoyeuses de l'air.

CDT Anne BROQUET, Chef des Convoyeuses de l'Air
FAP INFO n° 70 – 2ème semestre 1993.

 * * *

 

Les équipages d’hélicoptère

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Il y avait dans le regard de cet enfant toute la misère du monde. Il allait monter pour la première fois dans un hélicoptère, les hommes autour de lui étaient armés (…) de plus, il était très mal en point, les balles lui avaient perforé le corps.

Nous  venons sur le théâtre pour évacuer des soldats, des combattants. Evacuer un enfant, qui pourrait être notre fils, c’est toujours une mission noble.

Lieutenant-Colonel C. Chef du détachement hélicoptère de l’Armée de l’Air sur l’Aéroport de Kaboul.

 

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18.8.08. Vallée d’Uzbin

14 heures d’engagement de l’équipage de l’hélicoptère Caracal, pour déposer des troupes en soutien, des infirmiers, évacuer les blessés, ramener les 10 corps.

 

Au moment de la cérémonie d’hommage aux Invalides pour les dix soldats tombés, les écrans de télévision sont branchés à Kaboul, et tous les militaires sont devant, les yeux humides, le cœur lourd.

Je suis resté dans mon bureau. J’entendais le son, mais je ne pouvais voir les images. Aujourd’hui encore, je suis incapable de regarder cette cérémonie. Devant chaque cercueil, je revois chacun des hommes que nous avons ramenés.

Lieutenant-Colonel C, pilote de Caracal à Uzbin.

 

 

Les personnels de l’escadron de drones (avion de surveillance sans pilote)

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J’ai remarqué sept hommes à la démarche étrange. Nous avons supposé que ces hommes étaient armés. Nous avons donné leur signalement aux militaires sur place. Nos suspicions étaient fondées.

Sergent C, interpréteur photo, Escadron de drones  1/33.

 

 

Les renseignements

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[Les hommes du Renseignement préparent, entre autres, les plans de vol, pour éviter au maximum les risques encourus]. Lorsqu’un hélicoptère décollait de l’aéroport de Kaboul, il y avait toujours une forme d’appréhension d’avoir peut-être raté une donnée, ou d’être passé à côté de quelque chose. Mes amis et mes camarades étaient dans la machine. J’avais une lourde responsabilité à chacun de leur départ.

Lieutenant-Colonel F. Officier Renseignement, ED 1/33.

 

 

Les Commandos Parachutistes de l’Air

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Nous étions en autonomie complète. Nous sommes entrés dans un village dans la zone du Baloutchistan. Il ne restait plus qu’une famille (…) Ils étaient à des lustres de savoir ce qu’il se passait à cette époque en Afghanistan. Ils étaient surpris de voir des militaires dans cette région. Nous dormions dehors, les températures chutant la nuit. Elles pouvaient atteindre -20°c. On se sentait si minuscules dans ce paysage merveilleux. Nous avions l’impression d’être des pionniers.

Lieutenant-Colonel R, dit Jacky, Commando Parachutiste de l’Air, intégré aux Forces Spéciales.

 

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Nous travaillons régulièrement avec les américains. Lorsque nous leur avons montré ce que nous savions faire, ils ont été tout de suite demandeurs. Ils reconnaissent notre expérience de terrain.

Caporal-Chef M. CPA.

 

 

Les mécaniciens et armuriers

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Les mécaniciens sont arrivés aujourd’hui et commencent d’emblée à installer les centaines de tonnes de matériel, qu’ils vont mettre en œuvre quand les F1 seront là. Ils sont impressionnants de courage et d’énergie, travaillant sans relâche sous un soleil de plomb. Ils sont admirables.

Colonel B. Pilote de Mirage F1CR.

 

 

Le personnel de soutien, d’infrastructure

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Ces hommes de l’ombre sont souvent les premiers déployés sur les théâtres d’opération. Ils sont maçons, soudeurs, électriciens, spécialistes dans le montage de hangars (…) Ce sont des aviateurs qui font preuve de beaucoup d’abnégation. Quand ils arrivent sur le terrain, il n’y a rien. Tout est à construire, et pour la majorité des missions, il faut le faire vite…

Colonel V. Compagnie d’Infrastructure en Opération.

