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06/05/2016

« Les combats héroïques du Capitaine Manhès », LCL (r) Max Schiavon, éd. Pierre de Taillac

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditions Pierre de Taillac. Droits réservés.

A la mémoire de nos arrière-grand-pères, combattants de la Grande-Guerre : Ernest Antoine, 37e RIT, mort pour la France le 1er janvier 1915 à Toul ; Fernand-Gaston Camut, 17e BC, 71e BC ; Abel Préau, 10e RG, 105e RAL, 46e RI ; Colonel Fiodor Zakharevitch Plakoff ; Vassilï Oskarovitch Lampe.

 

 

Ecoutez la clameur qui sort des hécatombes !

Nécropole de Notre-Dame-de-Lorette

  

Marchez dans les champs de croix, à Verdun, en Argonne, en Champagne, dans la Somme, dans les Vosges... Qu’ils sont effroyablement beaux, ces cimetières de la Grande-Guerre…

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Mais devons-nous nous contenter de l’émotion que distille la grandeur d’un Douaumont ? Cette émotion, aussi honnête soit-elle, ne reste-elle pas très abstraite ? C’est là où la lecture des « combats héroïques du Capitaine Manhès » présentés par le LCL (r) Max Schiavon, s’avère une véritable déflagration affective : sous ces alignements parfaits de croix blanches, sous ce gazon bien tondu, derrière la litanie des noms gravés dans le marbre, que de terreur vécue, que de crasse, de pourriture et de puanteur, que de souffrance, que d’effroi, que de hurlements ; et que d’héroïsme aussi, que de valeur et de sacrifices, que d’amour ; et que de grandeur enfin, chez ces jeunes hommes, ces petites gens, ces humbles : nos si valeureux Poilus.

Qu’ils sont effroyablement beaux, ces cimetières de la Grande-Guerre…

Qu’il est effroyablement beau, ce livre.

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Front des Vosges ; l’Hartmannwillerkopf, ou plutôt ce qu’il en reste. Photo issue du livre.

Un sifflement strident, une gifle formidable dans une haleine de four ; je titube un instant et, quand je reprends notion du monde extérieur, je vois à mes pieds un pauvre diable ouvert en deux, du sternum aux cuisses, comme un poisson qu’on vide et qui hurle pendant des secondes, ou des siècles (…) Le fracas continue, immense et trépidant. Je suis assis au pied d’un tronc d’arbre ; un Chasseur tout jeune s’est faufilé sous moi ; il sanglote et je sens son pauvre corps de gosse se soulever avec une cadence saccadée de moteur. D’autres se sont groupés autour de moi, leur sac sur la tête, et me regardent comme si j’étais l’égide protectrice. Il a suffi à ces pauvres diables de voir mes galons d’officier pour chercher d’instinct le salut près de moi. Et moi, qu’est-ce que je pense de cet enfer ?

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Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Les Allemands attaquent. C’est un soulagement infini.

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Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Roulé dans ma pèlerine, je me tasse dans un vestige de boyau. Sous un ciel étincelant, clouté d’or, et qui semble se craqueler de froid, je grelotte éperdument. Un âpre vent du nord fait pétiller les étoiles : il me pénètre comme si j’étais nu ; Dieu ! Que j’ai froid. Brusquement, au matin, le vent tourne, le ciel se couvre et, au lever du soleil, une abondante chute de neige efface les déchirures de la terre, ensevelit les morts et les vivants endormis, ouate silencieusement la forêt.

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Le Capitaine Manhès, nouvellement décoré de la Légion d’honneur et Croix de guerre avec palme. Photo issue du livre.

Je bavarde à bâtons rompus avec mes hommes ; encore une fois, comme ces causeries familières, aisées, amusantes et affectueuses sont plus utiles à tout point de vue que les « amphis » prônés dans les écoles et par les états-majors ! Le soir vient. La nuit est d’un calme plat. Une fois de plus, mes chefs s’excitent et mon silence les affole. Je suis assailli de coups de téléphone du capitaine et du commandant : « Que se passe-t-il donc chez vous ? Que signifie ce silence anormal ? ». Pauvres âmes qui ont besoin de beaucoup de bruit pour ne pas avoir peur de la nuit !

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Combat de l’Hilsenfirst, nouvelle Sidi-Brahim. Les Chasseurs du CNE Manhès sont encerclés et combattent à coup de rochers. Dessin de José Simon publié dans le journal L’Illustration du 31 juillet 1915

Guillermet est toujours debout, resplendissant de vigueur et de jeunesse, souriant, beau comme un jeune dieu. Le petit Martin, en tête de sa section, est très bien lui aussi. Mais le feu ennemi est terrible et nous décime. A ma gauche, le vieux Cardot, sergent de la territoriale venu à sa demande au 7e bataillon, est tué raide d’une balle en pleine tête. Tout autour, je vois tomber des pauvres corps, morts et affaissés. Et devant ces pertes répétées, il y a de nouveau du flottement. Je vois plusieurs hommes se coucher ; il faut intervenir vivement ; je le fais de la voix et du geste. Je repère un petit Chasseur de la classe 15 [20 ans] qui, manifestement, s’est couché. Je veux le faire relever, il refuse. Je l’empoigne alors par le col de sa vareuse et le soulève de force, à bout de bras. Je vois une pauvre figure de gosse, bouleversé, les yeux fous criant : « Non, mon Capitaine, non, je ne peux plus, je ne peux plus ! » Brusquement, son corps cesse de se raidir, de lutter contre moi ; au bout de mon bras, je le sens complètement mou : pendant que je le soulevais, une balle l’a frappé dans la tempe gauche.

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Tranchée allemande conquise par les Chasseurs, front des Vosges. Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Sur l’ensemble plane une effroyable odeur de cadavre en décomposition ; des centaines de morts jonchent le terrain tout autour de nous. La puanteur vous prend à la gorge à 1500 mètres de la position. Sur place, c’est insoutenable ; mes hommes et moi, le cœur soulevé, nous vomissons à qui mieux mieux depuis notre arrivée. A deux pas de mon trou, un Allemand en vingt morceaux m’empoisonne. Inutile de changer de trou, c’est partout pareil.

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Tranchée allemande conquise par les Chasseurs, front des Vosges. Photos issue du site de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs

Vers 7 heures, sous la pluie du ciel et la grêle des marmites [obus allemands], je reconnais les emplacements pour l’opération que je fais ce soir. Je rencontre le Général Serret, visiblement fatigué au physique comme au moral, errant comme une âme en peine, paraissant nettement chercher la marmite. Nous nous asseyons un moment au bord d’un trou d’obus et le général promène son regard sur l’effroyable tableau qui s’étend devant nous, un regard d’une indicible tristesse, désespéré.

Puis il me regarde longuement et me dit simplement : « Mon pauvre petit ».

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Le GAL Marcel Serret sur le front des Vosges. Il mourra le 6 janvier 1916 de la gangrène, suite à une blessure reçue quelques jours après sa discussion avec Manhès.

***

DSC00524.JPGJean-Louis Manhès nait en 1888 dans une famille de la bourgeoisie auvergnate. Il intègre Saint-Cyr puis Saumur. Cavalier au 18e RC, 9e RH, il est en Algérie avec le 3e RS lorsque la Grande-Guerre éclate. Craignant « de ne pas participer vraiment  et de toutes [ses] forces à une guerre où étaient engagées les destinées de la patrie et où se jouait cette revanche qui jusque-là avait été l’idée maîtresse de [sa] vie », il demande sa mutation dans l’Infanterie et rejoint le 13e BCA. Sur le front des Vosges, il est chef de compagnie du 7e BCA lorsque sa compagnie est cernée sur l’Hilsenfirst. Il y écrit une page de gloire de l’armée française, nouvelle Sidi-Brahim, en résistant aux allemands à coup de rochers, ce qui lui vaut la Légion d’honneur et la Croix de guerre à 26 ans. Il est blessé le 1 janvier 1916, 5 jours après avoir été nommé capitaine. Remis sur pied mais trop affaibli, à son grand damne, pour rejoindre le front, il est officier de liaison aux 11e et 168e Divisions d’Infanterie. Il retrouve la première ligne en 1917 au 4e BC puis 169e RI où il réalise de nouveaux exploits sur le front belge. Passant l’entre-deux-guerres dans plusieurs postes d’état-major, il est Colonel, chef de corps du 141e RIA pendant la Campagne de France. Nommé Général, il reste fidèle au gouvernement de Vichy, ce qui brisera se carrière militaire. Il est totalement réhabilité en 1961 par Pompidou, qui a été son lieutenant. Il décède en 1974 à l’hôpital du Val-de-Grâce. Ses descendants, ayant précieusement conservé son journal de marche, ont la bonne idée de contacter Max Schiavon pour envisager sa publication…


Lcl_SCHIAVON.jpgLe  Lieutenant-Colonel (r)  Max  Schiavon, intègre l’Armée en 1978 comme élève-officier  de  réserve.  Après  une  première  partie  de  carrière  dans  le Matériel, en Allemagne et en France, il commande une compagnie à l’Ecole Polytechnique. Diplômé en  informatique et en management stratégique, il effectue des missions sur les cinq continents et dirige pendant cinq ans le  bureau  des  télécommunications  et  systèmes d’information  de  la région  terre  Nord-Est à Metz. Docteur en Histoire, il devient en 2010 directeur de la recherche du Service Historique de la Défense. On lui doit de très nombreux livres, historiques sur la Grande-Guerre, la campagne de France, biographies des généraux Georges, Vauthier, Salan, etc. [voir plus bas].

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« Les combats héroïques du Capitaine Manhès - Carnets inédits d'un Chasseur alpin dans les Vosges, 1915-1916 », présenté par Max Schiavon.

Témoignage *exceptionnel*

Prix spécial de la Saint-Cyrienne (ô combien mérité !) 2016

ISBN 978-2364450523 – Prix 19 ,90 € - Format 19 x 14, 352 pages, cahier-photo

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Aux éditions Pierre de Taillac

Disponible ici.

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Avec Max Schiavon au Salon du Livre 2015

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Devant le monument aux Chasseurs et au COL Driant, bois des Caures, avril 2016

Hommage

Aux Chasseurs de la Grande-Guerre,

A tous nos valeureux Poilus !

Quand Madelon vient nous servir à boire…

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Rarissime autochrome d’une compagnie du 13e BCA en 1915. Collection Jules Gervais-Courtellemont - Cinémathèque Robert-Lynen. Crédit photo Francetvéducation ici.

Hier, ma compagnie a perdu 31 tués et 55 blessés. C’est une dure épreuve. Que sera la journée de demain ? Je ne crois pas pouvoir demander à mes hommes la continuation d’un pareil effort. Ce qu’ils ont fait aujourd’hui est surhumain. Ce que je peux les aimer d’une chaude affection, profonde, immense, ces braves gens dont je sens encore peser sur moi ces regards anxieux, mais confiants (…) Tout à l’heure, un brave garçon avec lequel je bavardais sur les durs événements de cette abominable journée, m’a dit avec une charmante candeur, toute simple et sans aucune vanité de ton :

« On est quand même de sacrés bonhommes, mon Capitaine ».

 

 

 

02/05/2016

« Opération Turquoise », GAL Jean-Claude Lafourcade, éd. Perrin

Extraits publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Photos issues de la collection de l’association « France-Turquoise ». Droits réservés.

 

 

La seule chose qui permet au mal de triompher

est l’inaction des hommes de bien.

Edmund Burke

 

Le fils d’une de mes amies, rentrant de son célèbre lycée du VII arrondissement de Paris, lui dit : « Comment peux-tu encore fréquenter le général Lafourcade ??? C’est un génocidaire !!! ».

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Cette phrase, issue du livre, est un crève-cœur. Crève-cœur pour le Général, vous le comprendrez aisément en lisant le texte qui suit. Crève-cœur pour nous aussi, de par l’affection que nous portons à « Ceux de Turquoise ».

N’en voulons pas trop, cependant, à ce jeune-homme qui a subi le lavage de cerveau de la propagande, d’où qu’elle vienne. Espérons simplement que, depuis lors, il a lu le livre du Général Lafourcade, ceux du padre Kalka, du Colonel Hogard ou du Caporal-Chef Geoffroy, tous vétérans de Turquoise.

En une heure, l’amiral Lanxade [CEMA] m’a fait voir l’extrême difficulté de la mission qui nous attend. Des rapports empoisonnés avec le FPR [Front Patriotique Rwandais, tutsi], les « retrouvailles » avec nos anciens alliés [Hutus] qui, pour certains, ont les mains pleines de sang, la forte pression médiatique, l’isolement sur la scène internationale, les soupçons, un drame humanitaire… Intérieurement, je m’inquiète, non pas pour moi et mes hommes, mais pour la réussite de la mission. Il faudra aller vite si nous voulons réussir à sauver encore des survivants. J’ai conscience que nous arrivons bien tard, beaucoup de mal est fait, mais chaque vie compte.

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Depuis qu’on a vu sur toutes les télévisions du monde les cadavres des soldats américains traînés dans les rues de Mogadiscio, les Etats-Unis sont dans une logique « zéro mort ». N’ont-ils pas, en outre, formé eux-mêmes le général Kagamé [leader Tutsi] dans leur académie militaire de Fort Leavenworth ? Et l’attentat contre l’avion du président [Hutu] Habyarimana n’offre-t-il pas une opportunité pour leur allié anglophone de prendre le pouvoir ? Les Anglais considèrent que le Rwanda n’est pas dans leur zone d’intervention. Les Belges, dont dix casques bleus ont été assassinés le lendemain de l’attentat contre Habyarimana sont traumatisés. Ainsi la France, qui est le premier pays à avoir officiellement utilisé par la voix de son ministres des affaires étrangères le mot de génocide le 1er mai, semble la seule nation occidentale prête à intervenir pour que celui-ci cesse.

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Notre hélicoptère Puma file à 240 kilomètres/heure au-dessus du lac Kivu. J’y plonge mon regard et sous les reflets turquoise, les profondeurs sombres me renvoient à mes pensées. Nous sommes en pleine action et nous connaissons son sens. Mais ce que nous découvrons jour après jour ici, nous entraîne dans des abysses jusqu’alors inconnues…

(…)

Les miroitements mirifiques du lac que nous avons survolé d’un bond d’aéronef suffiraient à illuminer notre journée, mais des rivières de sang l’assombrissent bientôt. C’était trop beau. En route, un spectacle macabre se dévoile. L’envers du décor. Nous faisons une halte pour nous enfoncer à pied dans un bois. Là, maintenant, l’odeur si particulière des cadavres nous saisit et nous repousse quelques pas en arrière. Contrastes : splendeur du Rwanda, fureur de la bête humaine. Est-ce possible ? Nous avions vu, tous, à la télévision, les images des massacres. Mais nous ne savions pas, nous n’imaginions pas. Devant nous, des corps éparpillés dans la forêt, au milieu des bosquets, laissés là depuis plusieurs semaines. C’est insoutenable. Ces Tutsis ont été frappés au visage, mutilés, découpés, écrasés. La vie s’arrête là sous nos yeux. La nausée…

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Je repense alors aux colonnes de civils qui nous saluaient à l’instant, au passage de notre véhicule. C’étaient des Hutu, et tous, innocents ou non, craignent que des Tutsis du FPR [Front Patriotique Rwandais] la vengeance et les massacres de représailles. Les tueurs sont parmi eux… Ils fuient par dizaines de milliers vers le Zaïre. Ils ont tout perdu, tout abandonné sauf quelques marmites, des bidons, des morceaux de tôle. Nous regagnons la route et les croisons à nouveau. L’air hagard, désespérés, ils marchent. Certains ont égorgé leur meilleur ami. D’autres ne sont que les victimes d’une guerre larvée qui dure depuis 1990. Elle, avec son fichu rose sur la tête, n’a-t-elle pas dénoncé ses voisins ? Et lui, a-t-il « coupé », comme on dit ? Ils nous regardent. Ils lancent un amahoro, « paix ». Que dois-je faire ? Ils ne sont évidemment pas tous coupables, mais qui est qui ?

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Compte tenu des effectifs dont je dispose sur le terrain, il sera difficile de contrôler l’ensemble de la zone FAR [Hutu], car les réfugiés se cachent et les milices commettent leurs actes la nuit. Cela devrait donc prendre un certain temps avec le risque que les exactions se poursuivent. A des journalistes qui m’interrogent, je dis en substance : « Pourquoi n’avançons-nous pas assez vite ? Parce que nous sommes seuls. Seule la France a eu le courage d’intervenir et nos moyens sont limités. Où sont les Anglais et les Américains qui nous ont mis des bâtons dans les roues avant l’intervention ?

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L’avancée des troupes de Kagamé vers nos positions a eu les conséquences que nous craignons. L’exode massif est en marche (…) les acteurs du génocide savent qu’ils ne sont pas les bienvenus dans notre zone et que la justice a commencé son travail. Ils se dirigent donc vers Goma. Mêlés à des centaines de réfugiés, comment les identifier et les appréhender ? Paul Kagamé a provoqué le contraire de ce qu’il déclarait vouloir faire et il ne pourra s’emparer des massacreurs, désormais à l’abri au Zaïre.

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Les rues de Goma sont bondées d’une foule errante. Ils déambulent sans but, avec leurs ballots sur la tête, leurs vêtements sales, leurs chaussures abîmées par les kilomètres. Acceptent-ils cette situation ? Leur résignation m’étonne. Tout autour de la ville, sur des terrains où rien ne pousse, ils s’installent, entassés. La terre est noire, la poussière de lave et la pierre ponce ne draine pas les excréments. La puanteur des immondices se répand. Au milieu des détritus, ils ont faim, soif. La menace de l’épidémie plane sur eux. Le choléra fait ses premières victimes.

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La mort fauche par milliers les hommes les femmes, les enfants. Ils tombent sans se plaindre. Le courant de la fatalité les emporte sans qu’ils réagissent.

Après la découverte du génocide d’avril, mai et juin, nous avons atteint de nouveaux sommets dramatiques. Nous sommes tous bouleversés par ce que nous vivons. Il faut voir ces jeunes militaires français, de 18 à 25 ans, aidés par des Zaïrois que nous avons payés, décharger de nos camions des centaines de corps et les jeter dans d’immenses tranchées. Choqués, ils charrient les masses inertes comme des sacs de sable. Je leur en ai donné l’ordre. Ils obéissent dans la générosité et l’abnégation. Je pense à eux, à leur vie à jamais changée. Je pense à leurs familles, mais aussi à celles de toutes les victimes. Tout se fait dans un bruit assourdissant de pelleteuses qui agrandissent toujours plus ces tombes géantes et recouvrent ensuite sans plus de cérémonie les milliers de défunts. Je n’oublierai jamais le visage du caporal conducteur de bulldozer.

***

En août 1994, trois mois après leur déploiement et conformément au mandat de l’ONU, les soldats de Turquoise quittent le Rwanda. Tous reviendront profondément meurtris, combien d’entre eux, comme le CCH Xavier Geoffroy, victime du syndrome de stress post-traumatique. On ne sort pas indemne de « l’apocalypse sur Terre », dixit le padre Kalka.

Dans un premier temps, la communauté internationale applaudit. Certes les hommes de Turquoise n’ont pu empêcher les massacres, perpétrés à plus de 90% avant leur déploiement ; certes des assassinats et exactions ont continué ; la France était seule, ses moyens limités… (2500 hommes…) reste que que des dizaines de milliers de Tutsis ont été sauvés, le travail des ONG facilité, au moins dans la zone contrôlée, un semblant de paix installé, permettant la reconstruction du pays.

Mais tout cela n’est rien pour des  journalistes avides de buzz, une presse anglo-saxonne qui relaie le discours officiel anti-français, un gouvernement Kagamé, désormais 100% tutsi, qui allume des feux francophobes un peu partout, profitant de l’écran de fumée pour liquider à qui mieux mieux les opposants, quand ce n’est pas massacrer les réfugiés hutus au Zaïre. Pour eux, les soldats français présents au Rwanda sont des génocidaires.

Et depuis 20 ans - à nouveau début 2016 - ces soldats sont convoqués devant la justice pour répondre de leur « crime ».

Tristement, et dans une indifférence nationale quasi générale, la chasse aux boucs émissaires se poursuit.

***

220x220-ct.jpgNé en 1943, Jean-Claude Lafourcade intègre Saint-Cyr, promotion « Serment de 14 ». Il fait sa carrière dans les Troupes de Marine, 21e RIMA, 3e RPIMa. En 1974 il est aide de camp du GAL Bigeard au Secrétariat d’état à la Défense, puis  chef de corps du 8e RPIMa. En 1994, alors Général de Brigade, adjoint à la 11e Division parachutiste, il est désigné pour prendre le commandement de l’opération Turquoise au Rwanda, sous mandat de l’ONU. Général de corps d’armée, commandeur de la Légion d’Honneur, il est placé en 2ème section en 2003. Face aux multiples attaques et procès, il fonde l’association France-Turquoise en 2006, destinée à défendre l'honneur de l'armée française au Rwanda. Le GAL Lafourcade est marié et père de deux enfants.

