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26/03/2013

Mili-Reportage : Salon du livre 2013

 

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La Plume et L’Epée se sont rendus au Salon du Livre, avec l’idée de ne visiter qu’un seul stand. Devinez lequel ? Indice :

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Bravo ! Stand J53, Armée de Terre !

En guise de préambule, nous tenons à remercier le SIRPA-Terre, organisateur de l’évènement, et en premier lieu le Commandant Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre, chef du service Promotion-Evénement.  Merci mon Commandant pour votre accueil chaleureux. C’est grâce au SIRPA que nous est donnée la chance de rencontrer les soldats-auteurs !

Et que de bonnes idées marketing : les goodies, comme disent nos amis anglo-saxons (petits objets distribués gratuitement), au look camouflage Centre-Europe, étaient vraiment sympas. Mention particulière aux marque-pages collectors (en fait un puzzle qui forme en surbrillance le logo "glaive" de l’Armée de Terre). Gros succès auprès du public !

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Votre serviteur en position de squatteur du stand de l’Armée de Terre (10:00 à 16:00...)

 

 

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Le Colonel Nicolas Le Nen, 27ème BCA, en dédicace de ses nombreux traités de stratégie militaire, dont le dernier paru : « Enjeux de guerre », aux éditions Economica.

Nous parlerons prochainement de son  journal de marche en Afghanistan : "Task Force Tiger".

« Mon Colonel : Chasseur un jour… ;) »

 

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Sylvain Favière, infirmier-para (aujourd’hui réserviste) et son épouse Laurence.

Son livre « Ma blessure de guerre », paru chez Esprit-Com’, est un témoignage incontournable. Il fait l’objet d’une chronique ici.

Nous avons été très touchés de rencontrer son épouse Laurence. Moment loin d’être anodin pour nous.

 

 

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Le Sergent-Chef Yohann Douady, 2ème RIMa, présentait « D’une guerre à l’autre », paru aux Editions Nimrod. Récit passionnant, bouleversant, qui aborde ses déploiements en Côte d’Ivoire et Afghanistan, porté par un style littéraire renversant. Nous en parlons ici.

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Le Capitaine Brice Erbland, 1er RHC, en dédicace (son autre spécialité après le pilotage de Tigre ;) Voir la chronique dédiée à « Dans les griffes du Tigre »(Ed. Les Belles Lettres) ici. Le récit de ses actions en Libye, Afghanistan... mais pas que.

 

Saluons tous les autres auteurs présents, couvrant d’autres thèmes que le témoignage de soldat :  Benoît Royal  pour « La guerre dans l’opinion publique » ; dans le domaine de la BD : « Orion 2876 – Les Konoradiens attaquent » de Pascal Pelletier ; les passionnés d’histoire étaient gâtés, eux aussi : Stéphane Faudais  et son « Le Maréchal Niel » ; « Mon commandement en Orient », souvenirs du Général Sarrail ; La biographie du Général Vauthier par Max Schiavon …

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1er plan, Capitaine Erbland, 2nd plan Sergent-Chef Douady

Maintenant, imaginez notre joie, de voir, revoir, ces soldats-auteurs. Ils nous ont accordé beaucoup de leur temps. Et puis, nous avons bien ri aussi… Merci Messieurs.

 

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Sergent-Chef Yohann Douady

 

Assumons maintenant notre côté groupies. Voici l’album photo « Le Soldat-Auteur, "La Plume" et "L’Epée" ».

Amis lecteurs, fans de littérature militaire, jouons ! Après chaque photo figurent quelques phrases adressées directement aux auteurs (oui, ils lisent le blog :). Ils devraient comprendre ces messages sans trop de difficulté. A vous de découvrir le sens caché. Il n’y a rien de confidentiel, donc, plutôt que d’en perdre le sommeil, nous vous donnerons la solution par message, sur demande.