 

 

Les chefs de piste, agents d’escale

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Ce que j’aime dans mon métier (…) c’est que nous sommes les derniers avant que la porte de l’avion ne se ferme, à voir les militaires quitter le théâtre pour rejoindre leurs familles. Ils ont tous le sourire aux lèvres. Ca réchauffe le cœur.

Sergent-Chef P. Agent d’escale.

 

* * *

 

lieutenant-charline-redin-auteure-du-livre-afghanistan-regards-d-aviateurs.jpgLa Lieutenant Charline Redin est journaliste au Service d’Information et de Relations Publiques de l’Armée de l’Air.  Après des études brillantes d’histoire des médias, de journalisme et de chinois, elle s’engage en 2007. Elle ne compte plus ses voyages à titre privé et déploiements en OPEX. Soutenue par le Général Jean-Paul Paloméros, CEMA-Air, accompagnée par l’Adjudant Benoît Arcizet, graphiste de talent, et par toute l’équipe du SIRPA-Air, elle se lance dans ce beau projet qu’est « Afghanistan, Regards d’aviateurs » en 2011.

Charline est aussi photographe. Vous retrouverez son oeuvre sur son site : ici.

Merci Charline pour votre accueil chaleureux. Et pour le futur café ;)

 

 

 

« Afghanistan, Regards d’aviateurs », est édité par le SIRPA-AIR, disponible sur le site de l’ECPAD ici.

Livre multimédias : en scannant les codes à chaque chapitre, vous pouvez visualiser le reportage associé sur votre mobile.

 

 

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La Lieutenant Redin interviewe un militaire afghan – photo © SIRPA

 

Tous les aviateurs français présents ici n’ont qu’une idée en tête : celle de vous aider à apporter la paix dans votre pays.

 Général Paloméros, Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air, au Général Mohammad Dawran, son homologue afghan.

 

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Mon tout petit. Tu liras ces pages dans quelques années, et elles te sembleront écrites par un étranger. Tu n’auras pas de souvenir de ton papa pilote, mais j’espère que tu seras quand même fier de lui.

Lieutenant-Colonel B. Pilote de Mirage F1CR ; extrait de son journal, destiné à sa femme et ses enfants.

 

* * *

 

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 Hommage

 

Au Caporal-Chef Sébastien Planelles, CPA 10, mort pour la France en Afghanistan,

Aux hommes et femmes de l’Armée de l’Air morts pour la France,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux aviatrices et aviateurs !

 

« Mon but n’était pas de tirer des bombes, mais de faire mon devoir. »

Lieutenant G. pilote de Mirage 2000D.

 

 

 

 

 

 

 

 Livre, photos, témoignage, récit biographique, Armée de l'Air, pilotes, personnel au sol

 

15/04/2013

« L’Afghanistan en feu », CCH Emmanuel Gargoullaud, RICM, Ed. Economica

 

A la mémoire du caporal-chef Bracchi, qui n’a pu quitter ses frères marsouins. Qu’il repose en paix.

 

 

 

Nous pouvons être fiers du comportement remarquable des soldats français en Afghanistan.

Général d’Armée Bertrand Ract-Madoux, Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre

 

 

Ils sont en train de nous bâtir un bien bel édifice, nos soldats-auteurs. Un monument virtuel car littéraire, mais qui rend magnifiquement hommage à leurs camarades morts pour la France, aux blessés, au dévouement de leurs frères d’armes.

Par leurs témoignages, chacun participe à sa façon : les officiers, c’était courant, mais désormais les sous-officiers et militaires du rang. Réjouissant.  Et c’est au tour du Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud, marsouin du RICM, d’apporter sa pierre à l’édifice, avec son journal de marche en Afghanistan.

 

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Le Régiment d’Infanterie Chars de Marine ; le plus décoré de l’Armée française… Tout est dit au titre de la gloire et de l’honneur, mais ce livre nous en apprend plus, de par sa vision de l’intérieur.