Site de l'association France-Turquoise ici.

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ISBN 978-2262031282 – Format 21,1 x 14,2 216 pages.

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Aux éditions Perrin

Le livre est malheureusement épuisé ; à dénicher sur la marché de l’occasion, par exemple ici.

Pour d’autres livres de « Ceux de Turquoise », voir ici.

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Interview du Général Jean-Claude Lafourcade

7.4.2014

***

En novembre 2015, 21 ans après les faits, des associations, autoproclamées défenderesses des droits de l’homme, ont renouvelé leur plainte pour complicité de génocide contre des officiers de Turquoise, pour ne pas avoir sauvé plusieurs centaines de Tutsis à Bisesero.

Le Général Lafourcade a été convoqué une nouvelle fois par la Justice en janvier dernier.

*
En 1996, le gouvernement rwandais, désormais exclusivement tutsi, décide de démanteler les camps de réfugiés hutus au Zaïre. Il attaque les campements. L’opération fait de 40 000 à 200 000  morts selon les sources.  Nous n’avons pas connaissance de procédures judiciaires sur ces faits, par les associations susnommées, à l’encontre des soldats de Kagamé.

D’ap. "Perdus dans la forêt", traduction française par Wolfgang Blam - Taz (Allemagne) 28.8.2010.

*

Dans cette réalité rwandaise, comme c’est souvent le cas en Afrique, mais aussi ailleurs - on l’a vu en ex-Yougoslavie - il n’y a pas de place pour le manichéisme, pour une vision angélique des uns et diaboliques des autres. Comme l’écrit Jean d’Ormesson dans un article paru dans le Figaro, le 21 juillet 1994. : « S’il faut tirer une leçon du Rwanda, c’est que les hommes sont tous coupables et qu’ils sont tous innocents. Il n’y a pas de bons et de mauvais. Il n’y a que l’engrenage de la haine et de la violence. »

COL Jacques Hogard, commandant la ZHS au Rwanda pendant l’opération Turquoise.

 

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Au Cercle national des Armées, fiers de nous afficher au côté du Général Lafourcade.

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Hommage à Ceux de Turquoise.

« J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.

Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »

Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc.

*

A la mémoire de toutes les victimes de la guerre civile au Rwanda.

« Si vous cherchez un coupable, commencez par vous demander à qui a profité le crime. »

Bon sens populaire.

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Etre accusé de génocide, c’est être accusé du pire des crimes (…) Ce n’est pas seulement une insulte faite à mon honneur de citoyen. C’est une blessure au plus profond de mon être. Le Rwanda, en 1994, je peux dire : j’y étais. Le génocide, je l’ai touché. Je l’ai côtoyé. Ce que j’ai vu a définitivement changé ma vie. Je sais exactement de quoi je parle. Pas d’un concept, pas d’un crime imaginaire déclaré odieux dans un salon mondain. J’ai en tête les images très précises de ce dont on voudrait m’accuser. Je pense être un homme équilibré ; malgré tout, je sais avoir été définitivement marqué par cette expérience. Aujourd’hui, c’est là, au fond de moi, que l’on vient me meurtrir.

Et je ne suis pas seul. Je pense à tous les soldats de Turquoise. Nous avons agi dans un environnement d’une complexité rare, sans cesse confronté à l’horreur.

Les soldats qui ont servi au Rwanda en 1994 ne méritent pas une telle infamie.

Général Jean-Claude Lafourcade

 

 

 

 

01/04/2016

Mili-reportage : La Défense au Salon du Livre de Paris 2016

Photos Natachenka. Merci de nous consulter si vous souhaitez en réutiliser.

 

Pas question pour nous de rater le Salon du Livre de Paris, notre premier rendez-vous milittéraire de l’année. On se réjouit d’ailleurs que, d’année en année, le stand Défense s’agrandisse, les différentes armes étant désormais représentées. Bienvenue cette année au Service de Santé des Armées.

Nous sommes fiers de nos soldats et nous aimons qu’ils se montrent !

La preuve en image :

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Avec les CCH Rodolphe Guadalupi et Benjamin Itrac, 3e RIMa

Quel plaisir de voir ces deux garçons mis à l’honneur par l’Institution (pour preuve leur présence sur le stand, sur invitation ; déjà une consécration). Les CCH Rodolphe Guadalupi et Benjamin Itrac, 3e RIMa, sont initiateurs et co-auteurs, avec le collectif "Debout Marsouin !", de "Le soleil se lève sur nos blessures" recueil de témoignages. Le titre parle de lui-même et Rodolphe, blessé en Bosnie, comme Benjamin, blessé en Afghanistan, sont des plus légitimes pour aborder un tel sujet.

Bon, ces messieurs allant lire ce post, nous n'en rajouterons pas sur l'impression formidable qu'ils nous ont laissée. Du caractère, de l'humour, une grande humilité ; des hommes vraiment attachants.

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Avec l’ADJ Nadège Donzé, co-auteur de « La soleil se lève sur nos blessures »

Si Rodolphe et Benjamin sont les initiateurs du livre, nous n’oublions pas les co-auteurs, camarades Marsouins, proches, personnels de Santé, de la CABAT. Nous avons eu la chance de rencontrer l’une d’entre eux, l’adjudant Nadège Donzé. Affectée à la cellule intervention du cabinet du ministre de la Défense, Nadège s’est largement impliquée dans le soutien aux blessés, les visitant, les écoutant, les suivant dans la durée, partageant leurs peines. On peut imaginer le réconfort qu’elle a apporté. Des Personnes qui restent dans l’ombre des honneurs, et pourtant dont l’action humaniste a beaucoup de grandeur.

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Benjamin et Rodolphe interviewés par Jean-Marc Tanguy, alias le Mammouth. (voir plus bas)

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Sachant pertinemment que les garçons seraient « overbookés » pendant le salon, nous avions arrangé un déjeuner quelques jours avant… Nous sommes des petits malins :) 

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Autoédité, le livre est exclusivement disponible ici.

Page FaceBook du livre .

Nous en avons débuté la lecture. Nous avions hâte il est vrai, pour son sujet évidemment, doublé du fait que les témoignages de nos valeureux Marsouins sont bien trop rares, et pourtant, Dieu sait que la Colo a des choses à raconter.

Premières Impressions ? Les textes sont aussi remarquables que bouleversants. Nous y reviendrons sur le blog, mais n’attendez pas ; précipitez-vous sur « Le soleil se lève sur nos blessures » qui rejoint, c’est une évidence, les meilleurs récits militaires de ces dernières années.

Hommage à tous nos blessés, y compris en SSPT. Honneur aux Marsouins.

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Avec le CDE (r) Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre, SIRPA, et Sandrine Vermeille

La journée nous a réservé une véritable émotion. Nous étions très heureux de retrouver le chef d’escadrons Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre. Désormais réserviste, il organisait jusqu’alors le stand du salon. Spécialiste de la com’, formateur des photographes de l’Armée afghane en 2011, le commandant a été directement touché par le décès du Sergent Sébastien Vermeille, photographe du SIRPA, tué au combat en Afghanistan le 13 juillet 2011. Hervé nous avait parlé de son manuscrit, basé sur les tragiques instants vécus aux côtés de la famille Vermeille ; récit qu’il cherchait à publier. Voici qui est fait sous le titre « Afghanistan – Photographe, un métier risqué ». Une bonne chose.

Mais l’émotion était ailleurs : En effet, Hervé nous a présenté Sandrine, épouse du sergent Vermeille, mère de ses enfants. Une femme aussi charmante qu’admirable. Nous lui renouvelons ici respect et considération et gardons Sébastien dans nos pensées.

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Le livre est disponible aux éditions Bergame ici.

Le Ministère de la Défense a baptisé son prix photo annuel « Sergent Vermeille » 

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Avec Patrice Olivier, photographe

Pas de victoire au sol sans appui aérien ! Les « muds » étaient dignement représentés par Patrice Olivier, photographe, qui présentait un petit chef d’œuvre de livre-album : « Ramex Delta », dédié à la patrouille de démonstration du Mirage 2000N, animée par l’EC 2/4 « La Fayette ». Un projet mené seul de bout en bout, autoédité. De superbes photos de 2000N, évidemment, mais pas que : les hommes qui les font voler, ceux des cimes et ceux du sol, sont à l'honneur. Mise en page sexy, beau papier, belle impression... totale réussite. Bravo.

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Disponible chez Aéropix’Ailes ici.

Page FaceBook du livre .

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Avec le LCL Hubert le Roux. Au premier plan le GAL Benoît Royal, auteur des essais « L’éthique du soldat français » et « La guerre pour l’opinion publique », aux éditions Economica

Le lieutenant-colonel Hubert le Roux poursuit la promotion de « Paroles de soldat » - nous avons aussi croisé son co-auteur Antoine Sabbagh. Un beau projet complémentaire : Hubert  organise des séances de lectures dans les collèges et lycées. Rappelons que le livre est une suite de transcriptions d’interview de vétérans du Liban à la RCA. Les extraits sont lus par les élèves, décuplant leur portée émotive. Une initiative œuvrant pour le lien Armée-Nation, qui se doit d’être soutenue, encouragée et développée par le Ministère.

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Nous avons abordé « Paroles de soldats » ici

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Avec la colonel Marie-Dominique Colas et un sympathique ADJ du Service de Santé

Le Service de Santé des Armées était représenté au salon. Une première nous semble-t-il et on applaudit ; tout le monde connaissant le professionnalisme, le courage, l’abnégation, des praticiens militaires.

Il s’agissait pour nous, là encore, de retrouvailles, car nous avions eu l’honneur d’assister à la remise du prix de la Saint-Cyrienne au professeur (COL) Marie-Dominique Colas, pour son essai « Le visages des hommes » et d’échanger avec elle.

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Un très bon essai-témoignage, accessible à tous de par sa bonne pédagogie. Nous vous avons raconté notre soirée et abordé le livre ici

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En discussion avec Patrice Olivier et Jean-Marc Tanguy

Est-il nécessaire de présenter Jean-Marc Tanguy, alias « Le Mammouth », maître-ès journalisme Défense, blogueur, auteur prolifique.

Encore et toujours des retrouvailles, puisque nous croisons régulièrement Jean-Marc, sur les salons, à la Sidi-Brahim [fêtes des Chasseurs], à Coëtquidan pour le Triomphe et le Festival du livre militaire, mais aussi sur le pont Alexandre III, lors de tristes matins…

Dernières publications de Jean-Marc :

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Une beau livre-album, recueil de témoignages et photos, hommage aux femmes militaires. Beau sujet s’il en est. Tout à fait réussi. Nous y reviendrons sur le blog. En attendant, disponible aux éditions Pierre de Taillac ici

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Essai sur l’Escadrille des Opérations Spéciales (EOS) de l’Escadron 3/61 « Poitou ». De l’inédit ! Chez JPO Editions, disponible ici.

Mais aussi :

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Jean-Marc tente de rester incognito au resto (cela n’a pas marché)

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Enfin, un petit clin d’œil à la charmante CNE Céline, qui nous a gentiment transmis des invitations, ainsi qu’à tous ses camarades du SIRPA.

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Voilà. Une belle journée de plus au milieu de toutes ces femmes et tous ces hommes pour lesquels nous avons tant d’affection ; une journée riche en échanges, en rigolades, en émotions.

Quel bonheur de voir nos soldats mis en avant, lors d’un événement qui pourrait paraître, a priori, un rien « intello »…

N’y auraient-ils pas leur place ?

On se demanderait bien pourquoi, de par la qualité de leurs livres, la force de leurs témoignages. Mais nous reconnaissons une différence entre nos écrivains soldats et beaucoup d’auteurs du « microcosme » : l’humilité…

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09/03/2016

« Dieu désarmé », Padre Richard Kalka, aumônier militaire, autoédité

V2. Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Droits réservés. 

 

+ + +

Le centurion qui se trouvait devant lui, voyant  qu’il avait ainsi expiré, dit :

Vraiment, cet homme est bien le fils de Dieu.

Luc [15.39]

 

 

Il nous a fait sourire, le padre : « J'espère que vous ferez preuve de bienveillance en lisant mon livre... »

Comment ? Faire preuve de bienveillance, mon père ?

Richard Kalka, aumônier-para, Tchad, Rwanda, Irak, Centrafrique, Bosnie, Kosovo, Gabon, Afghanistan... Epervier ! Daguet !  Amaryllis ! Turquoise ! FORPRONU ! Barracuda ! (on passe les décorations).

Et vous nous demandez de faire preuve de bienveillance, padre ?

Vous avez vraiment le sens de l'humour !

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Ah, « Dieu désarmé » ! Derrière l’intelligence du titre, quelle belle remontée du Mekong…

Prenons cette image, le Mékong : La vie se compare-t-elle à un fleuve, coulant parfois gentiment, entre des berges champêtres, affrontant soudain des rapides, voire des Niagara ?

C’est, il nous semble, une mauvaise parabole : le flux n’a pas de mémoire.

Nous ne voyons pas la vie comme un fleuve, nous la voyons comme la Terre, au sens géologique du terme.

Faites une coupe : les states se superposent ; des couches de bonheur, de détresse, de métro-boulot-dodo, de désespérance, de joie immense, de drame… Une épaisseur recouvre la précédente, certaines se mêlent du fait des mouvements des plaques tectoniques  et des tremblements de Terre. Mais cela  reste  des strates, et notre vie les conserve toutes, en mémoire, dans nos cœurs, dans nos âmes.

Avec ce livre, le Padre, mec costaud, a pris sa pelle et a fait une belle tranchée dans sa Terre, exposant les strates de sa vie.

- Strates d’humour -

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Tchad, 1992

Tchad

Alors qu’un dîner de fête est organisé, alerte à l’aviation libyenne : "Tout le monde aux abris ! Padre, cette fois, c’est du vrai ! Venez avec moi !". (…) J’obtempère, sans oublier toutefois d’emporter les deux bouteilles de rouge abandonnées sur la table de la popote…

Tchad

Un Capitaine de l’armée tchadienne m’apporte tout fier une grande tasse de café au lait. Le café est très chaud. Avec précaution, j’en avale une première gorgée. Le goût de ce breuvage est absolument infect ! Je me fais violence pour en venir à bout… [Plus tard j’apprends que]  ce n’était pas du lait de vache, mais de chamelle. Et dans le désert, pour que ce lait ne tourne pas, les femmes l’arrosent avec leur urine…

Bosnie, lors d’une rencontre dans un « bouge » avec des partisans Bosno-Serbes

Le café nous a été servi, suivi d’un verre à moutarde plein à ras bord de Slivovica [eau de vie de prune]. Bien entendu, nous avons été tenus de le vider à la santé de nos hôtes. Le second verre, nous l’avons vidé aussi promptement à notre santé à tous. Une fois rassurés sur notre santé réciproque, nous avons pu entrer dans le vif du sujet.

Cambodge

Vol épique dans un hélicoptère MI-17 loué par l’ONU, piloté par un ex-soviétique, ivre-mort. Vol si tactique que le pilote se « prend un arbre » : Le côté gauche du cockpit est enfoncé, le pare-brise complètement éclaté, des branches d’arbre plantées dans la cabine de pilotage. (…) Le commandant de bord, un peu confus : « Y’a un oiseau qui nous a cogné ».

- Strates d’effroi. L’Apocalypse -

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Rwanda

Un groupe de dix soldats belges de la mission MINUAR est pris à partie par une bande Hutus, militaires et miliciens. Le chef de section, Thierry Lottin, un jeune lieutenant, est perplexe. Il se fait intimer l’ordre de déposer les armes (…) Son supérieur hiérarchique lui conseille d’abord de palabrer, puis, éventuellement, d’obtempérer. Une fois les armes en possession des miliciens Hutus, les Belges reçoivent l’ordre de s’allonger par terre. Avec des machettes bien aiguisées, les Hutus coupent un tendon d’Achille à chaque soldat, leur crèvent les yeux et leur sectionnent le nez. (…) Le lendemain matin, les soldats français trouveront, en bout de piste de l’aéroport les dix corps.

Rwanda

Goma. L’épidémie de choléra fait rage (…) 700 morts recensés le 21 juillet, 1700 le 22, 2000 le 23, 2200 le 24…

Rwanda

J’ai vu des gens, sans force, totalement résignés à leur sort, s’allonger sur les tas de cadavre pour mourir.

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Rwanda                       

Des mètres cubes de cadavres. La putréfaction et la masse. La masse et la putréfaction. Une montagne gigantesque de corps liquéfiés. L’Apocalypse.

- Strates d’Espérance -

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Rwanda, 1994

Cambodge

Le père Kalka se prend d’affection pour un jeune garçon, Bun Sreng. Il lui donne des cours de français. Le jeune garçon lui fait un jour une demande qui déconcerte le padre : Il lui demande de l’adopter, que ses parents sont d’accord, qu’ils sont pauvres, qu’il veut faire des études en France pour les soutenir financièrement. Evidemment, le père Kalka ne peut accéder à cette demande, somme toute dérangeante. Je ne développerai pas cette histoire, mais seulement sa conclusion : De retour en France, vers la fin de juillet, j’apprends ma nouvelle affectation : 3ème RPIMa à Carcassonne. Au mois d’août, je monte à Paris, et plus précisément à Roissy. Avec Anne et Bruno, nous accueillons Bun Sreng.

Rwanda, République Centrafricaine

Avec le soutien du Sergent-Chef Razny, le Première-Classe Dupont,  deux Caporaux-Chef du 6ème REG, Daniel Dietrich et Pierre Erbesol, le père prend en charge le dispensaire Saint-François-d’Assise, que les sœurs ont dû quitter. Véritable hôpital de campagne, le padre y procède à son second accouchement. L’expérience s'était déjà produite en République Centrafricaine, avec la naissance sur le bord de la route d’une petite Barracuda, prénommée ainsi par la mère en hommage à l’opération française… 

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Centrafrique, 1989

Ces strates d’Espérance sont le cœur même de la vie, de l’âme de Kalka. Son soutien aux soldats, par son écoute, sa présence seule (y compris dans des endroits situés stratégiquement en face des camps, où des filles... et tout ça.) (besoin d’un dessin ?).

Et la vie de terrain qu’il partage avec eux :

Le Terrain est ma paroisse de prédilection, mon lieu de prière, mon témoignage d’Evangile, mon mode de fonctionnement, ma manière de vivre, ma façon d’être…

Un aumônier se doit d’être un éclaireur dans l’opacité des évènements, un pasteur d’Espérance.

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Remise de la Croix de Guerre par le GAL Salvan, Bordeaux, 1991

Tant que naîtront et vivront des hommes tels que Richard Kalka, nous avons toutes les raisons d’espérer en l’Humanité.

***

Le père Richard Kalka est né en Pologne, sous le  joug communiste. Dans « Dieu Désarmé »,  cette partie de sa vie, toute son enfance, toute son adolescence à L’Est, est occultée, car ce n’est pas l’objet de son récit, dédié à son service d’aumônier.

Alors, si vous le permettez, le vieux Chasseur voudrait vous parler de sa rencontre avec l’Est.

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Le dit Chasseur, tout jeunot, en 1988 sur Alexanderplatz, Berlin Est, au côté de l'inévitable Trabant

L’Est.

La jeune génération ne peut réellement prendre conscience de ce que représentait, pour nous Occidentaux, l’Est ; ce « bloc de l’Est », caché derrière son « Rideau de Fer ».

Bien entendu, je ne suis pas à même d’évoquer la vie d’un petit polonais. Je voudrais simplement  raconter une histoire. C’est, d’un point de vue épaisseur, une infime strate de ma vie, mais si importante ; toujours si présente.

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Voici :

Fin 1987, mon Bataillon est désigné pour prendre  le relais d’un régiment basé à Berlin (Les accords d’après-guerre imposent un nombre fixe de soldats, américains, anglais, français. De ce fait, un régiment quittant Berlin-Ouest, même pour 2 mois de manœuvres, doit être remplacé).

Je sautille de joie ! Berlin !

Le premier soir de sortie, plutôt que de me précipiter dans un bar (cela viendra), je me lance dans une grande marche qui m’amène, vers 1 heure, 2 heures du matin, aux abords de la Porte de Brandebourg.

Le Mur passe devant ce fameux monument, situé à l’Est, et le Reichstag à l’Ouest, de mon « côté ».

Je m’engage entre le Reichstag et le Mur.

Je tombe sur des croix.

Des croix toutes simples, en tôle, peintes en blanc.

Sur chaque croix est inscrit un nom et une date. En lieu et place du nom, souvent, « Unbekannt », inconnu.

