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29/04/2013

"Afghanistan, Regards d’aviateurs", LTN Charline Redin, SIRPA-Air

 

 

A la mémoire du Lieutenant-Colonel Anne Broquet, commandant des Convoyeuses de l’Air

 

 

 

Alors, ils surent ce que les camarades entendaient par équipage. Ils n’étaient pas simplement deux hommes accomplissant les mêmes missions, soumis aux mêmes dangers et recueillant les mêmes récompenses. Ils étaient une entité morale, une cellule à deux cœurs, deux instincts que gouvernait un rythme pareil. La cohésion ne cessait point hors des carlingues. Elle se prolongeait en subtiles antennes, par la vertu d’une accoutumance indélébile à se mieux observer et se mieux connaître. Ils n’avaient fait que s’aimer.

Joseph Kessel, « L’Equipage »

 

 

« Cher Monsieur, Merci pour votre mail. Je suis en ce moment au Qatar pour l’exercice Gulf Falcon 2013. Je serai ravie de vous envoyer un ouvrage dédicacé dès mon retour en France». Cool, non ?

 

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« Afghanistan, Regards d’aviateur », par la Lieutenant Charline Redin. Dans mon esprit, de par son format,  j’allais avoir entre les mains un beau livre-photo, Rafale, Mirage…  mais on est bien au-delà  de ça : fruit de plusieurs années de travail, faisant suite à ses déploiements  en Afghanistan, Charline Redin, journaliste au SIRPA-Air, nous rapporte une multitude de témoignages, sous forme d’interview. Je ne peux mieux faire que la citer : « Ce livre, même s’il décrit des missions militaires, se veut une sorte de carnet intimiste où l’individu se livre, à travers sa fonction, son ressenti, ses angoisses et ses émotions ».

 

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« Voir les mecs qui vont au charbon, écouter ce qu'ils racontent…»

LTN Charline Redin

 

« Afghanistan, Regards d’aviateurs » est effectivement un très beau livre - saluons le magnifique travail de l’Adjudant Benoît Arcizet pour la conception graphique -  mais en sus, c’est un très bon livre, hommage si mérité aux hommes et femmes de toutes les composantes de l’Armée de l’Air.

Oui, nos Rafale et nos Mirage sont beaux, mais pas autant que les hommes et femmes qui les font voler…

 

Les équipages de chasse-bombardement

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On s’équipe. Notre habit est lourd, mais j’aime le revêtir. Je quitte déjà un peu ce monde et gagne celui du vol (...) A chaque fois, je m’isole un instant pour prendre du recul et me concentrer. Dans ce tourbillon d’activités, le départ en vol de guerre demeure un moment où l’homme, le combattant et le chef se réalisent pleinement. La force de l’engagement, le courage et la valeur sont mis à nu par la violence des faits.

Lieutenant-Colonel M. Chef du 1er détachement Chasse à Kandahar.

 

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L’implication avec le sol est totale. Nos interventions se doivent d’être très rapides. On nous appelle, on se déroute instantanément. Dans le cockpit la tension est immédiatement à son paroxysme. Un déroutement signifie toujours un accrochage qui s’est déroulé peu de temps avant. La moindre minute perdue peut signifier la différence entre la vie et la mort pour un soldat.

Lieutenant-Colonel W. Pilote de Mirage 2000D.

 

Les équipages de transport et les ravitailleurs en vol, dits les « Lourds » 

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Chacun des deux Mirage 2000D avait tiré ses deux bombes. Nous les avons ravitaillés une dernière fois pour qu’ils puissent rentrer à Manas [base au Kirghizstan]. A la radio, un des pilotes nous lance « Merci les Lourds pour la mission ! ». Ce ne sont que quelques mots, mais ils nous ont énormément touchés .

Lieutenant-Colonel P. Chef du Groupe de Ravitaillement en Vol 2/91, sur Boeing C135FR.

 

 

Les convoyeuses et convoyeurs de l’air, le personnel de santé

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A 4h du matin, les réacteurs sont de nouveau en route. Top départ, direction Paris-Orly. Pendant les 7 heures de vol, les équipes médicales sont à pied d’œuvre (…) Je me souviens plus particulièrement d’un soldat grièvement touché, qui était anxieux ; inquiet de son état de santé et d’un handicap futur certain. Il me confie ses craintes. Notre mission prend alors tout son sens.

Capitaine H. convoyeur de l’air.

 

Le chapitre de Charline dédié aux convoyeuses et convoyeurs m'a touché. C'est l'occasion, me semble-t-il, de rendre mon propre hommage à ma cousine Anne Broquet, chef des convoyeuses de l'Air, disparue, hélas, prématurément. 

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Anne s’engage en 1972. Lieutenant-Colonel, elle commande la division des Convoyeuses de l’Air, escadrille aérosanitaire 6/560 « Etampes ». Elle totalise plus de 10 000 heures de vol, 25 déploiements en Afrique, Moyen-Orient et Asie.

Peintre à ses heures, membre actif de  l’ordre de Malte, ses dernières missions humanitaires l’ont menée au Sri Lanka et en Inde, dans le cadre de mesures d’aide urgente pour les survivants du tsunami.

Anne décède prématurément le 17 juillet 2008,à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce,  luttant courageusement contre la maladie.

Femme humble, très discrète, elle me laisse un grand regret, ne pas avoir assez échangé avec elle, ne pas l’avoir incitée à écrire sur sa vie d’exception…

Quelle belle remontée du Mékong ce fût été…

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Photo © Ordre de Malte

 

LETTRE OUVERTE AUX EQUIPAGES.

La mythologie connut le centaure, monstre moitié homme, moitié cheval. Plus tard vint le mi-ange, mi-démon, bon ou mauvais. Enfin, arriva la convoyeuse de l'air, divinité mi-infirmière, mi-hôtesse !

Comme tout être fabuleux, qu'il soit issu de la mythologie, de la religion ou du transport aérien militaire, il appartient à la légende. Mais, bien qu'invraisemblable, il n'en demeure pas moins vrai. Je le sais puisque je suis leur chef ! Mais comme tout être de légende, il ne peut jamais être rationnellement défini. C'est là notre lot, mais aussi notre spécialité.


Moi, ce que je sais, c'est que lorsque je vois partir Brigitte, Odile, Nathalie, Sophie, Isabelle, Astrid... en tenue verte couleur «combat» avec le masque à gaz, le gilet pare-balles, le casque bleu, je sais qu'elles vont aller sur le terrain pour, s'il en est besoin, vivre leur métier d'infirmière. Et, même si au dernier moment elles glissent tout au fond de leur poche ce petit tube de rouge à lèvres, elles savent que dans leur lot sanitaire il y a ce qu'il faut. Et puis, un dernier réflexe de coquetterie ne nuit en rien aux «guerrières» (à chacun ses peintures de guerre). D'ailleurs messieurs, qui me dit que vous ne glissez pas dans votre poche au dernier moment un petit échantillon d'after-shave !


Pendant ce temps-là, Anne, Emmanuelle, Véronique, Dominique, Yvette, Cathy... en tenue bleue couleur «travail» partent à l'assaut d'un redoutable obstacle : «la mission avec passagers». Cette «mission logistique» est plus scabreuse pour une convoyeuse de l'air qu'une «mission tactique», car là, vous devez affronter ce deuxième rôle pour lequel on vous dit ne pas être «faite» ! C'est-à-dire celui de conforter une maman aux prises avec ses enfants, soutenir un passager faisant un petit malaise vagal ou cet autre ne supportant pas le décalage horaire. Il faut également assister le commandant de bord, le chef de cabine et aider le médecin assurant une évacuation sanitaire. 


Ce rôle «d'assistante de bord» plus qu'hôtesse d'ailleurs, sur «avion à moquette», n'est pas non plus pour nous déplaire, car après s'être pris un nombre incroyable de fois nos petits pieds, quoique chaussés d'énormes chaussures, dans les chaînes d'arrimage du Transall et avoir glissé sur les rouleaux des palettes du C130, qu'il est doux de poser nos pieds fragiles chaussés enfin d'escarpins sur la moquette moelleuse d'un DC8 en partance pour l'autre bout du monde ou d'un Falcon effectuant une EVASAN [Evacuation sanitaire]. A chacun son repos ! Mon grand regret il est vrai, c'est de ne pas les poser plus souvent dans nos hélicoptères !