 

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"La Plume", "L’Epée", Laurence & Sylvain Favière

 

A Sylvain : « - Le bleu vous va bien. Certes, entre terre de France et bleu, le cœur du Chasseur ne balance pas... Message subliminal :

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A  Laurence : « - Je vous l’ai dit les yeux dans les yeux : Bravo. La "surprise" sur la chronique était méritée, non ? :) »

A Sylvain et Laurence : « - Quel est le plus beau couple de grands-parents de la Terre ? »

 

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"La Plume", Capitaine Brice Erbland, "L’Epée"

A Brice :

« - J’ai eu un flash : pas Sarrebourg (Lorraine), mais Saarburg (Sarre). Ceci étant dit, quitte à être dans la région... De plus, un certain vieil ami Lieutenant-Colonel X, évidemment au courant de nos retrouvailles (je devais lui faire un compte-rendu...), insiste beaucoup pour que je lui rende visite… »

« - A quoi bon être allé me faire couper les cheveux, si France 2 n’est pas là ! »

 

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 "La Plume", Sergent-Chef Yohann Douady, "L’Epée"

 A Yohann :

« - Rhooo Yohann ! Un Chasseur ne « marche » pas, il galope ! Nous défilons à 140 pas/minute ! Alors oui, en plein dans le panneau ! Reste que : Félicitations Chef ! »

 « - Faire boire du coca à l’Adjudant-Chef Saulnier, voilà un challenge pour un Chasseur ! »

«  - Yohann "Hemingway" Douady. Si. »

 

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Commandant Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre et "La Plume"

Au commandant Tillette de Clermont-Tonnerre :

« - Votre témoignage nous semble incontournable. Totalement complémentaire à ceux déjà publiés. Vous pouvez compter sur le soutien de La Plume & L’Epée. Parole de Chasseur et de Russe blanc (c'est dire...) ».

« - Grande muette, disait-elle ? ».

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Merci à toutes et tous, soldats-auteurs, soldats-organisateurs. Nous avons passé une journée formidable grâce à vous !

 

*

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Les vendredi 19 et samedi 20 juillet 2013, les écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan organisent la 4ème édition du Festival International du Livre Militaire. 

Oh comme ceci est tentant…

 *

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Il n’y a pas que La Plume et L’Epée qui ont bon goût, la FNAC Saint-Lazare également.

 

 

 

 

24/03/2013

Hommage au CAL Alexandre Van Dooren, 1er RIMa, mort pour la France au Mali

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Il y a des jours comme ça.

Vous dites à vos collègues que vous vous absentez une heure. Ils ne vous posent pas de question, ils savent. Vous sortez de la station Invalides. Vous passez près des attachants anciens combattants. Parmi eux un Chasseur, un alpin, tout beau dans sa Solférino, sa tenue bleue année 60. Vous vous placez tout au bord du trottoir, à côté d’un marsouin. Un ancien du 1er RIMa, vous dit-il. Vous papotez avec lui. Il est sympa. Le Chasseur ancien-combattant s'approche et vous demande gentiment de vous écarter un peu pour laisser plus de place aux porte-drapeaux. Vous faites quelques pas et reprenez votre conversation.  Le Marsouin vous dit que c’est un devoir d’être là. Que toute la France devrait être là. Décidément, vous l’aimez bien. Et puis le Chasseur vous demande de vous pousser encore un peu. Le Marsouin vous dit : « Ah ces Chasseurs ! Toujours à mettre le bazar ». Vous rigolez. Et puis, du monde arrive encore. Vous devez à nouveau vous éloigner, mais vous voulez laisser le Marsouin près des drapeaux. En le quittant vous lui dites : « Ah oui, au fait, moi aussi je suis Chasseur… » et il vous répond avec un beau sourire : « Vous êtes des emmerdeurs, mais on vous adore ».

Vous vous placez au milieu du pont,  près des pompiers de Paris, des gendarmes, entre un Lieutenant-Colonel  et un civil, un homme de votre âge vous semble-t-il. Vous n’engagez pas la conversation avec lui. Un OrlyBus passe, le chauffeur vous regarde, et vous fait un salut militaire. Ce n’est pas une plaisanterie déplacée, il a le visage grave. Son geste vous émeut. La circulation est interrompue. Un « garde-à-vous » claque. Le Caporal Alexandre Van Dooren passe. Vous vous signez et vous lui dites des choses. Le cortège passe à son tour. Les voitures sont à deux mètres. La famille du caporal, l’officier du 1er RIMa… Ils vous regardent droits dans les yeux. Vous sentez votre cœur faire « crac ». Les voitures s’éloignent en direction des Invalides.