Une  croix pour chaque homme ou femme, abattu par la garde soviétique, alors qu’il tente de rejoindre l’Ouest.

Je regarde la dernière croix : « Lutz Schmidt, 12 février 1987 ».

Nous sommes en février 1988.

Une année auparavant, un jeune-homme de mon âge est mort, abattu, car il tentait de  traverser une ligne sur la Terre, tracée artificiellement par les hommes.

Derrière les croix se trouve un mirador avec un soldat russe. Je le regarde. Je ne vois qu’une silhouette, qu’une ombre, mais je sens, je sais, que lui aussi me regarde.

Je regarde à nouveau la croix de Lutz. Je prie pour lui et pour ses proches.

Je regarde à nouveau le soldat russe, je lui fais « coucou » de la main, et je prends le chemin du retour ; Quartier Napoléon, à Tegel.

Le 5 février 1989, un an après mon recueillement devant la croix de Lutz, Chris Gueffroy est abattu, en tentant de traverser le Mur.

Le 9 novembre 1989, c’est le Mur qui est abattu.

Je n’ai pas vu si le soldat Russe avait répondu à mon coucou. J’aime à le croire.Est.jpg

Lutz Schmidt         Chris Gueffroy

Voici, padre, ma première vision de l’Est où vous êtes né, ma vision de jeune Chasseur. Il n’y a pas de morale. C’est ma strate. C’est tout.

Et maintenant, cher lecteur, nous attendons votre question : « Mais, où est la strate Divine, dans la vie du padre ? »

Oh… Mais celle-ci n’existe pas…

Elle est saupoudrée partout. Des cristaux de quartz, qui étincellent…

 ***

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Né en Pologne, naturalisé français, le padre Richard Kalka est aumônier militaire depuis 1985. Déployé dans le cadre des principales OPEX des 35 dernières années, il a servi notamment au sein des 1er RPIMa, 2e REI, 3e RPIMa, 2e RIMa, 1er REC, 1er Spahis, 11e RAMa, 6e RPIMa, 8e RPIMa, 1er RHC, 3e RHC, 5e RHC, 4e RD, 6eRCS, 6èe BIMa, 17e RGP. Il est actuellement aumônier du 1er RCP à Pamiers et de la 11e Brigade Parachutiste à Toulouse.

 

 

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ISBN 978-2-9554952-0-9 – Prix 20€ port France inclus  - Format 21 x 15 - 220 pages, cahier-photo couleur

Une première édition, désormais épuisée, est parue aux éditions LBM.

Une seconde, notablement enrichie, est disponible en autoédition. Vous pouvez vous la procurer pour 20€, frais de port (France) inclus en contactant le padre :

Père Richard Kalka

Caillau - 09700 Saverdun

richard.kalka[at]orange.fr

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Avec notre très cher ami le padre Kalka

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Baptême d’un soldat, Arabie Saoudite,1991

« Je ne me suis jamais inquiété pour leur Foi. Au contraire, j’ai toujours eu la certitude qu’ils étaient croyants. A leur façon, certes, mais croyants. Bien entendu, peu de militaires pratiquent (…), peu importe : leur Foi est inscrite sur leurs visages, elle est manifeste dans ce qu’ils font, ils la respirent par tous les pores de leur peau.

Leur Foi est Amour et Charité. »

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Caporal Alexandre Van Dooren, mort pour la France au Mali, et sa fille Alison

« Ils ne sont pas morts pour des idées. Oh, non. Même pas pour celles qui sont (…) dans les beaux discours des grands de ce monde. Non, ils sont morts pour leurs amis, leurs parents, leurs camarades. Pour toi, Lydie. Pour  ceux qui, à côté d’eux, portaient le même sac et le même gilet pare-balles, qui suaient de la même façon, qui transpiraient les mêmes grosses gouttes de joie ou de colère, qui se dépassaient comme eux-mêmes se dépassaient, chaque jour un peu plus, quel que soit leur grade.

Ils sont morts pour ceux qui se demandaient, tout comme eux, ce qu’ils foutaient ici, dans ces belles montagnes et ces magnifiques vallées, qui puent la mort (…) derrière le sourire de certains qui affichent la politesse du félon.

Bien sûr, on prononcera leur éloge, on leur clamera des sermons et des panégyriques. On s’efforcera de noyer leur mort et la souffrance de leurs proches dans de belles paroles.

Mais eux, héros, la face à même le sol, ou dans le grand bleu du Ciel, ils prieront, toute une éternité, de cette prière sublime parce que céleste, quelles que soient leurs croyances et quelles que soient leurs convictions.

Pour toi, Christelle. Pour Odile qui attendra dorénavant tous les jours. Pour Anaïs, parce qu’elle aime de toute son âme. Pour Sandra et ses deux petits. Pour Aurélia. Pour Sandrine, son enfant et pour celui qui va naître bientôt. Pour Clémence. Pour Sandra et ses trois enfants. Pour Vinicia et son enfant. Pour Alice et ses cinq enfants. Pour tant d’autres, épouses, compagnes, mamans, papas… »

... et ils prieront pour nous, car nous sommes leurs frères et sœurs de cœur.

Ils prieront pour nous tous !

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Dernier saut militaire du padre, 2012

« La Conquête des cœurs est ouverte ! »

Padre Richard Kalka

 

 

 

 

10/02/2016

« Libérez Tombouctou ! », COL Frédéric Gout, ALAT, GAM « Hombori ». Editions Tallandier

Extraits et photos publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur. Droits réservés.

 


« Si nous sommes vainqueurs ici, nous serons vainqueurs partout. »

Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas

 


Si vous croisez un homme de Serval, vous n’avez qu’une chose à faire : lui manifester votre respect…

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Quelle autre attitude adopter devant « Ceux du Mali » ? Toutes ces femmes et tous ces hommes menant la charge dans le désert malien, dans des conditions dantesques, avec des moyens limités ; écrasant malgré tout, sans coup férir, les nouveaux barbares ; acclamés par une population sauvée d’un esclavage inscrit ; laissant sans voix nos amis anglo-saxons et leur habituel sourire en coin


Oh certes, un tel geste-hommage risquerait de surprendre ; l’humilité règne dans ce monde mili, qui s’efface lorsque les applaudissements retentissent, laissant le devant de la scène aux politiques. Reste que Serval est un Austerlitz du XXI° siècle; une victoire éclatante. Peut-être pas plus [la guerre n’est pas finie], mais certainement pas moins.

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Et voici donc, pour vivre par procuration cette superbe chevauchée, « Libérez Tombouctou ! », journal de marche du Colonel Frédéric Gout, commandant le Groupement Aéromobile de l’opération.


Mais nous avons parlé d’humilité et dans ce récit, elle se confirme : pas d’esbroufe. Il est vrai que le ton est donné dès les premières pages : par une coïncidence tragique, le Colonel apprend sa nomination à la tête du GAM, alors qu’une heure plus tôt il a été informé du décès au Mali du Lieutenant Damien Boiteux, un proche… Placez-vous dans ce contexte, alors que vous devez annoncer la nouvelle de votre départ « pour la guerre » à votre femme, vos enfants…


Evidemment, c’est l’aspect aéroterrestre de l’opération qui est à l’honneur dans ce récit, avec toutes les difficultés psychologiques et logistiques que l’on peut imaginer. Le moindre grain de sable (et Dieu sait qu’il y en a au Mali !) et patatras, report, voire échec, de l’opération planifiée, mise en danger des hommes au sol…

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Briefing avec le GAL Barrera. Le Colonel Frédéric Gout au fond. Photo via F. Gout.


Quelles ont été les conséquences des bombardements [de l’Armée de l’Air] ? (…) Qui sont ces hommes dont l’ambition est de contrôler le Mali ? Quelle est leur motivation ? Comment sont-ils équipés ? Quel est leur niveau de préparation au combat ? Nous en avons beaucoup débattu, mais quel est l’écart entre la théorie (souvent volontairement pessimiste) et la réalité.

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Tombouctou libéré. Photo via F. Gout


Après une période de grande intensité, je m’attends à plus de calme pour stabiliser les moyens. En deux semaines, nous venons de faire Pau-Bamako-Sévaré-Tombouctou, sans problème majeur, dans le respect parfait de ce qui était demandé. Mes subordonnés sont « dans le coup », malgré les conditions hors norme. Je prends les décisions, mais je suis entouré de femmes et d’hommes qui assument les responsabilités qui leur incombent. Je suis fier d’eux.

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Le tigre sort ses griffes. Photo ALAT


Nous sommes difficilement décelables, les caméras thermiques permettent d’observer de loin. A plusieurs kilomètres, nous sommes capables de voir avec précision tous les déplacements. En revanche au sein d’une ville, nous ne pouvons détecter un dispositif camouflé. Nos premières observations ne sont pas inquiétantes, les mouvements sont peu nombreux dans Tombouctou, mais obligent à redoubler de vigilance.

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Vol tactique au Mali. Photo via F. Gout


Il n’y a plus le choix. Je suis contraint d’appuyer les unités terrestres dans leurs combats de jour. Le Tigre est touché, mais l’accrochage a peut-être permis aux troupes débarquées d’éviter des pertes humaines. Une reconnaissance de nuit sur un terrain ne servirait pas, les djihadistes y sont invisibles, ils le connaissent parfaitement. Par ailleurs, le risque est de tomber dans des pièges ou des embuscades. Il me faut donc continuer à combattre en plein jour, dans des conditions peu favorables, il faut le reconnaître.

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Combats dans Gao. Photo Ministère de la Défense / ECPAD


Les troupes au sol ont la situation en main, mais aucune solution ne semble possible pour venir à bout de ces hommes déterminés et jusqu’au-boutistes. A tout instant, ils peuvent provoquer des pertes dans nos rangs, il est impossible de les approcher sans risquer le déclenchement des charges explosives. Positionné près du général Barrera au PC de la brigade, je propose de tirer un missile Hot à l’intérieur du bâtiment, en utilisant la porte d’entrée pour pénétrer (…) La Gazelle est en position au-dessus de notre PC, nous sommes à moins de quatre kilomètres, une bonne distance de tir pour atteindre la cible. Le général donne son feu vert. L’aire est sécurisée et les troupes françaises et maliennes à proximité se sont mises à l’abri du tir. Il m’arrive quelque chose d’unique : je donne l’ordre de tir à la radio et, juste après, j’entends au-dessus de moi le départ du missile.

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Adrar des Ifoghas, photo Ministère de la Défense / ECPAD


Nous sommes face à notre ennemi, nous avons été surpris, c’est tout. Nous savons désormais qu’il est présent dans l’Adrar des Ifoghas, mais il ne bénéficie plus de l’effet de surprise. En revanche, je dois multiplier les explications vers les autorités françaises, qui ne comprennent pas comment deux Tigre peuvent avoir été ainsi touchés. Les Tigre coûtent chers, nous n’en avons pas beaucoup en dotation. Les autorités y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux (…) Tout a été analysé. Nous avons fait des choix. Je porte la responsabilité de pertes hypothétiques, je dois peser chaque décision pour assumer mes ordres, sans être perturbé par leurs éventuelles conséquences. Demain les équipages retourneront au combat, sans état d’âme.


***


apres-deux-ans-en-bearn-un-colonel-s-efface-au-profit-d-un_856574_490x326.jpgSaint-Cyrien de la promotion « Général Delestraint », Frédéric Gout se destine à une carrière dans l’Artillerie des Troupes de Marine, mais c’est finalement vers l’Aviation Légère de l’Armée de Terre qu’il s’oriente, rejoignant le 3e RHC d’Etain. Pilote d’hélicoptère, il est déployé notamment au Tchad et en Ex-Yougoslavie. Basé à Djibouti en 1997, il participe à l’opération humanitaire « Shebelle » en Ethiopie. Après un passage à l’école de l’ALAT de Luc et son diplôme de l’Ecole de Guerre, il retrouve l’Ex-Yougoslavie comme assistant militaire à l’état-major de la SFOR. Avec le 1er RHC de Phalsbourg, il participe à l’opération Licorne en Côte d’Ivoire. Après un passage à l’Etat-Major, il prend la tête du 5e RHC et dans la foulée du Groupement Aéromobile de l’opération « Serval » au Mali, le GAM « Hombori ». Depuis 2014, il occupe des fonctions au sein de l’OTAN à Bruxelles. Le Colonel Gout est marié et père de 3 enfants.

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ISBN 979-1021008557 - Prix 18,90 € - Format 21,5 x 14,5 - 256 pages

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Aux éditions Tallandier


Disponible ici.

Page FaceBook du livre ici.

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Rencontre avec le Colonel Frédéric Gout à l’Ecole Militaire en juin 2015. De très nombreux échanges ont suivi. Nous remercions le Colonel pour son sympathique accueil et son soutien enthousiaste à Une Plume pour L’Epée. Merci aussi pour les belles photos inédites issues de sa collection, fournies pour illustrer cette recension !

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La bibliothèque « Ceux du Mali » s’étoffe de jour en jour : La lecture de « Libérez Tombouctou ! » peut d’ores et déjà être complétée par « Opération Serval » du Général Bernard Barrera, commandant les forces terrestres (*) ; « Envoyez les hélicos ! » du Colonel Pierre Verborg, commandant en second du GAM Homborori (*) ; « Offensive éclair au Mali » du Chef de Bataillon Rémi Scarpa, assistant militaire du GAL Barrera, déjà présenté ici ; et « Un prêtre à la guerre » du padre Christian Venard, abordé ici.

(*) Bientôt sur le blog !

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Hommage


Aux morts pour la France au Mali, au combat et en service commandé


LTN Damien Boiteux, 4e RHFS
SCH Harold Vormezeele, 2e REP
CPL Cédric Charenton, 1er RCP
BCH Wilfried Pingaud, 68e RAA
CPL Alexandre Van Dooren, 1er RIMa
CCH Stéphane Duval, 1er RPIMa
BCH Marc Martin-Vallet, 515e RT
SCH Marcel Kalafut, 2e REP
ADC Dejvid Nikolic, 1er REG
SCH Thomas Dupuy, CPA 10
CPL Baptiste Truffaux, 21e RIMa
SCH Alexis Guarato, CPA 10

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A nos frères d’armes africains, morts au Mali
70 Maliens, 38 Tchadiens, 2 Togolais, 2 Burkinabés, 2 Sénégalais.


Aux blessés,


A tous les soldats de Serval, de Barkhane, de la MISMA et de la MINUSMA,
A leurs proches.

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Certaines unités de l’Armée de Terre exposées dans les combats ont vécu des moments tragiques ; je considère que nous avons eu de la chance de ne pas subir le même sort. Je craignais la menace sol-air, si dangereuse pour nos hélicoptères. On retient souvent le nombre de missiles, de roquettes et d’obus tirés et, bien entendu, le nombre d’ennemis neutralisés. Est-ce vraiment l’essentiel ?

COL Frédéric Gout

 

 

 

 

18/01/2016

« Monclar - Le Bayard du XX° siècle », Fabienne Monclar, éd. Via Romana

 Extraits et photos publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. Droits réservés. 

 

"Quand le monde aura cessé de comprendre ce qu’est le sacrifice, les hommes ne sauront plus ce qu’aimer veut dire.

Ils ne comprendront plus que les exploits étaient accomplis et offerts, parce qu’ils n’étaient pas demandés."

Chesterton

 

 

Monclar est un nom qui devrait claquer dans le vent de l’histoire de France tel un fier drapeau national. Est-ce bien le cas ? On peut malheureusement en douter…

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Cette biographie est donc la bienvenue. Elle s’apparente d’ailleurs plus à des mémoires, le livre ayant été écrit par Fabienne, fille de Général Raoul Magrin-Vernerey dit Monclar, à partir des notes de son père et des témoignages de ses soldats.

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Monclar, debout au centre, convalescent après une nième blessure

Quelle injustice qu'un tel combattant soit tombé peu à peu (et sciemment ?) dans l'oubli ; jugez-en : tentative d'engagement dans la Légion à 16 ans. Saint-Cyrien, il fait toute la Grande-Guerre avec le 60e RI alias Royal Besançon Marine, dans un esprit très "Montmirail" (nom de sa promotion de l’ESM), charge en gants blancs, casoar ébouriffé par le vent ; blessé 7 fois, cité 11 fois...

Saint-Cyr avait cristallisé notre mystique, forte liqueur qui m’enivra toute ma vie. Nous y sommes entrés comme dans un ordre de chevalerie. Notre exaltation se renforçait de l’exaltation voisine, nous emportait et devenait puissante comme une marée. Nous avions tous le besoin d’agir. Nous étions partis avec le désir tout simple de nous offrir en sacrifice, renouveler la folie de la Croix. Ce fut l’ivresse de 14, puis la course à bout de souffle de 1915 qui nous donnèrent l’expérience de 1918.

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Monclar, au centre de dos, présente la 13e DBLE au général de Gaulle, Angleterre 1940

Entre-deux-guerres : pacification du Levant, s'appuyant sur les Alaouites (clin d'oeil à l'actualité...), du Maroc, du Tonkin. A la tête de ses Légionnaires de la 13e DBLE, il écrase les allemands à Narvik, seule victoire française de 39-40 ! En pleine Blitzkrieg, pour ne pas être fait prisonnier, il part en barque en Angleterre pour continuer le combat ; ses Képis blancs l’y rejoignent. De ce fait, il apporte à de Gaulle et la France libre sa seule unité constituée (souhaitant en son for intérieur poursuivre la guerre avec les Canadiens plutôt que les Anglais, qu'il ne porte guère dans son cœur). Campagne d'Erythrée où sa brigade française libre d'Orient prend Massaouah, faisant prisonniers 9 officiers généraux, 440 officiers et 14 000 soldats italiens !

« On raconte de lui, mais peut-être n’est-ce qu’une légende, qu’ayant entendu par hasard un de ses hommes mécontent d’une punition dire à ses camarades « je vais lui faire la peau », le Colonel s’approcha et lui donna son revolver chargé : « suis-moi, dit-il, nous partons en patrouille ». Il se promène pendant une heure, toujours suivi de son Légionnaire, et rentre au PC sans encombre. «Tu avais dit que tu me tuerais et tu ne l’as pas fait ; tu feras huit jours de salle de police. Cela t’apprendra qu’un Légionnaire ne doit jamais mentir. »

D’ap. Colonel Sassi, Narvik.

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Monclar et ses Légionnaires, Levant 1941

Et puis se présente la campagne du Levant : il refuse de combattre les Français restés fidèles à Vichy, il refuse que ses Légionnaires combattent d'autres Légionnaires... Dès lors il est laissé à l'écart par de Gaulle (qui "pousse" son second, Koenig) et ne participe pas à la reconquête de la métropole... Il poursuit cependant le combat, en Syrie et au Liban, contre les mouvements indépendantistes arabes soutenus par l'Angleterre (contrôle du pétrole, déjà), dans l'indifférence générale d'une France fêtant la victoire.

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Au centre Rollet, à sa gauche, Monclar. Indochine, entre-deux-guerres

Le sourire revient lorsqu’il retrouve ses Légionnaires, dont il devient inspecteur général, nouveau "père Légion" après Rollet qu'il a croisé en Indochine.

C’est l’aventure qui amène le plus de monde [à la Légion]. Il reste toujours des gens dont, durant l’enfance, l’imagination s’est nourrie de grandes chevauchées, de grands coups de sabre des cavaliers de Sobieski ou de Murat. Il y a aussi, pour les peuples des brumes du Nord, la nostalgie de la mer bleue, des chaudes contrées du Sud. Il y a encore tous ceux dont les aspirations ne s’engrènent pas avec le prosaïsme, la platitude du monde moderne, qui entendent la musique d’un autre monde, qui fuient les conditions sociales et économiques d’une société qui se réduit et que sa veulerie voue à la décrépitude.

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Monclar en Corée avec le GAL Douglas McArthur

Pour un dernier clin d’œil au destin, à la veille de la retraite, il se porte volontaire pour prendre le commandement du Bataillon français de l'ONU en Corée. Il abandonne pour cela ses étoiles de général pour les barrettes panachées de lieutenant-colonel. Le bataillon, dans des conditions dantesques dignes de la Grande-Guerre, se couvre de gloire, forçant l’admiration des Américains.

Le Général décède en 1964 alors qu'il est Gouverneur des Invalides, plaçant toute son énergie dans le soutien aux blessés de guerre et anciens combattants.

Qui n’a entendu résonner les tambours assourdis et voilés, leur roulement lourd et lent comme le pas d’un homme à l’entrée du cercueil dans la chapelle, ignore le culte des traditions militaires qui vont faire retentir par les clairons crêpés la sonnerie aux morts, comme sur le champ de bataille, le chant d’adieu des hommes à leurs frères d’armes (…) Sous la voute, les chœurs y vibrent comme si ces voix venaient d’ailleurs, d’un monde sans pesanteur évoquant une veille de résurrection sur un de ces champs de bataille que l’on espère. Dieu viendra visiter parmi les premiers et désignant les vaillants et les humbles, Il réveillera ceux qui sont morts debout.