 

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Devant un VBLL – photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Le Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud appartient au peloton de Commandement et Logistique. C’est un combattant, mais aussi un administratif qui gère la vie de la base. Ce rôle, parfois sous-estimé, est pourtant essentiel : Combien de temps un soldat tiendrait-il, sans retrouver un minimum de confort physique [popote/douche/lit], mais aussi moral, entre deux missions de terrain ? Sans accès internet pour échanger avec sa bien-aimée, sa famille ? Sans pause autour d’une bière raisonnablement fraiche ? Sans la moindre petite fête pour évacuer la pression ?

Je commence ma course pour trouver la Capitaine commissaire, les cartes Internet et téléphoniques, puis le vaguemestre pour le courrier, ainsi que le gérant du foyer pour l’approvisionnement de « La Sirène » [bar du RICM]. Courte nuit marquée par le ronflement de certains et les flatulences des autres.

 

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Devant un T55 ex-soviétique – photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Les parties "action sur le terrain" sont toujours percutantes :

Nous, le groupe 50, avec Centaure et le JTAC, seront installés sur le COP51. Le PAD10 sera en QRF sur la FOB46, avec un groupe Génie de Jaune 30, les EOD. Le peloton AMX10RCR sera en tête du SGTIA et fera la reconnaissance par l’axe Taurus 1.

Je vois d’ici les lecteurs néophytes en jargon militaire : « Heeuuu... ». Ne vous effrayez pas.  J’ai cherché dans le livre le paragraphe qui cumulait le plus d'abréviations :)

Emmanuel se parle à lui-même, il utilise donc la langue du soldat ; mais ce vocabulaire a aussi son mérite : il donne du rythme, voire crée un style littéraire original (Mili-Style ?) et, évidemment,  tous les acronymes sont expliqués.

 

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photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Entre les chapitres où il décrit sa vie au quotidien, sur la base ou le terrain, Emmanuel prend le temps d’approfondir sa vision de l’engagement de nos troupes en Afghanistan :  Il nous parle de l’ennemi Taliban,  souvent un groupe d’une dizaine de combattants,  connaissance parfaite du terrain, mobilité extrême, réseau de renseignements on ne peut plus efficace (dans tous les récits publiés, les soldats parlent d’Afghans les observant, tout en parlant dans un portable...), possibilité de se fondre immédiatement dans la population, n’ayant que peu (pas ?) de respect pour la vie des femmes et des enfants, n’hésitant pas à en faire des boucliers humains, sachant pertinemment que  les occidentaux ne tireront pas…

Il s’intéresse même à la géopolitique, la famille Ben Laden ou   l’économie basée sur  la culture de l’opium (drogue de Tintin et le Lotus bleu, mais aussi la matière-première de la morphine).

L’opium fait vivre plus de deux millions d’afghans et génère des recettes estimées à 2,5 milliards de dollars, soit 35% du PIB de l’économie afghane en 2005. En 2009, on estimait à 1,6 millions le nombre de personnes impliquées dans ce secteur d’activité. 8% des Afghans sont dépendants de drogue, que ce soit l’opium ou l’héroïne. Le pays produit plus de 80% de l’opium de la planète.

Un fermier indique qu’il peut obtenir, sur une même superficie, 8kg d’opium qui lui rapportent 300€, au lieu de 850 à 1100kg de blé, de culture plus aléatoire, et ne lui rapportant que 200€.

 

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Dans son VAB. photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Nous l’avons dit, notre secrétaire est avant tout un combattant. Pilote de VAB, il est intégré régulièrement à la QRF : Quick Reaction Force/Force de Réaction Rapide, qui intervient en soutien des troupes au contact.

Une explosion assourdissante retentit. Je suis tout d’abord sonné. Mon véhicule est envahi de pierres et de poussière. Je suis recouvert d’une fine couche de terre, lorsque je réalise, au bout de quelques secondes, que nous venons de subir une attaque. Dans l’obscurité, avec mon [dispositif de vision nocturne] OB70, je regarde autour de moi, puis palpe mes bras et mes jambes. Tout va bien.

 

Tout va bien heureusement pour Emmanuel, mais…

Le Caporal-Chef Hervé Guinaud, descendu pour guider l’un des trois VAB du convoi, a disparu.