Vous reprenez le chemin de votre bureau. Vous faites quelques pas sur le pont. Vous vous retournez. Le civil qui était à côté de vous n’a pas bougé. Il regarde droit devant lui.

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Alexandre, Pauline et leur fille Alison-Lee - photo © famille du Caporal Van Dooren

 

Avec le salut fraternel d'un vieux Chasseur aux Marsouins du 1er RIMa, en union de prière avec tous les proches du Caporal Van Dooren, Pauline, Alison-Lee, et le bébé à naître, compagne et enfants de héros.

 

 

 

 

 

13/03/2013

"Ma Blessure de Guerre Invisible", Sylvain Favière, Infirmier-para, Ed. Esprit Com'

 

Cette chronique est dédiée à Laurence, épouse de Sylvain.

 

 

 « Pour moi, les gens parlent trop. Ils ont des soucis, des buts, des désirs, que je ne peux concevoir comme eux.

Parfois, je suis assis là, avec l’un d’eux, dans le petit jardin d’un café, et j’essaie de lui expliquer que l’essentiel, en somme, c’est de pouvoir être assis là, tranquillement. »

"A l’Ouest Rien de Nouveau", Erich-Maria Remarque

 

 

Ma. Blessure. De. Guerre. Invisible. Avec  ces  cinq mots, Sylvain Favière donne le tempo. J’emploie ce mot,  tempo, sciemment : son récit biographique s’apparente, en effet, à une mélodie - mieux, à une symphonie - allant crescendo.

 

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Vous êtes confortablement installé dans votre fauteuil rouge. Le chef d'orchestre, soldat-compositeur, entre. Les musiciens débutent la partition.

C’est presque aérien, petite musique de chambre : La vocation d’infirmier de Sylvain, son attirance pour l’armée, son engagement chez les Paras.

Puis résonnent les premiers cuivres : son volontariat pour l’Afghanistan, s'éloigner de sa femme, de ses filles ; honneur, goût de l'aventure - qui n'effacent pas les doutes ; son départ, son arrivée au « Pays de l’Insolence ».

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Photo © Sylvain Favière

A cet instant intervient un thème musical d’inspiration orientale : Sylvain est intégré, comme combattant-infirmier, dans une OMLT, unité de l’Armée Nationale Afghane, encadrée par les Occidentaux.

Il se sent proche de ces soldats Afghans, de fait, ses frères d'armes ; il fait de son mieux pour apprendre leur langue, partage le thé, et, évidemment, combat à leur côté.

« Leurs prières rythmaient leurs journées. Ils croyaient en l’éviction des balles, si Allah en décidait ainsi. Ils croyaient au châtiment de feu, en cas de faute. Leur manière de vivre et de penser était si différente de la mienne, Occidental, ayant accès à toutes les commodités du monde. Ils se complaisaient dans le peu, voire le rien, et Allah. Néanmoins, chaque soldat possédait un GSM…

Je leur disais que pour moi, il y avait des anges sur Terre, sous différentes formes. Ces anges vivaient parmi nous pour nous aider dans les moments difficiles. Ils semblaient comprendre. »

 

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Photo © Sylvain Favière

Pas d’entracte. La musique ne s’interrompt pas, mais notre soldat-compositeur, introduit, à cet instant, des phrases musicales dissonantes.

« Avec mes camarades, nous échangions nos analyses sur l’éventuelle explosion d’un IED sous notre VAB. Je disais qu’en cas de survie, les douleurs provoquées par les fractures seraient insupportables. Entre les blessures, les équipements et l’environnement du véhicule, la désincarnation risquait d’être laborieuse. Bull disait que la tourelle de la mitrailleuse lourde pourrait céder et lui couper le tronc en deux. Cela s’était passé à Kaboul. Il ajoutait qu’avec une forte explosion, la mort serait instantanée. C’était presque l’idée que nous préférions. »

Puis tous les cors sonnent ! Les tambours grondent !  et… silence.