Fabienne Monclar, obsèques de son père à Saint-Louis des Invalides

***

Ce valeureux Saint-Cyrien-Légionnaire, catholique fervent, officier le plus décoré de France, gaulliste critique, à qui l’on doit des victoires éclatantes, mérite tout sauf l'oubli de la Nation.

Merci à sa fille Fabienne de le remettre à l'honneur grâce à ce livre-épopée très réussi, très complet, superbement écrit.

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ISBN 979-1090029873 - Prix 25€ - Format 20,5 x 13,5 467 pages, cahier-photo.

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Aux éditions Via Romana

Disponible ici

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Avec Fabienne Monclar au salon des Ecrivains Combattants 2014

*

Donnez-nous la force et la vaillance,

De vivre debout, officiers de France.

Notre nom est un nom de victoire ;

Il est le vôtre, Général Monclar.

Chant de la 171e promotion de l’ESM de Saint-Cyr "Général Monclar"

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Les soldats sont ces fous que Dieu aime. Ils ne savent que se sacrifier. La République les a envoyés se battre pour bâtir des pays divisés et ensanglantés par des rivalités tribales, les pacifier, y construire des hôpitaux, des écoles. Mais la politique reprend ses droits, ses calculs.

Quant aux militaires, tout est perdu ; fors l’honneur, qui n’a pas de prix.

Général Monclar 

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10/12/2015

Commandos-Paras en Indochine, Fusiliers-Marins en Algérie et Gendarmes en Afghanistan

Extrait publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés.

 

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« L'épreuve du guerrier », CDT (h) Jean Arrighi, Commando-Para, régiment de Corée et Légionnaire. Indo Editions

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Commando-Parachutiste du 8e GCP 1953. Photo issue du Net.

Lorsque les deux têtes roulèrent dans le trou, on eût dit que les voix infernales, subitement assourdies, se taisaient et s’éloignaient ; ce fut comme si la nuit, brusquement, envahissait le monde, comme si la civilisation d’un seul coup s’en retirait et comme si, enfin, une ombre gigantesque, poussée par la mort, descendait dans la fosse pour y fermer les yeux de ces martyrs…

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« L'épreuve du guerrier » par le CDT (h) Jean Arrighi. Un grand ancien ; que l'on en juge : Guerre d'Indochine au sein des Commandos-Parachutistes, Commandos Nord-Vietnam et Régiment de Corée, prisonnier du Vietminh après les combats de la RC19 entraînant l'anéantissement du GM100, Guerre d'Algérie après avoir intégré la Légion...

Le livre est une suite de récits, instants vécus par l'auteur ou rapportés (par exemple un très intéressant rappel des combats contre les Japonais en 1945, histoire aussi tragique que méconnue). Il s'agit aussi d'un plaidoyer pour les soldats impliqués dans ces guerres de « décolonisation ». C’est admirablement écrit, avec de belles envolées lyriques rappelant un certain Hélie de Saint-Marc…

Chez Indo Editions, disponible ici. 

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Avec le Commandant Jean Arrighi, Salon des Ecrivains-Combattants 2014

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 Le GM100 anéanti sur la RC19. Photo issue du Net.

Et alors, perdu dans ma contemplation, parmi ces cadavres et tous ces feuillets épars au vent, mouillés des larmes des familles, des femmes et des fiancées, il me semblait entendre, venant à moi de fort loin, de très très loin, vieille Europe et Afrique confondues, un agglomérat de gémissements de douleur, des cris de désespoir, que ces deuils soudain trop nombreux me renvoyaient en échos prodigieux, plaintifs, insoutenables. Tous ces faire-part de détresse, repoussés et jetés alors sur la route, enlevés comme par un vent de colère, trainant au hasard sous mes pieds plus heureux, j’évitai de les piétiner, comme j’évitai les corps de ce charnier maudit.

***

 

« Aurore aux portes de l'enfer », Lucien-Henri Galéa, DBFM. Editions Lavauzelle

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Halftrack en Algérie. Photo issue du Net.

« - Eh !!! Attention !!! »

Suivi de sa queue de flamme, un obus de bazooka arrive droit sur l’engin. Lulu donne un grand coup de botte sur la tête du chauffeur qui hurle et, fort heureusement, accélère. L’obus frôle l’arrière. Le jet de flamme brûle les yeux d’Arthur qui reste pétrifié, avant d’exploser dans le no man’s land. HT2 n’a pas attendu tout ça pour cracher des tous ses tubes de mitrailleuses en direction du départ de feu.

Les engins se découpent en ombre chinoise, sur le ciel à présent bien éclairé par cette pute de Lune. Un deuxième obus file vers HT2, heurte un poteau du réseau, explose dans un bruit fracassant en projetant des débris dans tous les azimuts. (…) A ce moment, des cris s’élèvent du no man’s land. Accompagnés par un tir de mitrailleuses lourdes, une vingtaine de Fels montent à l’attaque.

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« Aurore aux portes de l'enfer » par Lucien-Henri Galéa, Fusilier-Marin. Un récit romancé, retraçant l'épopée d'une bande de camarades, engagés volontaires en 1960, de leur formation à Siroco (école des FM à Alger) aux patrouilles et combats le long de la frontière marocaine, à bord de leurs Half-Tracks. Un bon récit, bien mené, qui se lit d'une traite, rendu très vivant par les nombreux dialogues écris "comme on cause" et qui aborde un secteur méconnu du théâtre d'opération algérien. Un bel hommage aussi aux Fusiliers-Marins, dont les témoignages sont (encore trop) rares.

Aux éditions Lavauzelle. Disponible ici.

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Lucien-Henri Galéa,18 ans, Bab el Assa 1961. Collection de l’auteur.

Neuf mois ! Il faut neuf mois pour faire un petit homme. Ici, en neuf mois, il ne reste qu’un seul survivant des Dalton. Ce survivant, ce n’est pas un petit homme ; c’est un autre homme, un mutant, qui a compris que la guerre n’est pas un jeu et que la gueuse à la faux frappe sans discernement, les copains comme les ennemis. Que Dieu maudisse ces politiques qui, le cul bien à l’abri, envoient leur jeunesse se faire trouer pour des chimères, et une fois que leur jeu pervers leur a pété à la gueule, les renvoie sans un mot de remerciement à la niche. Lui est riche. Riche des souvenirs que lui ont laissés ses copains. Ils seront à ses côtés tout au long de sa vie.

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« POMLT, Gendarmes en Afghanistan », COL Stéphane Bras, EGM 11/3, 13/3. Editions Anovi

Photos inédites issues de la collection du Colonel Bras. Droits réservés. Merci de ne pas les diffuser sans son aval (nous consulter).

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Ces hommes [de la Police afghane] font d’abord preuve d’un courage exemplaire. Habitués aux situations les plus difficiles après trente années de guerre, ils ne nous ont jamais opposé le moindre refus pour partir en opérations. C’était d’ailleurs parfois à nous de les freiner, tant leur courage pouvait tourner à l’inconscience et à la catastrophe programmée.

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Je ne dépeins pas non plus une image idyllique de l’ANP [Afghan National Police]. Durant les sept mois du mandat, il nous a régulièrement fallu rappeler à l’ordre, avec tact et diplomatie, nos partenaires afghans. Ainsi les policiers, et leurs chefs en tête, sont incapables de planifier la moindre opération. Tout se prépare dans l’improvisation la plus totale.

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Un béret bleu-roi en Afgha, cela vous dit quelque-chose ? Non, ce n'est pas l'ALAT et son cobalt... c'est celui des Gendarmes ! Très peu le savent, on en conviendra. [Pour les fans d'uniformologie : béret de la FGE, Force de Gendarmerie Européenne].

Et qui sait que, pendant la campagne, de 100 à 200 gendarmes étaient déployés pour former la police du pays ? Pas grand monde non plus, on en conviendra aussi. Et c'est injuste.

Saluons donc l'initiative de cette publication du (très sympathique !) COL Stéphane Bras, qui, en 2010, dirige des gendarmes mobiles de l'EGM 11/3 de Rennes et 13/3 de Pontivy en Kapisa et Surobi, dans le cadre des POMLT (Police Operational Mentor and Liaison Team / Équipe de Liaison et de Tutorat Opérationnel de la Police). Il aborde tous les moments de l'OPEX : mise en condition en France, stratégie pour l'essentiel à inventer, relève des hommes du 17/1 de Satory et 23/9 de Chauny, missions avec les policiers afghans, éternelle dualité "confiance/méfiance" (infiltration talibane/tir "Green on Blue"), adaptation obligatoire au contexte "culturel" (horaires fantaisistes, corruption "raisonnable"), rapports avec les Terriens de la Brigade Lafayette ; ses impressions sur tout cela...

Indispensable pour compléter sa bibliothèque sur les Afghaners ; les Gendarmes en étaient ! Il ne faut pas l'oublier et nous saluons leur action.

Aux éditions Anovi, disponible ici.

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Avec le COL Stéphane Bras au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr, 2015

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Nous nous sommes régulièrement posé la question de la corruption et de la confiance que nous pouvions accorder aux policiers. J’ai fini par penser que la corruption était un facteur culturel en Afghanistan et qu’il s’avérait utopique de vouloir la faire disparaitre totalement. Lorsque les gendarmes de Tora ont entrepris la mise en œuvre de postes de contrôle sur la Highway 7 par les policiers qu’ils « mentoraient », ces derniers ont accueilli très favorablement cette idée, expliquant qu’ils pourraient ainsi récupérer de l’argent et des denrées auprès des conducteurs arrêtés ! Dans ces conditions, et même si cela peut paraître choquant hors du contexte local, nous avons opté pour un respect strict de nos valeurs lorsque nous accompagnions les policiers (…) tout en étant ni dupes, ni naïfs sur les pratiques lorsqu’ils évoluaient seuls. Au final, je dirais que « nos » policiers étaient « raisonnablement » corrompus…

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Au centre, le Colonel Stéphane Bras

Progressivement, les Afghans nous gratifieront d’accolades et de poignées de mains interminables pour nous témoigner leur sincérité. Ils nous appliqueront en fait leurs us et coutumes et je verrai dans ces effusions et autres démonstrations chaleureuses une forme de respect réciproque (…) Je m’amuserai de cette façon si particulière de saluer en me gardant bien de prévenir mes supérieurs de la forme d’accueil qui leur sera réservée. Car quoi de plus surprenant pour un général ou un colonel de gendarmerie qui rencontre pour la première fois un officier de l’ANP que de se voir embrasser par un grand gaillard barbu !

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23/11/2015

Mili-reportage : Salon des Ecrivains-Combattants 2015

© Blog Milittéraire - Une Plume pour L’Epée. Photos Natachenka. Merci de nous consulter si vous souhaitez en réutiliser.

 

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14 novembre 2015. Lendemain d’une date qui restera à jamais gravée dans nos mémoires. Les yeux marqués par la nuit blanche, passée devant nos télés ou au téléphone, prenant des nouvelles de tous les proches potentiellement sur les lieux des attaques, la question s’est évidemment posée, légitime : quid du Salon des Ecrivains-combattants ? Nous avons appelé les organisateurs. « Oui, le salon est maintenu ». Dès lors, pas d’hésitation : les écrivains-combattants ne se repliaient pas, ils entraient dans une forme de résistance. Alors, nous aussi. Direction le salon !

Débutons par des retrouvailles.

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Faut-il présenter le GAL Bernard Barrera ? C’est bien lui qui, à la tête de sa vaillante Brigade Serval, avec le soutien de nos amis Tchadiens et Maliens, a écrasé les djihadistes au Mali. Sa présence était tout un symbole…

Nous terminons justement la lecture de son « Opération Serval ». Un superbe journal de marche, mettant en lumière l’une des plus éclatantes victoires de notre armée, laissant la part belle à toutes les femmes et hommes de l’opération, quelles que soient leurs fonctions (toutes sont stratégiques ; honneurs aux fantassins, paras, cavaliers, sapeurs, artilleurs, mais pas de réussite sans transmissions, logistique, matériel, santé…), ainsi qu'à nos alliés africains et belges. Un récit très humain, très terrain, bourré d’anecdotes, de rappel à d'autres époques, la guerre froide, la Bosnie, ses chers Chasseurs, appelés du 2e, engagés du 16e… Et puis un homme bien sûr très pro, mais aussi formidablement ouvert, accueillant, disponible et éminemment sympathique. Voilà, c’est dit, des fleurs bleues cerise et jonquille, méritées, quitte à mettre le Général, toujours d’une très honorable modestie, dans l’embarra J

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« Opération Serval », GAL Bernard Barrera. Prix spécial de l’Armée de Terre Erwan Bergot 2015. Editions du Seuil. Disponible dans toutes les bonnes librairies et sites du Net.

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Retrouvailles avec le LCL Hubert le Roux. Vous devez déjà tous connaître (et avoir lu !) « Paroles de Soldats », co-écrit avec Antoine Sabbagh. Une série de retranscriptions d’interviews de combattants des différents théâtres d’opérations, du Liban à la RCA en passant par la Bosnie, l’Afgha, le Mali… Un « must read » comme disent nos amis anglo-saxons. Pour ceux qui, malgré tout, le découvriraient, vous en saurez plus en lisant notre recension ici

Nous en profitons pour remercier Hubert de nous avoir introduits auprès du Vice-Amiral  Xavier Païtard, membre du conseil de l’association des Ecrivains-Combattants, auquel nous renouvelons tout notre soutien à son beau projet… [teasing : nous n’en dirons pas plus… pour le moment…].

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« Paroles de Soldats », LCL Hubert le Roux & Antoine Sabbagh. Editions Tallandier. Nous l’abordons ici

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Et nous voici avec le Commissaire des Armées (CNE) Julien Eche, qui présentait « La nuit africaine », récit romancé inspiré de son déploiement en Côte d'Ivoire peu après la guerre civile. Là encore une réussite, une autre façon d’aborder la littérature militaire, une autre vision du soldat  et le succès du livre (déjà réédité) est là pour le prouver. Comme il s’agit d’un roman, nous ne l’avons pas abordé sous forme de recension mais il figure dans une de nos rubriques « Milittérature » ici

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« La nuit africaine », Commissaire des Armées Julien Eche. Editions L’Harmattan. Voir ici

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Le salon est évidemment l’occasion de rencontrer de nouveaux auteurs. Voici notre « moisson 2015 » :

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A tout seigneur tout honneur, nous voici au côté du COL (r) Fred Moore, dernier Chancelier de l’Ordre de la Libération, Grand-croix de la Légion d’honneur. « Cela fait quelque-chose » de rencontrer un tel personnage, l’un des acteurs de la Libération de la France, engagé dans les FFL le 1er juillet 40 (il a rejoint l’Angleterre le 19 juin), expédition de Dakar, Levant avec les Spahis marocains, campagne d’Egypte et de Lybie, bloque a deux reprises les blindés germano-italiens en Tunisie, combat du Djebel Fadeloun, débarque en 44 en France avec la 2e DB, libération de Paris où il prend part à la prise de l’Ecole Militaire et du Bourget, libération de Strasbourg, de La Rochelle et campagne d’Allemagne… Longue conversation avec Fred, heureux de partager une foultitude d’anecdotes et vous comprendrez qu’il n’en manque pas !

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« Toujours Français Libre ! », COL (r) Fred Moore. Editions Elytis. A commander chez votre libraire préféré(e) ou sur le Net.

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Vous connaissez notre affection pour les Légionnaires. Nous n’allions donc pas rater l’occasion de discuter avec Jean Cornuault. Là-encore, quel parcours : entré à 17 ans dans les FFI, il participe à la libération de Saumur et de la poche de Saint-Nazaire. Engagé chez les Paras, il effectue un premier séjour en Indo. A son retour il intègre Saint-Cyr puis le prestigieux 1er BEP. De retour en Indochine, chef de section, il participe aux terribles combats de la RC4. Deux fois blessé il est capturé et passe 4 ans dans les geôles viet-minh. Puis c’est l’Algérie avec le 1er REP et 21e RTA. En 64, il est chef de bataillon au 9e RCP puis attaché-militaire adjoint à Moscou car il maîtrise le russe… Il quitte l’armée en 1970 pour entamer une carrière de juge d’instruction. Cela impressionne, non ? Hé bien oui, mais Jean Cornuault, comme tous les autres, a été particulièrement chaleureux, proposant même de faciliter un voyage au Vietnam (pays qu'il connaît comme sa poche) en partagerant ses tuyaux. Grand ancien, charmant monsieur.

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« Du sabre à la toge  - Itinéraire d’un parachustiste ». Jean Cornuault. Chez IndoEditions. Disponible ici

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Enfin, une rencontre que nous attendions avec impatience. Cela fait en effet quelque temps que nous avions "repéré" le COL Philippe Cholous et son « Deux ans dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan ». Après le COL Stéphane Bras auteur de « POMLT, Gendarme en Afghanistan », l’occasion de revenir sur ces hommes en bleu (même s’ils portaient des treillis camouflés…) et réparer une injustice, car qui sait que de 100 à 200 gendarmes ont formé les policiers afghans et apporté leurs conseils à leurs chefs ? Pas grand-monde et c’est anormal !

Alors, une fois de plus, vous allez dire que nous trouvons tous les soldats très sympas, mais, que voulez-vous, c’est le cas, et notre gendarme costaud, au passé de marsouin, n’a pas dérogé à la règle.

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« Deux ans dans les pas de Zamaraï Païkan, général et héros afghan », COL Philippe Cholous. Editions Lavauzelle. Disponible ici

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Site de l’association des Ecrivains-Combattants ici

Nous ne présentons ici que six auteurs parmi les dizaines présents et nous en sommes les premiers désolés. Tous les autres auraient mérité un petit coup de projecteur. C’est bien évident. L’offre milittéraire est vaste et c’est tant mieux. A vous de vous rendre aux prochaines éditions de ce salon, sur le stand du Ministère de la Défense du salon du Livre de Paris, au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr (et au moins un autre salon est en gestation, du côté des Gendarmes ; nous soutenons évidemment cette belle initiative. Nous n’en dirons pas plus pour le moment, mais une piste).

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Voilà ce que fût notre journée du 14 novembre 2015. Gardant dans nos pensées les victimes et leurs proches, saluant le courage des policiers et militaires, le professionnalisme des pompiers, des personnels de secours et hospitalier, nous sommes allés déjeuner au *resto* et nous avons passé l’après-midi avec ces soldats-auteurs, porte-paroles de leurs camarades, avec, au fond de nos cœurs blessés, un petit message aux barbares :

Regardez, « Mesdames » et « Messieurs » (sic) les Djihadistes. Avons-nous l’air d’avoir peur ?

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*

 « Entendez-vous, dans nos campagnes, mugir ces féroces soldats ?

Ils viennent, jusque dans vos bras, égorger vos fils, vos compagnes.

Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons ! »

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Photos publiées sur notre page FaceBook aux lendemains des assauts à Saint-Denis et Bamako

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01/11/2015

Monsieur Tchad, Chasseur ardennais en Bosnie, Chasseur alpin Afghaner-romancier et Chasseur à pied artiste et poète

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Suite de l’exploration de notre milibibli, dont vous retrouverez la première partie ici et la seconde . Cette fois, nous sommes éclairés par le chef de l’opération « Tacaud » sur l’imbroglio tchadien dans les années 80 ; nous accompagnons un frère d’armes belge, Chasseur Ardennais, en Bosnie ; nous revivons l’Afghanistan en mode romanesque grâce à un Chasseur alpin ; et nous  laissons la place à l’art et la poésie militaire (mais oui !) grâce à un Chasseur à pied.

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« Face à Kadhafi  - Opération Tacaud », GAL Pierre de Tonquédec, Para-Colo

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Le président Goukouni et le GAL Pierre de Tonquédec. Photo DR issue du livre.

En arrivant au pouvoir, chacun des présidents que le Tchad a connu depuis son indépendance est parfaitement conscient de l’absolue nécessité de réunir « tous les fils du Tchad » et de s’affranchir des redoutables clivages ethniques. Pourtant, très rapidement, chacun se met à redouter la « machination », le complot fomenté par des ethnies autres que la sienne et s’entoure, pour se protéger, de sa famille (…) Cette aveuglante méfiance, cette hantise du complot déforment les jugements et finissent par perdre les tenants du pouvoir (…) Dans un tel contexte les oppositions prospèrent, déstabilisant le pays et contraignant Paris à des interventions successives (…) Mais la France elle-même a sa part de responsabilité.