Par ces quelques mots, je n'ai rien voulu prouver. J'existe, c'est tout, et je suis convoyeuse de l'air. Mais ce que je voulais, c'est dire aux équipages du COTAM [Transport] que quel que soit l'avion sur lequel nous volons, nous serons toujours avec eux pour les aider, les assister, partager ensemble les bons et mauvais moments. Nous comptons sur eux, et sans eux, nous ne serions pas convoyeuses de l'air.

CDT Anne BROQUET, Chef des Convoyeuses de l'Air
FAP INFO n° 70 – 2ème semestre 1993.

 * * *

 

Les équipages d’hélicoptère

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Il y avait dans le regard de cet enfant toute la misère du monde. Il allait monter pour la première fois dans un hélicoptère, les hommes autour de lui étaient armés (…) de plus, il était très mal en point, les balles lui avaient perforé le corps.

Nous  venons sur le théâtre pour évacuer des soldats, des combattants. Evacuer un enfant, qui pourrait être notre fils, c’est toujours une mission noble.

Lieutenant-Colonel C. Chef du détachement hélicoptère de l’Armée de l’Air sur l’Aéroport de Kaboul.

 

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18.8.08. Vallée d’Uzbin

14 heures d’engagement de l’équipage de l’hélicoptère Caracal, pour déposer des troupes en soutien, des infirmiers, évacuer les blessés, ramener les 10 corps.

 

Au moment de la cérémonie d’hommage aux Invalides pour les dix soldats tombés, les écrans de télévision sont branchés à Kaboul, et tous les militaires sont devant, les yeux humides, le cœur lourd.

Je suis resté dans mon bureau. J’entendais le son, mais je ne pouvais voir les images. Aujourd’hui encore, je suis incapable de regarder cette cérémonie. Devant chaque cercueil, je revois chacun des hommes que nous avons ramenés.

Lieutenant-Colonel C, pilote de Caracal à Uzbin.

 

 

Les personnels de l’escadron de drones (avion de surveillance sans pilote)

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J’ai remarqué sept hommes à la démarche étrange. Nous avons supposé que ces hommes étaient armés. Nous avons donné leur signalement aux militaires sur place. Nos suspicions étaient fondées.

Sergent C, interpréteur photo, Escadron de drones  1/33.

 

 

Les renseignements

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[Les hommes du Renseignement préparent, entre autres, les plans de vol, pour éviter au maximum les risques encourus]. Lorsqu’un hélicoptère décollait de l’aéroport de Kaboul, il y avait toujours une forme d’appréhension d’avoir peut-être raté une donnée, ou d’être passé à côté de quelque chose. Mes amis et mes camarades étaient dans la machine. J’avais une lourde responsabilité à chacun de leur départ.

Lieutenant-Colonel F. Officier Renseignement, ED 1/33.

 

 

Les Commandos Parachutistes de l’Air

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Nous étions en autonomie complète. Nous sommes entrés dans un village dans la zone du Baloutchistan. Il ne restait plus qu’une famille (…) Ils étaient à des lustres de savoir ce qu’il se passait à cette époque en Afghanistan. Ils étaient surpris de voir des militaires dans cette région. Nous dormions dehors, les températures chutant la nuit. Elles pouvaient atteindre -20°c. On se sentait si minuscules dans ce paysage merveilleux. Nous avions l’impression d’être des pionniers.

Lieutenant-Colonel R, dit Jacky, Commando Parachutiste de l’Air, intégré aux Forces Spéciales.

 

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Nous travaillons régulièrement avec les américains. Lorsque nous leur avons montré ce que nous savions faire, ils ont été tout de suite demandeurs. Ils reconnaissent notre expérience de terrain.

Caporal-Chef M. CPA.

 

 

Les mécaniciens et armuriers

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Les mécaniciens sont arrivés aujourd’hui et commencent d’emblée à installer les centaines de tonnes de matériel, qu’ils vont mettre en œuvre quand les F1 seront là. Ils sont impressionnants de courage et d’énergie, travaillant sans relâche sous un soleil de plomb. Ils sont admirables.

Colonel B. Pilote de Mirage F1CR.

 

 

Le personnel de soutien, d’infrastructure

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Ces hommes de l’ombre sont souvent les premiers déployés sur les théâtres d’opération. Ils sont maçons, soudeurs, électriciens, spécialistes dans le montage de hangars (…) Ce sont des aviateurs qui font preuve de beaucoup d’abnégation. Quand ils arrivent sur le terrain, il n’y a rien. Tout est à construire, et pour la majorité des missions, il faut le faire vite…

Colonel V. Compagnie d’Infrastructure en Opération.

 

 

Les chefs de piste, agents d’escale

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Ce que j’aime dans mon métier (…) c’est que nous sommes les derniers avant que la porte de l’avion ne se ferme, à voir les militaires quitter le théâtre pour rejoindre leurs familles. Ils ont tous le sourire aux lèvres. Ca réchauffe le cœur.

Sergent-Chef P. Agent d’escale.

 

* * *

 

lieutenant-charline-redin-auteure-du-livre-afghanistan-regards-d-aviateurs.jpgLa Lieutenant Charline Redin est journaliste au Service d’Information et de Relations Publiques de l’Armée de l’Air.  Après des études brillantes d’histoire des médias, de journalisme et de chinois, elle s’engage en 2007. Elle ne compte plus ses voyages à titre privé et déploiements en OPEX. Soutenue par le Général Jean-Paul Paloméros, CEMA-Air, accompagnée par l’Adjudant Benoît Arcizet, graphiste de talent, et par toute l’équipe du SIRPA-Air, elle se lance dans ce beau projet qu’est « Afghanistan, Regards d’aviateurs » en 2011.

Charline est aussi photographe. Vous retrouverez son oeuvre sur son site : ici.

Merci Charline pour votre accueil chaleureux. Et pour le futur café ;)

 

 

 

« Afghanistan, Regards d’aviateurs », est édité par le SIRPA-AIR, disponible sur le site de l’ECPAD ici.

Livre multimédias : en scannant les codes à chaque chapitre, vous pouvez visualiser le reportage associé sur votre mobile.

 

 

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La Lieutenant Redin interviewe un militaire afghan – photo © SIRPA

 

Tous les aviateurs français présents ici n’ont qu’une idée en tête : celle de vous aider à apporter la paix dans votre pays.

 Général Paloméros, Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air, au Général Mohammad Dawran, son homologue afghan.

 

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Mon tout petit. Tu liras ces pages dans quelques années, et elles te sembleront écrites par un étranger. Tu n’auras pas de souvenir de ton papa pilote, mais j’espère que tu seras quand même fier de lui.

Lieutenant-Colonel B. Pilote de Mirage F1CR ; extrait de son journal, destiné à sa femme et ses enfants.

 

* * *

 

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 Hommage

 

Au Caporal-Chef Sébastien Planelles, CPA 10, mort pour la France en Afghanistan,

Aux hommes et femmes de l’Armée de l’Air morts pour la France,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux aviatrices et aviateurs !

 

« Mon but n’était pas de tirer des bombes, mais de faire mon devoir. »

Lieutenant G. pilote de Mirage 2000D.

 

 

 

 

 

 

 

 Livre, photos, témoignage, récit biographique, Armée de l'Air, pilotes, personnel au sol

 

15/04/2013

« L’Afghanistan en feu », CCH Emmanuel Gargoullaud, RICM, Ed. Economica

 

A la mémoire du caporal-chef Bracchi, qui n’a pu quitter ses frères marsouins. Qu’il repose en paix.

 

 

 

Nous pouvons être fiers du comportement remarquable des soldats français en Afghanistan.

Général d’Armée Bertrand Ract-Madoux, Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre

 

 

Ils sont en train de nous bâtir un bien bel édifice, nos soldats-auteurs. Un monument virtuel car littéraire, mais qui rend magnifiquement hommage à leurs camarades morts pour la France, aux blessés, au dévouement de leurs frères d’armes.

Par leurs témoignages, chacun participe à sa façon : les officiers, c’était courant, mais désormais les sous-officiers et militaires du rang. Réjouissant.  Et c’est au tour du Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud, marsouin du RICM, d’apporter sa pierre à l’édifice, avec son journal de marche en Afghanistan.

 

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Le Régiment d’Infanterie Chars de Marine ; le plus décoré de l’Armée française… Tout est dit au titre de la gloire et de l’honneur, mais ce livre nous en apprend plus, de par sa vision de l’intérieur.