Retour en France.

Seul le premier-violon joue.

 

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Photo ©Ministère de la Défense

 « Qui se souviendrait des noms de nos camarades tombés au Champ d’Honneur ? Qui se rappellerait leurs noms ? »

Et joue encore,

« Personne ne s’intéressait à moi. A ce que je venais de vivre ? Parfois si. Il y avait bien quelqu’un qui me posait une question ou deux. Mais la complexité de la mission et les termes trop techniques ne permettaient pas une synthèse rapide. Alors, très vite, le désintérêt apparaissait sur le visage de mon interlocuteur. »

Joue...

« Je ne comprenais plus les gens. Je ne les intéressais plus. Je n’avais plus rien à leur dire. »

 Et joue, et joue…

« Alors les larmes me montent. Elles remplissent mes yeux abondamment. Elles coulent le long de mes joues. Je retiens un instant mes sanglots, puis j’éclate en pleurs, criant tout ce que je peux. Je suis dans la pénombre, volets tirés. Parce que j’ai honte. »

Tambours ! Cymbales !...

« J’ai envie de tuer. »

Silence…

Alors, une petite flûte, toute douce, comme un murmure, bien agréable à nos oreilles.

« Je n’étais pas malade. J’étais blessé. »

 

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Photo © Sylvain Favière

Et puis… Oh, ce n’est certes pas l’Hymne à la Joie, mais, à nouveau des cordes. C’est discret au début, mais on les entend. Et on va les entendre, jusqu’au bout de la partition, de plus en plus distinctement...

« Aujourd’hui, cette blessure est devenue une cicatrice, avec laquelle je vis (…) De temps en temps, elle s’ouvre un petit peu (…) Comme l’ange Saint-Michel  avait dû veiller sur moi lorsque j’étais parachutiste de l’Armée Française en Afghanistan, je sais que quelque part, aujourd’hui, j’ai un ange gardien qui panse mes plaies quand elles s’ouvrent, arrêtant les saignements, et me permettant, ainsi, de repartir, soigné de mes maux. »

Le chef d’orchestre soldat-compositeur se retourne,  il regarde la salle. Il salue.

Le public se lève.

Tonnerre d’applaudissements.

 

*

sylvain-faviere-38-ans-etabli-en-bearn_926558.jpegSylvain Favière s'engage comme infirmier-para. En 2011, il est volontaire pour un déploiement en Afghanistan. Agé de 38 ans, il est désormais  réserviste, salarié d'un service de santé au travail. Marié, père de trois enfants, il est aussi… grand-père :). Sylvain sera présent au Salon du Livre, Porte de Versailles, sur le stand de l'Armée de Terre (J53). Il se prêtera au jeu des dédicaces les 22 (10:00-14:00) et 23 mars (10:00-12:30). Liste complète des auteurs ici

 

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L’intégralité des droits d’auteur est versée à la CABAT – Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre 

 


*

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Hommage aux blessés dans leur chair,

Hommage aux blessés dans leur cœur,

Hommage aux blessés dans leur âme.

 

 

Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux Infirmiers-Paras, à tous les meurtris.

Sylvain, c'est toujours le même ange...

"Saint-Michel, défenseur des âmes justes,
Saint-Michel, consolateur des affligés…"

Litanie de l’archange Saint-Michel, Saint-Patron des Parachutistes

 

 

 

 

 

Livre, récit biographique d'un infirmier-para, témoignage stress post-traumatique, Afghanistan  

04/03/2013

D’une Guerre à l’Autre – Yohann Douady – 2ème RIMa - Ed. Nimrod

 

  • « J’ai fait tout ce qu’un soldat a l’habitude de faire.
  • Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu. »
  • Etienne de Vignoles, dit La Hire, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc.

 

Avec « D’une Guerre à l’Autre », le Sergent Yohann Douady nous livre une autobiographie de ses dix premières années de marsouin.

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Quel bouquin ! Que les « petits » lecteurs ne s’effraient pas du nombre de pages : « D’une Guerre à l’Autre » se dévore ; j’avais grand mal à le refermer, même tard dans la nuit.