Au bout d’interminables minutes, j’aperçois une lampe  qui s’agite à une vingtaine de mètres de mon VAB. Aussitôt je réagis, allume ma lampe torche Surfire pour les éclairer et, dans le halo de lumière, j’aperçois un corps.

(…)

C’est bien Hervé.

(…)

Le souffle de l’explosion l’a projeté à 50 mètres du cratère laissé par l’IED.

Il n’a pas souffert.

 

* * *

 

Avec « L’Afghanistan en feu », son journal, le Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud s’est parlé à lui-même, mais il l’a fait suffisamment fort pour que nous l’entendions haut et clair. C’est heureux. Une indispensable pierre à l’édifice.

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« La guerre peut parfois sembler monotone, jusqu’au jour où elle rappelle à chacun de nous que nous sommes payés pour tuer, et mourir. »

 

* * * 

Gargoullaud Portrait.JPGEngagé en 1995, Emmanuel Gargoullaud intègre le 1er Régiment de Hussards Parachutistes. Neuf ans plus tard, il rejoint le Régiment d’Infanterie Chars de Marine de Poitiers. Il a été déployé en République Centrafricaine, ex-Yougoslavie, Côte d’Ivoire et Afghanistan. Emmanuel est marié et père de deux enfants. Envisageant une carrière civile au retour d'Afghanistan, il a finalement décidé de poursuivre sa vie de marsouin.

Emmanuel, je tiens à te remercier chaleureusement pour l’accueil  réservé à mes sollicitations et l’envoi de tes photos perso.  Vraiment sympa ! 

 

 

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Hommage

 

Au Caporal-Chef Hervé Guinaud, mort pour la France en Afghanistan,

A tous les marsouins du Régiment d’Infanterie Chars de Marine, né Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc,  morts pour la France,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Marsouins du RICM. 

« Recedit immortalis certamine magno »,

Il revint immortel de la grande bataille !

Devise du RICM 

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photo © CCH E. Gargoullaud

 

 

 

Livre, récit biographique d'un Marsouin, RICM, Afghanistan

13/03/2013

"Ma Blessure de Guerre Invisible", Sylvain Favière, Infirmier-para, Ed. Esprit Com'

 

Cette chronique est dédiée à Laurence, épouse de Sylvain.

 

 

 « Pour moi, les gens parlent trop. Ils ont des soucis, des buts, des désirs, que je ne peux concevoir comme eux.

Parfois, je suis assis là, avec l’un d’eux, dans le petit jardin d’un café, et j’essaie de lui expliquer que l’essentiel, en somme, c’est de pouvoir être assis là, tranquillement. »

"A l’Ouest Rien de Nouveau", Erich-Maria Remarque

 

 

Ma. Blessure. De. Guerre. Invisible. Avec  ces  cinq mots, Sylvain Favière donne le tempo. J’emploie ce mot,  tempo, sciemment : son récit biographique s’apparente, en effet, à une mélodie - mieux, à une symphonie - allant crescendo.

 

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Vous êtes confortablement installé dans votre fauteuil rouge. Le chef d'orchestre, soldat-compositeur, entre. Les musiciens débutent la partition.

C’est presque aérien, petite musique de chambre : La vocation d’infirmier de Sylvain, son attirance pour l’armée, son engagement chez les Paras.

Puis résonnent les premiers cuivres : son volontariat pour l’Afghanistan, s'éloigner de sa femme, de ses filles ; honneur, goût de l'aventure - qui n'effacent pas les doutes ; son départ, son arrivée au « Pays de l’Insolence ».

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Photo © Sylvain Favière

A cet instant intervient un thème musical d’inspiration orientale : Sylvain est intégré, comme combattant-infirmier, dans une OMLT, unité de l’Armée Nationale Afghane, encadrée par les Occidentaux.

Il se sent proche de ces soldats Afghans, de fait, ses frères d'armes ; il fait de son mieux pour apprendre leur langue, partage le thé, et, évidemment, combat à leur côté.