 

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Devant un VBLL – photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Le Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud appartient au peloton de Commandement et Logistique. C’est un combattant, mais aussi un administratif qui gère la vie de la base. Ce rôle, parfois sous-estimé, est pourtant essentiel : Combien de temps un soldat tiendrait-il, sans retrouver un minimum de confort physique [popote/douche/lit], mais aussi moral, entre deux missions de terrain ? Sans accès internet pour échanger avec sa bien-aimée, sa famille ? Sans pause autour d’une bière raisonnablement fraiche ? Sans la moindre petite fête pour évacuer la pression ?

Je commence ma course pour trouver la Capitaine commissaire, les cartes Internet et téléphoniques, puis le vaguemestre pour le courrier, ainsi que le gérant du foyer pour l’approvisionnement de « La Sirène » [bar du RICM]. Courte nuit marquée par le ronflement de certains et les flatulences des autres.

 

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Devant un T55 ex-soviétique – photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Les parties "action sur le terrain" sont toujours percutantes :

Nous, le groupe 50, avec Centaure et le JTAC, seront installés sur le COP51. Le PAD10 sera en QRF sur la FOB46, avec un groupe Génie de Jaune 30, les EOD. Le peloton AMX10RCR sera en tête du SGTIA et fera la reconnaissance par l’axe Taurus 1.

Je vois d’ici les lecteurs néophytes en jargon militaire : « Heeuuu... ». Ne vous effrayez pas.  J’ai cherché dans le livre le paragraphe qui cumulait le plus d'abréviations :)

Emmanuel se parle à lui-même, il utilise donc la langue du soldat ; mais ce vocabulaire a aussi son mérite : il donne du rythme, voire crée un style littéraire original (Mili-Style ?) et, évidemment,  tous les acronymes sont expliqués.

 

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photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Entre les chapitres où il décrit sa vie au quotidien, sur la base ou le terrain, Emmanuel prend le temps d’approfondir sa vision de l’engagement de nos troupes en Afghanistan :  Il nous parle de l’ennemi Taliban,  souvent un groupe d’une dizaine de combattants,  connaissance parfaite du terrain, mobilité extrême, réseau de renseignements on ne peut plus efficace (dans tous les récits publiés, les soldats parlent d’Afghans les observant, tout en parlant dans un portable...), possibilité de se fondre immédiatement dans la population, n’ayant que peu (pas ?) de respect pour la vie des femmes et des enfants, n’hésitant pas à en faire des boucliers humains, sachant pertinemment que  les occidentaux ne tireront pas…

Il s’intéresse même à la géopolitique, la famille Ben Laden ou   l’économie basée sur  la culture de l’opium (drogue de Tintin et le Lotus bleu, mais aussi la matière-première de la morphine).

L’opium fait vivre plus de deux millions d’afghans et génère des recettes estimées à 2,5 milliards de dollars, soit 35% du PIB de l’économie afghane en 2005. En 2009, on estimait à 1,6 millions le nombre de personnes impliquées dans ce secteur d’activité. 8% des Afghans sont dépendants de drogue, que ce soit l’opium ou l’héroïne. Le pays produit plus de 80% de l’opium de la planète.

Un fermier indique qu’il peut obtenir, sur une même superficie, 8kg d’opium qui lui rapportent 300€, au lieu de 850 à 1100kg de blé, de culture plus aléatoire, et ne lui rapportant que 200€.

 

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Dans son VAB. photo © CCH Emmanuel Gargoullaud

 

Nous l’avons dit, notre secrétaire est avant tout un combattant. Pilote de VAB, il est intégré régulièrement à la QRF : Quick Reaction Force/Force de Réaction Rapide, qui intervient en soutien des troupes au contact.

Une explosion assourdissante retentit. Je suis tout d’abord sonné. Mon véhicule est envahi de pierres et de poussière. Je suis recouvert d’une fine couche de terre, lorsque je réalise, au bout de quelques secondes, que nous venons de subir une attaque. Dans l’obscurité, avec mon [dispositif de vision nocturne] OB70, je regarde autour de moi, puis palpe mes bras et mes jambes. Tout va bien.

 

Tout va bien heureusement pour Emmanuel, mais…

Le Caporal-Chef Hervé Guinaud, descendu pour guider l’un des trois VAB du convoi, a disparu.

Au bout d’interminables minutes, j’aperçois une lampe  qui s’agite à une vingtaine de mètres de mon VAB. Aussitôt je réagis, allume ma lampe torche Surfire pour les éclairer et, dans le halo de lumière, j’aperçois un corps.

(…)

C’est bien Hervé.

(…)

Le souffle de l’explosion l’a projeté à 50 mètres du cratère laissé par l’IED.

Il n’a pas souffert.

 

* * *

 

Avec « L’Afghanistan en feu », son journal, le Caporal-Chef Emmanuel Gargoullaud s’est parlé à lui-même, mais il l’a fait suffisamment fort pour que nous l’entendions haut et clair. C’est heureux. Une indispensable pierre à l’édifice.

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« La guerre peut parfois sembler monotone, jusqu’au jour où elle rappelle à chacun de nous que nous sommes payés pour tuer, et mourir. »

 

* * * 

Gargoullaud Portrait.JPGEngagé en 1995, Emmanuel Gargoullaud intègre le 1er Régiment de Hussards Parachutistes. Neuf ans plus tard, il rejoint le Régiment d’Infanterie Chars de Marine de Poitiers. Il a été déployé en République Centrafricaine, ex-Yougoslavie, Côte d’Ivoire et Afghanistan. Emmanuel est marié et père de deux enfants. Envisageant une carrière civile au retour d'Afghanistan, il a finalement décidé de poursuivre sa vie de marsouin.

Emmanuel, je tiens à te remercier chaleureusement pour l’accueil  réservé à mes sollicitations et l’envoi de tes photos perso.  Vraiment sympa ! 

 

 

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Hommage

 

Au Caporal-Chef Hervé Guinaud, mort pour la France en Afghanistan,

A tous les marsouins du Régiment d’Infanterie Chars de Marine, né Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc,  morts pour la France,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Marsouins du RICM. 

« Recedit immortalis certamine magno »,

Il revint immortel de la grande bataille !

Devise du RICM 

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photo © CCH E. Gargoullaud

 

 

 

Livre, récit biographique d'un Marsouin, RICM, Afghanistan

26/03/2013

Mili-Reportage : Salon du livre 2013

 

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La Plume et L’Epée se sont rendus au Salon du Livre, avec l’idée de ne visiter qu’un seul stand. Devinez lequel ? Indice :

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Bravo ! Stand J53, Armée de Terre !

En guise de préambule, nous tenons à remercier le SIRPA-Terre, organisateur de l’évènement, et en premier lieu le Commandant Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre, chef du service Promotion-Evénement.  Merci mon Commandant pour votre accueil chaleureux. C’est grâce au SIRPA que nous est donnée la chance de rencontrer les soldats-auteurs !

Et que de bonnes idées marketing : les goodies, comme disent nos amis anglo-saxons (petits objets distribués gratuitement), au look camouflage Centre-Europe, étaient vraiment sympas. Mention particulière aux marque-pages collectors (en fait un puzzle qui forme en surbrillance le logo "glaive" de l’Armée de Terre). Gros succès auprès du public !

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Votre serviteur en position de squatteur du stand de l’Armée de Terre (10:00 à 16:00...)

 

 

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Le Colonel Nicolas Le Nen, 27ème BCA, en dédicace de ses nombreux traités de stratégie militaire, dont le dernier paru : « Enjeux de guerre », aux éditions Economica.

Nous parlerons prochainement de son  journal de marche en Afghanistan : "Task Force Tiger".

« Mon Colonel : Chasseur un jour… ;) »

 

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Sylvain Favière, infirmier-para (aujourd’hui réserviste) et son épouse Laurence.

Son livre « Ma blessure de guerre », paru chez Esprit-Com’, est un témoignage incontournable. Il fait l’objet d’une chronique ici.

Nous avons été très touchés de rencontrer son épouse Laurence. Moment loin d’être anodin pour nous.

 

 

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Le Sergent-Chef Yohann Douady, 2ème RIMa, présentait « D’une guerre à l’autre », paru aux Editions Nimrod. Récit passionnant, bouleversant, qui aborde ses déploiements en Côte d’Ivoire et Afghanistan, porté par un style littéraire renversant. Nous en parlons ici.

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Le Capitaine Brice Erbland, 1er RHC, en dédicace (son autre spécialité après le pilotage de Tigre ;) Voir la chronique dédiée à « Dans les griffes du Tigre »(Ed. Les Belles Lettres) ici. Le récit de ses actions en Libye, Afghanistan... mais pas que.