Après une rapide introduction sur la Bosnie, Yohann aborde en profondeur son déploiement en 2004, en Côte d’Ivoire. Il y vit les évènements tragiques du bombardement du camp français de Bouaké, dont il réchappe par miracle, mais où son ami le 1ère Classe Benoît Marzais meurt sous les bombes ivoiriennes, puis le drame de l’hôtel Ivoire, où le 2°RIMa ouvre un feu préventif, pour se désengager de la foule hostile, attisée par les « Jeunes Patriotes » pro-Gbagbo (1).

« Plutôt que de risquer d’affronter la foule, notre Commandant était prêt à sacrifier nos véhicules, après que nous nous soyons barricadés dans l’hôtel. Pour accroitre ce sentiment de malaise, nous reçûmes peu après un drôle de conseil qui nous fût transmis par notre Chef (…) : « Ce serait bien d’appeler votre famille une dernière fois… ». Nous nous regardâmes bizarrement. Certains se demandèrent alors s’il ne faudrait pas songer à garder une dernière cartouche, pour soi, au cas  où… »

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photo © Yohann Douady

Dans une seconde partie, courte mais intense, Yohann met en avant sa détresse au retour de Côte d’Ivoire. Relations tendues avec sa hiérarchie, compliquées avec la veuve de son ami Benoît. Incompréhension, engueulades, envie de tout envoyer bouler, détresse, alcool.

Terrain glissant diront certains : « un soldat peut souffrir, mais il le tait ». Et bien, au contraire, ces chapitres sont fondamentaux (2) ! Ils sont un encouragement pour les hommes amenés à vivre une situation comparable, car Douady trouve les clés pour se reconstruire : il se « pause », il parle,  il accepte les mains tendues, il retisse des liens amicaux indispensables dans le contexte militaire, il se donne des ambitions, « fait » Saint-Maixent et est nommé sergent, rejoint la section Tireur d’Elite où il retrouve la place qui lui est due. Bravo pour ce sac vidé. Certes, dans la tête, rien n’est oublié, mais  la clé se trouve bien dans l’échange et le partage.

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photo © Yohann Douady

Enfin, une troisième partie, haletante, dans laquelle Yohann retrace son déploiement en Afghanistan en 2011. Là encore, c’est aussi terrible que brillamment conté. La fatigue, et le stress, et la peur, et la sueur, et la crasse. L’amitié, et  la solidarité, et  le courage, et la valeur, et l’engagement. Et le drame. Si cruel, après tant de mois de combats.

Quelques jours avant la fin du déploiement en Afghanistan, la section Tireurs d’Elite de Yohann prépare une dernière mission et charge son matériel dans un VAB.

 

  • Explosion.
  • (...)
  • Yohann ne comprend pas.
  • (...)
  • "Skippy, blessé mais vivant ; Warren, indemne ; le chef Jérôme, blessé et pris en charge ; Mais où est Loulou ?"
  • (...)
  • Une grenade a explosé accidentellement.
  • (...)

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Chef Jérôme, Skippy, Warren, Loulou, Yohann - photo © Yohann Douady

« A l’image de la plupart de mes frères d’armes, je suis un caméléon, à la fois jeune homme et soldat, courage et peur, rires et larmes… Un caméléon qui se serait imprégné durant dix années de couleurs de la guerre, et dont la peau serait aujourd’hui pigmentée d’une multitude de teintes, allant de la nuance la plus éclatante au noir le plus sombre.

Chaque jour qui passe, je ne peux m’empêcher de plonger un pinceau dans cette palette pour tracer des toiles bariolées ou des fresques tourmentées que j’expose quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures au plus profond de mon esprit. Une succession de scènes sauvages et parfois dantesques qui trouvent leur source dans ce que j’ai vécu, dans les situations de désolation effroyable ou d’humanité absolue que j’ai traversées.