« Leurs prières rythmaient leurs journées. Ils croyaient en l’éviction des balles, si Allah en décidait ainsi. Ils croyaient au châtiment de feu, en cas de faute. Leur manière de vivre et de penser était si différente de la mienne, Occidental, ayant accès à toutes les commodités du monde. Ils se complaisaient dans le peu, voire le rien, et Allah. Néanmoins, chaque soldat possédait un GSM…

Je leur disais que pour moi, il y avait des anges sur Terre, sous différentes formes. Ces anges vivaient parmi nous pour nous aider dans les moments difficiles. Ils semblaient comprendre. »

 

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Photo © Sylvain Favière

Pas d’entracte. La musique ne s’interrompt pas, mais notre soldat-compositeur, introduit, à cet instant, des phrases musicales dissonantes.

« Avec mes camarades, nous échangions nos analyses sur l’éventuelle explosion d’un IED sous notre VAB. Je disais qu’en cas de survie, les douleurs provoquées par les fractures seraient insupportables. Entre les blessures, les équipements et l’environnement du véhicule, la désincarnation risquait d’être laborieuse. Bull disait que la tourelle de la mitrailleuse lourde pourrait céder et lui couper le tronc en deux. Cela s’était passé à Kaboul. Il ajoutait qu’avec une forte explosion, la mort serait instantanée. C’était presque l’idée que nous préférions. »

Puis tous les cors sonnent ! Les tambours grondent !  et… silence.

Retour en France.

Seul le premier-violon joue.

 

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Photo ©Ministère de la Défense

 « Qui se souviendrait des noms de nos camarades tombés au Champ d’Honneur ? Qui se rappellerait leurs noms ? »

Et joue encore,

« Personne ne s’intéressait à moi. A ce que je venais de vivre ? Parfois si. Il y avait bien quelqu’un qui me posait une question ou deux. Mais la complexité de la mission et les termes trop techniques ne permettaient pas une synthèse rapide. Alors, très vite, le désintérêt apparaissait sur le visage de mon interlocuteur. »

Joue...

« Je ne comprenais plus les gens. Je ne les intéressais plus. Je n’avais plus rien à leur dire. »

 Et joue, et joue…

« Alors les larmes me montent. Elles remplissent mes yeux abondamment. Elles coulent le long de mes joues. Je retiens un instant mes sanglots, puis j’éclate en pleurs, criant tout ce que je peux. Je suis dans la pénombre, volets tirés. Parce que j’ai honte. »

Tambours ! Cymbales !...

« J’ai envie de tuer. »

Silence…

Alors, une petite flûte, toute douce, comme un murmure, bien agréable à nos oreilles.

« Je n’étais pas malade. J’étais blessé. »

 

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Photo © Sylvain Favière

Et puis… Oh, ce n’est certes pas l’Hymne à la Joie, mais, à nouveau des cordes. C’est discret au début, mais on les entend. Et on va les entendre, jusqu’au bout de la partition, de plus en plus distinctement...

« Aujourd’hui, cette blessure est devenue une cicatrice, avec laquelle je vis (…) De temps en temps, elle s’ouvre un petit peu (…) Comme l’ange Saint-Michel  avait dû veiller sur moi lorsque j’étais parachutiste de l’Armée Française en Afghanistan, je sais que quelque part, aujourd’hui, j’ai un ange gardien qui panse mes plaies quand elles s’ouvrent, arrêtant les saignements, et me permettant, ainsi, de repartir, soigné de mes maux. »

Le chef d’orchestre soldat-compositeur se retourne,  il regarde la salle. Il salue.

Le public se lève.

Tonnerre d’applaudissements.

 

*

sylvain-faviere-38-ans-etabli-en-bearn_926558.jpegSylvain Favière s'engage comme infirmier-para. En 2011, il est volontaire pour un déploiement en Afghanistan. Agé de 38 ans, il est désormais  réserviste, salarié d'un service de santé au travail. Marié, père de trois enfants, il est aussi… grand-père :). Sylvain sera présent au Salon du Livre, Porte de Versailles, sur le stand de l'Armée de Terre (J53). Il se prêtera au jeu des dédicaces les 22 (10:00-14:00) et 23 mars (10:00-12:30). Liste complète des auteurs ici

 

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L’intégralité des droits d’auteur est versée à la CABAT – Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre 

 


*

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Hommage aux blessés dans leur chair,

Hommage aux blessés dans leur cœur,

Hommage aux blessés dans leur âme.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Infirmiers-Paras, à tous les meurtris.