 

Saluons tous les autres auteurs présents, couvrant d’autres thèmes que le témoignage de soldat :  Benoît Royal  pour « La guerre dans l’opinion publique » ; dans le domaine de la BD : « Orion 2876 – Les Konoradiens attaquent » de Pascal Pelletier ; les passionnés d’histoire étaient gâtés, eux aussi : Stéphane Faudais  et son « Le Maréchal Niel » ; « Mon commandement en Orient », souvenirs du Général Sarrail ; La biographie du Général Vauthier par Max Schiavon …

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1er plan, Capitaine Erbland, 2nd plan Sergent-Chef Douady

Maintenant, imaginez notre joie, de voir, revoir, ces soldats-auteurs. Ils nous ont accordé beaucoup de leur temps. Et puis, nous avons bien ri aussi… Merci Messieurs.

 

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Sergent-Chef Yohann Douady

 

Assumons maintenant notre côté groupies. Voici l’album photo « Le Soldat-Auteur, "La Plume" et "L’Epée" ».

Amis lecteurs, fans de littérature militaire, jouons ! Après chaque photo figurent quelques phrases adressées directement aux auteurs (oui, ils lisent le blog :). Ils devraient comprendre ces messages sans trop de difficulté. A vous de découvrir le sens caché. Il n’y a rien de confidentiel, donc, plutôt que d’en perdre le sommeil, nous vous donnerons la solution par message, sur demande.

 

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"La Plume", "L’Epée", Laurence & Sylvain Favière

 

A Sylvain : « - Le bleu vous va bien. Certes, entre terre de France et bleu, le cœur du Chasseur ne balance pas... Message subliminal :

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A  Laurence : « - Je vous l’ai dit les yeux dans les yeux : Bravo. La "surprise" sur la chronique était méritée, non ? :) »

A Sylvain et Laurence : « - Quel est le plus beau couple de grands-parents de la Terre ? »

 

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"La Plume", Capitaine Brice Erbland, "L’Epée"

A Brice :

« - J’ai eu un flash : pas Sarrebourg (Lorraine), mais Saarburg (Sarre). Ceci étant dit, quitte à être dans la région... De plus, un certain vieil ami Lieutenant-Colonel X, évidemment au courant de nos retrouvailles (je devais lui faire un compte-rendu...), insiste beaucoup pour que je lui rende visite… »

« - A quoi bon être allé me faire couper les cheveux, si France 2 n’est pas là ! »

 

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 "La Plume", Sergent-Chef Yohann Douady, "L’Epée"

 A Yohann :

« - Rhooo Yohann ! Un Chasseur ne « marche » pas, il galope ! Nous défilons à 140 pas/minute ! Alors oui, en plein dans le panneau ! Reste que : Félicitations Chef ! »

 « - Faire boire du coca à l’Adjudant-Chef Saulnier, voilà un challenge pour un Chasseur ! »

«  - Yohann "Hemingway" Douady. Si. »

 

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Commandant Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre et "La Plume"

Au commandant Tillette de Clermont-Tonnerre :

« - Votre témoignage nous semble incontournable. Totalement complémentaire à ceux déjà publiés. Vous pouvez compter sur le soutien de La Plume & L’Epée. Parole de Chasseur et de Russe blanc (c'est dire...) ».

« - Grande muette, disait-elle ? ».

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Merci à toutes et tous, soldats-auteurs, soldats-organisateurs. Nous avons passé une journée formidable grâce à vous !

 

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Les vendredi 19 et samedi 20 juillet 2013, les écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan organisent la 4ème édition du Festival International du Livre Militaire. 

Oh comme ceci est tentant…

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Il n’y a pas que La Plume et L’Epée qui ont bon goût, la FNAC Saint-Lazare également.

 

 

 

 

24/03/2013

Hommage au CPL Alexandre van Dooren, 1er RIMa, mort pour la France au Mali

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Il y a des jours comme ça.

Vous dites à vos collègues que vous vous absentez une heure. Ils ne vous posent pas de question, ils savent. Vous sortez de la station Invalides. Vous passez près des attachants anciens combattants. Parmi eux un Chasseur, un alpin, tout beau dans sa Solférino, sa tenue bleue année 60. Vous vous placez tout au bord du trottoir, à côté d’un marsouin. Un ancien du 1er RIMa, vous dit-il. Vous papotez avec lui. Il est sympa. Le Chasseur ancien-combattant s'approche et vous demande gentiment de vous écarter un peu pour laisser plus de place aux porte-drapeaux. Vous faites quelques pas et reprenez votre conversation.  Le Marsouin vous dit que c’est un devoir d’être là. Que toute la France devrait être là. Décidément, vous l’aimez bien. Et puis le Chasseur vous demande de vous pousser encore un peu. Le Marsouin vous dit : « Ah ces Chasseurs ! Toujours à mettre le bazar ». Vous rigolez. Et puis, du monde arrive encore. Vous devez à nouveau vous éloigner, mais vous voulez laisser le Marsouin près des drapeaux. En le quittant vous lui dites : « Ah oui, au fait, moi aussi je suis Chasseur… » et il vous répond avec un beau sourire : « Vous êtes des emmerdeurs, mais on vous adore ».

Vous vous placez au milieu du pont,  près des pompiers de Paris, des gendarmes, entre un Lieutenant-Colonel  et un civil, un homme de votre âge vous semble-t-il. Vous n’engagez pas la conversation avec lui. Un OrlyBus passe, le chauffeur vous regarde, et vous fait un salut militaire. Ce n’est pas une plaisanterie déplacée, il a le visage grave. Son geste vous émeut. La circulation est interrompue. Un « garde-à-vous » claque. Le Caporal Alexandre Van Dooren passe. Vous vous signez et vous lui dites des choses. Le cortège passe à son tour. Les voitures sont à deux mètres. La famille du caporal, le chef de corps du 1er RIMa… Ils vous regardent droits dans les yeux. Vous sentez votre cœur faire « crac ». Les voitures s’éloignent en direction des Invalides.

Vous reprenez le chemin de votre bureau. Vous faites quelques pas sur le pont. Vous vous retournez. Le civil qui était à côté de vous n’a pas bougé. Il regarde droit devant lui.

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13/03/2013

"Ma Blessure de Guerre Invisible", Sylvain Favière, Infirmier-para, Ed. Esprit Com'

 

Cette chronique est dédiée à Laurence, épouse de Sylvain.

 

 

 « Pour moi, les gens parlent trop. Ils ont des soucis, des buts, des désirs, que je ne peux concevoir comme eux.

Parfois, je suis assis là, avec l’un d’eux, dans le petit jardin d’un café, et j’essaie de lui expliquer que l’essentiel, en somme, c’est de pouvoir être assis là, tranquillement. »

"A l’Ouest Rien de Nouveau", Erich-Maria Remarque

 

 

Ma. Blessure. De. Guerre. Invisible. Avec  ces  cinq mots, Sylvain Favière donne le tempo. J’emploie ce mot,  tempo, sciemment : son récit biographique s’apparente, en effet, à une mélodie - mieux, à une symphonie - allant crescendo.

 

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Vous êtes confortablement installé dans votre fauteuil rouge. Le chef d'orchestre, soldat-compositeur, entre. Les musiciens débutent la partition.

C’est presque aérien, petite musique de chambre : La vocation d’infirmier de Sylvain, son attirance pour l’armée, son engagement chez les Paras.

Puis résonnent les premiers cuivres : son volontariat pour l’Afghanistan, s'éloigner de sa femme, de ses filles ; honneur, goût de l'aventure - qui n'effacent pas les doutes ; son départ, son arrivée au « Pays de l’Insolence ».

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Photo © Sylvain Favière

A cet instant intervient un thème musical d’inspiration orientale : Sylvain est intégré, comme combattant-infirmier, dans une OMLT, unité de l’Armée Nationale Afghane, encadrée par les Occidentaux.

Il se sent proche de ces soldats Afghans, de fait, ses frères d'armes ; il fait de son mieux pour apprendre leur langue, partage le thé, et, évidemment, combat à leur côté.

« Leurs prières rythmaient leurs journées. Ils croyaient en l’éviction des balles, si Allah en décidait ainsi. Ils croyaient au châtiment de feu, en cas de faute. Leur manière de vivre et de penser était si différente de la mienne, Occidental, ayant accès à toutes les commodités du monde. Ils se complaisaient dans le peu, voire le rien, et Allah. Néanmoins, chaque soldat possédait un GSM…

Je leur disais que pour moi, il y avait des anges sur Terre, sous différentes formes. Ces anges vivaient parmi nous pour nous aider dans les moments difficiles. Ils semblaient comprendre. »

 

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Photo © Sylvain Favière

Pas d’entracte. La musique ne s’interrompt pas, mais notre soldat-compositeur, introduit, à cet instant, des phrases musicales dissonantes.