La guerre n’est pas monochrome, c’est bel et bien un tourbillon de couleurs, capable de vous émerveiller, comme de vous donner le vertige, et bien sûr, de saturer votre regard, jusqu’à vous donner la nausée. »

 

(1) 2004. Nous gardons tous en mémoire cette opération difficile, où la force française Licorne s’interpose entre les deux factions rivales : celle du président Gbagbo au sud, celle d’Alassane Ouattara au nord. Ce qui devait être une opération de maintien de la paix, et de protection des ressortissants européens, trouve une apogée dramatique dans le bombardement par l’aviation de Laurent Gbagbo, du camp français de Bouaké (9 morts parmi les hommes des RICM, 2°RIMa et 515°RT, un civil américain, et des dizaines de blessés),  puis les « évènements » de l’hôtel Ivoire, qui voient les soldats français acculés par la foule, radicalisée par le mouvement pro-Gbagbo des Jeunes Patriotes ; Yohann et ses camarades n’ont d’autre  choix que de se dégager par des tirs indirects, faisant, hélas, une dizaine de tués parmi les manifestants.

(2) Cette démarche de transparence est approuvée au plus haut niveau hiérarchique militaire. Pas convaincu ? Lisez la préface du Colonel Héluin chef de corps du 2ème RIMa en 2010-1012, commandant le battle group Richelieu. Et, si cela ne suffisait pas, notez que « D’une Guerre à l’Autre » fait partie des trois sélectionnés pour le prix littéraire Erwan Bergot 2013 de l’Armée de Terre, comité présidé par le général Ract-Madoux… Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre…

 

ivoire-jpg-1972b.jpegJe reviens  sur l’épisode tragique de l’hôtel Ivoire, avec une anecdote personnelle : en mai 2012, j’ai eu la chance de passer une semaine formidable en Auvergne, auprès d’un p’tit cousin militaire. Malgré sa conduite automobile *atypique*, je l’ai accompagné dans la préparation d’un camp scout. Deux jeunes chefs scouts nous accompagnaient, dont un Ivoirien, en école d’ingénieur dans la région. Au gré de la conversation, le sujet des évènements de l’hôtel Ivoire s’est présenté. L’ambiance s’est tendue de fait ; le p’tit-cousin étant passé par la Côte d’Ivoire. Le jeune Ivoirien, un gosse à l’époque, était présent devant l’hôtel, parmi les « jeunes patriotes », et nous manifestait son incompréhension : « Pourquoi les Français nous ont-ils  tiré dessus ? J’étais à côté d’une femme. Elle s’est pris une balle. Elle est morte dans mes bras ». Ce n’était pas le lieu, pas le moment, d’aborder un tel sujet. J’ai donc, en "vieux sage", réorienté la conversation, suivi en cela par les garçons (certains ont encore du respect pour leurs aînés).

Yohann parle de cette femme, page 117. En terminant le chapitre, je me suis dit qu’après ces si dramatiques instants, vécus par les Ivoiriens, manipulés par la propagande de Gbagbo, livrés au phénomène de foule dont on connait la dangerosité; ces si dramatiques instants, vécus par les hommes du 2°RIMa, traumatisés par la mort de leurs frères à Bouaké, acculés par une masse menaçante, hors de tout contrôle, je comprenais les deux partis. Mais, tout en déplorant la dizaine de victimes civiles, je me suis dit que si les « jeunes patriotes »  avaient eu affaire à d'autres hommes que Yohann et ses camarades, avec leur sang-froid et professionnalisme, ce sont des centaines de morts qui auraient gis devant l’hôtel…

Au risque de choquer, au final, il y avait de quoi se réjouir : je me suis réjoui que ce jeune Ivoirien, peu d’années après, soit avec nous dans cette voiture, en France, à suivre des études brillantes, à organiser un camp scout. Je me suis réjoui que la France lui ait donné cette chance. Je me suis réjoui que l’Ivoirien ait serré la main qui lui était tendue (ou l’inverse ?). Je me suis réjoui de le voir assis, à côté d’un milouf de l’Armée Française, en balade, dans notre belle Auvergne. Nous avons passé un week-end formidable tous les quatre, à traverser un torrent en cru, boire des bières (avec modération pour eux), dormir sous la tente (un peu de caillasse plantée dans le dos), remettre nos fringues humides après l’inévitable orage nocturne ; et pour moi, rajeunir de 20 ans.

Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, a été déféré devant la Cour Pénale Internationale de La Haye, pour crime contre l’Humanité. Il est accusé de meurtre, viol, persécution et actes inhumains.

 

 

298076_2640036046425_299841776_n.jpegEn 2001, au soir même de sa dernière épreuve du baccalauréat, Yohann Douady s’engage. Il rejoint les valeureux marsouins du 2ème Régiment d’Infanterie de Marine de Champagné (Sarthe). Il est déployé en Bosnie dans la cadre de la SFOR, en Côte d’Ivoire à deux reprises (Opération Licorne). En 2005, il est nommé sergent. Il rejoint la section Tireurs d’Elite du 2°RIMa en 2007. En 2011, il est déployé en Afghanistan, au sein battle group Richelieu de la task force La Fayette.

Aux Editions Nimrod

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Camp de Bouaké

« Je n’ai vu aucun cadavre français. Je n’ai rien vu. » Président Laurent Gbagbo, 11 novembre 2004, interview  au Washington Post.

« Malgré toute notre tentative d’apporter des réponses allant dans le sens des autorités françaises, il nous revient avec force et évidence une seule réponse : il n’y a pas eu de soldats français tués lors des bombardements de Bouaké. » Ivorian.net, 12 novembre 2004.

« C’est bien beau de dire que ces soldats français ont été tués par les soldats ivoiriens. Encore faudrait-il que nous sachions si effectivement il y a eu des morts. » Tchimou Raymond, procureur de la République de Côte d’Ivoire, 18 janvier 2007, interview au Matin d’Abidjan.

« Les autorités françaises se sont empressées de rapatrier des cercueils, certainement vides, autour desquels un boucan énorme a été intentionnellement organisé pour susciter une vive émotion et la haine contre le régime ivoirien. » Le Temps, quotidien ivoirien, novembre 2009.

« Jusqu’à preuve du contraire, l’aviation ivoirienne n’a tué aucun soldat français. Cinq ans après les accusations farfelues des agents français, ils sont toujours incapables de fournir une once de preuve. » Abidjan Talk, août 2010.

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Marsouin de 1ère Classe Benoît Marzais

 

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Hommage

A l’Adjudant Thierry Barathieu, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

A l’Adjudant Philippe Capdeville, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Francis Delon, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Sergent-Chef Laurent de Rambure, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Caporal-Chef Patélisé Falevalu 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au Brigadier-Chef Franck Duval, 515°RT, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Emmanuel Tilloy, 2°RIMa, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe David Decuypere, RICM, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Au 1ère Classe Benoît Marzais, 2°RIMa, ami du SGT Douady, mort pour la France au camp de Bouaké, Côte d’Ivoire,

Aux blessés.

 

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Hommage

Au Caporal Alexandre Rivière, 2°RIMa, mort pour la France en Afghanistan,

Au 1ère Classe Cyril Louaisil, dit Loulou, 2°RIMA, ami du SGT Douady, mort pour la France en Afghanistan, mort au combat.

Aux blessés.

 Avec le salut fraternel du Chasseur et de la Russe-blanc aux glorieux Marsouins,

 

Fidelitate et honore, terra et mare.

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« La mort nous suit.  On la combat, on la donne, pour que les nôtres l’évitent.
Un acte héroïque pour certains, et le plus terrible des péchés pour d’autres.
On n’oublie pas, on vit avec, et on passe outre 
»

1ère Classe Cyril Louaisil, lettre à ses parents

 

« Certains pourront toujours prétendre que nous n’avons influé sur rien, que ces dix années de guerre en Afghanistan ont été inutiles, mais il suffirait que germent les quelques graines d’espoir que nous avons semées lors de nos mandats successifs, pour que rien n’ait été inutile.
E
t même si rien ne germe, pourquoi devrions-nous regretter d’avoir essayé ? 
Pourquoi devrions-nous renier ceux qui ont été tués ou blessés, en essayant 

Sergent Yohann Douady

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Livre, récit biographique d'un Marsouin, 2e RIMa, Bouaké, Hôtel Ivoire, Côte d'Ivoire, Afghanistan, témoignage stress post-traumatique, Afghanistan