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« Face à Kadhafi  - Opération Tacaud » par le Général Pierre de Tonquédec, « Monsieur Tchad ». Le Général, issu des Troupes de Marine, y a en effet servi à trois reprises : commandant à Abéché puis chef de l’Etat-Major franco-tchadien à Fort-Lamy en 1970-72 ; Commandant de l’opération Tacaud en 1979-80 ; Enfin en 1987, inspecteur d’Epervier.  Un livre pour tout comprendre de l’imbroglio tchadien dans les années 70-80. Le temps a passé, le pays s’est largement pacifié et notre ancienne colonie figure désormais comme notre premier allié militaire africain. Souvenons-nous des 36 Tchadiens morts au Mali en combattant à nos côtés. Souvenons-nous aussi des 158 soldats français morts au Tchad entre 1968 et 2014. Hommage à eux et aux blessés.

Aux éditions Belin [Soteca]. Disponible ici

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Avec le GAL Pierre de Tonquédec au Salon des Ecrivains-Combattants 2014

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« Commandant de Compagnie - Lettres de Bosnie », COL Bruno Smets, Chasseur Ardennais, Belgique 

 

Janvier 1994

FIG 7.JPGJe voudrais comprendre ! Quel est le cadre général de ma future mission ? Quels sont les acteurs en Bosnie ? Que devons-nous y faire ? Quelles sont les raisons de notre présence dans cette contrée ? Quelles sont les lignes de front entre les belligérants ? Où la guerre s’arrête-elle ? La zone de Vitez est-elle sûre ? Quelles sont les règles d’engagement particulières à l’opération ? (…) Comme unité subordonnée [à un bataillon anglais] dois-je suivre et appliquer la législation britannique ou belge ? Je ne sais rien de tout cela et je ne serais pas surpris que personne en Belgique ne puisse me donner une réponse claire et précise à toutes ces questions. Nous sommes lancés à l’aventure, advienne que pourra ! 

Photo : Briefing à Santici, lors de l’arrivée du premier « lift ». A droite Bruno Smets

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Avril 1994

FIG 4.1.JPGStari-Vitez [est] un quartier chaud de Vitez où une minorité de Bosniaques reste encerclée par des Croates. Ils y vivent retranchés et barricadés dans l’angoisse permanente d’être attaqués par des milices croates extrémistes. Il s’agit donc d’un nid de résistance bosniaque (musulman) au sein même de la poche croate de Vitez qui est elle-même encerclée par d’autres Bosniaques, eux-mêmes entourés de Serbes et de Croates. Simple la situation en Bosnie, non ? 

Photo : Ruines de la mosquée d’Ahmicci.

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Juin 1994

FIG 13.JPGJ’ai assisté, comme toutes les semaines maintenant, à la réunion hebdomadaire entre les commandants des brigades croate et bosniaque. A les voir assis ensemble autour d’une table, en train de boire du cognac à dix heures du mat’, j’ai parfois du mal à croire que début janvier – il y a à peine six mois – ils se tiraient dessus comme des lapins.

Photo : Rencontre entre les autorités militaires croates et bosniaques à Suha Voda. A droite Bruno Smets

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Septembre 1994

FIG 28.1.pngDe retour au pays, je m’enquiers de ce qui a été écrit sur notre odyssée bosniaque. Je feuillette les revues militaires et articles de presse ; je ne trouve quasi aucune trace de notre passage en Bosnie. Il est bien connu que les trains qui arrivent à l’heure ne font jamais les gros titres de l’actualité.

Photo : La compagnie « BELBOS » derrière son capitaine Bruno Smets, 3.8.1994 Marche-en-Famenne

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Place aux frères d’armes belges ! « Commandant de Compagnie - Lettres de Bosnie » relate, au travers des lettres envoyées à sa femme, le déploiement en Bosnie du Colonel Bruno Smets, alors capitaine, commandant d’une compagnie de Chasseurs Ardennais. Formant le détachement « BELBOS » (pour Belgique-Bosnie), unité sous commandement britannique, Bruno et ses hommes font tampon entre Bosno-Croates et Bosno-Musulmans. Un bon récit, intime, mettant en exergue les difficultés rencontrées par les casques bleus, quelle que soit leur nationalité, en ex-Yougoslavie.

Le livre est disponible sur le site de Bruno ici (attention, plus beaucoup d’exemplaires en stock…). 

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Avec le Colonel Bruno Smets, qui représentait la Belgique au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan en juillet dernier.

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« Le vent d’Alasay », Michel Sègre, Chasseur alpin

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Photo Thomas Goisque

Nous ne possédons rien, Tofan, que notre cœur et les actes que nous accomplissons. Les massacres perpétrés contre mon peuple m’ont appris que les hommes doivent d’abord être jugés sur ce qu’ils font, plutôt que sur l’appartenance à une famille, un clan ou une tribu. Se battre pour préserver la paix et la liberté est une cause noble ; se battre pour asservir les autres à ses propres lois ou parce qu’ils pensent et vivent différemment est un mal impardonnable. Peut-être ta lâcheté au combat est-elle d’abord le fruit de ton orgueil ? Le seul djihad qui vaille, mon ami, est celui que l’on mène contre soi-même pour être un homme droit, juste et bon.

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Derrière le pseudo de  Michel Sègre se cache un militaire qui connait bien l'Afghanistan pour y avoir mené ses hommes à la victoire [nous vous laissons deviner de qui il s’agit]. L'auteur saisit l'occasion du roman, non pour prendre des libertés avec la réalité, mais pour présenter des points de vue variés : histoires croisées entre Chasseurs alpins en Kapisa, talibans et familles en France. Très bien mené, suspens à la clé. Intéressant de le  lire en parallèle à « Task Force Tiger » du COL Nicolas Le Nen...

Disponible chez l'éditeur Artege ici

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Avec le « mystérieux » J Michel Sègre , au Salon des Ecrivains-Combattants 2013

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« Soldat protecteur de notre liberté », Jean-Louis Martinez, Chasseur à pied

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Dessin Jean-Louis Martinez

J’ai froid.

En voyant mes frères morts, je me mets à penser :

« Je dirai à leurs proches qu’ils sont morts en héros ».

Mais que dis-je ? Comment les prévenir,

Si mon corps est sans vie, allongé sur cette piste.

Mon Dieu, ouvrez cette porte de l’Au-Delà,

Que je rejoigne mes frères, morts au combat.

« L’embuscade », hommage à « Ceux d’Uzbin »

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« Soldat protecteur de notre liberté » par Jean-Louis Martinez, autoédité. Un petit recueil qui mêle dessins et textes/poèmes en prose. Vraiment joli, vraiment réussi (et émouvant) (et de beaux coups de gueules aussi). Et puis, un beau livre d’un frère Chasseur à pied (Jean-Louis s’est engagé en 1975 au 2e GC), cela fait plaisir…

La première édition a vite été épuisée mais, heureusement, une seconde impression a été lancée et le livre est à nouveau disponible sur le site de Jean-Louis ici. Et, autre bonne nouvelle, un tome 2 est en préparation !

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A suivre…

 

 

 

 

 

08/10/2015

« Les Chemins de Diên Biên Phu », Franck Mirmont, Heinrich Bauer, 2e BEP, Jean Carpentier, 28F, Jean Guêtre, CNV 45, Pierre Latanne, 5e BPVN, Bernard Ledogar, 6e BPC, Jean-Louis Rondy, 1er BEP. Ed. Nimrod.

Extraits et photos (*) publiés avec l’aimable autorisation des auteurs et des éditions Nimrod. Droits réservés. Merci de nous consulter si vous souhaitez en réutiliser.

 

Ce sera une guerre entre un tigre et un éléphant. Si jamais le tigre s'arrête, l'éléphant le transpercera de ses puissantes défenses. Seulement le tigre ne s'arrêtera pas. Il se tapit dans la jungle pendant le jour pour ne sortir que la nuit. Il s'élancera sur l'éléphant et lui arrachera le dos par grands lambeaux puis il disparaîtra à nouveau dans la jungle obscure. Et lentement l'éléphant mourra d'épuisement et d'hémorragie. Voilà ce que sera la guerre d'Indochine.

Ho Chi Min

 

Les grandes batailles - en premier lieu les grandes défaites - finissent toujours par s’inscrire dans l’imaginaire collectif parées d’une aura opéra-tragique-aux-accents-wagneriens. Diên Biên Phu ne fait pas exception à la règle : L’Indochine et son mal jaune ; des paras pain-pour-les-canards ;  un ange prénommé Geneviève ; des collines-holocaustes portant des noms de fiancées, « Anne-Marie », « Eliane », « Huguette » ; des prisonniers « walking dead »… 

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Nous inscrivant dans cette dynamique, nous aurions pu aborder le livre de Franck Mirmont et de ses six co-auteurs vétérans d’Indo en mode « romantique » : parachutage charge-chevaleresque à l‘Azincourt, corps à corps à-coup-de-pelle-bêche à l’Alésia, dernier carré on-vous-em* à la Waterloo, crépuscule d’un Empire à la Sedan. Cela aurait certainement « fonctionné » car tout cela est compris dans cette bataille. Cependant, nous l’aurions vécu comme une forme de malhonnêteté : c’est que, voyez-vous, « Ceux de Diên Biên Phu » - en tous cas les rares survivants des combats et des camps - sont là. Nous avons eu l’honneur de croiser leurs regards. Nous avons écouté leurs silences. Nous  avons lu « Les Chemins de Diên Biên Phu ». Alors, nous renvoyons tout romantisme aux calendes thermopyliennes pour prendre à notre compte leur part d’effroi, ce qu’eux-mêmes vivent toujours, au jour le jour, 60 ans après ;  de prendre notre part de « cela ».

Avant de prendre contact avec chacun de ces « anciens », je ne savais rien de leur vie ni de leurs opérations. Je n’avais pas cherché à rencontrer des héros, des guerriers ou des soldats d’exception. Je voulais juste parler de « gens ordinaires » que le destin avait projetés au cœur de la guerre d’Indochine. J’ai découvert combien la route qu’ils avaient parcourue avait été longue. A plusieurs reprises, ces « gens ordinaires » avaient été confrontés à des événements ou à des drames extraordinaires. A ce que le légionnaire hongrois résumait d’un simple mot : « cela » ; un mot qui lui faisait baisser la tête et noyait ses yeux tant il refermait à lui seul de souvenirs et de violence.

Franck Mirmont

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PC du COL Gaucher, 13e DBLE. © Nimrod/Rondy

Le Général Cogny réclame le silence.

« Vous allez être parachutés au-dessus de cette zone reproduite ici en miniature et qui se situe à 300 kilomètres à l’ouest d’Hanoï. Il s’agit de réoccuper cette région au cœur du pays thaï, vide de toute présence française, et d’y créer une base aéroterrestre, un bon point d’amarrage à partir duquel l’Armée pourra rayonner et contrôler, sinon empêcher, les déplacements du Viêt-Minh (…) Imprégnez-vous de la géographie du lieu, de sa topographie, des emplacements et des points caractéristiques qui vous aideront à vous repérer en arrivant au sol.

Un dernier mot. Cette zone a pour nom Diên Biên Phu. »

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Lessive dans la rivière Nam Youm. © Nimrod/Rondy

La troupe prend ses habitudes. Très tôt le matin, après la petite sortie équestre à travers le cantonnement du Lieutenant Decours, excellent cavalier, qui a récupéré un petit cheval thaï, c’est le départ vers le « chantier » [construction du camp retranché]. A midi, pause casse-croûte avec le monotone ordinaire de Fleury Michon, jusqu’au jour où, lassé de manger l’éternel bœuf-carottes ou mouton-haricots des boîtes de rations, le caporal-chef F. fait la surprise de ravitailler la section en viande fraîche et de servir de bons biftecks grillés appréciés par tous, même par le Lieutenant Decours. Et ce dernier, d’une naïveté désarmante, se désolera de ne plus  trouver son cheval, qu’il ne reverra jamais – et pour cause.

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Le médecin Lieutenant Rondy sur l’épaisse couche de remblais constituant le toit de son infirmerie-blockhaus, construite solidement à son initiative, suscitant quelques moqueries (A quoi bon ?). Une des rares  constructions du camp à avoir résisté au bombardement viêt-minh. © Nimrod/Rondy

Ignorants du danger qui couve, les officiels viennent se faire prendre en photo à Diên Biên Phu avant de s’émerveiller devant les camps de tente, les alvéoles à découvert de l’artillerie lourde, la piste d’atterrissage et ses avions parfaitement alignés ou encore les quelques abris creusés qui résistent parfaitement aux infiltrations de pluie, mais dont la structure ne saurait arrêter un obus.

(…)

Au cours de cette même période, les tirailleurs annamites reçoivent un nombre incroyable de télégrammes les rappelant dans leurs foyers, pour des raisons de santé. Un père est malade, une mère est souffrante, une grand-mère  est en train d’accoucher, une tante est mourante… Parallèlement, les paysans thaïs de la vallée commencent à prendre le large. Au fil des jours, des villages entiers se vident et finissent par être complètement désertés.

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Un C119 de transport détruit lors des premiers bombardements. © Nimrod/Rondy

17h10, l’artillerie viêt délivre toute sa puissance de feu. Une véritable grêle d’obus s’abat sur le camp avec précision et de manière ininterrompue. Lorsque les premières salves tonnent, les légionnaires du 1er BEP sont tout d’abord persuadés qu’il s’agit de l’artillerie du point d’appui Isabelle qui a ouvert le feu au sud, tant cette densité de feu leur semble impossible du côté viêt-minh. Mais il faut rapidement se rendre à l’évidence puisque ces tirs pulvérisent leurs propres positions. Les obus tombent par paquets de quatre ou de huit pour une efficacité maximale, à raison d’une dizaine d’obus à la minute pendant plusieurs heures. Plusieurs avions qui n’ont pas le temps de décoller sont foudroyés dans leurs fragiles alvéoles. Un dépôt d’essence s’embrase. L’intensité du feu continue d’augmenter dans un crescendo incroyable jusqu’à ce que la nuit tombe en se teintant de lueurs rouges.

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Tandis que le C119 brûle en arrière-plan, les véhicules et les infirmiers ramassent les blessés. © Nimrod/Rondy

Jean-Louis Rondy voit apparaître les premiers « fantômes » de Diên Biên Phu. Ces hommes au visage hagard et au treillis déchiré ou ensanglanté sont les rares légionnaires du 3e bataillon de la 13e DBLE à avoir échappé à la chute de leur point d’appui Béatrice, submergé vers 2 heures du matin à l’issue de combats au corps à corps venus solder cinq assauts successifs. Moins d’une vingtaine d’hommes, sur plus de 400, ont survécu aux vagues de bodoïs [fantassins viêt-minh] qui sont venues s’échouer contre leurs barbelés.

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[Le Légionnaire Matzke] a reçu une balle en plein visage qui lui a arraché la moitié de la mâchoire et les caillots de sang qui se forment dans sa gorge risquent désormais de l’étouffer. Le médecin lieutenant Rondy réagit tout de suite. Il sort un fil et une aiguille de sa trousse de secours, perce la langue du blessé et relie celle-ci au treillis de l’homme en tirant sur le fil afin que la langue pende en dehors de la gorge sans entraîner d’étouffement. Le lieutenant Desmaizières, qui assiste à la scène, interroge Rondy sur les soins qu’il vient de prodiguer.

« Il ne fallait surtout pas qu’il avale sa langue ».

[trois jours plus tard]

Alors que Desmaizières se redresse, un obus éclate devant lui. Il s’effondre, porte machinalement la main à son menton et constate que celui-ci a disparu. Sa bouche n’est plus qu’un immense trou, la peau de ses joues déchiquetées pend dans le vide. Il repense alors au geste qu’a fait le médecin lieutenant Rondy quelques jours plus tôt et il tire sur sa langue pour ne pas s’étouffer avec le sang ou les éclats de dents qui inondent sa gorge. Il rejoint un des chars d’appui tout en trouvant la force d’aider un légionnaire à l’épaule fracassées à avancer. 

[il sera évacué dans un des derniers avions sanitaires à quitter le camp].

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La saison des pluies arrive, transformant les positions et leurs maigres abris en véritables bourbiers. Tout commence à manquer. Les hommes sont en guenilles, d’autres ont vieilli d’un seul coup et d’autres encore ne sont plus capables de résister à la fatigue. Les têtes sont vides, les corps sont épuisés. Un jour, Bernard Ledogar découvre une boîte de ration qu’il dévore aussitôt, tant sa faim est grande. Son repas achevé, il s’endort dans son trou avant d’être bientôt réveillé par une sensation étrange. La boue dans laquelle il est couché semble prendre vie. Des frissons lui parcourent le corps, comme autant de caresses légères et glacées. Il s’agit d’une myriade d’asticots qui viennent d’être libérés par l’explosion du ventre gonflé d’un cadavre, emprisonné dans une gangue de boue, sur lequel il s’était endormi sans s’en rendre compte.

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Charge de « bodoïs », image de propagande.

Les explosions des obus laissent la place à quelques coups de sifflet ou sonneries de trompe. C’est le signal adressé aux bodoïs pour qu’ils montent à l’assaut (…) Il faut les laisser venir jusqu’à mi-pente de la colline, attendre l’ordre d’ouverture du feu, garder les poings serrés contre la crosse du fusil-mitrailleur ou le doigt contre la détente tout en espérant que les barbelés fourniront les quelques précieuses secondes nécessaires pour ralentir cette marée humaine et provoquer des ravages dans ses rangs. 

(…)

A peine les chargeurs sont-ils vidés qu’ils sont aussitôt remplacés pour que les armes puissent rependre leur assourdissant staccato. Les canons des armes chauffent rapidement, à tel point que cette chaleur se propage jusqu’aux chargeurs qui en viennent à bruler les mains des soldats lorsqu’il leur faut les remplacer. Bernard Ledogar tire, tire et tire encore. Il a l’impression que son FM va lui exploser à la figure tant le canon rougeoie dans l’obscurité. Il voudrait bien pisser dessus pour le refroidir, mais il n’en a pas le temps (…) Il a beau tirer, rien ne paraît ralentir l’avancée de l’ennemi. Bientôt, il est à court de munition (…) Bernard Ledogar empoigne sa pelle-bêche.

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Photo ECPAD/Daniel Camus via éd. Nimrod

Un silence de mort règne dans l’abri, avec pour seuls sons insoutenables le grincement lancinant des dents de scie sur la jambe. Subitement, le médecin lieutenant Madelaine ralentit le rythme de son mouvement.

« Heinrich, tu continues ».

Le sergent Bauer s’interroge quelques instants mais, sans poser de question, il prend le relais du médecin en même temps qu’un infirmier le remplace pour continuer à immobiliser le blessé. Tandis que le sergent poursuit l’opération restée en plan, le médecin lieutenant Madelaine va s’adosser contre une paroi de l’abri. Il exhale un long soupir, sort un paquet de cigarettes de sa poche et en allume une. Il tire une première taffe, ferme les yeux en recrachant lentement la fumée, puis renouvelle son geste machinalement.

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Le 7 mai, après les grondements de l’artillerie ennemie qui n’ont cessé de se faire entendre dans toute la plaine, un grand silence vient recouvrir le camp comme un linceul.

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Prisonniers de Diên Biên Phu

Bernard Ledogar s’inquiète de sa blessure au bras. Il n’avait jamais osé soulever le chiffon faisant office de bandage jusque-là, mais la plaie lui occasionne désormais des démangeaisons insupportables et il se résout à défaire le pansement pour voir ce qu’il y a dessous. L’odeur de putréfaction qui émane de la plaie lui fait craindre le pire. Alors qu’il déroule la bande de tissu, un flot d’asticots s’échappe de sa blessure pour tomber par terre. 

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Jean Carpentier prisonnier au camp 42 (photo issue d’un film de propagande viêt-minh)

Les trois viêts semblent hésiter un moment sur la manière d’utiliser cet appareil, puis ils se décident. Le nouveau venu s’empare des câbles électriques s’achevant par une pince crocodile et vient fixer celle-ci sur l’un des testicules de Jean Carpentier. Il n’y a cependant pas de ressort sur cette pince et l’homme décide d’en refermer les mâchoires de manière artisanale. Il l’enroule dans un fil électrique qu’il passe ensuite autour d’une tige de fer, puis fait tourner cette tige sur elle-même afin de resserrer la pression sur les mâchoires. La douleur se fait de plus en plus grande, emprisonnant le testicule, l’écrasant, puis finissant par le broyer subitement, à la manière d’une coquille d’œuf.

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Pour s’assurer qu’un malade est bien mort, il suffit de constater l’immobilité du corps lorsque les mouches viennent pondre dans les plaies, la bouche ou les narines du cadavre. Chaque fois que cela est possible, et tant que l’odeur de putréfaction ne vient pas chasser celles des diarrhées ou de vomissures, les infirmiers gardent les cadavres deux ou trois jours de manière à disposer de quelques rations de riz supplémentaires qui leur auraient été servies de leur vivant. Ces morts ne sont enterrés que lorsque l’odeur devient vraiment trop insupportable. 