« Avec mes camarades, nous échangions nos analyses sur l’éventuelle explosion d’un IED sous notre VAB. Je disais qu’en cas de survie, les douleurs provoquées par les fractures seraient insupportables. Entre les blessures, les équipements et l’environnement du véhicule, la désincarnation risquait d’être laborieuse. Bull disait que la tourelle de la mitrailleuse lourde pourrait céder et lui couper le tronc en deux. Cela s’était passé à Kaboul. Il ajoutait qu’avec une forte explosion, la mort serait instantanée. C’était presque l’idée que nous préférions. »

Puis tous les cors sonnent ! Les tambours grondent !  et… silence.

Retour en France.

Seul le premier-violon joue.

 

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Photo ©Ministère de la Défense

 « Qui se souviendrait des noms de nos camarades tombés au Champ d’Honneur ? Qui se rappellerait leurs noms ? »

Et joue encore,

« Personne ne s’intéressait à moi. A ce que je venais de vivre ? Parfois si. Il y avait bien quelqu’un qui me posait une question ou deux. Mais la complexité de la mission et les termes trop techniques ne permettaient pas une synthèse rapide. Alors, très vite, le désintérêt apparaissait sur le visage de mon interlocuteur. »

Joue...

« Je ne comprenais plus les gens. Je ne les intéressais plus. Je n’avais plus rien à leur dire. »

 Et joue, et joue…

« Alors les larmes me montent. Elles remplissent mes yeux abondamment. Elles coulent le long de mes joues. Je retiens un instant mes sanglots, puis j’éclate en pleurs, criant tout ce que je peux. Je suis dans la pénombre, volets tirés. Parce que j’ai honte. »

Tambours ! Cymbales !...

« J’ai envie de tuer. »

Silence…

Alors, une petite flûte, toute douce, comme un murmure, bien agréable à nos oreilles.

« Je n’étais pas malade. J’étais blessé. »

 

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Photo © Sylvain Favière

Et puis… Oh, ce n’est certes pas l’Hymne à la Joie, mais, à nouveau des cordes. C’est discret au début, mais on les entend. Et on va les entendre, jusqu’au bout de la partition, de plus en plus distinctement...

« Aujourd’hui, cette blessure est devenue une cicatrice, avec laquelle je vis (…) De temps en temps, elle s’ouvre un petit peu (…) Comme l’ange Saint-Michel  avait dû veiller sur moi lorsque j’étais parachutiste de l’Armée Française en Afghanistan, je sais que quelque part, aujourd’hui, j’ai un ange gardien qui panse mes plaies quand elles s’ouvrent, arrêtant les saignements, et me permettant, ainsi, de repartir, soigné de mes maux. »

Le chef d’orchestre soldat-compositeur se retourne,  il regarde la salle. Il salue.

Le public se lève.

Tonnerre d’applaudissements.

 

*

sylvain-faviere-38-ans-etabli-en-bearn_926558.jpegSylvain Favière s'engage comme infirmier-para. En 2011, il est volontaire pour un déploiement en Afghanistan. Agé de 38 ans, il est désormais  réserviste, salarié d'un service de santé au travail. Marié, père de trois enfants, il est aussi… grand-père :). Sylvain sera présent au Salon du Livre, Porte de Versailles, sur le stand de l'Armée de Terre (J53). Il se prêtera au jeu des dédicaces les 22 (10:00-14:00) et 23 mars (10:00-12:30). Liste complète des auteurs ici

 

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L’intégralité des droits d’auteur est versée à la CABAT – Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre 

 


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Hommage aux blessés dans leur chair,

Hommage aux blessés dans leur cœur,

Hommage aux blessés dans leur âme.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Infirmiers-Paras, à tous les meurtris.

Sylvain, c'est toujours le même ange...

"Saint-Michel, défenseur des âmes justes,
Saint-Michel, consolateur des affligés…"

Litanie de l’archange Saint-Michel, Saint-Patron des Parachutistes

 

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un infirmier-para, témoignage stress post-traumatique, Afghanistan  

04/03/2013

D’une Guerre à l’Autre – Yohann Douady – 2ème RIMa - Ed. Nimrod

 

  • « J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.
  • Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »
  • Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc.

 

Avec « D’une Guerre à l’Autre », le Sergent Yohann Douady nous livre une autobiographie de ses dix premières années de marsouin.

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Quel bouquin ! Que les « petits » lecteurs ne s’effraient pas du nombre de pages : « D’une Guerre à l’Autre » se dévore ; j’avais grand mal à le refermer, même tard dans la nuit.

Après une rapide introduction sur la Bosnie, Yohann aborde en profondeur son déploiement en 2004, en Côte d’Ivoire. Il y vit les évènements tragiques du bombardement du camp français de Bouaké, dont il réchappe par miracle, mais où son ami le 1ère Classe Benoît Marzais meurt sous les bombes ivoiriennes, puis le drame de l’hôtel Ivoire, où le 2°RIMa ouvre un feu préventif, pour se désengager de la foule hostile, attisée par les « Jeunes Patriotes » pro-Gbagbo (1).

« Plutôt que de risquer d’affronter la foule, notre Commandant était prêt à sacrifier nos véhicules, après que nous nous soyons barricadés dans l’hôtel. Pour accroitre ce sentiment de malaise, nous reçûmes peu après un drôle de conseil qui nous fût transmis par notre Chef (…) : « Ce serait bien d’appeler votre famille une dernière fois… ». Nous nous regardâmes bizarrement. Certains se demandèrent alors s’il ne faudrait pas songer à garder une dernière cartouche, pour soi, au cas  où… »

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photo © Yohann Douady

Dans une seconde partie, courte mais intense, Yohann met en avant sa détresse au retour de Côte d’Ivoire. Relations tendues avec sa hiérarchie, compliquées avec la veuve de son ami Benoît. Incompréhension, engueulades, envie de tout envoyer bouler, détresse, alcool.

Terrain glissant diront certains : « un soldat peut souffrir, mais il le tait ». Et bien, au contraire, ces chapitres sont fondamentaux (2) ! Ils sont un encouragement pour les hommes amenés à vivre une situation comparable, car Douady trouve les clés pour se reconstruire : il se « pause », il parle,  il accepte les mains tendues, il retisse des liens amicaux indispensables dans le contexte militaire, il se donne des ambitions, « fait » Saint-Maixent et est nommé sergent, rejoint la section Tireur d’Elite où il retrouve la place qui lui est due. Bravo pour ce sac vidé. Certes, dans la tête, rien n’est oublié, mais  la clé se trouve bien dans l’échange et le partage.

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photo © Yohann Douady

Enfin, une troisième partie, haletante, dans laquelle Yohann retrace son déploiement en Afghanistan en 2011. Là encore, c’est aussi terrible que brillamment conté. La fatigue, et le stress, et la peur, et la sueur, et la crasse. L’amitié, et  la solidarité, et  le courage, et la valeur, et l’engagement. Et le drame. Si cruel, après tant de mois de combats.

Quelques jours avant la fin du déploiement en Afghanistan, la section Tireurs d’Elite de Yohann prépare une dernière mission et charge son matériel dans un VAB.

 

  • Explosion.
  • (...)
  • Yohann ne comprend pas.
  • (...)
  • "Skippy, blessé mais vivant ; Warren, indemne ; le chef Jérôme, blessé et pris en charge ; Mais où est Loulou ?"
  • (...)
  • Une grenade a explosé accidentellement.
  • (...)

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Chef Jérôme, Skippy, Warren, Loulou, Yohann - photo © Yohann Douady

« A l’image de la plupart de mes frères d’armes, je suis un caméléon, à la fois jeune homme et soldat, courage et peur, rires et larmes… Un caméléon qui se serait imprégné durant dix années de couleurs de la guerre, et dont la peau serait aujourd’hui pigmentée d’une multitude de teintes, allant de la nuance la plus éclatante au noir le plus sombre.

Chaque jour qui passe, je ne peux m’empêcher de plonger un pinceau dans cette palette pour tracer des toiles bariolées ou des fresques tourmentées que j’expose quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures au plus profond de mon esprit. Une succession de scènes sauvages et parfois dantesques qui trouvent leur source dans ce que j’ai vécu, dans les situations de désolation effroyable ou d’humanité absolue que j’ai traversées.