Sylvain, c'est toujours le même ange...

"Saint-Michel, défenseur des âmes justes,
Saint-Michel, consolateur des affligés…"

Litanie de l’archange Saint-Michel, Saint-Patron des Parachutistes

 

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un infirmier-para, témoignage stress post-traumatique, Afghanistan  

04/03/2013

D’une Guerre à l’Autre – Yohann Douady – 2ème RIMa - Ed. Nimrod

 

  • « J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.
  • Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »
  • Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc.

 

Avec « D’une Guerre à l’Autre », le Sergent Yohann Douady nous livre une autobiographie de ses dix premières années de marsouin.

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Quel bouquin ! Que les « petits » lecteurs ne s’effraient pas du nombre de pages : « D’une Guerre à l’Autre » se dévore ; j’avais grand mal à le refermer, même tard dans la nuit.

Après une rapide introduction sur la Bosnie, Yohann aborde en profondeur son déploiement en 2004, en Côte d’Ivoire. Il y vit les évènements tragiques du bombardement du camp français de Bouaké, dont il réchappe par miracle, mais où son ami le 1ère Classe Benoît Marzais meurt sous les bombes ivoiriennes, puis le drame de l’hôtel Ivoire, où le 2°RIMa ouvre un feu préventif, pour se désengager de la foule hostile, attisée par les « Jeunes Patriotes » pro-Gbagbo (1).

« Plutôt que de risquer d’affronter la foule, notre Commandant était prêt à sacrifier nos véhicules, après que nous nous soyons barricadés dans l’hôtel. Pour accroitre ce sentiment de malaise, nous reçûmes peu après un drôle de conseil qui nous fût transmis par notre Chef (…) : « Ce serait bien d’appeler votre famille une dernière fois… ». Nous nous regardâmes bizarrement. Certains se demandèrent alors s’il ne faudrait pas songer à garder une dernière cartouche, pour soi, au cas  où… »

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photo © Yohann Douady

Dans une seconde partie, courte mais intense, Yohann met en avant sa détresse au retour de Côte d’Ivoire. Relations tendues avec sa hiérarchie, compliquées avec la veuve de son ami Benoît. Incompréhension, engueulades, envie de tout envoyer bouler, détresse, alcool.

Terrain glissant diront certains : « un soldat peut souffrir, mais il le tait ». Et bien, au contraire, ces chapitres sont fondamentaux (2) ! Ils sont un encouragement pour les hommes amenés à vivre une situation comparable, car Douady trouve les clés pour se reconstruire : il se « pause », il parle,  il accepte les mains tendues, il retisse des liens amicaux indispensables dans le contexte militaire, il se donne des ambitions, « fait » Saint-Maixent et est nommé sergent, rejoint la section Tireur d’Elite où il retrouve la place qui lui est due. Bravo pour ce sac vidé. Certes, dans la tête, rien n’est oublié, mais  la clé se trouve bien dans l’échange et le partage.

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photo © Yohann Douady

Enfin, une troisième partie, haletante, dans laquelle Yohann retrace son déploiement en Afghanistan en 2011. Là encore, c’est aussi terrible que brillamment conté. La fatigue, et le stress, et la peur, et la sueur, et la crasse. L’amitié, et  la solidarité, et  le courage, et la valeur, et l’engagement. Et le drame. Si cruel, après tant de mois de combats.

Quelques jours avant la fin du déploiement en Afghanistan, la section Tireurs d’Elite de Yohann prépare une dernière mission et charge son matériel dans un VAB.

 

  • Explosion.
  • (...)
  • Yohann ne comprend pas.
  • (...)
  • "Skippy, blessé mais vivant ; Warren, indemne ; le chef Jérôme, blessé et pris en charge ; Mais où est Loulou ?"
  • (...)
  • Une grenade a explosé accidentellement.
  • (...)

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Chef Jérôme, Skippy, Warren, Loulou, Yohann - photo © Yohann Douady

« A l’image de la plupart de mes frères d’armes, je suis un caméléon, à la fois jeune homme et soldat, courage et peur, rires et larmes… Un caméléon qui se serait imprégné durant dix années de couleurs de la guerre, et dont la peau serait aujourd’hui pigmentée d’une multitude de teintes, allant de la nuance la plus éclatante au noir le plus sombre.