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Jean Carpentier se sent totalement vidé, dépourvu de toute force physique et morale. Il ne voit plus désormais aucune lueur d’espoir, rien qu’un horizon noir peuplé de fantômes décharnés et dévorés par la vermine. Il éprouve une envie irrésistible de se laisser couler, de disparaitre pour ne plus sentir ses boyaux se tordre sous l’effet de la faim, ne plus affronter l’innommable, ne plus espérer en vain, simplement fermer les yeux et oublier.

 

***

Franck Mirmont est le pseudonyme d’une personne bien connue dans le monde de la littérature militaire. Il ne souhaite pas se mettre sur le devant de la scène, nous respecterons ce vœu. 

AB4_1_DBP.jpgHeinrich Bauer est né en 1930 à Kassel en Allemagne. Elevé dans une « Napola » (les Nationalpolitischen Erziehungsanstalten, internats de l'enseignement secondaire destinés à former l'élite de l’Allemagne nazi), errant de ferme en ferme à la fin de la guerre, il intègre comme nombre de ses compatriotes la Légion. Sergent infirmier, parachuté sur Diên Biên Phu avec le 2e BEP, prisonnier, il survit aux camps. Il quitte la Légion en 1955. 

AB3_DBP4.jpgJean Carpentier naît en 1931 dans la région d’Amiens. Engagé dans la Marine en 1948, il est formé à l’école des apprentis mécaniciens (« Les Arpettes »). Mécanicien volant de la flottille 28F sur Privateer, son avion est abattu lors d'une nouvelle mission sur Diên Biên Phu. Fait prisonnier, il est torturé dans les camps et en conserve de graves séquelles. Il quitte le service actif en 1965, se reconstruisant psychologiquement grâce au soutien de sa chère Josette.

 

AB3_DBP1.jpgJean Guêtre est né en 1920 à Amiens. Engagé dès 1939 au 2e RCA, il débarque à Toulon avec la 1er RCuir. Après la reconquête de la France, il est blessé en Autriche. ADC en Indochine il combat dans le delta tonkinois avec le Commando Nord-Vietnam 45 puis 32 « Senée », tentant de desserrer l’étau sur Diên Biên Phu. Jean Guêtre est malheureusement décédé avant le projet de livre, mais avait pris soin d’écrire ses souvenirs et les transmettre à ses enfants. 

 

AB3_DBP2.jpgPierre Latanne naît en 1929 à Lourdes. EOR, il rejoint successivement les 18e RIPC et 3e BPC. Sous-Lieutenant du 5e BPVN, il est parachuté à deux reprises sur Diên Biên Phu, la seconde fois en plein combat. Gravement blessé, il survit aux camps et poursuit sa carrière dans l’Armée, en particulier au SDECE (Contre-Espionnage) qu’il quitte en 1990 avec le grade de Général. 

 

 

 

AB3_DBP3.jpgBernard Ledogar est né en 1933 en Alsace. Engagé en 1953 au 6e BPC, il est parachuté sur Diên Biên Phu. Force de la nature, combattant valeureux maniant la pelle comme arme de corps à corps, blessé plusieurs fois, il est fait prisonnier et survit aux camps. Il quitte l’armée après la guerre d’Algérie.

 

 

 

AB3_DBP51.jpgJean-Louis Rondy naît en 1926 à Paris. Il fait le coup de feu en 1944 contre l’occupant et s’engage dans la foulée au Régiment de Marche du Tchad avec lequel il fait la campagne d’Allemagne. Intégrant Santé Navale, il est le médecin du 1er BEP à DBP. Survivant des camps – il pèse 43kg à sa libération - il poursuit sa carrière dans l’Armée, notamment en Afrique. 

 

 

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Conférence (passionnante !) au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan – De gauche à droite le COL Rondy, le SGT Bauer, l’éditeur Nimrod. © UPpL'E

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ISBN 978-2915243628 – Prix 23€ – Format 23x15, 576 pages, cahier-photo

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Aux éditions Nimrod, disponible ici

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Le livre est utilement complété par un essai du même auteur : « La Guerre d’Indochine vue par la CIA ». 

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Avec le COL Rondy et le SGT Bauer au Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan 2015. © UPpL'E

Nous tenons à remercier l’auteur qui nous a mis dans la confidence de son projet dès sa genèse (l’œuvre de sa vie, dixit J), nous donnant l’impression de faire partie de l’aventure (nous avons même tenté d’aider à fouiner dans les archives russes sur DBP (Natachenka a ses entrées J)). Nous n’oublierons pas nos déambulations dans Coët’ aux côtés des beaux Légionnaires Jean-Louis Rondy et Heinrich Bauer, se tenant bien droits, recevant, sourire espiègle et regard pétillant, les hommages des Cadets. Nous nous souviendrons de cette longue et touchante conversation avec Jean Carpentier et sa chère Josette. Nos pensées vont vers Pierre Latanne, dont le témoignage est déchirant ; et vers Jean Guêtre, qui veille désormais sur nous et doit être fier de ses descendants qui ont œuvré pour le devoir de mémoire en partageant ses écrits. Et nous allons conserver précieusement notre livre collector car dédicacé par les cinq co-auteurs survivants (superbe cadeau-surprise des éditions Nimrod qui savent à quel point leur attention nous a touchés) avec une mention spéciale pour Bernard Ledogar, dont l’écriture n’a jamais été le fort, mais a tenu à nous manifester son amitié – certainement l’une des plus belles dédicaces de notre milibibli. 

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Avec le COL Rondy et le SGT Bauer lors de la remise du prix des Cadets 2015, Saint-Cyr Coëtquidan. © UPpL'E

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Hommage

Aux morts pour la France à Diên Biên Phu et partout ailleurs en Indochine,

Aux victimes de la barbarie viêt-minh dans les camps [taux de mortalité des prisonniers : 70%]

Aux blessés physiques et psychiques,

A tous les combattants de l’Union Française.

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Le 4 octobre 2013, le général viêt-minh Võ Nguyên Giáp, vainqueur de Dien Bien Phu, disparaissait. Le ministre français des affaires étrangères lui a rendu un vibrant hommage :

J’ai appris avec émotion le décès du Général Giap. Ce fut un grand patriote vietnamien, aimé et respecté par tout son peuple pour le rôle éminent et fondateur qu’il a joué pour l’indépendance de son pays.

Il était profondément attaché à la culture française et parlait d’ailleurs parfaitement notre langue. Le Général Giap fut un grand patriote et un grand soldat. Alors que la France et le Vietnam sont devenus désormais des partenaires stratégiques, je salue aujourd’hui la mémoire d’un homme exceptionnel et présente mes profondes condoléances à sa famille et au peuple vietnamien. 

Nous nous réjouissons, nous aussi, de la réconciliation franco-vietnamienne.

Cependant, il nous semble que le ministre aurait dû modérer son éloge funèbre d'un « mais cela ».

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Survivant de Dachau ? Non. Survivant des camps viêt-minh.

Il n’y a qu’une seule chose qui permette à Jean-Louis Rondy de rester en vie. Un sentiment de haine absolu envers ces fanatiques qui, au nom de leur lutte pour l’indépendance et la liberté, cherchent précisément à éradiquer toute indépendance d’esprit et liberté de penser. Il lui arrive parfois de songer au camp de Dachau qu’il avait approché fin avril 1945. Une autre guerre, un autre monde, une autre horreur absolue. Mais au moins, les gardes des camps de concentration n’essayaient pas de convaincre leurs prisonniers de crier « Heil Hitler ! » tandis qu’ils les précipitaient vers la mort.

Franck Mirmont, Les Chemins de Diên Biên Phu.

 

 

 

 

 

 

 

© Blog Milittéraire - Une Plume pour L'Epée. (*) Certaines photos sont issues du Net, sans que nous ayons été en mesure de retrouver les ayant-droits.

 

04/09/2015

Marin sur les fleuves d'Indo & pilote de Corsair en Algérie, chef des FS au Kosovo, Commissaire des armées en CdI, valeureux Poilus et déroute djihadiste au Mali

 

Poursuivons la visite de notre bibliothèque militaire, entamée ici

Cette fois-ci, nous revivons les combats d’un grand-ancien d’Indochine et d’Algérie. Nous accompagnons au Kosovo le chef des Forces Spéciales françaises et en Côte d’Ivoire un Commissaire des Armées. Nous visitons la base de Nancy-Ochey, tanière des Muds alias Mirage 2000D. Nous nous posons des questions sur nos valeureux Poilus et nous concluons, grâce à l'assistant militaire du chef des opérations terrestres de Serval, avec la brillante victoire de nos soldats sur les djihadistes au Mali !

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« De Saïgon à Alger », LV Bernard Bachelot, Dinassaut 6, 14F, 12F

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LCM en patrouille fluviale, Indochine

Certains hommes se sont finalement endormis couchés les uns sur les autres. A la surface du fleuve, l’eau phosphorescente scintille. Les remous font danser le reflet des étoiles et les lucioles transforment un palmier en arbre de Noël. Un souffle d’air fait vibrer le feuillage. Ce frémissement provoque un malaise. Et toujours le croassement lancinant des crapauds-buffles. Les guetteurs viets, tapis dans ces branchages, doivent écouter le passage du convoi. Les oreilles se tendent. Le bruit sourd d’un tam-tam. Est-ce la peur ? Non, le rythme est plus net maintenant : les Viets donnent l’alerte. Deux coups brefs, un coup sourd. Pam, pam, poum… pam, pam, poum… Les doigts se crispent sur les armes.

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Corsair de la 14F partant en mission depuis la base de Telergma dans le Constantinois, Algérie. Photo Bachelot

Le napalm s’enflamme à une vingtaine de mètres au-dessus de la grotte. Bien décidé à réussir ma deuxième attaque, je garde une ligne de vol parfaitement horizontale et attends « le plus tard possible ». J’appuie sur le bouton et tire violemment sur le manche. Le sommet de la falaise apparaît au-dessus du nez de mon appareil, trop haute me semble-t-il pour être franchie. Trop près de la montagne, je ne peux dégager en virage. En un mouvement reflexe, je pousse à fond la manette de gaz et accentue fortement ma pression sur le manche. Ma cellule se met à vibrer violemment, je suis à la limite du décrochage. La falaise fonce sur moi.

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L’exode, Alger, 1962.

Un choc, une blessure. En cet instant ma vie bascule. Un monde – le mien – s’effondre. Des valeurs essentielles auxquelles j’avais appris à croire et à être fidèle – patriotisme, honneur, parole donnée… - ont toutes été violées. Ne sont-elles plus désormais respectables ? Terrible déception qu’accompagne un sentiment de révolte qui, des années durant, me rongera et qui, 45 ans après, reste encore vivace.

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« De Saïgon à Alger » par le Lieutenant de Vaisseau Bernard Bachelot, EN48. Un monsieur discret, rencontré lors du salon des écrivains-combattants 2013, et pourtant un grand ancien : il a combattu de 51 à 53 sur les fleuves de Cochinchine, au sein de la Dinassaut 6, Flottille Amphibie Indochine Sud, avant de devenir pilote de l'Aéronavale, flottilles 14F puis 12F dont il prend le commandement. Formé aux Etats-Unis, c'est aux commandes de son Corsair qu'il intervient lors de la campagne de Suez puis de la Guerre d'Algérie - époque déchirante pour lui, Bernard étant pied-noir, amené à bombarder sa propre maison de famille… L'issue du conflit sonnera d'ailleurs le glas de son engagement militaire. Très beau récit.

Aux éditions L'Harmattan, disponible ici.

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Avec le LV Bernard Bachelot au Salon des Ecrivains-Combattants 2013

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 « L’Europe est morte à Pristina », COL Jacques Hogard, Légionnaire

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Miliciens de l’UÇK [milice indépendantiste Albano-Kosovare]

Une embuscade vient d’être déclenchée par l’UÇK sur un convoi de civils serbes, deux cents tracteurs emportant hommes, femmes et enfants, sur la route reliant Pec à Mitrovica. Je fais effectuer une reconnaissance par un hélicoptère armé qui me rend compte de la position des éléments de l’UÇK. Je lui demande alors de tirer quelques rafales de semonce afin de les contraindre à décrocher et cesser cette agression inqualifiable sur des civils armés. 

Quelques minutes plus tard, je suis, à ma très grande surprise, appelé à la radio par le Général britannique Mason qui m’enjoint de faire cesser les tirs contre ses SAS ! Je réalise alors que les éléments de l’UÇK qui se livrent à cette embuscade (…) sont encadrés – au minimum accompagnés- par mes « frères d’armes » des Forces Spéciales britanniques…

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« L’Europe est morte à Pristina » par le COL Jacques Hogard, Légionnaire, commandant le groupement interarmées des Forces Spéciales françaises au Kosovo, GIFS « Grakaniko », vétéran du Rwanda dont il a tiré un premier récit « Les larmes de l’honneur », que nous avons abordé ici

Dire que le conflit au Kosovo a été « compliqué » est un euphémisme, l’implication occidentale pouvant (devant) faire débat. Jacques ne s’en prive pas, battant en brèche certains choix militaro-politiques Otaniens [il démissionnera d’ailleurs de l’Armée après cette OPEX]. L’Histoire jugera. En attendant, nous ne pouvons qu’espérer que les communautés serbe et albanaise trouvent le chemin d’une coexistence pacifique… Et souvenons-nous des neuf soldats français morts au Kosovo, entre 2000 et 2009. Hommage à eux et aux blessés.

Aux éditions Hugo Doc. A commander chez votre libraire ou sur le Net.

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Avec le COL Jacques Hogard, notamment après sa conférence sur le Kosovo à l’IDC en mai 2014

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« La nuit africaine », Commissaire des armées (CNE) Julien Eche

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La Vierge aux larmes de sang, œuvre de Sandre Wambeke inspirée du livre de Julien Eche

Les Français nous prennent pour des gosses souriants : l'Afrique heureuse, qu'ils disent. Un peu comme si nous n'étions pas assez civilisés pour avoir l'air grave. C'est qu'ici, jeune homme, nous savons dès la naissance que nous sommes mortels comme tous les hommes, et que la finalité, c'est la cendre. Alors la vie doit être heureuse, joyeuse, rythmée et agréable. 

Vous autres Blancs, imaginez repousser sans cesse la mort, elle entre par trop en considération dans vos calculs ; il n'y a pour vous que l'épargne d'une vie, la position sociale, les chimères que votre société a inventé pour plus de richesse qu'il n'est physiquement possible (...) Alors vivez, oui, vivez ! Enchantez la vie des autres et faites en sorte d'être heureux, quoi qu'il vous arrive; Cela n'a rien de primitif. C'est au contraire la plus grande des sagesses.

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« La nuit africaine » par le Commissaire des Armées (CNE) Julien Eche est un récit romancé, inspiré de son déploiement en Côte d'Ivoire peu après la guerre civile : Un jeune officier part à la tête d'une petite unité pour montrer la présence française dans la brousse. Un parcours initiatique, vu initialement par le narrateur comme une aventure "à la capitaine Binger" (qui rallia Dakar à Kong à la fin du XIX°), mais qui, au gré des rencontres et évènements, ira bien au-delà de l'imagerie exotique véhiculée par les affiches ventant la Coloniale dans les années 30. Une belle histoire, bien menée et profonde. Pas seulement une autre vision de l'Afrique, une autre vision du soldat aussi...

Aux éditions L'Harmattan. Disponilbe ici.

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Avec le Commissaire des Armées Julien Eche

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« Dans le repaire du Mirage 2000D – Nancy-Ochey », Alexandre Paringaux, photographe

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Ses équipages sillonnent les cieux des Balkans, de l'Afrique, de l'Asie centrale et de l'Afghanistan. Cette omniprésence repose certes sur des matériels performants, en perpétuelle amélioration, permettant de répondre aux défis technologiques d'engagement toujours plus exigeants. Mais elle repose surtout sur les femmes et les hommes de la base aérienne de Nancy-Ochey qui permettent de répondre en permanence aux sollicitations opérationnelles. Quelle que soit leur spécialité, toutes et tous sont des rouages indispensables dans la performance de la BA 133. Dévoués et pugnaces, ils démontrent au quotidien un engagement sans faille, en dépit d'un environnement difficile. Les opérations menées au Kosovo, en République Démocratique du Congo, en Afghanistan, en Lybie ou encore au Mali attestent de leur engagement militaire et de leur abnégation.

Colonel Louis Péna, Commandant de la Base aérienne 133 « Commandant Henry Jeandet »

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« Dans le repaire du Mirage 2000D – Nancy-Ochey » n’est qu’un exemple parmi toute une série de beaux livres publiés par le photographe Alexandre Paringaux et Frédéric Lert, journaliste aéro de référence. On trouve en effet, dans la même collection, des ouvrages dédiés à ER 2/33 « Savoie », EC 3/3 « Ardennes », la Patrouille de France, les bases de Saint-Dizier, Mont-de-Marsan, Salon-de-Provence, les Forces Aériennes Stratégiques, le porte-avions Foch… Des livres-albums où l’on retrouve évidemment de superbes photos d’avions, mais aussi les hommes qui les font voler, les arment et les entretiennent ; ceux qui font fonctionner la base ; ceux qui la protègent. L’ensemble est visuellement remarquable, accompagné d’un texte fouillé et de nombreuses interviews. A chaque fois une petite bible, tant le sujet est traité avec exhaustivité. Attention, les tirages s’épuisent vite…

Aux éditions Zéphir. Disponible ici

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« Le petit quizz de la Grande-Guerre », Grégoire Thonnat

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De qui s’agit-il ? 

De nos cinq arrière-grands-pères, combattants de la Grande-Guerre en France et Russie ; Abel, Ernest mort pour la France, Gaston, Fiodor et Vassilï

 

Si les taxis parisiens sont rentrés dans l’Histoire avec les « taxis de la Marne », qu’ont-ils fait qui écorne un peu le mythe ?

Ils ont mis les compteurs afin que les autorités militaires règlent la course !

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Avec « Le petit quizz de la Grande-Guerre » de Grégoire Thonnat, nous sortons évidemment de notre  contexte « récit de soldat », mais ce livre mérite un coup de projecteur, bien qu’il soit d’ores et déjà un succès de librairie (25 000 exemplaires vendus). Il est composé d’une centaine de questions/réponses sur des évènements clés, anecdotes, idées reçues... Une manière ludique d’aborder la Première Guerre Mondiale, pour un prix modique (moins de 5€). L'Education Nationale pourrait tout à fait l’utiliser dans la cadre du Centenaire... (puisque l'on parle de pédagogie innovante, passons à l'acte). 

Aux éditions Pierre de Taillac. Disponible ici. A noter, dans le même esprit et par le même auteur, le « Petit quizz de la Marine ».

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Avec Grégoire Thonnat et les éditeurs Pierre de Taillac et Nimrod, aux Invalides pour le centenaire de l’ECPAD

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« Offensive éclair au Mali », CBA Rémi Scarpa, 92e RI

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« Rapaces » de la 4e Cie du 92e RI au combat dans les rues de Gao. Photo ECPAD/Jérémy L, issue du livre.

Les « Cent jours » de l’offensive les avaient soudés ; la chaleur étouffante n’avait distingué ni les grades ni les armes d’origine ; l’ennemi, tenace et imprévisible, avait été vaincu par l’effort conjoint des combattants, ceux de l’avant, commandés par des états-majors réactifs, des logisticiens et des transmetteurs, des pilotes et des mécaniciens (…) Cette victoire des armes de la France, c’était celle de l’union, chère au cœur du Général de Monsabert  , l’union des armes, des âmes et des cœurs.

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« Offensive éclair au Mali » par le CBA Rémi Scarpa, Gaulois du 92e RI. Ouvrage qui restera comme la référence sur Serval. En premier lieu, qui aurait été plus légitime que le CBA Scarpa, assistant militaire du GAL Barrera commandant les forces terrestres, pour écrire un tel livre ? Ensuite, vous y trouverez toutes les informations sur l’organisation de la force, le déroulement de l’opération au jour le jour, les unités impliquées (avec une large place laissée au Soutien, Transmetteurs, Tringlots, Logisticiens…), le matériel employé, les alliés africains, les insignes et fanions, des plans, les hommages à ceux qui sont tombés… le tout accompagné de témoignages. En sus, des clichés *sublimes* de l’ECPAD ou issus des collections particulières de nos combattants (ce qui en fait aussi un beau livre-photo). « Et c’est pas fini… » J En bonus, un film de 55 mn réalisé par l’ECPAD.

Aux éditions Pierre de Taillac. Disponible ici.

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Avec le CBA Rémi Scarpa, Salon du Livre de Paris 2015 & Prix littéraire de l’Armée de Terre – Erwan Bergot.