La guerre n’est pas monochrome, c’est bel et bien un tourbillon de couleurs, capable de vous émerveiller, comme de vous donner le vertige, et bien sûr, de saturer votre regard, jusqu’à vous donner la nausée. »

 

(1) 2004. Nous gardons tous en mémoire cette opération difficile, où la force française Licorne s’interpose entre les deux factions rivales : celle du président Gbagbo au sud, celle d’Alassane Ouattara au nord. Ce qui devait être une opération de maintien de la paix, et de protection des ressortissants européens, trouve une apogée dramatique dans le bombardement par l’aviation de Laurent Gbagbo, du camp français de Bouaké (9 morts parmi les hommes des RICM, 2°RIMa et 515°RT, un civil américain, et des dizaines de blessés),  puis les « évènements » de l’hôtel Ivoire, qui voient les soldats français acculés par la foule, radicalisée par le mouvement pro-Gbagbo des Jeunes Patriotes ; Yohann et ses camarades n’ont d’autre  choix que de se dégager par des tirs indirects, faisant, hélas, une dizaine de tués parmi les manifestants.

(2) Cette démarche de transparence est approuvée au plus haut niveau hiérarchique militaire. Pas convaincu ? Lisez la préface du Colonel Héluin chef de corps du 2ème RIMa en 2010-1012, commandant le battle group Richelieu. Et, si cela ne suffisait pas, notez que « D’une Guerre à l’Autre » fait partie des trois sélectionnés pour le prix littéraire Erwan Bergot 2013 de l’Armée de Terre, comité présidé par le général Ract-Madoux… Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre…

 

ivoire-jpg-1972b.jpegJe reviens  sur l’épisode tragique de l’hôtel Ivoire, avec une anecdote personnelle : en mai 2012, j’ai eu la chance de passer une semaine formidable en Auvergne, auprès d’un p’tit cousin militaire. Malgré sa conduite automobile *atypique*, je l’ai accompagné dans la préparation d’un camp scout. Deux jeunes chefs scouts nous accompagnaient, dont un Ivoirien, en école d’ingénieur dans la région. Au gré de la conversation, le sujet des évènements de l’hôtel Ivoire s’est présenté. L’ambiance s’est tendue de fait ; le p’tit-cousin étant passé par la Côte d’Ivoire. Le jeune Ivoirien, un gosse à l’époque, était présent devant l’hôtel, parmi les « jeunes patriotes », et nous manifestait son incompréhension : « Pourquoi les Français nous ont-ils  tiré dessus ? J’étais à côté d’une femme. Elle s’est pris une balle. Elle est morte dans mes bras ». Ce n’était pas le lieu, pas le moment, d’aborder un tel sujet. J’ai donc, en "vieux sage", réorienté la conversation, suivi en cela par les garçons (certains ont encore du respect pour leurs aînés).

Yohann parle de cette femme, page 117. En terminant le chapitre, je me suis dit qu’après ces si dramatiques instants, vécus par les Ivoiriens, manipulés par la propagande de Gbagbo, livrés au phénomène de foule dont on connait la dangerosité; ces si dramatiques instants, vécus par les hommes du 2°RIMa, traumatisés par la mort de leurs frères à Bouaké, acculés par une masse menaçante, hors de tout contrôle, je comprenais les deux partis. Mais, tout en déplorant la dizaine de victimes civiles, je me suis dit que si les « jeunes patriotes »  avaient eu affaire à d'autres hommes que Yohann et ses camarades, avec leur sang-froid et professionnalisme, ce sont des centaines de morts qui auraient gis devant l’hôtel…

Au risque de choquer, au final, il y avait de quoi se réjouir : je me suis réjoui que ce jeune Ivoirien, peu d’années après, soit avec nous dans cette voiture, en France, à suivre des études brillantes, à organiser un camp scout. Je me suis réjoui que la France lui ait donné cette chance. Je me suis réjoui que l’Ivoirien ait serré la main qui lui était tendue (ou l’inverse ?). Je me suis réjoui de le voir assis, à côté d’un milouf de l’Armée Française, en balade, dans notre belle Auvergne. Nous avons passé un week-end formidable tous les quatre, à traverser un torrent en cru, boire des bières (avec modération pour eux), dormir sous la tente (un peu de caillasse plantée dans le dos), remettre nos fringues humides après l’inévitable orage nocturne ; et pour moi, rajeunir de 20 ans.

Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, a été déféré devant la Cour Pénale Internationale de La Haye, pour crime contre l’Humanité. Il est accusé de meurtre, viol, persécution et actes inhumains.

 

 

298076_2640036046425_299841776_n.jpegEn 2001, au soir même de sa dernière épreuve du baccalauréat, Yohann Douady s’engage. Il rejoint les valeureux marsouins du 2ème Régiment d’Infanterie de Marine de Champagné (Sarthe). Il est déployé en Bosnie dans la cadre de la SFOR, en Côte d’Ivoire à deux reprises (Opération Licorne). En 2005, il est nommé sergent. Il rejoint la section Tireurs d’Elite du 2°RIMa en 2007. En 2011, il est déployé en Afghanistan, au sein battle group Richelieu de la task force La Fayette.

Aux Editions Nimrod

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Camp de Bouaké

« Je n’ai vu aucun cadavre français. Je n’ai rien vu. » Président Laurent Gbagbo, 11 novembre 2004, interview  au Washington Post.

« Malgré toute notre tentative d’apporter des réponses allant dans le sens des autorités françaises, il nous revient avec force et évidence une seule réponse : il n’y a pas eu de soldats français tués lors des bombardements de Bouaké. » Ivorian.net, 12 novembre 2004.

« C’est bien beau de dire que ces soldats français ont été tués par les soldats ivoiriens. Encore faudrait-il que nous sachions si effectivement il y a eu des morts. » Tchimou Raymond, procureur de la République de Côte d’Ivoire, 18 janvier 2007, interview au Matin d’Abidjan.

« Les autorités françaises se sont empressées de rapatrier des cercueils, certainement vides, autour desquels un boucan énorme a été intentionnellement organisé pour susciter une vive émotion et la haine contre le régime ivoirien. » Le Temps, quotidien ivoirien, novembre 2009.

« Jusqu’à preuve du contraire, l’aviation ivoirienne n’a tué aucun soldat français. Cinq ans après les accusations farfelues des agents français, ils sont toujours incapables de fournir une once de preuve. » Abidjan Talk, août 2010.

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Marsouin de 1ère Classe Benoît Marzais

 

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Hommage

A l’Adjudant Thierry Barathieu, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

A l’Adjudant Philippe Capdeville, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Francis Delon, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Laurent de Rambure, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Caporal-Chef Patélisé Falevalu 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Brigadier-Chef Franck Duval, 515°RT, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Emmanuel Tilloy, 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe David Decuypere, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Benoît Marzais, 2°RIMa, ami du SGT Douady, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Aux blessés.

 

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Hommage

Au Caporal Alexandre Rivière, 2°RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Cyril Louaisil, dit Loulou, 2°RIMA, ami du SGT Douady, mort pour la France en Afghanistan, mort au combat.

Aux blessés.

 Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux glorieux Marsouins,

 

Fidelitate et honore, terra et mare.

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« La mort nous suit.  On la combat, on la donne, pour que les nôtres l’évitent.
Un acte héroïque pour certains, et le plus terrible des péchés pour d’autres.
On n’oublie pas, on vit avec, et on passe outre 
»

1ère Classe Cyril Louaisil, lettre à ses parents

 

« Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.
E
t même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ? 
Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant 

Sergent Yohann Douady

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Livre, récit biographique d'un Marsouin, 2e RIMa, Bouaké, Hôtel Ivoire, Côte d'Ivoire, Afghanistan, témoignage stress post-traumatique, Afghanistan  

21/02/2013

Hommage à Yves Debay

 Une pensée solidaire aux quatre enfants, leurs parents et ami, pris en otage au Cameroun par des barbares ; à tous les otages en Afrique. 

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Comment ne pas revenir sur la mort d’Yves Debay. Quel choc cela a été, pour moi comme pour tant d’autres. Nous ne nous étions jamais rencontrés, et pourtant, j’ai eu le sentiment de perdre un grand frère.

Rappelons, pour les non-initiés, qu’Yves, reporter de guerre, fondateur du magazine Assaut, a été tué le 17 janvier dernier par un sniper, à Alep en Syrie.