Chaque jour qui passe, je ne peux m’empêcher de plonger un pinceau dans cette palette pour tracer des toiles bariolées ou des fresques tourmentées que j’expose quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures au plus profond de mon esprit. Une succession de scènes sauvages et parfois dantesques qui trouvent leur source dans ce que j’ai vécu, dans les situations de désolation effroyable ou d’humanité absolue que j’ai traversées.

La guerre n’est pas monochrome, c’est bel et bien un tourbillon de couleurs, capable de vous émerveiller, comme de vous donner le vertige, et bien sûr, de saturer votre regard, jusqu’à vous donner la nausée. »

 

(1) 2004. Nous gardons tous en mémoire cette opération difficile, où la force française Licorne s’interpose entre les deux factions rivales : celle du président Gbagbo au sud, celle d’Alassane Ouattara au nord. Ce qui devait être une opération de maintien de la paix, et de protection des ressortissants européens, trouve une apogée dramatique dans le bombardement par l’aviation de Laurent Gbagbo, du camp français de Bouaké (9 morts parmi les hommes des RICM, 2°RIMa et 515°RT, un civil américain, et des dizaines de blessés),  puis les « évènements » de l’hôtel Ivoire, qui voient les soldats français acculés par la foule, radicalisée par le mouvement pro-Gbagbo des Jeunes Patriotes ; Yohann et ses camarades n’ont d’autre  choix que de se dégager par des tirs indirects, faisant, hélas, une dizaine de tués parmi les manifestants.

(2) Cette démarche de transparence est approuvée au plus haut niveau hiérarchique militaire. Pas convaincu ? Lisez la préface du Colonel Héluin chef de corps du 2ème RIMa en 2010-1012, commandant le battle group Richelieu. Et, si cela ne suffisait pas, notez que « D’une Guerre à l’Autre » fait partie des trois sélectionnés pour le prix littéraire Erwan Bergot 2013 de l’Armée de Terre, comité présidé par le général Ract-Madoux… Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre…

 

ivoire-jpg-1972b.jpegJe reviens  sur l’épisode tragique de l’hôtel Ivoire, avec une anecdote personnelle : en mai 2012, j’ai eu la chance de passer une semaine formidable en Auvergne, auprès d’un p’tit cousin militaire. Malgré sa conduite automobile *atypique*, je l’ai accompagné dans la préparation d’un camp scout. Deux jeunes chefs scouts nous accompagnaient, dont un Ivoirien, en école d’ingénieur dans la région. Au gré de la conversation, le sujet des évènements de l’hôtel Ivoire s’est présenté. L’ambiance s’est tendue de fait ; le p’tit-cousin étant passé par la Côte d’Ivoire. Le jeune Ivoirien, un gosse à l’époque, était présent devant l’hôtel, parmi les « jeunes patriotes », et nous manifestait son incompréhension : « Pourquoi les Français nous ont-ils  tiré dessus ? J’étais à côté d’une femme. Elle s’est pris une balle. Elle est morte dans mes bras ». Ce n’était pas le lieu, pas le moment, d’aborder un tel sujet. J’ai donc, en "vieux sage", réorienté la conversation, suivi en cela par les garçons (certains ont encore du respect pour leurs aînés).

Yohann parle de cette femme, page 117. En terminant le chapitre, je me suis dit qu’après ces si dramatiques instants, vécus par les Ivoiriens, manipulés par la propagande de Gbagbo, livrés au phénomène de foule dont on connait la dangerosité; ces si dramatiques instants, vécus par les hommes du 2°RIMa, traumatisés par la mort de leurs frères à Bouaké, acculés par une masse menaçante, hors de tout contrôle, je comprenais les deux partis. Mais, tout en déplorant la dizaine de victimes civiles, je me suis dit que si les « jeunes patriotes »  avaient eu affaire à d'autres hommes que Yohann et ses camarades, avec leur sang-froid et professionnalisme, ce sont des centaines de morts qui auraient gis devant l’hôtel…