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A suivre…

 

 

 

 



04/08/2015

Festival International du Livre Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan & Triomphe 2015

Photos UPpL’E. Merci de nous consulter si vous souhaitez les réutiliser.

 

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Les habitués de ce blog savent que nous ne raterions le FILM pour rien au monde. Près de 10 000 livres proposés, abordant toutes les facettes de la littérature militaire, du récit à la BD en passant par l’histoire, la photo, la stratégie… et la présence d’une centaine d’auteurs heureux d’échanger sur leurs expériences et leurs livres. Un week-end exceptionnel pour les fans de milittérature, couplé à la JPO des écoles, parfaitement animée sur terre et dans les airs, du « Tonneau » à la majestueuse cérémonie nocturne du Triomphe.

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Un aperçu de notre week-end (sous le soleil !) à Coëtquidan ! (car Paris ne doit pas avoir le monopole des grandes manifestations...).

La 6e édition du FILM

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Un moment fort, nôtre rencontre avec le médecin Colonel Jean-Louis Rondy et le Sergent infirmier Heinrich Bauer, Légionnaires, vétérans d’Indochine, combattants de Diên Biên Phu, survivants des camps Vietminh. 

La présence de ces grands anciens était due à l’éditeur Nimrod, qui vient de publier « Les chemins de Diên Biên Phu », écrit par Franck Mirmont (pseudo d’une personne éminemment connue dans notre petit monde milittéraire…), s’appuyant sur les souvenirs de six vétérans, Jean Guêtre, Commando Nord-Vietnam, Jean Carpentier, mécanicien-mitrailleur de la 28F, Bernard Ledogar, para du 6e BPC, Pierre Latanne, SLT du 5e BPVN, et donc le COL Jean-Louis Rondy et le SGT Heinrich Bauer, respectivement des 1er et 2e BEP.

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Conférence (passionnante) des COL Rondy, SGT Baueur et l’éditeur Nimrod (oui, vos serviteurs sont  au premier rang !) – photo ESCC.

Nous terminons la lecture du livre et il est absolument remarquable. Se lisant comme un roman, l’épopée tragique de Ceux d’Indo glace le sang. On ne sort pas indemne de cette lecture, entre admiration sans bornes pour les soldats, effroi face à ce qu’ils ont vécu, tant au combat que dans les camps, et peut-être aussi un rien de colère, prescription ou pas, pour le Haut-Commandement et sa stratégie oscillant entre aveuglement et incompétence. Un livre qui fera date. 

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En règle générale, nous ne publions nos dédicaces que dans le cadre des recensions, mais nous ne résistons pas à l’envie de partager celle-ci dès maintenant. Merveilleux autant qu’émouvant cadeau de l’éditeur Nimrod : une version « top-collector » des « Chemins de Diên Biên Phu », qu’il a pris soin de faire dédicacer avant le FILM par Bernard Ledogar , Jean Carpentier et Pierre Latanne, nous laissant le soin de compléter avec Jean-Louis Rondy et Heinrich Bauer. Malheureusement, Jean Guêtre est décédé avant la publication du livre.

Disponible aux éditions Nimrod ici. A noter qu’il est utilement complété par un essai du même auteur : « La Guerre d’Indochine vue par la CIA ». 

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Retrouvailles avec le GAL Bernard Barrera, rencontré une première fois lorsqu’il a reçu le prix spécial Erwan Bergot pour « Opération Serval ». Sujet on ne peut plus maîtrisé, puisque le Général était le chef des opérations terrestres… En attendant de lire le livre et d’échanger sur le Mali, la conversation s’est orientée (comme c’est étonnant) vers notre cher 16e BC (le Général en a été chef de corps). Chasseur un jour…

Livre aux éditions du Seuil, disponible ici.

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CDT Erbland, COL Gout, GAL Pertuisel… les ALAT-men écrivent de plus en plus et c’est tant mieux ! La bibliothèque bleue cobalt se complète encore grâce au COL Pierre Verborg, chef de corps du 3e RHC, et son « Envoyez les hélicos » : ses carnets de guerre en Côte d’Ivoire, Libye, Mali. Aux éditions du Rocher, disponible dans toutes les bonnes librairies. Accueil très sympa du Colonel, accompagné de gentils compliments sur le blog…

Sur la photo, au second plan et discutant avec le padre Ducourneau, le CNE (r) Raphaël Krafft, COS rattaché au 2e REI en Afgha – Nous avons abordé son très réussi « Captain Teacher » ici.

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Pas de FILM sans aumônier ! Succédant aux padre Kalka et Venard   présents l’année dernière, le festival accueillait le padre Jean-Yves Ducourneau, le plus costaud de l’aumônerie J, officiant à Saint-Maixent. Enfin l’occasion de papoter et nous ne nous en sommes pas privés (jusqu’à présent, nos échanges n’avaient été que « online »). Vous retrouvez ici notre recension sur « Les cloches sonnent aussi à Kaboul ». 

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Si ce n’est avec l’ADJ Delsaut du GIGN,  nous n’avons guère eu l’occasion d’aborder la Gendarmerie. Rectification de  tir grâce au COL Stéphane Bras  et « POMLT – Gendarmes en Afghanistan ». Un sujet hélas trop méconnu [on peut rêver qu’un jour les « grands » médias fassent leur travail d’information] : la formation des policiers afghans par des gendarmes français.  Intéressant n’est-ce-pas ? Aux éditions Anovi, disponible ici

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Le festival s’internationalise ! L’année dernière, nous avions la joie d’y retrouver le Canada, représenté par le LCL Steve Jourdain, R22eR (voir ici) . Cette année, c’est la Belgique qui était à l’honneur, avec le COL Bruno Smets, Chasseur Ardennais, vétéran de Bosnie. Son livre, composé de lettres envoyées à sa femme, alors que Bruno est commandant de compagnie, faisant avec ses hommes de « BELBOS » le tampon entre bosno-musulmans et bosno-croates, est très réussi. Nous l’aborderons dès la rentrée. Autoéditié, disponible ici

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A nouveau le CBA Rémi Scarpa diront les habitués du blog ! J. Il est vrai qu’il est très présent dans le monde milittéraire ces derniers temps et que son beau livre « Offensive éclair au Mali » se vend comme des petits pains. [ce qui donne le sourire à son éditeur Pierre de Taillac à sa droite] [on rigole Pierre J]. Nous allons aborder le livre dans une chronique milibibli dès la rentrée. 

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Rémi, outre le fait d’être un combattant, un auteur, un lecteur qui nous conseille toujours de très bons livres, est aussi, comme nous, amateur de figurines. Il a pu compléter sa collection au Triomphe, chez « Soldats d’Europe et d’ailleurs » auquel nous sommes heureux de faire une petite pub, tant leur travail est soigné. Voir leur site ici

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Nous avions déjà eu la joie de rencontrer le Lieutenant-Colonel le Roux, de lire « Paroles de soldats » et de dire tout le bien que l'on pensait du livre ici. Nous l’avons donc retrouvé avec plaisir, faisant par la même occasion connaissance avec son coauteur Antoine Sabbagh. 

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Encore des habitués d’Une Plume pour L’Epée ! A gauche notre Chef du 13e BCA, Jocelyn Truchet, à droite Sylvain Auché, ancien photographe de Saint-Cyr, fine « Canon ». Nous avons parlé de leurs livres « Blessé de guerre » ici  et « Hommage et valeurs » . Les coïncidences de la vie font qu’ils vont se retrouver tous deux prochainement à Lyon, s’étant lancés dans de nouveaux projets professionnels. Nous leur renouvelons tous nos vœux de succès ! 

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IL est cocasse que nos amis Légionnaires soient de si bons photographes, tout en détestant être pris en photos J Vous imaginerez donc, entre vos serviteurs, Youri Obraztsov [oui, cela a parlé russe avec Natachenka]. C’est un auteur prolifique auquel on doit deux superbes livres photos pour les fans de képis blancs : « Peloton » et « Légion étrangère »  – belles découvertes - mais aussi toute une série d’ouvrage sur le matériel. Pour une idée de ses publications, voir ici

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Nous profitons de cet instant béret vert pour rappeler notre recension sur « La Légion dans la peau » de l’ADC Victor Ferreira, absent physiquement du FILM, mais bien représenté par une belle exposition de ses photos.

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Avec « Trahison sanglante en Afghanistan », Audrey Ferraro, ancienne militaire spécialisée dans la Com’, issue du 4e Bataillon de l’ESM et désormais réserviste, revient sur un des épisodes les plus douloureux de la campagne afghane : l’assassinat de cinq soldats par un Taliban infiltré, voire un déséquilibré. Nous en saurons plus en lisant son « Trahison sanglante en Afghanistan ». Aux éditions Publibook, disponible ici

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« Monclar ». Voici un nom qui « sonne » dans l’histoire de France. Saint-Cyrien ; Première-Guerre mondiale durant laquelle il est blessé 7 fois ; Légionnaire au Proche-Orient pendant l’Entre-Deux-Guerres ; Narvik pendant la Campagne de France ; Londres dès le 21 juin 40, Campagne d’Afrique puis de Syrie à la tête de la 13e DBLE, refusant à chaque fois de porter les armes contre les Français restés fidèles au gouvernement de Vichy ; Indochine ; il termine sa carrière militaire en abandonnant ses étoiles de Général pour prendre le commandement du bataillon de Corée comme Lieutenant-Colonel… « Bayard du XXe siècle » comme est joliment sous-titrée la biographie de Mme Monclar, dédiée à son père, retrouvée au FILM après une première rencontre au Salon des Ecrivains-Combattants. Aux éditions Via Romana, disponible ici

Rappelons que la 171e promotion de l’ESM 84/87 a été baptisée « Général Monclar »

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Le Triomphe est aussi l’occasion de remettre le prix des Cadets. Cette année, les Cyrards et Dolos ont distingué Jean-Christophe Notin pour « La Guerre de la France au Mali », aux éditions Tallandier. Dans son discours, l’auteur a souligné sa volonté de mettre à l’honneur « Ceux du Mali » et leur éclatante victoire sur les Djihadistes, tout en regrettant l’écho « limité » donné par nos médias…  

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Et pour conclure sur le FILM, nous ne manquerons pas de saluer notre chère organisatrice et amie Delphine, qui ne compte pas son temps, croyez-nous, pour faire de « son » festival une réussite totale. Lors de la remise du prix des cadets, elle a reçu un hommage appuyé du Général Windeck, commandant les écoles. Hautement mérité.

Page FaceBook du FILM ici

 

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Mais ce n’est pas tout à fait terminé… pas de FILM sans Triomphe !

Comme le veut la tradition, la 201e promo de la Spéciale et la 54e de l’EMIA ont reçu leurs noms de baptême. 

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Pour les Cyrards : « Chef d’Escadrons de Neuchèze ». Cavalier, bataille de France avec le 1er GFC, résistant, prisonnier de la Gestapo, évadé, il rejoint l’Afrique du Nord, débarque en Provence. Il meurt au combat le 9 septembre 1944. 

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Pour les Dolos, le bien connu Lieutenant Nungesser. Hussard au début de la Grande-Guerre puis chevalier du ciel, as aux 43 victoires, il disparait avec son camarade Coli aux commandes de « L’oiseau blanc » dans leur tentative de traversée de l’Atlantique.

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Pour illustrer ces deux beaux choix [et les superbes chants ! Bravo !], un livre sur les combats de la cavalerie française 1940-45, par Gérard Saint-Martin chez Economica et une BD sur Nungesser, par Fred Bernard et Aseyn à paraître en septembre chez Casterman.

Nous en profitons pour souhaiter une belle carrière aux sortants, Cyrards de la promotion « Lieutenants Thomazo », Dolos de la « Général Delayen », sans oublier le 4e Bataillon, une bonne continuation aux 201e, 54e et 200e « Capitaine Hervouët » et la bienvenue aux 202e et 55e !

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Nous souhaitons également une belle suite de carrière au Général Windeck, qui quitte la direction des écoles pour des nouvelles miliaventures…

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Nos photos du FILM et du Triomphe sont visibles et téléchargeables (pour un usage non commercial évidemment) ici.

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L’année dernière, nous avions passé un week-end extraordinaire, de si bons moments passés avec les padre Kalka et Venard, Steve Jourdain, Bernard Gaillot, Yohann Douady et tous les autres auteurs, l’émotion de voir s’éloigner en chantant la 52e promotion de l’EMIA « Ceux d’Afghanistan » avec laquelle nous avions des liens privilégiés. Nous vous avions raconté tout cela ici

Nous aurions pu craindre, cette fois-ci, d’éprouver un peu de nostalgie. Mais le monde mili est ainsi fait que la magie opère, encore et toujours : l’accueil des soldats, des écrivains-combattants, sourires aux lèvres et regards francs, les bons moments passés au bar des Lieutenants et au Wagram, les démos spectaculaires, le fun du Tonneau et l’émotion de la cérémonie nocturne… (et puis aussi un p’tit cousin Dolo dans la Nungesser…). Que du bonheur…

Alors, nous nous donnons rendez-vous l’année prochaine à Coët’, amis lecteurs ?

Chic à Cyr ! Chic au FILM ! Chic à nos soldats !

 

 

 

 

09/07/2015

« Paroles de soldats », LCL Hubert le Roux & Antoine Sabbagh, éd. Tallandier

Extraits publiés avec l’aimable autorisation des auteurs. Droits réservés.  

 

« La parole qui, trop souvent, n’est qu’un mot pour l’homme de haute politique, devient un fait terrible pour l’homme d’armes. 

Ce que l’un dit légèrement et avec perfidie, l’autre l’écrit sur la poussière avec son sang. »

Alfred de Vigny

 

L’indifférence conduit à l’oubli. Tout homme ayant le sentiment de subir cet état de fait le vit comme une souffrance et nous le disons avec tristesse, mais c’est ce qu’éprouvent nombre de nos soldats : l’indifférence de leurs compatriotes. C’est d’autant plus cruel que la nation leur demande tant de sacrifices : éloignement de leur famille pendant des mois, enfants qui naissent et grandissent au loin, confrontation à des situations dramatiques voire traumatisantes, risque d’être blessé, tué… 

Certains diront : « Ils ont choisi ». Certes. Mais en quoi ce choix autoriserait les Français à rester indifférent à leur sort, alors que ce sont ces mêmes Français qui les envoient au combat ?

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Alors, pour lutter contre l’indifférence, rien ne vaut la parole : raconter, décrire, expliquer, se livrer. Heureusement, la « Grande Muette » relève du mythe. Les soldats parlent, écrivent. Mais publier un livre n’est pas donné à tout un chacun. Partant de ce principe, le LCL Hubert le Roux et Antoine Sabbagh ont décidé de se positionner non en auteurs, mais en porte-paroles : Ils ont ainsi sillonné la France, collectionnant des interviews de combattants des différents théâtres d’opérations, du Liban à la RCA. Ils les ont ensuite retranscrits, in extenso. Ainsi est né « Paroles de soldats ». Un livre de fait et de par son style « brut de fonderie », ce qui le rend d’autant plus percutant…

« Paradoxalement, la guerre n’a jamais été aussi présente dans les imaginaires. Romans, séries, films, bandes dessinées, la guerre est partout. Sur fond de rap et de guerre urbaine pour Call of Duty (…) la guerre est bien là, mais vécue comme une épopée révolue ou une fiction et la fascination qu’elle suscite est inversement proportionnelle à l’oubli dans lequel sont tombés les soldats. »

Continuer à parler, soldats de France. Nous sommes plus nombreux que vous ne le croyez à vous écouter, à ne pas être indifférents, à ne pas vous oublier. Et quand bien même nous ne serions qu’une poignée aujourd’hui, ne présageons pas de l’avenir : il suffit d’une petite chaussette rouge sang, oubliée au milieu d’un linge immaculé, pour étendre après lessive de beaux draps roses…

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Mes camarades savaient que j’étais en dessous, mais je ne répondais pas. J’étais mort. En fait, j’étais toujours en vie, mais entre la vie et la mort. La souffrance est tellement forte. Des bouffées de chaleur m’envahissaient. J’étais complètement perdu. Et puis, à un moment, j’ai oublié la souffrance. J’ai pensé à ma famille. Je me suis senti bien. Et là, j’ai vu de la lumière. Les sauveteurs avaient encerclé le trou. Une main s’est tendue vers moi.

CPL Daniel, 1983, attentat du Drakkar, Beyrouth, Liban.

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Toutes les positions irakiennes sont embossées. Ils sont dans leurs trous. Il n’y a que nous qui bougeons. Quand on a face à nous des engins embossés, on demande un tir d’artillerie. Boum ! Boum ! Boum ! On observe le tir. Ça commence à bouger. Ca riposte un peu. L’ALAT arrive. Boum ! Boum ! Boum ! Ça balance les missiles et après nous on tire. Je me souviens plus de mon indicatif. Les rouges, machin, feu ! On tire ! Et puis, pouf, drapeau blanc.

Patrice, chef de peloton de chars, 1990, opération Daguet, Guerre de Golfe, Irak.

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J’avais déjà vu des morts. Nos morts. Nos beaux morts dans les cercueils. Refaits, pour être présentés à la famille. Mais comme ça, non… En plus de ça, de voir le traitement des cadavres, jetés, ramassés, jetés… C’est de la viande. C’est quelque chose de dégoutant dont il faut se débarrasser rapidement. Les Rwandais, je sais pas si ça leur faisait rien, mais vu de l’extérieur, aucune émotion. Ils regardaient, mais rien. Moi je prenais beaucoup de recul par rapport à tout ça : une protection, ouais. L’impression de vivre à côté de moi. D’avoir le moi physique présent et d’en être spectateur. 

ADJ Jean-Louis, 1994, opération Turquoise, Rwanda.

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A mesure que le temps passait, on avait l’impression que, depuis le début, on nous avait raconté n’importe quoi. On était parti défendre les Bosniaques opprimés par les méchants Serbes ! Et quand vous arrivez au premier check point serbe et qu’ils vous disent « Soldats français gut ! Mitterrand pfff ! » en tournant le pouce vers le bas, vous voyez bien que c’est pas ce qu’on nous avait dit. Les Bosniaques, eux, ils nous ont « rafalés » d’emblée.

Jean, électromécanicien, 1994, Sarajevo, Bosnie.

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D’ap. photo Thomas Goisque

Pour moi, les Talibans ne combattent pas pour des motifs religieux, mais pour leurs intérêts personnels (…) Ils avaient une vision de l’Islam un peu sauvage, un peu barbare (…) L’Islam, je le vois comme ça, ne peut pas imposer à quelqu’un de faire ses prières, de faire le Ramadan, de ne pas manger de porc, si ça ne vient pas de son cœur. Faut que ça vienne de la personne. On peut expliquer que c’est bien de faire comme ça, mais l’imposer, voire tuer pour que les gens basculent dans la religion musulmane : non. Le Djihad, on me l’a jamais enseigné comme ça. Le Djihad, c’est l’époque du Prophète, quand on attaquait les intérêts de l’Islam sur le sol de La Mecque. Après, moi j’ai un autre Djihad, que mon père m’a appris : c’est l’éducation des enfants pour qu’ils fassent quelque-chose de leur vie.

Dahhaoui, sous-officier musulman, 2011, Tagab, Afghanistan.

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D’ap. photo Alexandre Paringaux

Ce n’est ni la première ni la dernière fois que je tire. La première fois, mon cœur s’est emballé. Le stress, l’adrénaline, ont mis du temps à redescendre. Après, je n’ai plus jamais eu de stress. Quand je tire des bombes, il y a potentiellement des gens, que je vois ou que je ne vois pas. C’est peut-être un peu froid, mais ça ne me fait rien. Je ne suis pas un combattant, je ne combats pas avec mon FAMAS. Je suis loin. 

Benjamin, pilote, 2011, opération Harmattan, Libye.

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ADJ  Harold Vormezeele, 2e REP, mort pour la France au Mali 

La mort de Vormezeele ? Putain, oui, on l’a sue tout de suite (…) Ça fait mal au cœur. Moi, côté renseignement, je me dis : « Est-ce que j’ai bien géré la situation  pour le préparer, pour qu’il ait tout pour se sauver ? » Vormezeele, il avait trente-deux, trente-trois ans. On se connaissait bien, depuis huit ans, on avait fait des missions ensemble. C’est moi qui suis rentré à la morgue, à l’hôpital, pour le couvrir et le ramener. C’était costaud de le voir comme ça en sachant comment il était avant, avec l’envie de combat, de chercher l’aventure et tout ça. Putain, la vie elle est rien !

ADC Cristian, 2013, opération Serval, Mali.