Quel personnage ! Oh certes, Yves ne faisait pas dans la dentelle ; on était avec lui "assez" loin du politiquement correct (la distance Terre-Galaxie d’Aldébaran,  vous voyez ?). Reste, qu’en accord ou pas sur certaines de ses positions, je me précipitais avec jubilation sur ses éditoriaux d’Assaut. « Qu’est-ce que le bougre va encore nous sortir ! :) ». Car au-delà du personnage haut en couleur, ronchon, gueulard, provocateur, disciple de Dionysos, transparaissait le cœur d’or, l’humour, le courage, l’humilité, la fraternité ; et, par-dessus tout, un amour (c'est le terme approprié) absolu pour nos soldats.

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Yves n’est plus, mais je le vois, over the rainbow : « Hé Jeanne ! Tu me parleras du sacre de Reims une autre fois ! On va rejoindre Bigeard et Cambronne à la popote du 2ème REP ; ils accueillent un p'tit gars Chef qui arrive du Mali. En plus il est d'origine Belge !  Et puis... ils ont de la bonne bière ! » (flap flap flap) (bruits d’ailes).

Mais rassurez-vous, il prend aussi le temps de veiller sur nos filles et garçons en OPEX, et quand il leur arrive malheur, ça barde là-haut ! 

Ici-bas, on se sent un peu orphelins.

A l'annonce de sa mort, j'ai suivi les news. Je me suis remémoré le battage médiatique lors de la libération de deux journaleux ex-otages en Afghanistan, ou d’une femme ayant de mauvaises fréquentations au Mexique (libérations dont je me réjouis, bien entendu).  J'ai espéré un peu plus que ces quelques mots, coincés entre le temps qu’il fait à Châteauroux, et le prix de l’endive. J'ai espéré, oui, un... hommage.

Hommage des media, il n'y a pas eu.

J'ai trouvé ça moche. 

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Honneur et Patrie ! Le jour où ces mots ne toucheront plus le cœur d’aucun Français, le jour où ils seront devenus incompréhensibles pour la plupart d’entre eux, il n’y aura plus de France.

Le jour où les corps des soldats morts pour la France gagneront leur dernière demeure dans l’indifférence, il n’y aura plus de France".

Le Président de la République, 11 novembre 2011.

 

DEBRAY.jpgYves Debay est né en 1954 au Congo Belge (aujourd’hui République Démocratique du Congo). Il s’engage dans l’Armée belge, qu’il quitte pour rejoindre les troupes Rhodésiennes (actuelle Zambie), puis Sud-Africaines, en lutte contre la rébellion africaine marxiste. Dans les années 1980, il se lance dans le journalisme. Véritable « reporter de guerre », il est sur tous les fronts : Liban, Golfe (en 2003 il «accueille» les chars américains à Bagdad), Balkans, Caucase, Afghanistan, Côte d’Ivoire, révolutions Arabes, et … Syrie. Collaborateur de Raids, il fonde Assaut en 2008, magazine «libre de ton», qui traite de l’actualité militaire, mais dans une approche très "terrain", au plus près des hommes, ce qui le rend passionnant.

 

 

Je renouvelle à la maman d'Yves, ses proches, tous les collaborateurs d'Assaut, son jeune padawan Erwan de Cherisey, mes plus sincères et affectueuses condoléances. 

 

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Avec le salut des diables-bleus, biffins, marsouins, képis-blancs, lézards, bigors, harkis, bat'd'af', tringlots, bérets verts, pompons rouges, culs-d'plombs, p’tits-gris, ploufs, pétafs, docs, trans, artiflots, gonfleurs-d’hélice, stratifs, ripainsel, rens, cocoyes, dolos, cyrards, etc… à leur frère Yves Debay.

« We few, we happy few, we band of brothers »

Shakespeare, Henry V.

 

07/01/2013

197 Jours - Un été en Kapisa, Julien Panouillé, 1er RCP, Ed. Mélibée

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Rendre son « journal » attrayant pour autrui est un art difficile. Julien Panouillé réussi brillamment ce challenge. Il est vrai qu'il a le sens de la chute, manie très naturellement la petite phrase percutante et le non-dit, qui en dit long...
On passe brutalement de l'action à l'attente, de l'exaltation au spleen, de la fraternité au besoin de solitude.

Lorsque l’on se remémore ses lectures, quand bien même on a le souvenir d’avoir aimé un livre, on en garde parfois peu de choses. Quand je pense « 197 Jours », me vient immédiatement l’image de Julien, se levant la nuit, pour fumer seul sa clope devant l’immensité Afghane (*). C’est un signe : Ce livre se vit plus qu'il ne se lit.

 Saluons aussi les très belles préface (du Commandant de RAPTOR) et postface (du père de l'auteur).

 

 (*) fumer, c’est mal.

 

 "Vivre, ce n'est pas attendre que les orages passent ;

c'est apprendre à danser sous la pluie "

 

 

 

Julien paouillé.jpgLe Caporal-Chef Julien Panouillé est né en 1988. Il est tireur d’élite longue distance au prestigieux 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes de Pamiers, poste qu’il occupe en Kapisa, durant l’été 2011. Je garde en mémoire qu’il est le tout premier à m’avoir fait l’honneur d’une dédicace. Et si vous le croisez, demandez-lui de remonter ses manches… (vous comprendrez).

photo© Sébastien P.

 

 

 

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Hommage :

Au Lieutenant Thomas Gauvin, 1er RCP, mort pour la France en Afghanistan

 

A l'Adjudant Pascal Correia, 1er RCP, mort pour la France en Afghanistan

 

A l'Adjudant Laurent Marsol, 1er RCP, mort pour la France en Afghanistan

 

Au Caporal-Chef Cyrille Hugodot, 1er RCP, mort pour la France en Afghanistan

 

Au Caporal Florian Morillon, 1er RCP, mort pour la France en Afghanistan

 

Aux 55 Chasseurs-Parachutistes du 1er, qui ont péri dans l’attentat du Drakkar, à Beyrouth ; à tous ceux morts en OPEX,

 

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du vieux Chasseur aux Bérets Rouges.

 

Et par Saint-Michel…

 

 

 Livre, journal, récit biographique d'un Chasseur-Parachutiste, 1er RCP, Afghanistan    

04/01/2013

Engagé, Nicolas Barthe, 21°RIMa, Ed. Grasset

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Pour faire contrepoids à la décision bien triste du Conseil de Paris, de refuser de dédier un espace aux soldats français morts en Afghanistan (*), lisez « Engagé », de Nicolas Barthe.

Cela relève du témoignage, mais se dévore comme un très bon roman.

C’est tout en pudeur, bien écrit. Parfois drôle, souvent émouvant. En un mot : passionnant.

Il ne tiendrait qu’à moi, « Engagé» serait imposé au programme de lecture des lycéens, car, au-delà du témoignage opérationnel très réussi, c’est une leçons de vie que nous donne Nicolas, garçon aussi brillant que sympathique. Respect.

 

Et puis, franchement, quelle couverture ! (n’est-ce-pas Mesdames ?) ;)

 

En repensant à "Engagé", me vient immédiatement à l'esprit le silence *assourdissant* de Nicolas, sur l'opération qui vît ses frères d'armes mourir.

Alors, n’en déplaise à certains, saluons comme il se doit la mémoire du LTN Mezzasalma, du SCH Mosic et du CCH Panezyck, tombés avec honneur en Afghanistan.

Et oui, l’honneur existe encore.

(*) Vœu présenté par le maire du XVI°, qui a reçu un vote « contre » des conseillers majoritaires. Voir ici.

 

200082_107540135995720_6110992_n.jpegLe Capitaine Nicolas Barthe est né en 1980 à Nice. Diplômé de l'Université de Sophia-Antipolis et Science-Po Paris, il s'investit dans le monde associatif et sportif. Il s'engage en 2003. Lieutenant, Chef de section de Combat au 21°RIMa, il est successivement déployé au Kosovo, en Guyane, et en Afghanistan. Nommé Capitaine, Barthe a rejoint le Régiment du Service Militaire Adapté de la Guadeloupe. En sus, Nicolas est un supporter (totalement partial J) du (petit J) club de foot OGC-Nice (ouhlala il ne va pas aimer… J) (heureusement, la Guadeloupe, c'est loin)

 

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Hommage

Au Lieutenant Lorenzo Mazzasalma,

 

Au Sergent-Chef Laurent Mosic,

 

Au Caporal Jean-Nicolas Panezyck,

 

marsouins du 21° et Sapeur du 13°, morts pour la France, en Afghanistan.