Au risque de choquer, au final, il y avait de quoi se réjouir : je me suis réjoui que ce jeune Ivoirien, peu d’années après, soit avec nous dans cette voiture, en France, à suivre des études brillantes, à organiser un camp scout. Je me suis réjoui que la France lui ait donné cette chance. Je me suis réjoui que l’Ivoirien ait serré la main qui lui était tendue (ou l’inverse ?). Je me suis réjoui de le voir assis, à côté d’un milouf de l’Armée Française, en balade, dans notre belle Auvergne. Nous avons passé un week-end formidable tous les quatre, à traverser un torrent en cru, boire des bières (avec modération pour eux), dormir sous la tente (un peu de caillasse plantée dans le dos), remettre nos fringues humides après l’inévitable orage nocturne ; et pour moi, rajeunir de 20 ans.

Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, a été déféré devant la Cour Pénale Internationale de La Haye, pour crime contre l’Humanité. Il est accusé de meurtre, viol, persécution et actes inhumains.

 

 

298076_2640036046425_299841776_n.jpegEn 2001, au soir même de sa dernière épreuve du baccalauréat, Yohann Douady s’engage. Il rejoint les valeureux marsouins du 2ème Régiment d’Infanterie de Marine de Champagné (Sarthe). Il est déployé en Bosnie dans la cadre de la SFOR, en Côte d’Ivoire à deux reprises (Opération Licorne). En 2005, il est nommé sergent. Il rejoint la section Tireurs d’Elite du 2°RIMa en 2007. En 2011, il est déployé en Afghanistan, au sein battle group Richelieu de la task force La Fayette.

Aux Editions Nimrod

...

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Camp de Bouaké

« Je n’ai vu aucun cadavre français. Je n’ai rien vu. » Président Laurent Gbagbo, 11 novembre 2004, interview  au Washington Post.

« Malgré toute notre tentative d’apporter des réponses allant dans le sens des autorités françaises, il nous revient avec force et évidence une seule réponse : il n’y a pas eu de soldats français tués lors des bombardements de Bouaké. » Ivorian.net, 12 novembre 2004.

« C’est bien beau de dire que ces soldats français ont été tués par les soldats ivoiriens. Encore faudrait-il que nous sachions si effectivement il y a eu des morts. » Tchimou Raymond, procureur de la République de Côte d’Ivoire, 18 janvier 2007, interview au Matin d’Abidjan.

« Les autorités françaises se sont empressées de rapatrier des cercueils, certainement vides, autour desquels un boucan énorme a été intentionnellement organisé pour susciter une vive émotion et la haine contre le régime ivoirien. » Le Temps, quotidien ivoirien, novembre 2009.

« Jusqu’à preuve du contraire, l’aviation ivoirienne n’a tué aucun soldat français. Cinq ans après les accusations farfelues des agents français, ils sont toujours incapables de fournir une once de preuve. » Abidjan Talk, août 2010.

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Marsouin de 1ère Classe Benoît Marzais

 

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Hommage

A l’Adjudant Thierry Barathieu, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

A l’Adjudant Philippe Capdeville, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Francis Delon, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Laurent de Rambure, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Caporal-Chef Patélisé Falevalu 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Brigadier-Chef Franck Duval, 515°RT, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Emmanuel Tilloy, 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe David Decuypere, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Benoît Marzais, 2°RIMa, ami du SGT Douady, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Aux blessés.

 

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Hommage

Au Caporal Alexandre Rivière, 2°RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Cyril Louaisil, dit Loulou, 2°RIMA, ami du SGT Douady, mort pour la France en Afghanistan, mort au combat.

Aux blessés.

 Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux glorieux Marsouins,

 

Fidelitate et honore, terra et mare.

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« La mort nous suit.  On la combat, on la donne, pour que les nôtres l’évitent.
Un acte héroïque pour certains, et le plus terrible des péchés pour d’autres.
On n’oublie pas, on vit avec, et on passe outre 
»

1ère Classe Cyril Louaisil, lettre à ses parents

 

« Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.
E
t même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ? 
Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant 

Sergent Yohann Douady

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Livre, récit biographique d'un Marsouin, 2e RIMa, Bouaké, Hôtel Ivoire, Côte d'Ivoire, Afghanistan, témoignage stress post-traumatique, Afghanistan