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On était une trentaine, même pas une section. Les mecs commençaient à nous contourner derrière avec des machettes. Ils avaient les yeux bleus, un cercle bleu autour des pupilles. Ils devaient prendre je ne sais quelle drogue. Ils étaient complètement shootés, complètement alcoolisés. Avec eux, il y avait plein d’enfant. Ils les mettaient devant eux en sachant que nous, les soldats français, on n’allait pas tirer (…) A ce moment, j’ai vu se planter devant moi un gamin de cinq ou six ans avec un bébé dans les bras. Un bébé de deux mois, pas plus. Au début, j’ai cru que le bébé suffoquait, qu’il nous l’amenait pour qu’on le soigne. Avant même qu’on puisse faire quoi que ce soit, le gamin a pris le nouveau-né à bout de bras et l’a jeté au sol. La tête s’est fracassée sur le bitume.

SGT Benoît, opération Sangaris, Bangui, RCA.

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La reprise du travail a été compliquée. Je dormais, je faisais pas trop de cauchemars, mais ce qui avait le plus changé chez moi, c’est que j’étais peut-être devenue un peu moins sensible face à certaines pathologies. Ça s’est beaucoup vu lorsque j’ai fait mes premières gardes aux Urgences. Les patients me disaient qu’ils avaient mal, ils souffraient réellement, mais pour moi, ils avaient leurs deux bras, leurs deux jambes, ils me parlaient, tout allait bien… Je voulais pas entendre ces souffrances-là et c’est pour ça que j’ai été voir un psy. Depuis, clairement, ça va mieux, mais c’est vrai que je suis peut-être devenue plus insensible à ce niveau-là.

Julie, infirmière,  de retour de mission à l’hôpital international militaire de Kaboul, 2010, Afghanistan

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D’ap. photo Philippe de Poulpiquet

J’ai déplié la banquette devant la télé. On y a dormi juste avant son départ et il y a encore son odeur sur l’oreiller. Le matin, je ne lave pas les draps. J’ai le sentiment de dormir un peu plus avec lui. Je mets le traversin vertical dans le lit, comme ça, les premières nuits, j’ai la sensation de renvoi de chaleur, de ne pas être toute seule. C’est curieux ce qu’on fait des fois ! (…) Donc je dors dans la salle télé, je regarde des trucs en attendant le coup de fil. Je l’attendais vers 10h, il est 10h30. Et là, mon portable sonne. C’est Violaine, mon amie médecin. (…) « Tu tombes bien, j’entends du bruit en bas de chez moi » « T’inquiète pas, c’est nous ». (…) Je descends, j’allume la lumière, j’ouvre la porte, je vois Violaine. A côté d’elle, il y a son mari en grand uniforme. Il y a aussi la femme du chef de corps et le chef de corps, lui aussi en uniforme (…) et là, j’ai un flash.

Alice, veuve de guerre.

***

IMG_0056BIS.jpgLe Lieutenant-Colonel Hubert le Roux est officier supérieur d’active. Il a été chargé du recrutement des sous-officiers et hommes du rang de l’Armée de Terre. On lui doit, outre « Paroles de soldats », une biographie de Lartéguy, publiée chez Tallandier.

Antoine Sabbagh est historien et éditeur, ancien professeur de la Sorbonne et de l’Université de Columbia dans le cadre de son programme parisien. 

Photo : rencontre avec le LCL le Roux au Salon du Livre de Paris 2015.

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ISBN : 979-1021004849 - prix 20,90 € - format 21,5 x 14,5 - 464 pages.

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Aux éditions Tallandier. Disponible ici

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Hommage

Aux soldats.

Les hommes de guerre sont de l’espèce qui se rase pour mourir. Ils croient à la rédemption de l’homme par la vertu de l’exercice et du pas cadencé. Ils cultivent la force physique et la belle gueule, s’offrant le luxe des réveils précoces dans les matins glacés et des marches harassantes pour la joie de s’éprouver.

Ce sont les derniers poètes de la gratuité absolue.

Jean Lartéguy

*

Hommage

Aux conjoints, familles, proches des soldats.

C’est pour la Femme de militaire qui se lève tous les jours à 6h pour préparer les vêtements et le petit déjeuner pour ses enfants dont elle est seule à s’occuper. C’est pour la Femme de Militaire enceinte qui se demande si son homme sera rentré à temps pour voir venir au monde son enfant. C’est pour la Femme de Militaire qui habite une nouvelle ville et qui fait face à un nouveau départ sans avoir eu le temps de se faire des amis. C’est pour la Femme de Militaire qui annule ses projets du samedi soir pour rester près du téléphone, même si elle sait que la conversation sera pleine de grésillements et toujours trop courte. C’est pour la Femme de Militaire qui pleure en s’endormant dans un lit trop froid. C’est pour la Femme de Militaire qui se laisse aller à la détresse en se demandant si elle pourra revoir son homme vivant. C’est pour la Femme de Militaire qui a l’impression de mourir à l’intérieur chaque fois qu’il dit qu’il doit s’en aller, mais qui sourit malgré tout. C’est pour la Femme de Militaire qui fait la queue à la Poste avec un colis dans les bras en se demandant si les gâteaux seront toujours moelleux en arrivant. C’est pour la Femme de Militaire qui dine seule en s’inquiétant parce que cela fait plusieurs jours qu’elle n’a pas de nouvelles de « là-bas ». C’est pour la Femme de Militaire qui a des papillons dans le ventre en voyant son homme descendre du bus au retour d’OPEX. C’est pour nous toutes, pour les Femmes de Militaires tristes, les Femmes de Militaires seules, les Femmes de militaires fortes, un toast à nous, parce qu’un chèque de paie ne console pas, un oreiller à serrer dans ses bras n'est pas suffisant, une webcam n'a rien à voir avec la réalité, expliquer à un enfant qui pleure que papa ne reviendra pas avant 4 longs mois est ou sera notre lot à toutes, et que les femmes de civils n'ont pas idée de ce que c'est de sentir tous les jours que quelque chose vous manque. Nos soldats sont courageux, mais nous le sommes aussi. 

A.M, femme de militaire.

***

*

J’ai tout dit [à ma femme]. Pas sur le moment, parce que je ne voulais pas qu’elle s’inquiète mais, une fois rentré, je lui ai raconté. A mes parents aussi. 

Je pense qu’il faut que les gens sachent ce qu’on fait. 

Autrement, ils vivent un peu dans les nuages…

LTN Vianney, 126e RI, in « Paroles de soldats".

 

 

 

 

 

 

03/07/2015

Prix littéraire de l’Armée de Terre - Erwan Bergot 2015, Sylvain Tesson & GAL Bernard Barrera

Photos Natachenka/UPpL'E - Merci de nous consulter si vous souhaitez les réutiliser.

 

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Les lundis se suivent… et se ressemblent ! Après la remise du prix de la Saint-Cyrienne, abordé ici, nous avons pris le chemin de la Sorbonne pour celle du prix littéraire de l’Armée de Terre - Erwan Bergot

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En premier lieu, un mot sur nos hôtes, car si nous étions présents, c’est grâce à deux grands copains, dont nous avons été les « accompagnateurs » : l’ADC Jean-Claude Saulnier et l’éditeur Nimrod.

Il nous semble inutile de présenter Nimrod. Quel fan de récit de soldat ne connait pas cet éditeur ? L’un des (le ?) plus beaux catalogues milittéraires francophones, grâce à un haut niveau d’exigence sur les récits publiés doublé d’un vrai travail d’édition (plus rare qu'on ne le croit). Quant à l’ADC Saulnier : 2e REP, infirmier, ancien président des Sous-Officiers, 30 ans de Légion, de Kolwezi à l’Afgha… pour ceux qui n’en auraient jamais entendu parler (ayant vécu un certain temps sur Mars) un petit rattrapage est possible avec notre recension sur « Ma vie de Légionnaire » ici [publié justement chez Nimrod] . 

Mais, à tout seigneur tout honneur, revenons-en aux lauréats.

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Le prix littéraire de l’Armée de Terre – Erwan Bergot 2015 remis à Sylvain Tesson pour « Berezina », par le Général de Corps d'Armée Bertrand Houitte de La Chesnais, Major Général de l'Armée de Terre, ancien chef de corps du 1er RI, en lieu et place du CEMAT, retenu par les évènements dramatiques du week-end. 

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Le prix fêtait cette année ses vingt ans. Pour succéder aux Elie de Saint-Marc, Pierre Schoendoerffer et autre Pierre Darcourt, le jury a distingué « Berezina » de Sylvain Tesson, récit du périple de l’auteur et ses compagnons de route Thomas Goisque, photographe, Cédric Gras, directeur du centre culturel français de Donetsk et deux amis russes, Vassili et Vitaly, en side-car, sur les traces de la Grande-Armée en retraite. Un tel récit sort du « scope » du blog ; nous vous invitons donc, pour en savoir plus, à vous reporter à cet article du blog ami « Guerres et Conflits ».  Nous rappellerons cependant que Sylvain a toute sa place ici, civil ayant une place particulière dans la littérature mili ; pour preuve, nous avons abordé deux de ses livres : « Haute Tension – Des Chasseurs alpins en Afghanistan » - avec Thomas Goisque et Bertrand de Miollis - et « D’ombre et de poussière », de nouveau avec Thomas. 

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Photo extraite de la vidéo réalisée par le SIRPAT 

En sus, une mention spéciale a été attribuée au Général Bernard Barrera, chef des forces terrestres au Mali, pour «  Opération Serval », éditions du Seuil.

L’accueil que nous a réservé le Général a été des plus sympathiques. Il avait déjà entendu parler du blog il est vrai, par le LCL Steve Jourdain, R22eR,  qui en avait fait la pub lors d’une rencontre au Québec. Mentionnons aussi que le Général a été chef de corps du 16e BC, ce qui créé des liens…

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Nous avons commencé à échanger et ce n’est qu’un début, puisque le Général sera présent au FILM de Saint-Cyr-Coëtquidan les 24 et 25 juillet prochains (et nous aussi évidemment).

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Et maintenant, notre rubrique « people » car vous savez à quel point nous aimons nous afficher, un peu fiers, aux côtés de nos soldats… 

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Avec l’Adjudant-Chef Jean-Claude Saulnier venu tout spécialement de sa belle Corse d’adoption (il est pourtant difficile de quitter Calvi…). Magnifique personne, toute en humilité. Du beau grand Légionnaire ! 

Notre  recension sur « Une vie de Légionnaire », éditions Nimrod, ici

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Et nous avons même eu droit à notre cadeau Képi Blanc.

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Belles retrouvailles avec le Major Sylvain Favière, infirmier-para désormais réserviste, accompagné par Nathalie Léon, AS du 5e RHC de Pau. 

Un grand bonheur de revoir Sylvain, rencontré il y a trois ans déjà, l’un des premiers auteurs à avoir été abordé sur ce blog. Recension sur son beau et grave récit (car il aborde le syndrome de stress post-traumatique) « Ma blessure de guerre invisible »,  ici

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Le commandant Brice Erbland, 1er RHC, et Madame.

Un habitué ! Nous devons avoir 3723 photos avec Brice, donc pour une fois, le Commandant sans nous mais avec sa jolie épouse Marie-Charlotte. Notre recension sur « Dans les griffes du Tigre », éditions Les Belles Lettres, est ici

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Un autre habitué, le Chef de Bataillon Rémi Scarpa, Gaulois du 92e RI, adjoint du Général Barréra lors de l’opération Serval. Nous n’avons pas encore trouvé le temps d’aborder sur le blog son « Offensive éclair au Mali », éditions Pierre de Taillac, mais l’avons fait sur notre page FaceBook ici.

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Retrouvailles à nouveau, cette fois avec le CCH Emmanuel Gargoullaud, portant beau les trois fourragères du RICM. Nous avons abordé « Afghanistan en feu », éditions Economica, ici. A noter qu’Emmanuel finalise un manuscrit sur sa dernière OPEX, « Sangaris » (RCA). 

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Le rayonnant Sergent-Chef Jocelyn Truchet, 13e BCA. Encore un habitué d’Une Plume pour L’Epée, donc vous avez droit cette fois à une photo avec une amie. Notre recension sur « Blessé de guerre », autoédité, est ici

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Belle brochette d'écrivains-combattants, n’est-ce pas. Et encore en manque-t-il : nous avons salué le Colonel Nicolas Le Nen, dont nous avons abordé le journal de marche en Afghanistan, « Task Force Tiger », ici,  et un regret : avoir aperçu au loin le Capitaine Nicolas Barthe, vétéran d’Afghanistan avec le 21e RIMa, désormais au RICM, auteur d’ « Engagé ». Mais hélas il a quitté la soirée avant que nous ayons eu le temps de l’aborder. Flûte. Présentation de son brillant récit, paru aux éditions Grasset, ici

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Russe-blanc et Président des Sous-Officiers de la Légion

Doit-on vraiment préciser que nous avons passé une excellente soirée ? 

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Nous renouvelons nos félicitations aux heureux lauréats et attendons désormais avec impatience le Festival International de Livre Militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan  couplé au Prix des Cadets et au Triomphe.

Et notre leitmotiv : allez au-devant des soldats ; les occasions sont nombreuses : JPO, défilés, salons… Intéressez-vous à eux, à leurs missions, abordez-les, parlez-leur ! 

Vous pouvez aussi en profiter pour les remercier pour leurs actions, leurs sacrifices et ceux de leurs familles, les risques encourus au service de la France, à votre service...

 

 

 

 

 

 

25/06/2015

« Le visage des hommes », Pr Marie-Dominique Colas, Service de Santé des Armées, éd. Lavauzelle, prix de la Saint-Cyrienne 2015

Photos Natachenka/UPpL’E – Merci de nous consulter si vous souhaitez les réutiliser.

 

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Soirée du 22 juin dernier. Nous "papotons" avec le CDT Brice Erbland et sa charmante épouse, ponctuant le propos de nos habituelles facéties chasseresses. A notre gauche se trouve le GAL Georgelin, Grand Chancelier de la Légion d’Honneur. Un peu plus loin, le GAL Dary, ancien Gouverneur Militaire de Paris et le Médecin Général-Inspecteur de l’hôpital Percy, Christian Plotton. Nous venons de saluer le GAL Théry, Légionnaire croisé brièvement dans les années 80 à Berlin, devenu, par les hasards de la vie et dans un tout autre contexte, un fort sympathique collègue, ainsi que le copain-CBA Rémi Scarpa. Bientôt, nous rejoindrons Geneviève de Galard et son mari le Colonel de Heaulme. Nous avons des choses à nous dire…

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Où sommes-nous ? A la remise du prix de la Saint-Cyrienne 2015, sur l’invitation surprise (et vivement appréciée !) de Brice Erbland, parrain d’Une Plume pour L’Epée, lauréat du prix spécial 2013 pour « Dans les griffes du Tigre », membre du jury du prestigieux prix milittéraire attribué par l’association des Cyrards. 

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Remise du prix par le Général de Corps d'Armée (2S) Dominique Delort, président de la Saint-Cyrienne, après un discours inspiré.

L’année 2015 consacre « Le visage des hommes » du Professeur Marie-Dominique Colas, médecin-en-chef psychiatre. Choix du jury qui nous plaît beaucoup : Qualité indéniable du récit,  lecture facile grâce à  un ton juste doublé d’une bonne pédagogie de « vulgarisation » ; témoignages nombreux, parfois éprouvants, toujours émouvants. Il est vrai que nous sommes un public acquis : les soldats blessés dans leur chair ou leur psychisme, les Gueules Cassées, les victimes du syndrome de stress post-traumatique ont une place particulière dans nos cœurs, comme ils doivent l’avoir dans celui de chaque Français. Nous avons d’ailleurs souvent abordé ces hommes en détresse et leurs récits, SCH Truchet, ADJ Favière, CCH Geoffroy, SCH Douady, COL Boyer

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Un jour de garde, un jour d’été comme les autres, dans un hôpital militaire : les blessés en fauteuil roulant circulent dans le hall où les visiteurs font mine de ne pas voir les visages bandés, les membres amputés. Les blouses blanches se croisent d’un pas pressé. Aucun bruit, aucun cri, un silence quasi religieux règne dans cette cathédrale de la douleur.

Midi : le « bip » retentit.  Le  service de réanimation demande d’urgence la présence du psychiatre. Un grand blessé, hospitalisé depuis une dizaine de jours, se réveille. Il ne supporte pas la machine qui lui permet de respirer : « Venez nous aider, nous allons le perdre ! » Comment faire ? Comment le sauver ? Il est pourtant revenu vivant du pire. Il a survécu à un attentat-suicide en Afghanistan. Dans la presse du jour, on peut lire qu’il a été « très abîmé ». Marc ouvre les yeux. Ce premier regard va inaugurer une longue histoire médicale, une aventure humaine.

« Le visage des hommes », Pr Marie-Dominique Colas

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CDT Brice Erbland

Vous écrivez : « Dans une société où le lien social se délite et où la solitude des individus les conduit à chercher dans la science un idéal sécuritaire en guise de religion, la blessure au combat, la « Gueule Cassée » est soit oubliée, soit érigée en enjeu de prouesses technologiques. »

Et vous parlez « d'une incroyable mobilisation des médecins pour gagner leur combat en ramenant plus de blessés à la vie, en essayant de diminuer les séquelles physiques, esthétiques et psychiques. »

Je ne peux m’empêcher, en cette époque de débat éthique sur la dignité des vies brisées par la maladie ou l’accident, de voir tout au long de votre livre la preuve irréfutable de l’importance et du succès de l’accompagnement humain par rapport à la facilité de l’abandon.

Extrait de l’éloge au médecin-en-chef Colas par le CDT Erbland

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Pr Marie-Dominique Colas entourée, de gauche à droite, par son chef, le Médecin Général-Inspecteur de l’hôpital Percy Christian Plotton ; la maman de la lauréate ; Madame Geneviève de Galard ; le Général Delort, président de la Saint-Cyrienne

Sortie de Santé-Navale, le médecin-en-chef Marie-Dominique Colas est professeur agrégé du Val-de-Grâce, psychiatre, chef d’un service de l’Hôpital d’Instruction des Armées Percy où sont accueillis les blessés de guerre. Médecin militaire avant tout, elle est régulièrement déployée en OPEX : Ex-Yougoslavie, Côte d’Ivoire, Afghanistan, Mali. Titulaire d’un doctorat de recherche en psychopathologie et psychanalyse consacré aux « Gueules Cassées », la réflexion qu’elle conduit sur la clinique de la défiguration et du blessé de guerre s’inscrit dans un engagement sans faille du Service de Santé des Armées au chevet de ceux qui ont choisi de servir la France.

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« Le visage des hommes », Pr Marie-Dominique Colas, Service de Santé des Armées, prix de la Saint-Cyrienne 2015.

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Aux éditions Lavauzelle

ISBN 978-2702516164 – prix 24€ - format 22x15 cm, 250 pages. Disponible ici

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Geneviève de Galard et Catherine Guillaudeux des éditions Lavauzelle.

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Site de la Saint-Cyrienne ici.

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Et pour conclure, un petit instant de grâce, lorsque j’ai salué l’Ange de Dien Bien Phu : « - Broquet ? Comme Anne ? – Oui, ma cousine Anne – Ah, la Reine-Mère des convoyeuses ! Une femme formidable, disparue hélas bien trop tôt…». Marque d’attention qui m’est allée droit au cœur et sans doute à celui d’Anne, là où elle se trouve. Et la conversation a continué, avec Mme de Galard et son mari le Colonel de Heaulme. Il y aurait beaucoup à dire, comme une impression de toucher l’Histoire du bout du doigt, mais vous nous pardonnerez de conserver, une fois n'est pas coutume, notre petit jardin secret…

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Hommage

Aux Gueules Cassées,

A tous les blessés de guerre, blessés en service commandé.

 

 « Nous éprouvions ce sentiment d'extrême liberté,

qui est l'apanage de ceux qui sont débarrassés de leur image,

et ont retiré du voisinage de la mort et de la cohabitation quotidienne avec la souffrance,

cette distance avec ce qui rend l'homme 

si petit et si étriqué. » 

Marc Dugain, La chambre des officiers 

 

Site de la fondation « Gueules Cassées – Sourire quand même » ici.

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Hommage

Au personnel du Service de Santé des Armées.

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Prix de la Saint-Cyrienne 2015, Russe-blanc et Chasseur

Trois ans déjà… Je reçois une photo de Marc avec son épouse, assis côte à côte dans leur belle maison du sud. Leur sourire illumine ma journée. Quelques mots indiquent qu’ils n’ont pas oublié cette extraordinaire expérience humaine, cette rencontre dans les « tranchées » du sous-sol de l’hôpital Percy. Ils en sont sortis vivant par un « puits de lumière ». Leur visage exprime la douceur, la sérénité retrouvée et la joie d’être ensemble. Je me remémore cet instant où la vie ne tenait plus qu’à un fil, suspendue au verdict d’un dernier face-à-face avec un « médecin de l’âme », selon l’expression de certains patients. Je décide alors de reprendre contact avec Marc.

« Le visage des hommes », Pr Marie-Dominique Colas