 

Aux Marsouins et Sapeurs morts en OPEX.

 

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du vieux Chasseur aux Marsoins,

Et au Nom de Dieu…

 

 

 

 

 

 Livre, récit biographique d'un Marsouin, 21e RIMa, Afghanistan   

03/01/2013

Afghanistan, Task Force La Fayette - José Nicolas - Ed. L'Esprit de Tous les Combats

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Attention, chef d'œuvre.

Voici un livre-photo, formidable complément visuel aux témoignages des Barthe, Douady et autres Erbland. Je suis quelque peu contrarié du peu d'écho qu'il a suscité à sa sortie, car c'est une absolue réussite !

A tout Seigneur tout honneur : José Nicolas et ses photos, extraordinaires. José a l'indéniable talent de saisir l'instant. Ses clichés sont plus "scotchants" les uns que les autres. Attachez-vous aux regards des hommes et femmes dans l'action, vous comprendrez.

Une mention toute spéciale au chapitre "Le Repos du Guerrier".

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Photo © José Nicolas

Coup de cœur pour celle-ci. En une image, José saisit toute la complexité du contexte Afghan. 

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Photo © José Nicolas

Ajoutons, et c'est fondamental pour un livre-photo : un "légendage" et des textes d'accompagnement pertinents (de Christophe Gautier), une conception graphique brillante, une superbe impression et un beau papier (recyclé !). Félicitations à toute l'équipe éditoriale !

Tout cela fait de "Task Force La Fayette" le cadeau idéal à faire à vos proches, intéressés par l'action de nos troupes en OPEX.

In-dis-pen-sable !

 

Nicolas_Jose.jpegJosé Nicolas est né en en 1956. Photo-journaliste depuis 1984, il collabore avec des journaux régionaux et organisations humanitaires, avant de rejoindre SIPA Press. "Freelance" depuis 1995, il couvre les conflits du Tchad, Bosnie, Liban, guerre Iran-Irak, Somalie, Rwanda, Afghanistan... (oui, la liste est bien longue...)                         Retrouvez José sur son site, ici.

 

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Hommage :

Au Sergent Sébastien Vermeille, Photographe Sirpa-Terre, mort pour la France en Afghanistan,

A Yves Debay,

Aux reporters et photographes, civils et militaires, morts en OPEX,

Aux blessés.

 

Avec le salut fraternel du vieux Chasseur aux *vrais* reporters de guerre

 

 

 

Livre, photos, Afghanistan   

02/01/2013

« Dix Semaines à Kaboul », Pr Patrick Clervoy, Service de Santé des Armées, Ed. Steinkis

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  • "Celui à qui la guerre ne fait point horreur, c'est lui, le vrai lâche."
  • Jean Simard, écrivain Québécois

 

Le Professeur Patrick Clervoy, médecin militaire, nous fait partager le journal de bord de ses dix semaines passées en 2011, au sein de l’hôpital militaire de Kaboul.

Une baffe.

 

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En guise de préambule, au risque d’être trivial, rappelons que le personnel de Santé est exposé aux mêmes risques que les autres militaires.

En Afghanistan, les véhicules ambulances ne sont pas marqués d’une croix (voire d’un croissant) rouge ; ils deviendraient dès lors la cible privilégiée des Talibans…

Peu avant l’arrivée du Pr Clervoy à Kaboul, un colonel Afghan est entré dans une salle de planification située dans la base de l’hôpital militaire, et a abattu froidement 8 américains, avant de se faire éliminer par la garde (à noter que, lors des obsèques de ce colonel, 15 000 personnes étaient présentes… ).

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photo © Ministère de la Défense/ecpad

Les médecins, infirmières et infirmiers, brancardiers-secouristes, sont des combattants, mais avant tout, ce sont  des combattants pour la Vie.

Ce ne serait pas faire honneur aux sacrifices de nos troupes que de se contenter des mots  « blessé », « amputé », « mort ». Ce sont des paravents, et, par confort moral, on ne veut surtout pas regarder ce qui se cache derrière. C’est, de notre part, une forme de lâcheté.

La lecture de « Dix Semaines à Kaboul » est donc incontournable, aussi difficile, « émotivement parlant » soit-elle.

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photo via  Theatrum Belli

Attendez-vous à être secoués, malmenés, dérangés : l’effroi dans les yeux, le corps en charpie, la  souffrance à devenir fou, le sang qui pisse, l’aorte à clamper, l’os à scier.

Oh non, Clervoy ne nous ménage pas. Il nous fracasse même un peu.

Alors, oui, on se réjouit, admiratifs de l’engagement des hommes et femmes du service de Santé : la petite fille est sauvée, le civil sort de son délire et sourit, le soldat a les clés pour se reconstruire, alors qu’il a tué d’un tir accidentel son camarade (chapitre bouleversant).

Oui. On se réjouit. Mais parfois…

 

  • Les traces de sang ont été nettoyées,
  • Les mains sont propres,
  • Le visage couleur de cire est celui d'un jeune homme aux traits fins et réguliers.
  • "Il est beau", dit l'une des personnes qui l'ont préparé.

 

Je défie quiconque de ne pas terminer certains chapitres les yeux embués (si c’était le cas, placez la main sur votre poitrine gauche. Vous vous apercevrez que vous n’avez pas de cœur).

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Hôpital Militaire International de Kaboul, photo © Ministère de la Défense

N’oublions pas que Clervoy est psychiatre. C’est donc au sortir de la salle d’opération, ou après les combats, qu’il intervient. Il est là pour prendre la main de ces filles et garçons, déboussolés, traumatisés, perdus dans un brouillard délétère. Il les fait sortir de ce brouillard, il leur désigne une petite lumière, celle indispensable à leur reconstruction psychologique.

D’une certaine façon, il applique la même démarche à nous, lecteurs : il nous prend, nous aussi, par la main, et nous aide à sortir d’une autre forme de brouillard : celui de la naïveté, des idées reçues, de l’hypocrisie, de l’égoïsme. Il nous  montre à nous aussi une petite lumière : celle qui, désormais, nous interdira de  commenter les news de cette façon : « un 5ème soldat est mort au Mali. C’est triste. Tu m’passes le sel ? ».

 

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Caporal Alexandre Van Dooren, 1er RIMa

Mort pour la France au Mali

 

  • Derrière ces mots,
  • des soldats ont perdu leur camarade,
  • des parents ont perdu leur fils,
  • une jeune-femme a perdu son compagnon,
  • une petite-fille de deux ans a perdu son papa,
  • un bébé à naître ne connaîtra jamais son papa.

 

 

Nul homme n’est une île.Tout homme est un morceau du continent. Si une parcelle de terre est emportée par la mer, l’Europe entière en est lésée, comme s’il s’agissait de la maison de tes amis, ou la tienne propre.

La mort me diminue, car je suis solidaire du genre humain. Alors, n’envoie jamais demander : Pour qui sonne le glas ?

Il sonne pour toi. 

 

John Donne, Poète anglais (1572+1631), en introduction à « Pour qui sonne le glas », Ernest Hemingway

 

 

Merci Professeur pour votre livre. Merci pour cette baffe. Une baffe salutaire.

 

 *

 

d9c759b91b1d0a22d17b9d_L__SX80_.jpegPatrick Clervoy est né en 1958. Médecin-psychiatre (Santé-Navale), il est titulaire de la chaire de psychiatrie à l’Ecole du Val-de-Grâce, spécialiste des traumatismes psychiques, membre du groupe de travail OTAN sur le stress et le soutien psychologique. Auteur de plusieurs livres, il est déployé régulièrement en OPEX.

 

 *

 

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Je tiens à remercier tout particulièrement Ainara

 

 * 

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Hommage

 

  • Au Premier-Maître Frédéric Paré, infirmier, Commando Marine, mort pour la France en Afghanistan,
  •  
  • Au Sergent-Chef Mathieu Toinette, infirmier, 402ème RA, mort pour la France en Afghanistan,
  •  
  • Au Caporal-Chef Rodolphe Penon, infirmier, 2ème REP, mort pour la France en Afghanistan,
  •  
  • Aux médecins, infirmières et infirmiers, brancardiers-secouristes, sauveteurs au combat, morts pour la France,
  •  
  • Aux blessés.
  •   

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc au personnel de Santé, combattants de la vie.

 

"Mari transve mare, hominibus semper prodesse"

Sur mer et au-delà des mers, pour la Patrie et l'Humanité, toujours au service des Hommes

Devise de l'Ecole de Santé des Armées 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un médecin militaire, Afghanistan